[ juillet, an 5 ] A song of Crime and Fire

 :: L'Europe :: Autres lieux Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
avatar
Ven 21 Juil - 17:52
La ville semblait se remettre difficilement des derniers événements. Tracassin avait bien sur entendu parler de ce qu'il se tramait à Genève. On avait même essayé de le contacter et de louer ses services pour aider à renverser le roi, mais il avait refuser. S'associer à des révolutionnaires, c'est le meilleur moyen de finir poignardé dans une ruelle : soit ils échouent et le pouvoir en place vous exécute avec les autres, soit ils réussissent et ils se débarrassent de tous ceux qui connaissent leurs noirs secrets et qui ne leur sont plus indispensables. Il n'avait aucun intérêt à investir dans cet affaire. Et en plus, ces moins que rien n'avaient rien qui puisse l’intéresser en échange. Mais bon, aujourd'hui l'affaire était réglée, et le roi avait repris le contrôle de la ville, enfin pour le moment.

Mais cela ne le regardait pas, il n'avait que faire de ce magouillage politique. Il avait ses propres affaires à régler ici. Il continua donc son chemin dans la rue encombrée, au milieu d'une foule disparate de badauds en tout genre, à la recherche de l'échoppe qui l'intéressait. Il y avait de tout dans cette rue : boulanger, épicier, boucher, forgeron, maraîcher, cordonnier, tailleur, souffleur de verre… Tout ce que la ville comptait d’artisans semblait s'être rassemblé dans cette rue. Et il cherchait le meilleur d'entre eux. Il s’arrêta finalement devant une petite boutique sans prétention, sans devanture grandiloquente, sans fioriture, juste avec quelques exemples des produits de la maison dans la vitrine, et une enseigne mal entretenue qui pendait au dessus de la porte. Elle était en forme de haut-de-forme, et indiquait encore le nom de « Monsieur Bartofil, Chapelier », bien que ce dernier n'habite plus ici depuis des lustres. Tracassin souriait. Cet idiot n'avait même pas pris la peine de changer l'écriteau. Pas étonnant qu'il reçoive si peu de commandes. Il poussa donc finalement la porte pour entrer dans la boutique de l'un des horlogers les plus talentueux du monde.

L'intérieur de la boutique correspondait assez bien à l'extérieur : la pièce était sombre, fade, sans grands présentoirs ni rideaux de satin, sans lumières réglées pour exposer les pièces sous leur meilleur angle, la boutique ne contenait que quelques tables sur lesquelles reposaient les pièces d'expositions. Mais si l'on y regardait de plus près, on se rendait compte que tout était parfaitement ordonné et que l'endroit était d'une propreté impeccable, ce qui tranchait avec l'aspect presque miteux du lieu. Les connaisseurs savent bien que cela est nécessaire à la conservation des mécanismes : un simple grain de sable un peu trop aventureux peut aisément faire criser les rouages et saboter l'appareil. Et avec toute la poussière remuée par les passants, dehors, une telle propreté tenait du miracle. Mais surtout, un expert ne pouvait que rester admiratif face à la qualité des pièces proposées. Les rouages, visibles sur la plupart d'entre elle, étaient parfaitement moulés, parfaitement agencés, si joliment disposés et pourtant toujours aussi efficaces. Sur certaines pièces, on était subjugués par la finesse des rouages et le gain de place du mécanisme. Sur d'autres, c'était la beauté qui frappait : des horloges splendides, toute d'or et d'argent, aux rouages de cuivres rajoutant des reflets roux à l’œuvre. Des horloges vraiment fabuleuses. Mais Tracassin n'avait pas le temps, bien qu'il eu aimé le prendre, de contempler davantage ces merveilles. Il se dirigea donc vers le comptoir et poussa la petite sonnette présente dessus. Après plusieurs minutes, un homme frêle et fatigué, d'une quarantaine d'année, imberbe et avec une calvitie bien entamée au milieu de ses cheveux bruns,sorti de l'arrière boutique. Lorsqu'il vit son client, son visage exprima pendant un instant de la peur, puis ce fut remplacé par un sourire craintif et poli.

«  Ah, monsieur Tracassin, quel plaisir… Je vois que vous avez reçu mon message… Votre commande est prête, donnez moi un instant. »

Il repartit rapidement dans l'arrière boutique, pour revenir quelques instants après, portant dans ses mains un petit écrin, qu'il ouvrit et présenta à son commanditaire.

«  Voilà monsieur, votre montre à gousset.

- Vous avez bien suivi les plans que j'avais dessiné ?

- Oui monsieur. L'homme affichait alors un sourire franc, de ceux des hommes qui parlent de leur passion. Vos plans étaient vraiment très précis pour un non-horloger. Et j'aurai eu du mal à en dessiner une plus belle et plus efficace moi même !

- Je le sais bien, mais malheureusement je n'aurai pas eu l'habilité nécessaire pour la monter moi même, c'est pour cela que j'ai fait appel au meilleur.

Il prit la montre, l'attacha à son costume, et déposa une petite bourse sur la table, laissant échapper ainsi un tintement métallique, puis se dirigea vers la sortie, suivi par l'horloger.

«  Vous avez réfléchi à ma proposition ?

- Oui, et je ne suis toujours pas intéressé monsieur. Vous pourriez sans doute aider ma boutique à mieux marcher, m'aider à la rénover et à développer ma clientèle, mais cela ne m'intéresse pas. Si j'avais trop de clients, je ne pourrai pas consacrer vraiment tout le temps nécessaire à chacune de mes créations, et cela ne ferai pas du bien. Je suis plus heureux ainsi, même si je suis moins riche.

- Bien, je ne vous embêterai plus avec cela dans ce cas, au revoir mon cher. »

Tracassin souriait. Il aimait bien ce genre de personnes, à ce point passionnées. Elles se fichent de vous, de vos motivations, tout ce qu'elles veulent c'est atteindre les sommets de leur art, la perfection. Facile à manipuler, mais fidèles jusqu'au bout quand vos objectifs convergent. Soudain, il se figea. Il sentait que quelque chose n'allait pas dans la scène sous ses yeux, dans la rue, dans tout ces gens qui marchaient autour de lui. Il fouilla la foule des yeux, cherchant à savoir d'où lui venait cette impression, pendant de longues secondes, avant de le repérer. Un homme qui semblait avoir une quarantaine d'année, aux cheveux poivre et sel, qui marchait en face de lui. Il mit encore quelques instants à comprendre ce qui le dérangeait, puis ce fut comme une évidence : il n'était pas à sa place. C'était discret, mais on sentait dans cette homme une noblesse, une volonté, une puissance, qui détonait avec les habits qu'il portait et avec la figure qu'il affichait. Et soudainement, l'homme tourna la tête et croisa le regard de Tracassin. Des yeux bleus, perçant, et qui l'avaient bel et bien vu, il en était sur. Il détourna immédiatement le regard, et s'enfonça dans la foule. Il faudra faire régler ce problème rapidement. Si quelqu'un en avait après lui, il saura le découvrir, et Lucio saura s'en occuper.

Après quelques pas, sur de s'être fondu dans la foule, il prit tout de même le temps de passer dans la meilleure boulangerie de la rue.
Ce genre de menace ne lui fera pas manquer une occasion de déguster un savoureux croissant.


Say my name.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Dim 23 Juil - 21:07
La ville a reprit son activité coutumière. Je la sens encore frémissante, bourdonnante d'agitation mais la paix est revenue. Sur les décombres encore fumants du palais ducal, les fondations du Palais du Peuple commencent à s'élever. Déjà on commence à parler de cet argent qui rentre dans les foyers, le labeur des travailleurs est récompensé par un bon salaire et de nouveaux emplois voient le jour ce qui contribue à contenter le peuple.

Je profite d'une promenade en solitaire dans les rues grouillantes d'activité. J'apprécie d'être seul dans de tels moments et j'aime écouter le choeur du peuple. Ces milles et une voix qui s'élèvent et ne demandent qu'à être entendues. Cette chorale hétéroclite dont les tons se mêlent dans une étonnante symphonie.

La ville a changé depuis les évènements de la saint Jean. Le roi a reprit son ascendant sur les esprits. Devenu acteur de la révolution royale, le peuple autrefois grondant se réjouit à présent de participer aux projets royaux. Les travaux pour Eisenkern ont reprit et je ne passe pas un jour sans me rendre sur le chantier. Je sais que ma présence joue sur le moral des ouvriers et des contremaîtres. Je partage mon enthousiasme avec eux, prends le temps de discuter avec chacun. C'est important.

Cependant, la situation ne me satisfait pas totalement. Je veux être certain que cela ne recommencera jamais. Il me faut m'assurer que jamais de telles violences n'auront cours dans ce pays. Pour la sécurité de mon peuple et sa prospérité je dois écarter cette menace intérieure.

Je déambule dans les rues, écoutant, échangeant quelques mots avec le marchand à qui j'achète une pomme, choisissant un joli châle pour cette pauvre Margaux à Lausanne. Cela lui ira à ravir je pense. Je remonte la rue, flânant sans vraiment avoir de but. Je saisis des bribes de conversation au hasard. On parle du Palais du Peuple, du roi, d'Eisenkern, du travail, de la famille. On se hèle, on discute, on s'étreint ou on échange une poignée de main. Je repère un ou deux enfants effrontés, hardis comme des chats sauvages et tout aussi furtifs, prestes à plonger une main dans une bourse ou à chiper un portefeuille. Lorsque l'un passe un peu près de moi, je glisse une pièce dans sa menotte. Le gamin vérifie avec un air d'expert que la pièce est vraie puis me gratifie d'un sourire édenté avant de s'enfuir à toute jambes.

Je continue ma promenade incognito lorsque mon regard s'arrête sur un homme sortant d'une ancienne chapellerie que je sais être désormais le repère d'un excellent horloger. La chevelure rousse, peu courante, a dû attirer mon regard à moins que ce ne soit la façon dont il détaille la foule. Il tourne la tête, m'aperçoit et nos yeux se croisent...

... Pan !
Des suppliques et des cris de douleurs. Un rire sardonique. Des voix. Suppliantes, éplorées.
Pan !
Des cris de nouveau. Aller encore une chance de dire mon nom ! personne ? vous avez perdu ! tant pis. Des cris de détresse et de douleur, emportés par la détonation d'une arme. Trouvez mon nom ! Une crainte...quelque part...cachée.... Trouvez mon nom...
Douleur. Douleur et délectation. Peur, chagrin et plaisir. Douleur...

La mienne.

Je ne bronche pas. Ni même ne ferme les yeux. L'homme s'efface de lui même dans la foule. Je continue ma route en me ressaisissant. La douleur me vrille le crâne mais cette fois elle m'a apporté une information utile... J'ai l'homme qu'il me faut. J'esquisse un sourire en continuant ma route.

Plus tard dans la journée et les jours suivants, les bas fonds se mettent à parler d'un homme cherchant Monsieur Tracassin. La rumeur cours, se propage. Je sais qu'elle finira par arriver aux oreilles de mon homme. Mon réseau de connaissance joue et relaye le message. Un homme se faisant appeler Sidi Nouman désire rencontrer Monsieur Tracassin et a une offre à lui faire.

Sidi Nouman a pris une chambre dans une auberge de Genève, assez discrète mais de bon goût du moins. L'on dit qu'il vient de loin comme son nom semble sonner bien étranger et qu'il paye bien.
Revenir en haut Aller en bas
Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
avatar
Mar 25 Juil - 20:40
Aussitôt rentré dans la petite maison qu'il avait acheté pour servir de base d'opération à Génève, il appela sa servante :

«  Lisy ! Allez prévenir Lucio de mon retour ! Je dois le voir promptement dans mon bureau… Et apportez nous du thé je vous pris ! »

Une brave fille cette petite. Excellente domestique, très bonne cuisinière, discrète et attentive, mais surtout loyale. Parmi les quelques personnes qui avaient connaissance de son identité, elle était sans doute la moins importante, mais c'était pourtant celle pour laquelle il avait le plus d'affection. Et elle était intelligente cette gamine en plus ! Si elle n'avait pas su se rendre à ce point indispensable pour sa tâche, elle aurait fait un parfait agent de terrain. Son acquisition avait été l'un des meilleurs marchés qu'il avait conclu. Il avait pu la modeler conformément à ses désirs, et maintenant elle remplissait encore mieux son rôle que ce qu'il avait prévu. Enfin, trêve de contemplation, il avait à faire. Il déposa son manteau poussiéreux et dont les bords commençaient à s'élimer pour ensuite monter le petit escalier de bois qui menait à l'étage. Il prit le temps de nettoyer son visage et ses mains, avant d'entrer dans son bureau. Lucio était déjà installé, et deux tasses de thé fumant attendaient sur la table.

« Alors Monsieur, que nous arrive-t'il ? Vous étiez si pressé de me montrer votre nouvelle montre ?

- Comme si je pouvais faire apprécier à sa juste valeur un travail aussi minutieux à un rustre comme vous, dit-il en souriant. Non, ce dont j'ai à vous parler est bien moins important à mes yeux que cette montre, mais je suis intrigué. »

Il s'installa à sa chaise et commença à touiller son thé, tout en racontant à son bras droit l'étrange homme qu'il avait aperçu, ses doutes quant à son identité et ses intentions, puis, lorsque sa tasse fut à moitié vide, il expliqua à son interlocuteur ce qu'il attendait de lui :

« Vous allez envoyez quelques hommes écouter les bruits qui passent, savoir si quelqu'un désire me rencontrer, ou au contraire m'éliminer. Concentrez vous sur les quartiers défavorisés, c'est là bas qu'il ira sans doute si il a quelque chose à se reprocher. Et quand vous aurez trouver notre homme, amenez le ici, avec courtoisie mais les yeux bandés bien sur. Nous lui feront passer notre petit test de confiance, et je ne pense pas qu'il le réussira.

- Mais Monsieur, si il en a vraiment après vous, ce n'est peut être pas une bonne idée de le faire venir.. Il n'attend peut être que cela, ça pourrait être un piège !

- Et bien nous nous jetterons dedans à pieds joints alors ! »

**

Quelques jours plus tard, Tracassin avait confirmation. Quelqu'un le cherchait effectivement. Et bien il allait être servit ! Lucio avait été envoyé pour ramener ce Sidi Nouman, et ainsi ils pourraient faire plus ample connaissance. Tracassin savourait tranquillement un thé venu directement de l'une des plus grandes exploitations indiennes lorsqu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir, et la voix de son second qui ordonnait à quelqu'un d'avancer. Il discerna aussi la voix de Lisy qui proposait de prendre le manteau du nouvel arrivant. L'invité d'honneur de la journée était arrivé. Le rouquin se leva et alla s'installer dans une petite pièce aménagée juste pour ce genre d'occasion : il n'y avait là qu'une chaise, et deux trous dans le mur qui allait permettre à Tracassin d'observer tranquillement l'entretien entre Lucio et ce monsieur Nouman. Évidement, les trous pour les yeux de Tracassin donnaient directement au milieu du visage d'un portrait dans la pièce adjacente, et ce pour l'unique raison qu'il existe certaines traditions qui ne devraient jamais se perdre. Enfin, deux hommes entrèrent dans la pièce de réception.

Il ne ressemblait pas à l'homme de l'horlogerie, et cela était des plus intriguant. A la place Tracassin voyait un homme basané aux cheveux presque noirs, une petite moustache et un bouc arrogant. Un oriental. Mais il lui laissait une curieuse impression de déjà vu... Il comprit pourquoi lorsqu'il s'attarda sur ses yeux : c'étaient les mêmes yeux bleu glacial que ceux de l'autre homme. Ils devaient y avoir un lien... Des frères? Un autre déguisement? Il en aurait sans doute vite le cœur nette. Lucio le fit s'asseoir, et commença à lui expliquer de quelle manière ils pourraient faire affaire :

« Tout d'abord, sachez que vous ne verrez sans doute jamais Monsieur Tracassin. Vous comprendrez aisément qu'un homme tel que lui ne dévoile jamais sa véritable identité qu'à des personnes en qui il a une entière confiance, ce qui n'est évidement pas votre cas. Vous aurez donc à faire principalement à moi, pour tout ce qui touchera à l'organisation de l'opération et, bien sur, au paiement de nos services. Si vous vous imaginez que je ne fais qu'utiliser un nom célèbre pour vous soutirer de l'argent, allez au Diable, nous avons suffisamment de demandes pour nous passer de vous. Si vous êtes décidés à aller plus loin, veuillez indiquer sur ce papier votre nom complet. Nous désirons toujours glaner quelques informations sur nos clients, et surtout nous assurer de leur identité. Si vous nous mentez… Et bien je suppose que vous vous doutez de ce qu'il va se passer... »

Tracassin vit l'homme griffonner sur le morceau de papier, puis le tendre vers Lucio, qui sortit de la pièce après lui avoir demandé de rester seul quelques minutes. Le second poussa ensuite la porte du poste d'observation de son maître, et lui donna le manuscrit. Lisy arriva dans le même temps, tenant le manteau qu'elle avait pris à leur invité. Tracassin fouilla les poches du vêtements et en sorti ce qu'il espérait : un mouchoir, par ailleurs étonnamment beau et élégant au vu de la dégaine de son propriétaire. Il prit le temps de l'observer un peu à travers le mur. Cet homme lui inspirait comme une vague crainte, une sorte d’instinct primitif qui lui affirmait qu'il était dangereux, le genre de sentiment qu'il était plus habitué à faire ressentir qu'à connaître lui même. Il éprouvait également une forme de respect envers lui, sans qu'il puisse vraiment savoir d'où cela venait. Enfin, et surtout, il était intrigué par cet homme. cela ne pouvait pas être juste l'une de ces petites frappes qui s'imaginent pouvoir se faire un nom en prenant la tête du fameux Tracassin, non, il ne semblait pas comme ça... Mais alors pourquoi se déguiser...

Ses deux complices sortirent de la pièce, et il mit fin à ses réflexions pour finalement commencer son incantation. Il serra dans sa main le mouchoir brodé, tenant de l'autre le bout de papier où il pouvait voir inscrit d'une plume impeccable « Sidi Nouman ». Fermant les yeux, il commença à marmonner, presque immobile :

« Tous les noms qui furent, qui sont et qui seront
Si dénués de sens, mais chargés de pouvoir
A chaque âme sur Terre, un bien étrange don
Dis moi ce qui te nomme et je saurais te voir
Sidi Nouman !
 »

Puis Tracassin ouvrit les yeux et vit… la petite pièce où il se trouvait depuis maintenant une bonne dizaine de minutes. Il sourit. Maintenant, il était sur que l'homme était un imposteur. D'ordinaire, dans ce genre de situation, il se contentait de faire enchainer les menteurs pour ensuite pouvoir s'occuper tranquillement d'eux dans un recoin peu fréquenté de la ville, mais aujourd'hui, pour cet individu précis, il allait faire une exception. Il était bien trop intrigué pour se contenter de ces petites tortures habituelles. La curiosité était l'un de ses plus gros défauts, et il savait que cela lui coûterait peut-être très cher un jour, mais il n'allait pas changer d'avis pour une raison aussi logique, quand tout son être mourrait de percer le mystère de cet homme. Il sortit de la pièce, confirma à Lucio, qui attendait dehors, que ses soupçons étaient fondés, et entra dans la salle où l'homme qui n'était pas Sidi Nouman attendait. Il prit soin de fermer la porte à clef, puis vint s'asseoir en face de lui.

« Bien le bonjour, mon cher. Ce n'est pas votre jour de chance je le crains, vous avez voulu jouer avec moi à un jeu qui vous dépasse… Je ne sais pas qui vous êtes, mais je sais que vous m'avez mentit, à moi, Tracassin HauteVigne, et rien que pour cela je ne ferai jamais affaire avec vous. Plus encore, je vais vous ôter la vie ici même, dans cette pièce, dans les minutes à venir. A moins que vous ne m'expliquiez de manière très convaincante la raison qui vous a pousser à me faire l'offense de venir me rencontrer sous un faux nom… »


Say my name.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Lun 7 Aoû - 18:09
Ce qu'on entendait dire de Sidi Nouman c'était tout d'abord qu'il venait de loin puis que c'était un homme rude en affaire, malin comme un singe, rusé comme un renard. On disait aussi qu'il avait fait couler le sang. Plusieurs fois même. Voilà ce qu'on disait de lui.

Voilà ce que je devais être juste un court instant.

C'est avec un léger accent, que je réponds à ce dénommé Lucio, acceptant sans faire le difficile d'inscrire mon nom sur le papier. J'ai appris l'arabe il y a longtemps, j'ai écouté parler cette langue subtile aux intonations bien exotiques pour un pays comme la Suisse et j'ai appris ensuite à mimer l'accent des gens du Moyen Orient lorsqu'ils parlent notre langue.

J'attends ensuite, détaillant le salon du regard. L'hôte qui ne se montre pas semble apprécier l'art au vu des tableaux présents. Le raffinement cache souvent les pires démons. Si ce que j'ai entendu dire est vrai, les choses devraient devenir quelques peu intéressantes. Du moins je l'espère. Cependant, j'ai vu certaines choses qui me porte à croire que je verrai celui que je cherche avant la fin de la journée...

En effet ce n'est pas Lucio qui pénètre dans la pièce. Je reconnais sans peine l'homme de la rue mais reste de marbre. Je le laisse s'asseoir face à moi sans bouger pour me lever et le saluer. Impolitesse suprême ? à moins que ce ne soit l'attitude d'un souverain que l'on vient saluer...

Je passe une main sur mon bouc l'air pensif alors que Monsieur Tracassin s'exprime. Je ne peux retenir un sourire amusé alors qu'il annonce qu'il va m'ôter la vie. Le blanc de mes dents ressort toujours plus sous ce teint plus sombre ce qui rend souvent le sourire de Sidi Nouman effrayant.

- Sachez cher Monsieur Tracassin que l'on a tenté de m'assassiner quatre fois dans le mois dernier et que chacune de ses tentatives a été un échec, répliquè-je, la mine plus amusée que terrifiée à l'idée d'un cinquième assassinat.

Je cesse de caresser mon bouc, croise les jambes et me cale plus confortablement dans mon fauteuil.

- Permettez moi de souligner l'ironie de la situation, vous me parlez de vous offenser en prenant un faux nom alors que vous même vous osez vous présenter à moi sous un pseudonyme ? N'est-ce pas cocasse ?

Je ne croise pas son regard directement, je feinte comme toujours en donnant l'illusion que je soutiens le regard de la personne. Le visage composé, toujours légèrement souriant mais cette fois-ci plus amusé qu'ironique. Je veux qu'il doute. Je veux le voir attiré comme un papillon par la chandelle, brûlant de vouloir savoir si je sais, se persuadant au fond de lui que ce n'est pas possible mais se répétant sans cesse ces deux mots tourmenteurs : "et si....?"

- Quant au jeu que je joue, peut-être me dépasse-t-il, cependant il m'a bien permit de vous avoir devant moi, monsieur Hautevigne, continué-je. Enfin, venons en au motif de ma visite.

J'incline légèrement le buste en avant et croise les doigts, coudes posés sur mes genoux toujours croisés.

- Nous sommes venus trouver Monsieur Tracassin Hautevigne, et lui seul, afin de lui offrir la possibilité de travailler de son plein gré avec nous, avec bien évidemment tous les avantages que cela pourra lui apporter...

Je ne me départis pas de mon sourire tout en croisant son regard cette fois-ci réellement. Peut-être notera-t-il la légère modification, celle du poids de mes yeux sur sa personne.
Revenir en haut Aller en bas
Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
avatar
Mar 8 Aoû - 16:37
Il était aux anges. Ce genre de petits jeux de pouvoir, d'influence et de tromperie le stimulait tellement qu'il en aurait presque sourit bêtement devant son hôte. Mais pour gagner cette partie, il devrait ne montrer à son adversaire que ce que celui ci avait à voir. Il l'observa pendant quelques minutes en silence, détaillant sa silhouette, son visage, et surtout ses yeux. Il se leva ensuite, et observa vaguement l'un des tableaux au mur, se remémorant tout ce qu'il savait sur cet homme, tout ce qu'il venait de dire, et tentant de trouver un lien cohérent entre toutes ces informations. Et après un petit instant, la lumière se fit dans son esprit, et le début d'un sourire fut vite réprimé sur la commissure de ses lèvres. Il se dirigea alors vers la porte, dit quelques mots à ses sbires et revint dans la salle, se plaçant debout en face de son mystérieux visiteur.

« Tout d'abord, vous avez raison. Je ne vais pas vous tuer. Mais n'allez pas croire que mes menaces n'étaient pas sérieuses, j'ai juste pris la décision de ne pas le faire, principalement car cela me causerait plus de tort que nécessaire. Et je sais cela car je pense savoir qui vous êtes, faux Monsieur Nouman. »

Il prit le temps de savourer la petite lueur de surprise et d'incrédulité qu'il perçut chez l'homme qui se tenait assis face à lui avant de poursuivre, se déplaçant lentement dans la pièce.

« Premièrement, il est évident que vous êtes la même personne que celle que j'ai aperçue devant la boutique de Monsieur Boranier. Et ce parce que vous avez les mêmes yeux, mais aussi simplement parce que je ressens la même chose en vous regardant, et qu'il est souvent judicieux de se fier à son intuition.

Mais une question demeure : le vrai « vous » est-il plus proche de Sidi Nouman ou de l'homme de l'horlogerie ? La encore la réponse est assez facile : il est beaucoup plus facile de foncer un visage clair que d'éclaircir un visage foncé, je pense donc que vous êtes plus suisse qu'oriental. De plus, les personnes aux yeux bleus ne sont pas courantes en Proche-Orient, ils sont souvent considérés comme maudits et ne vivent pas vieux. Enfin, vous ressemblez actuellement parfaitement à ce qu'un Européen envisagerait si on lui demandait à quoi ressemble un oriental, c'est un costume qui n'était là que pour attirer l'attention, alors que votre déguisement de suisse du commun des mortels était très proche de ce à quoi ressemble n'importe quel badaud peu fortuné d'Europe, il s'agissait d'un déguisement fait, et avec talent, pour que personne ne vous remarque. Vous devez donc très probablement être suisse.

Il y a beaucoup de suisses me direz vous, mais vous m'avez donné beaucoup d'informations sur vous. Par exemple, le simple fait de parler de vous en disant « je », mais de dire « nous » lorsque vous parlez de ceux pour qui vous voulez que je travaille m'indique que vous appartenez à une quelconque organisation, que vous n'êtes pas seul. Or, il n'y a que deux types d'organisations qui me consultent : les organisations criminelles, et les organismes politiques. Et vous n'êtes pas un criminel de métier, comme le prouve votre déplorable confusion entre les termes « assassinat », dont vous avez été victime, et « meurtre », que j'ai envisagé de vous faire subir. Vous représentez donc un organisme politique suisse.
Le plus souvent, quand un organisme politique fait appel à moi, celui qui vient me trouver est soit le dirigeant, soit un sous-fifre de confiance, mais vous me dites que vous avez été victime de quatre attentats, je doute donc que vous ne soyez qu'un vulgaire laquais. Vous me dites également que cela a eu lieu lors de ce dernier mois, or c'est justement la période durant laquelle la couronne suisse a purgé Genève du complot contestataire qui l'occupait. Vous êtes donc soit un révolutionnaire, soit un membre de la Cour. Enfin, ceux qui auraient le plus d’intérêt à recourir à mes services ne sont pas les mutins, mais bien les royalistes, qui pourraient m'utiliser pour surveiller efficacement les maîtres des comtés en qui ils n'ont pas vraiment confiance, de manière à éviter que ces événements ne se reproduisent.

Pour conclure, selon les relevés dont je dispose sur les événements de Genève, il n'y a que deux personnes de haut rang faisant partie du camp royaliste à avoir subi autant d'attaques contre eux, et comme vous n'êtes visiblement pas Viviane Du Lac... 
»

Sur ces mots, Lisy entra dans la pièce en portant un plateau sur lequel se trouvaient deux tasses fumantes et quelques croissants frais. Tracassin s'installa sur sa chaise pendant que la jeune femme posait les tasses devant son maître et leur invité, prit un croissant dans sa main, et désigna la tasse de son hôte en lui disant :

« Il me semble savoir que vous l'appréciez bien épicé, Monseigneur Winkelried. »

Il mordit dans son croissant, savourant à la fois le goût de la pâtisserie toute chaude et la scène qu'il venait d'offrir à son hôte. Quel bonheur que cette petite Lisy soit si douée pour la cuisine, et quelle aubaine que le roi de Suisse lui-même soit venu le voir. Il allait pouvoir en tirer un grand profit, d'une manière ou d'une autre. Il prit une gorgée de son thé et redirigea son attention vers son illustre invité. Un point restait à éclaircir.

« Maintenant, il reste quelque chose dont je voudrais m'assurer… Vous savez que Tracassin HauteVigne n'est pas mon vrai nom. Et je pense que si vous êtes venu ici, si sur de vous et arrogant, c'est parce que vous pensez connaître mon identité. Je vous propose donc un petit jeu : vous écrivez ce que vous pensez être mon nom sur ce bout de papier, et je le regarde. Si vous avez raison, alors j'accepte de faire affaire avec vous. Si vous vous trompez, alors… Que pourrais-je vous demander… Ah ! Je sais ! Si vous avez tort, je veux que vous me donniez les plans de votre grand projet, Eisenkern. Cette machine me fascine vraiment… »

Il tendit le bout de papier au roi, qui ne prit que quelques instants pour y griffonner ce qu'il voulait. Tracassin le récupéra, et prit une petite inspiration avant de lire ce qui y était écrit. Son sang se glaça alors. Il savait. Il ignorait comment quelqu'un avait pu l'apprendre, mais cet homme savait. Même Lucio ignorait ce nom, personne n'était censé savoir, mais lui savait. Il envisagea pendant quelques instants de le tuer sur le champ, mais se ravisa. Tuer le roi de Suisse ne pourrait lui apporter que des ennuis, et la collaboration avec cet homme pourrait toujours lui être des plus profitable. Il prit quelques instants pour essayer de se ressaisir, tentant de ne laisser apparaître aucune des émotions qu'il avait ressenties sur son visage, et poussa un long soupir, avant de reposer ses yeux sur son hôte, qui le regardait, un sourire satisfait et un peu trop arrogant à son goût sur son visage.

« Bien, dites moi précisément ce que je peux faire pour vous, Votre Majesté. »


Say my name.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Mer 9 Aoû - 23:04
La tirade de monsieur Hautevigne est fort intéressante, je dois le reconnaître. C'est avec une attention polie mais un léger sourire que je l'écoute sans l'interrompre.
Voilà qu'on apporte le thé, quel sens du spectacle. Je ne peux que concéder ce point que nous avons en commun. Mon sourire s'étire alors que je saisis délicatement la tasse que l'on m'offre.

- En effet, c'est ainsi que je le préfère, réponds-je.

Je hume le parfum du thé avant d'y tremper mes lèvres sans quitter mon hôte du regard. Je suis satisfait qu'il ait trouvé si rapidement, je n'en attendais pas moins même si Sidi Nouman n'était, en effet, pas parfait à dessein. Toutefois, je suis encore plus satisfait par certains détails dans ses hypothèses qui me paraissent des plus amusants. Je n'en dit rien cependant et le laisse continuer.

Je l'écoute ensuite me proposer un petit jeu. Je savoure intérieurement le doute qu'il tente de cacher derrière son assurance, doute que je me plais à instiller. Les plans d'Eisenkern ? Quel toupet ! Mais soit, puisqu'il veut jouer, jouons ! Une seule pensée me chagrine c'est qu'il qualifie de machine Eisenkern, le coeur de fer est bien plus que cela.

J'écris sur le papier ce qu'il me demande. Ma main n'hésite pas et trace avec élégance les lettres attachées qui formeront un nom. Gravé dans ma mémoire en lettres de sang, je ne peux l'oublier. Alors que j'écris, c'est comme si l'ombre d'une fée posait sa main sur la mienne pour la guider. Je plie le papier en deux avant de le lui remettre avec assurance.

- Vous m'excuserez sûrement cette petite précision, mais je ne peux m'en empêcher, Eisenkern ne se limite pas à être une machine, cher monsieur Hautevigne, précisé-je avant d'observer avec une attention sereine mon interlocuteur.

Il cache bien les pensées qui l'agitent mais je mesure le temps qu'il reste les yeux rivés sur l'unique mot que renferme la feuille. Ce ne sont que quelques secondes certes, mais quelques secondes qu'un homme victorieux ne prendrait pas. Quelques secondes où l'esprit envisage ce qu'il doit faire, calcule toutes les possibilités pour pouvoir sélectionner la meilleure, celle qui garantira sa survie.

" Bien, dites moi précisément ce que je peux faire pour vous, votre Majesté."

Quelques secondes disais-je. Quelques secondes pour faire le choix le plus avisé. Mon attitude change, mon sourire perd de son arrogance et je passe à la franchise. Il est inutile à présent de se montrer arrogant, l'heure n'est plus à cela. Si je continuais, je me le mettrais à dos et cela ne me servirait pas. A présent que les choses sont posées, le jeu de pouvoir n'a plus sa place.

Je dépose avec soin la tasse avant de me pencher légèrement vers lui, coudes sur les genoux, venant chercher son regard. Je m'exprime posément, sans le quitter des yeux.

- Votre sagacité Maître Hautevigne vous a déjà fait toucher du doigts le motif de ma visite, du moins l'un des motifs... En effet, je ne désire pas que d'autres troubles tels que ceux du mois derniers viennent perturber le bon fonctionnement du pays. Je possède déjà quelques moyens de pression, cependant, quelques uns n'est pas suffisant, je souhaiterai les posséder tous afin de pouvoir tenir ceux qui auraient à nouveau des velléités de dissidence. Toutefois, je ne me limiterai pas à une demande si classique.... la suite concerne plutôt la prospérité de vos activités... Bien évidemment, cela aura des contreparties pour lesquelles quelques idées me sont venues. Je me doute que vous disposez de bien des pouvoirs ainsi que de bien des richesses, cependant vos activités ne vous offrirons rien de bien officiel... permettez moi de vous offrir une place à la cour ainsi que le loisir d'étudier Eisenkern en échange. Bien évidemment, je ne vous montrerai pas les plans, car je vous priverai du plaisir de découvrir par vous même, un travail prémâché perd de sa saveur n'est-ce pas ? Cela vous paraît-il envisageable ?

Les négociations sont ouvertes. Je sais, je pourrai ne pas prendre ce temps de discussion, je pourrai ordonner et serai obéit. Cependant, je ne souhaite pas gouverner par la terreur. On ne tire pas le meilleur des gens lorsqu'ils sont contraints et forcés. Certes, il faut avoir de quoi contraindre si jamais la personne faisait un écart mais il vaut mieux éviter d'utiliser la contrainte. L'estime et le dévouement sont bien meilleurs pour pousser les êtres à donner le meilleur d'eux.

J'observe le visage de mon interlocuteur, attend sa réponse avec un intérêt poli et sincère.
Revenir en haut Aller en bas
Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
avatar
Ven 11 Aoû - 23:43
Tracassin profita des explications de son invité pour remettre son esprit en place. Il était encore sous le choc. Cela faisait cinq ans qu'il était revenu en Europe de cette France endormie, et personne ne connaissait plus son nom, personne ! Les quelques uns qui avaient pu le savoir étaient morts pendant que lui dormait pendant cent ans. Il devait comprendre comment cela pouvait être possible. Mais il tenterait d'élucider cela plus tard. Pour le moment, il valait mieux commencer à négocier les termes de sa réédition. Et continuer à écouter le roi.

Lorsqu'il eut finit, Tracassin prit le temps de retourner observer l'un de ses tableaux, laissant à nouveau son regard vagabonder pour songer à ce qu'on lui proposait. Le roi aurait pu lui imposer sa volonté, faire de lui son pantin, mais non, il lui proposait un marché, plutôt équitable en plus. Tracassin sourit. En voilà quelqu'un d'intelligent, qui préférait travailler avec des alliés loyaux et reconnaissants qu'avec des esclaves contraints par la force.
Nul doute que sa majesté attendait de lui quelques actions des moins légales, sinon il n'aurait pas eu besoin de lui. Mais d'un autre coté il lui proposait une place à la cour… Que voulait-il faire de lui ? Une sorte de maître-espion ? Non, cela ne lui convenait pas. Il revint s'asseoir à la table.

« Vous me proposez une place dans votre cour, mais j'aimerais mettre quelques points au clair : je ne pourrais pas tenir le même rôle que votre gentil toutou Alucard, celui du grand criminel repentant qui choisit de mettre ses compétences et sa renommée d'ancien bandit au service de la couronne. Si je rejoins votre cour, cela ne peut être que sous une autre identité. Ce ne serait pas la première fois que je devrais changer de nom, et pratiquement personne ne pourrait associer mon visage avec le nom de « Tracassin HauteVigne ». Ce cher Tracassin n'aura aucune affaire officielle avec votre suite, et il continuera gentiment ses affaires criminelles dans son coin. L'homme qui rejoindra votre cour, par contre, sera parfaitement propre et dénué du moindre passé criminel, et n'aura pas de rôle officiel impliquant la moindre action ne serait-ce qu'aux limites de la légalité. J'apprécierais que le moins de personne possible de votre entourage ait conscience de mon identité et de mon vrai rôle.
D'ailleurs, je ne vous ai pas demandé plus de précisions sur ce que vous voulez que je fasse, mais n'ayez nulle crainte, cela sera fait, et bien fait. Je comptais venir installer en Suisse ma nouvelle base d'opération, pour gérer mon petit réseau à travers l'Europe depuis ce pays où je n'ai pas un passif bien lourd et où la police ne me chercherait pas sans arrêt des noises. Et vous m'offrez là la position rêvée pour cela. Car oui, si vous comptiez me faire renoncer à ma petite pègre, je crains également de devoir le refuser, car je vous serais beaucoup moins utile sans elle.
Pour résumer, je deviendrai, sous un nom fictif, membre de votre cour pour un rôle fictif, tout en me servant de mes ressources peu légales pour vous donner ce dont vous avez besoin, et en continuant mon activité de maître chanteur et autres joyeusetés. J'espère que cela vous convient, car je me vois difficilement vous proposer une alternative. Il ne reste à définir que mon titre postiche et les actions que vous désirez me voir entreprendre dans l'ombre de votre couronne.
 »

Il montra ensuite au roi le morceau de papier sur lequel était inscrit son nom, cette simple petite feuille à cause de quoi il se devait de servir l'homme en face de lui. Bon, finalement, peut-être n'était-ce pas si mal. De plus, avec une place à la cour, il obtiendrait sans doute de nouvelles ressources fort utiles pour ses projets futurs. Et avoir accès à la formidable cité ambulante était encore plus intéressant que de se contenter des plans. Mais un fait demeurait cependant : quelqu'un connaissait son nom. Il prit donc une allumette de sa poche et mit feu au papier, le laissant se consumer sur la table, en fixant le roi au dessus des fines volutes de fumée.

« Ah, et j'ose vous demander, évidement, de garder pour vous, et uniquement pour vous, ce que vous aviez écrit là dessus. Prenez le comme une garantie, un gage de ma bonne foi. Il en faudrait beaucoup pour que je choisisse de vous trahir, en sachant que vous possédez cela. Mais cela ne vaut que si vous êtes le seul à le posséder, vous le comprenez j'espère. »


Say my name.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Sam 12 Aoû - 16:59
J'admire en silence la redoutable intelligence de mon interlocuteur alors qu'il pose ses conditions. Cet homme pourrait s'avérer un adversaire redoutable mais ô combien plaisant à affronter. Cependant, à l'heure actuelle, je préfère l'avoir à mes côtés et être certains qu'il y restera.

Je ne peux retenir un sourire à l'évocation d'Alucard mais, poliment, je le laisse continuer son exposé. Je ne laisse filer aucun de ses arguments, les mémorisant au passage.

- Je n'ai en effet pas besoin d'un deuxième Alucard, le premier me convient fort bien. Ce n'est donc pas pour vous voir jouer un tel rôle que je suis venu à vous.

Je prends une gorgée de thé avant de reprendre.

- Quant à vous voir cesser vos activités, je n'y ai aucun intérêt cher Monsieur Hautevigne. Vos talents d'informateur et de "maître à chanter" me seront certes utiles mais se limiter à cela ne serait pas exploiter au maximum notre collaboration.

Je pioche un croissant à mon tour, notant l'affection toute particulière de mon hôte pour ces viennoiseries au passage et laissant à mes paroles le temps de peser entre nous.

- Voyez-vous, continué-je. Si, à l'instar des dieux grecs, le sang des rois était d'or, la contrebande serait une saignée bien grossièrement réalisée par un médecin peu délicat. On a beau lutter contre l'hémorragie, le sang revient rarement en arrière pour rentrer de lui même dans les veines. Toutefois, il existe en médecine un art peu développer encore mais dont on commence à parler que l'on appelle transfusion.


Je prends une petite seconde pour déguster mon croissant.

- Le principe est simple et fascinant. Il consiste en ramener le sang perdu dans les veines de la personne exsangue. N'est-ce pas merveilleux ?

Un sourire se dessine sur mes lèvres alors que je continue.

- La police aura beau lutter tant qu'elle voudra contre la contrebande, il y aura toujours des contrebandiers pour continuer de faire s'échapper l'or des veines de la Suisse. Alors Monsieur Hautevigne, sauriez-vous être le bon médecin ? Vous associeriez vous à moi pour que votre pègre se charge de la contrebande suisse et ramène le bien volé à la couronne ? Bien évidemment, il va de soi que vous en profiteriez.


Je laisse mes mots faire leur effet et guette un instant la réaction de mon hôte sur ses traits tout en me calant de nouveau dans mon fauteuil.

- Il est bien évident que je ne connais en aucun cas Maître Tracassin et il me semble d'autant plus évident de préciser qu'en aucun cas les affaires en Europe de ce monsieur que je ne connais pas ne doivent entacher mes relations avec les autres pays d'Europe. Mais je me doute que ce monsieur dont j'ignore tout n'aura aucun intérêt à nuire à ma couronne puisque lui même ne me connait pas. Pour ce qui est du titre, du rôle et des avantages du brave homme invité à ma cour, ma question est simple, que désirez vous ?


Je soutiens son regard par dessus la fumée du papier se consumant. J'aime toujours ce spectacle d'une feuille qui brûle doucement. Le rouge incandescent orné de noir qui ronge la blancheur du papier, dévorant de ses dents invisibles l'encre, avalant sans vergogne les mots qui doivent rester secret alors que la feuille danse et se tord dans une silencieuse agonie. Je souris à la lumière rougeoyante de la flamme.

- Je ne saurais me priver d'un atout si précieux, votre secret est le mien.
Revenir en haut Aller en bas
Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
avatar
Mar 15 Aoû - 18:30
Il ne put retenir son rire en entendant l'étrange mais néanmoins exacte comparaison chirurgicale que lui offrait le roi. Il s'installa plus confortablement dans son siège, et reprit, en souriant :

« Vous savez mon cher, je ne fais guère confiance à la médecine moderne, je trouve qu'il s'agit d'un ensemble de moyens bien complexes pour faire ce que la magie pourrait faire plus vite et efficacement. Mais j'avoue aimer votre proposition. Faire en sorte qu'un agent de la couronne contrôle la contrebande dans l'ombre, c'est assez astucieux. Cela ne peut pas marcher partout, mais pour un petit pays comme le vôtre, c'est envisageable. Bien sûr, je suppose que nous aurons comme droit et comme devoir de nous assurer de punir quiconque tenterait de se dérober à mon emprise sur la contrebande, et ce même si nous sortons du cadre légal, tant que nous ne faisons pas trop de remous ? Bien, dans ce cas je suis sûr que nous pourrons grandement contribuer à l'amélioration de la situation économique du pays, et à celle de ma trésorerie par la même occasion. Je pense, au vu de la situation actuelle, que je serai en mesure de contrôler la grande majorité de la contrebande en trois à quatre mois, et ensuite ne resteront plus que quelques petites poches mineures de criminalité qui seront éradiquées l'une après l'autre. »

Tracassin se redressa pour reprendre quelques gorgées de thé avant de poursuivre.

« Ensuite, concernant mes relations officielles avec vous, et bien votre expression de « maître à chanter » m'a donné une idée. Je suis sur que vous, ainsi que quelques membres de votre cour, comme par exemple cette charmante Athénaïs, avez toujours voulu prendre des cours de chant. Cela pourrait être l'occasion de vous y mettre. Et celui qui sera votre maître de chant méritera bien en contrepartie une agréable demeure au centre du pays, ainsi qu'une place dans votre cour et une future place réservée dans Eisenkern. Ce rôle serait très bon, suffisamment important pour me donner accès à un grand nombre de personnes et d'informations, mais suffisamment insignifiant pour que personne ne prête vraiment attention à moi. Personne ne pourrait trouver étrange que je m'absente de la cour, même pour plusieurs semaines, puisque mon rôle ne serait que purement accessoire à la bonne marche de votre pays. Oui, cela me semble bien. Qu'en pensez vous, Votre Altesse ? »


Say my name.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Mer 23 Aoû - 14:01
Mon cher hôte semble avoir bien saisi le rôle que je souhaiterai lui confier, voilà qui me convient à merveille. Je l'écoute redéfinir son travail avec ses propres mots puis attends qu'il termine. La proposition du "maître à chanter" me tire un sourire que je ne réprime pas, amusé par l'idée que l'on me suggère.

- Vous avez parfaitement saisi l'idée maître Hautevigne. Cependant, je vous prierai de ne pas véritablement molester un autre réseau bien insignifiant qui serait tenu par le frère de Sidi Nouman à ce qu'on m'a dit. C'est un homme fantasque qui prend le pseudonyme de Simbad le Marin et qu'on ne voit jamais à ce qu'il paraît. J'espère que vous comprendrez monsieur Hautevigne que ce n'est pas un manque de confiance en vous, au contraire, mais qu'il vaut mieux pour faire illusion de maintenir un semblant de diversité au sein de la criminalité. Les forces de l'ordre finiraient par trouver étrange si elles finissaient par remarquer le manque de factions au sein des contrebandiers qu'elle traque.

Mon hôte est un homme intelligent, je le pense en mesure de comprendre une sage prudence. Mettre tous ses oeufs dans le même panier est imprudent, c'est un point sur lequel nous pouvons nous accorder au vu des précautions qu'il prend pour brouiller les pistes pouvant remonter à lui. Mon sourire s'élargit alors que j'aborde le point du "maître à chanter"


- Votre idée me plaît, je dois l'avouer aussi j'accepte cette suggestion. Pour ce qui est d'une place à Eisenkern, elle est déjà toute réservée. Quant à votre demeure, donnez moi le lieu qui a votre préférence ou l'adresse si votre choix est déjà arrêté et elle sera à vous. Je connais plusieurs petits manoirs qui pourraient vous convenir.
Revenir en haut Aller en bas
Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
avatar
Lun 28 Aoû - 20:18
Tracassin éclata de rire en entendant le roi. Il l'avait assez mal jugé finalement, plus tôt. Certains réflexes mentaux de Son Altesse auraient totalement convenus à de grands criminels. Mais après tout, la politique n'était qu'une forme légale de ce que lui même faisait au quotidien.


« Et bien vous me devancez mon cher. Je pensais également « diviser » la criminalité en plusieurs groupuscules soit-disant indépendants, ça m'est déjà arrivé par le passé. Mais si vous désirez que votre « frère » contrôle une part de cela, cela ne me pose pas de problème. Pour ce qui est de ma demeure, et bien je ne connais pas beaucoup votre pays pour le moment, mais l'on m'a déjà beaucoup vanté la beauté des berges du lac Léman, ce serait donc parfait si vous pouviez me trouver quelque chose dans ces environs. De plus, cela me permettra de rester proche de l'une de vos collaboratrice, qui pourrait bien devenir l'une des miennes. Et bien, je pense que tout est dit ! Permettez que je vous raccompagne à la porte, vous avez sans doute beaucoup d'autres affaires qui appellent votre royale personne, et moi je dois commencer à me fondre dans les réseaux de contrebande qui vous accablent tant. »


Il se leva et rouvrit la porte de la pièce. Lucio parut étonné de voir l'invité toujours en vie, mais Tracassin lui signala d'un geste de la main qu'il lui expliquerai tout cela plus tard. Il se contenta donc de hocher la tête et de s'écarter, laissant les deux hommes redescendre et atteindre la sortie. Lisy rapporta son manteau au roi, et Tracassin ouvrit la porte sur la rue où l'agitation commençait à diminuer à mesure que l'heure du souper se rapprochait.


« Certains aiment sceller une alliance dans l'alcool ou autres festivités, mais je ne pense pas que cela aide un serment à tenir, et je doute que vous ayez l'envie de venir festoyer en si pauvre compagnie. Je vous laisse donc repartir avec comme seule gage de ma loyauté ma parole et l'information dont vous disposez, ainsi qu'une chaleureuse poignée de main. Dès que vous aurez obtenu les clefs de ma future demeure, faites les moi parvenir, et je pourrai vous tenir au courant au jour le jour de l'avancé du nettoyage de votre économie. Sur ce, Sidi Nouman, je vous souhaite un bon retour, et j'espère recevoir bientôt de vos nouvelles. Au revoir ! »


Il ferma alors la porte après une petite courbette cérémonieuse, et sentit la tension de ses muscles s'évacuer lentement. Il ne s'en était pas rendu compte sur le moment, mais la confrontation avec cet homme l'avait vraiment fatigué, et maintenant qu'il était parti et que ses sens pouvaient cesser d'être en alerte, il ne désirait plus qu'une chose : rejoindre son salon pour somnoler dans un fauteuil, devant sa cheminée, en savourant un autre délicieux thé.
Une fois ce simple rêve devenu réalité, il mit ses deux subordonnés au fait de la situation, leur expliquant la manière dont allaient évoluer les choses et les rôles qu'ils allaient devoir tenir. Lucio eut un éclat de rire quand Tracassin leur révéla l'identité de leur nouvel employeur, et Lisy, toujours plus pragmatique, lui demanda comment il avait su de qui il s'agissait. Tracassin sortit alors de sa poche le mouchoir que la jeune femme avait plus tôt subtilisé au roi, et le déplia, rendant visible toutes les broderies qui le recouvraient, notamment les deux lettres qui se trouvaient discrètement dans un coin du tissu.


« S.W. Au vu de la qualité de la broderie et des symboles de pouvoir qui la parsèment, il n'y a que peu de personnes qui peuvent porter en Suisse de telles initiales. Et l'une d'entre elle est le roi. C'était un pari à faire, et si je l'avait perdu, j'aurai simplement tué cet opportun avant qu'il n'ai pu utiliser ce qu'il sait sur moi. Mais j'ai gagné, et j'ai sans doute suffisamment impressionné sa majesté pour qu'il me fasse confiance et me laisse carte blanche dans ma manière de m'occuper de la tâche qu'il m'a confié. Rappelez vous, il faut toujours manipuler les informations dont on dispose à son avantage, et avec du tact on peut même manipuler la façon dont on les a obtenues. »




****




Au milieu de la nuit, Lisy et Lucio furent réveillés par de grands éclats de rire. Ils se précipitèrent vers le salon de leur maître pour le voir sur le sol, se tordant de rire. Il en avait les larmes aux yeux, et peinait à reprendre son souffle. Devant lui, sur le sol également, se trouvaient le mouchoir du roi ainsi qu'un morceau de papier sur lequel Tracassin avait soigneusement posé le nom « Sigfried Winkelried ». Ils attendirent quelques minutes, le temps qu'il se calme, pour l'aider à se relever, et il leur dit, en essuyant la sueur de son front du dos de sa main :


« Et bien, mes amis, ce roi nous réserve bien des surprises… Mon dieu, je dois admettre que je ne m'attendais pas à cela, j'ai toujours un coup d'avance mais là, je dois m'avouer vaincu, je n'ai aucune arme contre lui, il n'y a rien que je puisse faire… Peut-être aurions nous du le tuer quand il est arrivé ? Non, non, cela aurait été beaucoup moins drôle, beaucoup moins stimulant. Ah mes amis, j'ai hâte, j'ai vraiment hâte de travailler avec lui, et ce même si j'ignore jusqu'à son nom ! »




****




Cela faisait trois semaines que le roi était venu le recruter, et un peu plus de deux semaines qu'il avait officiellement rejoint la cour de Suisse. Ou plutôt que Oustroupistache avait rejoint la cour, pour apprendre le chant à ceux qui le désiraient, et en priorité au roi qui avait ainsi trouvé un nouveau loisir pour satisfaire sa formidable passion pour le son de sa propre voix. Il avait donc obtenu un petit manoir au bord du lac Léman, comme convenu, ainsi que quelques serviteurs dévoués et discrets pour l'entretenir, sous la tutelle autoritaire de Lisy, évidemment, qui n'aurait jamais laissé quelqu'un d'autre prendre soin de son maître.

Lucio, pour sa part, ne venait rendre visite à Tracassin qu'en de trop rares occasions, ce dernier lui ayant ordonné de continuer à organiser la reconstruction de son réseau. Il lui confiait également la direction stricte de certains des groupes de contrebande qu'il avait déjà annexé, en priorité les groupes qui s'étaient spécialisés dans l'importation de ressources dont il pouvait tirer un profit direct pour sa petite pègre. Ainsi, Lucio ne visitait son supérieur que pour quelques rapports, à l'occasion, et cela lui allait très bien : il ne s'était jamais senti très à l'aise dans le monde de la noblesse. Tout le contraire de Tracassin qui commençait déjà à minauder et à complimenter de ci de là dans l'espoir de gagner en influence et de récolter les informations nécessaires à sa propre sécurité.

Mais aujourd'hui n'était pas jour à perdre du temps dans ce genre de futilités. Le roi semblait avoir un besoin urgent de son aide, et il se ferait un plaisir de rendre service à la couronne de Suisse : un peu d'honnête et franche magouille lui permettrait de quitter un peu cette atmosphère parfois étouffante d'hypocrisie et de lâcheté. Il avait donc en urgence décommandé tous ses rendez vous, annuler tous ses cours, et attendait dans une aile peu fréquenté de sa demeure l'arrivée de son employeur.


Say my name.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
✦ Libre pour RP ? : yes !

Lun 11 Sep - 10:50
L'entretien s'achève sur ces bonnes paroles. Lorsque mon hôte me raccompagne, je capte le regard surpris du dénommé Lucio. Je réprime le sourire que sa mine voudrait me tirer. Et oui... Je suis en vie. Surprenant n'est-ce pas ?

Je reprends mon manteau que me ramène la jeune fille au service de Maître Hautevigne et salue ce dernier.


- Vous aurez ce que vous m'avez demandé d'ici peu, Maître Hautevigne, c'est un plaisir de faire affaire avec vous. Je vous souhaite une agréable fin de journée.


Nous nous quittons sur ces bonnes paroles et d'un pas assuré, je me fonds dans la ruelle jusqu'à disparaître au milieu des passants. Une halte dans une petite boutique à plusieurs rue de là, et je change de visage avant de repartir. J'ai besoin de marcher un peu. Cette confrontation n'était pas de tout repos, je dois l'admettre. Un homme intéressant ce Tracassin. Pour lutter contre d'autres monstres, il m'en fallait bien un à moi. Je crois avoir choisir l'un des pires...ou l'un des meilleurs tout n'est qu'une question de point de vue.
Ma main dans ma poche rencontre le vide ce qui cette fois me tire franchement un sourire. C'est qu'il fallait bien donner matière à sa brillante démonstration ! Je ris intérieurement, le nez levé vers le ciel, partageant une plaisanterie que seul lui et moi pouvons comprendre. Sachez monsieur Tracassin que lorsque je désire ne pas être reconnu, l'on ne me reconnaît pas. Et puis... avec un peu de magie, j'aurais très bien être une femme déguisée en homme. Et toujours avec ce peu de magie, j'aurais pu éclaircir un teint foncé !

Je ris seul de cette simple idée comme d'une bonne plaisanterie.


****

Le lendemain de cette entrevue, un clayty vint se poser aux fenêtres de chez Monsieur Tracassin, apportant des clés et l'adresse de la propriété demandée.


****

Les semaines passent. J'observe Maître Hautevigne se glisser dans la peau d'un courtisan avec aisance. J'apprécie nos quelques séances de "chant", obligatoires pour donner le change, qui se révèlent généralement être des discussions sur l'avancement de nos affaires.

Cependant, ce soir n'est pas un de ces soirs habituels à la cour. La cour se tait et se fait minuscule devant le courroux du roi. Quelqu'un a volé les plans d'Eisenkern ! Qui ? Comment ? Déjà la rumeur se répand à cause de quelques malheureux qui le regrettent à présent. Les responsables des travaux se font petits devant moi alors que j'exprime le fond de ma pensée sur leur incapacité à garder quelque chose.

" A présent, hors de ma vue. Heureusement pour vous, votre souverain est prudent et possède des copies. Vous reprendrez les travaux demain à l'aube et je ne tolèrerai aucun retard ni aucune erreur de plus."

Je termine ainsi mon discours et part. A peine entré dans mes appartements, je fais tinter la cloche convoquant Alucard. Ce dernier ne tarde pas à monter me voir.

" Votre Majesté ?"

" Faites prévenir mon maître à chanter, j'ai urgemment besoin d'une leçon"

" Bien, Votre Majesté"


Je le laisse partir avec un salut. Une fois la porte refermée, je fais les cent pas dans la pièce tel un lion en cage. Je n'ai pas crié face aux responsables de cette négligence, je n'ai pas tempêté, je suis resté calme et maître de moi, sachant que mon calme est toujours plus terrifiant que des cris, mais intérieurement je bouillonne, je rugis. Calme-toi. C'est un ordre que je m'intime. Reste maître de toi.

Je m'approche de la fenêtre et observe les montagnes. J'inspire profondément. En soi, la situation n'est pas dramatique. Tous les plans n'étaient pas rangés au même endroit ni confiés au même personne si bien que ce qui a été dérobé n'est qu'une infime partie, insignifiante devant le reste. Cela ne contenait que quelques aménagements pour rendre confortable l'intérieur et une partie du système hydraulique que je comptais mettre en place. Pas de quoi causer de gros dommages ni un gros retard. De plus, les plans originaux sont tous en ma possession ainsi que d'autres exemplaires. Non, vraiment pas de quoi en faire un scandale. Pourtant, je ne supporte pas l'idée que l'on puisse me voler. Le voleur sera retrouvé dussé-je retourner l'Europe entière pour mettre la main dessus, il ne m'échappera pas. Je lui ferai payer son audace si bien que nul n'osera jamais recommencer.

Dès que je suis informé que Maître Hautevigne est prêt à me recevoir, je me rends à notre lieu de rendez vous. J'emprunte les entre-sols et les escaliers dérobés. Dans mes appartements le passage ne peut être ouvert que par moi et dans l'aile où je me rends, peu de serviteurs vont et ceux que je croise sont habitués à voir leur maître emprunter ces chemins dérobés et savent que c'est parce qu'il souhaite être tranquille. Aucun n'oserait me déranger et encore moins risquer de dire qu'il m'a vu, craignant trop de perdre sa place ou me respectant trop pour laisser courir une quelconque rumeur.

Une fois sorti du château en douce, je gagne un taudis niché dans une ruelle étroite et sinueuse. Un cheval m'y attend, attaché près de la porte arrière. Je reste un instant à l'intérieur pour me changer et me préparer puis je détache l'animal et me met en selle. Je quitte la ville à bonne allure, lâchant la bride de ma monture une fois la route gagnée.

C'est donc un jeune noble aux cheveux châtains en tenue de cavalier que Lisy vient accueillir alors qu'il entre dans la cour et confie son cheval à un serviteur. Ce jeune cavalier ne paraît pas plus pressé qu'un autre et semble seulement rendre une visite de courtoisie.

Je me laisse conduire dans une aile plutôt calme du petit manoir puis introduire dans le salon où mon hôte attend.


- Bonsoir, cher monsieur Hautevigne.


D'ordinaire, je veille à utiliser le sobriquet d'Outroupistache mais pas ce soir. C'est un détail mais un détail suffisant pour alarmer l'homme que je suis venu trouver et lui indiquer que l'heure est grave.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en hautPage 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Contes Défaits :: L'Europe :: Autres lieux-
Sauter vers: