Mars 7. Au royaume de l'inconnu

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Ronce de France
La belle au bois dormant
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✦ Double-compte : Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Orendi

Jeu 31 Aoû - 14:15
La Suisse demeurait un de ces royaumes qui ne faisait guère parler d'eux, préférant demeurer refermé sur lui-même le temps de fourbir ses défenses pour affronter le monde extérieur. On en parlait comme d'une terre étrangère, on menait des suppositions à défaut de connaître véritablement ce qui se déroulait en son sein. Depuis l'invitation du roi Suisse au couple royal français, les suppositions explosaient et les attentes montaient en flèche. Nombre de membres de la cour tentaient quelques largesses auprès des dirigeants, profitant de la moindre entrevue au détour d'un couloir de Versailles pour entrer dans les bonnes grâces, espérer être du nombre de la délégation. Espoir mouché lorsque fut déclaré, publiquement, que la dite-délégation ne serait formée que d'une garde minimaliste et d'une poignée de domestiques. Point de nobles ou même de bourgeois dans les entrailles du navire royal.

Rendez-vous était pris pour le 15 mars, néanmoins les préparations remontaient à bien plus loin. On ne préparait pas une visite royale au débottée. Les accompagnateurs, gardes comme domestiques, devaient être choisis, triés sur le volet – on n'allait pas s'encombrer d'un individu à la conduite pouvant se montrer désastreuse, générer un incident diplomatique. Sans compter le cadeau que l'on offrait pour remercier l'hôte de son invitation et de son accueil. Du chocolat ? Bien entendu que non. Cela reviendrait à offrir une robe de bal au Luxembourg-Bergie – un affront ! Alors quoi ?

« Vodka ? » avait proposé le roi en piochant un des chocolats offerts par le roi Suisse, liqueur dont il avait été instigateur de l'idée.
« Venant d'une dame, de l'alcool ne serait guère... » Ronce cherchait ses mots. « … apprécié ? »
« Mmmh. Tu lui as offert des macarons, non ? Et il a aimé. Tu as qu'à lui en offrir d'autres. Ça lui donnera peut-être d'autres idées de chocolat. »

Ronce hocha la tête, réfléchissant. La reine finit par commander auprès des plus grands pâtissiers du pays – de quoi relancer l'activité de commerces déjà hautement demandés. Le jour du départ, dès que tout fut ordonné, le navire partit de l'aérodrome parisien pour se rendre en Suisse. Les présents avaient été dûment empaquetés et protégés au sein des soutes du navire tandis que, au sein du salon, Ronce prodiguait les ultimes conseils à son époux.

« Restez poli, attendez que le roi se serve pour vous servir à votre tour, pas d'insulte... »
« Ronce... » Kay avait pris la main de la reine entre les siennes. « Tout va bien se passer. Je sais me tenir. » Froncement de sourcils. « Juste... C'est quoi déjà la différence entre la fourchette à poisson et la fourchette à gâteau ? »

Le voyage jusqu'à Locarno fut utilisé à profit pour mener un rappel global des quelques règles de courtoisie et de bienséance au roi, dont le maniement aussi complexe que celui des multiples couverts ornant une table royale. Alors que le navire se posait à l'aérodrome, Ronce finit par conseiller à son époux de la copier s'ils se trouvaient à table afin d'éviter tout incident. Certaines royautés pouvaient se montrer clémentes et compréhensives, d'autres bien moins, et ne connaissant rien du roi Suisse si ce n'étaient ses missives, Ronce préférait jouer la prudence.

Un valet descendit du pont jusqu'aux pavés de la ville annonçant, d'une voix forte, l'arrivée du couple royal français. Au bras de Kay, Ronce rejoignit l'homme, un garde ouvrant la marche, un autre la fermant. Le couple s'inclina à l'attention de Sigfried Winkelried pour le saluer comme il se doit.

« Votre Majesté... » commença Kay, cherchant ses mots. « Merci de nous avoir invités et de nous accueillir. Les chocolats étaient délicieux ! Je vous ai ramené de la vodka du pays comme promis. Vous m'en direz des nouvelles. »
« Et nous vous avons apporté quelques spécialités pâtissières du royaume de France, puisque vous avez apprécié nos macarons. » continua Ronce. « Nous serons bien heureux d'avoir votre avis sur la question. »

Une domestique se décala du couple royal qu'elle suivait depuis le début. Elle tendit à l'intention de Sigfried, ou l'un de ses propres domestiques, une pile de boites blanches ornée d'un ruban incarnat. Chacun de ces coffrets renfermait une spécialité – macarons se déclinant en plusieurs parfums, cannelés, biscuits roses de Reims et puits d'amour aux saveurs de confiture variées.


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Sam 9 Sep - 14:21
La Suisse au mois de Mars semble toujours s'éveiller d'un long sommeil. Alors que la glace craque et que la neige découvre enfin la terre et l'herbe qu'elle a jaunit dans son étau de blanc, le pays frissonne, papillonne, s'éveille. Alors que les cimes sont toujours couvertes de neige, les vallées commencent à renaître, les lacs où voguent encore quelques éclats de glace se remettent à scintiller au soleil. Quelques fleurs, timides encore, pointent le bout leurs corolles délicates.

Toutefois, il ne faut pas croire que l'Hiver endort véritablement le pays. L'on circule, l'on travaille, l'on déblaye les routes avec ardeurs. Les paysans privés des cultures estivales vont travailler ou produisent le menu ouvrage qui donne ensuite les horloges complexes dont le pays est si fier. C'est au coeur de l'Hiver que les travaux royaux avancent le plus.

Cette année est pourtant différente. L'Hiver n'a pas eut le temps de partir que le pays bourdonne déjà. La cour est en effervescence depuis l'annonce de la venue du couple royal français. L'on espère pouvoir tirer parti de cette visite pour ses propres affaires, l'on discute de quelle tenue porter pour être remarqué et cela ne s'arrête pas. La plupart courent après l'honneur de se voir confier une tâche. Locarno devient la ville en vogue du moment.

Au matin du grand jour, tout est prêt. Beaucoup auront été déçus de ne pas avoir la chance de préparer des réceptions et autres frivolités. Mademoiselle Du Lac a été chargée de quelques préparatifs et de l'organisation de certaines soirées. Son état me semble préoccupant. Depuis peu la magie semble faire des siennes et ses pouvoirs s'avèrent particulièrement instables. Les menues tâches que je lui ai confiées lui auront permis d'oublier un peu ces tracas magiques mais je crains que cela n'aille pas en s'arrangeant.

Je me prépare en hâte tout en veillant à ce que ma tenue soit impeccable. Je n'accroche aucune médaille à mon pourpoint. Quand un homme commence à exhiber ses médailles et ses gloires c'est qu'il n'est plus bon à rien. Je me coiffe en dernier de la couronne de Suisse, non sans en avoir avec affection caressé les joyaux.

Ensuite, je fais le tour du château de Locarno, Veilleur, mon chien, sur les talons pour vérifier que tout est absolument parfait. Les cuisines sont débordées depuis la veille au soir. Je passe y motiver les troupes. Je m'entretiens avec mon chef et goûte du bout des lèvres une crème qu'il me présente pour avoir mon avis.

" Elle est parfaite. Les chocolats sont-ils prêts ?"

"Oui votre Majesté. Tenez les voici."


J'observe d'un oeil critique les délicatesses que l'on me présente. L'un des chocolatiers a eut l'idée de donner la forme d'une fleur de lys à ses oeuvres. Excellente initiative de sa part.

" Vous vous êtes surpassés et je vous en félicite. Continuez, tout doit être parfait. Je compte sur vous."

La venue du roi dans leurs cuisine et ses paroles galvanisent un peu plus les chefs et commis qui se remettent au travail avec plus d'ardeur encore.

Je quitte les cuisines et continue mon tour. Les appartements sont prêts et fleuris comme je l'ai souhaité. Tout est apprêté pour recevoir dignement nos invités.

Peu de monde est autorisé à venir à l'aérodrome avec moi. Leurs Altesses m'ayant informées qu'elles ne viendraient pas avec leur cour, je ne tiens pas à les indisposer avec la mienne. Wilhelm bien sûr m'accompagne, Alucard ainsi que quelques membres de la garde royale et c'est tout. Plus sincère que les courtisans, le peuple a décoré la ville de banderoles de papiers colorés et fleurit ses façades, les rues déjà propres semblent briller tant la population a mis du coeur à les rendre impeccables. Ce spectacle me réjouit intérieurement. Malgré l'Hiver, malgré la magie qui se détraque, le peuple est heureux et ses gestes spontanés en sont la preuve.

La ponctualité est la politesse des rois. Le couple français n'échappe pas à cette règle. J'observe le navire volant se poser en douceur. Les employés de l'aérodrome aident à l'amarrage du bateau et à descendre la passerelle. Un valet vient annoncer ses maîtres juste avant que les deux souverains ne descendent accompagnés de leur suite.

C'est le roi de France qui prend en premier la parole pour me remercier de l'invitation et me faire le compliment des chocolats. J'esquisse un sourire bienveillant en entendant ses mots et viens lui tendre la main pour échanger une poignée de main avec lui.

" C'est un immense plaisir de recevoir vos Altesses royales dans notre pays. J'espère que vous avez fait bon voyage ? Je vous remercie pour la vodka, je tiens à ce que nous y goûtions ensembles. Quant aux chocolats, je suis ravi d'entendre qu'ils vous plaisent. Nos chocolatiers débordent d'enthousiasme depuis qu'ils ont reçut vos suggestions."

Je m'incline ensuite devant la reine avec un profond respect et attend qu'elle m'offre sa main pour y déposer un baise-main. Je sais d'expérience qu'en France ce salut ne doit pas être pratiqué dans la rue, seulement lors de réceptions et dans un lieu fermé. Cependant, il n'y pas ici de public et je ne suis pas certain que l'aérodrome, protégé comme il l'est puisse être considéré comme "rue". Afin de ne pas commettre d'impair, je laisse à la reine Ronce le choix de m'offrir sa main ou non.


" C'est un honneur pour moi de vous accueillir parmi nous Votre Majesté."


Wilhelm se charge de réceptionner les boîtes blanches avec d'infinies précautions. Je souris à l'explication qui accompagne ces délicatesses et m'incline légèrement pour remercier mes invités.

" Je vous remercie infiniment pour cette délicate attention. Je me ferai un plaisir de vous donner cet avis le plus rapidement possible."

Je suis tenté de les faire servir lors d'une collation entre le couple royal et moi mais je crains que ce soit peu approprié. Enfin... Je pense que leurs Altesses Royales ne m'en voudront pas si je fais honneur à leurs délicatesses en les partageant avec eux. Attendons un peu et voyons comment tout se passe, si l'occasion se présente, nous aviserons à ce moment là.

Je reprends la parole avec tout mon respect et ma politesse.

" Permettez moi encore une fois de vous souhaiter la bienvenue, vos Altesses Royales. J'espère que le voyage n'aura pas été trop éprouvant, j'ai fait préparer une collation pour votre arrivée afin que nous puissions discuter confortablement avant d'aller assister aux premiers pas d'Eisenkern. "

D'une main, paume ouverte, je désigne le vaste landau frappé des armoiries de Suisse auquel quatre de mes meilleurs chevaux sont attelés, le harnais brillant et élégamment décoré, la robe lustrée avec soin. Un page en livrée tient la porte de l'attelage ouverte. En retrait d'autres voitures attendent sagement, prêtes à transporter la suite et les bagages de leurs Altesse Royales.

" J'ai pris la liberté de profiter que le temps soit clément pour vous offrir une vue plus dégagée et agréable sur le lac Majeur et les paysages de Locarno le temps que nous arrivions au château. Toutefois, si le temps n'est pas à votre goût, une voiture plus couverte avec un équipage nous attendent."

Je laisse le choix encore une fois à leurs Altesses Royales. Je sais la reine curieuse de découvrir notre pays mais j'ignore si la fraîcheur de Mars lui sied. Ne voulant pas commettre d'impair et par politesse, je préfère leur laisser le choix de l'équipage. J'acquiesce lorsque la réponse me vient.


" Si vos Altesses Royales, veulent bien me suivre."


Je les laisse prendre place les premiers puis m'installe à mon tour, face au couple royal. Les sièges molletonnés sont confortables et une petite touche de magie rend l'espace sous la capote de toile agréablement chaud et douillet. L'attelage se met en marche une fois que nous sommes installés.

Si nous étions seuls à l'aérodrome, nous ne le sommes plus en traversant la ville. Ouvrant respectueusement un passage, la foule se presse sur le bas côté, observant avec des yeux étonnés ou émerveillés l'attelage et ses passagers. Comment leur en vouloir ? Aucun dans cette petite ville nichée sur les bords d'un lac n'aurait imaginé un jour recevoir non seulement son suzerain mais les souverains d'une pays étranger. Les fleurs encore rares ont été remplacées par des bouquets de papiers multicolore.

C'est alors qu'un cri fuse, reprit par des centaines de voix.

" Vive le roi !"

" Vive le roi et la reine de France !"


Quelques fleurs de papiers fusent et sont lancées dans le ciel. Je n'ai rien demandé, c'est un geste spontané des habitants de Locarno. Je lève une main pour saluer la foule et la remercier. Le sourire qui flotte sur mes lèvres est presque tendre. Je reviens ensuite à mes illustres invités, m'excusant presque pour cette initiative incontrôlée du peuple suisse.

L'attelage continue sa route sans heurt. Je n'ai pas choisi le trajet le plus court pour rejoindre le château de Locarno mais celui qui offrira à mes invités le paysage le plus plaisant.


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Ronce de France
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Sam 16 Sep - 23:46
Le couple royal ne connaissait le visage du roi de Suisse que via ce que les journaux en avaient donné l'image – photographies prises lors de l'inauguration de Eisenkern. Mais c'était tout autre chose de faire face à la personne en chair et en os, de voir son corps se mouvoir, d'entendre sa voix. La reine se sentit presque soulagée d'entendre la langue française hors de son pays – les contrées usant de cette langue étaient si rares et cela rendait la compréhension si aisée ! Après que le roi eut serré la main de son vis à vis française, Ronce tendit la sienne soigneusement gantée. Nul risque n'avait été pris concernant son don. Il aurait été dangereux d’occasionner un vieillissement prématuré du roi Winkelried qui plus est en pleine débauche magique – le roi aurait pu vieillir d'un an comme de dix, voire bien plus ! Ronce garda, néanmoins, un œil sur sa main, à l’affût du moindre couac. Ses épaules se relâchèrent lorsque le roi en eut fini avec le geste protocolaire.

« Le voyage a été très agréable, nous vous en remercions. » répondit Ronce.
« En même temps c'est juste à côté. » se permit d'ajouter Kay, pragmatique. « Et la météo n'avait pas annoncé de vols de sorcières aujourd'hui. »

Le sourire de Ronce creusa un pli au coin des lèvres, son regard se posant sur le roi suisse craignant que l'humour ne soit pas à son goût. L'homme semblait conciliant, presque tendre dans sa façon de parler, et extrêmement prévenant. Néanmoins la reine avait bien assez d'expérience dans le domaine de la diplomatie pour savoir que la nature la plus douce pouvait se révéler revêche si on touchait à certains sujets sensibles. Lorsque la collation fut mentionnée, Kay fut le premier à bondir dessus.

« Ça c'est parfait, votre Majesté. Nous pourrions goûter la vodka que j'ai rapporté à ce moment-là. Si ce n'est pas trop tôt pour vous. En Russie on en consomme à toute heure, mais je sais que ce n'est pas le cas partout. »

Une œillade à son épouse lui arracha un sourire lorsque Ronce inclina la tête, brièvement, lui faisant comprendre qu'il avait le droit à la boisson. Aujourd'hui était un jour exceptionnel. D'une même voix le couple royal assura que le landau ne posait nul problème dans la choix de l'équipage. Ronce se permit même de remarquer, lorsqu'ils furent assis, que la température sous la toile était particulièrement agréable.

« Est-ce dû à un ensorcellement ou à une nouvelle technologie ?  Un tel concept permettrait de se passer de fourrures, fort coûteuses et, ma foi, requérant des animaux qui n'ont, hélas, pas demandé ce sort. »

L'attelage s'ébranla les menant au sein de Locarno. Les célébrations menées par les habitants surprirent le couple royal, firent éclore un sourire ravi sur le faciès de Ronce. La reine se permit de se pencher à demi par la fenêtre, saluant les badauds qui se massaient sur le bord de la route. Néanmoins la souveraine rentra promptement sous la toile sentant son époux tendu à ses côtés. On ne savait quel mercenaire pouvait se cacher là et profiter de l'opportunité pour commettre un meurtre.

« Votre peuple est accueillant. » souligna Ronce, sincèrement touchée.



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Mer 20 Sep - 22:14
La plaisanterie du roi de France me tire un sourire. J'apprécie cette spontanéité qui se manifeste de nouveau lorsqu'il est question de la collation et d'entamer la vodka qu'il a apporté avec lui. J'approuve d'un signe de tête sa proposition tout en répondant :

- Ce serait avec plaisir, j'ai hâte de pouvoir y goûter.

Pour mon plus grand plaisir, la petite touche de magie qui rend le landau plus confortable est appréciée par leurs Majestés.


- C'est un ensorcellement en effet que j'ai récemment fait ajouter à mes attelages. Je partage votre avis sur ce point si bien que j'aimerai pouvoir développer ce concept et le rendre accessible. Hélas je crains que cette idée ne parvienne pas à elle seule à faire passer l'engouement pour les fourrures...


L'attelage continue sa route sans heurts. La reine de France salue les passants qui acclament les souverains auxquels ils ouvrent le passage.


- Dans une si petite ville, bien peu sont ceux qui auraient imaginé un jour croiser leur roi et les souverains de France, votre Majesté. C'est pour eux signe de fête et de temps prospères car la simple annonce de votre venue a suffit à faire fleurir les économies de chacun.


Le landau s'arrête doucement dans la courre du château et un page vient nous tenir la portière. La suite de leurs Majestés est déjà arrivée et prend connaissance de la localisation des appartements de ses maîtres ainsi que des dispositifs mis en place pour leur offrir un agréable séjour. De mon côté, je me fais leur guide pour les mener à travers le château jusqu'au petit salon qui a été apprêté pour la collation. La fenêtre donne sur le lac et le sentier qui le longe, offrant des perspectives de promenades aux badauds. Une table basse a été dressée à notre attention, présentant thés et cafés ainsi que des jus de fruits et la fameuse bouteille de vodka. Des chocolats au café ainsi que d'autres délicatesses sont disposées dans coupes en porcelaine. D'un signe discret, j'ai demandé à ce que les boîtes amenées par leurs Majestés soient ouverte. Si nous partageons la vodka maintenant, je ne vois pas d'inconvénient à ce que nous partagions les merveilles des maîtres pâtissiers français. Bien sûr, des brioches au chocolat, des gâteaux à la rhubarbe et aux pommes comme ils sont appréciés dans la région.

J'invite leurs Majestés à prendre place.

- Demandez ce qui vous fera plaisir, je me suis permis d'ajouter à nos spécialités celles que vous nous avez amenées afin que nous puissions les partager. Notre pâtisserie risque de paraître fort pâle aux côtés de l'art français toutefois, j'espère que vous les trouverez à votre goût.

Le roi de France, une fois installé, demande deux verres qu'on lui présente promptement et qu'il remplit lui même du breuvage national de sa patrie avant de m'en tendre un que j'accepte avec un remerciement. Un serviteur vient servir à la reine un thé délicatement parfumé pendant ce temps. La franchise du souverain français est surprenante mais appréciable. C'est suivant la tradition russe que je trinque avec lui.

L'alcool est aussi fort que dans mes souvenirs cependant je ne peux qu'apprécier sa qualité. En bon Russe, le roi de France est un fin connaisseur.


- Il m'est arrivé que l'on m'en serve, votre Altesse Royale, mais je dois avouer que je n'en ai jamais goûté de meilleure que celle-ci.


J'espère faire plaisir à mon homologue français avec ce compliment. La conversation tourne autour des mets servis à notre table. La reine semble ravie de découvrir nos brioches chocolatées et je profite avec délice des cannelés dont je fais le compliment à leurs Altesses royales. Nous échangeons au sujet de nos pays respectifs sans pour autant nous lancer dans de grands débats politiques. L'heure n'y est pas encore.

Wilhelm se glisse discrètement dans le petit salon et vient me prévenir que notre équipage est prêt. J'acquiesce avant de me lever.


- L'on vient de me faire part du fait que l'équipage devant nous mener à Eisenkern est prêt. Si vos Altesses Royales veulent bien me suivre.


Nous rejoignons la courre du château où nous attend un nouvelle attelage, couvert cette fois ci. Des toiles aux armoiries de Suisse ont été tendues aux fenêtres de la voiture. Je m'en excuse auprès de mes invités alors que nous prenons place.

- Je vous prie de m'excuser cette fantaisie vos Majestés Royales, non pas que la localisation d'Eisenkern soit tenue secrète mais je tenais à vous ménager la surprise en y arrivant, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.

L'attelage se met en marche et quitte le château au grand trot. Le cocher et la garde royale connaissent le chemin par coeur, mes visites là bas étant fréquente. Nous nous éloignons des rives du lac pour nous enfoncer un peu dans les Alpes.
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Ronce de France
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Mar 26 Sep - 23:13
L'explication du roi au sujet de l'effervescence suisse avait de quoi ravir les cœurs les plus endurcis. Ronce aurait aimé suscité les mêmes élans auprès de son propre peuple néanmoins la dureté de la vie des ouvriers, le rude quotidien du petit peuple, tout cela pesait bien lourd dans la balance. Même si, doucement, les pensées s'assouplissaient suite au mariage – personne n'oubliait les origines roturières du souverain. Mais cela avait suscité quelques mariages d'amour pas toujours souhaités par l'un des partis parentales, qu'il avait fallu adoucir par quelque argent pour le contenter. Si l'économie ne se redressait pas encore, il fallait néanmoins compter sur une explosion démographique dans les prochains mois à venir. Et avec elle, qui sait la venue du futur héritier.

Les yeux de Ronce ne cessaient de mirer l'architecture du palais, la disposition des pièces tandis qu'on les menait jusqu'au petit salon. Cela l'intriguait toujours de voir comment s'exprimait la culture des autres dirigeants au sein de leurs écrins de luxe, d'observer comment chacun asseyait son statut et valorisait son pays. Car un palais n'était autre qu'un paravent du pouvoir. Il se devait d'impressionner, de flatter l'orgueil patriotique. Celui du roi Winkelried n'imposait aucun clinquant surchargé et Ronce nota, sans mot dire, la présence du lac qui se profilait comme un trait dans l'horizon. De toute évidence le souverain de la Suisse aimait la promiscuité d'une Nature pleine et entière dans toute sa primauté, loin des jardins taillés au cordeau de Versailles.

Prenant place sur le sofa qui leur était désigné, le couple royal s'enquit de ses boissons, Ronce se laissant tenter par un thé tandis que son époux entreprenait de servir lui-même le roi suisse. Ce qui devait étonner passablement les domestiques et le roi, mais aucun ne dit mot. Pas même lorsque Kay tendit le verre plein au roi en commentant :

« Je vous conseille de le boire d'un trait. Attention, ça décape. »

Ronce ne pouvait que confirmer. Elle n'avait trempé le bout des lèvres qu'une fois et l'alcool lui était monté aux yeux, lui arrachant des larmes. Elle admira l'aplomb du roi Sigfried à absorber le verre sans sourciller. Pour sa part la souveraine n'avait pu se retenir très longtemps avant de croquer dans un des mets proposés après que Sigfried avait porté son verre à ses lèvres. De même que Kay avait attendu que le roi boive avant d'en faire de même, reposant le verre avec un tintement sur la table.

« Et je vous avoue, Votre Majesté, que vous accusez bien le coup. Vous avez de l'alcool fort en Suisse aussi ? »
« Ces gâteaux à la rhubarbe sont exquis. » se permit de glisser Ronce, histoire d'apporter un peu de douceur dans toute cette rudesse masculine. « Je me demande ce que cela pourrait donner une contribution entre nos confiseurs respectifs. L'Allemagne a grandement influencé l'Alsace et la Lorraine et il en est ressorti de biens belles conceptions. »

La discussion se tissait, dénuée de toute pesanteur politique, simple babillage permettant à, tout un chacun, d'apprendre de l'autre, de mener connaissance. Alcôve récréative dont chacun se retira, d'un même mouvement, lorsque s'amorça la suite des festivités. Eisenkern allait être présenté – la chimère de navire mouvant allait prendre forme sous les yeux ébahis du couple français. La lumière étincelante de l'extérieure laissa place à la pénombre tamisée du carrosse. Le roi suisse avait des accents de metteur en scène, préparant la levée de rideau. Ronce s'attendait presque à entendre les trois coups annonciateurs. Kay, pour sa part, se fendit d'une remarque.

« Il est si imposant ce Eisenkern ? On dirait que vous nous amenez sur un site placé sous secret d’État. »

Nulle reproche dans la voix du roi, toute démentie par l'étincelle qui brillait dans son regard. Il était curieux de découvrir cet ouvrage, excité même à l'idée de mettre le pied au sein d'un site sécurisé. Cela lui rappelait bien trop son ancien emploi, les fichiers où l'on inscrivait toute note susceptible d'avancer une affaire, les confessions arrachées aux suspects pour dénouer l'énigme.

Le carrosse cessa son avancée augmentant la tension d'un cran en son antre. Le cou tendu, les yeux écarquillés, le couple royal attendait. Et le rideau se leva.


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Mer 27 Sep - 12:12
Nos conversations me sont fort agréables, les paroles s'échangent avec aisance, mélange entre courtoisie et spontanéité. Loin de me déranger, la franchise du roi de France est plaisante. Il manque cruellement dans le monde politique cette spontanéité et ces paroles sans ambages. Les conversations se continuent avec fluidité. J'observe mes deux invités, apprends à les connaître, discerne une ébauche de leur caractère alors que je les rencontre enfin.

- Oui, nous confectionnons quelques digestifs à base de poire ainsi qu'une spécialité du Valais, une eau de vie à base d'abricots qu'on appelle l'abricotine. Souhaiteriez-vous y goûter ? Le peuple suisse apprécie aussi beaucoup l'absinthe notamment en apéritif, il y a presque un rituel traditionnel instauré pour le service de ce spiritueux.

Une collaboration franco-suisse dans la confection de pâtisserie me semble être une riche idée. Des échanges culturels entre nos deux pays seraient propices à leur rapprochement et à de bonnes relations.

- Je dois avouer que je suis aussi curieux que vous à ce sujet, votre Altesse Royale. Je ne doute pas qu'il en ressortirait aussi de belles confections capables de ravir tout un chacun. Je serai intrigué de voir ce que que donnerait une telle collaboration, votre Majesté.

La conversation se poursuit dans la pénombre de notre voiture. Je réponds bien volontiers aux interrogations du roi. Eisenkern est un sujet dont je ne me lasse. Je dois avouer que je ne suis jamais véritablement objectif sur ce sujet. Mais comment pourrais-je l'être après tout ?

- Eisenkern est conçut pour accueillir la cour de Suisse ainsi que sa suite, les serviteurs, la garde mais aussi loger d'éventuels invités ainsi que leur escorte et leur offrir tout le confort qu'il se doit.

La remarque au sujet du secret d'état me tire un sourire amusé.

- Oh non, ce n'est pas un site placé sous secret d'état, bien évidemment il est gardé et surveillé nuit et jour mais qui veut peut venir le voir. De plus, les travaux ont été mené sur tout le territoire suisse, il aurait été ardu de cacher le but de ces travaux à tous. En outre, lorsque les petites mains qui oeuvrent à bâtir l'édifice savent qu'elles travaillent à bâtir quelque chose de grand, cela leur donne plus de coeur à l'ouvrage. C'est la foi qui permet de bâtir les plus beaux édifices, les cathédrales françaises n'en sont-elles pas un splendide exemple ? Les travaux d'Eisenkern ont permis de créer de l'emploi, d'amener l'argent dans les chaumières alors que l'Hiver empêchait les travaux des champs, l'économie de nombreuses villes s'est mise à fleurir par la simple promesse qu'il viendrait et la préparation de sa venue. Ce serait frustrer tout un peuple que de lui cacher ce qui se construit. Ayant mis la main à la pâte, les gens de suisse se sentent plus proches de cette création et peuvent en être fiers.

La curiosité du couple royal français me ravit. Lorsque la voiture s'immobilise, je perçois le frisson qui parcourt notre trio. Le bruit de l'eau me parvient déjà, grondement sourd comme le tonnerre, tel le ronronnement de la bête tapie à l'extérieur.
Le rideau se lève alors que le valet ouvre la portière. Je laisse à mes invités le plaisir de sortir les premiers. Pour ma part, je devine déjà chaque détail, n'ayant qu'à fermer les yeux pour voir le paysage qui va s'offrir à nous. Alors que le couple royal descend, mon coeur se met à battre plus fort, tambourinant comme un oiseau dans ma poitrine. Je le sais, c'est inutile de lutter, je ne pourrai pas cacher mon enthousiasme, ni ma fierté pour cette oeuvre et ceux qui l'ont bâtie et encore moins mon amour inconditionnel pour ce peuple brillant, ces joyaux innombrables, cristallisés dans un unique édifice.

Ce que l'on percevait en premier du site c'était le grondement de l'eau. Un tonnerre provenant des quatre torrents qui dévalaient la montagne, bouillonnants, écumants alors que les neiges commençaient à fondre. Voilà ce qu'on entendait en premier. Puis venaient les bruits des travaux, les voix des hommes et des femmes qui oeuvraient nuit et jour à la construction de l'édifice. La neige avait fondu depuis longtemps dans le creux de cette vallée, peut-être n'avait-elle jamais pu s'y établir, chassée par l'activité, les brasero et la magie qui garantissaient aux ouvriers de ne pas souffrir du froid.

Enfin venait Eisenkern lui même. Au milieu de l'écume, l'eau bouillonnant autour de lui dans les canaux aménagés dans lesquels les torrents se déversaient avec toute leur furie, des roues à aube tournant dans le flot blanchit. Comme pour toutes les forteresses de montagne, l'on avait préféré s'élever vers le ciel plutôt que s'étaler au sol. Aussi les tourelles du château dressaient leurs toitures aussi aiguës que la pointe d'une flèche, arborant fièrement le bleu des ardoises. L'on pouvait dénombrer six tourelles, encerclant la tour principale, des passerelles aériennes les reliant entre elles. L'on pouvait dénombrer entre ces tours, au sol, les ailes du château ainsi que bien des bâtiments qui feraient office d'écuries, d'armurerie, de magasins pour le plaisir de la cour. Le blanc des murs mettait en valeur le bleu des toitures. Les fenêtres et les portes apparaissaient ornées de bas reliefs, sans être surchargées. Les roues à aube se situaient sur les côtés du château, brassant l'eau qui se déversait tout autour. Ici, deux savoirs s'alliaient, la magie et la technologie semblaient se réconcilier l'espace d'un instant.

Hormis sa localisation étrange, les roues à aube monumentales et une structure métallique qui semblait évoquer une queue à l'arrière, le château ne dépareillait pas des châteaux traditionnels. Eisenkern se fondait dans le décor comme s'il y avait toujours été, n'abîmant rien autour, ne volant pas aux montagnes leur grandeur et leur gloire, ajoutant avec respect sa présence au monde autour. De la fumée s'échappait de ses nombreuses cheminées, ajoutant aux bruits de mécanique que couvrait le mugissement de l'eau en furie.

Je descends à mon tour, restant un pas en retrait pour laisser au couple français le plaisir de se faire une première impression. J'observe moi aussi l'onde furieuse et le géant qui semble au repos alors que les minuscules fourmis qui le servent, vont et viennent en se hâtant, prêtes à se dévouer toutes entières à lui lorsqu'il sortira de son sommeil. L'écume vole au vent ajoutant à l'irréalité de ce paysage. Ainsi posé, on ne voit pas la structure inférieure de l'édifice, celle qui lui permettra de se mouvoir. Je préfère ne rien dévoiler à ce sujet, laissant encore la surprise à mes invités qui le verront bien assez tôt.

Je ne suis pas expert en magie mais je la sens bourdonner ici, les récents incidents magiques partout en Europe doivent contribuer à la faire grimper en puissance dans ce puits où la magie vient épouser la technologie. J'espère que rien ne viendra troubler cet essai. Ce n'est pas la première fois qu'Eisenkern fait ses premiers pas, quelques ébauches, des promenades, tel un enfant à qui l'on tient la main pour le guider, un pied après l'autre, mais aujourd'hui est le jour où le fils de la Suisse lâchera la main aimante pour se tenir seul, et un pied après l'autre, esquissera les premiers pas vers le père qui l'appelle et l'encourage.

Mon rôle d'hôte me tire de mes pensées et je reviens à mes invités, mettant fin à cet instant de grâce peut-être pour en créer un autre.


- Vos Altesses royales, permettez moi de vous souhaiter la bienvenue à Eisenkern !


Ma fierté résonne dans ma voix, je le sais, inutile de chercher à la cacher. Et puis pourquoi la dissimulerai-je ? N'est-il pas légitime d'être fier du travail réalisé durant ces longues années ? Eisenkern est le rêve qui achèvera d'unir la Suisse, le voir naître est une joie tellement immense qu'elle est indescriptible.

Une nuée de créatures ailées, blanches, noire, grises, fauves, mouchetées s'envole soudain, virevoltant entre les tours, venant se poser sur les machines autour, les bâtiments des ouvriers ou continuant leurs jeux aériens, rivalisant d'adresse entre elles. Pourquoi des clayty sont-ils venus nicher ici ? Excellente question... la présence des hommes ? La magie environnante ? Les deux à la fois ? Mystère... Toujours est-il qu'il est hors de question qu'on les chasse d'ici.

J'observe et écoute les réactions de la reine Ronce et de son époux. Notre arrivée a été remarquée et les regards se tournent vers nous, l'activité ralentit un peu, chacun attend dans l'expectative. Tous savent qu'aujourd'hui est le grand jour. Je sens leur nervosité et leur empressement qui font écho aux miens.

Les architectes et contremaîtres viennent nous saluer et s'inclinent avec respect devant nous avant de s'adresser à moi.

- Votre Majesté, tout est prêt, nous attendons votre signal.

- Bien, réponds-je avant de me tourner vers les souverains français. Un point de vue a été installé afin que nous puissions confortablement assister aux essais sans en manquer une miette, nous pourrons ensuite si le coeur vous en dit, passer à l'intérieur afin de le visiter. Toutefois, selon votre convenance, nous pouvons aussi entrer et assister à l'essai depuis l'intérieur. Que préférez-vous ?
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Ronce de France
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Sam 30 Sep - 22:53
Le château était gargantuesque, sa taille rendue encore plus impressionnante par ces roues à aubes qui cerclaient ses murailles. Plus grandes encore que celles d'un moulin ou de ces navires qui descendaient le Mississippi. Ronce demeurait bouche close mais les yeux grands ouverts, observant la création dans le moindre détail tentant d'en comprendre le fonctionnement. Oh les roues devaient avoir un rôle, c'était certain. Mais lequel ? Ronce imaginait mal les roues tourner comme pour une voiture, poussée par un moteur. Le château aurait été, alors, bien trop instable. Le sourd grondement qui se faisait percevoir, immense cascade liquide, devait être un élément de réponse.

Kay résuma en quelques mots la pensée du couple.

« L'architecture suisse c'est quand même quelque chose. »

Le roi vint proposer deux choix susceptibles pour profiter de la vue des premiers pas de Eisenkern. Kay n'hésita guère et laissa son épouse mener elle-même le choix. Ronce ne balança guère longtemps. Elle était bien trop intriguée de voir les rouages s'ébranler pour prendre place au sein d'un des boudoirs du palais.

« Nous préférerons le point de vue extérieur si cela vous agrée, votre Majesté. À l'intérieur nous ne pourrons voir véritablement comment Eisenkern se déplace. Si d'ailleurs vous pouviez nous commenter le déroulement. N'ayez crainte des termes techniques à employer. Je vous questionnerais si je n'y entends goutte. »

Ronce se demandait si Sigfried aurait la même verve que Gustave Eiffel lorsqu'il parlait de sa future tour Eiffel qui grandissait, doucement mais sûrement, dame vénérable prenant son temps pour se parer de ses atours.

La procession fut menée à flanc de montagne sous un dais tendu pour protéger les spectateurs des affres du soleil. Des lorgnettes, comme à l'opéra, étaient à disposition pour pouvoir mieux observer comme si l'on se trouvait à un spectacle. Ronce dédaigna les chaises proposées voulant assister debout au lancement comme si prendre ses aises l'empêcherait de profiter d'un meilleur angle. Tout son être était tendu vers Eisenkern, attendant que le château s'ébranle. Kay, pour sa part, était intrigué par les plans exposés sur la table, les observant d'un œil critique et alerte comme un policier inspectant des preuves.

« Vous allez construire carrément des... zones d’atterrissage ? »

Si Sigfried répondit, Ronce écouta d'une oreille refusant de lâcher Eisenkern du regard. Un vrombissement se fit entendre.

« Oh. Il bouge ! » s'exclama-t-elle alors que le château se levait. « Il a... des jambes. Majesté Winkelried, comment peut-il marcher avec tant de poids sur lui ? On dirait une tortue. »


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Mer 4 Oct - 23:34
Le choix du couple royal français me va à ravir. Nous aurons le temps de passer à l'intérieur plus tard mais voir le château se lever et entamer ses premiers pas est un spectacle à ne pas manquer. J'incline légèrement le buste à la demande de la reine Ronce.

- Je serai honoré, votre Majesté Royale, de vous servir de guide et de répondre à toutes vos questions.

Tout a été installé pour garantir le confort des spectateurs. Nous ne sommes pas seuls, quelques hauts dignitaires et journalistes de confiance, c'est à dire seulement deux, triés sur le volet et choisis pour leur excellence mais aussi leur discrétion, chose rare dans le monde du journalisme. Bien évidemment, le dais sous lequel nous nous installons n'est destiné qu'à nous seul.

Je m'approche des plans que le roi Kay étudie avec attention.

- Absolument, les zones majeures sont déjà presque achevée et seront opérationnelle l'année prochaine pour accueillir Eisenkern. D'autres seront construites ensuite au fur et à mesure pour élargir les points de séjour du château. Sans l'aménagement de telles aires, l'établissement dans les différentes villes de Suisse aurait été des plus compliqué.

L'exclamation de la reine nous tire des photographies aux ton sépia et des plans exposés sur la table. Je la rejoins aussitôt, accompagné du roi Kay pour assister au spectacle. Le vrombissement du palais change en effet, l'eau est parcourue de remous alors que la carcasse blanche et bleue se soulève lentement, dévoilant les structures métalliques inférieures. Une patte émerge de l'eau, articulée et garnie de doigts griffus évoquant les pattes d'un dragon. Prenant appui sur le rebord, Eisenkern se hisse hors de l'eau. Les roues à aube s'arrêtent doucement de tourner, l'eau retombant de leurs pals.

La nouvelle exclamation de la reine me tire un sourire. Une tortue ? étonnante comparaison. Après tout pourquoi pas, dans certains mythe la tortue porte le monde.

- Ses pattes sont placées de sorte à garantir la meilleure répartition de poids possible, de plus la structure supérieure entière bénéficie d'enchantements d'allègement qui rendent plus aisée les manoeuvres et diminue l'inertie du bâtiment. Cela ne retire pas le poids que ses membres ont a supporter mais cela le rend plus supportable.


Doucement, presque avec prudence, Eisenkern sort de l'eau et se dresse sur ses pattes. Les structures de métal à l'avant semblent évoquer une gueule ou une figure de proue. La queue métallique à l'arrière sert de balancier et aide à l'équilibrage du coeur de fer.

Nous observons avec émerveillement l'édifice faire ses premiers pas tandis que la foule des ouvriers, contremaîtres et autres se presse pour lui montrer le chemin et veiller à ce que tout se passe bien. Mon coeur tambourine dans ma poitrine tel un oiseau luttant pour s'échapper de cette cage de chair et d'os qu'est ma poitrine. N'oubliant pas mon rôle d'hôte et de guide, je réponds à toutes les questions.

- C'est un projet que je nourris depuis longtemps, bien avant mon couronnement à vrai dire... Les jalons ont commencé à être posés bien avant mon accession au trône car déjà je commençais à rassembler des mages, des inventeurs et tous ceux dont le génie pouvait contribuer à concrétiser ce rêve.

Je réponds aux questions de mes deux invités, expliquant avec un plaisir certain les raisons d'une telle construction.

- La Suisse n'ayant pas connu de roi plus tôt, il n'y avait pas véritablement de capitale. Des villes importantes tout au plus mais rivales entre elles. Favoriser l'une d'elle revenait à générer de nouvelles tensions et des jalousies entre les cantons. C'est pourquoi le projet d'Eisenkern permettait de concilier chaque parti car chaque ville tour à tour serait une capitale et bénéficierait des faveurs de la cour. De plus, ce projet a permit d'allier magie et technologie qui sont deux visages du pays et en y associant le peuple, il a aider à le fédérer et à consolider son unification.

Après avoir observé à loisir les premiers pas du géant, nous nous en approchons alors qu'il s'arrête afin de faire un tour dans ses entrailles. Une plateforme sous le ventre d'Eisenkern s'abaisse, le sol en a été pavé régulièrement comme une route. La route monte en suivant une pente douce et courbe comme si l'on montait à une tour. L'espace est suffisamment large pour que deux voitures s'y croisent sans heurts.



- Lorsqu'il est à l'arrêt, il est possible d'accéder par la voie la plus simple au château cependant la question était de savoir ce que l'on faisait lors des déplacements, il ne fallait pas que ce soit une prison à chaque voyage ou que nul ne puisse nous joindre. C'est pourquoi, nous avons mis au point un système de plateforme et de tours cavalières permettant d'entrer avec des chevaux et leurs équipages sans soucis.

La douce spirale finit par s'ouvrir sur une vaste courre entre les tours et les bâtiments du château. Une fontaine y chante joyeusement. Certes, elle n'a pas le faste des fontaines de Versailles mais les cinq statues qui l'ornent ont été sculptées avec art. Chacune représente l'un des cours d'eau majeur de Suisse, le Rhin, le Rhône, le Doubs, l'Aar et le Tessin sous la forme de cinq dieux.

Tout n'est pas encore parfait, il reste quelques échafaudages, certains bas reliefs ne sont pas encore achevés tout comme certaines salle du château. Toutefois, quelque unes sont aménagées et meublées avec soin. Je fais visiter au couple français la courre et le palais. Nous assistons à la reprise de la marche d'Eisenkern depuis les remparts du château. J'esquisse un sourire à la surprise de mes invités alors qu'ils se rendent compte qu'à l'intérieur on ne perçoit pas les secousses de la marche. Je me fends d'une explication de bonne grâce.

- Il serait peu confortable de dormir en se sentant bringuebalé et peu pratique de devoir, à l'instar des navires, visser tous le mobilier. De nombreux mages ont donc travaillé à générer ce système d'isolation, une fois à l'intérieur nous pouvons jouir du paysage qui défile, sans pour autant subir les désagréments d'un voyage en terrain parfois accidenté.

Nous continuons la visite. Le château bénéficie d'ébauches de jardins afin de pouvoir profiter un peu de la verdure et des fleurs. Je présente avec délice le système hydraulique, répondant aux interrogations de la reine au sujet des roues à aube.

- Les roues à aube que vous avez pu remarquer votre Altesse Royale sont une partie d'un mécanisme permettant à la fois de garantir l'eau courante dans tout le château mais aussi par un système de canaux hydraulique et de turbines qui confère une partie de l'autonomie du château. En effet, le mouvement de l'eau permet d'actionner les membres d'Eisenkern et de le faire marcher. L'eau circule en permanence et le moindre robinet sur lequel nous tirons contribue à alimenter ce système.

Je suis fier de ce système. L'eau est une des richesses de la Suisse et peu d'éléments ont sa puissance. Elle façonne les montagnes, creuse son chemin sur les pentes abruptes. Je suis certain qu'on peut en tirer beaucoup d'énergie. Mes inventeurs et mages travaillent sur un système pour transformer l'énergie de l'eau en une énergie utilisable pour nous, comme l'électricité par exemple. Cela serait tellement mieux que le charbon dont la fumée noircit le ciel...

La visite se poursuit au gré des questions et conversations. J'explique comment l'eau est purifiée, hors de question de garder une eau souillée après les ablutions des habitants du château. Des plantes connues pour leur action purifiantes et enchantées pour avoir ce pouvoir magnifié sont logées dans des cuves spécialement conçues pour recueillir les eaux usées. L'eau une fois purifiée est relancée dans le circuit et sera à l'occasion relâchée lors d'une halte, chaque ère d'accueil bénéficiant de canaux permettant le renouvellement de l'eau. Bien sûr, je n'expose pas tout, ce serait gâcher le plaisir de la découverte.

La journée défile à une vitesse folle et c'est presque à regret que je quitte mon fief tant aimé pour que nous regagnions Locarno et son château. Le dîner se fait en privé. Il y aura des bals, des soirées pour faire plaisir à la cour mais pas ce soir. Petit hommage aux origines du roi de France, l'un des poissons servit au dîner est un Sterlet comme l'on n'en trouve que dans le cours sombre et gelé de la Volga. Je laisse à mes convives le soin de s'en régaler et étonner. D'autres mets de Suisse sont servit comme les rosties ou quelques fromages et préparations de nos cantons. Je prends plaisir à faire découvrir au roi Kay le Riesling que nous produisons ainsi que le pinot noir tout en lui réservant à la fin du repas, à l'heure où l'on apporte les chocolats représentant la fleur de lys et le dragon de Suisse, l'abricotine en digestif.

Je m'enquiers auprès de mes invités de ce qu'ils désireraient visiter le lendemain. J'ai prévu plusieurs petites choses afin de parer à toutes leurs envies.

- Que diriez vous d'une promenade à cheval sur les bords du lac demain matin ? Ce serait l'occasion de vous faire découvrir le pays ainsi que nos montures si vous appréciez les arts équestres. Le temps est d'ailleurs à la reprise d'activité de nos ruchers et de nos mielleries, souhaiteriez vous y faire un tour ?

Je propose aussi une visite des serres qui ont été bâties pour y adapter des plantes venues d'ailleurs et en tirer de délicats parfums ainsi que d'autres endroits typiques du pays que mes invités seraient susceptibles d'apprécier.
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Ronce de France
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Dim 8 Oct - 21:37
Le couple écouta chaque explication prononcée par le roi chacun s'extasiant, avec différentes mimiques et degrés d'appréciations, combien le projet avait été dûment réfléchi jusqu'au moindre détail. Le confort des occupants, l'accessibilité, tout avait été songé, calculé, pesé. Le projet avait du prendre des années à s'élaborer, croquis multiples qui avaient doucement pris corps et qui se mouvait désormais, aujourd’hui, sous leurs yeux, augurant ses premiers pas qui s'avéraient prometteurs.

Le roi Wnkelried mena le tour du propriétaire, les faisant entrer de plein pied au sein de la cour et des galeries de Eisenkern. À l'intérieur l'on oubliait combien le château était particulier tant il semblait si semblable à ses voisins avec son architecture européenne, son décorum scintillant de richesse. Il y avait bien le grondement sourd du système hydraulique qu'on pouvait percevoir en tendant l'oreille ou en la collant contre les murs, mais elle produisait presque une berceuse rassurante qu'à force on ne l'entendait plus, élément du décor.

« Je pense pouvoir assurer sans me tromper... » glissa Ronce au roi. « … que vous détenez en Eisenkern le fleuron du progrès suisse. Personne en Europe ne peut égaler telle prouesse. Continuez ainsi et la Suisse sera le centre européen de la techno-magie. »

Peut-être même ferait-il de l'ombre à l'empire russe, n'en déplaise à son époux. Depuis la disparition de la tsarine Ivanova, emportée au loin par quelque frimas magique, s'exilant loin du trône, le pays ralentissait dans sa progression comme alourdi par le gel. Qui sait certains inventeurs avaient peut-être préféré répondre à l'appel du voisin helvétique, mettant de côté le patriotisme contre la possibilité d’œuvrer pour un ouvrage concret.

Le dîner se déroula comme l'ensemble de la visite, dénué d'anicroches et aussi paisible que l'eau qui cascadait au sein des artères de Eisenkern. Tandis que la reine savourait les chocolats (tout en admirant la finesse du moulage) et le roi découvrait les digestifs helvétiques, le roi proposa un énième choix de festivités. Tout cela n'était pas sans rappeler à Ronce le temps du règne de feu son père le roi Jour qui arrivait toujours à trouver un nouvel amusement à proposer à sa cour.

« Je ne dis jamais non à chevaucher une monture. » s'exclama Ronce et il fallut que son époux plongea le nez dans son verre pour éviter de répondre quoi que ce soit à ces propos qu'il jugeait bien trop propices au double-sens – faute à la visite passée de l'impératrice scandinave qui n'avait eu de cesse de deviser à la relation de Ronce et de son amant (à l'époque) sous couvert de parler d'étalons et de fers à chevaux. « Et curieuse d'approcher vos ruches. Est-il vrai que le miel serait dotée de nombreuses vertus ? La famille royale française a beau se targuer de l'abeille comme un de ses emblèmes nous ne faisons fructifier nos butineuses que pour le miel qui garnit nos tartines. »

Si la Suisse détenait d'autres propriétés sur cet or liquide, Ronce demanderait l'autorisation d'en utiliser les connaissances pour le bien de son peuple. Car c'était pour cela qu'elle régnait, portait la couronne, avait essuyé des tentatives d'attentat et d'assassinat, souffert l'approche d'hommes avides de sa main simplement pour mieux la soumettre. Tout cela elle l'avait subi pour que son peuple puisse grandir, fructifier, vivre et s'émanciper au sein d'un siècle nouveau. Au risque d'être détestée pour certaines décisions controversées.

Ronce conserva pour elle ces pensées, engloutissant les chocolats comme pour mieux étouffer ces maux par le sucre.

Le lendemain la découvrit chevauchant la monture qu'on lui avait apprêtée en sa robe de cavalière, chapeau posé sur son crâne pour lui éviter l'éblouissement du soleil. Entre ses gants reposaient les rênes tandis que leur procession avançait sur la route, les dirigeants se coudoyant pour mieux deviser ensemble. Sans remarquer que, sur le bas-côté, se tenait une vieille femme à la mise de paysanne, foulard noué sous le menton. Semblant soudainement s'enhardir malgré la présence des gardes assurant la sécurité, dans une langue mêlant le français et l'allemand elle implorait qu'on l'écoute, qu'on arrêta les chevaux, se rapprochant bien trop près, au risque de se blesser si les chevaux menaient ruade.

« Majesté, vos Majestés... Je réclame... aide... Mes moutons... »

Ronce adressa un regard à Sigfried n'osant prendre les devants sur un terrain qui n'était pas le sien. Mais la femme continuait son babillage.

« Perdus, mes moutons ! La magie, Majesté... »
« Sans vouloir m'imposer, votre Majesté... » se permit Kay à l'intention de Sigfried. « Nous devrions écouter ce que la dame veut nous dire. Nous avons eu, en France, quelques soucis avec cette magie qui connaît des problèmes. Si cela se trouve, ce n'est rien, mais nous pourrons apaiser cette vieille dame. »

Puis tout cela sentait l'enquête et on ne faisait pas taire des années d'expérience passées à traquer le criminel.


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Mer 11 Oct - 21:34
Une promenade à cheval sera bien agréable et puis c'est en battant la campagne que l'on a la meilleure vision du pays. Les fastes d'une cour sont le vernis du règne, l'habit d'un état, sa parure des grands jours mais le pays lui est sa véritable apparence. C'est le visage sans fard ni poudre d'un royaume, l'état mis à nu, dévoilant ses formes et ses cicatrices.

L'intérêt de la reine de France pour le fruit de nos ruches capte mon attention. Je réponds bien volontiers à sa question, songeant que si cette production l'intéresse, nous pourrions en faire bénéficier la France.

- En effet, votre Altesse Royale. Ses vertus étaient déjà utilisées au cours de l'Antiquité par les anciens, hélas elles se sont plus ou moins perdues avec le temps, restant cachées dans l'ombre des recettes de grands mères et des vieux remèdes de rebouteux. Toutefois, mon médecin royal tient à ce que l'usage du miel devienne une pratique courante en médecine car l'or venu des abeilles prévient les gangrènes et facilite la cicatrisation des plaies. De plus, chaque miel hérite des propriétés de la fleur dont il est issu, ainsi chaque variété de miel présente un intérêt médical différent pour soigner des affections digestives, respiratoires et autres. Si votre Majesté est curieuse à ce sujet, je puis lui présenter Monsieur Duvannel, notre médecin, il serait honoré de pouvoir vous exposer le fruit de ses recherches.

J'attends de voir la réaction de la reine à ce sujet. Ayant perçut son intérêt et sa mine songeuse à mes paroles, je pense que ce serait une bonne chose que d'organiser une telle rencontre. Peut-être Monsieur Duvannel devrait-il lui présenter quelques cas de ses patients sans pour autant heurter sa sensibilité. Je soumettrai cette idée à l'intéressé.

- Si l'utilisation du miel vous intéresse votre Altesse royale, nous serions honorés de pouvoir échanger avec vous ce savoir et le partager, ajouté-je.

Nous avons peut-être là un terrain pour une alliance commerciale, le futur nous dira si elle se concrétisera ou non.

Le lendemain nous trouve donc, sortant tôt du château avec notre équipage. J'ai choisi personnellement les chevaux de la journée, trois bêtes de mon écurie que j'affectionne particulièrement. Toutes nées à l'abbaye d'Eisiedeln dont j'encourage l'activité. J'en fais d'ailleurs l'éloge au couple royal français alors que je présente la race, peu connue en France.

Nous décidons de longer le lac pour profiter de la vue de l'eau et des montagnes. Wilhelm nous accompagne ainsi que quelques membres de la garde. Je n'ai pas l'habitude de prendre de grosse escorte cependant si nous ne sommes pas entourés de nombreux gardes, ce n'est pas pour autant que nous ne sommes pas protégés. Les différents chemins que nous pouvions possiblement emprunter, hors de question d'avoir un parcours précis nous n'aurions aucune liberté, ont tous été sécurisés. Les abords des lacs n'en ont tout de même pas été vidés et les habitants n'ont pas quitté leurs demeures pour autant. Nous devisons de choses diverses. Je m'enquiers de la France et de sa situation, de ses traditions et coutumes, écoutant avec beaucoup d'intérêt les explications des deux souverains. Nos propos glissent aussi sur la Russie et sa situation actuelle.

Chemin faisant, nous nous éloignons des espaces habités pour longer les bords plus sauvages du lac, à flanc de montagne. C'est souvent là que les bergers mènent leurs troupeaux pour se désaltérer. Les beaux jours revenant à peine, la transhumance n'a pas encore eut lieu et les bêtes attendent en grignotant ce qu'il y a en bas, le jour où elles pourront s'égayer dans les alpages.

Nos discussions sont interrompues par l'arrivée d'une vieille femme aux mains noueuses et la mine défaite qui vient presque se jeter dans les jambes de nos chevaux au risque de se prendre un coup. Wilhelm et les gardes tentent de l'arrêter car elle énerve les bêtes qui piaffent, l'air inquiètes.

« Majesté, vos Majestés... Je réclame... aide... Mes moutons... »


La surprise de cette interruption passée, je reprends les rênes en main et calme Phaéton, l'étalon que je monte. La vieille femme poursuit son babillage.

« Perdus, mes moutons ! La magie, Majesté... »


Se jeter ainsi dans les membres des chevaux, il faut être fou ou désespérée. Je penche pour la seconde solution au vu de ses paroles. J'acquiesce à la remarque du roi Kay. J'ai en effet bien l'intention d'écouter cette femme. J'estime que c'est un devoir pour un souverain d'entendre les plaintes du peuple et d'y remédier. Ce n'est pas forcément chose facile, mais le petit doit avoir autant de voix que le puissant. De ce que je comprends, c'est une affaire de moutons, nous avons des hommes pour les ramener, de quoi dédommager ceux qui ne seraient pas retrouvés, autant résoudre cela maintenant.

- Madame, commencé-je. Calmez-vous et expliquez nous la situation, nous verrons alors comment remédier à votre problème. N'ayez crainte, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous porter assistance.

Ma voix se veut douce et posée, je veux la mettre en confiance pour qu'elle puisse s'exprimer de manière plus cohérente. D'un regard, j'ordonne à mes hommes de lui laisser de l'espace. Comprenant l'ordre implicite, ils s'écartent légèrement, restant toutefois prêts à intervenir au besoin. Wilhelm surveille la vieille femme, je perçois sa tension si bien que j'ai envie de lui dire de se calmer. Bien que nous ne soyons pas à l'abri d'un imprévu, la situation semble tout de même sous contrôle.

" La magie Majesté....l'étable ouverte...et tous les moutons partis Majesté. Plus aucun moutons ! Plus rien ! Ils sont pas loin Majesté mais je peux pas les rattraper, pas toute seule. "

Une fuite de mouton est une chose assez courante en revanche je conçois la difficulté pour une vieille femme de rattraper tout un troupeau... Sans compter les loups qui n'hésiteront pas à festoyer s'ils trouvent les bêtes sans chiens pour les garder, ni les risques de chute. Si personne n'aide cette femme, c'est son gagne pain qui va y passer. Dans nos montagnes, l'élevage des moutons, la production de laine et de lait sans oublier la viande, est la base du revenu de beaucoup. La perte de quelques bêtes peut s'avérer dramatique alors tout un troupeau...

Je réfléchis à ce que nous pouvons faire. Vu son âge, je pense que la vieille femme ne doit pas habiter bien loin, ça ne ferait pas un grand détour que de se rendre sur place... et cela nous permettrait de voir ce qu'il s'est passé là bas et d'avoir une idée des mesures à prendre.

- Madame, menez nous à votre étable. Nous aviserons sur place. Nous avons des hommes et des chevaux, il leur sera sûrement possible de ramener vos bêtes.

Serait-ce des larmes que je vois perler au bord des yeux de cette pauvre ère ? Un sourire édenté éclaire son visage et j'y note comme une lueur d'espoir.

" Je vais montrer. par là. Suivez moi vos Majesté."

Nous mettons les chevaux au pas pour la suivre. Je profite du trajet pour répondre au roi Kay.

- Nous connaissons nous aussi quelques désordres magiques, j'ai cru entendre que beaucoup de pays même lointains étaient touchés par ces défaillances. Je partage votre avis, il faut en avoir le coeur net au sujet de cette affaire.


Le roi de France et moi nous accordons parfaitement sur ce point. Quant à son épouse, il me semble la deviner du même avis que nous. Suivant notre guide, nous quittons le sentier du bord du lac pour nous enfoncer plus avant dans la montagne et sa forêt par des chemins plus hasardeux. Nos chevaux ont le pied sûr et je m'en félicite. Cette vieille femme semble vraiment vivre isolée de tout.

Elle continue de mener la marche en marmonnant des paroles plus ou moins audibles dont nous saisissons quelques bribes au vol.

" partis les moutons...et les brebis parties aussi... pas de chien... plus de mur dans l'étable et pas de chien..."

J'écoute d'une oreille tout en observant les alentours. Tout semble tranquille et normal. Les oiseaux chantent sous les frondaisons et je ne perçois rien d'anormal autour de nous pour le moment. Mes hommes restent sur le qui vive et surveillent autour de nous. Sans un mot et discrètement, ils se sont placés autour de nous, prêts à intervenir en cas de nécessité. Ce manège ne semble pas échapper à Kay de France cependant.

Nous parvenons finalement à un semblant de clairière, bien à l'écart de la route. Une chaumière s'y trouve nichée. Jouxtant le bâtiment principal se trouve ce qui ressemble être une étable et un enclos. Les paroles de la vieille femme s'éclairent très vite de sens à la vue de l'étable dont un pan de mur semble avoir littéralement explosé. Les planches cassées sont éparpillées ça et là, projetées pour certaines à plusieurs mètres du mur qu'elles constituaient. Le trouble de la pauvre bonne femme et on ne peut plus compréhensible.

" Voilà Majestés...c'est là... Les moutons envolés et plus de mur..."

Je mets pied à terre, gardant cependant les rênes en main, pour pouvoir observer la scène et m'approcher. Certains débris sont à demi carbonisés et fument encore.

" Pas de chiens...pas de bergers...tous les moutons partis et pas de chiens."

J'écoute distraitement la vieille femme tout en regardant autour de nous. Elle se tord les mains dans un coin, la tête basse. Je me tourne vers mon homologue français, sa réputation de fin limier l'a précédé en Suisse et j'attends de connaître son avis quand à la scène que nous observons.

- Qu'en pensez-vous ? demandé-je au couple français, Son Altesse Ronce ayant bien le droit elle aussi de donner son avis sur la question.

Je me tourne vers la pauvre femme et me veux rassurant.

- Nous allons envoyer des hommes chercher vos bêtes et nous trouverons ce qui a causé cela exactement. Nous vous dédommagerons et veillerons à ce que les dégâts soient réparés. Racontez-nous précisément tout ce que vous pourrez, ce sera sûrement utile.

Je recule d'un pas, laissant la place au roi Kay. Ceci est son domaine, ce serait lui faire affront que de ne pas le laisser mener l'interrogatoire et l'investigation. De plus, je pense qu'il sera en mesure de détecter des éléments qui nous échapperaient à nous autres. Je profite qu'il commence l'enquête pour tenir la bride du cheval de la reine Ronce afin de galamment l'aider à mettre pied à terre.
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Ronce de France
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Dim 15 Oct - 11:13
Lorsque l'affaire prit doucement corps, Kay plissa la bouche, un brin déconcerté, et déçu, de devoir se contenter d'une simple histoire de moutons disparus. Cela semblait aussi palpitant que tenir la rubrique des chiens écrasés dans un journal. Néanmoins à l'approche de la chaumière et de la scène du crime, son intérêt s'éveilla et l'homme se permit un rapide salut auprès du roi suisse comme remerciement. Tout son esprit était déjà concentré sur la tâche qui lui était confié. Descendant de sa monture, laissant à Sigfried le soin de prêter secours à Ronce qui lui avait, d'un signe de tête, fit comprendre qu'il pouvait travailler.

Lorsque Ronce descendit de sa propre monture et le rejoignit, accompagnée de Sigfried, l'ancien-lieutenant était déjà penchée sur les résidus du mur, amas de planches qui, doucement, laissaient s'échapper une fragrance de brûlé. Ronce observait, laissant glisser son regard pendant que Sigfried et Kay inspectaient, le second allant jusqu'à plonger les mains dans les cendres, tâter les résidus du mur.

« Pas de bombe, ni de grenade... Il n'y a ni résidu de poudre, ni éclat de grenade. Et le mur avait l'air solide, pas de planches vermoulues. Et au vu de la projection des éclats de bois, ce devait être une sacré explosion. Là encore on peut exclure l'usage d'un objet contondant, comme une hache. »
« Mais un mur n'explose pas ainsi sans raison. » se permit de remarquer Ronce, tentant de comprendre là où son époux voulait en venir.
« Non. » concéda Kay en se relevant, époussetant ses mains en les claquant l'une contre l'autre. « Mais quand la logique pragmatique ne peut résoudre une affaire, il faut se tourner vers la magie. Ce qui a causé cette explosion peut être aussi bien dû à une sorcellerie qu'à un tour de fée. Le mieux serait de retrouver des traces de ceux ou celles ayant occasionné ce tour... » Kay plissa les yeux. « Cela risque de me demander du temps. »

Ronce acquiesça tout en se penchant vers le sol, profitant de la coupe de sa robe pour s'agenouiller et tenter de discerner, au sein des herbes folles, une quelconque trace de pas. Elle n'avait nullement l'oeil avisée d'un limier mais, au moins, cela méritait mieux que de demeurer bras croisés. Kay, de son côté, fit part de ses avancées à Sigfried demandant si un garde pouvait l'aider dans sa tâche – deux paires d'yeux valaient mieux qu'une.

La pauvre femme, elle, tentait de rassembler sa mémoire éparse et de délivrer tout ce qui lui venait à l'esprit, tissant un récit entrecoupé d'instants de réflexion.

« C'est mon petit-fils qui vient s'occuper des moutons. Parce que moi je suis fatiguée, j'ai les jambes lourdes et je m’essouffle vite, voyez. Puis y a Gris-Poil, mon chien, qui l'aide – brave bête le dernier de la portée de Grisette ma vieille chienne qui est morte l'an dernier. Mais ce matin, au réveil, pas de petit-fils et pas de chien. J'ai cherché et là j'ai vu... Pas de moutons, pas de chiens, pas de petit-fils. Rien. »

La vieille femme secouait la tête, tout aussi perdue que le reste de l'assemblée. Kay eut un froncement de sourcils en percevant le témoignage.

« Dommage pour le chien. Il aurait pu nous aider. Ces bêtes-là peuvent flairer des odeurs et remonter des pistes. »

Comme si le destin l'avait entendu, un aboiement résonna. Ronce sursauta même lorsqu'elle remarqua qu'un chien se tenait à ses côtés, grande bête au poil gris qui l'observait la langue pendante, le regard vif. Déjà les regards se portaient sur la vieille femme, posant la question qui venait sur toutes les lèvres et que la vieille femme rejeta en secouant la tête.

« Pas mon chien, non. »
« Où est le roi ? » clama un des gardes au même instant.

Les regards eurent beau se tourner de toutes parts, il semblait avoir disparu.


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Lun 16 Oct - 23:41
Nous rejoignons le roi de France qui l'espace d'un instant à troqué sa couronne contre l'insigne d'officier de police. Ce dernier examine les décombres de l'étable avec minutie, semblant relever tous les indices possibles. J'écoute attentivement son raisonnement tout en inspectant les lieux. Difficile de trouver des traces au milieu des décombres et du sol malmené par les pieds des bêtes affolées. La pauvre bonne femme a dû avoir une terrible frayeur au moment de l'explosion.

L'hypothèse de la magie semble effectivement probable. Je n'y connais pas grand chose en magie malgré ma soif de connaissance et mes études personnelles. Hormis ce don que je ne maîtrise pas réellement, je n'ai pas véritablement de talents pour la magie. J'apprécie de l'utiliser, c'est un fait. Les potions pour changer d'apparence et tous ces merveilleux artifices sont des choses que j'affectionne particulièrement. Cependant, lorsqu'il s'agit d'étudier des décombres, même si l'hypothèse vient que la magie puisse être à l'oeuvre, je ne suis pas en mesure de pousser plus loin.
J'approuve cependant l'hypothèse de Kay de France.

- Pensez-vous que cela soit criminel ? Cela ne pourrait-il pas être accidentel aussi ? demandé-je.

Dans tous les cas la question se pose, pourquoi avoir fait cela à une pauvre vieille femme ? Une revanche ? Des jalousies ? Pourtant le voisinage semble quelque peu limité... Superstition peut-être ? Ceci dit les superstitieux emploient rarement la magie lorsqu'il s'agit de persécuter des êtres magiques...généralement, ils sortent plutôt les torches et les fourches...

- Bien sûr, prenez autant d'hommes qu'il vous faut pour vos recherches, réponds-je au roi de France alors qu'il demande l'aide d'un des gardes. Si je puis moi même vous être utile, dites moi de quelle manière je le puis.

Je fais signe à Wilhelm et à un garde de bien vouloir seconder le roi de France dans ses recherches. Je participe aussi en examinant les lieux, m'aventurant un peu plus dans l'étable pour tenter de trouver des indices. L'explosion aurait-elle pu venir de l'intérieur ? Dans ce cas trouver des empreintes de pas risque de s'avérer encore plus ardu... Y-a-t'il un moyen de savoir si l'explosion vient de l'intérieur ou de l'extérieur dans le cas d'une attaque magique ? Je devrais poser la question... Logiquement l'orientation des planches pourrait nous donner une idée... Je continue d'observer dans ce désordre sans nom, à la recherche d'un quelconque indice.

J'entends la vieille dame parler au loin, de sa voix hachée et tremblante. Je la plains, le choc doit être terrible. J'écoute d'une oreille tout en cherchant, remuant les planches du bout du pied pour voir si rien n'a été abandonné là. La vieille femme déplore la disparition de son chien. Il y a donc eut un chien à une époque... disparut en même temps que les moutons ? Voilà qui est encore plus étrange...d'ordinaire ce genre de bête prévient d'un danger et ne quitte pas son maître de la sorte... J'aurais dû emmener Veilleur avec nous. Je n'ai pas osé, ne souhaitant pas indisposer leurs Majestés par la présence de mon chien mais je dois avouer qu'il nous aurait sûrement été bien utile...

Je m'avance un peu plus dans l'étable, gardant toujours une oreille plus ou moins attentive à ce qui se dit au dehors. Il me semble percevoir le mot "chien" qui revient souvent comme une douce litanie...la pauvre dame devait vraiment y tenir....peut-être est-ce le choc...l'émotion qui la submerge... Cela sent fort dans l'étable... l'odeur des bêtes...leur affolement presque palpable... cela sent fort...il manque le chien... où est le chien ? pourquoi n'est-il pas avec les bêtes ?

Soudain, je vacille, pris d'un vertige. Je pose une main contre le bois pour me rattraper, le souffle court, la respiration haletante. Je me sens pris de frissons. Les paroles se mélangent dans mon esprit...brouillées comme pas un voile d'eau qui les rend lointaines. Que m'arrive-t-il ? Suis-je malade ? Doucement, je m'appuie contre le bois, glissant sans bruit vers le sol. La tête me tourne.

Le chien....le chien...où est le chien ? ....où est-il parti ? où est le chien ?

Il me semble voir une haute silhouette à quatre pattes s'approcher de moi.... Veilleur ? Que fais-tu ici ...? Est-ce toi ....? L'ombre se brouille...semble me traverser. Je sombre.

Le chien ! J'ai trouvé le chien ! Il est là ! Le chien est là !

Les conversations me parviennent très nettes. Ils ont dû se rapprocher tout en fouillant les lieux. L'étable regorge d'odeurs différentes, paille, crottin, mouton... autant de fragrances qui assaillent le nez. Me suis-je évanoui ? D'ailleurs, pourquoi suis-je sous du tissu ? m'aurait-on couvert alors que j'étais inconscient, pourquoi ne pas m'avoir déplacé en ce cas ? Je me relève mais le tissu ne part pas. Qu'est-ce que cette affaire ? Je me débats pour m'extirper de ce qui m'emprisonne. J'accueille le jour avec soulagement, haletant sous l'effort. Je m'ébroue, heureux d'être débarrassé de ces entraves. J'observe autour de moi, me calmant petit à petit. C'est étrange...ma vision me paraît anormale... comme s'il me manquait des couleurs... C'est à ce moment là que mon esprit prend conscience de plusieurs détails. Le tissu...ce sont des vêtements...mes vêtements...c'est mon odeur dessus. Pourquoi m'en suis-je débarrassé ainsi ? un accès de folie ? Un instant d'égarement ? Mais mon esprit s'arrête sur un autre détail. Que fais-je à quatre pattes ? Pourquoi est-ce que je tire la langue en haletant ? à mesure que l'idée fait jour dans mon esprit, je n'ose me regarder. Je rentre la langue et cesse de haleter, ressentant aussi une forte sensation de chaleur. Je me tends sans le vouloir et sens mes oreilles s'aplatir sur mon crâne ainsi que ma queue qui rentre entre mes pattes.

Je sursaute en poussant un glapissement surpris qui me fait sursauter encore. Que m'arrive-t-il ? Que se passe-t-il ? Comment est-ce possible ? J'essaye de me voir, tournant à demi sur moi même pour tenter d'apercevoir le bout de ma queue. Il faut que je me calme, il faut absolument que je me calme. Réfléchissons à la situation. Comment vais-je faire ? Comment expliquer cela ? Un roi qui devient un chien ce n'est pas courant...et j'ai des invités, nous avions des rendez-vous de prévu. Comment gérer tout cela ?

Bien malgré moi, je me remets à tirer la langue et à haleter. Cela me procure une certaine sensation de fraîcheur qui me fait du bien. Je tente de réfléchir plus posément. Comment est-ce arrivé ? Que faisais-je ? Resterait-il des résidus de magie à l'origine de ceci ? et si oui, comment revenir à la normale ? En trouvant les personnes responsables... Ces dernières devraient bien savoir comment inverser le processus...

« Dommage pour le chien. Il aurait pu nous aider. Ces bêtes-là peuvent flairer des odeurs et remonter des pistes. »

Le mot "chien" résonne dans mon esprit, me sonnant presque. Je me prends à remuer la queue, tout heureux d'entendre que l'on parle de moi. Mon maître va m'appeler, il faut que j'aille le voir. Je me dirige déjà vers la sortie de l'étable lorsque je me ressaisit brusquement. Je suis mon seul maître ! Qu'est-ce que cette affaire encore ? Comme si j'allais me comporter en bon toutou !

Mais un second doute vient m'assaillir. Pourquoi ai-je réagit ainsi ? Parce que l'on a prononcé le mot chien... et si... et si parce qu'on en parlait, j'étais devenu un chien ? Et si n'importe qui parlait de n'importe quoi d'autre que se passerait-il ? Je dois les prévenir !

Je sors hors de l'étable et rejoins la reine Ronce qui est la plus proche. Je réalise qu'ils ne se sont pas rapprochés, c'est simplement moi qui les entends bien mieux. Il y a des odeurs partout et je peine à rester concentré. Je dois leur dire, il faut que je les prévienne.

- Méfiez vous ! La magie n'a pas terminé son oe...

Je m'arrête alors que les regards convergent vers moi. Je sais ce que j'ai voulu dire, je sais que je l'ai dit mais je sais aussi que je n'ai entendu que des aboiements sortir de ma gueule. Voilà qui va grandement complexifier les choses...
Je réfléchis à comment me faire comprendre alors que tous m'observent puis reportent leur attention sur la vieille femme, l'interrogeant muettement. Je devine bien la question qui les taraude. La réponse me cueille comme quelques secondes plus tôt.

« Pas mon chien, non. »

Je tressaille de nouveau en entendant ce mot et remue la queue. Que peuvent-ils bien attendre tous comme ça à me regarder ? Ai-je fait quelque chose qui ne fallait pas ?

« Où est le roi ? »

Je sursaute à ce cri. Pourquoi crient-ils ? Pas plus d'un instant auparavant ils ne bougeaient pas et discutaient entre eux et voilà que ça s'agite en tout sens. Je couche les oreilles, inquiété par cette agitation brutale. Voilà qui ne me plaît pas du tout et je le fais savoir en donnant de la voix. Seule la dame plus jeune près de moi a un mouvement de recul. Les autres sont trop affairés pour considérer mon opinion sur leur va et vient. Et toi qui m'a entendu, ne peux-tu pas leur dire ?

Un homme ressort de l'étable en brandissant des vêtements, l'air paniqué. Je recule un peu, son attitude me met mal à l'aise. Je n'aime pas quand ça cours en faisant de grands gestes, c'est menaçant et inquiétant.

- Ce sont les vêtements du roi !

Je connais cette odeur...oui...les vêtements, ce sont les miens... Il me semble émerger d'un rêve. Que se passe-t-il ? Le mot fatidique a-t-il encore été prononcé ? Je devais les prévenir, je devais leur faire comprendre. Il faut absolument qu'ils comprennent le danger qu'ils courent. Hélas, l'émoi est tel que peu de monde s'intéresse au chien. Les gardes s'agitent, s'énervent, leur courroux se tourne vers la vieille femme qui nous a menés jusqu'ici.

- Non ! ne faites pas ça !

Mes aboiements deviennent furieux, presque désespérés. Bon sang, allez vous me comprendre à la fin ?? Ne touchez pas à cette vieille femme ! La colère des hommes lorsqu'ils perdent un chef les pousse parfois à la folie. C'est avec désespoir que je vois Wilhelm empoigner le bras de la misérable, l'air furieux alors que les hommes tirent leurs armes.

- Qu'as-tu fait du roi espèce de sorcière ??!

Tout se passe très vite ensuite. Alors que l'on s'empare de la vieille femme, je sens comme un infime changement dans l'air. Un minuscule changement qui me fait hérisser les poils de l'échine et glapir contre mon gré, pris d'une terreur soudaine. Terreur telle qu'elle me fait détaler au risque de déséquilibrer la reine Ronce. Je n'ai qu'à peine le temps de m'aplatir au sol dans les décombres qu'une puissante vague de magie me passe au dessus, frisant mon poils, le hérissant encore plus si possible. Un second glapissement de frayeur m'échappe et je me tapis le plus possible sur le sol.

Des bêlements paniqués me parviennent la seconde suivante. Je me relève, les pattes encore tremblantes de ce qu'il vient de se passer, pour contempler le bien étrange spectacle de moutons se dépêtrant dans des vêtements aux coutures craquées, les ceintures ayant sauté à l'instar des boutons. Les armes jonchent le sol totalement inutiles. Wilhelm ? Wilhelm où es-tu ? Je reconnais les vêtements et l'odeur du jeune homme sur l'une des bêtes affolées. Je m'élance à son secours. Je ne peux pas le laisser comme cela, il faut que je l'aide. Mais le mouton bien apeuré, s'écarte à ma venue, s'emmêlant les onglets dans les manches de sa chemise qui craque sinistrement et se déchire.

" Mes moutons !"

La vieille femme qui s'approche de son pas hagard. Mon sang ne fait qu'un tour, il est hors de question qu'elle approche de mes hommes. Moutons ou pas, ils restent sous ma protection, je ne laisserai personne leur faire du mal ! Il me semble que le chien et moi nous entendons sur ce point. Je me hérisse et gronde, dévoilant les crocs. Tu ne t'approcheras pas des miens, c'est compris ?

Elle s'arrête l'air d'avoir peur de moi, hésitant à avancer plus, déchirée qu'elle est entre ce qu'elle croit être ses moutons et la bête qui s'interpose.

" Gentil le chien ! "

Je gronde de plus belle. Non, c'est mon troupeau et elle je ne la reconnais pas. Ce n'est pas mon maître, elle n'a pas le droit d'approcher. L'homme et le chien s'accordent parfaitement, la formulation de pensée diffère un peu mais le résultat est le même. Elle ne fera pas un pas de plus. J'avance doucement, me préparant à bondir mais je n'ai pas besoin d'en arriver là pour qu'elle recule.

" Gentil....gentil le chien...pas méchant...gentil...tout doux, gentil le chien..."

J'aboie méchamment. Le message devrait être clair. Non, je ne suis pas gentil, tu n'approches pas de mon troupeau ! Vas-t-en ! La vieille femme bat en retraite en se tordant les mains et en se lamentant tout bas au sujet de ses moutons. Je me calme car j'ai gagné. Je jette un oeil à mon troupeau. Une chance ces vêtements qui les gênent, ils sont trop occupés à se dépêtrer dedans en bêlant furieusement pour songer à s'éparpiller un peu partout ou pire se sauver. Cette petite victoire me permet de revenir un peu à moi. Un chien, des moutons, cette bonne femme ne serait-elle pas entrain de recréer le tableau qui lui manque ? Je frémis à cette pensée. Et si elle nous tournait totalement la tête ? Si nous n'étions plus en mesure de revenir à nous ? Saurais-je seulement que je n'ai pas toujours été un chien gardant un troupeau d'ovins qui n'en ont jamais été eux non plus ? Saurais-je qu'un jour j'ai été roi ?

La pensée au sujet de la couronne me ramène à mes invités. Je les ai menés dans une sale affaire à accepter de suivre cette vieille folle. Comment vont-ils ? La maîtresse des lieux les a-t-elle pris eux aussi pour parfaire son tableau et remplacer ce qu'il lui manquait ? Je me dirige vers les débris de l'étable. Elle ne pourrait tout de même pas forcer quelqu'un à être son petit fils n'est-ce pas ? Cette pensée me taraude d'autant plus qu'elle marmonne toujours. Il me semble avoir bousculé la reine Ronce dans ma fuite plus tôt, ce geste très discourtois de ma part lui aura peut-être permis d'échapper à la décharge de magie... Je l'espère.

C'est la queue basse, les oreilles un peu couchées et l'air de m'excuser que je m'approche des deux souverains. Ce qui pourrait très bien ressembler aux yeux d'un homme à "pardon j'ai fait une bêtise" ou "je me soumets", interprétation qui me dérangerait fortement car non je ne me soumets devant personne, c'est hors de question. En revanche, je m'excuse avec toute ma bonne volonté, ça oui. J'ignore tout de leur état et je crains de le découvrir. Au fond de moi, j'espère qu'ils seront en mesure de m'aider, que l'un pourra toujours me guider car si j'ai désormais l'odorat pour pister, j'ignore totalement sur quoi je dois me concentrer.

Si je pouvais croiser les doigts, je le ferai. Au lieu de cela je me couche pas loin, la mine inquiète, attendant le verdict.
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Ronce de France
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Ven 20 Oct - 10:28
Ronce avait poussé un cri interloqué en voyant le garde s'en prendre à la vieille femme. Ce n'était pas ainsi qu'il fallait agir ! En une envolée de jupes, la reine s'était précipitée à l'encontre de l'homme pour éviter que la situation ne dégénéra. Sous ses yeux Kay tentait, lui aussi de son côté, d'empêcher que la situation n'en vient aux mains.

Une onde frappa Ronce qui en eut le souffle coupée, portant les mains à son ventre.

Le décor tourna autour d'elle, ses pieds tanguèrent et elle se sentit chuter comme si le sol était devenu le pont d'un navire pris au sein d'une tempête. Trop estomaquée pour parler, Ronce ferma les yeux tentant de refluer le malaise qui grimpait le long de sa gorge, s'amusait à faire des nœuds avec ses entrailles. Elle n'avait aucune idée de ce qui l'avait frappé, seulement l’intuition que la magie y était pour quelque chose. Et pria pour que tout cela n'ait aucun lien avec cet homme à l'épingle surmontée d'une abeille, sinon le pis était à venir.

Lorsque Ronce rouvrit les yeux, elle eut l'impression que son environnement avait subtilement été modifié. Les sons lui parvenaient plus distinctement comme si son ouïe s'était affinée. Elle secoua la tête, tenta de se relever et marcha doucement à la rencontre du groupe dont les membres semblaient, curieusement, plus grands qu'avant. La magie l'avait-elle rétréci, la faisant devenir lilliputienne ? C'est qu'elle encourait le risque de se faire écrabouiller. Avançant, Ronce eut un froncement de sourcils à la vue des moutons. Ils n'étaient pas là auparavant, d'où venaient-ils ? La question se posait aussi pour le chien.

Avisant Kay au sein de ce groupuscule animalier, Ronce tendit la main pour tirer son pantalon... et remarqua qu'elle avait été remplacée par une patte. Une patte de chat toute blanche avec ses coussinets roses. De quoi lui faire pousser un cri de stupeur qui se mua, hors de sa gorge, en un miaulement apeuré.

Elle était devenu un chat – soit ça, soit un hybride dont l'hybridation féline était très poussée. Sentant quelque chose battre contre ses flancs, Ronce vit une queue épaisse et poilue s'agiter, signe de stress et d'émois fort importants. La transformation en chat était la plus crédible. Si encore la magie lui avait laissé la parole humaine mais il fallait croire que non.

Ronce tendit à nouveau la patte, se concentra sur leur fonctionnement interne pour en sortir les griffes et griffa doucement le tissu du pantalon de l'ex-lieutenant. L'homme finit par baisser les yeux sur le chat birman qui le fixait de ses grands yeux et miaulait à son encontre. Il se pinça l'arête du nez, complètement dépassé par les événements.

« Un chien, des moutons, un chat, une vieille femme... Avec ça, je suis bien avancé. »

Le chat tourna autour de sa jambe, sa queue formant un point d'interrogation soyeux qui suivait les mouvements de son corps. Ça et le chien qui s'approchait de lui, les oreilles bases et la mine contrite avait de quoi déconcerter. Kay s'agenouilla, un pli se formant sur son front trahissant sa concentration. Lorsqu'il tendit la main vers le chat, celui-ci se frotta contre en émettant de profonds ronronnements. Certains animaux pouvaient se montrer affectueux, néanmoins cela troublait Kay plus que de raison.

Il se releva, cherchant du regard la vieille femme qu'il interpella.

« Excusez, madame... » Il se rapprocha d'elle, suivi de près par le chat qui ne semblait pas vouloir le lâcher. Tout de même un chat sacré de Birmanie en plein campagne, ça jurait dans le décor. « Vous savez ce qui se passe ? »

La vieille femme frottait ses mains noueuses avec la mine d'une campagnarde qui a eu le malheur de renverser la traite du matin. Kay tenta d'adoucir sa voix pour ne pas brusquer la femme plus que de raison.

« Si vous coopérez, ça ne peut que nous aider vous savez. »

La vieille femme finit par hocher la tête.

« J'ai paniqué... Et toute cette magie qui s'affole... Je peux transformer les gens en animaux, monsieur. Quand mon vieux Bill était âgé, c'est comme ça que je l'ai gardé plus longtemps près de moi... Un vieux chat bougon mais gentil... »
« Vous avez transformé tout le monde ici en animal ? »
« C'était pas voulu... »

Les moutons bêlèrent comme pour appuyer les propos de la vieille femme. Kay se pencha auprès du chat qui se permit de sauter sur ses genoux pour mieux se coller contre lui.

« Ronce ? » questionna-t-il sans trop y croire.

Le chat frotta sa tête contre son menton en guise de réponse. Le roi porta ensuite son regard sur le chien qui les avait suivi, les oreilles basses.

« Votre Majesté Winkelried ? »

Une épouse transformée en chatte, et un roi suisse en chien, sans compter les gardes en moutons - de quoi créer un incident diplomatique. Kay se tourna vers la vieille femme.

« Dites-moi que c'est réversible. »


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Mar 24 Oct - 22:57
« Votre Majesté Winkelried ? »

Je dresse une oreille et remue doucement le bout de la queue pour confirmer. J'ai compris que toute tentative de parole était inutile. Tout ceci est fort fâcheux, non pas que la situation n'ait pu être amusante en d'autres circonstances mais là ce n'était pas le moment.
La reine Ronce changée en chatte, j'espère que son époux ne m'en voudra pas trop... Certes, je n'y suis pour rien mais tout de même...
Un homme, un chien, un chat et des moutons, même si c'est par erreur, cette pauvre femme a véritablement reproduit son tableau familier... Elle semble être bonne foi et sûrement vraiment navrée de ce qu'elle a fait... Serait-ce donc véritablement un accident ?

« Dites-moi que c'est réversible. »

Je dresse les oreilles et attend la réponse de la vieille femme avec espoir. Ce corps est vraiment troublant... j'agis sans m'en rendre compte, chaque pensée s'accompagnant d'une attitude. De plus, les nombreux effluves qui me parviennent ne m'aident pas à me concentrer. Rien que l'odeur du petit félin me donne envie de japper et de remuer la queue, prêt à jouer et taquiner la petite boule de fourrure. Pitié, faites que la reine Ronce ne décide pas de partir en courant sinon je ne réponds plus de rien. Si le roi Kay peut laisser passer ce débordement magique, je doute qu'il apprécierait si je coinçais son épouse en haut d'un arbre... Il y aurait de quoi causer un grave incident diplomatique.

"Je n'en ai pas la moindre idée..."

Bien évidemment. C'eut été trop beau si la vieille femme avait pu nous dire "oui, je sais comment inverser cela, je vais le faire immédiatement", mais ça tout le monde sait que cela n'arrive jamais.

"Mon vieux Bill, il est resté cinq années de plus près de moi comme ça. C'était un gentil chat..très gentil chat..."

Je grogne légèrement. La vieille femme tressaillit et je regrette aussitôt d'avoir grondé. Ce n'était pas contre elle mais je tentais d'alerter le roi Kay. Si le mot "chat" fait le même effet à la reine que le mot "chien" me fait, la situation ne risque pas de s'arranger. Enfin, allez expliquer à un homme quand vous êtes un chien que certains mots peuvent vous rendre fou. N'étant pas certain d'être compris, je préfère garder un oeil sur la reine Ronce qui continue de carder joyeusement le pantalon de son époux, espérant pouvoir déceler dans son attitude une quelconque influence semblable à celle dont je suis victime.

J'écoute d'une oreille la conversation qui continue tout en observant mes hommes qui une fois calmés et débarrassés de leurs vêtements n'ont pu se retenir de se mettre à brouter. Je me prends à penser qu'il faudrait de tels artifices pour défendre Eisenkern et le reste du pays, changer une armée en moutons est un moyen de défense particulièrement efficace.

"moi j'ai plus la force de tout faire vous voyez...c'est mon petit fils qui m'aide. Il est gentil ce garçon...un gentil bonhomme oui... c'est qu'il a perdu ses parents jeune vous savez... c'est moi qui l'ait élevé ce garçon... et...et...et il a disparut ! comment c'est possible majesté ? moi j'aide un peu mais c'est lui qui tous les matins va nourrir les bêtes...parfois il les sort aussi dans l'enclos à coté avec le chien et puis..."

La fin de la phrase m'échappe. J'entends vaguement qu'elle mentionne les pâturages en été mais le sens même de cela me semble bien lointain. Notant qu'un des moutons s'éloigne trop des autres, je file pour le ramener auprès du groupe, l'empêchant en lui barrant le passage d'aller là où il le voulait. La bête pousse des bêlements de protestation mais finit par rentrer dans le rang. Je le laisse alors tranquille mais reste près du troupeau miniature, prêt à intervenir. Je me sens très fier d'avoir géré cette crise et fait mon travail. Je halète, assis sur mon séant en surveillant fièrement mes quelques bêtes et les deux humains qui discutent.
Je ne sais pas trop ce qu'ils ont à me regarder comme ça, surtout l'homme. Y a-t-il quelque chose qui lui déplaît ? Cette interrogation laisse vite place à l'intérêt des odeurs environnantes. Beaucoup d'effluves intéressants se mêlent. Il y a les odeurs des autres moutons du troupeau. Pourquoi n'allons nous pas les chercher ? Dites, quand vous aurez fini de discuter on ira les chercher ?Je guette du coin de l'oeil ce qu'ils font, attendant le signal pour aller chercher les bêtes. Cependant, il y a d'autres choses qui m'intriguent. Des odeurs d'hommes on dirait. Je me lève et renifle le sol entre les débris. Oui, il y a une odeur qui ressemble à celle de la vieille dame mais ce n'est pas celle là mais il y en a d'autres. J'en distingue plusieurs appartenant à des humains différents.

L'odeur que je suis forcit alors que je farfouille dans les décombres. Je pousse du museau quelques planches et extirpe de sous les débris un long bout de laine qui sent fort l'humain et la vieille femme. Je tire dessus jusqu'à le dégager complètement, grattant avec mes pattes avant pour récupérer ma trouvaille. Je jappe pour attirer l'attention des deux humains et attrape le bout de tissu pour le ramener l'air tout fier.

"Mais c'est l'écharpe de mon petit fils !"

L'exclamation de la vieille femme me fait piler net. Je me secoue, revenant à la raison et réalisant que je tiens un bout de tissu tout plein de terre et de bois entre mes dents ce qui me fait le lâcher immédiatement. Ai-je de nouveau perdu la tête ? Je cherche le regard du roi ou de la reine devenue chatte en quête d'un quelconque soutien. S'il vous plaît ne me demandez pas de rapporter cela jusqu'à vous... Le roi Kay n'est cependant pas homme à perdre son temps et vient donc de lui même examiner la dite écharpe. J'aimerai lui faire comprendre qu'il y a d'autres odeurs, qu'il y a des pistes en plus de celles des bêtes perdues malheureusement, n'ayant pas la parole cela n'est pas aisé. Je tente de gratter le sol pour écrire mais mes grosses pattes ne sont absolument pas pratique pour cela. Je me tourne alors vers la reine Ronce, espérant qu'elle me comprenne et parvienne à faire passer le message. Je tente à force de mimiques, en humant l'air de lui faire remarquer les odeurs. Elle doit bien les percevoir elle aussi non ? Je guette une réaction de sa part m'indiquant qu'elle a comprit.

Il n'est pas forcément facile de se faire comprendre mais nous finissons par nous accorder sur le fait qu'il faut suivre cette piste. Après tout c'est tout ce que nous avons et nous avons promis à la pauvre dame que nous allions nous occuper de ses moutons.

"Je promets...je vais trouver une solution...pour tout ramener à la normale..."

Excellente idée, très chère madame. J'espère juste que cela ne sera pas pire... Je repousse cette pensée de mon esprit. Avant que nous ne partions à la recherche du petit fils et des moutons disparus, j'avise l'enclos un peu plus loin qui n'a pas été trop endommagé. Je m'éloigne donc de leurs Majestés, rejoignant mes moutons, le terme d'hommes n'étant pas d'actualité. Je les pousse alors et les guide vers l'enclos. Non pas que je ne leur fasse pas confiance mais j'ai quelques réserves quant à leur jugement à l'heure qu'il est. Autant qu'ils broutent bien en sûreté dans un enclos plutôt qu'ils s'égarent je ne sais où. Je pousse ensuite la barrière et tente de la refermer sans y parvenir. Je demande d'un regard l'aide des deux personnes ayant encore des mains pour fermer à ma place. Une fois cela fait et les chevaux rattrapés, nous partons, laissant la vieille dame à surveiller les gardes devenus des ovins.

Je n'imaginais pas que la vie de chien était aussi épuisante. Je piste, je cours à droite et à gauche sans m'arrêter. Nous trouvons rapidement les bêtes éparpillées que je prends soin de rassembler avec l'aide du roi de France. Cette scène pourrait être cocasse si la situation n'était pas si dramatique. Personnellement, je me prends au jeu. C'est sûrement le chien qui prend le pas sur moi mais courir après les bêtes, prévoir leurs mouvements, accélérer pour leur barrer la route, tout cela est follement amusant.
Nous finissons par réunir tout le troupeau et convenons qu'il vaut mieux le ramener chez sa propriétaire avant de continuer plus avant. Ce n'est pas que les moutons soient des animaux gênants mais ils ont le don pour aller là où il ne faut pas. Un peu comme le peuple que l'on a à guider au final... Cette pensée m'interpelle, confirmant cette idée que j'ai depuis longtemps que nous souverains devons être les bergers guidant les foules.

Nous guidons le troupeau jusqu'à la petite maison perdue au milieu de sa clairière. Je ne note rien d'anormal au départ, trop occupé à diriger les moutons. Les pauvres bêtes sont encore un peu perturbées mais elles suivent tout de même docilement. J'ai une pensée d'excuse pour mes hommes qui se retrouvent en peu de temps perdus dans la masse de laine blanche. Si nous sommes en mesure de les ramener à eux, il ne sera pas difficile de les retrouver et puis ils ne craignent rien ici.

Une fois tout le monde enfermé, j'accepte de venir sentir l'odeur de l'écharpe. Il nous faut trouver ce garçon, autant se donner tous les moyens de réussir et il n'est pas dit que je ne mettrai pas la main à la pâte dans de telles circonstances. Je mémorise facilement le parfum et fait comprendre d'un jappement au roi de France et à son épouse que je suis prêt. Nous nous apprêtons à repartir mais un détail attire notre attention. Pourquoi la vieille dame n'est-elle pas avec nous ? Pourquoi n'est-elle pas accourue voir ses précieux moutons ? Je dresse les oreilles, hume l'air. Pas un bruit, pas une odeur indiquant sa présence. Je croise le regard de la reine Ronce cherchant à ce qu'elle me confirme ce que je perçois ou plutôt ne perçois pas.

Détail qui attire mon regard, la porte de la maison est restée entrouverte.
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Ronce de France
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Dim 29 Oct - 19:48
Tout ceci n'était plus qu'histoires de fous, fariboles et fadaises. Ronce avait vu et vécu nombre de situations incongrues mais celle-ci les dépassait largement. Si son frère cadet avait été là, il aurait pu jouer les interprètes lui qui pouvait parler à tout animal comme s'il s'adressait à un invité de marque. Les moutons parqués, la vieille dame consignée dans sa demeure, il était temps de mener inspection. Néanmoins l'inquiétude du roi suisse envers la bergère poussa Ronce à se rendre dans la chaumière non sans tâcher de faire comprendre par un miaulement qu'elle reviendrait – du moins ainsi s'adressa-t-elle à son époux, sa voix, elle, demeurant compréhensible aux oreilles canines.

La chaumière fleurait la campagne ancestrale, les herbes cueillies le matin que l'on faisait sécher des jours pendant des poutres. Ronce sauta souplement sur le buffet pour mieux aviser la scène, observant la vieille femme parler seule. Du moins ce fut sa première impression jusqu'à ce qu'elle vit que la bergère détenait, entre ses mains ridées, un miroir de poche – version de voyage, plus pratique et moins coûteuse que les grands miroirs par lesquels on pouvait converser. Voulant se rapprocher pour mieux voir, Ronce heurta un bibelot quelconque qui heurta le dallage. La scène se figea, vieille femme et chatte s'observant mutuellement comprenant bien que, au premier geste de l'une d'elles, tout allait basculer.

Les prunelles de Ronce avisèrent l'épingle qui miroitait sous les flammes de l'âtre, abeille dorée glissée dans les cheveux de la vieille femme.

« Gentil chat... » minauda la bergère d'une voix qui se voulait doucereuse mais porteuse de menace.

Ronce rejeta les oreilles en arrière, crachant en dévoilant ses dents. À chaque mention de sa nouvelle nature par cette femme, elle sentait que des griffes invisibles tentaient de briser ses souvenirs, de lui faire oublier qui elle était. Si elle continuait, cette femme la transformerait en chat de salon dont la mémoire ne remonterait pas plus loin que le premier jour où elle avait dormi, roulée en boule, sur ses cuisses.

« Ce n'est pas gentil de faire cela, le chat. » La vieille femme avait posé son miroir, s'avançait, mains en avant, auprès de Ronce. « Tu seras heureuse ici, oh oui. »

Ronce siffla sourdement, ses prunelles refusant de croiser celles de la vieille femme pour se poser sur l'épingle qui, là-haut, brillait. Oh elle se doutait qu'en soit l'objet n'avait aucune valeur. Mais c'était une preuve qu'elle se devait de ramener.

La femme hurla lorsque les griffes se plantèrent dans sa peau, égratignant ses mains et son visage tandis que Ronce mordait l'épingle, tirait dessus pour l'emporter. L'épingle coincée entre ses dents, Ronce courut vers la porte. Derrière elle la vieille femme la poursuivait, lui lançait tout ce qui lui tombait sous la main pour l'empêcher de partir. Mais le vacarme avait alerté les deux rois demeurés dehors poussant Ronce à sauter dans les bras de Kay, ne lâchant l'épingle que lorsqu'il l'eut prise.

Ses miaulements emplissant la chaumière, Ronce s'adressa à Sigfried.

« C'est cette femme la cause de tout cela ! Je l'ai vu parler à quelqu'un... Et elle a... » Ronce tentait de parler, le souffle rendu court par sa course mais refusant de se reposer – la situation était encore trop épineuse. « Elle détient une épingle qui est un symbole, une marque d'appartenance à un groupe qui... qui a déjà tenté de tuer une enfant. »

Ronce secoua la tête sentant combien ses paroles devaient être sibyllines. Un ronronnement lui échappa en percevant son époux la serrer plus étroitement contre lui tandis, qu'entre ses doigts, l'épingle tournait.

« Le chat est devenu comme fou, mon bon monsieur. Je voulais juste... »
« Qu'avez-vous fait à votre petit-fils ? »
« Pardon ? »
« Il n'est pas parti de lui-même. On l'a emmené. Parmi les traces de pas autour de votre maison, en plus des vôtres, près de votre remise, il y a aussi celle de deux hommes, votre petit-fils et quelqu'un d'autre. Et pour quelqu'un qui a noté la disparition d'un être aussi cher, vous m'avez l'air peu inquiète. Un petit-fils, un chien et un troupeau disparus, une grange détruite – de quoi faire appel aux gendarmes, vous ne trouvez pas ? Puis, ici, si loin de tout, il serait facile de faire disparaître des gens, n'est-ce pas ? Et surtout... » Kay tendit l'épingle. « Je reconnais très bien cet insigne. »

Le sourire de la vieille femme se fit forcé, masque de bon aloi.

« Ce n'est qu'un bijou... »
« Grand-Mère ! »

La voix vibra depuis dehors, voix d'un jeune homme qui poussa la porte de la chaumière, le regard hagard, les vêtements froissés. Le sourire de la bergère s'accentua mais on pouvait deviner, dans sa façon de se tenir, qu'elle ne s'attendait sûrement pas à cette interruption.


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Jeu 2 Nov - 18:04
Le fracas et les hurlements qui nous parvinrent peu après que la reine Ronce soit entrée dans la chaumière suffit à nous faire accourir. Les interrogations qui se bousculent dans mon esprit sont reléguées au second plan. Quoiqu'il se passe, il nous faut intervenir.

Un spectacle bien étrange nous attend dans l'entrée de la chaumière. Un chat l'air totalement paniqué, les pupilles largement dilatées et tenant dans sa gueule une chose brillante, cours à notre rencontre poursuivi par la vieille femme qui lui jette tous les objets qu'elle trouve. Cette dernière pile net en nous avisant. Je perçois l'odeur du sang sur elle et je distingue de grosses griffures sur son visage ridé. Le sacré de Birmanie se jette dans les bras du roi de France, lui donnant l'objet qu'il tient dans la gueule.

« C'est cette femme la cause de tout cela ! Je l'ai vu parler à quelqu'un... Et elle a...Elle détient une épingle qui est un symbole, une marque d'appartenance à un groupe qui... qui a déjà tenté de tuer une enfant. »

L'émoi de la reine et le danger qu'elle a bravé pour récupérer cette épingle me suffisent pour mesurer la gravité de la chose. J'admire son courage. La plupart des gens seraient revenus vers nous pour faire part de ce qu'ils avaient découverts sans tenter d'action au risque de laisser le temps à l'ennemi de faire disparaître les preuves. L'évocation d'une tentative de meurtre sur une enfant me fait dresser le poil sur l'échine. Décidément ce corps exprime beaucoup trop son ressenti.

" Vous m'expliquerez tout ceci en détail une fois que nous serons sortis de ce traquenard, lui réponds-je. Pour l'heure, il faut neutraliser cette femme."

L'éclat qui brille dans les yeux du roi de France en dit long sur ses pensées. Son attitude a changé depuis qu'il a vu cette épingle. Je devine qu'il a comprit.

« Le chat est devenu comme fou, mon bon monsieur. Je voulais juste... »

Je l'entends interrompre la vieille femme, la voix légèrement voilée par une sourde menace que peut-être seul un chien peut percevoir. Pour ma part, je m'inquiète plus pour la reine que je vois ronronner et tressaillir à l'évocation de sa condition féline.

"Tenez bon, lui dis-je en guise de soutien. Ne la laissez pas vous embrouiller l'esprit."

Cette femme est une excellente comédienne, nous lui aurions donné le bon dieu sans confession pourtant je la vois se tendre alors que sa Majesté la confond, mettant en doute ses affirmations, relevant les choses anormales de son récit sans parler des preuves que le petit fils a été vraisemblablement enlevé. C'est alors que résonne une autre voix qui fait tressaillir la vieille femme. L'odeur que j'ai pu sentir sur l'écharpe emplit la pièce alors qu'un jeune homme n'ayant pas encore perdu les rondeurs de l'enfance fait son entrée. Le garçon marque un temps d'arrêt, posant les yeux sur le chat, le chien, l'homme tenant le chat dans ses bras, le désordre dans la chaumière puis sur sa grand mère.

"Grand-mère que se passe-t-il ici ? Qui est cet homme ? Qu'est-il arrivé à la grange ?"


Au fond de moi, je me demande ce que la vieille mégère va bien pouvoir inventer, je suis presque curieux d'entendre ses mensonges. Elle sourit toujours pourtant je perçois sa gêne, ce ne devait pas être prévu...

" Oh mon chéri ! Où étais-tu passé ?? Je me suis faite un sang d'encre pour toi !"

Elle nous dépasse pour venir prendre le jeune homme dans ses bras. La perfide vipère redevient une grand mère folle d'inquiétude mais sa voix sonne faux à mes oreilles. Tout ceci n'est que comédie. La reine Ronce et moi le savons parfaitement et son époux ne semble pas dupe.

"Où étais-tu donc passé ? La grange a été détruite, j'ai cru que quelqu'un t'avait attaqué pour voler le troupeau. Le gentil monsieur et son chien sont venus nous aider, ils allaient partir à ta recherche."

Je me secoue, tâchant d'échapper comme je le peux à l'emprise de la magie, luttant pour garder mon identité. Une chose me rassure, elle ne semble pas pouvoir influencer sur le camp que nous choisissons et je sens que si je perds pied ma loyauté ira au roi de France. Au moins ne me retournerai-je pas contre lui et pourrai-je encore l'aider. Est-ce la dernière protection qu'a trouvée mon esprit pour me préserver même si je sombre ? Je l'ignore.

" Grand-mère, je...j'ai eu si peur... je...je...je ne sais pas ce qu'il s'est passé, j'allais nourrir les bêtes et...je crois qu'on m'a assommé. Je me suis réveillé dans une caverne... Je...je n'ai pas compris ce qu'il faisait ni ce qu'il disait. J'ai juste pu m'enfuir pendant qu'il s'absentait. Grand-mère, il faut partir d'ici vite !"

La panique du gamin est réelle. Il ne semble véritablement au courant de rien et la situation le dépasse. Quant à la vieille femme, il est évident qu'elle joue la comédie. La voir minauder ainsi, feignant l'horreur, l'air choquée, tout cela me met hors de moi. Il faut que nous agissions, si elle est de mèche avec l'homme dont parle le garçon, si elle est capable de laisser sa descendance se faire enlever et malmener, alors ce gamin est tout autant en danger que nous. Je fais part à la reine de cette pensée.

" Il faut que nous la mettions hors d'état de nuire maintenant, si l'auteur de l'enlèvement est son complice, le pire est à craindre s'ils se retrouvent réunis."

Aux oreilles des autres ma voix résonne comme une série d'aboiements que j'émets en direction de la vieille femme. Le garçon semble sensible à ma réaction, s'écartant légèrement de sa grand mère et semblant s'interroger sur la raison pour laquelle ce chien aboie sur cette dernière le poil hérissé.

"Grand-mère... Qu'as-tu fait ?" demande-t-il l'air de douter tout à coup.

"Mais rien mon chéri, que veux-tu que je fasse ? minaude-t-elle en réponse. Couché le chien !"

L'ordre me percute de plein fouet. Mes membres ploient sous moi sans que je le veuille et je me retrouve couché sur le carrelage grossier de la maison. J'attends qu'on me félicite, qu'on me dise que c'est bien mais rien ne vient. Je ne comprends pas, ai-je mal fait ? Il y a beaucoup de tension dans l'air. Les conversations sont houleuses et me mettent mal à l'aise. Plus j'observe la vieille humaine, plus elle me semble menaçante. Les deux humains à qui elle parlent sont en danger, je le sens. J'ignore comment, ni pourquoi mais je sens que c'est une menace et qu'il faut que j'agisse.

Je me lève et approche, la truffe au sol, humant les diverses odeurs. Je fais un petit détour l'air de rien dans la chaumière avant de rejoindre les humains. Si le chat miaule à mon attention, je ne l'écoute pas. Je finis près de la vieille femme qui m'observe.

"Tu vois quand tu veux, tu es gentil" dit-elle en passant une main sur mon dos.

Je remue la queue gentiment mais détourne légèrement le regard, passant la langue sur ma truffe. Ce contact me met mal à l'aise, pire il me dégoûte.

"Gentil chien" continue-t-elle. "Assis."

J'ai presque l'impression de la sentir savourer une victoire et cela me ramène un peu à une autre identité qui me semble floue et lointaine. J'obtempère cependant, m'asseyant docilement devant la vieille femme, indifférent aux airs consternés ou inquiets des autres. Sa main vient me gratter derrière les oreilles. La sensation est agréable mais je ne supporte pas de sentir cette paume au dessus de moi, tout comme la personne à qui elle appartient. Je me sens agressé et cela supplante toute caresse aussi agréable qu'elle soit.

Mes muscles se détendent alors que je bondis avec un aboiement de colère. La vieille n'a pas le temps de se redresser, ni de m'éviter que je la percute de plein fouet. Nous basculons ensembles et elle tombe à la renverse. Ma mâchoire se referme sur son épaule que je mords violemment. Je l'entends crier et cela m'agace encore plus. Alors qu'elle heurte le sol, son cri s'éteint laissant place à un silence de mort seulement brisé par mes grondements. Je la sais encore en vie, seulement inconsciente mais cela importe peu. Je suis en colère, terriblement en colère. Il est temps que cette mascarade prenne fin !

Le goût du sang a suffit à me faire reprendre mes esprits. Quel spectacle dois-je offrir... le poil hérissé et la gueule ensanglantée, les crocs encore dévoilés car sous l'effet de la rage je ne parviens pas à contrôler ce corps trop expressif. J'ai le sentiment d'avoir laissé sortir en public le monstre tapit au fond de moi. Cette pensée me fait l'effet d'un bain glacé. Je m'en veux presque de ma réaction, du spectacle que je viens d'offrir aux deux souverains. Contre ma volonté, ma queue rentre entre mes pattes arrières et je baisse la tête. Je me reprends cependant.

" Le complice ne devrait pas tarder à arriver, il ne doit pas savoir que la situation a échappé au contrôle de la vieille femme, débarrassons-nous en au plus vite. Une fois que ce sera fait, nous pourrons trouver un moyen de ramener les choses à la normale. Je connais un endroit sûr où nous serons en sécurité. "


Je pense à l'une des nombreuses petites maisons que j'ai acquises qui me servent ordinairement de repères lorsque je pars en solitaire. La plus proche est une petite ferme fortifiée que je fais entretenir par un jeune couple. L'endroit est à leur nom et aucun lien n'existe entre leur logis et la couronne de Suisse voilà pourquoi je soumets cette idée. Là bas nous y trouverons de quoi nous changer et pourrons réfléchir à un moyen d'inverser cela. Je pourrai aussi prendre contact avec des renforts.

Mes aboiements résonnent dans le silence et je sursaute en entendant une voix faire l'exacte traduction de mes paroles. Je me tourne vers le garçon, surpris par cette aide providentielle. Ce dernier est bien pâle, la mine défaite, je le vois éviter de regarder le corps de la vieille femme qui gît encore entre mes pattes et lorsqu'il prend la parole, il semble presque s'excuser de sa propre existence.

" Je...je..je parle un peu le langage des animaux... avec le chien et les moutons j'ai appris... suis vraiment désolé. Je vais vous aider."
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Ronce de France
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Sam 11 Nov - 19:57
Un silence de mort s'abattit au sein de la modeste bergerie tandis que sa propriétaire gisait sur le parquet, inanimée. Ronce émit une grimace à la vue du sang tâchant les babines et le museau du roi suisse. Déposant le chat, maintenant que le danger était écarté, Kay se rapprocha du corps, déposant deux doigts au niveau de la gorge pendant que le petit-fils traduisait les paroles de Sigfried. Le roi secoua la tête négativement.

« Nous l'amenons avec nous. » déclara-t-il en s'adressant au roi, trop concentré pour être déconcerté à l'idée de discuter avec un être humain coincé dans un corps animal. « Elle détient probablement des informations. La laisser là reviendrait à écarter de potentielles indices. »

Ronce acquiesça d'un miaulement que le petit-fils traduisit. Kay entreprit de soulever le corps de la vieille femme, la juchant sur son épaule. Ronce aurait hausser un sourcil si elle l'avait pu, néanmoins son désaccord retentit dans la voix du petit-fils qui semblait prendre très à cœur son rôle de traducteur.

« Vous devriez... la porter mieux que ça. »
« Elle est pas en sucre, elle tiendra. » répondit laconiquement le roi. « Mais dis-moi, petit, ta grand-mère, tu sais si elle utilise la magie ? »
« Elle est sorcière, monsieur. »
« Bien. Et quel est son artefact ? »
« Sa broche. Attendez. »

Le garçon glissa sa main sur la robe de sa grand-mère, remontant jusqu'à desceller la broche qu'il ôta et tendit à Kay qui la glissa dans une de ses poches. Au moins, si la femme se réveillait, elle ne pourrait plus, techniquement, user de sa sorcellerie. Le petit-fils se frappa soudainement le front comme si une idée venait de surgir en lui. S'excusant, il se précipita vers le buffet qui occupait la pièce à vivre. Ouvrant les portes, il fouilla à l'intérieur jusqu'à revenir les mains encombrées d'une bonbonnière.

« Grand-Mère m'en donnait quand... les autres enfants me lançaient des sorts... pour les annuler. Vous savez, elle a toujours su transformer les gens en animaux. Mais, en tant que sorcière, elle faisait surtout dans les soins. Ça pourrait les aider... tous les deux. »
« Je te laisse leur donner. » abdiqua Kay en lui donnant une tape sur l'épaule. « Si ça marche, ce sera bien joué, mon grand ! »

Flatté d'être traité de grand, le jeune homme alla expérimenter sa médecine auprès de ses patients brisant les sucreries dans ses mains, les émiettant pour mieux les faire absorber par les animaux. Durant ce temps Kay observait plus attentivement la maisonnée, désireux de trouver davantage d'informations sur cette femme et sur ses possibles relations avec un groupe de criminels. Néanmoins il dut se rendre à l'évidence que, hormis le miroir de poche abandonné sur la table, il n'y avait guère grand chose à se mettre sous la dent. Il devrait faire parler la femme – ce qui, en soit, ne devait guère être compliqué. Dépourvues de leurs artefacts et nanties de menottes canalisant la magie, les sorcières redevenaient des êtres humains lambda.

L'écho d'une toux résonna sous le plafond – une toux humaine. Kay vit se profiler Ronce auprès de lui, parfaitement redevenu elle-même. La reine avait encore le visage bouleversé par ce qui venait de lui advenir. D'un sourire elle rassura son époux.

« Le jeune homme est parti chercher les vêtements du roi. Je pense qu'il ira s'occuper des gardes transformés en mouton après. » Ronce eut un regard pour sa tenue. « J'ai eu de la chance de garder mes vêtements. Un cafouillage dans le pouvoir de cette femme, peut-être. Ou elle a su faire preuve de pudeur envers moi. »
« Elle est dangereuse. »
« Bien évidemment. Je me demande ce que nous découvrirons à son sujet. »

Percevant les vas et viens du petit-fils et des froissements de tissus dans leurs dos, Ronce éleva la voix sans se retourner, ne sachant si le roi Sigfried s'était retranché dans un coin pour se dissimuler ou non.

« Vous vous portez bien, votre Majesté ? »

Il avait tout de même connu la sensation d'être dans un corps d'un chien, mordu une femme, joué les chiens de berger – que d'émotions qui aurait laissé nombre d'individus sur les rotules. Ronce sentait elle-même le contre-coup de sa propre transformation retrouvant, docilement, ses repères dans un monde où elle avait repris sa taille et son anatomie initiale.


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