Octobre 05. - Exploration sous les étoiles

 :: L'Europe :: Royaume-Uni Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Gryffin Sidh
Cat Sidhe
avatar
✦ Libre pour RP ? : Non

Jeu 31 Aoû - 18:27
De branche en branche, je me balance, les mouvements de ma queue équilibrant mon corps à chaque saut pour que ma réception se fasse à merveille. De temps en temps, je grimpe au faîte d'un arbre, lorsque son bois est assez solide pour me supporter, afin d'admirer depuis le ciel la forêt dans laquelle je me promène. La lune est haut dans le ciel, et, loin de la lumière des villes, les étoiles brillent de mille feux.
Cela fait un moment maintenant que je saute et virevolte entre les arbres, et mes muscles commencent à être douloureux. Je décide donc de faire une pause.
Je m'assois sur une branche large à six ou sept fois ma taille au-dessus du sol, et détache ma gourde de ma ceinture. Je bois deux grandes rasades. Il est agréable de sentir l'eau fraîche couler dans ma gorge. Je prends ensuite une miche de pain, et en grignote quelques morceaux.
Des bruits inhabituels attirent mon attention. La nuit regorge du son des animaux et autres êtres qui la peuplent, du vent dans les feuilles et du clapotis de l'eau, mais ce que j'entends là n'a rien de normal. On dirait des cris, des cris effrayés.
Rangeant ma gourde et mon pain, je m'empresse de me déplacer dans la direction du bruit, toujours de branche en branche. Alors que je suis tout proche, je ralentis, me faisant plus discrète. Les gémissements transpercent l'air, on dirait un animal qui souffre. Mes oreilles se rabattent sur mon crâne, autant pour atténuer les sons désagréables qu'à cause de l'angoisse que je sens poindre en moi.
Je suis trop haut et, même si je vois très clair dans l'obscurité, les feuilles et l'écorce me bouchent la vue. Lentement, délicatement, je me laisse glisser d'une branche à une autre. Arrivée sur l'une des branches les plus basses, j'aperçois enfin la source des cris.
Il s'agit d'un être bien étrange, que je n'avais jamais croisé auparavant. Il doit faire la hauteur de mon mollet, et ressemble à un mélange entre un petit enfant et une grosse plante. Sa tête est une citrouille creusée d'un large trou d'où proviennent ses gémissements lancinants.
Il faut que j'aille aider cette créature. Elle n'a pas l'air de pouvoir se déplacer, et je comprends soudain la source de sa douleur, sa peur, sa colère : une sorte grosse pince dentée en ferraille, en forme de double arc, s'est refermée sur sa patte. J'ai déjà vu de tels pièges : les hommes les utilisent pour attraper des animaux. La rage s'empare de moi : pourquoi les humains veulent-ils toujours détruire les choses qui les entourent ?!
Alors que je m'apprête à descendre pour libérer la créature, de nouveaux bruits, discrets, attirent mon attention, et je tourne la tête et les oreilles dans leur direction.
Visiblement, je ne suis pas la seule a avoir été attirée par le vacarme. Un homme, tenant un objet lumineux dans l'une de ses mains, semble en chercher la provenance. Il aperçoit alors la citrouille prisonnière, et, après une courte pause, avance dans sa direction.
Mon sang ne fait qu'un tour. Cet humain est sûrement venu récupérer sa prise. Je ne le laisserai pas faire.
Il s'approche de l'être végétal qui, le voyant à son tour, hurle de plus belle et se débat de toutes ses forces, en vain. Mais tout cela l'épuise et, très vite, son énergie semble le quitter et il se calme, haletant.
L'homme, qui s'était stoppé, fait mine d'avancer à nouveau. Il dit quelque chose mais je n'y fais pas attention. Furtivement, je me déplace sur les branches, et saisis fermement l'une de mes dagues. Il est si concentré qu'il ne m'entend pas arriver.
Je saute, atterris dans son dos, passe un bras autour de sa taille pour l'immobiliser contre moi et appuie ma lame contre sa gorge. Ma colère m'incite à le tuer immédiatement, mais ma raison me retient : je ne sais pas comment débloquer le piège ; lui, si.
Les dents serrées, j'intime à l'homme dans un grondement :

- Libère-la.



Revenir en haut Aller en bas
Jasper Joberknoll
Jack et le haricot magique
avatar
Ven 8 Sep - 10:17
La nuit était claire et paisible. Une nuit comme Jasper les aimait. Une nuit où pas un bruit ne venait le troubler et où il pouvait bavarder seul avec la lumière de la lune. Il l'aurait fait volontiers s'il n'avait pas été à la recherche de quelque chose. D'ordinaire, ses escapades nocturnes étaient guidées par le hasard mais ce soir là était différent.

Note dans un carnet :

Plusieurs faits me portent à croire qu'il y a un être magique puissant dans la région. J'ignore encore ce que c'est mais j'ai l'intention de le trouver. La population semble angoissée ou plutôt superstitieuse, c'est le mot, donc je crains pour la vie de cette créature.


La vieille lampe tempête diffusait sa lumière blafarde au coeur des ombres de la forêt. Cette lampe éclairait à peine et beaucoup l'auraient changée pour quelque chose de plus lumineux mais Jasper savait que quelque chose de lumineux aurait fait fuir tous les petits habitants des lieux. De plus, Jasper n'avait pas peur du noir contrairement à la plupart des hommes qui redoutaient ce qui se terrait dans la nuit, lui avait plutôt hâte de le rencontrer. Bien sûr il aurait pu donner le don à un morceau de bois de produire la lumière qu'il souhaitait mais Jasper se défait des hommes qu'il pouvait croiser et évitait d'user de magie en leur présence. La magie était à son grand désespoir quelque chose de pas forcément bien perçut. Cette simple pensée suffisait à lui tirer un soupir. Si seulement les gens pouvaient dépasser leurs préjugés....

Soudain, une plainte étouffée attira son attention et le fit s'arrêter, l'oreille aux aguets. Le gémissement revint une seconde fois, suivie d'une troisième. Pas de doute, il y avait bien quelque chose et ce quelque chose souffrait. Cette seule certitude suffisait au jeune homme et qu'importe ce qu'il trouverait à la source de ces plaintes déchirantes, il ne pouvait pas passer son chemin.

La lampe oscillant au rythme de ses pas finit par éclairer une silhouette au sol. Au premier abord, Jasper crut que c'était un enfant de par sa petite taille mais l'éclat de la lampe lui dévoila rapidement l'aspect végétal de la pauvre créature. Il en avait déjà croisé de semblables auparavant mais il n'avait jamais pu les voir d'aussi près. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre l'origine de la souffrance de cet être. Les mâchoires acérées d'un piège lui broyaient la jambe, le clouant au sol dans une interminable souffrance. De quoi briser le coeur du jeune homme. Il ignorait si on avait posé le piège à l'intention de la créature ou si c'était un accident mais le résultat était le même.

Note dans un carnet :

Trouipump. Drôle de petites créatures, humanoïdes au premier abord, elles se révèlent à moitié végétales et ne dépassent jamais la taille d'un petit enfant. On les retrouve majoritairement dans les espaces sauvages. Elles se manifestent surtout la nuit. Attention certaines peuvent être très agressives envers les humains mais ce n'est pas une généralité. A aborder avec prudence et douceur pour ne pas les brusquer.


Lorsque Jasper fit mine de s'avancer vers elle, la créature se mit à se débattre en piaillant de plus belle. Sa terreur et son désespoir étaient un véritable déchirement pour le jeune homme. Il s'arrêta en voyant le petit être s'épuiser de la sorte, au risque de se faire encore plus mal. Ne le quittant pas des yeux, il se mit à lui parler doucement pour le rassurer.

"N'aies pas peur, je ne te veux aucun mal. Je viens pour t'aider, je vais te sortir de là. Calme toi, tout ira bien. Voilà c'est ça...tout ira bien...je te le promets."

Si un observateur extérieur avait pu contempler cette scène, il aurait trouvé cela fort étrange et n'aurait lui perçut qu'une série de cliquètements, craquements et sifflements incompréhensibles qu'un jeune homme, avec un grand manteau élimé et une lampe tempête, émettait tout en s'approchant à pas de loup d'une drôle de bestiole.

Mais Jasper n'avait que faire d'un éventuel observateur extérieur, seul lui importait le petit être pris au piège qu'il allait libérer et soigner si c'était possible. Ses paroles avaient-elles apaisé le malheureux ? Ou bien était-il trop épuiser pour pouvoir encore se débattre ? Le jeune homme n'aurait pas su dire. Il s'agenouilla en posant la lampe à terre sur l'épais tapis de feuille et commença à examiner le piège pour comprendre comment l'ouvrir.

C'est alors qu'une masse sombre lui tomba dessus. Tout se passa très vite. Le Truipump eut un cri de surprise mêlée de frayeur tandis qu'au même moment le froid métal d'une lame se posait sur la gorge de Jasper et que des bras l'étreignant l'immobilisaient. Qui cela pouvait-il être ? Le poseur de pièges venant les relever ? Un brigand ?

La seule réaction qui vint à l'idée de Jasper fut un cri de surprise.

" Hé ! Mais ça ne va pas ?! Je ne vais rien vous voler ! De toute façon un Truipump ça ne se mange pas !"

Brillante réplique se dit-il tout en cogitant pour se sortir de cette situation.

" Libère-la"

" Quoi ? Mais si vous ne me malmeniez pas je l'aurais déjà fait ! Piew non !"

Une minuscule petite chose venait de sortir de sa poche de veston, grimpant à toute vitesse sur son épaule pour venir frapper avec ses minuscules petits poings feuillus la tête de l'agresseur, l'air courroucée.

" Piiii piti piiiiiiii !!! Ah piiiiiiiiiw !!!!"

Ce qui dans un langage peu connu du grand public signifiait :

" Espèce de patapouf plein de poil, lâche-le tout de suite !!!!!"
Revenir en haut Aller en bas
Gryffin Sidh
Cat Sidhe
avatar
✦ Libre pour RP ? : Non

Dim 10 Sep - 19:18
Alors que ma lame s'appuie sur la gorge de l'homme, il pousse un cri de surprise et baragouine qu'il ne veut pas me voler et que quelque chose que je ne comprends pas ne se mange pas. Je n'ai aucune idée de ce dont il parle, et lui ordonne de libérer la créature.

" Quoi ? Mais si vous ne me malmeniez pas je l'aurais déjà fait ! Piew non ! "

Il l'aurait déjà fait ? Est-il lui aussi là pour sauver l'être piégé ?
Je n'ai pas le temps de réfléchir à la question qu'un minuscule être végétal animé se dresse sur l'épaule du voyageur nocturne et vient frapper mon visage avec de tout petits poings, en poussant des cris suraigüs.

" Piiii piti piiiiiiii !!! Ah piiiiiiiiiw !!!! "

J'écarquille les yeux et recule légèrement la tête face à cette agression inattendue. La voix de la créature me vrille les tympans. Sans relâcher la légère pression qu'exerce ma dague sur le cou de l'homme, je retire mon bras de sa taille pour saisir aussi délicatement que possible la petite branche, qui se débat de toutes ses forces. Elle me rappelle les fleurs que Castiel la fée faisait danser dans le parc où nous nous sommes rencontrés. Cela fait un bout de temps déjà.
J'observe un instant la créature dont la voix continue d'agresser mon ouïe, brouillant tous les autres sons autour de moi. Je crois que cette petite chose tient à ce que je relâche celui que je tiens sous la menace tranchante de mon arme. J'hésite un instant, mais le choix est finalement vite fait : l'homme ne paraît pas bien dangereux, il m'a dit qu'il voulait libérer l'enfant-citrouille, et il se promène avec une créature sans aucun doute magique qui paraît vouloir le défendre.
Sans détacher mon regard du petit végétal qui gigote et crie dans ma main, je lève la menace de ma dague et range cette dernière sous ma cape. Je viens alors soutenir la plante de mes deux mains, et la regarde plus attentivement et avec une grande curiosité. Je lui parle d'une voix douce :

- Bonjour. Tu as l'air très caractérielle. J'ai cru que cet humain voulait s'en prendre à l'autre créature, mais je me suis peut-être trompée. En tout cas, tu as l'air de ne pas vouloir qu'il lui arrive du mal. Donc, voilà, je le libère.

J'ignore s'il me comprend, mais, quoi qu'il en soit, le petit végétal se calme un peu.



Revenir en haut Aller en bas
Jasper Joberknoll
Jack et le haricot magique
avatar
Jeu 14 Sep - 22:26
Alors qu'on la soulevait, la petite créature se mit à se débattre en piaillant de plus belle, protestant contre ce crime de lèse-Pixiw, car oui ce minuscule être, était bien une Pixiw comme on en croise peu de nos jours. La libération du jeune homme sembla la satisfaire mais sous le regard curieux de l'hybride, notre petit végétal se campa en croisant les bras avec l'air d'une dame du monde que l'on aurait vexée et l'aplomb effronté d'un enfant des rues, tout en continuant son babillage aigu et incompréhensible, l'air de faire la morale à celle qui la tenait entre ses mains.


" Apitiu pititpi tatapiii titipitipiti a upitapi !"


Ainsi continuait le sermon de la petite créature tandis que Jasper se retournait en se massant la gorge. Non pas que son agresseur mystérieux l'ait entaillée mais lorsque le doigt froid de la Mort se pose sur votre cou, qu'il prenne la forme d'une lame ou d'une corde, il laisse derrière lui une sensation terrible semblant nous dire que ce n'est que partie remise. Cependant, le geste du jeune homme s'arrêta net lorsqu'il découvrit l'étrange personnage qui tenait son amie entre ses mains. Il avait entendu parler d'hybrides mais n'avait jamais eu encore l'occasion d'en croiser ce qui soulevait en lui tout un tas de sentiments contradictoires car son envie de rouspéter contre son agresseur se faisait malmener par les mille et une questions qui lui venaient à l'esprit et qu'il brûlait de pouvoir poser.

Les gémissements de l'être pris au piège, firent taire l'espace d'un instant ses pensées tumultueuses, recentrant son esprit sur la malheureuse créature à l'origine de cette étrange rencontre. Décidément cette nuit là s'avérait pleine de surprises.

Sortant du matériel de ses poches, c'est à dire une sorte de pied de biche tordu, des crochets et de quoi crocheter le mécanisme, il se mit en devoir de desserrer les mâchoires de ce piège infernal. Des cliquetis et des couinements se mirent à résonner dans la forêt alors qu'il continuait son ouvrage. Lorsque le piège sembla se déverrouiller, le jeune homme empoigna les mâchoires pour les écarter à la force de ses mains. Son geste s'arrêta net lorsque la malheureuse créature poussa un cri de douleur. Plus que tout au monde, Jasper détestait la souffrance et voir souffrir un être lui déchirait le coeur. Comment faire ? Comment agir et le libérer sans le faire souffrir d'avantage ? Que pouvait-il faire ?

Continuant son monologue, de sa voix fluette mais pleine de reproches, la Pixiw ne semblait pas d'une grande aide. Quant à l'hybride, elle lui avait ordonné de libérer le Truipump, il en concluait donc qu'elle n'était pas en mesure de le faire. Le cri de ce dernier semblait toutefois avoir alerté les deux filles et interrompu le discours de la plus bavarde des deux.

Le jeune homme prit une grande inspiration et étira son dos. Il devait tester autre chose et pourvu que cela marche. Passant une main sur le froid métal, il se concentra, cherchant au fond de lui cette étincelle qu'il percevait parfois, telle un minuscule oisillon agitant ses ailes. L'oisillon était là, fragile, ridiculement petit mais tout chaud entre ses paumes d'esprit. Jasper avait toujours envie de s'enrouler autour de lui, de cacher ce moineau contre sa poitrine, bien au chaud, de le préserver du monde extérieur bien trop cruel pour une petite chose si délicate. Au lieu de ça, il leva les mains vers le ciel, laissa l'oisillon devenir oiseau, déployer ses ailes et prendre son essor.

Le dur et terrible métal commença à se ramollir sous les paumes du jeune homme, prenant une couleur plus douce, moins agressive. Petit à petit, le fer se changea en caoutchouc. Alors que les dents acérées devenaient molles et inoffensives, Jasper s'attela à les retirer du membre du malheureux qui, trop épuisé ou bien confiant, se laissait faire sans une plainte de plus. Une fois la créature libérée, il retira son manteau et se mit à farfouiller dedans, sortant au fur et à mesure qu'il vidait ses poches tout un tas d'ustensiles, de pots, de paquets emballés dans des feuilles, de cailloux étranges, si bien que tout observateur extérieur aurait pu en venir à ce demander comment de simples poches pouvaient contenir autant de désordre.

Jasper eut un claquement de langue satisfait alors qu'il extirpait de son capharnaüm une série de pots minuscules contenant une substance verdâtre à l'allure gluante, de grandes feuilles ainsi que des bouts de ficelle. La Pixiw observait cette fois ci d'un oeil intéressé ce que trafiquait son protégé.


Note dans un carnet :

Comment soigner un Truipump ? Affections respiratoires : Les Truipump ne semblent pas bénéficier de poumons mais sont très sensibles à la pollution de l'air. Je pense que comme les plantes, ils ne doivent pas avoir d'organes respiratoires semblables à ceux des mammifères mais ils doivent bien respirer d'une manière ou d'une autre puisque l'air pollué semble rentrer pour les affecter de l'intérieur. Traitement : purifier l'air ambiant et le milieu, arroser abondamment avec de l'eau pure aussi.
Soins des différents bobo : Appliquer un mélange de suc de Jabu Jabu avec des feuilles de calendula pilées auquel vous aurez ajouté des poils de Tipois. Faire un bandage à base de feuilles Plantain ou de millepertuis. L'ail est inutile. Bien arroser et veiller à ce que le patient reste dans un milieu peu pollué si ce n'est pas du tout dans l'idéal bien sûr.


- Tu viens m'aider ou tu continue de pester ? demanda Jasper à sa compagne tout en préparant une étrange mixture à base de différentes bouillies aux odeurs de plantes et de vase.

La pixiw sauta alors au sol puis rejoignit son ami, grimpa au passage sur la jambe valide du Truipump tout en attrapant un bout de ficelle que lui tendait Jasper. Pendant que celui ci appliquait son onguent peu orthodoxe sur le membre blessé, la minuscule créature faisait le tour de la jambe avec sa ficelle, se faufilant dessous sans toucher les blessures grâce à ça petite taille.

- Pititi ipitiupiu pi tipi a pitiiti pitu, continuait-elle de babiller.

Babillage auquel Jasper répondait par des "hum hum", "ah", "oui c'est vrai" tout en continuant d'appliquer son cataplasme qu'il recouvrit ensuite des grandes feuilles vertes qu'il avait sorties précédemment. Puis, il se mit à chercher autre chose qu'il ne trouva pas immédiatement de par son absence de son fouillis. Aussi s'adressa-t-il à l'hybride pour obtenir un peu d'aide.


- Dites, vous ne pourriez pas me donner un morceau de bois, à peu près cette taille là. Le plus plat possible s'il vous plaît.


Ponctuant sa demande d'explication à l'aide de sa main libre, l'autre tenant le bandage de fortune, afin de donner une idée à son interlocutrice de la taille de bâton qu'il lui fallait. Jasper n'était pas du genre à s'embarrasser de plus de détails. Certes il venait de se faire sauvagement agressé mais puisque l'agresseur avait changé d'avis, autant qu'il se rende utile. Et puis, il avait actuellement bien plus grave à gérer même s'il brûlait d'assommer cette étrange créature de questions sur ce qu'elle était, qui elle était, d'où elle venait. Est-ce qu'elle mangeait des souris comme les chats ? D'ailleurs est-ce qu'elle détestait l'eau comme eux ?

Dès que le bâton demandé arriva, le jeune homme se remit à la tâche, confectionnant une attelle de fortune pour le petit être épuisé face à lui. Une fois l'attelle placée et enveloppée d'une autre couche de feuilles, Jasper fit signe à sa minuscule aide soignante.

- C'est à toi.

- Piw ! répondit-elle en mimant un salut militaire.

Elle tira alors sur les ficelles qu'elle avait soigneusement enroulées autour de la jambe blessée sans toucher cette dernière. Dans un bel ensemble, les ficelles se tendirent et resserrèrent le bandage bricolé par le jeune homme, fixant et maintenant l'attelle. Avec fierté, la Pixiw termina son ouvrage par un superbe noeud réaliser avec adresse. Elle se campa alors sur le genou du blessé et tendit sa minuscule main sur laquelle Jasper vint taper le bout de son doigt avant de s'adresser au Truipump.

Pour un observateur extérieur, cela serait revenu à une série de cliquètements, grincements et claquements parfaitement incompréhensibles mais pour un Truipump, cela signifiait ceci :

" Voilà j'ai fini, il faut que tu t'arroses beaucoup d'accord ? Tout aura repousser d'ici quelques jours et ce ne sera plus qu'un mauvais souvenir."

Jasper écouta avec attention la faible réponse de la créature puis acquiesça. Il se tourna alors vers la mystérieuse agresseuse qui était tombée du ciel.

- Il dit qu'il est trop faible pour bouger, connaissez vous un endroit sûr ici pour le cacher en attendant qu'il se remette ? Au fait, excusez Piew, elle a son petit caractère et elle déteste la violence.


Un grand merci pour les cadeaux :3
[img][/img]
Revenir en haut Aller en bas
Gryffin Sidh
Cat Sidhe
avatar
✦ Libre pour RP ? : Non

Ven 15 Sep - 17:01
L'étrange petite créature dans le creux de mes mains continue de piailler en me regardant. Je n'ai strictement aucune idée de ce qu'elle exprime de façon si énergique, mais peu m'en chaut. Elle me fascine, et j'ai du mal à détacher mes yeux de ce petit être si peu commun et, à n'en pas douter, imprégné de magie.
Des cliquetis me sortent de ma contemplation, et, me souvenant de la présence de l'humain que je menaçais quelques secondes plutôt, je tourne la tête dans sa direction. Il s'est approché de la pauvre créature piégée, et, à l'aide de divers outils, tente de défaire le mécanisme – enfin, c'est ce que je suppose. Je le regarde faire, silencieusement, tandis que le frêle végétal toujours sur mes paumes continue de faire entendre sa petite voix aiguë.
L'humain attrape alors les deux mâchoires du piège et tire. Le prisonnier pousse un cri strident qui me hérisse le poil et fait taire la brindille animée. L'homme s'arrête un instant, puis prend une grande inspiration avant de poser ses mains sur le piège. Je me demande d'abord ce qu'il fait, puis remarque que le métal brillant se change progressivement en une matière mate et molle. Une fois le piège complètement transformé, l'humain aide la créature blessée à s'en dégager.

Je fronce les sourcils. Une chose m'intrigue : s'il est capable de faire ça, pourquoi cet homme s'est-il embêté à trifouiller le piège pour un résultat visiblement inutile ? Pourquoi n'a-t-il pas immédiatement ramolli le métal plutôt que de perdre du temps avec ses outils ? A moins que ce ne soit un préalable nécessaire à la transformation du piège.
Une autre question émerge dans mon esprit : est-ce que ce que je viens de voir est normal ? Après tout, à la réflexion, je n'ai jamais vu d'humain faire ce genre de chose. Les rares que j'ai vu manipuler ces dangereux objets faisaient la même chose que cette personne avec ses outils au début. La transformation serait-elle de la magie ? Cela ne me paraît pas vraiment probable, mais reste une piste à creuser.

- Tu viens m'aider ou tu continue de pester ?

Je sors de mes pensées alors que le petit végétal saute de ma main pour aller aider son compagnon. J'observe le travail de ce dernier avec curiosité, mais sans trop m'approcher : l'étrange bouillie qu'il manipule dégage des effluves exécrables qui me font froncer le nez. Je crois qu'il soigne la jambe du blessé.

Je ressens un pincement au coeur et une désagréable sensation de malaise à l'idée que j'ai failli le tuer peu de temps auparavant, mais je n'arrive pas à poser un mot sur cette émotion. Quoi qu'il en soit, il n'était visiblement pas animé par de mauvaises intentions.

Le garçon lève les yeux vers moi, et recquiert mon aide. Je hoche la tête puis balaye de ma vision claire le sol des bois à la recherche du bâton demandé. Je ne tarde pas à en trouver, et en ramasse deux ou trois afin de laisser au guérisseur le choix du plus adapté.

L'humain et son compagnon de tiges et de feuilles terminent leur oeuvre de concert. Ils ont l'air de très bien travailler ensemble. J'imagine qu'ils se connaissent depuis longtemps, et qu'il voyagent ensemble. Ils doivent s'aimer, et cela explique pourquoi le petit végétal a tenté de défendre l'homme. Enfin, je crois.

Le sauveur et son sauvé semblent échanger des paroles. Je n'avais jamais vu un humain s'adresser à une autre créature dans un langage différent du sien. J'en suis maintenant convaincue : ce garçon est loin d'être comme les autres. Et je ne serais pas étonnée que cela ait à voir avec de la magie.

Il se tourne vers moi pour me questionner.

- Il dit qu'il est trop faible pour bouger, connaissez vous un endroit sûr ici pour le cacher en attendant qu'il se remette ? Au fait, excusez Piew, elle a son petit caractère et elle déteste la violence.

Un endroit sûr ? Je n'en sais rien. Qu'est-ce que c'est qu'un endroit sûr pour cette créature ? Je me râcle la gorge.

- Heum... Eh bien, moi, je dors dans les arbres. Je ne sais pas si c'est possible pour lui d'y monter. Généralement, les humains n'y vont pas, ils ne sont pas assez agiles. Mais je ne sais pas si lui pourra en redescendre, si je l'y monte. Sinon, je ne sais pas. Je me déplace toujours, alors je n'ai pas de... cachette, ou de maison. Enfin... Je me baigne souvent dans des petits lacs pour me laver. J'en ai trouvé un cette nuit, dans une clairière. Peut-être que c'est ce que vous cherchez ?

Le garçon n'a pas l'air tout à fait convaincu mais, faute de mieux, il me demande de l'y conduire. Je n'ai aucune idée de la distance à parcourir mais, lorsque je le vois prendre dans ses bras l'enfant-citrouille blessé, je me dis que ce sera plus long d'y retourner que lors de mon trajet précédent, seule et en hauteur.
Je prends la marche devant lui, afin de le diriger et d'éviter d'être éblouie par la lumière de sa lampe. Le chemin est très différent au sol du haut des branches, mais mes sens me guident.

- Piew, c'est son nom ? fis-je en désignant le minuscule garde du corps qui est à nouveau posté sur l'épaule de son protégé. Je ne sais pas pourquoi vous l'excusez. Je n'ai jamais compris pourquoi les gens s'excusent. Je hausse les épaules. Elle a bien le droit de s'énerver si elle le veut, non ?

Sans attendre la réponse de l'homme à la lampe, j'enchaîne sur les questions qui me trottent dans la tête.

- Je n'avais jamais vu de créature comme celle-ci. Elle est magique ? Vous arrivez à lui parler, et à parler avec l'autre créature, celle qui est blessée. Je ne savais pas que les humains en étaient capables. J'ai cru que vous vouliez la manger. Je déteste les humains qui attaquent d'autres créatures. Surtout comme celle-ci. Je n'en avais jamais vu non plus. Elle est magique, elle aussi, non ?

J'interromps le flot de mes paroles, afin de laisser au garçon le temps de me répondre.



Revenir en haut Aller en bas
Jasper Joberknoll
Jack et le haricot magique
avatar
Ven 15 Sep - 21:56
- Heum... Eh bien, moi, je dors dans les arbres. Je ne sais pas si c'est possible pour lui d'y monter. Généralement, les humains n'y vont pas, ils ne sont pas assez agiles. Mais je ne sais pas si lui pourra en redescendre, si je l'y monte. Sinon, je ne sais pas. Je me déplace toujours, alors je n'ai pas de... cachette, ou de maison. Enfin... Je me baigne souvent dans des petits lacs pour me laver. J'en ai trouvé un cette nuit, dans une clairière. Peut-être que c'est ce que vous cherchez ?

Dormir dans les arbres ? L'idée n'était jamais venue à Jasper. Bien sûr, il lui était déjà arriver de grimper tout en haut d'un arbre mais de là à y dormir... Ainsi, cet étrange créature mi féminine mi féline n'avait pas de maison et voyageait... Une foule de question se pressait aux lisières de la conscience de notre ami mais il prit sur lui et les retint, en dépit de la frustration que cela pouvait générer chez lui, afin de pouvoir répondre à la proposition de l'hybride. Il écouta donc attentivement. Ce n'était pas forcément la solution la plus idéale mais qui sait cela s'avèrerait peut-être une bonne alternative et puis il y aurait de l'eau en espérant qu'elle soit suffisamment pure pour convenir au blessé.

Avec d'infinies précautions, il souleva son patient avant de récupérer la vieille lampe tempête qui émettait toujours sa lumière blafarde, indifférente, comme la plupart des lampes tempêtes, excepté les lampes tempête magiques qui elles étaient bien trop curieuses, à ce qui se passait autour d'elle.

Suivant sa féline guide, Jasper écoutait les réflexions de cette dernière avec intérêt. Si la situation avait été autre, il aurait tout donné pour s'asseoir sur une souche et discuter toute la nuit avec elle, étudier, apprendre et poser toutes les questions qui lui venaient à l'esprit.
Une part du jeune homme se sentit soulagée alors que l'hybride, dont il n'avait pas le nom, exprimait son incompréhension face aux excuses des gens. Au fond de lui, cette phrase faisait écho à ses propres sentiments.


- Oui, oui c'est son prénom, répondit-il avec l'air un peu maladroit de celui qui n'a pas trop l'habitude d'exprimer ses propres sentiments. Moi... Moi non plus je n'ai jamais vraiment compris pourquoi.


Il devait avouer qu'il se sentait aussi soulagée que la jeune fille n'ait pas mal pris l'agression de la Pixiw. Certains pouvaient se vexer pour bien peu, il le savait d'expérience.
Ne semblant pas s'attarder sur des considérations si humaines, sa guide continuait de poser des questions inlassablement auxquelles Jasper s'efforçait de répondre tout en avançant, prenant soin d'éviter les vieilles souches glissantes et les taillis.

- Oui, elle est magique. C'est une Pixiw, on n'en croise plus malheureusement de nos jours, son espèce a presque totalement disparu...

Visiblement l'hybride attachait une réelle importance à la magie. Jasper ne put s'empêcher de le noter dans un coin de sa tête, gardant cette information pour plus tard.

- Ah...euh...ça... Et bien... c'est comment dire... un don de naissance, expliqua-t-il d'une voix un peu timide, peu habitué qu'il était de parler de lui. Il m'arrive de comprendre le langage des autres créatures que je croise mais je ne suis pas certains que les humains soient capables de le faire autrement. De ce que je sais, ce n'est pas très courant...

Manger un Truipump ? Quelle idée saugrenue ! Autant manger des épinards, c'était moins risqué. Pourtant encore une fois, ces paroles faisaient écho dans l'esprit du jeune homme, exprimant comme des évidences de vieux sentiments qui bouillonnaient au fond lui depuis longtemps.

- Je les déteste aussi, répondit-il en enjambant une souche avec précautions. En fait, je n'aime pas la violence. Je déteste les objets qui servent à faire mal. Oh, euh oui, elle est magique aussi. C'est un Truipump. On n'en trouve qu'en Angleterre. Ce serait la réincarnation d'animaux massacrés par des hommes d'après ce que j'ai entendu...

Il évita des ronces avec soin, veillant à ne pas balloter trop son précieux fardeau qu'il tenait contre lui, à demi caché dans son grand manteau élimé que les ronces semblaient trouver un malin plaisir à accrocher.

- Et vous ? C'est la première fois que je vois un hybride comme vous... Vous êtes une créature magique aussi non ? Vous disiez que vous n'aviez pas de maison, vous voyagez c'est cela ? D'où venez vous ?

La voix de Jasper était douce, son attitude attentive malgré l'application qu'il mettait à ne pas trébucher ou glisser. La Pixiw sur son épaule, agitait ses minuscules jambes dans le vide, le nez levé vers la cime des arbres, l'air de profiter de la promenade.


Un grand merci pour les cadeaux :3
[img][/img]
Revenir en haut Aller en bas
Gryffin Sidh
Cat Sidhe
avatar
✦ Libre pour RP ? : Non

Dim 24 Sep - 22:50
J'avance dans la forêt en me fiant à mes sens pour retrouver le chemin, tout en écoutant avec intérêt les réponses de l'humain. Je lui parle sans le regarder ; la lumière de sa lampe attaquerait mes rétines sensibles et, bien qu'elle ne soit pas très lumineuse, je préfère de loin garder mes yeux rivés sur la claire osbcurité qui se dresse devant moi.

- Alors tu peux parler à tous les animaux ? Et à toutes les créatures magiques ? En fait, fis-je en fronçant les sourcils, je crois avoir compris qu'il existe des animaux magiques et des animaux non magiques, mais je n'ai pas très bien compris comment les différencier. Les humains, eux, ont l'air de le savoir.

Je m'arrête, tous les sens en éveil, laissant quelques instants à mon esprit pour m'indiquer le chemin. Je m'engage alors dans un étroit passage entre deux arbres pour poursuivre ma route.

- Les objets qui servent à faire le mal ? répétè-je, sans comprendre.

Le garçon enchaîne en me parlant de la créature blessée qu'il transporte, et mes oreilles se dressent, attentives. La réincarnation d'animaux massacrés... Je réfléchis un instant au concept de "réincarnation". Suis-je la réincarnation d'un Cat Sidhe ? Non, je crois que cela implique la mort du premier être avant la naissance du deuxième, et je n'étais pas mort lorsque je me suis transformé.

Il me questionne alors sur ma vie, et je lui réponds sans ralentir le pas.

- Oui, je suis magique, réponds-je, tout en ressentant une agréable sensation d'auto-satisfaction – serais-je fière de moi ? Avant, j'étais un Cat Sidhe. Une créature de la nuit. Un grand chat noir qui veille sur les petits êtres de la lande. Et puis, quand ma lande a été attaquée, j'ai été transformé pour pouvoir faire cesser ces attaques.

J'enjambe une souche écroulée sur mon chemin d'un saut leste, faisant voler ma cape. J'entends de petits mulots courir sous l'écorce creuse alors que mes pieds retombent sur un tapis de feuilles mortes, et que je reprends mon chemin.

- Ensuite, je suis partie, et depuis je voyage. J'ai visité beaucoup d'endroits. J'ai traversé la mer, mais... Je ne recommencerai plus. Donc, j'ai continué à visiter cette terre-ci. J'avance toutes les nuits, je ne reste jamais au même endroit, ou exceptionnellement.

Je réalise soudain que les sons provenant de la marche de l'humain ont diminué en intensité. Je me retourne alors, et constate avec désarroi qu'il n'est pas derrière moi. Une demi-seconde me suffit pour repérer le halo de sa lampe à travers les buissons épars. Lui, en revanche, ne doit plus me voir, s'il a la même vision que les autres hommes. Je me hâte donc dans sa direction.

- Vous êtes lent, lui fais-je. Je vois que son visage est un peu rouge et humide. Il semble aussi un peu essouflé. Je jette un coup d'oeil au fardeau qu'il porte entre ses bras, et un lien semble s'établir dans mon esprit. Oh, c'est lui qui vous ralentit ? Je vais le prendre.

Sans attendre la réponse du garçon, je prends très délicatement le... Troumeup ? dans mes bras, suivant les recommandations de son sauveur. Une fois cela fait, je reprends la direction de la clairière, en faisant un peu plus attention de ne pas distancer mon compagnon de fortune.

- Et vous, que faites-vous ici ? Les humains n'ont pas trop l'habitude de sortir la nuit.



Revenir en haut Aller en bas
Jasper Joberknoll
Jack et le haricot magique
avatar
Lun 25 Sep - 17:55
Jasper buvait les paroles de son étrange compagne, notant au fond de son esprit ses réponses mais aussi sa démarche, sa façon de se tenir dans l'environnement qui l'entourait. Plus tard, lorsqu'il serait seul, il consignerait soigneusement tous ces détails dans un carnet, immortalisant à jamais ce nouveau savoir que la providence avait mis sur son chemin. Son coeur eut un battement plus fort alors que l'hybride évoquait la différence entre créature magique ou non magique. Il trouvait dans ses dires, l'écho de ses propres réflexions.

- Oui, je suis capable de tous les comprendre. Il faut que je me concentre et c'est plus ou moins facile selon les créatures mais oui, globalement je peux converser avec toutes. A vrai dire, je crois que c'est une notion purement humaine. Les hommes parlent de magique quand c'est un phénomène qu'ils n'arrivent pas à comprendre, qu'ils ne peuvent pas expliquer. Si une créature leur est familière, qu'ils comprennent son fonctionnement, du moins qu'ils pensent le comprendre, alors elle n'est pas magique. Elle serait magique si elle était mystérieuse, causant des évènements inexplicables mais en soi qu'est-ce qu'on peut vraiment qualifier de magique ou non ? Il y a des humains sensibles à la magie et pas d'autres, pourtant ce sont des humains, ils appartiennent à la même espèce. Enfin, je veux dire, je suis né de parents humains, serai-je moi d'une espèce différente de celle de mes parents ? Pourtant une chatte donnera toujours des chatons et pas des chiots. Pourquoi cela serait-il différent pour les hommes ?


Au fond de lui, le jeune homme était ravi de pouvoir exprimer son opinion et ses réflexions sur ce sujet. D'ordinaire, il préférait taire ce genre de pensées car peu de gens y étaient réceptifs mais son étrange compagne, avec sa spontanéité parfois troublante, ne semblait pas vouloir le juger. Pour une fois, il pouvait converser librement sans craindre ce regard extérieur. Chacun exposait ses idées telles qu'elles venaient. Cette franchise bien loin de toutes les convenances rendait appréciable la compagnie de l'hybride.

Note dans un carnet :

Je ne me lasse pas de la regarder, on dirait qu'elle danse au milieu des bois lorsqu'elle marche, c'est si joli...Je ne me lasse pas non plus de l'écouter. Sa spontanéité est troublante mais j'ai souvent retrouvé ce genre de choses chez la gente féline. Un cat Sidhe ? Voilà qui est peu commun, j'aimerai en savoir plus. Qu'est-ce qui l'a fait devenir ainsi ? Une fée peut-être ? Autre chose ? Visiblement, elle semble avoir gardé la vision nocturne du félin, il faudra que je veille à ne pas la déranger avec la lumière. Peut-être devrais-je enchanter un bâton pour qu'il produise une lumière similaire à celle de la lune ? Ce serait moins violent que la vieille lampe. Il faut que je me penche sur ce problème. Si elle était une créature de la nuit, que faisait-elle le jour ? Peut-elle sortir le jour à présent ou évite-t-elle la lumière ? C'est à la fois fascinant et reposant de pouvoir discuter avec elle. Je crois avoir trouvé quelqu'un d'aussi curieux que moi. J'espère que cela continuera...


Plus ils avançaient, plus la forêt devenait dense. C'est ce qui arrive souvent lorsqu'on s'éloigne des sentiers des hommes pour s'aventurer au coeur des bois, là où l'humanité n'a pas encore pu se frayer un chemin. Jasper écoutait sa guide tout en tâchant d'éviter les taillis et les ronces. Le fait de porter le blessé n'aidait pas vraiment puisque le jeune homme ne pouvait pas se permettre d'utiliser ses mains afin de pousser les branches basses et les fougères qui ne semblaient pas gêner outre mesure son étonnante compagne. La silhouette de cette dernière s'éloignait à mesure qu'elle parlait, toute à son discours et ses explications. Jasper continuait d'avancer tant bien que mal et peinait à suivre le rythme imposé par l'hybride chatte si bien qu'il finit par la perdre complètement de vue alors qu'il relevait la tête après s'être courbé pour passer sous un tronc.

Il la vit pourtant revenir après quelques secondes, visiblement elle avait réalisé qu'il manquait à l'appel.

- Vous êtes lent.

C'était une constatation, tout simplement. Il n'y avait aucune méchanceté dans ces paroles seulement un constat. Les chats sont souvent ainsi. Ils remarquent les choses et disent ce qu'ils ont constaté sans s'embarrasser de belles tournures, avec toute la franchise de leur espèce.

Le jeune homme accepta avec un brin de soulagement l'aide qu'elle lui proposait et lui confia son protégé avec précaution, lui montrant au passage comment le tenir sans risquer de toucher la jambe blessée.

- Merci, dit-il avec un sourire. Au fait, je crois qu'on ne sait pas présentés. Je m'appelle Jasper. Jasper Joberknoll mais le nom de famille importe peu. Et vous ? quel est votre nom ?

Ils reprirent leur route ensemble. Jasper ne pouvant s'empêcher de remarquer les efforts que faisait sa guide pour rester à sa hauteur. Le jeune homme s'en voulut un peu de la ralentir et s'appliqua à maintenir le rythme. La pixiw elle profitait de la promenade, cachée au chaud dans son col.

- Et bien...c'est un peu compliqué... Disons que je voyage moi aussi, je vais un peu où le vent me porte. J'étudie les créatures que je rencontre, j'apprends à les connaître, des fois j'aide un peu quand des créatures ont des soucis avec des hommes ou l'inverse. Je me promène souvent la nuit, c'est plus propice pour certaines rencontres. Enfin, il y a quelques jours en arrivant dans la région, j'ai entendu parler d'inondations surprenant les habitants des villages ainsi que d'autres phénomènes étranges et des disparitions qui me portent à penser qu'une créature affiliée à l'eau est active dans la région. Je voudrais la trouver....

... Avant qu'un drame ne se joue. Telle était la fin de la pensée de Jasper. Le jeune homme savait d'expérience que ses congénères face à des situations anormales pour eux devenaient souvent violents et il redoutait que les inondations et les dégâts qu'elles avaient engendrés n'échauffent les esprits. Il avait déjà été confronté à de telles situation et espérait de tout son coeur pouvoir agir avant qu'il ne soit trop tard.

Leur arrivée dans la clairière, interrompit ses sombres pensées. Le cours d'eau chantait bien au coeur de ce petit espace offert aux étoiles. Reprenant son rôle de "secouriste", le jeune homme se mit à arpenter la clairière, cherchant un abri. Il finit par le trouver dans un arbre creux. La Pixiw descendit de son épaule pour explorer le trou creusé entre les racines qui s'ouvrait dans le tronc noueux. Avec un air d'experte, elle observa minutieusement la cachette avant de donner son assentiment.

- Pitiw tipiwpiw itipitu a titititiu, asséna-t-elle avec une mine autoritaire comme si elle était la seule qualifiée du groupe pour décider de ce qui était bien ou non.

Puis, joignant le geste à la parole, elle alla tirer sur la feuille d'une fougère, tentant malgré sa petite taille de l'arracher. Jasper l'observa une seconde s'acharner sur sa feuille, le regard brillant de tendresse, avant de venir et de délicatement couper la tige. La feuille sembla se déplacer toute seule tandis que son minuscule transporteur se mouvait dessous totalement caché sous le limbe. Tandis que la Pixiw installait sa feuille en tapotant soigneusement pour qu'elle soit parfaitement placée, Jasper en coupait d'autres qu'il fut obligé de déposer à l'entrée du trou, la verte demoiselle ayant décrété qu'elle était en charge de l'aménagement de la cachette. Elle continua donc d'ordonner les feuillages avec beaucoup de soin, continuant son babillage incessant et donnant des directives pour qu'on lui apporte de la mousse et d'autres feuilles. Avec son aplomb habituel, elle fit comprendre par signes ponctués de "Piti ipiu a titititiu" à l'hybride qu'elle devait aussi participer car son humain était occupé et ne pouvait pas tout faire en même temps.

Une fois l'aménagement achevé, la minuscule petite créature, se campa devant son oeuvre et l'observa avec la satisfaction évidente du travail bien fait. Jasper invita gentiment leur guide à déposer le Truipump dans la cachette tandis qu'il allait lui chercher de l'eau. Il revint avec un flacon sortit d'une de ses improbables poches et remplit avec l'eau du ruisseau qu'il tendit au Truipump, l'aidant ensuite à boire et vérifiant qu'il était bien installé.

Le jeune homme se releva et se tourna vers l'hybride. La mission était accomplie et venait le moment le plus difficile. Que fallait-il dire ? Merci et au revoir ? Pourtant il n'avait pas envie de dire au revoir... mais il ne pouvait pas contraindre un libre esprit à rester auprès de lui. Déchiré entre convenance et ses propres désirs, le jeune homme ne savait que faire. Peut-être pouvait-il tout de même lui proposer de rester ?

- Merci beaucoup pour votre aide. Nous allons rester ici pour la nuit, je préfère garder un oeil sur lui pour être certain que tout ira bien. J'ai du pain et quelques fruits secs, vous voulez vous joindre à nous pour manger un brin ?
Revenir en haut Aller en bas
Gryffin Sidh
Cat Sidhe
avatar
✦ Libre pour RP ? : Non

Ven 3 Nov - 12:19
J'écoute attentivement les explications de l'humain sur la notion de magie, mais cela ne m'aide finalement pas beaucoup. En fait, le problème, ce sont les mots. Les humains mettent le mot "magie" quand ils ne comprennent pas quelque chose, et ensuite, il leur semble légitime de rejeter ce qu'ils ont eux-même catégorisé. Après tout, en quoi un Cat Sidhe est-il plus proche de cet humain près de moi que d'un chat noir des rues ?

Après que j'ai remarqué le retard du jeune homme et l'ai délesté de son fardeau, il se présente.

- Je m'appelle Jasper. Jasper Joberknoll mais le nom de famille importe peu. Et vous ? quel est votre nom ?

Le nom de famille ? Sa remarque m'interpelle.

- Euh... Je m'appelle Gryffin. Et mon nom de famille est Sidh. Mais... Je crois qu'il est important.

Je reprends ma route, l'oreille tendue vers Jasper Joberknoll-qui-n'aime-pas-son-nom-de-famille, pour écouter son récit. Ainsi, si j'ai bien tout compris, il cherche une créature magique qui crée des inondations. Fascinant ! Ma curiosité est piquée au vif. Et si cet homme a l'habitude de voir des créatures magiques, il a sans doute des tas d'histoires à raconter. J'aimerais beaucoup les entendre.

Nous débouchons enfin sur la clairière que je cherchais. Je souris, satisfaite : mon sens de l'orientation ne m'a pas fait défaut. Pourtant, je n'ai pas tellement l'habitude de revenir à un endroit que j'ai quitté. Ce doit être une qualité innée, j'imagine, comme celle de voir dans le noir.

Jasper se met à arpenter la clairière, il semble chercher quelque chose. Je m'assois à terre, calant délicatement la créature blessée entre mes genoux, et la regarde attentivement. Sa tête ressemble vraiment à ces gros légumes oranges que j'ai déjà vus parfois. Hmm... Des citrouilles. Ou des potirons ? Je l'ignore. Je vois son torse qui se soulève et se rabaisse au rythme de son souffle. J'essaye de me souvenir du nom que lui a donné l'humain. Troup.. Troump ? Troupeum ? Ou Troupeump.

La petite voix aigüe de l'amie de Jasper – la Pix... Pixiou ? décidément, j'ai bien du mal à me souvenir des noms étranges de ces créatures – me sort de mon observation. J'observe les deux compagnons arracher des feuilles pour les déposer dans le creux d'un arbre. Je suppose qu'ils créent un abri pour le blessé qui repose sur mes cuisses. Au bout d'un moment, la Pix (j'ai décidé de l'appeler ainsi) se tourne vers moi et m'adresse un regard furibond en hurlant de toute la puissance de sa minuscule gorge. Je hausse les sourcils, interloquée, et ne comprenant pas un mot de ses cris. Mon inaction semble l'énerver encore plus, car elle hurle de plus belle en secouant ses petits bras verts. Je ne peux m'empêcher de rire face à ses gesticulations, mais comprends qu'elle souhaite de l'aide et, gardant le Troupeump calé dans mes bras, je m'affaire d'une main à ramasser tout ce que j'attrape qui semble vaguement confortable pour l'apporter à la petite cheffe.
Lorsque celle-ci paraît satisfaite, Jasper m'indique de déposer notre protégé dans le creux de l'arbre, et je m'exécute le plus délicatement possible. Il se penche ensuite pour donner à boire à la créature blessée.

Je réalise en me redressant que mes muscles sont quelques peu contracturés. Je restais un peu crispée pour ne pas risquer de faire tomber le blessé de mes bras, et les miens me picotent légèrement. Je m'étire alors longuement, les bras, le dos, les jambes, m'ébroue et frotte mes vêtements. Je vois ensuite Jasper, redressé, qui pose sur moi un regard assez étrange. Il semble hésitant.

- Merci beaucoup pour votre aide. Nous allons rester ici pour la nuit, je préfère garder un oeil sur lui pour être certain que tout ira bien. J'ai du pain et quelques fruits secs, vous voulez vous joindre à nous pour manger un brin ?

Je souris et accepte avec joie la proposition du jeune homme. J'ai très envie de parler plus longuement avec lui et d'écouter ses sans aucun doute fantastiques rencontres avec des créatures magiques.

J'ouvre les fermetures sur le devant de ma cape, et retire la ceinture accrochée à ma taille. Je la dépose, ainsi que toutes les bourses et les deux dagues qui y sont accrochées, sur le sol. Je me déleste également de la besace attachée à mon pantalon et pendant le long de ma jambe. Plus légère, je m'assois alors sur l'herbe près de mon attirail, et retire ma capuche en faisant attention à mes oreilles, glissées dans les fentes prévues à cet effet. Je détache ma gourde de ma ceinture et boit quelques gorgées.
Jasper Joberknoll s'installe en face de moi. J'ai hâte d'entendre les histoires qu'il a vécues.

- Alors, vous avez croisé beaucoup de créatures magiques dans votre vie ? Comment étaient-elles ?

Il me propose un morceau de pain, que je refuse.

- Non, j'en ai aussi, et puis je n'ai pas très faim. Gardez-le pour vous et la Pix.

Posant mes yeux sur les siens, j'attends patiemment qu'il commence son récit.



Revenir en haut Aller en bas
Jasper Joberknoll
Jack et le haricot magique
avatar
Sam 4 Nov - 11:54
Jasper s'installa donc face à Gryffin puisque c'était son nom et sortit ses vivres pour les partager. Il ne s'offusqua pas du refus de son étrange compagne et entreprit donc de couper un minuscule morceau pour son amie dans la miche. La pixiw le saisit entre ses petits doigts feuillus et commença à grignoter la mie, assise sur le genou de son compagnon.

Le jeune homme nota les oreilles dressées de l'hybride chat, pointées vers lui, témoins de l'attention qu'elle lui portait. Il prit une seconde pour chercher ses mots avant de se lancer dans son récit et de répondre aux interrogations de sa bien étrange nouvelle amie.

- Oui, on peut dire ça. En fait, cela fait des années que je voyage un peu partout en Europe à leur recherche. Elles sont tellement différentes, certaines sont minuscules tandis que d'autres sont gigantesques, pas une ne ressemble à l'autre. En Espagne, j'ai croisé des loups végétaux, ils étaient magnifiques, on ne les voyait pas dans la forêt et tout à coup la végétation s'animait et ils étaient là, toute la meute au complet, les petits jouant près de leur mère, les adultes vous toisant de leurs yeux émeraudes.

La voix du jeune homme vibrait alors qu'il continuait son récit. Il semblait qu'il revivait l'instant au moment même où il parlait. Ses yeux brillaient soudain d'une flamme nouvelle, son visage s'animait sous l'effet de la passion qu'il partageait. Il décrivait avec les mots mais aussi avec les mains, s'exprimant par tous les moyens pour communiquer ses souvenirs et ses émotions. S'arrêtant soudain, il fouilla dans ses poches pour en sortir un carnet aux pages jaunies qu'il ouvrit et tendit à l'hybride.

- Tenez, je les ai dessinés, ce n'est pas du grand art mais ça vous donnera une idée.

Sur la page abîmée par le temps et les intempéries un crayon avait esquissé d'étranges figures. Sous les traits gris, les loups semblaient prendre vie, s'arrachant au sol de mousse et de lichen, se détachant des arbres pour venir vivre le long du croquis leurs existences cachées dans le secret des bois.

- Comment peut-on vouloir raser une forêt lorsque l'on sait ce qu'elle abrite ? demanda le jeune homme comme pour lui même, une note émue dans la voix.

Et le récit reprit au gré des pages du carnet, des notes à l'écriture un peu brouillonne et souvent incompréhensible et des croquis qui semblaient prendre vie sous les mots de l'auteur. "Saviez-vous que certaines créatures élisent domicile dans les maisons ? Tenez le tipois par exemple..." La petite créature velue et verte esquissait alors sa danse en mangeant cachée dans les oreillers et les matelas sur les pages qui prenaient vie. " Il faut se méfier des Ripper en Angleterre, si vous en voyez un un jour fuyez le plus vite possible. Leurs doigts sont tranchants comme des lames de rasoir et ils sont violents, il n'est pas possible de les raisonner..." La voix du jeune homme sembla vibrer d'une pointe de regret. Avait-il essayé un jour de sauver une de ces âmes rongées par la haine et la magie ? Son doigt s'arrêta sur le croquis de la créature. Malgré le gris du crayon, le coeur que l'on voyait dans la poitrine ouverte de la bête semblait rougeoyer d'une lueur menaçante.

Une page tourna et le récit reprit, dépeignant peu à peu le portrait de créatures étranges tant végétales que terrestre ou aquatiques. La nuit continuait son cours sous la danse des feu follets imaginaires, le murmure des chuchoteuses, les bulles du Jabu Jabu explosant à la surface, le grondement de l'oiseau-tonnerre loin dans l'éther au dessus de leurs tête.

Quiconque serait passé par là aurait cru voir deux enfants, assis côte à côte, presque tête contre tête tant ils étaient absorbés par le trésor qu'ils avaient entre les mains. Leurs voix se mêlaient, questions et réponses, explications soulevant d'autres questions, des anecdotes faisant naître des éclats de rire entre eux.

Une dernière page se tourne, livrant le blanc de ce qui n'a pas encore été écrit, le récit s'achève.

- Sur cette page je mettrai ce que j'aurais vu ici. La créature que je cherche. Je pense que c'est un kelpie. Ils sont originaires d'Ecosse mais je pense qu'ils voyagent. Là bas, ils sont craint pour les inondations qu'ils sont capables de causer mais aussi parce qu'on dit qu'ils attirent les voyageurs pour les noyer. J'ignore si c'est vrai, peut-être ou peut-être pas, de toute façon les humains inventent tout un tas d'histoires horribles quand ils ne connaissent pas. Dans tous les cas, j'aimerai tirer au clair cette affaire car si cela continue c'est le Kelpie qui sera en danger.

Piew s'était endormie dans la poche intérieure du veston de Jasper depuis un long moment à présent. La nuit semblait avoir filé entre leurs doigts et déjà le ciel blanchissait au firmament, annonçant l'aube proche. Cela faisait longtemps que Jasper n'avait pas autant discuté avec quelqu'un. D'ordinaire il ne s'ouvrait que rarement mais cette fois ci était différente des autres, il se sentait étonnamment bien auprès de Gryffin. Elle était curieuse de tout et ne jugeait pas, cela lui plaisait beaucoup. C'est aussi pour cela qu'en discutant avec elle au cours de la nuit, il lui avait confié l'un des projets qui lui tenaient le plus à coeur en caressant avec affection les pages du carnet.

- Un jour j'écrirais un livre pour apprendre aux gens à ne pas craindre ces créatures et à les apprécier pour ce qu'elles sont. Toutes sont utiles, autant que celles que l'on juge non magiques, toutes ont leur place en ce monde, il suffit d'apprendre à les connaître pour le réaliser...

A présent, cette pensée était reléguée au loin avec l'aube naissante. Ce qui occupait notre jeune ami, c'était la créature qu'il devinait tapie quelque part, souffrant peut-être, s'animant de colère et de rancoeur jusqu'à soulever les eaux et les faire déborder de leur cours.

- Les kelpies aiment les lacs et les eaux paisibles, c'est sûrement dans l'un d'eux qu'il se cache.


Un grand merci pour les cadeaux :3
[img][/img]
Revenir en haut Aller en bas
Gryffin Sidh
Cat Sidhe
avatar
✦ Libre pour RP ? : Non

Dim 5 Nov - 21:18
Les oreilles dressées vers mon interlocuteur, les yeux grand ouverts et pétillants, j’écoute avec passion ses histoires et la description des milliers de créatures qu’il a rencontrées. Je suis subjuguée, envahie par un incroyable bonheur à l’écoute de ses récits. Le monde regorge de tellement de choses merveilleuses, et j’en ai vues si peu ! Avide de ses connaissances, je ne cesse d’assaillir Jasper de questions dès que ses lèvres se referment et, lorsqu’il parle, je l’écoute avec la plus grande des attentions. J’observe ses dessins en glissant mes doigts sur les traits griffonnés. Ces créatures sont toutes si belles ! Je rêve de les rencontrer. Il y en a quelques-unes que j’ai déjà croisées lors de mes voyages, et je n’hésite pas à lui parler de mes propres expériences.

Soudain, alors que la lune est déjà basse dans le ciel et que mes doigts sont gris d’avoir tourné et caressé les pages du carnet couvert de dessins, une idée me frappe : Jasper a-t-il déjà rencontré des Cat Sidhe ? Il ne m’en a pas parlé. Après que je lui ai posé la question, il m’indique que non. Je m’empresse alors de lui parler en détails de la créature que j'étais, des lieux dans lesquels je vivais. Je lui parle aussi du petit peuple, de la Lande, de sa magie. C'est à son tour de m’écouter et de me questionner, tout en griffonnant fébrilement sur de nouvelles pages de son carnet, avec un petit morceau de crayon sorti de sous son grand manteau, et je suis heureuse et fière de lui transmettre ce savoir.

Alors qu’il me demande une description physique du Cat Sidhe, je détourne le regard de lui pour le planter dans la nuit et me concentrer un instant. Deux yeux bleus percent alors l'obscurité, venant se planter dans les miens. Autour se dessinent une fourrure noire, une tache blanche, un corps félin, terminé d’une queue à la pointe faite de volutes de fumée s’envolant dans la nuit. Du coin de l’oeil, je distingue Jasper qui, ayant suivi mon regard, a les yeux écarquillés et la bouche ouverte face à la vision qui s’offre à lui. Je ris face à son ébahissement, et le Cat Sidhe se redresse pour s’approcher de lui, se mouvant gracieusement dans la nuit. Lorsqu’il arrive tout proche de Jasper, l’homme tente après une courte hésitation de le toucher, mais sa main ne rencontre que du vide. Un instant déçu, il reprend vite de la contenance et s’empresse de dessiner l’animal qui se profile en face de lui dans son précieux livre. Pour lui, je m’amuse à faire évoluer la créature, la faisant marcher, courir, sauter dans un arbre, ou tenter d’attraper de petits feux follets que je fais apparaître autour de nous. Puis, le chat bâille, s’étire, avant de se rouler en boule sur l’herbe en poussant un petit soupir de contentement ; et le Cat Sidhe disparaît dans la nuit d'où il est né.

Les étoiles ont déjà disparu dans le ciel lorsque Jasper Joberknoll me parle du kelpie et de sa recherche. Je l'écoute attentivement, puis me lève, très enthousiaste à l'idée de l'aider, de rencontrer une créature magique, et de lui éviter des problèmes auprès des hommes – que je sais, d'expérience, souvent mauvais envers les créatures magiques.

- Il aime les lacs ? Ca tombe bien, il y en a un juste là ! fis-je avec un grand sourire, en m'approchant de l'eau qui reflète le ciel – ce dernier s'étant éclarci, je rabats ma capuche sur ma tête pour assombrir quelque peu ma vision. Doit-on chercher dans tous, ou tu sais où il se trouve ? Il faut faire quelque chose de particulier pour le trouver, pour l'appeler ? Je m'agenouille au bord du lac, et glisse mes doigts sur l'eau lisse. Tu crois qu'il aura peur de nous, comme nous sommes des humains ? J'espère que non.

Je prends une longue inspiration en fermant les yeux, puis les rouvre et parle d'une voix forte et douce.

- Kelpie, si tu es dans ce lac, écoute-moi. Je m'appelle Gryffin Sidh, et je suis avec Jasper Joberknoll et Pix. Nous voulons te rencontrer, si tu l'acceptes, car nous pensons que tu es peut-être en danger. Les humains sont parfois de mauvaises personnes, et ils ont peur des inondations que tu crées dans leurs villages. Et puis, j'aimerais beaucoup te voir et te connaître. Je fais une petite pause, puis me tourne vers Jasper, en riant. Tu crois que ça peut marcher ? Si ça se trouve, il n'est même pas dans ce lac !



Revenir en haut Aller en bas
Jasper Joberknoll
Jack et le haricot magique
avatar
Mar 9 Jan - 17:25
Et la nuit se fit chat. De l'obscure clarté venue des étoiles se détacha le félin aux yeux bleus. C'était un de ces spectacles qui faisaient bondir le coeur de notre jeune ami. Une vision éphémère, trésor à chérir en cette seconde et il le chérit. De tout son coeur, de toute son âme, le jeune homme agrippa ce qui lui servait de crayon et dessina. Sur le blanc de la page, la nuit vint se poser. Esquisse fragile et aérienne, beauté féline enchâssée dans un écrin d'obscurité.

Une nouvelle page se remplissait. Tout en haut, bien centrés, l'on pouvait lire ces mots : Cat Sidhe. Cela aurait pu être le titre annonçant les élans d'un poète mais pour beaucoup ce n'était que des esquisses, des gribouillis et une écriture pressée qui suivaient ces premiers mots bien hauts sur la page. Pourtant, pour le jeune Joberknoll c'était un poème. Un poème racontant la lande et la nuit. Une ode à ce qui vit caché dans les tréfonds de l'obscurité. Un sonnet dédié au vent entre les pierres levées et à la liberté.

Jasper ne se lassait pas d'écouter sa nouvelle amie. Il consignait soigneusement dans son carnet tout ce qu'elle lui confiait, veillant en même temps à ne pas perdre une miette de ses récits. Elle était tellement différentes des hommes, à mi chemin entre la femme et le chat, tout dans son attitude était déroutant. Elle n'avait rien à voir avec les hommes que Jasper avait pu côtoyer. Pourtant, cette étrangeté avait pour lui quelque chose de réconfortant. Il s'y retrouvait et se sentait proche de cette créature qui lui était littéralement tombé dessus au moment où il s'y attendait le moins.

Il l'observa danser sur les bords de l'eau car non, elle ne marchait pas, elle dansait, fluide et légère comme un souffle d'air. Son rire s'éleva dans le ciel tel la mélodie d'un carillon et cela tira un sourire au jeune homme.

- C'est une possibilité, répondit-il aux interrogations de sa compagne. Mais ce sont surtout des créatures nocturnes. S'il est ici, il doit se cacher à l'heure qu'il est et nous l'aurions sûrement aperçu au cours de la nuit... à moins qu'il ne soit resté caché...

Pris d'une inspiration, il tira d'une de ses poches un morceau de papier tout chiffonné sur lequel des traits brouillons et incertains semblaient esquisser schématiquement une carte avec des endroits repérés par des croix. Si le carnet était le saint des saints aux yeux de Jasper, sa nature désordonnée reprenait ses droits sur notre jeune ami dès qu'il s'agissait d'écrire sur un autre support. Ne craignant pas d'être jugé pour son écriture qui aurait désespéré bien des instituteurs, le jeune Joberknoll entreprit de montrer sa "carte" à son amie.

- Voilà, j'ai repéré les différents lieux où les inondations se sont produites. Ici et ici, il y a eut des disparitions. Victimes des inondations ? Simple accident ou bien actes du kelpie ? Impossible à dire pour le moment, on en a retrouvé aucune trace. Regardes, j'ai l'impression que les phénomènes avec l'eau se situe dans une même périmètre.


Il traça un cercle pour entourer la région, englobant toutes les zones où des accidents avaient eu lieu.

- Je pense qu'il y a un point central, une origine à tout cela. Il doit frapper autour de son refuge pour pouvoir rentrer rapidement à l'aube. Si nous trouvons le centre de tout cela, on devrait pouvoir remonter jusqu'à lui.

Ainsi en fut-il convenu et, après avoir vérifié que leur protégé allait bien, les deux comparses commencèrent leurs recherches. La lumière du jour commençant à s'intensifier, Jasper remarqua la réticence de Gryffith à s'exposer au soleil. Ainsi, elle craignait la lumière. Le jeune homme s'arrêta alors pour fouiller dans affaires et en sortir un parapluie. Un grand parapluie noir qu'on aurait dit découpé dans la nuit et qu'il tendit à sa compagne après l'avoir déployé.

- ça devrait aider, se contenta-t-il de dire en reprenant son chemin.

Les bonnes gens auraient bien évidemment trouvé saugrenu de donner un parapluie et non une ombrelle mais ce genre de nuance était bien loin de l'esprit de monsieur Joberknoll. Problème, solution. Tant que ça fonctionnait, cela lui convenait parfaitement.

Note dans un carnet :

Les Cat Sidhe craignent vraiment la lumière du jour. Les torches et même la lampe tempête doivent leur faire mal aux yeux. Il faudra trouver une autre source de lumière si je vais sur la lande. Peut-être une mousse luminescente ? Ce sera sûrement plus doux. A tester.
Je crois qu'enchanter le parapluie pour qu'il protège de la lumière trop forte était une bonne idée. Je lui dirai de le garder, ça lui sera sûrement utile dans la journée.


Leurs pérégrinations les menèrent hors de la forêt, dans la campagne avoisinante. Jasper alla s'aventurer jusqu'aux villages qu'ils croisèrent pour tenter d'obtenir des informations. Il s'avéra, à mesure qu'ils avançaient, que la nuit avait de nouveau apporté son lot de malheurs. L'eau d'une rivière s'était soulevée, fracassant les aubes d'un moulin et ravageant les champs alentours. Le flot avait emporté les bêtes parquées dans leurs enclos et les corps noyés flottaient ici et là, déposés plus loin par l'onde en furie, le ventre gonflé et la langue bleuie.

Hommes, femmes et enfants, tous s'attelaient à rassembler les animaux rescapés, chasser l'eau qui avait envahit les cours des fermes et les étables. Les traits étaient tirés, la nuit avait été rude. Pataugeant dans la boue, des agneaux bêlaient, le regard perdu et affolé. Hommes et bêtes semblaient hagards. Face aux éléments qui se déchaînent, les être de la Création sont égaux.

Jasper contemplait ce spectacle le coeur lourd. Sa main vint doucement presser la Pixiw contre lui, cherchant un réconfort dans cet être minuscule.

Des cris, des meuglements affolés. Voilà ce qui le tira de ses pensées, ce qui ranima une étincelle de vie dans ce regard rendu morne par le spectacle qui l'entourait. à l'aide de cordes et de tout ce que l'on avait bien pu trouver, on tentait de sortir une vache enlisée dans la boue. La bête, victime de son propre poids, avait dû chuter et s'embourber, aggravant sa situation à force de se débattre. Des hommes tentaient de dégager l'animal qui roulait des yeux blancs tant il était terrifié.

Faisant voler l'eau et la boue autour de lui, sans se soucier de ses habits déjà crottés, Jasper accourut, venant prêter main forte aux hommes qui se démenaient tant et plus au risque de chuter à leur tour. Personne ne s'interrogea sur cette aide providentielle. Il est des instants où l'identité des uns et des autres importe peu, la seule chose qui compte alors c'est l'action que l'on mène, la lutte sans répit pour préserver ce qui fait partie de notre monde, qu'il soit grand ou petit. Glissant dans la boue et tirant de toutes ses forces tout en parlant à la bête pour la calmer, Jasper se démenait comme si sa propre vie en dépendait. Comme si, par cette vie sauvée, il pouvait un peu effacer le désastre.

Rien n'effacerait la catastrophe, c'était une certitude, pourtant il arrive parfois que dans les pires moments de belles choses arrivent. Un antérieur qui se lève et prend appui sur un sol plus ferme. Le regain d'énergie que cela donne aux uns et aux autres comme une note d'espoir. Il faut du temps, des heures même avant de parvenir à dégager la bête aussi épuisée que les hommes. Alors qu'elle titube au milieu de ses sauveurs, on ne peut entendre qu'un seul et même soupir, pourtant émit par tous ici.

Les hommes sont gris de boue, trempés et vannés, Jasper n'est pas mieux. Dans sa poche, la Pixiw se frotte la joue, cherchant à se débarrasser de la boue qui lui est tombée dessus. On se tape sur l'épaule, on se remercie. La vache est reconduite à son étable et l'on invite Jasper et Gryffith à venir se sécher et boire quelque chose de chaud.

Le feu claque dans la cheminée, apportant un peu de chaleur. Avant toute chose, Jasper vérifie que ses trésors ne sont pas abîmés par l'eau. Du doigts, il caresse la reliure de son carnet, soulagé de le voir intact. Piew, profitant de l'occupation de tout le monde, se glissa hors de la poche de son jeune compagnon pour aller se sécher près du feu.

Leurs effets entrain de sécher, ils se retrouvèrent autour d'une table en compagnie des fermiers et de leurs épouses, du pain noir et une tisane bien chaude dans une tasse pour chacun. Jasper entreprit de se réchauffer les mains au contact de la tasse, la serrant entre ses doigts et écoutant les propos de leurs hôtes.

- Merci pour votre aide jeunes gens, fit le propriétaire de la bête miraculée. Sans votre aide, on l'aurait perdue celle là aussi.
- Une plaie ces inondations, continua un autre. C'est la quatrième depuis le début de l'année, j'ai jamais vu ça, j'vous jure.
- Et l'moulin, vous avez vu comment ça tout détruit ? C'est pourtant bien sensé tenir ces choses là, c'est fait pour ! Maintenant sans l'moulin, comment on va le moudre le grain hein ?
- Pour l'moudre faudrait déjà qu'on l'ait l'grain ! renchérit un autre. Et à ce train là, on aura rien pour la récolte, j'te le dis !

Jasper écoutait attentivement, notant en son for intérieur chaque information. La quatrième inondation depuis le début de l'année. Le phénomène s'amplifiait et devenait plus fréquent, ils ne devaient pas être loin.

- Il y a eut des intempéries récemment ou quelque chose qui pourrait causer cela ? demanda-t-il.

Un tonnerre de réponses lui parvint. L'on accusait le mauvais sort, la météo, le climat qui n'allait plus comme avant, les industriels et la fumée de leurs usines.

- Sûr que ce sont les gars de l'usine qui font ça, avec leur fumée on peut plus respirer !
- D'où tu sors ça ? Moi je te dis que c'est le Malin qui fait tout ça.
- Pff le Malin ? Mais qu'est-ce que tu veux qu'il ait à voir là dedans mon gars ?!

Pourtant dans ce brouhaha, c'est une voix de femme qui attira l'attention de Jasper. Des paroles à peine murmurées qui éveillèrent son intérêt.

- Moi j'peux vous dire que c'est pas naturel tout ça... Ils peuvent dire c'qu'ils veulent avec leur science et leurs beaux discours, mais moi j'l'ai vu le brouillard qui tombe le soir, une purée de pois qui tombe d'un coup. C'est pas naturel un brouillard comme ça. Et puis y a les bruits... On les entends dans la nuit et la mère Thérèse a entendu des bruits exactement pareils quand son mioche a disparu. Enfermé dans sa chambre qu'il était. J'vous dis c'est pas naturel tout ça. Depuis l'temps, ils auraient dû arrêter de le construire ce barrage. Y a des choses, faut pas toucher.

Un souffle, un murmure dans un coin mais dont le jeune homme s'efforçait de ne pas perdre une miette. Un coup d'oeil à sa compagne lui confirma qu'elle avait bien entendu et ce sûrement mieux que lui. C'est vers la bonne femme qu'il se tourna.

- Le barrage ?

- Oui le barrage, ça fait deux ans qu'ils veulent le construire. Paraît que ça serait mieux pour la région. Foutaises. ça n'a apporté que des malheurs j'vous dis. Les gens de la ville avec leurs beaux chapeaux, ils disent ce qu'ils veulent mais ils savent pas. Ils savent pas qu'il y a des choses faut pas toucher.

Il sembla à Jasper qu'une pièce manquante au puzzle venait de venir s'agencer avec le reste, dévoilant peut-être une explication à tout cela ou du moins une piste qu'il ne pouvait pas négliger.

- où se trouve ce barrage ? demanda-t-il, un peu précipitamment.

Son ton sembla surprendre la fermière qui ne s'attendait pas à une telle réaction, coupée dans son élan, elle bafouilla néanmoins une réponse.

- Et bien, à une demie journée de route au nord d'ici, répondit-elle.

Le jeune homme sentit Piew remonter se cacher dans son veston, présence rassurante qui le confortait dans la décision qu'il avait l'intention de prendre. Il consulta Gryffith du regard. Rencontre entre deux azurs, l'un aux pupilles verticales, l'autre non. Il n'y avait pas besoin de mots entre ces deux là.

Ils se comprenaient parfaitement.


Un grand merci pour les cadeaux :3
[img][/img]
Revenir en haut Aller en bas
Gryffin Sidh
Cat Sidhe
avatar
✦ Libre pour RP ? : Non

Dim 21 Jan - 14:18
Je reviens vers Jasper Joberknoll, qui me montre un morceau de papier froissé rempli d'inscriptions et de lignes tracées au crayon. Je n'ai aucune idée de ce que cela représente et, après le lui avoir signifié, il tente de me l'expliquer. C'est une carte... Sourcils froncés, oreilles en arrière, je me concentre pour essayer de comprendre, et de me représenter en esprit que ce que je vois sur ce papier est la même chose que si j'allais très loin dans le ciel au-dessus de là où nous sommes. Comme si je voyais les forêts du dessus. Les inventions humaines sont très curieuses et ingénieuses !
J'arrive finalement peu ou prou à saisir les commentaires du jeune homme : nous devons aller vers ce point sur le dessin, ce qui correspond à quelques heures de marche sur le vrai sol, pour essayer de trouver le kelpie.

Nous partons donc d'un pas enthousiaste – pour le mien, tout du moins – vers notre but. Quelle étrange sensation cela fait d'en avoir un ! J'ai l'habitude d'avancer sans vraiment savoir où je vais, simplement pour découvrir de nouvelles choses, de nouveaux endroits. Aujourd'hui, j'avance en sachant vraiment vers quoi je me dirige, et pourquoi je m'y dirige. Cela me donne envie de courir, de sauter ! Mais je ne dois pas aller trop vite, Jasper ne pourrait pas suivre mon rythme.
Seule ombre au tableau : la journée est belle et le ciel dénué de nuages. Le couvert des arbres me permet de garder une vision correcte mais, chaque fois que nous devons quitter la forêt, je marche tête baissée, la capuche tirée au-dessus de mes yeux plissés, avançant presque en aveugle. Remarquant ma gêne, Jasper sort alors un parapluie noir et me le tend. J'ai vu beaucoup de ces choses, les humains les utilisent lorsqu'il pleut. Je le regarde avec étonnement, et il m'incite à l'ouvrir au-dessus de moi, ce que je fais.
Soudain, c'est comme si le crépuscule était tombé. Le soleil ne me brûle plus les rétines, et j'y vois clair. Les yeux écarquillés, je regarde Jasper. Ce parapluie est-il magique ? Il me répond que oui. Et une sensation immensément agréable me gonfle : quel bonheur ! Je peux maintenant voir et me déplacer en plein jour, et ceci, grâce à un parapluie magique ! Un rire éclatant s'échappe de ma gorge tandis que je cours et sautille tout autour de Jasper. Rarement je me suis sentie aussi pleine de joie. Il me vient comme une envie subite de serrer le jeune homme dans mes bras, ce que je fais, en appuyant fort mes lèvres contre sa joue, avant de repartir rire et virevolter sous mon beau parapluie.

Nous arrivons finalement aux abords des villages humains. Ils sont moins propres que d'habitude. Jasper m'explique que la magie du kelpie a provoqué des inondations, l'eau a amené beaucoup de malheurs en passant ici. Je reste la plupart du temps muette et discrète face aux maisons détruites et aux humains fatigués. Il règne ici une ambiance différente de celle dont j'ai l'habitude, et elle provoque en moi un étrange sentiment, qui m'incite à rester silencieuse, et à garder loin en moi cette petite boule de bonheur que je ressentais juste quelques heures auparavant.

Des cris de bêtes font frémir mes oreilles. Jasper se précipite pour aider des humains qui tentent de sortir un gros animal hurlant de la boue. Je crois qu'il s'agit d'une vache. La Pixiw se dresse sur l'épaule de son compagnon et me hurle dessus en secouant ses petits poings. Je crois qu'elle veut que je vienne les aider. Je dépose précautionneusement le parapluie à l'écart, contre un mur, puis accourt auprès du jeune homme pour prêter main-forte aux humains. Les paupières presque closes pour filtrer la lumière du soleil, les oreilles plaquées contre mon crâne pour assourdir les beuglements, je pousse et tire sous les directives d'un paysan à la voix rauque.

Après que la bête est sortie de l'emprise de la boue, nous sommes chaleureusement remerciés et des humains nous conduisent dans leur chaumière. Une vieille femme m'invite à monter à l'étage pour me nettoyer et changer mes vêtements trempés et couverts de boue. Elle me rappelle la dame de la lande qui m'avait accueillie après ma transformation. Elle me prépare un bain chaud dans lequel je me glisse après avoir retiré mes habits. Les gens sont d'habitude une attitude plutôt fuyarde ou agressive envers moi, mais cette paysane a un regard différent sur moi. Elle ne parle pas beaucoup, mais je la vois observer mes oreilles, ma queue, mes yeux. Lorsque je sors de l'eau et me sèche, elle regarde aussi longtemps les dessins qui ornent mon dos. Elle me prête ensuite une robe. Je n'ai pas l'habitude de porter de tels vêtements, mais n'ai pas le cœur à refuser. Elle m'aide à l'enfiler. Ce n'est finalement pas si désagréable, même si je me prends une ou deux fois les pieds dans le long tissu.

Lorsque je redescends au salon, Jasper discute avec des hommes. La vieille femme s'installe sur un fauteuil usé, et je m'assois en tailleur auprès du feu, écoutant d'une oreille la conversation. Une balle vient rouler jusqu'à moi, et je tourne la tête vers quelques enfants qui me regardent, intrigués. Souriante, je prends la balle et la lance vers eux. Un garçon la rattrape puis reste immobile à m'observer. Une toute petite fille rondelette s'approche de moi en trébuchant, et attrape ma queue. Elle la caresse et tire un peu dessus. C'est quelque peu douloureux, mais quelque chose me retient de réagir, et je reste immobile, la laissant faire.

La voix de la vieille femme s'élève, murmure parmi les caverneuses exclamations des hommes. Je tourne mon regard vers elle. J'ai le sentiment que lorsque cette femme parle, c'est pour dire des choses importantes.

- Moi j'peux vous dire que c'est pas naturel tout ça... Ils peuvent dire c'qu'ils veulent avec leur science et leurs beaux discours, mais moi j'l'ai vu le brouillard qui tombe le soir, une purée de pois qui tombe d'un coup. C'est pas naturel un brouillard comme ça. Et puis y a les bruits... On les entend dans la nuit et la mère Thérèse a entendu des bruits exactement pareils quand son mioche a disparu. Enfermé dans sa chambre qu'il était. J'vous dis c'est pas naturel tout ça. Depuis l'temps, ils auraient dû arrêter de le construire ce barrage. Y a des choses, faut pas toucher.

Pas naturel. Souvent, pour les humains, ça veut dire magique. Je regarde Jasper. Lui aussi a entendu. Il pose quelques questions empressées à la vieille dame, qui indique le lieu du barrage. Il me regarde à nouveau. Je suis sûre que c'est là que nous devons aller pour retrouver le kelpie – même si je ne suis pas bien sûre de savoir pourquoi.

Je sens que le jeune homme est très pressé à l'idée de partir là-bas, mais je me sens très fatiguée, et je ne crois pas que je puisse tenir une nuit de plus éveillée. Je n'ai pas dormi de la journée ni de la nuit précédente, malgré mon habitude de me reposer plusieurs heures chaque fois que le sommeil me gagne. Et puis, Jasper a l'air un peu pâle, et je pense qu'une bonne nuit ne lui ferai pas de mal non plus. Nous décidons finalement de partir le lendemain à l'aube, et acceptons chaleureusement l'hospitalité proposée par les fermiers.

Je me réveille au milieu de la nuit. Je dors à même le sol, mais ça ne m'est pas inconfortable. Jasper, lui, respire bruyamment sur un matelas, profondément endormi. Il avait beaucoup insisté pour que je prenne cette place, ne comprenant pas que ça ne m'intéressait réellement pas, mais il semble finalement avoir abandonné après m'avoir vue me rouler en boule sur le parquet et m'endormir en tout juste quelques minutes.
Je me lève et m'étire silencieusement. Je suis toujours vêtue de la robe que la vieille femme m'a prêtée. Je descends au salon voir si mes vêtements ont séché, mais ils sont toujours humides. Qu'à cela ne tienne.
Je sors de la masure et marche calmement entre champs et chaumières. Je vois des chats qui courent et sautent. Quelques chiens aboient sur mon passage. Je ne me sens pas assez à l'aise dans cette robe pour m'aventurer à virevolter comme j'en ai l'habitude. De toute façon, avec ma queue coincée à l'intérieur, pointant vers le sol, je n'ai pas assez d'équilibre. Je ne fais donc que marcher, profitant de la paix qu'apporte cette nuit, le silence des étoiles, et la lumière de la lune.
Lorsque que je reviens m'allonger sur le bois grinçant, Jasper est totalement silencieux. La Pixiw ouvre un oeil et fait un petit bruit mécontent. Je lui souris, avant de sombrer à nouveau dans le sommeil.

Comme prévu, nous reprenons la route alors que le ciel rosit à l'horizon. Je me sens mieux maintenant que je suis à nouveau dans mes propres vêtements, la queue libre de ses mouvements. Les paysans nous proposent encore quelques provisions ; je refuse les miennes. Je déploie le parapluie au-dessus de ma tête, et Jasper et moi partons vers le barrage et, je l'espère, le kelpie et sa magie.



Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en hautPage 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Contes Défaits :: L'Europe :: Royaume-Uni-
Sauter vers: