Juin An 07 - Le Corbeau et le Renard

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Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
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Lun 18 Sep - 10:53
Le voyage avait été des plus éprouvants. Des essieux gelés, des chevaux morts de faim, des attaques de bandits de grand chemin – rapidement remis à leur place par Lucio – et même une attaque de loups, rien ne lui avait été épargné. C'était vraiment lassant à force. Mais il préférait ne pas utiliser de moyens de transports trop peuplés. Après tout, un attentat est si vite arrivé. C'est pourquoi il s'était retrouvé bringuebalé dans cette petite carriole pendant des jours à travers l'Europe de l'Est. Mais enfin il arrivait à Saint Petersbourg.

Il pouvait observer le palais de glace qui surplombait la ville. Ce bâtiment scintillant était splendide, une merveille, et son intérieur était tout aussi beau que sa façade selon les rumeurs. Malheureusement, Tracassin n'aurait pas l'occasion de le visiter. Il devait se rendre dans un tout autre quartier de la ville, un quartier bien moins raffiné et étincelant, un quartier où refoulaient les égouts et où s'entassaient tous les déchets de la ville, y compris les déchets humains. Et l'homme qu'il allait voir était sans conteste le phénix des hôtes de ces lieux.

Le quartier n'avait pas vraiment changé depuis son dernier passages, quelques années auparavant. Des taudis et autres cabanes branlantes délimitaient ce qui aurait pu, dans un passé lointain, s'apparenter à une route, et qui menait à un taudis un peu plus grand que les autres, gardés par plusieurs gros bras qui s'étaient affalés contre les murs. Une scène des plus pittoresques. En apercevant la carriole se frayer un chemin à travers les immondices, écrasant au passage quelques orteils au grand bonheur de Tracassin, les gardes se remirent sur leurs appuis et surveillèrent attentivement leur approche. Mais en apercevant Lucio, ils se calmèrent et reprirent leur principale activité : l'inaction. Les passagers mirent pied à terre et passèrent la porte, pour pénétrer dans une pièce sale et sombre, éclairée par quelques bougies posées ça et là, et où se tenaient quelques hommes autour d'une table, discutant vivement. Leur chef, en voyant Tracassin, les coupa et leur ordonna de sortir, n’autorisant à rester que son second, un jeune homme pas bien costaud mais au regard vif répondant au nom de Moris.

Tracassin méprisait le leader de ce groupuscule criminel. Si lui mettait un point d'honneur à paraître parfaitement présentable et raffiné pour mieux dissimuler la noirceur de son cœur, son homologue russe ne s’embêtait pas de tels idées, et son physique semblait la parfaite projection de la laideur de son âme. Il était franchement laid, la face abîmée et mal rasée, les cheveux gras et crasseux, les dents noirs et l'haleine fétide, un œil blanc, et une odeur forte s’échappait de lui, laissant présagé que personne sur Terre n'était assez vieux pour se rappeler de son dernier bain. Et le pire étaient ses vêtements, disparates au possible, puisqu'il ne s'habillait jamais qu'avec ce qu'il trouvait sur les cadavres de ses victimes, ce qui expliquait sans doute son improbable chapeaux, très à la mode à Londres chez les vieilles veuves. Il s'agissait sans nul doute de l'un des personnages les plus répugnants de l'histoire de la crasse. Mais malgré son physique et ses allures d'ours balourd, il n'était pas dénué d'intelligence. Si il avait réussi à devenir l'une des figures principales de la criminalité russe, ce n'était pas un hasard, mais bel et bien le fruit de ses capacités : en effet, il avait un talent incroyable dans l'art de convaincre et de se faire obéir des esprits faibles, et son don pour le conditionnement lui avait d'ailleurs valu son surnom : Pavlov.


"Ah ! Monsieur Tracassin ! C'est un plaisir de vous revoir ! Notre collaboration porte ses fruits, notre groupe s'est bien enrichi et bien agrandi durant ces dernières années, je ne vous en remercierait jamais assez ! Et j'espère que les menus services que nous vous rendons vous semblent satisfaisants !"


Tracassin sera à contre cœur la main moite qu'il lui tendait, et s'installa sur une chaise après avoir soigneusement vérifié la propreté de cette dernière, puis s'être résigné dans un soupire de lassitude. Pavlov avait été aussi assez intelligent pour s'allier à lui quand il en avait eu l'occasion. Mais il ne l'était tout de même pas suffisamment pour se rendre compte d'à quel point il était insupportable. Et remplaçable.


"Ce n'est pas à notre habitude de venir dans la ville, vous excuserez cette installation plutôt sale. Je préfère rester dans la campagne autour, c'est plus confortable pour travailler sans trop se faire taper sur les doigts par la garde de la ville. Mais pour une affaire comme celle là, fallait que je sois sur place ! Alors les gars ont bricolé quelques murs et un toit pour nous permettre d'être à l'abri."


Tracassin avait du mal à faire la différence entre cet endroit et le repaire principal de Pavlov qu'il avait visité quelques années plus tôt, mais se contenta de hocher la tête et d'inviter son interlocuteur à poursuivre.


"J'en ai pas trop dit dans la beuglante que vous avez reçu, pour pas attirer trop l'attention en cas d'interception du message, mais c'est un gros coup, je vous jure. Vous avez du entendre parler des oiseaux de Régina ? Et bien ils préparent quelques choses en ville ! Et ils m'ont contactés pour proposer quelques arrangements ! J'aurai jamais ni la prétention ni l'envie de traiter avec eux, mais j'ai pensé que vous seriez sans doute intéressé par l'idée de vous faire des alliés aussi puissants !"


En effet, il était très intéressé par ce qu'il entendait. Les oiseaux seraient près à faire affaire avec lui ? Cela pourrait lui être particulièrement profitable. Régina est l'un de ces noms assez mystérieux que beaucoup de gens dans leur milieu craignent et respectent, elle pourrait devenir une "partenaire commerciale" de choix. Tracassin écouta d'une oreille distraite le russe lui expliquer qu'il avait déjà proposé cela aux oiseaux et qu'ils avaient fixé une rencontre entre lui et Régina pour le début de la soirée. La journée étant déjà bien avancée, il demanda à son hôte de le conduire rapidement au lieu de rendez vous, et Pavlov dépêcha deux hommes pour amener Tracassin et Lucio.

Pour son plus grand bonheur, ils quittèrent le quartier pauvre pour aller vers un secteur de la ville bien plus attrayant. Ils furent déposés devant un hôtel d'apparence bien tenue, et les hommes de main lui affirmèrent simplement que quelqu'un à l'intérieur viendrait le chercher pour l’amener à Régina. Il passa donc les portes de l'hôtel, se retrouvant dans un hall d'entrée respectable, et demanda à Lucio de l'attendre en surveillant les allées et venues. Puis il s'installa tranquillement dans un fauteuil de cuir et attendit patiemment.


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Kapphären Jan
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Lun 25 Sep - 21:34


Le corbeau et le renard

Russie, Juin 07




Plus d’un an a passé et dans le bruissement des ailes d’oiseaux, après le rassemblement lent et précautionneux de ces étranges volatiles, les idées avaient commencé à germer comme les vers sur un cadavre raide. Malgré l’âge avancé de la jeune Victoire et l’attention que Jan continuait de lui porter ainsi que l’absence, à ses côtés, d’un capitaine assez fiable pour tenir le secret de sa double identité, le jeune dirigeant avait entrepris de rejoindre l’Est, répondant à la demande impatiente de ses sujets les plus criminels d’un projet. Un simple, unique projet, pouvant désormais profiter des récentes préoccupations mondiales au sujet d’une magie qui commençait à se détériorer.

Bettina n’étant plus qu’un détail enfermé dans un château luxueux qui n’enlevait rien à son outil de prison, il avait pu fuir, embrassant Victoire sur le front et ses balbutiements enfantins pour passer à son hôtel particulier en bord de mer, se changer et revêtir l’aspect plus rassurant de la somptueuse Regina.

Des mois avaient passé sans changement de sa part et reprendre la perruque, le corset, les jupons, la dentelle et le maquillage lui était apparu comme d’un soulagement sans nom. Enfin, dans le miroir, il se retrouvait. Enfin, il pouvait se mirer et se reconnaître sans porter le masque plus ambitieux et terne du Kapphären. Il en était même épuiser – diriger, toujours diriger, un écuyer menant une bête à paître, tous des ânes se prenant pour des étalons. Le conseil, les bourgeois, même les jérémiades des ardents défenseurs de la magie ou pire, ces fichues féministes qui demandaient le droit de vote commençaient à le ronger d’une rage sourde. Il avait envie de déployer une force monumentale, comme un casse-noix à l’ouvrage pour éclater leur écorce et les faire taire, ces imbéciles.

Mais bientôt, son ambitieux projet, sa splendide démocratie viendrait à naître et tous seraient livrés à la seule décision valeureuse de ceux qui travaillaient en n’osant pas même soupirer. De ce peuple sur lesquels ils se raclaient les bottes. De ces petits qui n’étaient en rien des « rien ».

Bientôt, très bientôt.

Mais pas aujourd’hui.

« Plutôt mourir. » Gronda la voix grave de Regina en fusillant du regard Félix qui les avait accompagné. Dans son manteau épais et ses mitaines de frileux, le français à la lèvre fendue avait encore plus piteuse mine que d’habitude. Mais son chapeau melon rendait l’ensemble cocasse, donnant une image d’ours de cirque à sa stature déjà impressionnante.
« Mais m’dame… c’est qu’il faut bien loger et rencontrer le Tracassin. »
« Votre Tracassin me donne déjà bien du tracas, justement, mais je préfère encore aller crécher à la morgue que de dormir dans cet espèce de bouge infâme. »
« Mais il faut pas attirer l’attention m’dame ! »

Et quoi, dormir dans une espèce de garçonnière désoeuvrée au fond d’un quartier pauvre ? Et puis quoi encore ? Revenir avec des puces et des poux ? Regina claqua de la langue et sans sortir de sa calèche, fit signe à Crapaud de continuer.

Fidèle, ce dernier obéit sans chercher du regard l’approbation de Félix qui commençait à l’impressionner, les ordres étant les ordres.

« Trouvez moi une chambre proche du centre-ville. Quelque chose de reculé mais de propre, au point. Ce n’est pas trop vous demander que de veiller à ma réputation Félix. Encore un peu et votre Tracassin aurait pu avoir l’impression d’aller au bordel. »
« Oh m’dame… »
« Cette fois c’est pardonné. » Accorda-t-elle, somptueuse d’obligeance. « Faites envoyer un mot pour corriger la lettre. » Et tournant la tête, elle s’en vint surveiller la colombe qu’elle avait emporté. Paloma était sa préférée en ce moment. Douce et câline, merveilleusement dressée. La main tendue, Regina vint lui donner une graine et se fit calme le reste du chemin.

Bien lui en prit, car son impatience fut saluée par l’apparition d’un bâtiment, certes, longiligne et faussement terne, mais aux chambres confortables. Y prenant ses aises au deuxième étage, elle alla à la fenêtre en laissant ses hommes gérer ses valises et applaudit une fois, d’un geste sec, pour marquer son approbation.

« Plus qu’à l’attendre ! » Se réjouit-elle avant de lisser son corsage et s’installer dans un fauteuil.

Fort heureusement pour eux tous, Tracassin n’eut pas l’impolitesse de se mettre en retard et à l’entrée de son invité, le sourire de Regina était demeuré intact. Grande jeune femme, trop fine sans doute pour l’époque, elle s’ouvrit comme une fleur à sa venue et daigna lui offrir sa main pour un baise-main de circonstances, tandis que Félix, dans un allemand mâtiné d’un léger accent, s’empressait de faire les présentations.

« M’sieur Tracassin, dame Regina. Dame Regina, l’homme qu’il vous faut. »
« C’est ce qu’on m’a dit. » Chanta la voix de la demoiselle. En quelques années, Jan avait finalement renoncé aux silences prudents. Parvenant à travailler sa voix aussi fidèlement que possible pour donner au visage de Regina des teintes bien plus sombres, presque lourds d’une langueur rauque. Cela faisait toujours son petit effet, auprès de la gente masculine s’entends. Mais Tracassin n’avait pas l’air taillé du même bois et cela, déjà, lui plaisait.

« Un verre de vin ? » Sigrid pouvait être fière, il en raffolait presque à l’excès.

La déprime sans doute, et le stress.








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Tracassin HauteVigne
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Dim 1 Oct - 11:37
Il n'eut même pas à attendre cinq minutes avant que l'on vienne le chercher. L'homme qui lui demanda de le suivre fit pousser un soupire intérieur à Tracassin : encore une brute épaisse aux capacités cérébrales limitées. Il reconnaissait l'utilité de ce genre de personnes, mais il en avait largement eu sa dose pour la journée. Mais faisait contre mauvaise fortune bon cœur, il le suivit, jusqu'à une belle chambre du second étage. Et en passant la porte il pu enfin voir la mystérieuse Régina.

Après avoir pataugé dans la crasse et la fange pendant une bonne partie de la journée, la vue de cette femme, élégante et distinguée, lui fit presque chaud au cœur. Et pourtant, en l'observant, une sensation étrange le titillait, comme si quelque chose n'était pas à sa place, comme si un élément sonnait faux dans cette femme qui se tenait devant lui. Mais il ne prit pas le temps de s'attarder là dessus : dans le milieu qu'ils fréquentent, tout n'est que faux et faux-semblant, et il n'y avait rien d'étonnant à ce que son hôte ne soit pas ce qu'elle semblait être. En entendant le gros bras faire les présentations, il s'inclina en retirant son chapeau, laissant ses petites bouclettes rousses remuer autour de sa tête, et baisa la main qui lui était présentée, tout en disant, dans un allemand des plus corrects :


" C'est un plaisir de vous rencontrer, chère Régina. Votre réputation vous précède. "


Tout dans la femme qui se tenait devant lui laissait entendre qu'elle aimait jouer la séduction, et qu'elle savait s'en servir avec brio. Beaucoup d'hommes, pensant se trouver en face de créatures inférieures, se faisaient prendre au piège sans même s'en rendre compte, quand une jolie femme leur montrait un brin d'attention. C'est évidemment une technique à laquelle Tracassin avait eu recours assez souvent, grâce au concours de Lisy, mais lui même possédait par nature un don pour résister à ce genre de frivolités. Mais aujourd'hui était différent, puisqu'il ressentait dans son corps une sensation qu'il n'avait guère éprouvé auparavant à l'encontre d'un membre du sexe opposé. Aussi surpris qu'agacé par cette étrange nouveauté, il réussit tout de même bien vite à se reconcentrer sur l'affaire qui l'occupait. C'est donc avec un grand sourire et en s'installant dans un fauteuil près d'elle qu'il acquiesça à la proposition de Régina.


" Volontiers, après le repaire infâme de boue et de crasse d'où je viens, rien ne me ferait plus plaisir que de partager un verre d'un délicieux vin avec une personne aimant le confort et la qualité. J'ignore si vous avez eu le déplaisir de rencontrer Pavlov, mon intermédiaire, mais à coté de lui j'ai l'impression, dans ce modeste hôtel, d'être de retour à la cour de Suisse ! Enfin, je suppose que nous n'avons pas fait tout ce chemin juste pour savourer un grand crue. En quoi puis-je aider vos petits oiseaux à prendre leur envol ? De qui voudriez vous connaître les plus noirs secrets ? Duquel de vos agents voulez vous confirmer la trahison ? Non, vous ne m'auriez pas fait venir jusqu'ici si ce n'était que pour ce genre de broutilles. Ce doit être quelque chose de bien plus important, un projet de grande envergure. Et bien, très chère, je vous écoute, de quoi avez vous besoin ? "


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Kapphären Jan
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Lun 2 Oct - 18:57


Le corbeau et le renard

Russie, Juin 07



Tracassin n’aurait pas pu tomber plus juste quant à la rarification des gens convenables au sein de leur milieu professionnel. Confirmant, d’un regard, l’éducation et le savoir-vivre de son nouvel interlocuteur, Regina se surprit à sourire plus sereinement, comme détendu dans ses sentiments par l’apparente culture et le respect que l’homme semblait ressentir à son égard. Si tout était faux-semblant, et si bien évidemment l'hypocrisie gouvernait leurs affaires, il lui fallait tout de même un minimum de confiance et d’intérêt pour perdurer dans une branche où l’âge avancé n’était pas gage de qualité. Jeune, jolie, serviable, Regina fit tournoyer son verre, écoutant la diatribe de Tracassin avec un certain amusement avant de rire à nouveau, légère, enthousiaste.

« Ils voulaient nous trainer dans une auberge misérable, plus au sud. J’ai tempêté mais j’ai eu gain de cause. Pensez-vous, une rencontre d’une telle importance entourée de personnages peu enviables, au destin sombre, le cadre de linteaux pourris et infestés de rats. Non, ça n’aurait pas été admirable à le raconter, une fois la victoire acquise, mais comme l’on dit si bien en France, ne mettons pas la charrue avant les bœufs. »

S’installant avec délicatesse dans son fauteuil, Regina cueillit du bout des doigts un macaron à la framboise qu’elle vint goûter avec appétit, considérant pendant quelques secondes d’un silence trouble, son vis-à-vis. Son visage sembla soudain avoir perdu toute douceur féminine. Arborant l’aspect aiguisé de feu son mari. Une lueur, plus sombre, un pli à la bouche, plus acide. Et quelque chose de presque absent, supérieur aux êtres régissant ce bas-monde.

Puis en un instant, l’impression disparu, faisant à nouveau pétiller son regard.

« Je vais vous raconter une histoire, et vous allez me dire si cette histoire vous semble crédible. Si cette histoire même, évoque en vous quelques filaments d’une extraordinaire effervescence. Si elle vous attire, loin de votre torpeur et vous donne comme sensation celle d’un briquet, prêt à cracher sa flamme au moindre coup de pouce. Voulez-vous ? Oui ? Commençons. »

Une gorgée de vin, un reste de macaron, puis Regina s’essuya ses mains et chantonna doucement.

« Il était une fois, une magie implacable régnant sur un monde fait de sciences et de découvertes. Cette magie, trouvant forme dans les corps décharnés d’êtres plus originaux que d’autres, tendait à déverser l’étendue de son pouvoir sans autre forme de sommation. Manipulatrice, incontrôlable, dérangeante, elle s’exerçait à l’égal d’un Dieu quelconque et supplantait l’ordre, la liberté de chacun et la curiosité. Mais comme des enfants face au Père Noël, ceux qui en étaient le témoin, et non l’agent, ne pouvaient que s’en trouver fascinés. Certaines, stupides, essayèrent même de la dompter mais à chaque fois, comme une forme plus cruelle que Mère Nature elle-même, la magie vint les balayer. Et avec elle, vinrent les malédictions, les enchantements, brisant des vies, cassant des règnes, jouant aux échecs avec nos pitoyables destins. »

Son ton se durcit.

« J’exècre la magie. Je la hais sous toutes ses formes. Elle est changeante, elle est anormale. Elle est puissante et par cette puissance que je lui reconnais elle semble inattaquable. Semble ! Seulement. Car certains pays ont déjà ourdi des projets contre elle, avec plus ou moins de réussite. Mais ces dirigeants faméliques sont bien inutiles. Prenons disons… le dirigeant du Luxembourg-belgie. Ce garçonnet à peine sortie de la puberté qui croit révolutionner le monde avec ses nouvelles règles. Agit-il frontalement envers la magie ? Non, il les raccompagne à la frontière. Cette douceur finira par lui coûter. Alors voici ce que l’histoire tient à nous raconter… »

Un pincement de lèvres.

« Offrons donc à ce dirigeant une peine effroyable, un manque de sécurité, qu’il puisse agir décemment contre la magie. Qu’il puisse ainsi avoir, disons, excusez mon langage, les bourses pleines d’un courage qui lui manque aujourd’hui. Sans doute la perte de temps liée à sa fille à qui il semble donner le sein. » La moquerie cruelle fit tout de même mouche, Félix toussant un rire à ses côtés. « Mais faisons le dans un empire qui peine à comprendre le danger d’offrir autant de considération à la magie. De leur faire saisir le sens de leur stupidité quand ils se permettent de la lier à une technologie qui a autant besoin de ce mariage qu’un lapin souhaite épouser le renard venu le dévorer. Ici. En Russie. »

Paloma, dans sa cage, roucoula doucement et Regina, abandonnant sa pose ainsi que sa prose, se releva avec élégance pour venir lui ouvrir. Caressant les plumes duveteuses de la colombe avant d’orner sa tête d’un doux baiser.

« Le Luxembourg-Belgie envoie une délégation le moins prochain pour féliciter la Russie de son partenariat au sujet des navires volants. Faisons naitre la peur de la magie lors de ce rassemblement. Je veux une explosion qui semblera venir d’une fée. Je veux des cris, des morts, un choc. Et la haine. Alors monsieur Tracassin… »

Une œillade.

« L’histoire vous parait-elle convaincante ? »









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Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
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Dim 8 Oct - 18:58
Tracassin souriait intérieurement. Son interlocutrice semblait jongler entre différents personnages à mesure qu'elle faisait la conversation, changeant de ton et de regard au grès de ses envies. Elle paraissait prendre un plaisir particulier à passer d'une personnalité à la prochaine, polissant ses personnages au point de pousser jusqu'au bout ses aspects mélodramatiques. Ils allaient sans doute bien s'entendre. Il l'écouta avec attention, malgré le peu d’intérêt qu'il éprouvait pour la politique du Luxembourg, souriant à certaines de ses remarques, mais redevenant vite sérieux au moment où elle daigna enfin lui présenter le but de cette rencontre.

Un attentat, vraiment ? Pourquoi pas, il n'en avait jamais fait, mais si il pouvait manigancer pour tenir dans sa mains quelques unes des plus grosses fortunes d'Europe, il semblait facile de réussir à faire mourir leurs semblables.


"Votre histoire me parle ma chère, enfin surtout pour ce qui est de la première partie. Vous n'êtes sans doute pas sans savoir que je suis moi même victime d'une malédiction, cette histoire a beaucoup circulé dans notre milieu. Ils en avaient même fait une petite chanson avant le grand sommeil. Comment était-ce déjà... Ah oui :

Mais quiconque son nom pourra trouver
Sans problème il sera à ses pieds
Mais quiconque son nom connaîtra
Sans efforts il lui obéira
Mais d'ces gens, combien en reste-t'il,
Qui n'aient pas encore été victimes ?
Sans doute moins que d'doigts sur une main
Ah qu'il est taquin ce Tracassin


Enfin, je pratique tout de même une petite forme de magie, et je ne tiens pas à perdre ce pouvoir. Mais j'imagine encore une fois que vous savez bien tout cela, et que vous avez fait appel à mes services en parfaite connaissance de cause. Toutefois, soyez certaine que cela ne m’empêcherai en rien de répondre à votre demande : je me ferai un plaisir de faire en sorte que votre prince prenne pleine mesure du "danger" que la magie représente, si nous parvenons, évidemment, à un accord concernant ce que mon concours à votre entreprise me rapportera.
"


Il s'enfonça confortablement dans son fauteuil et repris une lampée de vin.


"Je me fiche pas mal que le prince du Luxembourg-belgie ne soit pas assez compétent pour subvenir comme il le faut à la sécurité de son peuple. Au contraire, les dirigeants de ce genre sont une aubaine pour moi : ils ne constituent pas un obstacle de taille à mes activités. Donc, puisque l'action que nous allons entreprendre ne me rapportera rien, je souhaiterai savoir ce que vous avez à me proposer en échange de mes services. Si vous n'avez que beaucoup d'or à m'offrir, je l'accepterez, bien sur, mais ce n'est évidemment pas ce qui m'intéresse le plus.
Ce que je recherche, c'est une alliance. Une association. Je serais facilement en mesure de vous aider à commettre cet attentat, et à faire passer ça pour l'oeuvre de quelqu'un d'autre, mais je pense que nous pouvons aller plus loin, et offrir à toute l'Europe ce genre de petites sauteries. Cela promet d'être des plus... divertissants. En retour, je souhaiterai avoir accès aux contacts et aux informations que pourront glaner vos oiseaux, et je me doute vu la taille de votre organisation que je ne serais pas perdant au change. Alors très chère, cela vous convient-il ? Êtes-vous tentée par ma proposition ? Désirez-vous qu'ensemble nous fassions trembler de peur l'Europe face à la "magie" ?
"


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Kapphären Jan
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Mer 25 Oct - 22:22


Le corbeau et le renard

Russie, Juin 07



Ah la magie. Dispendieuse, égoïste, et ceux qui pouvaient en jouir avaient toujours cette prétention à la ramener. Tracassin finalement n'en était pas exempt et la lueur qui vint illuminer son regard bleu roi fit frissonner Félix. Quelque chose était entrain de naître entre ces deux êtres. Quelque chose qui allait bientôt avoir un impact sur le monde.

« La magie peut être utile… si on sait comment s’en occuper. Il n’y a qu’à témoigner des multiples incidents qui secouent notre univers… »

Du bout des doigts elle appela son serviteur. Sans même croiser le regard de Félix qui lui obéit tout de même sans tarder. A mi voix Regina demanda son sac à main et une fois son bien reçu, en fit claquer la fermeture pour en sortir un rouge à lèvres.

Le soin qu'elle mit à se remaquiller fut d’une sensualité presque exacerbée.

« Je m’attendais à beaucoup en vous rencontrant… mais pas à ce point. Je suis passablement surprise. Agréablement, surprise. »

De l’autre main elle sortit une bourse pleine. Qu'elle déposa sur le plateau d’argent.

« Premier acompte pour première mission. Vous recevrez un coffret si je suis satisfaite. Et si je suis très satisfaite, monsieur Tracassin, alors oui nous pourrons envisager une alliance…. Une coopération durable et fidèle. Disons même… un mariage. »

Elle rit. Acide envers elle-même et couva Felix d’un regard tendre quand ce dernier ramassa le plateau pour mieux le présenter au nain.

« Ne me craignez pas et je n’aurais rien à craindre de vous.. cela sera parfait ainsi. Et dans ce cas, parlez moi de vous. De vos petits tours.. Cela se rapporte aux prénoms, comme c’est original. J’ai connu autre fois une fée qui pouvait deviner l’identité et la contrôler par les dents. Les dents y pensez vous ! Oh évidemment elle est morte aujourd'hui. Mieux fallait ceci que l’inverse… notre assujettissement. »

Légère menace. Rien de trop méchant.








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Tracassin HauteVigne
Rumpelstiltskin
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Lun 6 Nov - 10:42
Tracassin rit de bon cœur avec elle quand elle parla de mariage. Il n'avait certes pas envisager d'aller si loin dans la coopération, l'idée de fusionner son organisation avec une autre ne l'intéressant pas plus que ça, mais il était sensible au sens de la mise en scène de sa nouvelle partenaire commerciale. Décidément, il allait aimer travailler avec elle.

Il prit la bourse et la rangea dans son manteau sans même prendre la peine de chercher à compter les pièces. La conversation qu'il avait avec cette fascinante Régina était bien plus intéressante que cette petite monnaie.

"Contrôler quelqu'un par les dents ? Voilà bien quelque chose d'original, mais mon pouvoir est loin d'être aussi invasif et évident que cela. Il est bien plus discret et pernicieux. Sans rentrer dans les détails, je peux voir à travers les yeux de n'importe qui dont je connais le nom complet, et ce à tout moment, où qu'il se trouve et quoi qu'il fasse. Vous conviendrez que c'est assez utile pour un receleur d'information et un maître chanteur comme moi ! Ce me sera d'ailleurs bien utile pour espionner votre prince et m'assurer que tout ce passe dans les meilleures conditions. Mais et vous alors ? Possédez vous un quelconque don ? Êtes vous de ceux qui combattent le feu pas le feu ?"


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Kapphären Jan
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Dim 12 Nov - 22:49


Le corbeau et le renard

Russie, Juin 07



La confiance de Tracassin était une chose aussi instable que précieuse mais à le voir rempocher ses pièces sans officier sa comptabilité, Regina sut que la partie était déjà gagnée. Souriante et gourmande, continuant de grignoter ses mignardises en observant le comportement de son nouveau collaborateur, elle n’afficha tout de même rien de sa surprise quand Tracassin avoua enfin le fil rouge de son pouvoir. Et pourtant, Dieu savait qu’elle venait d’échapper à un piège involontaire de la part du nain. Se mordant la langue tout en papillonnant des cils pour montrer bien plus de curiosité que de gêne, Regina finit par contourner le fauteuil de son invité, posant ses mains fines sur ses petites épaules pour mieux susurrer à son oreille.

« Trouver le nom complet d’un prince n’a rien de bien difficile… voir à travers ses yeux, qui sont déjà publics, n’est pas non plus un challenge. Mais j’aimerais savoir quelque chose de ce bon à rien… Disons, un simple test avant de commencer les festivités. Le duc qui l’accompagnera est monseigneur Calixte Van Hoffenbach. Ses seconds prénoms, Gunter et Salvadore, un grand-père espagnol si je ne me trompe pas. Il aime qu’on lui lèche les pieds… »

A savoir comment Regina avait obtenu cette information, c’était une toute autre affaire mais gloussant tout bas comme une petite fille se préparant à un vilain coup, elle entortilla ses doigts dans la chevelure de l’être de magie.

« Si celui-ci est votre cible finale, voilà le nom de la personne dont j’aimerais obtenir certaines informations. On ne la voit plus, pauvre être. On dit d’elle qu’elle erre enfermée dans son pauvre château. Presque répudiée, officiellement malade… »

Et Jan connaissait par cœur son entourage et ses habitudes de pauvre demoiselle esseulée, car sa femme était d’un manque d’originalité à pleurer. A cette heure-ci, sa dame devait sans doute être à la couture ou à la lecture. En compagnie de ses propres demoiselles de compagnie. Elle ne surveillait en rien Victoire, confiée à des nourrices bien plus compétentes que cette bécasse qu’il avait épousé. Mais si son père fomentait un complot ou s’il lui trouvait l’idée d’avoir un amant, ainsi il le saurait.

La suite serait un délice bien plus plaisant encore que de la tenir pour l’instant éloignée.

« Bettina Grete Hedwig Andriessen de Monbéliard. »

Claquant un baiser sur la tempe de Tracassin, et y laissant une marque rouge de baume à lèvres, ce fut vers Félix qu’elle tourna ses propos, le regard bleu roi toujours aussi malicieux.

« Je ne dispose d’aucun don mais la magie sait parfois se révéler amusante quand on la ferre comme il faut. »








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