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 [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.

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Prince Ciel

MessageSujet: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 15 Oct - 16:40

Mon Prince ! Allons, ne vous cachez pas ! Vous savez bien que vos soins sont obligatoires !

Ciel demeura terré derrière le divan du petit salon. Rosalie, une de ses dames de chambre, ne le trouverait pas ici. Elle était myope comme une taupe. Pauline disait que dans sa jeunesse, du brouillard avait dû pénétrer ses pupilles et embrumer son regard à jamais. Ah Pauline ! Elle l’aurait trouvé elle, et par ses douces attentions, elle l’aurait attendri et persuadé d’obéir.

– Seigneur Ciel, par pitié !

Le petit prince était tout excité par la détresse dans laquelle il plongeait la pauvre femme.

– J’abandonne ! lâcha Rosalie en levant les mains vers le ciel, tournant les talons en signe de renoncement.

Elle quitta le salon et Ciel entendit ses pas lourds s’éloigner sèchement. Il se leva, extrêmement fier de lui. Soulagé aussi, car il venait d’échapper à l’une de ses tortures hebdomadaires : le bain glacé. Les médecins du Royaume ne savaient plus quoi inventer afin de raffermir sa santé si fragile. Les saignées n’étaient guère efficaces et les diverses potions qu’on lui administrait provoquaient tant d’effets secondaires qu’elles empiraient plus qu’elles n’amélioraient son état.  

Le jeune prince quitta la pièce prudemment et longea les couloirs jusqu’à sa chambre, où il se dirigea vers sa garde-robe.

– Aujourd’hui, annonça-t-il pour lui-même, je serai chevalier. Si Ronce est attaquée par les anglais, je la défendrai de moi-même. C’est que dans quelques années, j’aurai dix ans. Le sais-tu, Serpent ?

Ciel s’adressait ainsi à un dessin qu’il avait fait du Serpent, le vicieux reptile qui lui avait rendu visite une nuit. Celui qui avait failli l’emporter dans les ténèbres, par le biais de sa langue frémissante. A la suite de cet incident, le petit prince avait plongé dans une obsession alarmante à l’égard de son visiteur. Il ne parlait que de lui, et ses dessins d’ordinaire si riches et variés ne représentaient plus qu’un unique sujet : le Serpent. Il se plaisait même, comme c’était le cas présentement,  à converser avec lui, à imaginer des aventures et des jeux communs. Cette attitude bizarre avait beaucoup inquiété le personnel du palais, en particulier Pauline sa nourrice, qui n’y voyait rien de bon.

Ciel avait promis de ne plus s’adonner à ce genre de comportement. En surface, son attirance malsaine pour le reptile s’était finalement estompée. Mais il continuait de lui parler, de surveiller la fenêtre dans un mélange de crainte et d’excitation. Et parfois même, il rêvait de lui.

– Tu ne veux pas que j’obéisse sagement, n’est-ce pas, Serpent ? Je suis un Prince ! Sais-tu que si Ronce n’était pas là, je serai Roi ? Le sais-tu, Serpent ?

Ciel se mit à glousser en plaquant sa main contre sa bouche. Il ôta ensuite sa chemise de nuit et se vêtit de ses habits princiers, ouvragés, délicats et finement brodés.

– Allons à la salle d’arme, dit-il en se jetant un dernier regard dans le miroir.

La salle d’armes était située au rez-de-chaussée. Une porte y accédait depuis le hall, il fallait ensuite traverser un petit couloir, ouvrir une autre porte, descendre trois marches, et l’on découvrait une vaste salle tout en pierre brute, ornée de draperies et envahi d’armures et d’armes en tous genres.

L’endroit était désert, hormis quelques gardes qui surveillaient l’entrée. Ciel, qui ne voulait pas être entendu, leur commanda de partir, et bien que les deux hommes hésitèrent, ils n’étaient pas en autorité de discuter les ordres du Prince. Si Pauline avait été là, Ciel n’aurait pas osé s’isoler de la sorte. Il n’en avait pas le droit. Mais Pauline était souffrante, et fort malheureusement, elle n’était pas en mesure de veiller sur lui. Oui, fort malheureusement.

Ciel referma la lourde porte qui claqua et résonna dans la grande salle froide. Il empoigna sa petite épée, celle qu’il employait toujours, et entreprit quelques mouvements d’échauffement. Le combat à l’épée l’excitait beaucoup. Il se sentait vivant et vigoureux. Sa fébrilité si handicapante était balayée par ses efforts et son adresse. Il ressemblait à un véritable Prince, brave et puissant.

Il mimait un combat contre son compagnon imaginaire, le Serpent. Il riait et lançait des séries de provocations et de brimades, ce qui lui donnait l’air un peu délirant.

De dos à la porte et affairée à ses mouvements autant qu’à son étrange conversation, Ciel n’entendit pas la lourde porte s’ouvrir. Il l’entendit, en revanche, se refermer lourdement. Il fut secoué d’un violent sursaut et se retourna vivement en direction de la porte. En haut des trois marches de pierre, un homme se tenait nonchalamment adossé contre la porte. Il avait la tête légèrement baissée. L’homme dégageait une présence particulière, comme une aura étrange. Cette présence provoqua presque instantanément un grand malaise dans le cœur du petit prince. Il n’en comprit pas la raison.

C’était le premier inconnu qu’il rencontrait. Mais son éternelle soif de découverte fut soudain remplacée par une crainte glacée.

– Qui êtes-vous ? interrogea-t-il en tâchant de dissimuler le tremblement de sa voix. Je suis le Prince Ciel. C’est mon château.

Il avait dit cela en espérant que cela dissuaderait l’intrus de s’en prendre à lui. Il ignorait qu’au contraire, c’était tout ce que ledit intrus voulait entendre.




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Walter Miller

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mar 23 Oct - 15:34
Walter avait toujours considéré le palais d’Adélaïde comme le plus somptueux et riche qu'il ait jamais vu dans sa somme toute courte vie. Mais c'était avant celui de Ronce.

Oh celui de Ronce était... merveilleux.

Plus grand, plus arachnéen, plus sombre aussi, on avait l'impression continu d'être le premier à y pénétrer, le premier a en fouler avec délice le sol encore poussiéreux. Un château étrange avec des couloirs interminables, aux recoins ronds qui n'avaient jamais de fin.

Une citadelle parfaite pour un loup qui rôde silencieusement.

Les domestiques français, Walter le découvrit rapidement, était moins à cheval sur les règlements. Ils offraient moins de résistance mais Walter mettait ceci sur le compte d'une frustration physique presque centenaire. Un regard bien placé, un sourire de circonstance et il savait parfaitement dans quel ombre du couloir retrouver la chambrière, le cocher ou la nourrice.

Tous parlaient.

Walter considéra le jeune femme à genoux devant lui. Avec un peu d'imagination, il pouvait presque prétendre qu'elle était Ronce.

Ou plutôt lui en fallait-il beaucoup.

Ronce s'était montré outrageusement prudente à son égard mais loin de le rebiffer, l'attitude royale n'en était qu'un plus grand challenge.

Il amènerait le royaume de France sur un plateau à Adélaïde. Et tout les moyens seraient bon.

Ensuite.... ensuite il demanderait à garder Ronce. Surement Adélaïde ne la lui refusera pas. Il pourrait alors en faire ce que bon lui semble à commencer par lui enlever son sempiternelle air narq---

"Oh je ne peux rester plus longtemps."

Walter fronça les sourcils et regarda la domestique s'essuyer les lèvres et replacer sa coiffe précipitamment.

"Le Petit prince va s'inquiéter autrement."

Le petit prince?

De manière général, il pouvait s'agir d'un surnom. Walter avait horreur de cette manie qu'avait les gens de se donner des surnoms en guise de marque d'affection. Lui-même s'était vu coller celui de Wolf mais rare étaient ceux qui osaient l'employer en sa présence de toute manière.
Oui, il pouvait s'agir ici d'un simple surnom, mais la domestique était plus richement vêtu qu'une simple aide de cuisine. Il était partit du principe qu'elle travaillait directement avec Ronce mais son interjection semblait changer la donne. Il avait entendu plusieurs bruits comme quoi Ronce avait encore de la famille mais il avait lié cette rumeur à celle de la souillon que la reine de France avait sottement pris sous son aile.

Et s'il y avait encore quelqu'un d'autre?

Un sourire amusé qui n'augurait rien de particulièrement bon s'éparpilla sur le visage de l'anglais tandis qu'il attrapa doucement les cheveux de la jeune femme.

"Racontes moi donc cette histoire de petit prince, veux-tu?"

Si elle hoqueta de douleur sur le moment, elle n'en délivra pas moins les précieuses informations à Walter et c'est d'un pas glissant que le Britannique parvint jusqu'au pièces parfaitement décrites.

Un frère? Voilà qui s'avérait des plus intéressants.

Il comptait se diriger directement aux appartements éloignés où semblait séjourner le prince et prétexter s'être perdu mais des bruits d'armes stoppèrent ses pas et il huma l'air avec anticipation.

Il avait trouvé sa clef pour le royaume de France.

Poussant la lourde porte, Walter eut loisir durant quelques minutes de regarder à loisir la silhouette chétive du Prince Ciel.

" Qui êtes-vous ? Je suis le Prince Ciel. C’est mon château."

Un enfant. Ronce avait parfaitement raison de le soutirer à la Cour. Avec lenteur, Walter fit une révérence et eut un sourire chafouin.

" Un fort beau château votre Grâce. Je comprends parfaitement votre attachement." répondit aimablement le loup en s'approchant du garçon. " Cela ne vous ennuie pas de vous entraîner seul? Me permettez-vous de vous rejoindre messire? Cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu d'adversaire aussi visiblement vaillant."

Walter glissa une main sur les différents pommeau des épées entreposés sur le mur et en choisit une toute simple, courte et légère puis se mit en position.

Premier objectif: sympathiser avec l'enfant.
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 29 Oct - 20:49

Un fort beau château votre Grâce. Je comprends parfaitement votre attachement. Cela ne vous ennuie pas de vous entraîner seul? Me permettez-vous de vous rejoindre messire? Cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu d'adversaire aussi visiblement vaillant.

Ciel était un membre de la royauté, il était ainsi accoutumé à la flatterie. Pourtant ce compliment le gonfla quelque peu d’orgueil, tant il était exceptionnel. On faisait souvent l’éloge de son esprit vif, de sa beauté, de ses dessins ou de son talent pour le chant. Mais jamais, oh grand jamais, on ne l’avait félicité pour sa vaillance ! Le prince était bien incapable de voir quelle sombre fourberie ce dissimulait derrière ces louanges. Il était si émoustillé qu’il n’avait même pas remarqué que l’intrus avait pris soin de ne pas dévoiler son nom.

L’homme prit une épée et la brandit élégamment en direction du petit prince. Ce dernier avait le cœur battant, il craignait de ne pas être à la hauteur du compliment qu’on venait de lui adresser. Le visage déterminé, il scrutait de ses yeux turquoise le regard inquiétant de son adversaire. Il lança une première offensive, que l’autre para avec souplesse. Ils échangèrent quelques coups, firent quelques parades, et au bout d’un temps Ciel parvint à le désarmer et à pointer le bout de son épée sur sa poitrine. Il était intimement convaincu que cette action victorieuse n’était que le fruit de son talent, et qu’en aucun cas son ennemi n’eut pu encourager sa victoire…

L’homme sourit en levant les mains en signe de soumission. Ciel était très satisfait de lui. Il continuait de darder son épée sur son adversaire, le front en sueur et la respiration haletante. Il sentait déjà sa poitrine le brûler sous l’effort et l’excitation qui venait de se produire.

– J’ai… j’ai gagné, dit-il en souriant, peinant à reprendre son souffle.

L’autre s’inclina respectueusement. Ciel se sentait tout important de son pouvoir. Renfournant son épée dans son fourreau, il ne cessait de sourire de toutes ces dents. Il n’avait pas la moindre envie de quitter son nouveau compagnon ! Il était bien plus intéressant que tous les domestiques coincés qui comblaient maladroitement son manque d’amis. Il se campa finalement devant l’homme, qui souriait lui-même étrangement, et lui demanda :

– Veux-tu être mon ami ?

D’un ton de confidence, baissant la voix, il ajouta :

– Si tu acceptes d’être mon ami, je t’emmènerai dans un endroit secret que personne dans le palais ne connait…






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Walter Miller

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 19 Nov - 17:22
L'enfant était frêle mais charmant, distingué. On sentait les précepteurs éclairés et l'indulgence des nourrices à son égard. Walter se demanda exactement pourquoi Rose le maintenait éloigné de la cour.

Manœuvre pour garder le trône uniquement pour elle?

Protection, sachant que le Royaume se relevait à peine d'un sommeil long de cent ans?

" J’ai… j’ai gagné,"

Walter se fendit d'un sourire qui se voulut soumis et salua de son épée le petit prince.

" Il me faudra une revanche messire." lui répondit-il aimablement.

Le britannique commençait lentement mais surement à comprendre Ciel. Il devait rarement bénéficier de visites autre que ses domestiques pour montrer autant d'entrain à son égard. Même si Walter avait une confiance absolue en son charme, et pour cause, il savait tout de même reconnaitre un enthousiasme de base chez autrui.

La phrase suivante de Ciel confirma ses soupçons:

" Veux-tu être mon ami ? "


La phase n°1 était accomplie. Et grandement. Les mots du petit prince avait été prononcé avec une telle confiance et un tel désir de bien faire que Walter crut bon de ne rien dire sur le moment.

" Si tu acceptes d’être mon ami, je t’emmènerai dans un endroit secret que personne dans le palais ne connait… "

Le regard sombre du loup se fit plus acéré et l'attention plus aigue.

" Vous m'honorez prince Ciel. Je serais votre ami et ne vois aucune raison de refuser une proposition si plaisante." fit Walter en se penchant vers le garçon à son tour. " Un endroit secret vous dites? Vraiment secret? Comme dans les légendes? En êtes vous si certain messire? Je ne doute pas que vous connaissiez votre château mieux que quiconque, mais tellement de personnes font partie de ce palais..."
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mer 24 Avr - 19:41

Ciel sourit. Son éducation en avait fait un petit prince fier, et sa candeur faisait qu’il était aisé de le flatter. Malgré cela, le doute qu’il perçut dans la voix de son interlocuteur lorsqu’il lui parla de son endroit secret le piqua au cœur. Il ne supportait guère qu’on le remette en doute, en particulier lorsqu’il s’agissait de précieuses confidences. Et bien qu’il fût hésitant en premier lieu à l’idée de dévoiler son lieu sacré à cet inconnu, il était à présent décidé à lui prouver qu’il avait raison.

Reposant son épée en essuyant son front humide d’un petit geste, il passa devant l’homme qui l’appelait délicatement « messire », et sortit de la salle, s’attendant de toute évidence à être suivi par ce dernier. Il remonta le couloir et traversa le vaste hall d’entrée. Son majordome, qu’il appelait sommairement Valet, s’interposa au moment où il s’apprêtait à gagner le jardin, son compagnon derrière lui.

– Qui est cet homme, mon Prince ?
– C’est mon ami, Valet. Laisse-moi passer, à présent.
– Puis-je me permettre d’insister afin de connaitre son exacte identité ?
– Non, tu ne peux pas. Ce n’est pas une attitude très noble que tu montres à notre invité.
– Monsieur, je…
– Non, Valet, je suis pressé, c’est que j’ai à faire, maintenant laisse-moi !

Il était inutile de s’acharner, le majordome le savait, il s’écarta donc dans un soupir un peu désolé, sans quitter des yeux l’homme étrange qui suivait son souverain.


* * *


Ciel marchait d’un pas vif, hâtif même, parcourant le jardin aussi vite que si on lui avait prédit qu’une chose extraordinaire se produirait à son bout. Il passa devant les bosquets, les parterres de fleurs, les arbres feuillus, il descendit un petit escalier, traversa un petit pont entouré de ravissantes statuettes, passa par un petit chemin ombragé, surplombé de branches entremêlées, et déboucha sur son endroit secret. Tout le long, il avait entendu le pas, plus lent mais assuré, de son ami derrière lui.

Il se retourna enfin vers lui en écartant les bras, la mine réjouie.

– Et voilà !

L’homme regarda le paysage en plissant légèrement les yeux. Il s’agissait d’un beau lac, un peu sauvage mais suffisamment entretenu pour lui donner un aspect ravissant. L’eau était pure mais profonde, et en son centre, le lac était presque noir. L’homme ne semblait pas tout à fait charmé par l’endroit, mais Ciel comprit qu’il était trop impressionné pour exprimer son enchantement.

– Cela te plait ? Regarde, il y a des grenouilles.

Ciel s’approcha prudemment du bord et s’accroupit en promenant ses mains dans l’eau.

– Normalement, je n’ai pas le droit d’y toucher… Tu sais, l’eau donne tout plein de maladies. Je peux même mourir ! Mais je fais attention. Et personne ne sait que je viens ici. C’est pour cela que c’est un secret. Je te fais confiance.

Ciel s'approcha d'avantage, plongeant son regarde pâle dans l'eau, sombre elle, du lac. Il ne vit pas le bras qui avançait dans son dos. Il entendit simplement un cri bref et sonore, lointain, bientôt ensuivi de bruits de pas hâtifs. Se retournant vivement, il considéra son nouvel ami. Sa main était tendue vers lui, contre lui. La logique qui accompagnait ce geste était si terrible, si violente, que Ciel mit un temps considérable à la concevoir. Ses lèvres tremblaient comme sous l'emprise d'un froid soudain.

Il n'aperçut qu'à peine les corps s'agiter, s'empresser. Il ne vit qu'à peine son ami s'enfuir, les gardes le poursuivre, il ressentit simplement un vide intérieur abyssal, figé tel une statue de cire. Lorsque les bêlements se furent estompés, lorsque la solitude revint le frapper comme un tonnerre intérieur, seulement alors, Ciel sembla se ranimer. Il fit quelques pas chancelants, raides, mais ses jambes flageolaient déjà. Un pas, deux pas, à reculons. Et.

Ciel tomba dans le lac. Il cria, brièvement. Mais ses bras ne remuaient guère lorsque son petit corps fut immergé. Il en aurait eu la force pourtant.




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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 9 Juin - 5:39


Quand ils avaient eu la nouvelle, quand ils en avaient eu vent! Les yeux de Kåre avaient brillés semblable aux scintillements de l'océan, comme si l'astre solaire l’en transperçait:
 
La France était éveillée!
 
La France enfin! - Lui qui en avait tant et tant pensé, lui qui y aurait accompli de hauts faits et autres exploits fabuleux. La France que sa sœur et lui partageait en rêve: leur terre d'épopée, l'endroit où ils... grandiraient. Brilleraient.
 
... Seraient reconnu. Acclamés. Pour eux-mêmes.
Les songes où ils s'attribuaient le mérite de son éveil...
 
Un triste sourire masqua le visage de l'adolescent.
 
Près de deux ans s'étaient écoulés depuis ses premiers bâillements. Les frères Haakonsson, tout récemment privés de leurs terres l'avaient survolés, curieux qu'ils étaient. Sans doute parmi les premiers étrangers. Les premiers à se rendre compte de leur décalage. Ils avaient sûrement du paraître bien suspicieux à ces habitants!
Ces onze et fringants jeunes hommes qui jamais ne se séparaient, n'apparaissant que la nuit. Il n'y eut pas que de jolies rumeurs courant sur leur compte. Mais les enfants de Norvège trouvèrent en France de quoi assouvir leur soif; d'argent, de conquêtes. Et parfois même ; de reconnaissance.
 
Mais ce n'était pas... Ce n'était pas du tout ce qu'il avait imaginé. Ce ne ressemblait nullement à ce dont il avait rêvé, avec sa sœur.
Car ses frères avaient rendu à l’imaginaire, les affres d’une réalité, scindant son cœur de larmes puériles.
 
A bientôt 16 ans, Eöl n'était plus enfant. Ses sanglots avaient été bannies à grand renfort de certitudes, de termes balafrés, d'espoirs abandonnés. Son aîné savait se montrer cruel... Pour leur bien à tous; leur survie.
 
Bientôt viendrait le solstice d'été, qui leur permettrait de parcourir une dernière fois leur pays. Eirik l'avait décidé. Il devenait trop dangereux de s’y risquer. Ce serait leur dernière fois. Leurs adieux.
Les adieux à la mémoire. Les adieux à l'enfance. Kåre devenait adulte. Kåre devrait désormais reléguer sa sœur à l'égale des chimères, là, tout au fond de son cœur. Nichée avec ceux dont il n'osait plus rêver.
 
Mais avant ce dernier voyage, avant ces aux-revoir, et avant la mue qui les clouerait au sol des semaines durant; les Haakonsson avaient de nouveau fait escale en France.
Et Kåre, comme souvent, s'était séparé de sa cohorte... pour survoler le palais.
 
Comme s'il souhaitait lui dire au-revoir à lui aussi. Comme une page qu'il tournait, comme ce pays dont ils abandonnaient l’espoir. Comme cette petite fille qui avec lui... riait.
 
Kåre avait volé, le soleil derrière lui, battant frénétiquement les ailes de ce bruissement si reconnaissable. Luttant un peu, se jouant des courants, s'éloignant pour mieux se rapprocher. Tournoyant tel un prédateur, pour admirer les derniers vestiges de son enfance.
 
Le temps avait filé, plus vite qu'il ne l'avait prévu. Kåre souhaitait toutefois se reposer et répondit aux reflets d'un grands lacs à proximité. Attentif à sa manœuvre, il remarqua du coin de l'œil, deux points agités. Il y avait un homme, et un... plus petit.
 
Mais ce qui le fit vraiment plonger; fut la chute du dernier, notant mentalement que l'adulte s'enfuyait, il ne ralentit pas comme à son habitude, sa vitesse d'arrivée.
Ne réfléchissant ni au danger qu’il encourrait, ni à ses conséquences, et sans respecter aucun palier, Kåre expulsa de ses naseaux tout l'air que sa poitrine comprimait quand il fusa dans l'eau et vers sa victime. Cherchant quelque chose à agripper, ne sachant s'il tirait  de son bec, les cheveux ou l'étoffe, le prince animorphe lutta de toutes ses forces de grand oiseau pour atteindre la surface.

Battant des ailes sous l'eau, avec un poids peu habituel, alors qu'il sentait de petites mains s'agrippant fermement.


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mar 10 Juin - 17:46

Le petit prince sombrait, et ce fut avec une surprise douce et un peu sordide qu'il constata qu'il n'avait pas froid. On avait tant cherché à le préserver de cette agression, auquel chaque enfant avait droit pourtant, que Ciel s'était toujours vaguement interrogé sur l'intensité d'un tel ressenti. Oh, il connaissait le froid glacial, brut, celui de ses bains. Mais c'était un froid si mordant qu'il en venait à lui brûler les chairs.
En cet instant, il sentait simplement ses doigts, puis ses membres, s'engourdir délicatement, progressivement. Comme à l'orée d'une torpeur que la fatalité ne rendait que plus tendre. Ciel ferma les yeux.

Et puis, remous, fracas, sauvetage inattendu. Inespéré, surtout. Ciel s'empara des seuls points d'attache qu'il fut capable de saisir. Des... Des pattes. Ouvrant brusquement les yeux dans l'eau obscure, il put distinguer la silhouette noble et gracieuse d'un cygne absolument blanc.
Du haut de ses sept ans – quasiment huit, certes – le petit prince n'était guère lourd, mais son poids demeurait un charge conséquente pour un oiseau, aussi grand fût-il.
Son extraction de l'eau parut laborieuse, longue même, et Ciel inspira la bouffée d'air généreuse que son petit corps réclamait depuis trop longtemps. Il se laissa trainer jusqu'à la berge avant de s'y hisser péniblement. Ses vêtements l'alourdissaient, des fragments d'étoiles avaient investi sa vision, ses lèvres vibraient, vidées de couleur. Il respirait avec effort, le souffle sifflant et encombré. Si Ronce, ah, si Ronce avait su... Il en venait presque à regretter qu'elle ne fût pas là.

Au terme de ce retour brutal à la terre, à la vie, il lâcha sans avoir la force de se redresser :

– Merci, cygne. Mais je n'avais point besoin de votre secours.

Toujours étendu dans l'herbe, les pieds baignant toujours dans l'eau, il ajouta, la voix coupée :

– Comme cela est étrange... L'on m'a toujours prétendu que les cygnes étaient des créatures très belles, mais très dangereuses. Très vilaines.

Il ferma, encore, les yeux. Il avait envie de dormir.




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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mer 11 Juin - 12:13
La rive atteinte, l'oiseau avait ébroué ses plumes de gonflements furtifs. Il s'échinait nerveusement à les lisser une à une, traquant les impuretés et autres algues qui s'y seraient glissées, en conservant un œil braqué sur les agissements du rescapé.

A ses paroles, il se figea, pris d'un léger soubresaut. Mais bien entendu, un animal... ne peut pas rire. Il devait s'agir d'autre chose. Le cygne déploya son long cou, lui adressant l'un de ses plus impérieux regards, toujours de côté.

C'était bien la première fois qu'on lui adressait la parole sous cette forme, comme s'il eut été possible qu'on le comprit. Il ne put empêcher une réplique sardonique:

« Vrai. Un petit homme aura aussi pour coutume de rechercher la vase en piquée. »

Le prince cygne maugréait dans sa barbe ses plumes, se parlant à lui-même, sans se douter une seconde de l'étonnante compréhension du petit garçon.

« Et dire que j'ai manqué de me noyer moi-même! Voilà un enfant bien peu reconnaissant. Eirik a raison, je devrais cesser de me mêler des affaires qui ne me concernent pas.
"Les cygnes des créatures très belles, mais très dangereuses. Très vilaines."
– imita-t-il, d'une intonation plus haute. Laissant poindre l'ironie mordante à chacune des phrases qu'il prononça ensuite:
Non mais. Je t'en donnerai; des monstres tant qu'on y est! C'est vrai qu'on mange les enfants pour tout repas. D'ailleurs, c'est une habitude d'aller les chercher AU FOND DE L'EAU! C'est évident que les petits humains y poussent et n'attendent que nous.
Sûr que s’eut pu être pire... Nous aurions pu être moins beaux, transformés en CRAPAUD.
Et lui aurait sombré comme un idiot.

Puis, que fait-il celui-là, aussi bien habillé à patauger? Pourquoi diable aurait-on voulu le noyer? Il n'a pas l'air bien dangereux. »


Il s'approcha un peu, de quelques lents pas palmés, toujours bougon, fixant de ses deux billes noires le petit garçon:

« Tiens, c'est étrange, si la situation n'était pas si incongrue, je jurerai qu'il s'agit de Ciel de France. Mais bien-sûr, on ne le laisserait jamais libre de toute compagnie ou surveillance.

…Puisqu’aucun prince ne peut vraiment s'en libérer.
- Ces derniers mots étaient teintés d'amertume.

« Ce doit être un petit bourgeois qui lui ressemble. »

Une pointe de tristesse perla enfin;

« ... Cela lui aurait plu que je rencontre le petit prince. »


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Dim 22 Juin - 18:37

Ciel rouvrit les yeux à la réplique, un peu vexée manifestement, du cygne blanc. Il ne se releva point toutefois, car la créature ne l'avait pas encore assez intrigué pour qu'il prît la peine de manifester un intérêt trop prononcé. Les forces lui manquaient, du reste.

Néanmoins, lorsque le cygne se mit à répéter ses propres dires avec une affreuse voix de fausset, Ciel sursauta aussitôt et se redressa, soutenu par ses bras. Son visage exprimait un mélange de consternation et de courroux.
L'autre poursuivait sa tirade, de plus en plus véhément, et Ciel fut étonné de ne pas voir quelque fard rougir son plumage. C'était impossible, il le savait, mais si la chose s'était effectivement produite, il aurait trouvé le procédé tout à fait naturel.

Il faillit alors objecter quelque chose, mais les derniers mots de l'oiseau, portés par un timbre très différent – comme descendus d'un étage, ou même de deux, dans l'intensité dramatique –, plus lourd, plus triste en vérité, refermèrent son clapet.
Voilà donc que le cygne le prenait pour un autre que lui ! Voilà donc, en prime, qu'il s'imaginait que c'était parce qu'il était seul, et qu'un prince n'est jamais seul. Cette ultime réflexion fut de loin la plus profonde pour Ciel, qui n'avait jamais émis l'éventualité que tout prince partageait son fardeau, sa solitude emmurée. Et puis, la curiosité chauffée à blanc, il consentit à lâcher :

– Qui est "il" ? Tu connais... Tu as entendu parler de Ciel ? Et comment peux-tu connaitre la vie des princes ? Tu n'es qu'un oiseau !

On avait enseigné au petit prince une farandole de manières impeccables. Cela rendait son manque de tact d'autant plus surprenant.




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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 23 Juin - 16:46
De surprise, le grand oiseau fit un bond en arrière, les ailes soudainement déployées comme s'il eut été prêt à parer une attaque, voir à se jeter lui-même contre l'opportun. Marquant le sol de ses hésitantes et lourdes empreintes palmées.

Kåre était choqué.

Et il mit bien quelques secondes pour s'en remettre, instinctivement tiraillé entre l'envie de s'enfuir et celle d'attaquer. Battant ses ailes de manières répétées et visiblement hostiles, la moindre de ses plumes gonflées pour paraître plus gros. Son bec à demi ouvert, émettant un grondement sifflant assez proche d'un feulement.

Il dut s'y reprendre à deux fois avant de réussir à dompter le tumulte de la bête comme les battements de son cœur.

Ce petit homme étrange lui... parlait?
Non pis! Ce petit homme avait ENTENDU ce qu'il avait pensé!
Qu'il ait été irrespectueux ou non était le moindre de ses soucis. Un prince se devait d'assumer ce qu'il avait prononcé, même s'il se devait aussi d'être versé dans l'art de la diplomatie. Il était là en oiseau, et les oiseaux n'avaient que faire de l'étiquette.

Pas plus que le petit garçon ne paraissait concerné du reste.

« Il... est une "Elle" » - répondit-il à contrecœur.

Une pause légère. Le petit garçon l'avait soudainement asséné de questions, le ton bien moins emprunté que précédemment. Avait-il deux visages?
Comme à son habitude, cette découverte intrigua l'adolescent. L'étrangeté de l'humain, et de ses réactions. Il avait pour coutume de classer les êtres comme l'on le ferait des espèces. Il y avait "Les simples"; ceux qui correspondaient exactement à ce qu'ils reflétaient. Il y avait les "Miroirs" ceux et surtout celles, qui faisaient tout pour correspondre aux reflets qu'on attendait (les prostituées en faisaient partie), et puis une toute dernière catégorie; celle des "Déguisés"; ceux qui avançait avec un ou plusieurs autres visages, bien différents de leur nature. Et, de l'avis du cygne, des créatures digne d'intérêt.
Les animaux étaient souvent des simples, il n'était pas difficile de les comprendre. Les déguisés portaient une multitude de traces et d'histoires, qui expliquaient leurs différents ramages et complexités. Il était rare de s'ennuyer.
Kåre avait été très tôt, privé de contes fabuleux. Aussi s'exerçait-il... à lire les êtres.

Le long cou du cygne ne cessait de se tendre, et d'onduler, comme s'il tachait d'avoir un meilleur angle pour... comprendre ce qui pouvait bien se passer.
Choisissant de conserver la même familiarité dont l'enfant trempé se servait;

« Pourquoi? N'es-tu pas français? Ne connais-tu pas ton prince?
Et comment diable se fait-il que tu me comprennes? Ce ne m'était jamais arrivé avant! Jamais on ne m'avait répondu sous cette forme! Es-tu sorcier ?!
Tu n'es qu'un petit garçon! »
- avait-il répliqué du tac au tac, se moquant un peu. Bien conscient d'avoir éludé une partie des questions.

« Et tu devrais te changer. Rester ainsi te fera attraper la mort. Tu devrais vite enlever ces vêtements mouillés » - et l'oiseau entreprit gauchement de son bec, d'aider le petit garçon à se défaire de son costume, bien peu concerné d'une moindre objection.


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Ven 27 Juin - 17:06

Par réflexe, Ciel voulut se saisir de son fleuret et tâta sa taille sans quitter des yeux la créature. Se rendant compte qu'il ne l'avait pas sur lui, il se saisit d'un morceau de bois plutôt inoffensif. Le cygne s'agitait, sifflant, trépignant, et la peur germa enfin en le coeur du petit prince. Un vague souvenir, celui d'un pincement provoqué par un canard, glissa sur le fleuve de sa mémoire. Ah, on lui avait bien parlé de la méchanceté des cygnes !

L'oiseau finit par se calmer, toutefois, comme s'il retrouvait une contenance. Ciel n'en baissa pas moins la garde, et serra très fort son maigre bâton. Il pinçait des lèvres, l'oeil farouche, dardé sur le cou souple du volatile qui ne cessait de remuer. Celui lui fit penser au serpent, et pendant un instant il arrêta de respirer.
La familiarité du cygne le choqua, comme elle l'aurait choqué dans la bouche d'un homme ou d'un arbre – car Ciel conversait également avec les arbres, il se trouvait d'ailleurs singulièrement proche d'eux du fait de leur immobilité partagée – mais la créature enchaina si vite qu'il n'eut guère possibilité à riposter.

Ce fut un choc plus grand encore qui l'empêcher de protester lorsque le cygne entreprit de le dévêtir. Se faire déshabiller par un cygne ! C'était là la chose la plus incongrue que Ciel eut jamais vue ! Et ce fut précisément pour cette raison, en dehors de l'ébahissement profond, que le petit prince fit fi de l'inconvenance d'une telle action. Certains mystères nous dépassent.

– J'ai bien froid, à présent, dit-il, tandis qu'il n'avait plus sur lui que son dessous blanc.

Le vent caressa la peau de son dos, et le contact de l'herbe imprégna ses orteils. Il en fut extraordinairement saisi.

– Oh, comme c'est rêche ! Et humide ! s'exclama-t-il très fort en mouvant ses petits pieds pâles. Après un instant de ces émotions subites, il consentit à répondre. C'est vrai, je suis sorcier. Un grand sorcier, même, malgré mon âge ! L'un de mes pouvoirs est de parler aux animaux et aux végétaux, mais j'en ai bien d'autres... Je m'appelle... Merlin – c'était là le seul nom de sorcier qu'il connaissait. La Reine Ronce a fait appel à moi pour aider les affaires de la France. En général, je suis toujours en voyage.

Il scruta l'expression du cygne – les cygnes avaient-ils des expressions ? – afin de vérifier qu'il le croyait. Mais il n'arrivait pas à savoir.

– Je suppose que toi, tu es un oiseau ordinaire ? Ainsi... Tous les cygnes du monde ont des pieds si bizarres ?

Il pointa du doigt les pieds noirs et palmés de l'oiseau. Ses manières rustres, malvenues même, ne dissimulaient pas qu'une vulgarité simple. L'effronterie du cygne, au fond, lui plaisait.




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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Ven 18 Juil - 17:18
Le froid n’avait jamais dérangé l’oiseau. Il faisait partie de ses contrées d’hommes rudes, et s’était transformé en ceux qui ne s’effrayaient plus des hautes altitudes. Il lui paraissait un peu étonnant que quiconque puisse vraiment en souffrir. Les humains étaient décidément de fragiles créatures. Vrai qu’il en avait vu s’éteindre beaucoup, pour peu de choses.
L’émerveillement du petit garçon provoqua d’avantage de perplexité ; quelle vie donc, avait-il pu mener ? Et n’était-ce pas un brin étrange, pour quelqu’un qui disait avoir « voyagé » ?

Un grand magicien de cet âge. Il y avait quelques sorcelleries, ou l’oiseau ne savait pas becqueter ! S’il n’y en avait trace, outre son étonnante faculté (un puissant n’aurait-il pas fait appel à plus grandes incarnations qu’un modeste bâton pour se défendre ?), alors, voilà qu’on déguisait la vérité. Comme il l’avait lui-même si souvent fait.

L’oiseau tournant la tête à gauche. Puis à droite. Montrait son très visible intérêt. Devait-il s’offusquer des provocations appuyées ? Ce petit bonhomme étrange, lui faisait l’effet d’un oisillon tombé du nid, ou d’une cage.

Il observa ses palmes, circonspect ; auraient-elles changées lors de sa traversée mouillée ?
Non. Rien de tel. Elles étaient aussi noires et lisses qu’à l’accoutumée. Il se rapprocha doucement de l’enfant, se positionnant à ses côtés, comme s’il s’agissait de mesurer qui aurait le pied le plus bizarre ;

« Je ne vois rien de sortant de l’ordinaire ! Les tiens me paraissent bien blancs, et bien fragiles pour un grand vadrouilleur. Serais-tu toujours porté tel un impotent ? Mes palmes – elles – Il en remua une sommairement, se mettant lui-même dans un périlleux équilibre, me permettent de nager vite et loin. Je ne sais pas pour tous les cygnes du monde, mais ceux que j’ai rencontrés ne s’en sont jamais plaints. …Je dois dire que mes frères ne s’y accommodent pas toujours, mais à moi ; elles me plaisent bien ! ».

Il reprit, soudainement un peu grave, choisissant d’ignorer les fariboles du petit garçon, ou du moins, de faire « comme si » elles pouvaient être réelles :

« Ne devrais-tu pas te réchauffer ? Tu es bien pâle, et par endroit : tout violet ! Ou bien-est-ce une de tes bizarreries à toi ? Ne te faudrait-il pas rejoindre la chaleur d’un foyer attisé ? J’ai bien mes ailes, mais je ne sais pas si cela pourra suffire. »

Il en avait déployé une, désignant par ce geste, qu’il pouvait bien l’accueillir tout entier, comme une grande couverture de plume.
Le Cygne n’était pas habitué à ce qu’on le touche sous cette forme. Mais puisqu’il s’agissait là, d’un tout petit homme, cela ne devrait pas être trop dangereux, de se risquer à l’embrasser. C’est qu’il serait triste, que celui-là aussi s’éteigne, alors qu’il venait à peine de le rencontrer !
Crédit Images: Irina Druchinina

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Walter Miller

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mar 5 Aoû - 13:48
L’interdit. L’interdit. L’interdit. Le plaisir. L’interdit. Le plaisir. La lutte. L’interdit. Le plaisir. La lutte. La défaite, forcement.

L’Autre est un jeu.

Le regard sombre suivit le corps fragile du petit prince, sa lente chute dans l’eau. Un sourire sardonique étira les coins vermeilles des lèvres du loup tandis qu’il se recula d’un pas puis de deux. Voir la lente progression de l’eau dans les poumons du gamin. C’était pitoyable les corps qui se débattaient alors qu’il suffisait d’accepter ce qui était. Maintenant qu’il le voyait se débattre en poussant des petits gargouillis, Walter se demanda s’il n’aurait pas été plus prudent de le kidnapper tout simplement. Le soustraire à la couronne française.

Mais ce n’était pas prince Ciel qu’il voulait : c’était Ronce.

La ligne des lèvres se fit plus dure, mue par un désir latent qu’il reconnut enfin.

Tournant les talons silencieusement, il retourna au château d’un pas rapide mais détendu. Peu de questions, peu de réponses.

« Le Prince Ciel ? »

« Resté près du lac à admirer les oiseaux. »


Si des soldats retournèrent au dit-lieu, Walter n’en su rien. Il prit ses affaires qui tenait à si peu d’endroit, se faufila hors du palais en se grimant et partit à l’aventure. Il allait falloir qu’il reste discret. Un assassinat (ou presque) d’héritier à la couronne ne passerait pas inaperçu.

Demain il y aurait surement déclaration de guerre.

Un profond bien-être envahit Wolf tandis qu’il se hissa sur une chariote de paysan, habillé de toile grossière –exit tout signes de richesse dorénavant-. Il était loin d’imaginer qu’à quelques kilomètres de là, le prince Ciel vivait toujours, sauvé par un oiseau merveilleux.

L’aurait-il su, il aurait pris une carabine. De deux pierres, un coup.
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Jeu 7 Aoû - 14:53

Le petit prince Ciel de France, tout absorbé par cette rencontre inespérée, ne se préoccupait guère plus de l'escapade de son agresseur. La vérité, c'est qu'il ne prenait pas réellement pleine conscience de ladite agression. Ciel n'avait jamais été brutalisé, et les éventuels assaillants qu'il redoutait de voir apparaitre se résumaient aux multiples microbes contre lesquels le personnel du château, ainsi que sa soeur, ne cessaient de le mettre en garde. Cette ignorance périlleuse ne permettait pas qu'il pût se méfier des humains, d'autant plus si l'on ajoutait à cela cette petite vanité tout à fait princière qui lui provoquait un vif et tenace sentiment d'infaillibilité. Qui serait assez fou pour attenter à son intégrité ? Il était seul héritier du trône de France, il était frère de Ronce, et même, même qu'il possédait une épée.

Aussi, Ciel ne s'inquiéta point du sort du loup, qu'il fût bienheureux ou funeste, et d'ailleurs il concentrait tout son effort à rattraper les failles de son glorieux mensonge. Il sentait nettement la défiance perplexe du cygne et tâchait de s'empêcher de rougir, car Ciel rougissait facilement lorsqu'il était honteux, mais il était trop transit pour réfléchir entièrement. Il est bien plus difficile de rattraper un mensonge précaire que d'en inventer un tout neuf, tout parfait, et dire la vérité aurait abstenu bien des efforts. Mais cela, le petit prince ne pouvait s'y résoudre !
Sans trop de précaution, il saisit de ses petits doigts blêmes le bout de l'aile du cygne et s’emmitoufla plus profondément entre ses plumes. Elles étaient déjà presque sèches, et de près, on les distinguait séparément de façon très nette. Ciel en fut captivé pendant un long moment. Tant qu'il ne remarquait même pas qu'il claquait des dents.

– Oh, ce qu'elles sont blanches, et longues. Il se mit à écarter les plumes afin d'en étudier la base. M'en donnerais-tu une ? En échange, je peux t'offrir un de mes biens. Ils se trouvent dans ma chambre. Je veux dire... ajouta-t-il précipitamment, dans la chambre que j'occupe pour l'instant. Veux-tu m'y accompagner ? Je possède beaucoup de choses... Par contre, je n'ai aucune idée de ce qui intéresse les cygnes. Je connais surtout les humains. Mais ils ne sont pas toujours très intéressants. Connais-tu des humains, toi ? Est-ce que tu as un ami, quelque part ?

Ciel ne trouvait aucun embarras à assaillir ainsi son interlocuteur de questions, tour à tour loufoques ou intimes. De mémoire, il lui semblait ne jamais avoir rencontré de cygne, et l'être lui paraissait encore plus intrigant que le précédent, auquel il s'était attaché pourtant presque aussitôt. En tous les cas, il valait mieux pour lui. Là où l'un l'avait précipité dans l'eau, le second l'en avait sorti.

– Bien, pas de garde en vue. Allons-y, cygne. Je suppose que les cygnes n'ont pas de nom ?

Il se leva, et eut un léger vertige qu'il tâcha de dissimuler. Le contact de l'herbe commençait à le gratter, et le vent léger s'était changer en brise agressive. Il se gronda intérieurement d'avoir tant hâte de retrouver les murs du palais.


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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mer 13 Aoû - 6:01
Le petit garçon, ainsi faisant, avait bénéficié quelques instant de la douce chaleur émanant du cygne. Le temps d’une embrassade de plumes où Kåre avait taché de faire remonter un peu de rouge sur ses joues décidément trop pâles.

L’oiseau avait tressailli, quand « Merlin » s’était mis à détailler, de ses doigts, chacune de ses plus longues plumes. Non, il n’avait pas l’habitude d’être ainsi manipulé, et rare avaient été les moments où il avait pu partager, une telle intimité. Cette proximité lui était étrange, provoquant de curieux fourmillements, comme s’il était soudainement nanti d’une nouvelle et importante responsabilité.


A la vérité ; le Cygne ne s’était pas même rendu compte d’être apprivoisé. Il assimilait pensif, tout cet étalage de questions et de mots, s’interrogeant sur les réponses à fournir, plus que sur l’identité du petit bonhomme. Et ce dernier l’inquiétait. Oui, il serait plus sûr pour lui, de rentrer quelque part au chaud d’un foyer.

Le regard du cygne, dont le long cou s’était penché vers le petit garçon, le temps de ses assertions, s’était dirigé vers le ciel, tentant de mesurer l’heure. Car comme Cendrillon, Kåre devait faire attention au temps s’égrenant. S’il pouvait toujours fuir loin sous cette forme, il n’était que vulnérable… devenu homme. Le léger vacillement de son protégé balaya ses dernières hésitations.

« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

Il se retint de demander si ça « irait », l’orgueil de l’enfant n’aiderait en rien, à avancer plus vite. Alors, l’oiseau engagea le chemin, de ses pas maladroit, pour laisser passer le petit garçon.

« Tu devrais poser ta main sur mon cou. On ne sait jamais. Je suis moins à l’aise sur la terre ferme. Cela m’aidera à m’équilibrer. Ta chambre est-elle loin ? » - Le prince œuvrait à ne pas heurter la fierté de son hôte en lui offrant de bon prétexte pour ne pas trahir ses faiblesses.

« Cela ne posera-t-il pas problème, que tu me reçoives ainsi chez toi ? Rares sont les humains qui m’accueillirent sous cette forme. Et, pour te répondre ; je veux bien t’offrir une de mes plumes mais… si tu acceptes d’attendre un peu, d’ici quelques semaines, je pourrais même t’apporter tout un bouquet. La mue nous aura touchés, moi et mes frères, et nos plus longues plumes tomberont, nous clouant à terre pour quelques temps. Et tu n’auras qu’à me faire visiter le château, la nuit tombée, en remerciement ! » - Car le norvégien sentait bien, qu’il serait trop tard pour rentrer à temps. Ses frères devraient lui pardonner cette nouvelle et dernière escapade.

« Dans le château de Ronce et de Ciel, (Pour Kåre, ces deux êtres lui semblait aussi proches qu’un souvenir que l’on chérie), cela me parait juste, pour un au-revoir » - murmura-t-il, énigmatique.

« Les humains sont étranges. C’est ce que je connais d’eux. Mais je connais finalement, peu de choses. A part mes frères, je ne suis pas sûr de pouvoir considérer un humain comme ami. Ils sont si fragiles ! Si tourmentés ! Tu ne trouves pas ? Tous ceux que j’ai vraiment approché, étaient de curieux personnages. Peut-être que certains se rapprocheraient de ce que l’on définit pour l’amitié. Je ne suis pas trop sûr. Peut-être auras-tu un exemple qui m’aide à comparer ? »

« Ah ! Tu me demandais aussi mon nom ? Bien-sûr que nous en avons. Bien-sûr, les autres n’en ont pas d’aussi ‘humains’ ».
Le cygne marqua une pause. Il n’avait jamais révélé sa véritable identité, et il était fort à parier que ‘Merlin’ était tout autre. Devait-il, à son tour, se grimer d’un nouveau titre ?

Pris d’une inspiration soudaine, il choisit, contre toute attente, de ne pas mentir. Cette fois, cette fois unique.

« Te confier mon nom, c’est une grande responsabilité. Celui-là même pourrait te mettre en danger. Bien-sûr, si tu es un grand sorcier qui ne craint que l’eau, le froid et la marche – se moqua-t-il gentiment, peut-être en feras-tu fi. A moins que tu ne continues à m’appeler « Cygne », ou « Svane » dans ma langue. »

Ce serait au petit prince, à « Merlin » de choisir ce qu’il voulait de son identité.
Crédit Images: Irina Druchinina


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Dim 7 Sep - 11:48

Chaque mot qui s'extrayait du bec noir inspirait à Ciel les plus profonds émois. Le cygne était différent de tous les êtres qu'il avait pu rencontrer jusqu'alors – bien que cela ne fût pas si difficile, l'entourage du prince se composant essentiellement d'êtres semblables et mornes, comme clonés – et chacune de ses phrases sonnait comme la révélation d'une réalité inconnue, secrète, dont il percevait à présent les contours. Aucun livre ne parlait comme le cygne. Ciel en oubliait la froideur qui grignotait sa chair.

L'expression "sous cette forme" le fit tiquer un peu, et sa tête encore ruisselante pivota vers le cygne, l'expression perplexe. Sous cette forme. Le cygne était donc un... comment disait-on... Un métamophre ? mématorphe ? métamorphe ! Excité intérieurement par sa propre perspicacité, Ciel prit un air grave et fermé, comme s'il gardait précieusement en lui-même cette fameuse déduction...

– Oh, tu as des frères ! Quelle aubaine... Il s'empourpra sous l'effet de ce rustre langage. Je veux dire... C'est une chance. N'est-ce pas ? Je n'ai aucun frère, seulement ma soeur. Et comme je ne la vois jamais...

Il eut une petite moue embêtée. Mais il fut également traversé par la conviction que la rencontre avec son nouvel ami ne saurait être entaché par d'aussi amères pensées. Il se promit à lui-même qu'il ne mentionnerait ni ne songerait même à Ronce de toute la journée !
A nouveau, l'étrange réflexion du cygne le perturba. Certainement percevait-il très vaguement l'ironie qui s'y glissait, mais n'étant pas encore assez mûr pour la saisir tout à fait, cela ne lui procurait qu'un flou sentiment de malaise.

Le brusque sérieux du cygne, lorsqu'il évoqua l'importance des noms et tutti quanti, le prit de cours. Il se prit à angoisser. Lui-même avait menti sur son propre nom – et tant d'autres choses... – et l'idée que le cygne lui fît l'honneur de lui confier son nom, avec tout le bagage que cela impliquait, était effrayante. Voilà pourquoi il répondit finalement, d'une petite voix :

– Tu as peut-être... un surnom ? Un surnom que te donnent tes frères ?

Il tenta de se souvenir de quelle langue provenait le mot "svan". Il pensa à l'anglais, à l'allemand. Mais l'accent du cygne était distinct de ceux-là. Il venait certainement du Nord. Mais que faisait-il par ici ?

– Tu as du faire un long voyage...

Les façades du palais approchaient, et l'anxiété enfla dans le coeur du petit prince. Il ne pouvait décemment pas pénétrer dans l'enceinte du château ainsi (dé)vêtu, en compagnie d'un cygne ! Il se représentait d'ores et déjà l'affolement général.
Se mordant la lèvre, il s'arrêta, la main toujours calée contre le cou gracieux du volatile.

– Nous devrions passer par les cuisines, il y aura moins de monde. Et comme tu le dis, je pense qu'il serait mal avisé que l'on me voit à tes côtés. Je n'ai pas envie d'être embêté. Ma chambre se trouve tout en haut du palais, nous devrons user de prudence... Par contre...

Il rougit et détourna le regard, tortillant ses doigts blafards.

– Je ne sais pas où se trouvent les cuisines. Je sais seulement qu'elles sont au rez de chaussée et qu'il y a une entrée directe. Mais... Je ne m'y suis jamais rendu.

Qu'est-ce qu'un prince aurait pu avoir à faire dans les cuisines ? Il espérait seulement qu'un magicien de renom n'avait aucune raison de s'y trouver non plus...

– Tu es déjà rentré dans un château où tu n'étais pas invité, Svan ?

Il s'était décidé malgré lui.


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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 15 Sep - 5:01

« Tout en haut du palais ? N’est-ce pas un peu curieux pour un invité ? » - sa tête s’était tournée pour ne le dévisager que de son œil droit, comme s’il se mettait à sonder son âme. Quand le petit garçon avait évoqué sa sœur, le cœur du cygne s’était serré. Pas vraiment par compassion, non. Plus un rappel égoïste de sa triste situation. Mais il avait continué l’air de rien, et leur échange se nourrissait d’une curiosité vorace qu’ils étaient, l’un et l’autre, bien en mal d’étancher complètement, multipliant les questions, sans forcément réussir à y répondre.

Kåre s’était rarement senti aussi léger. Le transport de son compagnon était contagieux, l’oiseau faisait preuve de beaucoup d’inconscience à s’exposer de la sorte et un bruit lointain lui rappela qu’ils n’étaient pas forcément tiré d’affaire, ni même en sécurité. Il faudrait aussi peut-être poser des questions au magicien à ce sujet, n’était-il pas en danger ? Le prince était bien placé pour savoir qu’on n’était jamais vraiment sauf.

« Tu es déjà rentré dans un château où tu n'étais pas invité, Svane ? »

Voilà autre chose. Le prince se souvenait avoir déjà « fréquenté » en effet certaines demeures. Parfois même de vieux châteaux féodaux. Et rarement par courtoisie. Le plus souvent, il leur fallait récupérer un objet, ou des personnes. Quand il ne s’agissait pas de tout assiéger. L’endroit ne se relevait pas toujours de la « visite » des Haakonssons. Mais cela lui avait au moins permis d’avoir des notions très générales sur les plans architecturaux les plus courants. Son jeune ami n’avait cependant pas à en savoir autant.

« Plus de fois que je ne saurai dire, Merlin. Aussi, tu n’as pas vraiment à t’inquiéter pour moi. Quand il s’agit de m’échapper, je suis généralement très doué. Mais il est vrai que ne pas passer par les cuisines m’arrangerait. C’est que je ne suis pas très à l’aise dans ces endroits-là. J’y ai un drôle de souvenir, et puis… Rien que l’idée de tous ces congénères qu’on s’apprête à plumer, me donne la nausée. Vois-tu, ce pourrait être un de mes frères suspendus à vos broches… J’ai déjà moi-même failli y passer un jour. – l’évocation des cales culinaires du Black Bird Braille le fit sourire intérieurement.
Es-tu sûr de vouloir passer par-là ? N’existe-t-il pas d’autres chemins plus discrets ? Peut-être à partir des écuries ? Il me semble que l’on y trouve toujours des portes dérobées et elles sont toujours plus faciles à trouver. » - Au pire, la chaleur des autres bêtes suffiraient à le réchauffer complètement. Il aurait sans doute été plus simple de voler jusque-là, mais Kåre pouvait-il laisser le « magicien » en arrière ? Avec ce qui venait de lui arriver ?

« Je t’aurai bien proposé de voler, mais je n’aurai rien pour te retenir, et nous risquerions bien vite de chuter. »
Au jugé, le petit garçon bien maigrelet, ne devait pas peser beaucoup plus que lui. Mais un cygne n’était pas oiseau de proie, et ses ailes robustes, suffisaient à peine à le soulever lui-même (ce qu’il se garda bien de dire). La question ne se serait pas posée s’ils avaient été plusieurs, ou si cela s’était déjà passé en plein air. Il aurait suffi d’être deux, peut-être trois ; et le tour aurait été joué. Pour une fois, il regretta l’absence de ses frères.
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mer 8 Oct - 10:29

Ciel prit un air concentré, mais ce même air se mua en une expression à mi-chemin entre le dégoût et la consternation lorsque Svan évoqua son possible destin. Il n'avait, en tous cas pas encore, fait le rapprochement entre le cygne blanc et duveteux qui marchait à ses côtés, et le cygne rôti, décapité – et mort, bien sûr – qu'il dégustait lors des banquets. Et dire que c'était précisément ce mets que Ronce lui avait offert pour son anniversaire ! Et dire qu'il avait tant apprécié cette chair tendre et délicate ! Un rouge vif s'empara de ses joues tandis qu'il baissait les yeux, incapable de contempler plus longtemps le faciès – est-ce que ce terme est adéquat pour les volatiles ? – de son compagnon.

– Certes, les cuisines ne sont peut-être pas une bonne idée.

Ils continuaient de progresser, longeant à présent les murs du château. Ils ignoraient bien sûr qu'ils se rapprochaient ainsi des cuisines. Ciel ne savait pas du tout où se trouvaient les cuisines.

Les écuries n'étaient pas de meilleure augure à ses yeux. Il n'avait jamais pénétré dans des écuries, pas plus que dans des cuisines. En fait, les lieux qu'il connaissait se bornaient à des lieux très confinés et peu animés, à l'exception des jardins qu'il avait le droit d'arpenter le temps d'une promenade quotidienne et régulée, encadrée de gardes-automates.
Les écuries inquiétaient Ciel à cause des chevaux. Il n'était jamais monté à cheval, quand bien même les ducs et les comtes désireux de s'attirer les bonnes grâces de la reine avaient maintes fois proposé d'emmener le petit prince à une partie de chasse. Ronce avait toujours décliné l'offre dans son habituel mélange dosé de fermeté et de courtoisie. L'art équestre ne convenait absolument pas à la constitution de Ciel. Il risquait de chuter, de se courbaturer, de perdre le contrôle de sa monture ou tout simplement de s'épuiser fatalement. Au fond, Ciel n'en était pas mécontent, car une partie de chasse pour qui entend les voix des animaux, cela n'a rien de plaisant. Ainsi, Ciel ne connaissait des chevaux que ceux qui tiraient les rares carrosses qu'il avait emprunté, et ils étaient si fixes et droits qu'il ressemblait d'avantage à des sculptures qu'à des bêtes. Et puis, dans les écuries, il y avait des tas de fumier, de poussière, de foin, ses bronches ne survivraient certainement pas à cette surenchère de parasites !

Il tentait intérieurement de trouver prétexte à ne pas se rendre dans les écuries lorsqu'une grosse dame – une ÉNORME dame – apparut, extrayant de la bouche du prince une inspiration de surprise.

– Bah ! Qu'est-ce tu fous donc là, toi ? Qu'est-ce c'est qu'cette tenue ?? Tu crois qu'c'est l'moment de patauger, morveux ? T'es censé bosser aux cuisines, point vrai ?

Ciel resta béat. Le regard, perçant, enfoncé, de la dame se posa sur le cygne. Son visage s'illumina et sa lange, grosse comme elle, passa sur ses lèvres.

– Tiens donc, que v'là ! Tu nous as ramené du fameux ! Môsieur a le palais fin ! Pour sûr, c'est la reine qui va être jouasse ! Attrape-le dont avant qu'il s'échappe, le corniaud !

Ciel tremblait. Il trouva le courage de répliquer :

– Je vous prie de m'excuser, Madame, mais vous vous fourvoyez. Ce cygne n'est pas destiné à être mangé.

La femme, les poings sur les hanches, fit les yeux ronds avant d'éclater d'un rire gras et puissant – comme elle, décidément – provoquant de plus intenses tremblements dans le corps chétif du prince.

– Pour qui qu'tu t'prends à parler comme ça ? Un seigneur ? Au lieu de jouer au prince, chope-moi ce bestiau avant qu'il s'envole ! Sinon c'est toi que j'vais embrocher ! Allez, qu'est-ce t'attends, tu veux p'tête un coup de pied au séant pour t'apprendre à obéir ?

Ciel était littéralement tétanisé. La femme interpréta cette inaction comme un signe d'insolence et donna sur la tête de Ciel une tape sèche.

– Dépêche-toi dont, mouscaille !

Sortant à grand peine de sa pétrification, le petit prince saisit Svan et tourna les talons, courant à toutes jambes pour contourner le mur. Il entendit les jurons de la grosse dame le poursuivre comme des chiens après un daim.
Il courait si vite que ses poumons le brûlaient. Des larmes jaillissaient de ses yeux pâles et ses mains se serraient contre le corps du cygne. En tournant à l'angle du mur, il aperçut une bâtisse boisée qui ressemblait aux écuries. Oui, il se souvenait. Tout en courant dans cette direction, il répétait, la voix brisée :

– Oh, comment ose-t-elle, comment ose-t-elle !

Affolé et vibrant, il se précipita à l'intérieur du bâtiment et s'enfonça dans sa pénombre malodorante. Ses doigts étreignaient toujours Svan, et un petit bruit sec semblable à un son d'étranglement laissait penser qu'il l'étreignait un peu trop fort.
Ciel, à bout de souffle, trotta jusqu'à un tas de paille sèche tout au fond des écuries et s'y laissa tomber, éjectant le cygne dans le foin en même temps que lui.

Il se tint ainsi, assis, les genoux repliés et les épaules secouées de sanglots.

– Comment ose-t-elle... Cette femme... Me traiter, moi, de la sorte ! Oh, je la ferai pendre ! Je la ferai guillotiner ! Attends donc que Ronce soit au courant ! Comment a-t-elle osé ! Oh, Svan, je la ferai pendre.

Il ne pouvait arrêter le flux de ses larmes. Jamais Ciel n'avait eu à expérimenté la violence, aussi futile et banale fût-elle. Pour un joyaux qui ne vit que dans son écrin, même un rayon de soleil semble agressif.


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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mer 8 Oct - 17:50
L’élan du magicien l’avait pris de court, jamais Kåre n’aurait pu avancer qu’il se retrouverait balloté dans les bras du petit-garçon, cahotant à moitié-nu, du poids de l’énorme oiseau qu’il serrait aussi fort qu’une poupée. Cette sensation aussi, était nouvelle, quoi qu’un peu oppressante (au point que l’animal en lui ne proteste). Le cygne, avait pu suivre la poursuite de la grosse dame qui ne s’avouerait pas si aisément vaincue, s’il avait eu quelques pouvoirs, s’eut été le parfait moment.
Mais Merlin continuait à courir en soufflant, le cœur (que le norvégien pouvait sentir) battant à tout rompre. Kåre se demanda si tous les cœurs des enfants humains battaient aussi vite. Celui de Grim, paraissait toujours tranquille, même quand il s’y prenait à plusieurs pour venir à bout du colosse, leur frère jouait mollement le jeu un temps, comme s’il était réellement menacé, avant de s’écrouler pour le bonheur des plus jeunes, qui se jetaient sur lui et terminaient souvent tête contre son torse, à écouter ses battements rassurant.

C’était ce petit homme qui, à l’instant, avait bien besoin d’être rassuré. Tout essoufflé, encore véloce, estomaqué et… princier. Quand enfin il reposa l’oiseau tout ébouriffé sur la paille des écuries, Kåre se secoua un instant, lissant nerveusement ses plumes à la place qu’elles n’auraient jamais dû quitter. Laissant là l’instinct sauvage reprendre un temps, le dessus.

Ces propos n’étaient pas très cohérents pour un invité. Non. Il agissait bien plus comme s’il était… maitre des lieux. Et un propriétaire à la fierté tout juste bafouée. Kåre n’avait plus le moindre doute.

« Il faut l’excuser… » - dit-il doucereux.

« C’est que peu de gens ont l’insigne honneur de rencontrer un prince… » - Sa tête s’était tournée, axant son œil gauche et noir.

« … Un magicien. Je veux dire. » Se hâta t’il faussement de se reprendre.

Le cygne n’oubliait pas qu’il représentait aussi un met apprécié, pas plus que le regard qu’elle lui avait lancé. Mais il avait un petit bonhomme à consoler, ce qui dépassait de loin toutes les autres frayeurs qu’il aurait pu… non. DU avoir.
Il s’approcha du garçonnet, et, quoi qu’il n’ait pas forcément apprécié d’être comprimé si fort, posa sa tête contre sa nuque, en l’enveloppant de ses deux ailes.

« Là… Là… Tout va bien. C’est fini. Tu t’es montré digne d’un chevalier des temps anciens ; tu peux en être fier. »

Il faudrait désormais trouver une porte dérobée. Les grandes demeures comme celle-ci, n’avait-elle pas des accès direct aux écuries, pour permettre à leur propriétaires de s’éclipser en toute discrétion ?

« Peut-être qu’un des chevaux connaîtra le moyen le plus rapide de remonter à tes appartements ? » - murmura-t-il.

Puisque le Norvégien n’était pas capable de le demander lui-même (malgré tous ses efforts, s’il y avait compréhension instinctive, il n’avait jamais réussi à communiquer distinctement avec les autres animaux, son côté humain, de loin trop complexe, le rendait un brin curieux), ce serait encore là, à Ciel d’agir. Il était plus que temps qu’on le réchauffe, qu’on lui prépare un bain chaud et des vêtements secs.
Si l’aventure au grand air avait tendance à renforcer, trop de changement d’un coup, pourrait aussi tuer. Ses frères et lui, avaient bien survécu mais… L’enfant ne paraissait pas partager leur robustesse.
Crédit Images: Irina Druchinina
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mer 19 Nov - 22:33

Spoiler:
 


Les mots du cygne, malgré les larmes et l'agitation, parvenaient à s'insinuer dans les oreilles de Ciel jusqu'à trouver écho en sa conscience. Peu à peu, ses doigts, rougis par le contact rêche du foin, cessèrent de frétiller nerveusement, son torse se calma, son souffle aussi. Il ralentit la fréquence de clignement de ses paupières. Seul le froncement de ses sourcils demeurait intact.

Il laissa Svan l'apaiser, le réconforter, et même déblatérer ses suggestions farfelues. Ce ne fut qu'au terme d'un moment qu'il consentit à ouvrir lui-même la bouche. On lui évitait tant ce type d'émois qu'ils le submergeaient de façon quasi surnaturelle...
Les yeux pâles du prince, cernés de larmes éclatées, balayèrent les écuries plongées dans la pénombre. Un cheval ? Un cygne s'adresser à un cheval ? LUI s'adresser à un cheval ? Ciel se leva. Son corps tremblait un peu, d'émotion ou de froid.

Il s'approcha d'un box, au sein duquel un noble animal semblait ruminer. Ses muscles saillants, ses yeux noirs bordés de cils longs, cette bouche immense, encadrée de dents solides... Le cheval avait tout d'un monstre aux yeux du petit prince.
En plus... Autre chose le turlupinait.

Il se retourna lentement vers Svan, dardant sur le volatile un regard grave, intense, mais comme blessé.

– Svan. Tu as bien compris que je ne suis pas un magicien. Tu dois me trouver bien vil, car j'ai menti. Toutefois je peux t'aider tout de même. Je le jure. Me crois-tu ?

Il leva la main pour faire signe au... cyrne, de ne pas répondre. Il redoutait trop sa réponse.

– Je m'engage à te porter secours, cygne. Je vais solliciter le concours de ce... de ce cheval.

Si Ronce me voyait...

Il se retourna vers le cheval, qui le lorgna d'un air curieux, vaguement intrigué, sans cesser de mâcher son foin.

– Monseigneur cheval. Nous accordiez-vous l'extrême sympathie de...

– De quoi donc ?

Ciel sursauta. Le cheval avait recraché son foin et lui répondait, clignant ses grands yeux globuleux et dégoûtants.

– Mon ami et moi devons rejoindre nos appartements et nous avons besoin de vous ! débita-t-il à une vitesse assez impressionnante.

Le canasson mâchonna, cracha, et fixa Svan pendant quelques secondes.

– Qu'est-ce qui m'prouve que l'autre plumeux est digne de confiance ! Mon pote Pissenlit s'en ait fait mordre le troufion par un volatile dans ce genre-là !

Ciel n'avait rien compris.
Ses prunelles écarquillées virèrent sur Svan – il finirait par se tordre le cou – dans l'attente qu'une réponse, voire d'une traduction.

– Svan, as-tu déjà connu un cheval auparavant ? Tu te dois de le persuader que tu es un gentilhomme, j'entends gentilcygne, digne d'une confiance absolue ! N'as-tu pas quelque mérite à narrer en rapport à un cheval ?

Ciel doutait qu'un cygne eût pu vivre un quelconque évènement de ce genre. Mais tout au fond de lui, poussé par une intuition improbable, il avait la sensation que Svan était davantage qu'un cygne ordinaire. Ou autre chose qu'un cygne ordinaire.


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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Ven 16 Jan - 4:01
A l’assertion du petit garçon, le cygne s’exécuta donc et ne pipa mot, attendant qu’il termine. Cela le turlupinait tant ? Qu’était vraiment une identité, un titre, face à l’impulsion d’un cœur, finalement ? Mais il ne pouvait partager ses réflexions, d’une part parce que l’enfant se lançait déjà dans une équestre négociation, et de l’autre… Parce qu’il n’était pas sûr d’être compris.

L’échange, vu la perplexité du petit garçon ne paraissait pas se passer comme il l’aurait souhaité. Malheureusement « Svane » ne parlait pas le canasson, et ne pourrait traduire ce qui se disait qu’à partir des mouvements du corps, des regards et vrombissements nerveux de l'énorme bête. Il comprit intuitivement que c’était sa présence qui posait peut-être problème, ce que les mots du petit prince lui confirmèrent :

« Merlin – dit-il posément – ou qui que tu sois d’autre. Je ne parle pas son langage, il te faudra donc traduire mot pour mot, et sans réfléchir, ce que je te dirais. » Le ton paraissait doux, mais impérieux. Comme si l’oiseau qui s’avançait tranquillement vers le mastodonte était certain de sa légitimité.

Il avait tendu son cou au plus haut, avait gonflé ses ailes pour les étendre, comme s’il s’apprêtait à embrasser l’animal. Semblant soudainement grandit, il tonna, sans pour autant feuler ni montrer aucune autre animosité, vers le cheval qui s’était mis à piaffer nerveusement, ce que Ciel aurait probablement pu traduire comme jurons.

« Humble cheval ; Tu as devant toi deux princes, l’un gouverne ton royaume et pourrait tout aussi bien te faire payer ta défiance, l’autre que je suis, gouverne les airs, et ses pairs. Tu as raison de me craindre. Tu as raison de nous craindre. Car tu le sais sûrement, de cette sagesse que vous, les galopant, avait toujours possédés ; tu sais que nous ne voyageons jamais seul. Et tu sais aussi, ô combien il est préférable de ne pas provoquer notre courroux. »

Le cheval hennissait ce qu’il ne pouvait comprendre, et le petit blond à côté de lui semblait débiter mot pour mot ce que Svane lui avait ordonné. L’oiseau abaissant quelque peu ses ailes, en signe d’apaisement. C'était étrange, combien, transporté par son objectif, Kåre se sentait invincible. Il n'aurait pourtant pas fallu grand chose pour qu'on le piétine.

« Il est certain que si je n’étais pas ce que je disais être, je me comporterai autrement. Et jamais ne m'inquiéterais-je autant du sort d’un homme, s’il ne m’était pas égal en titre, ne crois-tu pas ? » Plus simple, il devait parler plus simplement. Kåre se reprit : « Comporte toi en héros, et sois celui qui nous aide. Nous autres oiseaux, et princes, auront une dette que jamais aucun destrier n’aura pu contracter. Si tu le fais, je m’engage à parler de toi à tous mes sujets, à louer ta noblesse d'âme. Ton nom sera scandé, et personne ne t’oubliera jamais. Ton suzerain lui, te fera porter tout ce qui pourra améliorer ton confort. »

La lumière du soleil avait commencé à décliner, et l’adolescent sentait qu’il était de plus en plus pressé qu’ils soient tous deux, en sécurité. L’urgence et l’adrénaline appuyèrent sa dernière menace de plus de conviction :
« Et Si tu oses mettre mon honneur en doute – il avait relevé ses ailes gigantesques – je n’hésiterai pas à le laver dans ton sang. »

Il y avait quelque chose de cocasse à observer la scène. Celle d’un grand cheval de baie, mis en joue par un tonitruant cygne blanc qu’un petit blond échevelé semblait supporter, presqu’en criant.
Crédit Images: Irina Druchinina


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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mer 11 Fév - 17:19

Que ce fût à cause de son embarras suite au dévoilement de son mensonge, ou parce que le cygne dégageait une assurance tranquille tel qu'il n'en avait jamais connu à son contact, le fait est que le Prince de France ne songea même pas à contester le commandement de son compagnon.
Il traduit sans trop penser – il n'était même pas sûr d'en être capable présentement – le flot continu des paroles de Svan. Son ébranlement ne s'exprima réellement que vers la fin de la tirade, lorsque le mouvement accompagna le propos et que ledit propose se faisait de plus en plus péremptoire. En dehors de Ronce, Ciel n'assistait jamais à une telle autorité, et il fallût que cela vînt d'un oiseau ! La situation avait quelque chose de cocasse, tout de même...

Cocasse mais non moins efficace. A la suite du discours, un silence assourdissant envahit l'étable. Ciel profita de cette trêve pour reprendre son souffle. Il songeait à l'une des phrases proférée par son ami volatile. "Ton suzerain lui, te fera porter tout ce qui pourra améliorer ton confort." Le voilà qui malgré lui, était responsabilisé dans cette affaire... Cela l'inquiéta quelque peu, mais il tâcha de ne rien laisser paraitre. Cela faisait environ dix minutes qu'il n'était plus du tout maitre des évènements de toute façon.

Le cheval était soit très abasourdi, soit très indécis. Ciel ne savait point trop comment interpréter son expression figée. Un peu de foin pendait de ses babines, comme s'il l'avait oublié. Ses yeux se posaient alternativement sur le prince et le cygne.

– Qu'est-ce que c'est que j'peux pour vous ôt' ? finit-il par lâcher.

Ciel mit un certain temps à réagir. Svan avait réussi ! Il fut sur le point de sautiller en criant victoire, mais par instinct il devina qu'une telle exhibition ne serait pas de bon aloi. Aussi se contenta-t-il d'adresser une révérence humble et neutre à l'égard de l'équidé et déclara :

– S'il vous plait... Dis-nous comment rejoindre les appartements royaux. Nous avons froids et sommes fourbus. Je demanderai à la Reine Ronce de te faire livrer des friandises si tu y consens.

Il apprenait vite aux côtés de Svan.
Le cheval cracha et fit signe au prince d'ouvrir la barrière. Le coeur battant, Ciel s'exécuta.

– Voilà le topo. Toi le sang bleu, j'veux dire, le gonze, tu chipes un veston d'écuyer et tu me prends par la bride. Vous, monseigneur, – Il se tourna vers Svan – Tâchez de vous agripper à ma crinière en vous cachant contre mon flanc. Ça va pas être de la tarte mais on peut se tirer de là sans trop de dégâts. Vous aurez plus qu'à vous hisser à une des fenêtres de la façade. Point trop complexe, en somme.

Rien n'avait jamais paru plus complexe à Ciel.
Il obéit toujours, et silencieusement toujours, dénichant un habit d'écuyer bien trop ample et qui se mit à le gratter dès qu'il s'en fut apprêté. Seule la proximité rassurante de Svan l'empêchait de fondre en larmes.
Ils quittèrent finalement les écuries, alors que pour la première fois de sa vie, le petit prince aurait largement consenti, voire préféré, à demeurer dans l'ombre de l'intérieur. Il tâcha de maitriser la cadence de ses pas, comme le faisait le cheval, pour éviter de trahir une hâte suspecte. Hélas, la silhouette de Svan était invisible, dissimulée de l'autre côté du cheval, probablement plaquée contre son encolure. Ciel tentait discrètement d'apercevoir ses plumes nacrées.

Ils contournèrent la façade sans se faire remarquer. On pensait certainement que le cheval s'apprêtait à servir pour la chasse ou le transport. Ciel tentait de ne pas trop réfléchir. Concentration.
Peu à peu, devant l'aisance avec laquelle se déroulait le plan, une sorte d'excitation parvint à succéder à l'angoisse. Hors la loi et malin, incognito, il remplissait tous les rôles auxquels il fantasmait si souvent.

La façade, ombragée et vierge d'hommes. Enfin. Ciel leva les yeux vers le cheval qu'il tenait toujours par la bride. Sans un mot, celui-ci s'arrêta, tourna la tête à gauche et à droite et se cala contre le mur sans donner d'explication. Ciel en conclut qu'il l'incitait à grimper sur sa croupe. Il s'y employa, mais les forces lui manquaient. Son corps n'était point accoutumé à une telle dose de stress sur un aussi long terme.

– Svan... dit-il d'une voix éteinte. Peux-tu m'aider à grimper ? Ensuite, il te faudra vérifier que personne n'est à la fenêtre, puis tu l'ouvriras. Y parviendras-tu ? Il tira sur le col pourtant large de son habit d'écuyer. Diantre, quelle chaleur... Que ne donnerais-je point pour un simple verre d'eau fraîche...

Sa bouche était pâteuse, ses mains raides. Il vit vaguement la silhouette de Svan s'agiter devant lui. On voyait bien que le cygne n'était pas vraiment un prince, lui.


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Eöl

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 25 Mai - 7:07

Si le bout d’homme se sentait dépassé, le grand cygne ne s’était pas douté que la situation allait encore se compliquer. Jamais ne s’était-il ainsi dissimulé (et ce n’était pas mince de le dire, vu sa carrure) aussi inconfortablement (tant pour lui, que pour l’équidé). Il aurait sans doute été plus simple de s’envoler jusqu’au point de ralliement, mais s’eut été abandonné le prince à son triste sort et l’oiseau… ne s’en était pas senti le cœur.

Mais tout de même. Quel étrange stratagème ! Il n’y avait bien qu’un canasson pour proposer des plans aussi alambiqués ! Kåre, n’avait pas pris la peine d’objecter. Ces bestioles, une fois lancées, s’avéraient aussi obstinées que le clan Haakonson en entier ; autant s’y plier et aviser.

La plus étrange chevauchée qu’il n’ait jamais pratiquée, arrivant enfin à son terme, Svane se jura de ne plus jamais monter sous cette forme, tant le mal de mer l’avait tiraillé; l’assertion de l’enfant le tira soudainement de ses reflexions.

Il demeura silencieux quelques secondes.

« … »

Peut-être en avait-il trop fait jusqu’à présent ? Peut-être que l'héritier de France ne le voyait plus que tel le héros des ballades et romans ? Comment diable un oiseau, dépourvu de main, dont les palmes n’avaient rien de pratique, et qui se maintenait par la grâce d’une crinière que son bec pinçait fermement; pourrait-il le soulever ?
Est-ce que le petit garçon se rendait vraiment compte (outre l’image absolument pathétique ; le bec pleins de crins, une de ses ailes en équilibre et les pattes totalement écartées ; Adieu blanche majesté !) de ce qu’il lui demandait ?

Le cygne renvoya une œillade dubitative tout en lâchant les mèches lui empêtrant les naseaux d’un délicat mais non moins débonnaire soufflé. Au loin, les couleurs du ciel déclinaient et l’oiseau n’eut plus vraiment l’heure de s’interroger ou même de s’inquiéter.
Il se transformait !

Là, dans cet espace ouvert où quiconque pouvaient les surprendre, les menacer! Nu comme un vers et dépourvu de tout moyen de se défendre !

Les derniers rayons du soleil avaient chu, comme l’oiseau de sa monture, écrasant lourdement les plants de rosiers qui vinrent le marquer de multiples éraflures. Le ciel se teignait encore d’un joyeux camaïeu, comme si la nature elle-même, gloussait de la scène.

Entre mur et destrier, l’adolescent blond toujours à terre ne put empêcher une série de juron scandinave fusé de ses lèvres pourtant fermées. Entre les pattes du cheval qui le fixait, lui aussi interdit, Ciel devait avoir eu la plus étranges des visions.

« Eh bien, voilà qui résout le problème d’absence de bras. » - s’exclama-t-il jovialement en faisant entendre pour la première fois sa voix, en français.

Il se releva, le plus dignement possible, en poussant le canasson légèrement et passa de l’autre côté. Couvert de terre, de feuilles et de pétales de roses ; Adam n’aurait pu être mieux nommé. Une œillade jetée au canasson :
« Cela ne change rien à notre affaire. Ne te dédies pas de tes engagements. » - lança-t-il, impérieusement.

« Mon prince » Il s’inclina fugacement, le bras croisé sur le cœur. « Il nous faut nous hâter. Ma présence en ces lieux et à tes côtés risque d'attirer l'attention… » - Et de mettre le norvégien en danger.

« Si tu veux bien me permettre… » - Sans attendre la réponse du petit bonhomme, Kåre se saisit de lui pour l’assoir sur l’encolure. Il en profita ensuite pour mieux placer l’animal, de sorte qu’ils puissent tout deux profiter de la hauteur gagnées, à grimper.

Il se propulsa ensuite, avec adresse sur le dos du canasson, entreprenant de s’élever, en bon équilibriste, ne paraissant pas plus perturbé par sa nudité ou l’incongrue de la situation. Il en aurait presque oublié la suggestion de son jeune ami; « Ah! Vérifier l'ouverture de la fenêtre! » - le Norvégien tacha de se grandir pour accrocher pierres, ornements ou la moindre aspérités qui lui serviraient de prise, bandant ses muscles à l'approche de l'ouverture. Un rapide coup d’œil, preuve d'absence de témoin, le rassura assez pour qu'il s'échine à pousser la fenêtre qui bienheureusement était déjà entrouverte. Il fit ensuite le chemin inverse, comme si aucune difficulté ne s'était présentées, et rejoint son petit compagnon sur le dos du destrier.

« Merlin, c’est à toi. » - lui sourit-t-il en tendant le bras, l’assurance tranquille de celui qui ne le lâcherait pas… ni ne tomberait.


PS:
 
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Mar 9 Juin - 15:06

Ciel était un enfant mélancolique et souvent las qui ne connaissait pas plus de surprises que de réjouissances réelles au cours de son existence confinée. C’est pourquoi son visage exprimait à présent la stupéfaction la plus totale. Au fond, il aurait pu deviner que ce cygne était bien particulier pour un simple volatile. Svan était bien plus au fait de la vie de haut rang, des affaires d’un pays, et dégageait une autorité propre aux nobles. Sans compter qu’il n’avait jamais été admis que les cygnes fussent gouvernés, par des princes qui plus est, un détail que Ciel n’avait étrangement pas pris le soin de relever… Mais le petit prince n’avait que sept ans et bien qu’il fût raisonnablement mûr et instruit pour son âge, de tels raisonnements demeuraient difficiles à sa pensée.
D’un autre côté, cet ébahissement fut salvateur, car Ciel était si absorbé par l’ensemble de la vision qu’il n’eut pas le loisir de s’attarder sur la nudité crue – et inédite – de l’homme qui se présentait maintenant devant lui. Immobile, il se laissa porter, transporter, guider, tandis que son cerveau échaudé tentait de mettre de l’ordre dans les évènements qui venaient de se produire.

— Merlin, c’est à toi.

Cette légère taquinerie, car c’en était une, parut extraire Ciel à la profondeur de ses pensées. Il continuait de se fier au jeune homme, clignant des yeux répétitivement comme pour s’imprégner un peu plus de cette apparition fantastique, tout en lui obéissant avec une docilité quelque peu abrutie. C’est ainsi qu’ils parvinrent, d’ailleurs, à se hisser jusque dans la pièce. Il s’agissait d’un petit salon, avec un piano à queues, des étagères, des tables de jeu… Personne ne s’y trouvait, mais des bruits de pas et de voix suintaient des couloirs qui longeaient la salle. Ciel se dirigea mécaniquement en direction d’un sofa et s’y laissa choir avec une lourdeur très inhabituelle. Ses yeux errèrent dans le vide un instant, avant de se fixer sur la blondeur des cheveux d'Eöl, son teint pâle et ses yeux bleus. Il était jeune, plus jeune que ce ne le laissait penser son état animal, son éloquence ou son charisme. On aurait presque pu penser à une version adolescente de lui-même. Cette réflexion bienvenue l'empêchait une fois encore de s'attarder sur ce qui, de fait, aurait du le perturber réellement.

— Pourquoi ne m’as-tu point révélé que tu étais un sorcier ? Voilà qui est bien ironique, je suis un prince qui a prétendu être magicien, tu es un magicien qui a prétendu être prince. Car tu n’es pas réellement prince, n’est-ce pas ? Un prince ne voyage pas ainsi, sans escorte. Tu n’as même pas d’épée !

Et c’est alors, alors qu’il évoquait l’absence d’équipement de son compagnon, que Ciel parut prendre conscience de son absence totale d’apparat. Svan paraissait justement quêter quelque étoffe à se mettre sur le dos. Ciel détourna prestement le regard et croisa les bras sur sa poitrine.

—Et pourquoi t’es-tu transformé ? poursuivit-t-il sans toujours regarder l’ancien cygne. Tu aurais pu attendre d’être certain de trouver quelque habit pour te dissimuler. J’ai présentement de forts doutes sur ta sincérité, et je me questionne sur l’intérêt que j’aurais à consulter ma sœur la reine à ton propos.

Des sons plus près s’échappèrent des murs, augmentant le rythme cardiaque du petit prince, mais ils finirent par s’éloigner – en même temps que le cheval qui prit congé en rouspétant.

—Transforme-toi de nouveau en cygne, car personne ne croira que tu es un prince ainsi accoutré !

Il était très en colère d’avoir été floué, ayant manifestement tout oublié de sa propre tromperie. Cela lui paraissait certainement moins grave de tromper que d’être trompé…

—Svan, est-ce au moins ton nom véritable ?

Au fond de lui, il espérait que malgré qu’il fut humain et non cygne, magicien et non prince, il demeurât son ami.


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MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Lun 24 Aoû - 23:37

Trop de questions étaient posées, trop d'interrogations intrusives. Le prince se sentit vexé. Ne pouvant reprendre la voie des airs, il s'en fut par la voie des terres. Saluant vaguement le prince, refusant tout secours. Un prince, même loin de son foyer, demeure un prince. Il ne saurait demander assistance. On crut que le prince Ciel fut sauvé miraculeusement, et ses récits de cygne prêtèrent à sourire. Jamais on ne connut l'identité véritable de ce bon samaritain.

RP clos


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MessageSujet: Re: [Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.    Aujourd'hui à 6:01
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[Année 0002] J'ai trouvé l'oiseau rare.

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