[Année 0000] On a toujours besoin d'un plus pauvre que soi { Lyubov

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Ronce de France
La belle au bois dormant
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Sam 28 Mai - 22:15

    - Comment ça le carrosse a une roue de cassée ?
    - Voyez-vous même Madame...
    - Je ne critique pas votre point de vue, cocher. Je soulignais simplement le fait que nous avons des problèmes.

    Poings sur les hanches, Ronce embrassa les alentours du regard. Il n'y avait que des arbres dont l'ancienneté était trahi par leur haute taille qui arrivait à masquer partiellement le ciel. Le genre de forêts où se perdre était mauvais signe. Et où passer la nuit était fortement prohibé pour des raisons de survie et de santé. Ronce en était parfaitement consciente et renforçait davantage l'emprise de sa main sur la manche de sa fidèle rapière. Il fallait être puissamment aveugle pour ne pas remarquer que le carrosse appartenait à quelqu'un de bien riche, et que kidnapper le propriétaire rapportait des espèces sonnantes et trébuchantes. Allez savoir aussi si, dans ce pays lépreux les bandits n'aimaient pas se payer un bon coup de sang bleu quand ils en avaient l'occasion.

    En cent ans de rêveries offertes gracieusement par une fée-marraine à la bibliothèque aussi large que variée, on avait de quoi s'instruire sur certains sujets. Et ainsi éviter de se réveiller aussi pucelle d'esprit que le jour de sa naissance.

    Le cocher retourna calmer les chevaux pendant que Ronce réfléchissait au moyen de sortir du guêpier où ils s'étaient mis. Personne n'était au courant de la présence de la Reine de France en Allemagne – Ronce avait tout fait pour passer incognito en prenant les routes délaissées. Et la jeune femme tenait à ce que son identité soit ignorée le plus longtemps possible. Partir chercher de l'aide était le moyen le plus envisageable. Sauf que Ronce n'avait aucune idée du nombre de kilomètres qui l'éloignait de la maison la plus proche. Qui sait si le chemin ne leur prendrait pas toute la nuit, peut-être même allaient-ils se perdre...

    Voyons garde la tête froide, se reprit Ronce en fronçant les sourcils. Nous allons bien trouver une solu...

    Voir un buisson bouger n'est jamais très bon signe. Ce signe annonce souvent qu'un animal peu recommandable va vous sauter dessus, ou que quelqu'un vous espionne à votre insu. Ronce tira la rapière de son fourreau tendant la lame vers les fourrées, traçant une ligne de fer entre elle et le danger potentiel.

    - Inutile de vous cacher davantage. Daignez vous montrer au plus vite.

    Petit mouvement de l'épée pour appuyer ses propos et montrait qu'elle savait s'en servir. Les fourrés bougèrent encore puis une silhouette en sortit. Si maigre que Ronce aurait pu ne pas la voir, si crasseuse qu'on aurait pu la confondre avec les ombres qui s'allongeaient. La reine baissa son arme en signe de paix et pour éviter de blesser l'enfant.

    - Une petite crotteuse. Échappée de l'orphelinat le plus proche, je suppose.

    Ronce avait prononcé ces mots sans aucune animosité envers l'enfant. C'était un simple constat dicté d'une voix neutre. Rangeant son épée dans son fourreau, la reine pencha sa tête vers l'inconnue.

    - Sais-tu où nous pourrions trouver quelqu'un pour réparer notre carrosse ? Ou du moins une auberge avec pas trop de vermine dans les matelas ? Bien sûr nous payerons le service que tu nous offriras.

    Dans les doigts gantés de la reine brilla une pièce telle une promesse de richesse, de bain chaud et de repas.


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Lyubov
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Lyubov
Dim 29 Mai - 14:59
Quelle horrible journée. Comme toutes les autres. On dit souvent que les pauvres arrivent à voir le bonheur dans les choses les plus simples, mais c’était loin d’être le cas de Lyubov qui voyait l’horreur dans tout ce qui l’entourait. Depuis combien de temps n’avait-elle pas sourit ? Inutile de compter, ça faisait très longtemps. Fort heureusement, la blondinette ne s’était pas faite d’illusion en arrivant en Allemagne. Elle avait bien sût que la misère allait lui ouvrir bien grand les bras. Mais il n’y avait plus son père et ses cruels coups de ceintures pour l’accueillir, même si cela signifiait ne plus avoir de toit sur sa tête, c’était déjà mieux qu’avant. Lyubov refusait de dormir avec les autres clochards des rues de la ville, elle préférait de loin le calme et la solitude de la forêt. La russe avait trouvé un charmant bosquet et se collait contre les puissantes racines d’un chêne millénaire pour se protéger, vainement, du froid.

Habituée depuis quelques semaines à rester seule ici, entendre un bruit était étrange… mais surtout très effrayant. La petite sursauta avec effroi avant de doucement s’approcher de la route. Au travers d’un feuillage épais d’un buisson, elle put voir la scène qui se passait. Une femme, un homme, tous visiblement de la haute société à cause de leurs beaux vêtements bien chauds. Ils avaient l’air agités, comme si il y avait un problème quelque part. Lyubov ne voulait pas d’ennuis, et elle comptait repartir vite fait avant qu’ils ne lui tombent dessus. Mais la fillette était loin d’être gracieuse et agile, et le buisson bougea quand elle tenta de s’enfuir de la suite. Elle se mordit douloureusement la lèvre inférieure. Personne n’aimait être espionné et elle allait payer très cher sa curiosité. Elle retint un cri de surprise quand la femme dégaina une épée pour la menacer. Une épée… elle n’en avait jamais vu avant, c’était très certainement une étrangère. Mais c’était le cadet des soucis de la jeune fille pour le moment, on était surtout en train de la menacer avec une arme et on lui sommait de sortir de sa cachette. Avait-elle seulement le choix ?

Devant quelqu’un qui semblait aussi riche, elle se senti encore plus misérable que d’habitude. Elle finit par obéir et se montrer, les yeux baissés de honte. Elle n’osa même pas démentir d’être une échappée de l’orphelinat. Elle aurait largement préféré être à l’orphelinat, c’était mieux que se retrouver dans la rue à peine sortie du berceau à devoir vendre des allumettes pour payer l’alcool d’un vieux fou qui vous bat. Elle ferma instinctivement les yeux quand la femme bougea son arme, craignant un mauvais coup, et les rouvrit pour constater avec surprise qu’elle venait de la ranger. Elle écouta sa requête l’air hagard, et avait les yeux rivés sur la pièce brillante. Cette simple pièce que la femme devait avoir en quantité astronomique, représentait plus d’argent que Lyubov n’en avait jamais eu. Grâce à cette simple pièce, elle allait pouvoir manger convenablement pendant quelques temps. A moins qu’elle ne choisisse de dormir dans un lit. Ou les deux. Tout ça pour un tout petit service ? Pour la première fois on lui demandait quelque chose, c’était cher payé. Mais elle ne se fit pas priée. Depuis le temps qu’elle faisait l’aller-retour entre la ville et la forêt, elle savait comme s’y rendre. Sur place, elle pourrait se repérer pour lui trouver quelqu’un pour son carrosse et une auberge. Elle n’y avait jamais mis les pieds à l’intérieur et n’était pas sûre pour la qualité du service, mais soit. Lyubov jeta un coup d’œil au magnifique carrosse qui semblait bien en mauvais état, et finit par hocher la tête.

« Je peux vous y conduire, euh… »
Comment elle devait l’appeler ? Madame, Milady, mademoiselle ? Elle opta pour cette dernière solution, elle n’avait pas l’air bien vieille. « … Mademoiselle. C’est un peu loin, mais en pressant un peu le pas, nous pourrions y être avant la tombée de la nuit. »

La blondinette remonta un peu son châle sale sur ses épaules, mais serra les dents en jeta un œil à ses pieds nus. Il commençait à faire frais et elle n’avait rien pour les réchauffer. Enfin, c’était moins pire qu’en Russie. Sans plus de cérémonie la petite fille aux allumettes se mit en route à allure rapide. Elle était fatiguée et, affamée, gelée et avait besoin de dormir, mais une pièce pareille, il fallait être folle pour cracher dessus. Elle dormirait mieux tout à l’heure. Lyubov s’élança sur la route sinueuse à distance respectable de la noble, pour éviter d’accorder à cette dernière la honte d’être escortée par une pauvresse. Mais Lyubov traversait rarement la route à cette heure-ci, et ignorer ce qui pouvait trainer dans le coin. Mais elle s’en rendit rapidement compte quand un grand type sorti des fourrés pour se pointer devant elle, une arme à feu dans la main et avec l’intention de s’en servir. Lyubov se retrouva complétement figée par la peur, ne sachant même plus comment hurler. Le bandit la dévisagea l’air déçu, il n’y avait rien à voler là-dessus. Par contre, la lueur dans ses yeux quand il attrapa le mince poignet de la russe indiquait qu’il avait trouvé un autre moyen de l’utiliser, et que ça rimait avec « chair fraîche tombée du ciel ».
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Ronce de France
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Mar 31 Mai - 23:34
    Heureusement qu'il y avait encore des gens serviables en ce bas-monde. Ronce n'était pas dupe du rôle qu'avait joué la pièce. Mais l'enfant aurait très bien pu la lui voler et s'enfuir sans demander son reste. Une telle obéissance démontrait qu'il y avait un fond d'honnêteté chez cette vagabonde ce qui flattait Ronce. N'était-elle pas la première à crier par monts et par vaux que les vices ne sont pas l'apanage des basses classes et que quelques bonnes âmes vivent parmi elles ? Et bien voilà, elle avait là la confirmation de ses propos et la reine en était heureuse comme un coq en pâte.

    Ronce ordonna au cocher de détacher les chevaux du carrosse. Hors de question de laisser les pauvres bêtes ici, c'était clairement les laisser à la merci des bêtes sauvages qui s'en feraient un bien joli dîner. Et puis ils allaient pouvoir les aider. La reine monta sur l'un d'eux, dont elle agita rapidement les rênes pour suivre Lyubov qui avait commencé à cheminer seule. Derrière les deux femmes suivait le cocher menant l'autre monture par la bride.

    Juchée ainsi, la reine pouvait observer à loisir la forêt. Avec le jour déclinant elle devenait plus froide et impénétrable. De curieuses ombres se mouvaient entre les arbres, de forme ni-humaines, ni-animales. Peut-être des fées en manque d'humains à malmener : ces créatures ont un sens de l'amusement très particulier, n'hésitant pas à proférer des malédictions et à entrainer des promeneurs dans des gigues mortelles. Le souvenir de ces histoires racontées durant les veillées arracha un frisson à Ronce. Quelle idée d'avoir oublié de quoi se couvrir...

    Mais le sang et l'adrénaline chassèrent toute trace de froid dans le corps de la Française. Un individu venait de se mettre en travers de leur route. Malgré les quelques mètres qui l'en séparaient, Ronce pouvait voir le regard, tout sauf amical, qui ornait le visage de l'inconnu et trouait sa barbe mal tenue de dents jaunies. Le bras blanc qu'il tenait dans son épaisse main semblait sur le point de se rompre, comme un objet trop délicat.

    Ronce haïssait l'injustice, mais elle s'était faite une raison : elle ne pouvait pas changer le monde d'un claquement de doigts. Mais voir des femmes se faire maltraiter pour la seule faute d'être justement des femmes c'était quelque chose qui lui filait la nausée. Et c'était le cas en ce moment même.

    - Vous, là ! Manant ! Lâchez cette fille !

    La reine saute à bas de son destrier, sortant à nouveau cette rapière qui, décidément, allait devenir un nouveau membre de son corps. Elle entendit bien le cocher lui crier de faire attention, de le laisser régler la situation mais elle n'en eut cure. Une reine devait savoir protéger les autres par elle-même, et non confier la tâche à des subalternes. Fierté et sens du devoir obligent.

    - Allez plutôt vous soulager dans une maison close. Ou auprès d'une chèvre. C'est pas ce qu'il manque dans les environs.

    Pour toute réponse, elle sentit le regard de l'homme se poser sur elle et la détailler d'une façon qui la fit songer qu'on devait poser le même genre de regard sur un morceau de viande. Il ne fallait pas plus pour que le sang se mette à bouillir dans les veines royales. La pointe de la rapière glissa sur le visage du bandit, coupant quelques poils mal taillées à la barbe pour se poser sur le cou gras qui dépassait du col crasseux.

    - Lâchez-la.

    Il fallait qu'elle joue sur la surprise, qu'elle ait l'air de mener la danse. Car Ronce venait seulement de remarquer qu'épée contre arme à feu, c'était souvent cette dernière qui gagnait.


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Lyubov
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Lyubov
Dim 5 Juin - 22:37
Des larmes perlaient déjà aux coins des yeux de Lyubov. Mais comme d’habitude, elle ne se mettrait pas à pleurer. Elle était juste terrifiée par cet homme grand et menaçant qui ne voulait pas la lâcher. On aurait dit son père. Encore avec son père elle savait à quoi s’attendre, mais avec cet inconnu, elle n’en savait rien. Enfin, si elle s’en doutait, mais elle avait peur de comprendre. La petite fille aux allumettes tenta de s’échapper en forçant sur son maigre poignet dans l’espoir qu’il la lâche, mais c’était peine perdue. Dans sa panique, la blondinette avait oublié la mademoiselle qui l’accompagnait quelques mètres plus loin. Elle l’entendit menacer le bandit avec un mot bizarre, et sans préavis, la point d’une épée apparut dans le champ de vision de la russe. Certes, c’était surement pour ne pas perdre sa guide dans une contré si éloignée de chez elle, mais Lyubov ne se souvenait pas d’un seul moment de sa vie où l’on avait pris sa défense. Même sa grand-mère ne faisait rien quand son père s’acharnait sur la petite fille. Elle détournait les yeux, triste de ne pouvoir aider.

Lyubov n’était pas naïve. Une épée contre un revolver ? Le calcul était vite fait. Lyubov était à deux doigts de dire à la dame de s’enfuir pour éviter de se recevoir une balle dans la tête, mais elle se tut. La peur sans doute. Et aussi parce qu’elle ne voulait pas se retrouver seule à seul avec ce type. Aussi vulnérable qu’elle était, la grande dame semblait confiante, et ça rassurait légèrement la petite fille. Légèrement, car elle était loin d’être tirée d’affaire. Le bandit semblait ne plus trop savoir quoi faire. Il avait deux femmes devant lui, le cocher était encore trop loin pour qu’il y fasse attention, et il savait qu’il était en train de mener le jeu. Que faire donc pour profiter impunément des deux ? Il sembla faire son choix sur celle qu’il tenait en main, et qui était aussi la plus chétive, et la tira vers lui, avant de pointer son révolver sur l’autre.

Et puis il stoppa net. Son regard semblait troublé par un quelconque déclic. Et puis il lâcha la blondinette, et se mit à courir en hurlant « de l’or, de l’or ! » Le bandit s’accroupit sur une motte de terre et s’empressa de fourrer de la boue dans les poches, en dévorant du regard la terre devant lui. Certes, elle était tirée d’affaire, mais Lyubov se recroquevilla sur elle-même, ses mains sales sur la tête. Bon sang, ça recommençait. Encore une victime non voulue des visions qu’elle imposait aux autres, autant qu’à elle-même. De son côté, elle commençait à s’habituer, et elle parvenait parfois à différencier le vrai du faux. Mais pour le contrôler, c’était une autre histoire. Par miracle, cela arrivait aux gens qui lui voulaient du mal parfois, mais la plupart du temps, une personne à côté d’elle devenait complétement folle sans raison. La pauvre blondinette culpabilisait tellement…

Mais l’instinct de survie prônant sur le reste, quand le cocher les avait finalement rejoint, la petite blonde attrapa timidement la manche de la Reine en murmurant.

« Il faut partir Mademoiselle. Il ne restera peut-être pas longtemps dans cet état… »

Comment expliquer ce qui lui arrivait ? On la prendrait pour une folle, il fallait qu’ils croient qu’elle ne savait pas du tout ce qui se passait. Voyant qu’un être aussi misérable et sale qu’elle était en contact avec les vêtements d’une personne aussi fortunée, elle se mit à rougir et à baisser les yeux en retirant vite sa main. Comme si l’étoffe était brûlante. Sans plus de mot, elle se mit en route vers la ville, ils la rattraperaient très vite à cheval.
Lyubov
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Ronce de France
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Lun 6 Juin - 23:25
    En toute franchise Ronce avait eu peur quand le bandit avait bougé, craignant qu'il abaisse le chien de son fusil. Ses doigts s'étaient alors crispés sur son épée blanchissant ses jointures. Elle s'attendait à devoir se jeter à terre pour éviter la balle quand le bandit lâcha sa proie pour se jeter à plat ventre. La reine le regarda gratter la terre comme un chien qui veut déterrer un os. Etait-il devenu fou ? Le bandit avait même laissé son arme sur le sol, comme s'il n'en avait plus besoin. Plus rien ne comptait pour lui que cette terre noire qui glissait sous ses ongles et dont il emplissait ses poches. Ronce eut une moue de dégoût quand le bandit embrassa une motte avec des airs béats. Comment avait-il pu changer de comportement aussi rapidement ? Peut-être n'était-ce qu'un pauvre fou dont le comportement était aussi improbable qu'imprévisible.

    C'est pas avec ce genre de rencontres que l'Allemagne allait remonter dans l'estime de Ronce.

    Constatant que le bandit avait totalement oublié leur présence, la reine s'approcha à pas de loups et ramassa le pistolet laissé à terre. Une arme de plus ne serait pas de trop si de nouvelles mauvaises rencontres se profilaient. La reine sentit qu'on tirait légèrement sa manche et se tourna vers Lyubov qui retira immédiatement sa main. On pouvait voir une légère trace noire là où la vagabonde avait osé touché la reine. Mais celle-ci ne fit aucune réprimande sur ce geste. Les paroles de la jeune fille lui rappelaient que le danger n'allait pas attendre qu'ils reprennent la route pour leur sauter dessus.

    - Vous n'avez point tort. Cocher. Prenez ceci. Je pense que vous saviez manier cette arme. Ne faites pas l'innocent, je vous ai vu vous entrainer avec les garçons d'écurie dans la cour.

    Ronce ne fit aucun commentaire sur la gêne qui se lisait sur le visage de l'homme et reprit place sur son cheval. Mais au lieu de reprendre sa place en arrière du cortège, la reine fit avancer sa monture pour arriver aux côtés de Lyubov. Se penchant sur le côté, elle tendit sa main gantée à la petite fille.

    - Montez. Ainsi vous ne serez point une proie facile pour d'éventuels autres bandits. Et nous irons plus vite à cheval qu'à pied.

    Lyubov n'étant de toute évidence pas assez rapide à l'action, Ronce fit un signe de tête au cocher qui souleva la demoiselle – vu sa maigreur, elle ne pesait pas plus qu'un fagot de bois – et la jucha devant la reine. Cette dernière claqua de la langue et le cheval avança de sa démarche chaloupée de cheval royal. Ronce pouvait sentir le corps malingre pressé contre elle et les os durs pointant sous la peau. C'était la première fois de sa vie que Ronce était confrontée à une victime de la pauvreté. Elle avait bien aperçu quelques mendiants dans la cour, mais ce n'étaient que des silhouettes inconnues. Alors qu'elle avait échangé quelques mots avec Lyubov et que son corps était posé juste devant elle. La bile lui remontait dans le gosier alors qu'elle songeait à ce qu'avait pu vivre cette enfant. Tandis qu'elle vivait comme une reine dans le luxe et l'opulence.

    Il faut que je veille à ce que tout progrès que je ramène en France n'ait pas de mauvaises répercussions sur le peuple. Comme, par exemple, enrichir les riches et appauvrir les pauvres.

    - Mademoiselle ?
    - Hm, oui cocher ?
    - Nous arrivons à un embranchement.
    - Certes. Alors petite quel est le bon chemin ?

    Il faudrait qu'elle songe à cesser de plonger dans ses pensées dans les moments inopportuns.


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Lyubov
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Lyubov
Ven 10 Juin - 21:29
N’importe quelle jeune fille aurait surement les nerfs à fleur de peau après avoir failli être la malheureuse victime d’un bandit. Lyubov avait les doigts et les jambes qui tremblaient un peu, mais les mauvais traitements infligés par son père lui avaient donné la capacité de vite se remettre de ses émotions. Et ce n’était pas spécialement une bonne chose. D’habitude, elle était si ragoutante et sans le sou que personne ne prenait le temps de se pencher sur elle. Elle n’avait que des haillons et des allumettes. Même pas de chaussures. Jamais on avait voulu la violenter de cette façon, sa grand-mère l’avait brièvement mise en garde contre les hommes, du fait qu’elle grandissait et qu’ils serraient de plus en plus nombreux à la vouloir. Pourtant ça lui paraissait insensé, il y avait mieux qu’une crasseuse dont le dernier bain remonte à des mois, en haillons, et tellement mince qu’on voyait à travers. Et ce partout dans la rue. Des femmes magnifiques sortant de la maison close qu’elle avait pu apercevoir. Lyubov avait l’esprit tranquille, personne n’irait l’agresser pour une telle raison. Il fallait être vraiment stupide.

La russe s’aperçue très bien que la mademoiselle l’inviter à monter à cheval. Mais elle ne bougea pas. « Je… je ne sais pas monter… » Fit-elle piteuse avec un regard désolé. La blondinette n’avait jamais vu de cheval. C’était plutôt rare en ville il fallait dire… d’ailleurs elle n’avait jamais vu de carrosse non plus, ça ne se faisait plus en Russie et en Allemagne. La reine ne l’écouta pas et demanda à son cocher quelque chose. En moins de temps qu’il fallait pour le dire, Lyubov se retrouvée portée dans les airs avec une facilité déconcertante, et posée à califourchon sur le cheval, le dos collée à Ronce. C’était la sensation la plus désagréable qu’elle ait pu ressentir. D’ici, c’est fou comme le sol était loin… La grande blonde faisait avancer son cheval avec assurance, et la petite devait regarder l’horizon pour ne pas avoir le vertige. Les minutes s’écoulaient, et elle ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise, pour être ainsi collée à la noble dame. Même si elle n’avait pas vraiment eu le choix.

Ils arrivèrent à un embranchement, et elle n’eut aucun mal à indiquer le bon chemin. L’habitude, bien que Lyubov avait un assez bon sens de l’orientation et qu’elle ne se souvenait pas de s’être perdue un jour. Lâchée dans la rue rapidement, elle s’était vite mise dans le bain, la Russie est un pays traître. Il n’eut fallu pas longtemps aux deux chevaux et aux passagers pour arriver à la ville. Et déjà ils attirèrent quelques regards curieux, disons qu’on ne voyait pas des cavaliers tous les jours à cette époque de l’automobile. D’ailleurs, Lyubov commençait à se demander s’ils allaient pouvoir réparer leur carrosse. Certes, une roue à changer n’était pas spécialement impossible, mais Lyubov n’avait pas la sienne infuse à ce niveau. La petite fille leva le nez pour regarder le ciel et constaté que la nuit était tombée. Trop tard, si il avait quelqu’un pour reparer leur engin, il devait déjà être en train de se saouler au bar alors que sa femme et ses gosses étaient en train de l’attendre chez eux. Triste quotidien, mais tellement normal aux yeux de Lyubov qu’elle n’arrivait pas à les plaindre.

« Mademoiselle ? »
Interpella la petite blonde. « C'est trop tard pour faire réparer votre carrosse. C’est mieux d’aller dormir et d’attendre demain. » Pas vraiment élégant, mais Lyubov venait de la rue et ne savait pas parler de façon assez digne. C’était déjà un miracle qu’elle puisse se débrouiller aussi bien en aussi peu de temps avec une langue étrangère. Mais la rue était la meilleure école pour ça.

La blondinette réfléchit aux différents hôtels qu’elle connaissait, et surtout lequel serait assez distingué pour une femme noble et fortunée. Elle leur montra la route pour un qui semblait assez bien pour eux. Alors qu’ils venaient de descendre des chevaux, elle ajouta :

« Voilà, je serais ici demain matin pour vous conduire. Bonne nuit mademoiselle et monsieur. »


Elle n’aimait pas vraiment dormir dans les rues d’Allemagne, préférant le calme de la forêt. Mais une pièce valait bien ça. Bien sûr, elle aussi crevait d’envie de dormir dans un bel hôtel comme ça, mais vous n’y songez pas ?! A peine qu’elle poserait un pas dedans, qu’on la virerait à coup de gifle. Et puis avec quel argent ?
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Ronce de France
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Mar 14 Juin - 18:38
    Elle devait être reconnaissante à la petite gueuse : sans elle ils ne seraient peut-être pas parvenus jusqu'à la ville. La forêt était encore toute proche faisant bruire la vie de créatures nocturnes, mais ce soir ils auraient quatre murs pour les protéger. Descendant de sa monture, Ronce fouilla dans sa bourse pour tendre la pièce dûment méritée à Lyubov. Une belle pièce ronde et dorée qui emplissait la main crasseuse de la petite.

    Ce n'est que lorsque Lyubov leur souhaita la bonne nuit que la vérité lui revint en pleine figure. Laissant le cocher l'attendre avec les chevaux, elle retint la gamine par l'épaule.

    - Tu n'as aucun endroit pour dormir, n'est-ce pas ?

    Le regard que lui lança Lyubov fut plus éloquent que n'importe quel discours. La main de la reine se détacha de l'épaule nue et froide. Elle ne pouvait pas emmener l'enfant avec elle. C'était impossible. Si Ronce commençait ainsi, elle n'en aurait jamais fini : à elle seule Ronce ne pouvait pas aider tous les enfants abandonnés dans les rues. Et aucune auberge, aussi pauvre soit-elle, n'accepterait une cliente sans le sou et dans un tel état.

    Mais Ronce s'était entichée de la petite et n'aurait pas la conscience tranquille en la sachant seule, dehors, en pleine nuit. Elle ne pourrait pas se coucher dans un lit sans songer à cette enfant prostrée dans une ruelle. Alors que devait-elle faire ? L'emmener avec elle dans l'auberge ? Aussi fantasque soit-elle, l'idée plaisait à la reine. Elle en échangea même quelques mots avec son cocher qui voulut l'en dissuader mais il dut se résigner. On obéit à une reine, même à ses désirs les plus bizarres qui soient.

    Avec l'air amusé d'une petite fille qui va mener une grosse bêtise au nez et à la barbe des autorités, Ronce se pencha vers Lyubov.

    - Je vais t'offrir un toit pour la nuit, mais il va falloir m'obéir sans discuter. D'accord ?


    - Mademoiselle du Dormant ? Signez ici je vous prie.

    D'une main experte Ronce traça une signature toute en déliées et illisible au bas du registre. Surtout ne laisser aucune trace de son passage ici. Elle devait continuer à jouer son rôle de de bourgeoisie assez riche pour s'acheter un nom noble. Et surtout éviter de rire parce qu'elle avait obligé son cocher à jouer le rôle du mari : la livrée était assez richement fourni pour troubler les non-connaisseurs. Une femme seule, aussi émancipée soit-elle aurait paru louche.

    - Votre chambre est la troisième à droite. Voulez-vous que je vous porte vos bagages ? Un repas ?
    - Pour les bagages nous n'avons rien, nous avons rencontré quelques... incidents sur la route. Pour le repas ce n'est point de refus. Mon mari viendra le chercher.

    Ronce poussa le cocher devant elle avant que son visage ne trahisse son rôle. A son tour elle gravit les marches, mais son fort boitement intrigua l'aubergiste.

    - Vous vous êtes blessée madame ?
    - Oh ce n'est rien. Un peu de repos et il n'en paraitra plus.

    La reine afficha un immense sourire courtois et attendit que l'aubergiste retourne à ses occupations pour parvenir jusqu'à l'étage. Ce n'est qu'arrivée dans la chambre, la porte close derrière elle que Ronce put enfin abandonner son masque. Relevant ses jupons, elle découvrit ainsi une petite fille accrochée à sa jambe.

    - Tu peux sortir, il n'y a plus personne. Jean, allez nous quérir le repas. Je préfère éviter toute visite intrusive.

    Le cocher hocha la tête puis quitta la pièce. Ronce se laissa choir sur un des lits puis entreprit de dénouer son épaisse chevelure. Épingles à cheveux et autres bijoux tombaient sur ses genoux.

    - On pourra dire que nous avons bravé l'autorité en ces lieux. N'est-ce pas excitant ?

    Ce n'était plus une reine mais une petite fille fière d'avoir bravé l'interdit et heureuse d'être l'héroine d'un roman d'aventures.



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Lyubov
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Lyubov
Sam 18 Juin - 2:31
Non. Elle n’avait aucun endroit pour dormir. Même à l’époque où elle avait un toit sur la tête, Lyubov fréquentait déjà régulièrement la rue. Soit pour échapper à son père, soit parce que ce dernier l’avait viré de la maison sous le coup de la colère. La blondinette était misérable, dans l’ensemble, elle était habituée, mais devoir avouer comme ça sa faiblesse, c’était plus dur. La russe fixa la reine, sachant bien que son regard trahissait sa position, et ensuite pointa son regard vers ses pieds nus. Lyubov n’était pas très courageuse, la seule fois où elle avait défié l’autorité, c’était quand elle avait décidé de prendre le train de façon clandestine. Elle ne voulait pas se risquer à recommencer, elle crevait de peur de se faire prendre.

Occupée à retourner la pièce d’or entre ses doigts, la dévorant du regard en se demandant ce qu’elle allait pouvoir s’acheter avec. Pourquoi pas de nouveaux vêtements ? Une jolie robe, un manteau bien chaud… des chaussures ! Oui, quelle bonne idée ! De quoi habiller ses pauvres pieds. Mais cela attendrait, tous les magasins étaient fermés. Lyubov était tellement absorbé par la contemplation de son argent, qu’elle sursauta quand Ronce lui adressa à nouveau la parole. Elle était encore là ? Qu’est ce qu’elle attendait pour aller se réchauffer ? Pourquoi lui adresser encore de l’attention ? Elle était qu’une traine-guenille après tout. Personne ne lui avait jamais témoigné de l’attention avant… Et elle n’était pas au bout de ses surprises avec cette femme.

***

C’est avec soulagement que la petite blonde s’extirpa des jupons de la dame. Elle avait manqué de trébucher un nombre incalculable de fois à force de marcher accroupie entre les jambes de la reine. D’autant plus que la peur de se faire attraper était insupportable. Si on la découvrait, on allait surement la battre, lui faire du mal. Mais l’envie de dormir au chaud la hantait régulièrement et elle finit par obéir sans faire d’histoire. La grande dame était assise sur un des lits un grand sourire au visage, et libérant une magnifique chevelure dorée. Pourtant Lyubov resta stoïque. Elle ne trouvait pas spécialement amusant de défier l’autorité, pour elle, l’autorité était un père qui avait une ceinture qui claquait. En fait… Lyubov s’aperçut qu’elle ne trouvait rien d’amusant. Elle n’avait jamais joué avec les autres enfants, fait des bêtises, ou rigolé de bon cœur. Pour elle, c’était du temps perdu, pas quelque chose qui permettait de survivre ou de gagner sa vie. Et puis de toute façon, qui pourrait s’amuser avec elle ? La blondinette n’avait jamais eu d’amis autre que sa grand-mère. Grand-mère était la femme la plus gentille du monde, mais elle n’était pas très rigolote non plus.

Voyant qu’elle ne répondait rien, elle eut peur que la dame le prenne mal. Elle voulait parler, mais ne savait pas quoi dire. La remercier, déjà, c’était bien. Lyubov ne fut jamais plus sincère que quand elle dit.

« Merci, mademoiselle. C’est un gros risque que vous avez pris… en plus, je vous ai salit. »

Ça n’avait ni queue ni tête, dit comme ça. Mais Lyubov venait de remarquer la trace noir sur la robe de la dame, surement faite quand elles étaient sur le même cheval. Et Lyubov avait honte. Elle ne savait pas vraiment si c’était la honte d’être elle-même ou de l’avoir salit, mais surement un peu des deux. La petite avait le rose sur ses joues crasseuses.

Elle poussa un hoquet de surprise quand elle entendu qu’on toquait à la porte. Et elle ne se fit pas priée pour se cacher derrière un meuble, ne voulant surtout pas être renvoyée. Fausse alerte, c’était juste le chauffeur qui revenait avec le repas. Un repas de colosse, Lyubov avait une indigestion juste en regardant le plat. La petite fille aux allumettes ne bougea pas, planquée derrière l’armoire, n’osant pas faire un geste. Le chauffeur n’avait pas l’air d’accord pour que cette souillon reste ici, et quelque part, il lui faisait peur. Les cicatrices dans son dos commencèrent lentement à la lancer, lui rappelant des souvenirs douloureux.

Elle sortit lentement de sa cachette quand la dame la rappela à l’ordre. D’ailleurs, ça avait aussi l’air de l’amuser. Lyubov ne comprenait pas pourquoi. Mais la dame était riche, elle pouvait penser ce qu’elle voulait.

« Dites, mademoiselle… »
Fit Lyubov doucement, alors qu’elle n’avait toujours pas osé se mettre à manger. « … d’où venez-vous ? Vous n’avez pas l’accent allemand, ni russe… »

La petite fille aux allumettes rougit jusqu’aux oreilles et rentra la tête dans les épaules, gênée de son outrecuidance. Pourquoi avait-elle posé cette question ?! Elle était folle ! C’était pas le bon soir pour être curieuse. Mais bizarrement, même avec tout ce qui se passait autour, Lyubov se sentait bien avec Ronce.
Lyubov
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Ronce de France
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Lun 27 Juin - 18:48
    Ronce secoua l'épaisse crinière qui lui servait de chevelure et en sentit tout le poids qui tirait sur son crâne. Un jour ou l'autre il faudrait qu'elle se les coupe, mais pour l'heure elle ne se préoccupait pas de telles questions d'esthétisme. A la vue du banquet amené par Jean son cocher, son estomac émit une plainte qui n'était ni délicate, ni royale. Mais elle était spontanée. Toute émoustillée, la reine tapota la main de l'homme.

    - Grand merci Jean. Vous auriez du finir acteur. Viens donc manger avec nous, petite. Je ne suis guère friande de chair humaine. Puis tu as la peau sur les os.

    La reine prit place après avoir désigné la seconde chaise libre qui restait. D'un regard elle avait laissé Jean s'installer au bord du lit le plus proche. Elle aimait bien cet homme mais n'appréciait guère les regards qu'il lançait à l'enfant. Etait-ce sa faute si elle était sale, sec comme un coup de trique et maigre comme une allumette ? Demeurant sur ses gardes, Ronce attrapa une cuisse de poulet qu'elle mordit à pleine dents. Voyant que Jean levait les yeux au ciel devant un comportement aussi peu princier, Ronce lui écrasa le pied. Tiens ça lui apprendrait.

    « Dites, mademoiselle… … d’où venez-vous ? Vous n’avez pas l’accent allemand, ni russe… »

    Ronce avala le morceau de viande qui lui était resté dans le gosier. Laissant ainsi le temps à Jean de s'incruster dans la conversation avec une subtilité toute masculine.

    - Cela ne te regarde pas petite. Si ça ne tenait qu'à moi, tu coucherais dans le foin avec les chevaux. Profites de ce que tu as et n'en demande pas plus.
    - Jean... (Ronce avait prit une voix sereine, mais non dénuée de menace) Vous ai-je demandé votre avis ?
    - Ma reine, je ne mets pas en doute vos décisions, mais vous devez reconnaître que nous devons rester incognito. L'argent délie toutes les langues, surtout celle des nécessiteux.

    Pour appuyer ses dires, le cocher posa son regard sur Lyubov. Regard qui se fit soudainement flou et éteint. La tête de Jean s'écroula face contre la table. Quelques instants passèrent avant que des ronflements ne se fassent entendre. Avec un soupir qui trahissait une habitude, Ronce souleva son cocher par les aisselles et l'allongea sur un des lits.

    - J'espère avoir pas été aller trop loin cette fois...

    Se parlant à elle-même, elle remit ses gants, de fins gants de velours qui lui montaient jusqu'au coude. Clignant de l'oeil, elle posa un doigt sur ses lèvres avant de reprendre place et de s'attaquer aux confitures.

    - Excuse Jean, il a son petit caractère. Mais je l'aime bien. Je déteste me servir de ce pouvoir mais sans ça, il nous aurait ennuyé toute la soirée avec ses morales.

    Voyant que Lyubov n'osait pas se servir elle-même, Ronce lui glissa quelques morceaux dans son assiette. Comme une mère qui veut nourrir son enfant et ne lui choisit que les bons morceaux. Elle lui plaisait la petite avec son côté timide et sa politesse. Dommage qu'elle ne puisse pas l'adopter. Cela ne ferait que leur attirer des ennuis à toutes les deux.

    - Avec tout ça je n'ai pas répondu à ta question. En fait je viens de France, ça doit expliquer mon très mauvais accent... Mais tu connais l'accent russe ? Tu viens de là-bas ?

    Ah les femmes et leur curiosité mal placé. Ronce s'était penché vers Lyubov, quêtant la moindre réponse qui franchirait ses lèvres. Allez savoir quelle histoire avait vécu l'enfant jusqu'à ce jour. En tout cas cela promettait sûrement des larmes.


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Lyubov
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Lyubov
Ven 1 Juil - 16:44
Mon dieu mais il était mort ?! Lyubov resta tétanisée un moment en voyant le corps inanimé de Jean, mais les ronflements qui en étaient sortis la rassurèrent avant qu’elle n’ait le temps de s’évanouir. Bien sûr, il l’avait disputé juste avant, mais qui ne l’aurait pas fait ? La petite fille ne n’avait pas mal prit, elle avait juste baissé les yeux de honte, car elle savait qu’elle avait fait une bêtise. La blonde pensait se taire et obéir, tout simplement parce qu’elle était habituée aux coups si elle disait quelque chose. Est-ce qu’elle pensait que Jean serait capable de la frapper ? Bien sûr que oui ! Mais Ronce lui avait fait quelque chose, et il dormait. Comment elle avait fait ça ? La blondinette avait bien une petite idée, mais elle se refusait d’y croire. De croire qu’elle n’était pas la seule dans ce cas. Elle releva timidement la tête vers Ronce quand cette dernière parla de pouvoir. Pouvoir ? Pour Lyubov, une telle capacité était démoniaque, offerte par l’Enfer. Pas un don ou un pouvoir, une malédiction ! Ronce semblait bien le vivre elle… même l’utiliser quand ça la chantait, sans aucun complexe. Mais comment elle faisait ?

La dame semblait vouloir qu’elle approche et lui glissa même de la viande dans une assiette. Lyubov avait tellement faim qu’elle l’aurait aussi volontiers mangé avec les mains. Mais elle regarda ses doigts sales. Ça allait gâter le goût de la viande, alors elle prit des couverts, et commença à manger lentement. Apprécier le goût des choses, alors qu’elle était parfois condamnée à se ronger le bras pour ne pas mourir de faim. Inutile de se presser, elle avait toute la nuit pour manger. Elle était toute seule avec Ronce, la seule personne qui lui voulait du mal était en train de dormir profondément à côté. Enfin, Lyubov pouvait respirer normalement. Elle ouvrit même à la dame un de ses rares sourires, mais sincèrement et plein de gratitude pour sa bienfaitrice. Mais la petite fille aux allumettes restait sur ses gardes, elle savait que ce n’était que pour ce soir.

Après quelques temps, Ronce finit par lui poser une question, lui demander d’où elle venait. Luybov reposa son verre d’eau, et détourna les yeux, gênée.

« Oui. Je viens de Russie. »
Ronce la regarda avec des yeux bizarres. Comme si elle voulait en savoir plus. Des yeux d’enfant attendant la suite d’une histoire. Sauf que Lyubov n’avait pas une jolie histoire à raconter, il n’y avait rien de passionnant, et surtout rien de joyeux.

La blondinette chercha à fuir ce regard un instant, ne voulant pas vraiment raconter sa vie, mais finalement, elle succomba. Peut-être parce que c’était la seule fois qu’on s’intéressait à elle.

« J’ai pris le train pour venir ici. En Russie, il fait encore plus froid. Et puis y’a père là-bas, et il m’aime pas beaucoup. En fait, j’ pense pas que père aime beaucoup de choses. J’en avais marre de vendre des allumettes, alors quand grand-mère est morte, j’suis partie. Même ici, personne achète d’allumettes. Mais je suis tranquille. Alors ça me va. »


La blondinette se mordit la langue inférieure, laissa ses couverts pour se tripoter les mains. Il y avait quelque chose qu’elle n’avait pas dit. Quelque chose qui la rendait lentement mais surement folle à lier. Elle se gratta la nuque, racla la gorge et finalement reporta son regard sur Ronce. Pourquoi ne pas lui faire confiance ? C’était bien elle qui avait parlé de pouvoir non ?

« Enfin… non, ça me va pas trop. Parce que y’a un truc qui s’est passé, ça a rendu père complétement fou. Et moi aussi je crois. J’ai pas trop envie d’en parler, mais faut bien vous prévenir, au cas où… »
Elle baissa les yeux avant de reprendre. « Le bandit tout à l’heure sur la route, c’est à cause de moi qu’il est parti. Il a vu un truc et il a cru que c’était vrai. Mais c’est pas vrai. Moi aussi ça m’arrive. Si vous voyez quelque chose de bizarre, faut pas s’inquiéter, hein ? J’peux pas m’en empêcher, je sais pas quoi faire. »

Lyubov n’avait pas le vocabulaire suffisant pour parler d’illusion ou de mirage. « Truc » c’était tout ce qu’elle trouvait pour en parler. Elle dirigea son regard sur Jean qui dormait toujours.

« J’voulais vous en parler, parce vous aussi vous faites des choses bizarres. Comme faire dormir le monsieur là… Et j’en ai jamais vu d’autres avant. »
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Ronce de France
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Ven 8 Juil - 0:00
    Ronce s'était attendu à une telle histoire pleine de pathos. Mais ça faisait toujours mal à entendre, surtout avec ce ton comme si tout ceci était parfaitement normal. La jeune femme avait peut être cent ans de retard, mais pas sur ce sujet. Tout ce qu'avait dit Lyubov n'aurait jamais du se produire. Mais la vie était injuste, et Ronce ne pouvait pas tout changer en un claquement de doigts. La nourriture dans sa bouche avait un goût amer, mais la jeune femme l'avala quand même tout comme elle avala les larmes qu'elle aurait voulu répandre sur les blessures de Lyubov.

    Voilà que la petite baissait les yeux comme une bête traquée. Elle parlait de choses curieuses, de choses qu'elle ne contrôlait pas. Ce n'est que quand elle compara cela au pouvoir de Ronce que cette dernière comprit. La jeune femme prit la main de Lyubov dans la sienne, voulant lui faire comprendre qu'elle n'avait rien à craindre. Pauvre enfant, elle tremblait !

    - Tu dois pas le savoir mais... il arrive que des gens aient des pouvoirs. Ça dépend des gens, personne ne peut expliquer ça. Parfois c'est à cause d'une fée, tu sais... enfin non tu ne sais peut-être pas mais elles aiment offrir des pouvoirs aux gens. Sans toujours leur demander leur avis.

    Ronce en savait quelque chose. Avait-elle demandé à cette fée de lui filer une malédiction ? Tout ça parce que ses parents lui avaient préféré une collègue pour jouer le rôle de marraine et de donneuse de don. Cette dernière avait eu du mal à rendre le don moins lourd à porter. Ronce avait hérité d'un sommeil de cent ans au lieu d'une mort rapide – mais complètement idiote. Mourir en se piquant à un fuseau, quelle idée. Les fées avaient décidément de drôles d'idées.

    - Moi par exemple, j'ai eu ce pouvoir à cause d'une fée. Je suis capable d'endormir les gens en les touchant. C'est pour ça que je porte des gants sinon... bonjour les problèmes.

    La jeune femme tritura ses gants, se rappelant de ses premières expériences avec son pouvoir. Elle se souvint du petit chat qui était tombé à ses pieds alors qu'elle le caressait. Elle s'était mise à pleurer croyant l'avoir tué. Il avait fallu l'apparition de sa marraine-fée et de ses explications pour qu'elle se calme. Et que Ronce lui lance une de ses chaussures en la maudissant de n'avoir pas su mieux contrôler ses pouvoirs. Y avait mieux comme dot qu'un pouvoir qui pouvait envoyer quelqu'un au pays de Morphée.

    - Je ne sais pas en quoi consiste vraiment ton pouvoir mais... Tu auras beau faire, tu ne peux pas t'en débarrasser. Il te faut vivre avec et essayer de le maitriser. Moi-même j'ai toujours du mal avec le mien, toujours peur que ça aille trop loin.

    La fin de la tirade se mua en un murmure. Ronce se leva pour s'asseoir au bord du lit et ainsi se rapprocher de Lyubov. Mais la reine ne posait plus un seul regard sur l'enfant, observant ses mains posées sur ses genoux.

    - Je peux pas te donner de conseil. Peut-être qu'accepter ce pouvoir t'aidera à le maitriser, à le faire tien. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire.

    Ronce aurait voulu que quelqu'un la conseille quand elle se posait les mêmes questions que Lyubov. Mais la fée avait très mal pris sa réaction et était partie sans demander son reste. Alors elle avait du faire avec, avancer coûte que coûte, réservant ses pleurs à son oreiller. Pas de père ni de mère chez qui chercher conseil. Seule devant son destin.



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Lyubov
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Lyubov
Jeu 14 Juil - 22:04
Même en présence rassurante, Lyubov ne pouvait s’empêcher de trembler. Jamais elle n’avait parlé de ça. Lyubov ne leur parlait jamais, mais elle connaissait bien le cœur des gens, toujours à traquer les gens différents, à les traiter comme des monstres. D’autant plus qu’elle était une fille de la rue, beaucoup se seraient proposé de la rouer de coup sans une once de remord. C’était un pouvoir effrayant en plus, presque menaçant. Il n’y avait qu’à voir la réaction du bandit. Tout le monde aurait peur d’elle, peut-être même que Ronce aurait peur. Cette dame qu’elle ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam, ni même le nom, et qui pourtant était la bonté même... Mais elle lui parla, lui prit la main, la rassura, lui parla de son propre don. Faire endormir les gens par le simple toucher… ça ne devait pas être simple à vivre non plus. Mais elle avait l’air de s’en accommoder, bien qu’il était évidant qu’elle devait le cacher au grand public.

Les fées ? C’était la faute des fées ? Jamais personne ne s’était intéressé à elle, alors qu’elle vendait des allumettes en Russie en serrant les dents quand son père la battait. Comment une fée avait pu la remarquer ? Pire : lui donner un pouvoir.

« Mais Madame… les fées… ça n’existe pas… non ? »


Lyubov n’a jamais eu beaucoup de fantaisies. Pour elle, les fées, les sorcières, les princesses, les princes, ce sont des personnages des histoires que lui racontait sa grand-mère. Pour la rassurer, pour lui dire qu’il existait des merveilles quelque part, et que peut-être un jour, elle aurait le droit de voir le monde et tout ce qu’il pouvait lui offrir. Lyubov voir bien le monde, mais elle n’y voit que misère et injustice. Mais il y avait Ronce. Et la blondinette ne devrait pas… elle ne devrait pas s’attacher. Ne pas voir en cette femme un espoir de sortir de là, une potentielle amie. Mais pourtant elle y croyait quelque part. Même si elle se giflerait volontiers pour ça. En y repensait c’était drôle. Son père l’avait haïr, détruite, le destin l’avait purement ignoré, et pourtant, une fée avait décidé de lui pourrir l’existence. Ou pas. Il fallait qu’elle accepte ce pouvoir, comme une partie d’elle-même… Lyubov se promit d’ penser.

Ronce se leva, elle annonça qu’elle allait prendre un bain, le temps que Lyubov finisse de manger, et elle pourra y aller en suite. La petite fille hocha la tête avec un sourire, obéissant sans rien dire. L’idée de prendre un bain chaud lui donnait des frissons rien que d’y penser… depuis combien de temps elle ne l’avait pas fait ? ça allait être merveilleux. Comme une renaissance. La petite blonde continuait de manger en attendant son tour, quand elle entendit une voix furieuse derrière là :

« Que fais-tu encore là ?! »


La petite sursauta en se retournant : Jean s’était réveillé, et visiblement pas de bonne humeur. Il se mit à scander quelque chose que la jeune fille avait du mal à comprendre. Il l’insultait de pauvre, de voleuse, de profiteuse. Soit disant qu’elle profitait sans pudeur de la fortune de mademoiselle en jouant la carte de la petite mendiante aux grands yeux suppliants. Lyubov avait des larmes qui perlaient aux yeux. Mais qu’est ce qu’elle avait fait de mal ? La dame lui avait juste offert un peu d’affection… elle aurait dut refuser ? Oui, peut-être. Peut-être qu’il avait raison et qu’elle avait abusé de l’hospitalité de cette femme. Avant qu’il n’est dans l’idée de lever sa main sur elle, Lyubov parti en courant. Elle claqua la porte de la chambre derrière elle, et malheureusement pour elle, tomba nez à nez avec une femme de chambre.

La petite fille aux allumettes s’en sorti avec juste une méchante gifle, rebalancée dehors sans autre forme de procès. Mais elle s’estimait heureuse de ne pas avoir eu pire. Elle repensa un instant à la dame aux longs cheveux dorés, et s’enfonça un peu plus dans la nuit.

[Topic terminé]
Lyubov
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