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 [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra

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Conteur d'histoires
Narrateur
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MessageSujet: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Ven 17 Mai - 10:09




Event 03 : Congrès espagnol

L'opéra de Madrid était connu pour ses acteurs se lançant à coeur perdu dans leurs rôles, troublant parfois le public lors des scènes tragiques. Mais aujourd'hui le lieu allait jouer un tout autre rôle. Les alcôves, comme à leur habitude, accueillaient les spectateurs les plus fortunés qui avaient une vue imprenable sur la scène. Les inventeurs et personnes de condition plus modeste n'avaient droit qu'aux rangs devant la scène.

Surveillant l'entrée et les sorties, des gardes veillaient à ce que personne ne tente d'entrer sans autorisation. La plèbe, elle, devait rester à l'extérieur ! Un bruissement de murmures emplissait la salle qui s'estompa dès que des inventeurs se présentèrent sur scène.

L'un d'eux, petit brun à lunettes, se détacha du groupe pour faire entendre sa voix, amplifiée par la disposition de la salle.

— Mesdames, Messieurs, nous vous remercions de votre patience. Vous avez tous entendu parler des Androïdes, mais personne ici ne sait réellement ce qu'ils sont. (Il laissa un temps de silence pour ménager son effet) Nous répondons enfin à cette question. Nous avons en notre possession un Androïde et l'avons étudié. (Se tournant vers un des côtés de la salle) Amenez-le !

Une énorme cage à roulettes fut poussée sur la scène. A l'intérieur, l'Androïde cramponnait les barreaux, laissant son visage exprimer la haine. Le métal luisait sur ses bras, ses jambes, son crâne dépourvu de toute chevelure ainsi que d'étranges appendices que l'inventeur s'empressa de définir.

— Nous avons là un Androïde unique en son genre. Des prototypes d'ailes lui ont été implantés dans le dos. Une envie de copier le mythe d'Icare ? De ce qui lui reste d'organique, nous avons pu définir qu'il était un homme...

Les explications de l'inventeur échappèrent à quelques membres de l'assemblée qui restaient estomaqués devant telle horreur. Des dames se pâmaient, s'éventant pour ne pas flancher, des hommes observaient avec un air dégouté mais fasciné. Et les questions fusèrent de la part des curieux.






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Dernière édition par Narrateur le Dim 4 Aoû - 20:32, édité 2 fois
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Invité
Prince Ciel
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Ven 17 Mai - 20:02

- Je veux y aller !
- Prince Ciel…
- Ma décision est prise, Valet ! Ce congrès est une aubaine. Et je ne risque pas de me mêler aux pouilleux. Cet évènement est à l’exclusivité des gens de mon rang.
- Mon Prince, Madrid est loin…
- Loin ? Allons, Valet, je suis bien allé jusqu’en Russie. Le soleil d’Espagne me fera le plus grand bien.
- Majest…
- Il suffit, Valet ! C’est que je deviens grand, et tes affronts m’apparaissent de plus en plus irritants. Nous irons à ce congrès. Ce n’est pas en France que j’aurais l’occasion de voir des Androïdes ! Allons, obtenez-moi une invitation.

Et c’est ainsi que, ne pouvant contester les ordres de cet enfant qui n’en était pas moins prince, les domestiques royaux n’eurent que le choix de suivre leur souverain dans son escapade. Tout fut mis en œuvre pour que le voyage et le séjour se fassent dans les plus sûres conditions. Une garde personnelle fut rassemblée afin de suivre le Prince dans tous ses éventuels déplacements.

Pendant le trajet, Ciel ne parvenait qu’à grand peine à contenir son empressement. Un congrès, une assemblée, enfin des choses nouvelles qui égayeraient la monotonie de sa vie ! Et ces Androïdes, cela fait un bout de temps qu’ils désiraient les voir de plus près. Jusqu’ici, il en avait entendu parler en épiant des conversations d’adulte ou en fouinant dans quelques livres, les rares ouvrages modernes dont disposait la bibliothèque royale.

Madrid était une ville bruyante et agitée. Rempli d’assurance au moment de sortir de son carrosse, il fut très vite perturbé par ce tourbillon d’activité. Heureusement, le jeune prince n’était jamais, jamais seul. C’était d’ailleurs pour cela qu’il était bien incapable de se débrouiller. Une escorte de domestiques l’accompagna jusqu’à une luxueuse maison, appartenant à un duc espagnol marié à une française. Lointain cousin – prétendument – de la famille royale, il s’était immédiatement offert de loger le prince Ciel lors de sa visite. Peu préoccupé par ces choses-là, le jeune garçon avait accepté avec indifférence. Il ne pensait qu’aux Androïdes et n’avait que peu d’intérêt pour l’endroit où il coucherait. Dans tous les cas, il savait qu’il trouverait partout le même confort et le même service.

Il ne s’attarda guère en la demeure du duc, déjà tout impatient d’assister à la représentation. Malgré les questions polies – voire mielleuses – et insistantes – voire intrusives – du noble hôte qui l’avait accueilli, Ciel ne répondit à aucune d’elles, ou alors de manière très expéditive. Quelle importance qu’il ait fait bon voyage ou que le paysage espagnol soit à son goût ! Il avait mieux à faire, tellement mieux à faire !

A force de trépigner, il finit par obtenir l’aval de ses domestiques pour se rendre à l’opéra, lieu qui abriterait l’évènement tant attendu. A l’extérieur, le peuple s’amassait dans l’espoir d’apercevoir il ne savait quel phénomène de foire. Cela ne l’intéressait pas. Le petit prince ne put retenir une exclamation de joie en apercevant la haute façade de l’amphithéâtre. Ses valets sur ses talons, il se précipita à l’intérieur.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il sentit un bras rigide lui barrer la route ! Ebahi – comprenez que cela ne lui arrivait pas souvent – il leva la tête vers celui qui s’était permis une telle offense.

- Votre nom et votre rang ?

L’homme avait parlé en espagnol, mais Ciel avait compris. Le rouge commençait à lui monter aux joues, de honte ou de colère, il ne savait pas bien. Heureusement, son escorte prit la relève.

- Monsieur, je vous en prie. Il s’agit du Prince Ciel, frère de la Reine de France. Nous avons ici l’invitation…

Ecarquillant les yeux, l’homme reporta son attention sur Ciel et, l’ayant certainement reconnu d’après les tableaux qu’il avait pu voir de lui, il s’inclina et le laissa passer.

- C’est incroyable que ce bonhomme m’ait traité de la sorte !
- Vous n’êtes pas en France, mon prince. Les gens d’ici ne vous connaissent pas si bien.

Le trouble de Ciel passa bien vite lorsqu’il eut accédé à la salle centrale. Du fait de son statut royal, il avait droit à une place de choix, en balcon. Ses deux majordomes se tenaient derrière lui, s’épongeant le front et soupirant de soulagement. Ciel ôta son manteau rouge et bleu, dévoilant son fin chemisier pratiquement de la même couleur que son teint.

- Je crois que cela va bientôt commencer, dit-il en s’accoudant au rebord, les yeux brillants.

- Mesdames, Messieurs, nous vous remercions de votre patience. Vous avez tous entendu parler des Androïdes, mais personne ici ne sait réellement ce qu'ils sont. (Il laissa un temps de silence pour ménager son effet) Nous répondons enfin à cette question. Nous avons en notre possession un Androïde et l'avons étudié. Amenez-le !

Le sourire impatient de Ciel se mua bientôt en moue horrifiée, devant le spectacle inattendu auquel il assistait à présent. Un homme presque entièrement recouvert de métal, cloitré dans une grande cage grossière, venait d’apparaitre sur scène. On aurait dit une bête de foire, un animal, un monstre.
Ciel se sentit un peu mal, et il recula faiblement en déglutissant avec difficulté. Il ne comprenait pas. C’était cela, un Androïde ?

- Nous avons là un Androïde unique en son genre. Des prototypes d'ailes lui ont été implantés dans le dos. Une envie de copier le mythe d'Icare ? De ce qui lui reste d'organique, nous avons pu définir qu'il était un homme...

C’était donc cela, ces choses qui lui sortaient du dos. Ce n’était pas beau. En revanche, c’était impressionnant, et surtout inconnu à la mémoire du jeune prince. Comment un homme avait-il pu devenir ÇA ? Pourquoi enfermait-on un homme dans une cage ? Est-ce que les Androïdes étaient dangereux ? Et pourquoi, pourquoi son visage exprimait-il une haine aussi vive, aussi noire, comme si un feu furieux le consumait de l’intérieur ?

Perplexe et tout remué, Ciel s’éloigna du rebord et se rassit sur son siège, enfonçant sa petite silhouette jusqu’au fond. Il ne s’était pas attendu à cela.



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La belle au bois dormant
Ronce de France
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✦ Libre pour RP ? : Complète.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi


MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Dim 19 Mai - 20:17

Depuis la disparition de la fille adoptive de la Reine de France, celle-ci ne s'était guère présentée à son peuple, ni même à sa cour. Le coup avait bien été trop dur pour cette femme encore enfant qui venait là de recevoir une leçon de vie difficile à digérer. Ce peuple qu'elle voulait tant aimer et secourir, ce peuple là lui avait arraché ce qui avait pour elle une fille. Le désespoir se disputait à la colère, la reine se sentait pousser des épines, devenir une souveraine plus sèche.

— Votre grâce...

La reine fit signe au conseiller d'entrer dans la pièce assombrie par les rideaux tirés, sentant le renfermé. On se serait cru revenir deux ans en arrière, lorsque le royaume venait à peine de se réveiller, tout engourdi de sommeil et de poussière. L'homme observa avec un rien d'apitoiement cette reine qui se renfermait dans la nuit.

— Madame, c'est au sujet de votre frère... Il est parti... en Espagne...
— Ce n'est pas une nouvelle si inquiétante, il a déjà profité de mon absence pour se rendre en Russie où le temps, aussi bien que la souveraine, sont de dangereux ennemis pour un enfant maladif.
— Certes, majesté... Mais en Espagne se tient un congrès, et un Androïde doit y être présenté... Je crains qu'un incident arrive, d'autant plus qu'il est prince et...
— J'ai compris.

Ronce s'était levée dans un froufroutement de tissus. Elle venait de retrouver toute sa majesté, le dos droit et le menton levé. Tenant d'une main les pans de sa robe, la reine se tourna vers le conseiller.

— Préparez un carrosse pour l'Espagne. J'ai un enfant à éduquer.


Laissant à ses domestiques le soin de trouver le lieu où Ciel avait pu trouver un foyer pour dormir ("Cela fera une auguste surprise à ses hôtes !"), Ronce se rendit à l'opéra sans attendre. Son visage et son titre suffirent comme billet d'entrée, on la guida même pour qu'elle se rende à une des meilleures places.

Placée dans une des alcôves situées à l'étage, Ronce chercha du regard le prince mais la lumière fut rapidement baissée pour mieux éclairer la scène. Se résignant, certaine de le voir lors d'un entracte ou à la sortie, Ronce porta son attention sur les propos du scientifique.

— Seigneur, c'est...

Ronce ne trouvait pas les mots, et cacha son malaise derrière un mouchoir qu'elle appliqua sur sa bouche. La nausée tentait de la gagner, manière à elle de se révolter sur ce qu'elle voyait. Ce pauvre homme avait du subir nombre de tortures.

— Le tuer serait un acte de charité...

Probable que les gens aux alcôves les plus proches, ou assis près d'elle, l'avaient entendu. Mais n'avait-elle pas raison ?


♔ Reine de France ♔


Dernière édition par Reine Ronce le Mar 18 Mar - 21:27, édité 1 fois
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Invité
Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Ven 24 Mai - 1:04
« Ce n’est pas un endroit pour les enfants.
- Et ici alors ? »

Magdalena ne pouvait pas le nier, la petite brune avait raison. La scientifique garda un instant le silence, croisant les bras –sans se rendre compte qu’elle imitait la posture de sa fille- et soupira. Une maison envahie de machines de appareils en tout genres, plus dangereuses les unes que les autres. Était-ce vraiment un endroit approprié pour une petite fille curieuse comme Viorica ?

« Vous pourrez m’accompagner mais ! si vous ne savez pas vous tenir, je vous abandonne sur la route, entendu ?
- Entendu ! »

Les yeux brillants, l’enfant repartie comme elle était venue du laboratoire –qui faisait usage de salon la dernière fois- et retourna dans sa chambre. Va savoir pourquoi, tout d’un coup, la cadette Korzha était là, seule, avec sa mère. La mort de Monsieur Korzha l’avait secouée, pour sûr. Il y avait eu des larmes et Magdalena avait du serrer la gamine dans ses bras pour la consoler –geste qui manquait cruellement de naturel chez elle, était-il utile de le préciser ?

Viorica avait un esprit vif et s’intéressait à tout. Durant le voyage, elle avait largement gigotée, écoutant les conversations qui se faisaient autour d’elle. Malheureusement pour elle, sa seule amie durant le trajet vers l’Espagne fut sa poupée. Poupée qui ne ressemblait plus temps à une princesse mais plutôt à une espèce d’amazone métallique, rafistolée avec de la broche et de l’aluminium.

« Mère, quels sont les androïdes dont Monsieur Duca et vous parlez souvent ?
- Des gros gros monstres très très méchants qui mangent des petites filles trop curieuses comme vous.
- Vous mentez !
- Question idiote, réponse idiote. »

L’Espagne était un pays beaucoup trop lumineux et ensoleillé pour un rat de laboratoire comme Magdalena. Elle plissait régulièrement le nez. Elle avait l’habitude d’être entouré d’étrangers –pour elle, tout le monde en était un- mais des étrangers espagnols… Un moment, la scientifique oublia qu’elle avait une enfant sur les talons et avait fondu dans la foule. Heureusement, Viorica ne s’en offusqua pas et se contenta de suivre sa mère, serra sa poupée contre elle, de peur de la perdre. Et si la grande femme rousse était hors de vue, la petite cherchait alors du regard l’homme à l’étrange chapeau qui paraissait fort énervé.

À l’entrée de l’Opéra, Magdalena déclina le prénom de son défunt époux ainsi que le sien. On la laissa entrer et elle alla s’installer. Lorsqu’un petit brun à lunettes se présenta sur la scène, annonçant les androïdes, la veuve jeta un coup d’œil à son collègue. Qu’il tente ce qu’il veut, elle ne le retiendrait pas ! L’androïde, lorsqu’il fit son apparition, ne la choqua pas. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. À ses côtés, sa fille s’agitait, pas effrayée ou dégoutée le moins du monde.

« Oh ! Mère ! Regardez ! Il ressemble à ma poupée !
- Pas du tout. Où allez-vous chercher une idée pareille, Viorica ?
- Il est en métal et en humain !
- Si peu de re… Bien sûr, bien sûr. »
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Invité
Juan de Caliaveri
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Ven 24 Mai - 19:12
- Le roi est aussi veule qu’il est stupide, décréta Caliaveri d’une voix rageuse.

- Votre Grâce, vous ne devriez pas dire des choses pareilles ! Ne vous entendiez vous pas avec Sa Majesté il y a encore quelques jours, répondit fébrilement Massi de Gava, son nouveau secrétaire particulier un peu affolé, lui le petit homme rond et pacifique, par cette soudaine éruption de colère à l’endroit du monarque.

- Comment ne pas les dire, de Gava ! Allons, moi qui trouvais que ce souverain était un peu moins niais que ses congénères au sang bleu, je constate qu’il partage les même travers abjects ! Savez-vous seulement en quoi va consister cette mascarade ? Je vais vous le dire. Ils vont prendre un pauvre homme qui n’a rien demandé et qui a été modifié cybernétiquement par quelque boucher ignare. Il sera laid, repoussant, effrayant. Il sera plein de haine et de terreur pour ces gens qui l’avilissent et le montrent à la curiosité populaire comme un objet alors qu’il est un être conscient. C’est exactement la même chose que ces montreurs d’ours des pays de l’est qui torturent de beaux et de nobles animaux pour la satisfaction de braillards et de porcs à visage humain, si ce n’est que dans ce cas les êtres abjects qui se préparent au « spectacle » sont habillés de soieries et de bijoux et non de frusques sales et rapiécées ! Si ce n’est que les invités sont ceux qui dirigent ce pays ! Ah, de Gava, je vous envie d’être aussi indifférent à tout ce qui se passe autour de vous quelque fois, cette grâce qui vous a été faite doit vous être bien utile pour surtout ne vous scandaliser de rien.

Juan de Caliaveri se renfonça dans la banquette en cuir de sa limousine à vapeur Thurza II, plongeant dans un silence menaçant que l’autre se garda bien d’interrompre. Le duc devinait distraitement que son secrétaire était surpris de cet éclat qui ressembla si peu à son riche patron, d’habitude indifférent aux convulsions de ses congénères humains. Pourtant Juan pensait chaque mot qu’il avait prononcé et bien plus encore.

Et cependant il était réaliste. Il était hors de question de manquer l’événement. Quoique fondée sur une chose répugnante, il y aurait dans cet opéra tous les puissants d’Espagne et de nombreux pays alentours, avec lesquels Juan aurait forcément des choses à discuter dans le secret des alcôves, comme à chaque fois qu’il se rendait à de telles mondanités, prétexte à toutes sortes d’intrigues et de manigances, auxquelles, il devait bien se l’avouer, il prenait un certain plaisir. Les affaires, le développement de son plan global, tout cela était plus important que le comportement répugnant des Grands d’Espagne, de qui il n’attendait de toute façon plus rien en matière d’humanité et de noblesse réelle tant le divorce était consommé depuis longtemps. Pour ce qui était du roi… la déception à son endroit était sincère et teintée d’amertume. Comment un prétendu inventeur pouvait laisser faire une telle abomination et ne pas s’en émouvoir ? Pire, y participer activement.

Alors non, Juan de Caliaveri ne manqua pas la fête. Mais il prit plusieurs dispositions pour faire de sa venue un affront tant au roi qu’aux Grands d’Espagne. Un affront puissant mais immatériel que le roi ne pourrait se permettre de sanctionner tant il était insignifiant par rapport à la valeur et à la puissance de Juan mais qui existerait tout de même et qui dirait à tous les convives ce qu’il ne pouvait pas dire à haute voix. Ainsi, la limousine à vapeur frappée de l’engrenage dorée et son escorte stoppèrent aux alentours de l’opéra dix minutes après l’arrivée du roi ce qui constituait une infraction majeure à l’étiquette. Ce que ne manqua pas de remarquer la foule rassemblée devant l’opéra. Le murmure étonné se mua en silence quelque peu estomaqué quand Juan et ses gens sortirent des voitures. Ils étaient tout de noirs vêtus, exactement comme pour se rendre à un enterrement. Le sourire mondain de Juan soulignait d’autant plus ses atours sinistres et le caractère particulier de son arrivée. Tant mieux. Il tenait à bien se faire comprendre.

***

Juan était dans sa loge privée et avait dédaigné toutes les invitations. Là encore il envoyait un signal clair. Les jeux de pouvoir dans l’opéra étaient omniprésents, qui partageait la loge de qui, qui allait d’une loge à telle autre, qui descendait ou nom dans la baignoire, qui adressait des signes à telle ou telle personne se trouvant dans le poulailler, tout cela était scruté par mille yeux et immédiatement analysé. Caliaveri, lui, s’était retranchée dans sa loge. Habituellement en merisier teint de carmin et rehaussé d’incrustation en or, le noir avait là encore remplacé l’écarlate. Aux abords de la loge, fermée, quatre gardes – il ne cédait en taille d’escorte qu’au roi – veillaient à sa sécurité. La loge en question était, de conception assez inhabituelle surtout quand on se trouvait à l’intérieur. D’abord l’intérieur était ovale et ressemblait à l’intérieur d’une tente orientale. Divans, tapisseries épaisses et coupes de fruits y foisonnaient tandis que des objets d’arts venus d’Orient reposaient dans des vitrines. Ce « petit palais de cheikh » intriguait fort ces dames et ces messieurs de l’opéra qui n’avaient cependant pas le droit d’y rentrer. Habituellement, dans cette douceur exotique, Juan était au comble de la satisfaction, regardant se jouer sous les yeux des drames irréels. Sauf que cette fois l’ignominie était tout à fait réelle.

Combat. Combat intérieur qui s’engageait tandis qu’il vrillait un regard furieux sur le « spectacle », depuis son balcon en demi-lune. Ses plans. Le Grand Plan. Il ne pouvait pas compromettre tout cela sur un coup de tête, il ne pouvait pas simplement se laisser aller à ses émotions et jeter au diable toutes ces relations soigneusement tissées, il ne pouvait pas fendre l’armure, se laisser voir sous un jour qu’il ne souhaitait pas dévoiler, il ne… Oui il ne pouvait pas. Ce fut en se répétant ces adjurations ferventes qu’il sortit de sa loge en claquant la double porte ornementée sous les regards ahuris de ses gardes et des autres hauts personnages qui pouvaient le voir depuis leurs propres emplacements. Le feu dans le cœur, Juan bousculait et écartait de son passage tous ceux qui avaient le malheur de se trouver devant lui, et accéda aux communs, qu’il traversa sous les regards stupéfaits des grands bourgeois. Un murmure monta tandis qu’une certaine agitation, que ses oreilles améliorées captaient à peine, se faisait jour dans la loge royale. Mais oui, que pouvait bien faire le duc ?

Hé bien le duc monta sur la scène de l’opéra. Et d’un geste rageur, il envoya sa canne d’élégant percuté le visage du petit brun à lunette qui avait osé faire ce discours par trop écœurant. Avec une satisfaction malveillante, Juan entendit le nez se broyer et deux dents se casser. Mais tout à sa rage, il ne pensait qu’à peine. Se tournant vers le public, plongé dans un silence stupéfait, toutes bouches grandes ouvertes, tous yeux écarquillés, il cria, sa voix amplifiée par l’acoustique artificielle du lieu envahissant chaque espace, son timbre grave subjuguant l’audience.
- Méprisable ! Méprisable ! N’y a-t-il donc dans ces loges aucun homme de bien ? Ni aucun roi ?! Quelle abjection que ce spectacle qu’on offre à ma vue ! Plus longtemps mon honneur je ne saurais taire, contrairement à vous, Grands d’Espagne, dont cette vertu, honneur, si tant est que vous l’ayez jamais eu, est depuis longtemps abandonnée dans une fosse commune avec le reste de vos victimes ! Ainsi voilà un pauvre hère qui a été victime d’atrocités, qu’on a transformé d’une façon qui nous répugne à juste titre, et au lieu que ce pays de lumière et de magie tente lui venir en aide, que faites-vous, vous le mettez dans une cage pour vos gausser comme des oies ! Vous traitez cet homme comme un animal alors que c’est bel et bien la main de l’homme qui l’a transformé ainsi ! Je sais, moi, ce qu’est un androïde, c’est la victime des attouchements odieux de barbares ! Où sont, seigneurs et dames de l’Empire, les vertus censées témoigner de votre noblesse ? Je prie pour qu’aucun d’entre vous n’ait jamais de revers de fortune à la bataille et en argent, et ne finisse jamais entre les mains de bouchers, ne finisse jamais dans cette cage, exactement comme cet homme qui vous montre à tous votre infamie et que je compte bien relâcher et guérir !

Et l’opéra explosa en imprécations tandis que les gardes de Caliaveri tentaient de se frayer un chemin jusqu’à la scène. La foule se contentait de hurler sa colère et n’oserait sans doute pas lever la main sur un duc sans l’accord du roi mais… si ce dernier était à l’image de ces bourgeois vociférant… Cependant dans le tumulte, il semblait cependant à Caliaveri entendre quelques applaudissements et un ou deux bravo quoique minoritaires. Des sueurs froides l’envahirent petit à petit. Quelle folie s’était donc emparée de lui ?
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Invité
Lucas Grey
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Dim 26 Mai - 20:25

Il était une fois, dans l’Espagne du XIXème siècle, un évènement qui avait réunis bien des gens de bien des horizons. Des Français, des Anglais, des Allemands et probablement bien d‘autres s’étaient réunis devant la scène ou devant les écrans de la grand place de Madrid. Lucas, très à son aise avait faillis manquer le début de l’évènement. Il faut dire qu’il revenait d’Espagne quand il en a entendu parler. Sur le bateau du Capitaine de Belmonte –auquel il ne préférait plus penser d’ailleurs-. Il était partis passer quelques jours chez Ivan avec qui il avait parlé de son voyage en Espagne et donc de cet évènement de tous les diables et était revenu en bateau volant le jour même. Ainsi équipé de son bagage à main et la veste sur l’avant-bras il avançait dans le beau pays d’Espagne. Le soleil, haut dans le ciel, indiquait un début d’après-midi des plus ravissants. Mais tout cela avait commencé bien plus tôt. En Allemagne alors qu’il grimpait sur un bateau pour revenir en Espagne il s’était demandé que faire ? Parce qu’il était assez évident que se rendre à cet évènement serait formidable. Pouvoir observer un androïde pour de vrai et non en entendre des rumeurs serait probablement très instructif. Il avait donc passé la traversée des airs à réfléchir à quoi faire pour s’occuper une fois sur place. Il devait assoir un pouvoir réel pour son nom. Il n’était pas un personnage qu’on oublie et il voulait marquer sa venue au fer rouge. Durant le temps qui s’écoulait –qui lui parut plus court que pour l’allée- le jeune homme ne fit que manger et boire dans ses appartements. Personne ne venait le déranger et Lucas lui-même ne pensais même pas à sortir. Sa joie d’être sur un bateau volant étant largement enfouie par cette impatience crasse qui lui occupait la tête. Il avait farfouillé dans ses affaires pour savoir comment s’habiller et avait été obligé de se rendre compte qu’il n’avait pas les tenues adéquates. Il devrait faire un crochet par les appartements de ce cher Baptista afin de se fournir en nouveaux costumes. Le jour même de son arrivée il retourna tout son bagage afin de retrouver la clef de l’habitation en plein cœur de Madrid, tout près de l’Opéra justement. Il y avait peu de chances qu’il croise ce cher Baptista qui devait soit se trouver avec les autres soit être en train de fomenter un mauvais coup avec ses hommes.

Et c’est donc avec une chemise blanche du plus bel effet et d’un pantalon crème très beau également qu’il avançait vers l’Opéra. Les talons de ses bottes de cuirs noirs claquants sur le sol pavé, il déboutonna le bouton du haut de sa chemise et enfila à nouveau sa veste fine de la même couleur que le pantalon. Les gardes l’observèrent avec suspicion. Il était évident que Lucas n’avait pas d’invitation et que sa famille n’en aurait pas. Cependant le beau brun détestait mentir. Ainsi donc il s’avança vers le premier bonhomme, l’air préoccupé et faussement concentré sur la liste qui demanda : « Votre nom et votre rang je vous prie monsieur. ». Au vu de la grimace qu’il tira après avoir formulé sa demande avec politesse, il en déduisit qu’il n’était pas aussi amère qu’il l’aurait souhaité. Le plus naturellement du monde, il fit une légère révérence avant de dire : « Je suis Lord Lucas Grey, noble de la couronne d’Angleterre et l’un des favoris de sa majesté la reine. » Lucas, quant à lui, retint sa grimace. Il détestait donner ces indications dont il n’était pas fier. Il détestât être l’un des favoris de la reine d’Angleterre et se refusait depuis longtemps à ses avances. Le garde parcourut la liste des yeux, tournant les feuilles avec empressement, voulant sans doute en finir au plus vite avec Lord Grey. Mais après avoir tourné deux pages, l’homme se détendit et se tourna vers le bel éphèbe. « Vous êtes sûr la liste monseigneur, votre sœur et votre mère sont déjà arrivés et sont dans la loge de l’Angleterre. » Lucas salua l’homme en pénétrant dans l’Opéra. Il était sur la liste ? Sa mère et sa sœur était ici ? Grand dieu qu’il ne voulait pas les croiser. Il fit bien attention à trouver la loge de la reine d’Angleterre afin de ne pas y mettre les pieds. Il n’était pas difficile de trouver la loge, elle était barrée d’une couronne dorée ou argentée –il était difficile de voir avec tous ces gardes devant la porte habillé comme en hiver-. Il ne devait pas être bon d’être garde de sa majesté par ce temps. Lucas détourna les talons rapidement avant que quiconque ne le voit.

***

Mais bientôt Lucas entendit un discours débuté. Mince il allait manquer le clou du spectacle. Alors il entra dans une loge au hasard en poussant quelques gardes et en expliquant qu’il venait simplement tenir compagnie et qu’il était le Lord de sa majesté. Les gardes ne rechignèrent à le laisser passer qu’à la condition de laisser deux d’entre eux entrer avec Lucas. Ainsi le jeune homme vint s’assoir à côté d’une femme blonde dont il avait déjà vu le portrait de-ci de-là. Il avait beau chercher il ne s’en souvenait plus. Mais il l’entendit très clairement dire « Le tuer serait un acte de charité... » ce qui le força à se tourner vers la scène avant même de se présenter. Une créature hideuse et en cage se tenait là, l’air mauvaise et malsaine. Elle semblait incarner le démon à elle seule et Lucas se sentit presque obligé de reculer un peu dans son siège. Le scientifique sembla heureux d‘ajouter qu’ils avaient réussis à déterminer que c’était un homme auparavant. Comment pouvait-on parler ainsi de ce pauvre homme avec autant de bonne humeur ? Ce pauvre maltraité qui semblait haïr a juste raison toutes ces personnes qui l’observaient avec dégout. Dans un geste de réflexe, Lucas sortit un mouchoir en soie de sa poche pour l’appliquer sur son front d’où coulaient quelques sueurs froides. Montrer de pareilles ignominies avec autant de contentement le dépassait. Il décida enfin de se tourner devant la dame près de lui et expliqua tout simplement : « Je vous salue votre majesté. Je suis Lord Lucas Grey, d’Angleterre et je vous supplie de bien vouloir m’accorder votre compagnie. Mes semblables m’ennuient incroyablement et je veux en apprendre d’avantage sur la France. N’y a-t-il pas de meilleure manière d’en apprendre plus sur votre pays qu’en parlant à sa magnifique représentante ? » Lucas profita de ce petit discours pour ouvrir un peu plus sa chemise –en partie à cause de la chaleur, oui- afin d’appuyer un peu plus son charme magnétique et ainsi obtenir les faveurs de sa royale compagnie. Mais la concentration qu’il mit à charmer la Reine fut troublée par un homme étrange tout de noir vêtu qui venait d’enfoncer sa canne dans le visage du petit lutin que Lucas avait déjà envie de battre. Rien que de ce mouvement, le Lord applaudit à se rompre les mains. Puis il écouta attentivement et dans le silence ce que cet homme à la barbe travaillée avait à dire.

« Méprisable ! Méprisable ! N’y a-t-il donc dans ces loges aucun homme de bien ? Ni aucun roi ?! Quelle abjection que ce spectacle qu’on offre à ma vue ! Plus longtemps mon honneur je ne saurais taire, contrairement à vous, Grands d’Espagne, dont cette vertu, honneur, si tant est que vous l’ayez jamais eu, est depuis longtemps abandonnée dans une fosse commune avec le reste de vos victimes ! Ainsi voilà un pauvre hère qui a été victime d’atrocités, qu’on a transformé d’une façon qui nous répugne à juste titre, et au lieu que ce pays de lumière et de magie tente lui venir en aide, que faites-vous, vous le mettez dans une cage pour vos gausser comme des oies ! Vous traitez cet homme comme un animal alors que c’est bel et bien la main de l’homme qui l’a transformé ainsi ! Je sais, moi, ce qu’est un androïde, c’est la victime des attouchements odieux de barbares ! Où sont, seigneurs et dames de l’Empire, les vertus censées témoigner de votre noblesse ? Je prie pour qu’aucun d’entre vous n’ait jamais de revers de fortune à la bataille et en argent, et ne finisse jamais entre les mains de bouchers, ne finisse jamais dans cette cage, exactement comme cet homme qui vous montre à tous votre infamie et que je compte bien relâcher et guérir ! » L’anglais applaudit moins fort, le divertissement était cependant exactement au niveau auquel il l’attendait. Il était ravie d’avoir fait l’aller-retour et également d’avoir pu rencontrer la Reine de France qu’il avait fini par reconnaitre –et certainement pas grâce à ses gardes qu’il n’avait pas vu autrement qu’en peinture.-. Il passa une main distraite dans ses cheveux en se demandant ce qu’il entendait par guérir au juste. Se surprenant à être réellement intrigué. Lui ui avait toujours voulut rencontrer ce fameux Juan quelque chose. Il savait qu’il était responsable d’une grande firme Espagnol qui se vantait d’être la plus technologique du monde. Cependant le jeune garçon était toujours incapable de se souvenir de son nom de famille. Peut-être l’occasion de parler un peu avec lui ? nous verrons plus tard, pour l’heure il fallait éviter de se faire expulser de la loge de cette chère Reine de France.
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Lun 27 Mai - 1:36
Le Chapelier avait fait appeler Magdalena sitôt qu'il avait su, sitôt qu'on le lui avait appris. L'improbable Congrès avait lieu en Espagne, le forçant à sortir de son isolement ! Lui qui s'apprêtait enfin à magnifier Orphée, le voilà embarqué pour un Pays qu'il détestait !

L'Espagne. Et il se prétendait Pays d'inventeurs ? Tout ce qu'il connaissait des Espagnols, pour l'heure, c'était leur visage de voleurs. Ils osaient ainsi prendre une de ses créations pour en faire quoi ? Le clou d'un spectacle fantoche d'un Pays qui se disait avant-gardistes....

Il fit son sac, sommairement, n'apportant que le strict nécessaire évidemment. Vêtu de son sempiternel manteau vert et de son chapeau élimé, et des quelques armureries mécaniques fixées à son corps, il rejoignit Magdalena pour la route. Orphée n'étant pas convié directement au Congrès, il était convenu qu'ils se retrouvent à la fin de celui-ci. Sur le chemin, le chapeauté parla peu, si ce n'est pour grommeler à voix basse diverses insultes envers les communautés qu'ils s'apprêtaient à rencontrer. Pour ne rien arranger, la gamine Korzha piaillait dans ses pauvres oreilles. Que diable était-il passé par la tête de sa comparse pour amener une petite fille dans un endroit pareil ? Pire ! Lui dire de le retrouver lui si jamais elle venait à perdre sa mère de vue ! Le voyage promettait vraiment d'être pénible !

***

Ils avaient finalement pu entrer, après avoir simplement décliné leurs noms et leur titre. Le Chapelier devait le reconnaître, la ville ne ressemblait à rien qu'il ait pu connaître jusqu'à maintenant. La machinerie, omniprésente, l'intriguait... Toutefois rien de semblable à ce qu'il ait déjà pu concevoir pour ses Androïdes. Parlant d'Androïdes... Voilà que venait d'apparaître sur la scène une de ses vieilles créations. Son premier essai à faire voler l'Homme ! Son cœur palpitait à la vue de ce qu'il avait relégué au rang des échecs. Pourquoi lui, parmi tant d'autres, se retrouvait-il ici ? Vasile observa l'assemblée. Bizarrement, il se sentait fier. Les réactions étaient mitigées pourtant, entre la surprise, le dégoût et l'intérêt.... Il était simplement fier de voir que son génie ne laissait pas indifférent. Son attention fut soudain attirée par un nouveau venu...

" Méprisable ! Méprisable ! N’y a-t-il donc dans ces loges aucun homme de bien ? Ni aucun roi ?! Quelle abjection que ce spectacle qu’on offre à ma vue ! Plus longtemps mon honneur je ne saurais taire, contrairement à vous, Grands d’Espagne, dont cette vertu, honneur, si tant est que vous l’ayez jamais eu, est depuis longtemps abandonnée dans une fosse commune avec le reste de vos victimes ! Ainsi voilà un pauvre hère qui a été victime d’atrocités, qu’on a transformé d’une façon qui nous répugne à juste titre, et au lieu que ce pays de lumière et de magie tente lui venir en aide, que faites-vous, vous le mettez dans une cage pour vos gausser comme des oies ! Vous traitez cet homme comme un animal alors que c’est bel et bien la main de l’homme qui l’a transformé ainsi ! Je sais, moi, ce qu’est un androïde, c’est la victime des attouchements odieux de barbares ! Où sont, seigneurs et dames de l’Empire, les vertus censées témoigner de votre noblesse ? Je prie pour qu’aucun d’entre vous n’ait jamais de revers de fortune à la bataille et en argent, et ne finisse jamais entre les mains de bouchers, ne finisse jamais dans cette cage, exactement comme cet homme qui vous montre à tous votre infamie et que je compte bien relâcher et guérir ! "

Le savant entrouvrit la bouche, jetant un regard d'incompréhension totale à Magdalena. Eux, des barbares ? Sans parvenir à se retenir, Vasile se leva de son siège, courroucé, et pointa un doigt accusateur sur le Caliaveri. En dépit de la distance qui les séparait, il espérait faire entendre sa voix.

" Pour qui vous prenez-vous pour proférer de telles insultes ? Les voleurs de votre espèce ne devraient pas se permettre de parler de la sorte d'une telle œuvre. Comment pouvez-vous prétendre être un homme de science si la moindre audace vous fait reculer ? "

Il dirigea son regard et sa main vers la créature aux traits déformées. Avait-elle réagit au son de la voix de son créateur ? Vasile en était persuadé.

" Certes, celle-ci demeure instable, incomplète, même. Mais n'est-elle pas splendide ? L'Homme ne devrait pas se contenter de ces maigres chaires qu'on lui inflige depuis sa naissance. Ce que vous avez devant vous n'est pas un monstre, non, pas un monstre... C'est l'avenir de l'Humanité. La perfection par la mécanisation. "

L'air extatique, Vasile avait levé ses bras vers le ciel à la fin de son monologue. Se souciant peu de l'attention qu'il avait attiré vers lui et Magdalena, il posa un regard presque affectueux sur l'Androïde. Certes, celui-ci n'était pas parfait. Il avait manqué son but de s'élever vers les Cieux. Mais n'était-il pas lui aussi une part de l'histoire du Chapelier ? Un morceau de l'Histoire de l'Humanité grossièrement exposé comme monstre de foire... Que Vasile comptait bien reconquérir !
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Lun 27 Mai - 4:14
« Mère ! Est-ce bien vrai que cet homme à tant souffert ? »

L’enfant avait ouvert ses grands yeux bleus, horrifiée et son visage tout rond levé vers sa génitrice. Avec un peu de peine dans les yeux, elle serra sa pauvre poupée. Viorica voyait des licornes et des fées partout, elle les adorait. C’était une petite fille innocente qui ne croyait pas l’homme capable de barbarie et pensait que tous et chacun étaient amis. Parfois, ils étaient plus amis, parfois moins amis mais jamais elle n’avait imaginé qu’on puisse se faire du mal.

« Pas du tout, il exagère. Les opérations menées sur les androïdes ne sont pas issues de boucheries, pas plus que les bébés lors des accouchements. Pourtant il y a autant de sang dans l’un que dans l’autre.
- Les androïdes sont comme des bébés avec du métal, alors ?
- Des bébés, non, ce serait idiot d’appeler "bébé" des androïdes ayant atteint la fin de leur croissance physique, j’opterais plutôt pour le terme de nouveaux nés. La comparaison est maladroite et peu recherchée mais oui, c’est un peu des bébés avec du métal. »

Viorica eut volontiers continué cette palpitante conversation mais sa mère la coupa dans son élan d’un brusque geste de la main. Qu’est-ce qu’elle pouvait en dire, des bêtises ! Magdalena ne savait pas filtrer ses paroles, ni avec sa fille ni avec personne. Croisant les bras sous sa poitrine, la scientifique écouta attentivement la réponse de Vasile au Duc de Caliaveri. La veuve ne le connaissait pas, mais elle avait déjà entendu parler de lui via les dires de son époux. Les deux hommes de science c’étaient croisés, il y a des années, en Espagne, ils avaient discuté et… Magdalena n’avait pas cru bon d’écouter le reste. Insatiable, l’enfant tira sur les vêtements de sa mère.

« Mère ! Que dirait papa s’il était ici ?
- Je n’en sais rien.
- Faites une hypothèse !
- À quoi sert une hypothèse si on ne peut ni la confirmer ni l’infirmer ? Viorica, vous bougez beaucoup trop, restez assise ou bien je vous mets dans le prochain train pour la Roumanie. »

Vexée, elle posa son bourgeois petite fessier sur son banc d’opéra et gonfla les joues avant de faire dos à sa mère. Évidemment, elle s’empressa d’aller pester en marmonnant à sa poupée de cotons et de fer. Le discours de Vasile terminé, la scientifique leva un peu ses mains et tapa avec énergie l’une dans l’autre. Un applaudissement enjoué, mais discret, très féminin pour le coup.

« Que de belles paroles –et tout à fait véridique, qui plus est, Vasile.
- Les androïdes ce sont les meilleurs !
- Beaucoup mieux que ces coquilles vides qui fonctionnent grâce à la magie.
- De la magie ? De la vraie vraie magie ?
- Certainement pas de la fausse fausse, hm ? »
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La belle au bois dormant
Ronce de France
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✦ Libre pour RP ? : Complète.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi


MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Lun 27 Mai - 12:26
La reine n'avait remarqué la présence de son visiteur que lorsque ce dernier fit entendre sa voix. Ronce détourna son attention de ce qui se passait sur scène, de cette pantomime grotesque. Elle espérait que son frère ne se sentirait pas mal, ou qu'il aurait au moins la décence de quitter les lieux avant. Un tel spectacle était déjà difficile à supporter pour elle, imaginez pour un enfant de faible constitution !

Mais passons, un homme lui adressait la parole, elle se devait de lui répondre. De Lord, il n'en avait pas la carrure; les nobles d'Angleterre, et même de tous pays, avaient tous un côté très guindé, et marchaient comme s'ils cachaient dans leur arrière-train un balai qui les obligeaient à se tenir droit. Lord Grey, lui, avait une toute autre prestance. Il avait le charme d'un homme fleurant l'aventure et les actes qui défient la loi, il avait le regard fier, mais sa façon de parler démontrait une éducation poussée qu'un voleur, aussi gentleman soit-il, ne peut posséder. Ronce salua l'homme d'un hochement de tête; après tout elle se plaçait au-dessus de lui au niveau social. En toute logique elle n'avait pas même besoin de le saluer.

— Il est rare qu'un citoyen de l'Angleterre vienne requérir un asile auprès de la France. Vous ne craignez donc pas d'être éconduit de votre pays ? Votre reine et moi-même nous sommes pas en très bons termes...

Ronce laissa planer un bref silence. Pendant ce temps, Juan se rendait auprès de la scène et préparait son coup d'éclat.

— Mais je salue un tel acte, qu'il provienne d'un génie ou d'un fou, la folie étant souvent preuve de sagesse. Vous pouvez demeurer ici. Quant à parler de la France...

Le reste de la phrase demeura suspendu. Juan se lançait dans son plaidoyer, attirant l'attention de tous dont Ronce. La reine ne put qu'applaudir de concert avec Lord Grey, même si ce fut de façon moins éclatante. Cet homme osait mettre les mots sur ce qu'il pensait, sur ce que Ronce pensait elle-même des Androïdes. Elle les prenait même en pitié ces pauvres créatures, même s'ils la terrifiaient. On a toujours peur de ce qui nous est inconnu.

— Je ne pense pas que le Roi va laisser ce congrès continuer, glissa Ronce à Lucas. Il est même étonnant qu'il ait accepté qu'un tel spectacle est lieu. Je pense qu'il nous prépare un coup d'éclat aussi flamboyant que celui de le Duc de Caliaveri. (Devant le regard étonné de Lucas, Ronce précisa) L'homme qui vient d'arriver sur scène tel un grand acteur n'est autre que le plus grand inventeur d'Espagne.

Nouveau coup d'éclat dans la salle quand un homme au grand chapeau s'écria pour protéger ce qu'il appelait une œuvre, ajoutant que celle-ci lui avait été volé. Ronce laissa échapper un "oh" de surprise. Cet homme qui criait avec tant de véhémence, qui parlait de cet Androïde avec tant de fierté, cet homme serait-il celui qu'on soupçonnait être à l'origine de tout cela, à l'origine de ces créatures ?

Ronce se leva d'un bond, le cœur battant, la bouche déformée par la colère. S'avançant, elle posa ses mains sur le bord du balcon au point que ses jointures blanchissaient. Elle qui avait été éduquée dans l'idée d'aimer son prochain, d'accorder le pardon, sentait la colère l'envahir, l'envie de prendre cet homme et de lui faire subir la même chose que "ses créatures". Ronce devenait Reine des Épines, sa colère aussi froide que la Reine de Russie.

— Monsieur, vous qui vous parlez de cet homme comme d'une œuvre comme s'il était un tableau de grand peintre ou une sculpture d'un grand artiste. Vous rendez-vous compte de la souffrance de cet homme ? Je ne pense pas qu'on lui a demandé s'il voulait subir ces... expériences qui ont du détruire son corps et son âme. (Un silence, la salle murmurait, pointait du doigt cette reine qui prenait la parole) Je rejoins les propos du duc de Caliaveri dont je lui offre tout mon respect pour avoir osé agir ainsi. J'avoue être venue par curiosité, voulant voir par moi-même ces Androïdes qui secouent toute l'Europe. Je m'attendais à tout, sauf à cela. Ceci n'est pas un congrès mais une foire. Une foire grotesque.

D'un geste théâtral, Ronce ouvrit les bras. Les quelques pierreries qui ornaient la gorge de la reine brillèrent sous les lumières de l'alcôve.

— Une foire que j'espère, le très estimé Roi d'Espagne, fera cesser. Je connais ses vues sur les Androïdes. Il ne peut avoir laisser se dérouler tout ceci sans avoir un projet. Et j'ose espérer que ce projet permettra d'améliorer le sort des Androïdes.

Pour terminer son discours, Ronce tendit le bras en direction du duc, toujours sur scène.

— Monsieur, si jamais vous devez vous exiler, quitter votre pays, sachez que la France vous ouvre ses portes.

La reine reprit place sur son siège, laissant la foule digérer ses paroles, s'attendant à des quolibets et à des attaques. Elle s'était laissée emporter, le stress retombait, elle sentit que la chaleur lui avait arraché quelques gouttes de sueur. Ronce espérait ne pas avoir agi vainement, que son acte n'allait pas se retourner contre elle. Elle chercha du regard l'appui de Lucas; vu ses applaudissements précédents, il devrait partager ses vues et la conforter dans sa décision.


♔ Reine de France ♔
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Lucas Grey
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Lun 27 Mai - 21:55
La reine semblait apprécier ce qu’elle voyait et c’était tant mieux. Tel était le plan de Lucas pour pouvoir obtenir ses faveurs et être apprécié. En tant qu’homme magnifique, il se devait de compter parmi ses amis des rois et des reines. Passant sa main dans ses cheveux, observant le blond de la belle plante briller légèrement grâce aux lumières de la loge, il entonna en réponse à sa phrase : « Je suis partis de l’Angleterre il y a un moment maintenant, je voyage de-ci de-là afin de découvrir le monde comme aucun autre Lord ne l’aurait vu jusqu’à présent. J’ai toujours détesté être enfermé. Mais la France reste un beau pays pour certains Anglais. C’est d’ailleurs mon père qui tenait à ce que j’apprenne cette langue étant plus jeune. » Quelques indications distribuées au compte-gouttes étaient amplement suffisantes. Il ne voulait guère que n’importe qui connaisse sa vie… Et pour lui, une personne autre que lui était forcément n’importe qui. Il se rassit au fond de son siège avant d’écouter la reine finir de parler. « Je ne suis pas certain que je suis encore en bon terme avec sa Majesté la reine. Donc nous avons toutes les raisons de nous lier d’amitiés. Quant au progrès, il passe d’abord par la folie avant que l’on ne crie au génie… En général à titre posthume. » Elle repris soudain la parole. Expliquant que le Rey avait tout intérêt d’arrêter ici les déviances offertes aux regards de ces pauvres bourgeois en mal de spectacle. La créature en cage semblait chercher un endroit ou le métal serait plus faible que son propre corps mais l’alliage semblait tenir bon. La Reine terminé son explication au moment exacte ou un homme au chapeau étrange s’avança un peu plus en avant. Il était en contre-bas –ce qui signifiait qu’il n’était pas des proches de la famille royale ou qu’il avait refusé leurs compagnies- et se vantait d’être l’instigateur des modifications apportées à cet homme. Lucas fut fasciné dans l’instant, se demandant par quelle magie il avait réussi à maintenir le pauvre bougre en vie durant l’opération et bien après. Bien entendu, il n’en laissa rien paraitre et se contenta de laisser paraitre un visage neutre qui semblait se contenter d’écouter ce que tout le monde avait à dire.

Puis soudain la Reine Ronce se leva d’un bond à côté de lui. Dans un enchevêtrement de froufrous et de cheveux blonds. Elle semblait fulminer de rage et devenait presque aussi rouge que la si fameuse reine rouge. Lucas retint un rire discret, il n’était pas de bon augure de signifier à des personnes si puissantes qu’il s’amusait comme un petit fou au milieu de toute cette agitation. Faisant de grands gestes, les pierres de la rivière de diamant autour du cou de la reine ainsi que celles ornant sa robe scintillaient comme l’eau d’une rivière en altitude sous le soleil de Juillet. Lucas adorait voir les pierres précieuses ainsi et il se délecta du spectacle avec attention, ce qui pouvait passer pour une attention particulière aux paroles de la reine. –Ce qu’il faisait également bien entendu-. Elle se calma très légèrement pour annoncer au fameux Juan toute son approbation en lui indiquant qu’il était le bienvenu en France. Lucas se redressa dans l’immédiat pour aider la Reine à s’assoir, les gardes hagards ne sachant quoi faire il leurs dit le plus simplement du monde « Que quelqu’un apporte de l’eau à la reine. Ainsi qu’un éventail. » Puis il remarqua qu’un éventail était justement là sur le sol. La Reine l’aura fait tomber dans sa rage que cela ne l’aurait pas étonné. Il s’en saisit et éventa la reine avec douceur et attention afin que le vent ne l’agresse pas trop. Il observa les gardes quelques instants, penauds qu’ils étaient à l’intérieur de la loge. « Et bien ? De l’eau ! Et faites donc de l’air, sortez donc d’ici ! » Lucas revint à la souveraine, la gratifiant d’un sourire éclatant qui, en ce qui le concerne, aurait facilement pu être appelé hypnotisant. « Vous avez dit les mots justes votre Majesté. Si certes la folie fait souffrir les Hommes, le revendiquer n’en est pas moins répréhensible. Ce curieux personnage n’a manifestement aucune compassion pour les humains. Vous avez agi en parfait souveraine et tenu un discours très convainquant je vous félicite. Maintenant tachez de reprendre contenance, on vous regarde. Reprenez discrètement votre souffle derrière cet éventail et observez la scène fixement en attendant la suite. C’est ce qu’ils attendent de vous votre grandeur. » Lucas avait beau user des politesses d’usage lorsque l’on s’adresse à une reine. On eut dit qu’il lui susurrait des mots à l’oreille à faire rougir une catin tant il était penché vers elle. Son sourire énigmatique terminant de compléter le tableau. Cette scène pourrait être peinte par un grand maitre tant le couple improvisé était beau. Autant par la prestance de Lucas que par la grandeur de la reine de France.

L’un des gardes revint avec à son bras un plateau d’argent ornées de fleurs de lys et d’une carafe avec ses deux verres de cristal. La Reine semblait se déplacer avec son argenterie. Lucas se leva lui-même afin de servir l’eau comme s’il eut servi le thé au palace de la reine d’Angleterre. Il offrit la coupe à la dame tout en faisant à nouveau le tour pour s’installer dans le siège de cuir rouge sombre qu’il occupait depuis son arrivée. Croisant l’une de ses jambes, il se posait de questions sur ces hommes modifiés. Il se demandait si leurs fonctionnement restait le même que des humains, si ils étaient capable de ressentir la douleur ou l’amour. Il se demandait, en vérité, si après ces opérations ils leurs restaient quelque chose d’humain. Si leurs âmes n’étaient pas damnées malgré eux par la folie et les maléfices d’uns avant qui voulait prendre la place du divin. Lucas était contrarié. Il ne comprenait pas tout ce qu’il se déroulait et il y avait beaucoup de questions auxquels il ne pouvait pas répondre par lui-même. Il aurait besoin d’un de ces inventeurs pour lui poser la question. Il aurait besoin de demander calmement si une opération massive changeait la nature du sujet. Il se résolu cependant à ne pas avoir de réponse dans l’immédiat et se releva afin de se servir à son tour un peu de ce liquide salvateur. Soucieux, il incarnait tout de même les anges en sa magnifique personne. Son front restait incroyablement lisse, ses cheveux sombres comme les plumes du corbeau qu’il était emmêlé et sauvage qui lui donnait cet air de modèle de sculpture. Il servit avec souplesse, ses longs doigts fins frôlant la carafe dans un geste trop délicat pour ne pas être souligné. Il retourna à sa place lentement, en écoutant ce qu’il se déroulait autour de lui. Posant son verre sur la très petite table entre les deux sièges. Il s’assit avec souplesse, croisant les jambes devant lui et prenant appui sur les accoudoirs pour croiser ses doigts devant lui. La lumière de l’alcôve se reflétait dans ses yeux aussi bien que dans les pierreries de la Reine et sa peau pâle ressortait à merveilles dans cet ensemble relativement sombre. Comme l’esprit de la beauté personnifié qui aurait gratifié les autres de sa présence. Il avait presque oublié la reine, complètement plongé dans ses pensées qu’il était. Il avait pris sa décision, il voulait rencontrer un androïde. Il voulait voir de plus près cette créature ou une autre de ce style pour pouvoir se rendre compte par lui-même. Et par-dessus tout, il souhaitait excessivement que quelqu’un lui explique la marche à suivre. Les engrenages qui furent mis en route afin d’arriver à pareil résultat. Si possible sans démonstrations cela dit.

Puis comme un déclic, le jeune garçon revint à la Reine. Il se rendit compte que personne n’avait parlé et que quelques instants s’étaient écoulé pendant sa réflexion –comme le lui indiquait sa montre à gousset- il se pencha à nouveau vers la souveraine, le sourire aussi avenant que son regard. Elle semblait avoir recouvré ses couleurs naturelles et s’être légèrement calmée. « Votre majesté ne doit pas se mettre dans des états pareil en public. Cela salirait votre image. De plus, vous êtes bien plus belle lorsque vous affichez la dignité royale que lorsque vous vous laissez aller à la rage de la chiffonnière. » Lucas avait parlé crûment et se demandait si ce commentaire serait mal pris. Mais après réflexion il lui sembla évident qu’il n’avait fait que dire la vérité et que même si la reine s’en offusqua, elle n’en donnerait pas moins raison au corbeau. Ainsi donc il écarta sa coupe afin d’y poser son coude, se penchant ainsi vers la reine, tout entier à l’écoute de ce qu’elle aurait à répondre. Ainsi, s’il eut été nécessaire de le spécifier, qu’à l’écoute de ce que les autres auraient à dire bien évidemment.
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Rey de Marisma
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Mar 28 Mai - 1:07



Quel remue-ménage dans le palais du roi, crissements, et froufrous, tapage de souliers, escaliers en fanfare, appels et cris, on ne savait plus où donner de la tête ! Et pour cause ; la tête avait disparu !

"Où est passé le roi ?!
- Mais où est passé le roi ?
- Quelqu'un a-t-il vu le roi ?
- Le roi ?
- Le roi !
- Quoi le roi ?
- Eh bien ?! L'avez-vous vu ?
- Quoi ? on l'a perdu ? Mais c'est le roi !
- C'est le roi !
- Le roi ?
- Mais oui le roi est le roi ! Mais... ou est-il ?
"

La débandade, je vous dis ! La veille encore, il se trouvait en plein dans une affaire d'état sur un autre continent, à ce qu'on dit, mais était-ce réellement possible étant donné qu'on l'avait vu ici il y a une heure, furieux, avant de disparaître sans prévenir ? Finalement, le conseiller arrive, tel un libérateur, renvoie tout le monde à sa tâche en disant simplement :

"Il prend son bain."

~~~

Il referma la porte, tourna les verrous, les sceaux, et les engrenages avant de rester accoudé contre le battant, le front contre le métal finement ouvragé. De tout le château cette pièce était la mieux gardée, mieux gardée encore que son laboratoire, porte infranchissable. Faite en une matière qu'il avait découvert au marais, endroit qu'il avait lui-même confectionné dans sa totalité. Même à cet instant précis un souvenir lui arracha un sourire, celui de sa princesse lui reprochant de passer plus de temps au bain qu'au lit. Ahah, la bonne blague.

Le roi était en colère.
Non, il avait la rage. Et comme toujours dans ces moments-là, il ne se contrôlait pas forcément. Il savait qu'il serait stupide de frapper cette porte qui ne lui avait rien fait, il préféra donc s'arracher les vêtements avant de constater qu'une légère pellicule recouvrait effectivement l'ensemble de son corps, donnant à son épiderme une légère teinte verdâtre. Enfin, ç'aurait pu être pire. Il serra les dents et soupira tout à la fois, eut un mouvement de mépris avant de s'immerger complètement dans l'eau.

Quelque minutes passées au fond de l'impressionnante baignoire, qui ressemblait vaguement à une piscine avec une multitude de robinets à sa disposition, il se hissa en dehors et se couvrit de son peignoir vert grenouille avant de s'ébouriffer les cheveux d'un air résigné.

"Bien, devenons un de ses poisons qui infectent une petite fête au point de teinter sur les autres à venir."

Il sortit, croisa son conseiller...

"Ma... Majesté !
- Quoi ?
- Vous êtes en peignoir !
- Non ! Absolument pas je suis en peignoir AVEC des goggles, vous saisissez la nuance ? Maintenant, si ça ne vous dérange pas, j'aimerai montrer mon auguste personne à des moins que rien qui mériteraient que je remette au goût du jour l'échafaud ! Bon sang, c'est encore mon palais, ici, non ? J'ai tout de même le droit d'être en peignoir !"


Il est vrai qu'une personne de son rang, dans cette situation, aurait pu paraître ridicule, mais cette phrase et le ton employé, cynique et théâtral, cette colère sourde qu'on y devinait et qui, on le sentait, accouchait d'un projet dans sa tête à cet instant-même... tout ça fait que le conseiller était une mouche, tous ceux présents étaient des mouches et lui... un crapaud. Roi de la mare, peut-être risible mais surtout dangereux.
Et si d'habitude il était impossible de savoir ce qu'il manigançait, cela l'était encore davantage quand il était dans un tel état de désappointement.

~~~

À l'Opéra, Juan Caliaveri, arriva dix minutes après l'entrée du roi.
On exhiba un androïde comme une bête de foire, habillé seulement d'un discours à faire se retourner les anges contre leur créateur, le piétiner et le démembrer, habillé de sa haine et de sa souffrance tel un masque qui marquait son visage et l'ensemble de son corps.
Les mots du scientifique se marquaient au fer rouge dans l'esprit de chacun, et traçait des lignes d'insultes sur le dos de l'androïde comme autant de coups de fouets donnés en public.
Qui avait bien pu tenter de profiter de son absence pour mettre en scène une telle mascarade, un tel massacre pour le respect de la vie ? Lui-même avait cru, avait espéré que les androïdes puissent être une forme d'idéal à atteindre, n'était-il pas un amoureux de la mécanique ? Mais tout ce qu'il croyait voir à présent sous ses yeux, ce n'était rien d'autre qu'une oeuvre inachevée que l'on aurait jetée, laissée pour compte, seule,que l'on ne nommait plus "humaine", appelée "androïde" mais non considérée.
Jamais, au grand jamais il n'aurait souhaité un tel spectacle... il roula pendant quelque temps la colère qui montait en lui, la froissa, et la jeta au loin.

"Quoi d'autre ?
- Le duc Caliaveri est monté sur scène et a... sans doute cassé le nez du scientifique."


Filippe regarda la scène sous son costume depuis sa retraite dans les coulisses -les machinistes et autres ouvriers suivaient les ordres des lieutenants du roi pour la suite des événements. Oui, ça colleait avec ce qu'il voyait. Il étrécit les yeux et finit par sortir un calepin sur lequel il griffonna, le referma et et le remit dans sa poche.

"Majesté ?
- Je viens d'avoir une idée fabuleuse... un objet qui enregistrerait les images, si seulement j'avais pu le mettre au point avant j'aurais pu voir ça de mes yeux. Quoi d'autre ensuite ?
- Un homme avec un chapeau haut de forme a pris la parole en disant que c'était sa "création"."


Traiter un homme comme n'étant plus un homme, mais être fière de cette création... paradoxe.
Comment être fier de quelque chose qui pourrait "changer l'humanité" si on ne le voyait déjà plus comme un homme, mais seulement comme une création.
Paradoxe.

"Quoi d'autre ?
- Eh bien..."


Le Roi haussa les sourcils et voyant l'air gêné d'un de ses lieutenants qu'il avait envoyé surveiller ce qu'il se passait dés qu'il avait eu vent de ce congrès.

"La Reine de France a elle aussi pris la parole."

Si c'était possible ses sourcils se serait levés encore plus haut.

"Oh. En colère ?
- Très en colère. Elle est du côté du duc.
- Oui bien sûr... J'aurais dû m'y attendre, mais je ne pensais pas qu'elle serait là. C'est tout ?
- Pour ce qui est des derniers événements, oui.
- On a fini de sécuriser tout le périmètre et l'Opéra, mon roi, à la moindre alerte et mouvement de foule, on intervient.
- Très bien, commençons.
"

~~~

Il se présenta seul sur la scène. Seul, parfaitement seul en apparence, avec son ensemble qui le caractérisait en tout point, ce beau vert-d'eau marié au marron, carmin et à l'or, boucles étincelantes, bottes brillantes qui claquaient sur le parquet luisant de la scène, dentelles discrètes et goggles présomptueuses et fières. Balançant sa cane au rythme de ses pas, épée au côté, son entrée fit silence dans la salle, comme un doute planant et occupant l'espace tel un brouillard. Ce furent les espagnols ainsi que quelques Grands qui, les premiers, le reconnurent, bien qu'une telle entrée suffisait pour les laisser indécis, d'un seul mouvement on regarda dans la loge royale, le roi était là.
On regardait sur la scène ; le roi était là, se raclait la gorge sous les yeux ébahis du duc Caliaveri qui n'en décrochait pas le regard. C'était lui, pour de vrai.
Dans sa cage, l'androïde cognait les barreaux pour tenter de s'échapper, des murmures étaient échangés, paroles basses et suspicions, les regards allaient tantôt de la scène à la loge tantôt vers son voisin pour essayer de comprendre ce qu'il se passait.
Felipe resta un moment à embrasser cette scène devant lui, cet échantillon d'humanité, de toutes classes, de tout horizon, ici présents en ce jour... il devait le sentir pour porter son discours en plein dans leur coeur.

"Bien, maintenant que les premières festivités sont terminées, en voici d'autres pour vous, offertes par ma personne. Mais avant tout. Silence, je vous prie. !"

C'est à peine s'il avait élevé la voix, mais un coup plus puissant sur les barreaux de la cage résonna dans tout l'Opéra sans qu'il ne couvre sa voix. Le silence se fit.

"Vous êtes adorables."

Difficile de dire à qui il parlait en premier, l'androïde, Juan, le public ???
Le silence se fit totalement. Ce n'était pas vraiment comme si on s'attendait à cela d'un roi. Ce dernier monta d'un cran.

"Bien, mesdames, messieurs... Peuple d'Espagne, mon peuple, et peuple d'autres contrés, je parle devant vous en tant qu'homme, et au nom d'êtres humains. Me défiler et dire que je n'ai en rien voulu ce qui est arrivé aujourd'hui serait certes pure vérité mais ne changerait rien au fait, qu'importe le résultat malheureux auquel nous avons abouti, il est bien présent devant nos yeux. Nous nous entredéchirons en oubliant l'essentiel."

Il frappa du sol à cet instant précis. Il se contrôlait, mais à l'intérieur de lui, de très forts sentiments faisait gronder une tempête. Un nouveau cran venait d'être franchi, la tension était palpable. Il continua.

"On parle d'amélioration de l'humanité en nous montrant une "Oeuvre", on parle d'une création en nous disant "c'était un homme" ! Cherchons-nous à comprendre où s'arrête l'humanité ? Et pourtant nous nous demandons où elle continue au contraire ! Alors que ces mêmes personnes ne sont considérées ni comme l'un ni comme l'autre ! À la fois abandonnés, victimes de rejet, ils sont pourchassés, suscitent avidité et admiration la plus souvent malsaine ! En total paradoxe.
Pourtant... au départ. Il s'agissait bien d'un homme. Et l'homme est capable de grandes choses.
Si les androïdes sont des "créations mortes-nées" ou s'ils sont le futur de l'humanité, dans les deux cas...
"

Il releva ses goggles afin de bien laisser apparents ses yeux dorés qui, à cet instant précis, défiait l'assistance comme l'on défie l'Humanité entière. La tension monta d'un cran, il continua.

"Soit nous n'avons rien à craindre, soit nous avons tout à perdre en nous conduisant comme des tortionnaires ! Condamnerions-nous nous-même et condamnerions-nous ce qu'il reste d'humanité en nous et le respect de la vie ? Qui est au commencement de tout cela ? Cela m'importe peu ! Puisqu'ils sont des hommes, puisqu'ils existent, je ne compte pas les renier ! Je proclame par la présence que tout androïde sur les terres d'Espagne sera considéré comme ayant droit à la citoyenneté espagnole et ne pourra donc plus jamais être traité de la sorte, une bête de foire !"

On se leva comme un seul homme, il fit un mouvement large et ample, comme on balaye l'espace où un obstacle d'un revers de main, éleva la voix et continua :

"Ils seront soumis aux lois de notre pays, s'ils vivent en criminels, ils seront punis, sinon, ils vivront en paix ! Et les personnes prises en train d'agir aussi vilement que ce que j'ai pu voir aujourd'hui... seront les seuls à être considérés comme étant une sous-espèce humaine !"

Cette déclaration eut l'effet d'une violente tempête, d'abord restés sous l'effet de la plus profonde stupéfaction, le roi s'attendait un revirement de tout instant. Il présenta une clé au duc présent à ses côtés.

"On a eu la gentillesse de me donner ceci."

Pas sûr que ce n'était que de la gentillesse.

"Si vous voulez bien ouvrir à cet homme, je vous en serais reconnaissant." Plus bas : "Vous avez vraiment cru que je me contenterai d'être spectateur ? Depuis le début une certaine personne a eu la gentillesse de prendre ma place dans ma loge et j'ai agi de mon côté."

Pas sûr que ce n'était que de la gentillesse.

Il venait de se mettre à dos une bonne partie de la Cour, mais surtout, une certaine reine et un certain pays. Pourtant, il estimait que cela en valait la chandelle.
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Juan de Caliaveri
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Mar 28 Mai - 15:05
Juan n’avait rien contre les autres inventeurs. Il en employait lui-même un certain nombre dans ses entreprises. Des inventeurs mineurs, bien entendu, des inventeurs qui n’étaient que des directeurs de section, chargés de coordonner des sous projets pour que finalement tout s’assemble comme Caliaveri le voulait. Ce n’était pas tant qu’il était dédaigneux mais juste qu’il avait toujours considéré ne pas avoir de rival en ce monde pour ce qui était des inventions. A chaque fois c’était lui qui avait créé la chose, ou qui l’avait perfectionné, et tous les autres ne pouvaient que s’incliner devant un génie dont la teneur leur échappait. Prétentieux peut être mais démontré par les faits les plus incontestables. Cette situation, d’aucuns la vivaient mal et ne manquaient pas une occasion de critiquer la domination outrageuse du duc sur le monde des sciences. Ici et là il y avait tant et plus d’articles et de pamphlets à son endroit de la part de laborantins jaloux. Notamment cet infâme, ce détestable pavé incendiaire « Caliaveri et l’Enfer Mécanique » écrit par Donald Tosien, ce pseudo scientifique qui en dix ans de carrière n’avait réussi qu’à créer des pistons d’un nouveau type. Mais peu importait ! Il ne vouait jusque-là aucune animosité particulière à ces ratés qui ne pouvaient atteindre son niveau. Jusque-là.

Parce qu’en voyant ce misérable, ce petit rien du tout, ce misérable cloporte, cet avorton, qui se dressait là à proclamer fièrement qu’il était coupable de ces atrocités, de ces greffes sauvages imposées à ce pauvre homme dans la cage, une rage peu commune envahit Juan de Caliaveri. Non seulement cet individu était phénoménal d’impudence – il parlait au plus puissant noble d’Espagne ! – mais en sus, il se vantait d’un crime ! D’un crime au sens propre mais d’un crime contre la raison et la pensée, d’un crime contre la science ! Ah le sacripant ! Le gibier de potence ! Le duc mourrait d’envie d’arracher un bout de sa peau pour lui montrer ce qu’était réellement la science avec un grand S, la fusion parfaite, harmonieuse, puissante, esthétique, souveraine, du métal avec la chair. Mais ce ne serait pas une très bonne idée. Néanmoins… néanmoins il était assez comique que l’imbécile pense être à la pointe de la technologie avec sa création de bric et de broc là où le duc avait créé le cyborg, celui qui ne vieillissait pas et qui ne cédait pas en beauté à l’humain. Cependant… Cependant il existait peut être un autre moyen de le faire payer pour son impudence.

Juan jeta un coup d’œil au roi. Il avait été surpris sans pour autant être bouche bée devant cette intervention inopinée. Tout de même, il eut été plus facile d’interdire la chose dès le départ. Le duc ne pouvait se défaire de l’idée que Rey de Marisma avait dès le début dans l’idée de faire cette annonce spectaculaire sur la citoyenneté androïde afin de faire un coup politique. La manœuvre était néanmoins très habile. On en parlerait dans toute l’Europe et cela permettait au roi d’envoyer un message. Caliaveri n’est pas la seule force progressiste du pays, le pays c’est moi et il est plus que jamais tourné vers le progrès et la tolérance sous mon impulsion. Oui c’était comme cela que certaines cours, certaines relations, comprendraient ce qui s’était passé dans cet opéra. Déjà, Juan sentait se poser sur lui le regard de l’ambassadeur Von Assner, de l’Empire Austro-Hongrois, un regard évaluateur.

- Votre Majesté, fit Juan d’une voix forte, je vous prie de m’excuser d’avoir douté que vous soyez du côté de la justice en cette matière. Je vous connais suffisamment, vous que j’ose appeler mon ami, pour être surpris de mes propres tergiversations à votre propos. Si j’ai une excuse, c’est celle de constater que les souverains et leurs représentants trahissent bien souvent l’intérêt humain pour des intérêts plus… fugaces et moins nobles.

La tirade s’adressait assez clairement au représentant Austro-Hongrois – il s’agissait de lui rappeler que Juan possédait les deux premières entreprises de son pays et finançait de nombreuses gazettes – ainsi qu’au représentant anglais qui avait poussé de hauts cris quand Juan avait fustigé le comportement des invités. Qu’aucun ne s’imagine que la place du duc dans le jeu politique européen était moindre qu’il ne l’était. Surtout vous petits austro hongrois. Vous êtes les suivants sur la liste même si vous l’ignorez, songea Juan avec un sourire qu’il essaya de dissimuler. Puis il se rapprocha du roi et diminua le ton de sa voix pour que seul le souverain l’entende.

- Vous devriez reculer Majesté, il est probablement agressif et rendu fou par la douleur, quand je vais le faire sortir il risque de s’en prendre à la première personne qu’il verra et, sauf votre respect, ma magie me permettra de le stopper plus efficacement que vous. Par ailleurs… c’est un citoyen Espagnol maintenant mais même quand il ne l’était pas il restait humain, et je ne vous apprends rien en disant qu’il est interdit de torturer, d’amputer ou de greffer à un être humain contre son gré et que les lois internationales à ce sujet nous permettent d’arrêter les coupables de ce genre d’actes. Donc… ne soyez pas surpris, Votre Majesté, mais dans quelques instants j’ordonnerais l’arrestation de ce triste sire, de ce boucher que vous voyez là. Je vous donne ma parole que nos relations avec la Roumanie… enfin pour ce qu’elles valent c’est-à-dire pas grand-chose… n’en seront pas affectées. Je connais…intimement, Sa Majesté Roscat. Quoiqu’il en soit… reculez, je vais ouvrir la cage.

Avec des gestes très précautionneux, une délicatesse infinie, Juan s’avança vers la cage – ah pas fou ce roi ! Sous prétexte sans doute de lui laisser le rôle majeur, il lui laissait surtout la possibilité de se faire arracher le crâne.

- Je vous conseille monsieur, dit-il à voix basse en roumain à l’androïde, de ne pas faire de gestes brusques. Je suis ici en tant que votre libérateur mais je puis aussi vous écraser malgré ces grosses choses inélégantes dont on vous affublé.

Le grognement lâché par l’individu ne disait rien qui vaille à Juan. Il n’était pas convaincu que cet androïde ait toute sa santé mentale. Bien sûr il le fallait il pouvait l’éliminer sans aucun problème mais… faire une démonstration de ses capacités même dans une moindre mesure… d’un autre côté hors de question de passer pour un lâche, ou pire, d’être responsable de la mort du roi. Il ouvrit la porte. Et l’androïde fonça sur lui !

- RECULEZ MAJESTE !

Très rapide, bien plus qu’il n’y paraissait malgré les pesantes créations mécaniques qu’il devait se traîner. Juan esquiva un coup de poing en bougeant si vite qu’il était impossible de discerner son mouvement et entreprit de faire tomber l’androïde d’un balayage en avant, mais ce dernier réussit à s’en protéger ! Inconcevable comme ses prothèses étaient résistantes ! Juan n’aurait jamais cru que quelque métal que ce soit dans une aussi faible densité puisse résister à un coup de ses propres augmentations à pleine puissance. Néanmoins…D’un seul mot murmuré, Juan activa les enchantements de sa main métallique cachée sous l’épiderme, et ce dernier s’enveloppa d’un léger halo doré. Et le prochain coup de Juan trouva sa cible sans coup férir. Son poing se déplaça à la vitesse du son et détruisit ses jambes de métal puis remonta en arc de cercle pour en terminer avec les bras de l’infortuné. Juan avait à peine transpiré. Il jeta un coup d’œil méprisant au roumain et se tourna vers lui, regardant la foule.

- Je regrette d’avoir dut en arriver là, fit-il en désignant l’androïde devenu homme tronc, immobilisé au sol, mais vous êtes tous témoins que je n’avais guère le choix. Quoiqu’il en soit le coupable… celui qui a transformé cet homme en une bête dénuée de raison, celui dont je vais devoir défaire le sinistre ouvrage. C’est vous, faux scientifique, barbare, créateur de monstres ! C’est vous le criminel qui avez brisé une vie et outragé tous les inventeurs de ce monde ! Chers compatriotes, chers amis étrangers, Sa Majesté sera d’accord avec moi j’en suis bien certain, nos lois nous permettent de disposer des criminels d’où qu’ils viennent, et à coup sûr, cet homme est un criminel comme j’en ai peu vu ! Soldats ! Arrêtez-le immédiatement !

La foule, désormais conquise, hurlait sa haine à l’endroit de l’inventeur et les cris de « pendaison », « donnez le nous », fusaient, autant que les exclamations énamourées de ces dames face à la bravoure du duc. Il serait très difficile pour le roi d’aller à l’encontre du peuple sur ce sujet quand bien même il le voudrait… Juan eut un sourire sardonique à l’endroit du créateur d’androïdes. Tu as perdu, misérable charlatan, semblait-il dire.
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Magdalena Korzha
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Mer 29 Mai - 3:40
« Regardez, mère ! C’est la reine de France !
- Oui, oui, je ne suis pas aveugle et… pas sourde non plus.
- Elle est joliiie !
- Elle n’est que ça, jolie. »

Mais cela n’affecta en rien la petite Viorica qui c’était redressée pour voir la balustrade d’où la Reine Ronce faisait son discours. Toute emportée par des mots qu’elle comprenait à peine, l’enfant tapota vivement dans ses mains lorsque sa majesté de France écarta théâtralement les bras. Magdalena, quant à elle, avait complètement décrochée et se contentait de jouer avec deux morceaux d’aimants. Même si elle fleurait l’ennuie, la scientifique ne regrettait pas d’être venue. La situation était intéressante, l’hypocrite dégout du traitement de Vasile sur des être humain, exquis. Magdalena n’avait pas le sadisme de s’en délecter, toute cette polémique la rendait un peu mal à l’aise, en réalité. Les étrangers n’étaient pas très appréciés de la veuve, ils étaient si… idiots ! De pauvres imbéciles tout en beaux tissus et en monnaie, absolument rien dans la tête !

« Pourquoi ils sont choqués, les gens, mère ?
- Ce sont des esprits faibles, de faibles esprits. Ils se pavanent, ils ont l’air brillants, n’est-ce pas ? Oui, hm. En réalité, ils ne le sont pas. Vous trouviez Monsieur Duca étrange, si ma mémoire est bonne –et elle l’est- mais lui, il c’est un esprit fort. Il a une intelligence, une idée, une créativité. C’est souvent un imbécile mais Emilian croyait en lui –mais il croyait en beaucoup trop de personnes, selon moi, et…
- …Et là il y a un autre roi d’Espagne, mère ! »

D’un geste brusque, Magdalena pos asa main sur l’épaule de sa fille et obligea celle-ci à demeurer bien assise dans son siège. La scientifique daigna lever les yeux de la machinerie qui commençait à s’étaler sur sa jupe et écouta le discours. Ses épaules sursautèrent de manière répétitive, la femme hoquetait de façon maladroite. La petite Viorica regarda sa mère avec curiosité. Magdalena affichait un large sourire et avait à nouveau baissé les yeux pour rire. Oh ! Elle ne c’était pas permise de s’esclaffer tout haut ! Étant jeune fille, on le lui avait beaucoup trop reproché, mais quelques sons s’échappaient de sa bouche, incapable d’être contrôlés.

« Mère, qu’y a-t-il de drôle ?
- Accorder la citoyenneté et autres joyeusetés humaine aux androïdes… Je savais que les espagnols avaient un bon sens de l’humour, mais pas à ce point !
- Mais c’est tout bien, ils vont être heureux les androïdes !
- Non, personne ne les aimera. Ils sont laids et inhumains –à leurs yeux- et ils souffriront beaucoup plus ici qu’en Roumanie.
- Pourq… Ouch ! »

Une joue pincée, et une petite fille muette ! Le spectacle qui suivit fut des plus… sanguinolent ? Juan de Caliaveri, duduc d’on ne sait pas trop où, avait libéré l’androïde pour ensuite le découper ! Magdalena s’agita dans son siège en gloussant, confirmant son hypothèse comme quoi l’imbécilité humaine ne connaissait pas de limite. La cage n’était certainement pas là pour faire jolie et l’androïde devait être effrayé. Les roumains étaient si fermés au monde, si craintif. Ce que le Duc avait du voir comme une attaque était sans doute une défense de la part de… l’homme-tronc. Les yeux bleus de Magdalena s’égarèrent jusqu’à tombés sur la dame assise au siège adjacent à celui de sa fille. Cette bonne femme fixait la scientifique avec des yeux ronds comme des billes et jonglait entre le dégout ainsi que la crainte. Les bonnes manières revenant au galop, la rousse ferma la bouche et hochant brièvement la tête en signe de salut… Non, sérieusement, elle retourna jouer avec ses aimants.

Tout collègue normal se serait inquiété voire aurait protesté devant l’arrestation d’un compagnon de travail. Pas Magdalena. Les lois étaient les lois, elles étaient indiscutables –enfin, lorsque l’on n’était pas un Roi Grenouille ou une Reine Pot de Fleur. Elle marmonna, se penchant vers le vilain inventeur :

« Vraiment Vasile, n’avez-vous pas honte d’être aussi outrageux ? Vos outrageions outragent le monde. Vous êtes l’Outrage avec un grand O, plus rage que ou. Franchement, vous avez outrageusement frappé fort, voila tout ces outragés outragés. Faites vous arrêter, votre outrage est plus puissant que les outrages des autres, j’irai vous chercher, mais ce serait un outrage de vous rapporter du thé, et moi, évidemment, je ne suis pas une femme d’outrage, qu’une femme de Science. »
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Mer 12 Juin - 19:09
L'air interdit, Vasile écoutait la déclaration du Roi d'Espagne. Il ne put s'empêcher de laisser échapper un gloussement moqueur, comme s'il venait d'assister à une bonne farce.

" Un Androïde... Citoyen ? CET Androïde ? HA ! Faites comme bon vous semble, vous êtes Roi, après tout... Sachez toutefois que ce n'est pas un hasard, si ces gens sont venus à moi. Ils sont pour la plupart des fous. Des criminels. Ou des parias. " Il soupira, un sourire digne d'un Cheshire accroché à ses fines lèvres, avant d'enchaîner. " Je n'ai fait que leur rendre service, en remplaçant leur corps déficient. Pour ce qui concerne leur esprit, par contre... Enfin, si c'est vraiment cela, les citoyens que vous désirez... "

Il n'était absolument pas certain que sa tirade ait été entendue par les deux acteurs sur la scène, mais par une partie du public, certainement ! Déjà, il saisissait des murmures de la foule, incertaine de vouloir partager leur Pays avec de telles créatures diaboliques, et plus mal à l'aise encore dans l'entourage du Chapeauté. Mais il ne regrettait pas. Il avait dit ce qui devait l'être. Il observa d'un œil amusé le Duc se débattre avec l'Androïde.

" Inutile d'insister. Cette pauvre créature ne comprend pas un mot de Roumain. Je ne suis même pas certain de sa capacité à avoir pu, un jour, communiquer avec quiconque ! "


Son sourire se décomposa toutefois lorsque l'autre inventeur démantela devant lui l'Androïde. Un magicien ! Et lui qui se demandait pourquoi l'Espagne puait autant.

Il assista, interdit, au monologue suivant, sanctionnant son arrestation. Il se redressa pour toiser les autres invités autours de lui. Ils hurlaient fort, ça, oui. Mais aucun d'eux ne parut encore prêt à approcher "le Chapelier Fou".

" Espérez-vous vraiment qu'une de vos petites cellules m’arrêtera ? Ce serait se méprendre sur l'envergure de ma personne. Ce n'est ni ceci, ni vos "lois" décidées à la hâte qui me décideront d'arrêter mon œuvre. "

Il voulut faire un pas vers l'estrade mais fut bien vite arrêtés par la foule pressante, ragaillardie par l'arrivée des gardes. Deux de ceux-ci empêchèrent Vasile d'avancer et lui saisirent les épaules. Lui ne se défendit pas. Fou, il l'était peut-être, mais idiot, certainement pas ! Il n'avait aucune chance d'échapper à un troupeau pareil. Ils n'étaient que des moutons, certes, mais des moutons tenaces.

Il hocha la tête en direction de Magdalena, l'air agacé, lui signifiant qu'il l'avait bien entendue.

" Mon seul outrage aura été de tenter d'ouvrir les yeux de ces pauvres écervelés. Bon. Je compte donc sur vous. Et pour l'amour de la science, hâtez-vous ! Je ne compte pas croupir des lustres dans un cachot. "

Sans ajouter un mot, Vasile releva la tête et suivit, nonchalant, les quelques gardes qui lui ouvraient la route, le menant vers sa prison en même temps qu'ils le protégeaient de la fureur populaire.

Un petit sourire étira de nouveau le coin de ses lèvres. Si seulement ils savaient, tous, le cadeau empoisonné que le Roi venait de leur offrir...
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La belle au bois dormant
Ronce de France
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✦ Libre pour RP ? : Complète.

✦ Double-compte : Alice Liddell, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi


MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Dim 16 Juin - 20:07
Ronce s'était laissée guider par les conseils de Lucas, portés par une voix chantante et charmante. Sûrement l'effet dû à l'accent étranger se disait la reine, sans se rendre compte qu'elle se laissait bercer par le don de l'anglais. Ronce agita mollement l'éventail, profitant du souffle qui chassait peu à peu la chaleur de son visage et agitait quelques mèches de cheveux. Les rumeurs en contrebas lui parvenaient de façon plus assourdie, sûrement une impression provoquée par la fatigue. La reine n'était pas habituée à se lancer dans de tels coups de sang.

« Votre majesté ne doit pas se mettre dans des états pareil en public. Cela salirait votre image. De plus, vous êtes bien plus belle lorsque vous affichez la dignité royale que lorsque vous vous laissez aller à la rage de la chiffonnière. »

La rougeur qui parsema les joues de la reine ne fut pas seulement cause de la chaleur ambiante, mais surtout des propos tenus par Lucas. Ronce tâcha de boire son verre pour se donner un peu de contenance, et surtout du temps pour répondre. Mais le trouble se lisait aussi bien dans son regard que dans le tremblement qui agitait sa main.

— Monsieur je vous sied grès de vos compliments, mais sachez qu'en France nous ne sommes point habitués à une telle franchise. Comprenez par là que vous me troublez. Vous semblez être bien plus qu'un lord, les fées vous auraient-elle octroyé le don de l'éloquence ?

Si Lucas offrit une réponse, elle demeura connue seulement de la reine. En contrebas, la foule s'agitait. Le roi d'Espagne venait d'arriver sur la scène, faisant entendre sa propre opinion. Une opinion qui ne manqua pas de surprendre Ronce; le roi lui avait bien dit qu'il réfléchissait au sujet des Androïdes, mais de là à aller jusque-là...

— Il transforme une utopie en réalité, une utopie dont je lui avais touché deux mots. Aurions-nous donc pensé la même chose, en même temps, chacun de notre côté ?

Ronce avait exprimer sa pensée à voix haute, comme pour mieux y réfléchir. Les faits sur la scène s'accéléraient; la libération de l'Androïde provoqua des cris, des femmes repartirent dans les vapes. Les portes de l'Opéra furent même ouvertes afin de laisser sortir ceux qui le souhaitaient. Nombreux ne pouvaient plus supporter le spectacle, soit par dégoût devant le démembrement, ou encore trop échauffés par l'ambiance pour penser clairement.

Ronce, elle, ne savait que penser. Elle ne pouvait qu'acquiescer devant l'arrestation de cet homme qui se présentait comme le créateur des Androïdes. Mais le démembrement la dégouta. Le duc avait peut-être des raisons à agir ainsi, mais ça revenait à démembrer un être vivant. Ronce porta la main à son cœur avant de se lever. Elle ne pouvait plus rester ici. Mais elle ne pouvait partir sans un mot, sans une dernière parole. Se plaçant à nouveau à la barre, Ronce fit entendre sa voix :

— Majesté, sachez que je salue votre acte. Certes ce ne sera pas une utopie simple à mettre en place, mais je vous encourage et suis prête à vous aider. Qui sait, vous ouvrez peut-être la voix à d'autres pays qui sauront suivre votre exemple.

Parlait-elle de la France ? Probablement.

— Mais sachez que je ne puis rester davantage. Tant de douleur dans cet homme devenu presque un machine, un fou lié à des câbles touche mon cœur de femme. Duc de Caliaveri, je comprends votre geste mais je ne puis y rester insensible. J'espère que c'est le cas d'autres membres de l'assemblée. Permettez que je me retire.

Une révérence en direction des deux hommes, puis Ronce se tourna vers Vasile qu'elle toisa du regard froid de la Reine des Épines.

— Monsieur, profitez bien des cellules espagnoles. Au contraire de celles de France, elles sont chaleureuses. Peut-être trop.

Pas de salut pour cet homme, Ronce lui tourna le dos et ordonna à ses gardes de préparer sa sortie. Remettant en place quelques mèches volages, la reine reprit un sourire affable pour s'adresser à Lucas.

— Monsieur, si vous le souhaitez, j'aimerais que nous continuons notre conversation autour d'un repas qui saura nous revigorer après tant d'émotions.

Ce n'était pas pour rien que la France était connu pour sa bonne chère malgré son retard d'un siècle. En France manger permet d'oublier tous ses soucis.


♔ Reine de France ♔
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Prince Ciel
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Mar 18 Juin - 17:23


  - Venez, mon Prince, nous devons nous retirer.

 - Mais Valet, Ronce est là !

  - Soyez raisonnable, vous voyez bien que le climat qui règne en ce lieu n’est guère approprié à un enfant de votre âge et de votre condition.

Et en effet, une agitation grandissante échauffait l’opéra tout entier, des gens de haute importance – y compris sa sœur, la reine elle-même – s’insurgeaient ou s’appuyaient les uns les autres. Un seul sujet soulevait les passions, à nouveau. Les Androïdes. Ciel, qui n’avait pas osé dire un mot, s’était contenté de suivre comme il le pouvait la « discussion » en cours, où inventeurs, nobles et autres gens de renoms exprimaient leurs opinions sur le propos. A chaque réponse donnée par sa sœur, qu’il voyait et entendait nettement – mais qui elle, ne paraissait pas l’apercevoir – Ciel approuvait d’un signe de tête.

Tout échauffé lui-même par cette excitation, ses joues pâles empourprées par l’émoi, il s’apprêtait chaque fois à répondre quelque chose, mais chaque fois, soit quelqu’un avait parlé avant lui, soit l’un de ses domestiques l’avait retenu. Il n’était pas encore établi que le jeune prince de France eut un avis à donner malgré son jeune âge.

  - Mais, insista-t-il, il y a bien une petite fille !

Il l’avait vu, non loin de lui, une enfant brune accompagné d’une dame à l’allure sévère.

  - Cette jeune personne accompagne sa mère, qui est inventeur. La situation est tout autre…

- Eh bien moi, je n’ai pas de mère. Et puis, Ronce est là. Valet, Ronce est là !

Ciel ne comprenait pas pourquoi son majordome paraissait si morne alors que, comme il s’évertuait à le dire : Ronce était là. Le timbre de la voix du valet demeurait atonal, presque éteint. Tandis que celui du petit prince était encore plus aigüe qu’à l’accoutumée. Ses yeux bleus cherchant sans arrêt fiévreusement la silhouette digne de sa grande sœur, il délaissait l’intérêt porté aux Androïdes car, lorsque Ronce était dans les parages, elle accaparait l’entière attention de son cadet.

Mais alors, Ciel comprit la fébrilité hâtive de ses employés. Bien sûr, ils avaient remarqué la présence de la Reine – qui, disons-le, ne passait jamais inaperçue – mais au contraire de leur petit souverain, ce n’était pas source de réjouissance, mais d’inquiétude ! Car en effet, que dirait Ronce en voyant que son petit frère avait quitté le château, pour se retrouver en plus au sein de ce congrès endiablé ! Ils étaient en mauvaise posture, car la reine se montrait plutôt intraitable lorsqu’il s’agitait de la sûreté de son frère. Et si Ciel risquait des réprimandes, eux risquaient bien plus.

Malgré cela, il ignorait toujours si sa sœur l’avait remarqué. Elle était si impliqué dans le débat houleux auquel elle participait qu’elle ne lui prêtait guère attention.

Retrouvant son calme, car à présent, la crainte se mêlait à la joie pour lui aussi, Ciel observa une dernière fois l’étrange assemblée qui déblatérait devant lui. Cela le dépassait assurément. Il n’était qu’un enfant, et ses connaissances technologiques étaient fort limitées. Quant à sa morale, elle était encore bien malléable.

Cependant, le duc de Caliaveri – qu’il ne connaissait guère, mais ses valets étaient toujours bien informés – lui avait fait le plus grand effet. Il avait même senti un élan fulgurant dans son thorax, et tout son corps avait tremblé à l’entente du discours passionné. « Misérable, misérable… » avait-il répété entre ses dents, les poings serrés. Pour sûr, s’il avait été plus grand – et un peu plus solide – il aurait rejoint le duc sur la scène et l’aurait soutenu de toutes ses forces. Il se contenta d’applaudir vigoureusement.

En jetant un coup d’œil à sa sœur, qui paraissait réellement troublée par les évènements elle aussi – bien qu’elle demeure toujours droite et mesurée – Ciel aperçut avec perplexité un homme aux cheveux noirs à ses côtés. Il fronça les sourcils en observant la silhouette longue et gracieuse du jeune homme. Qui était-ce ? Lord Grey, lui répondit-on. Un sentiment étrange, entre intrigue et méfiance, apparut dans le cœur de Ciel. Mais les évènements présents ne lui permirent pas de s’attarder sur la chose.

Car ce fut autour d’un drôle d’énergumène, plus étrange que tous les autres, de s’avancer sur scène afin de s’adresser à l’assistance. L’immense chapeau qu’il portait sur la tête fit grande impression au petit prince. Cependant, son discours était tout autre en ce qui concernait le traitement des Androïdes. Ciel en fut totalement chamboulé. Il n’était pas en mesure de juger qui avait raison et qui avait tort, il ne savait que penser, et cela était si inhabituel qu’il était fort perturbé. Œuvre, perfection, avenir de l’humanité… Toutes ces grandes et nobles notions le dépassaient complètement. Son innocence faisait qu’il était d’ailleurs plus sensible à la forme des discours qu’à leur contenu. Lorsque l’étrange monsieur leva les bras en l’air d’un air illuminé, Ciel était à nouveau emporté par la passion, mais ces sentiments étaient si forts qu’ils commençaient à le rendre fébrile. Il avait chaud, ses doigts tremblaient, et il sentait des gouttes de sueur glisser dans son dos.

Néanmoins, aucun avis ne pouvait convaincre davantage Ciel que celui de sa sœur adorée. Dès l’instant où Ronce exprima son point de vue tranché, entre rage et dignité, celui du petit prince fut scellé pour de bon. Il était d’accord avec elle, entièrement d’accord, et tous ceux qui pensaient le contraire étaient des inconscients, des imbéciles ou des déments.  Oh, comme Ronce était courageuse !  Qu’il l’admirait d’oser braver ces hommes à la présence déstabilisante, au savoir brillant, aux mots remplis de ferveur !  

Et puis… Et puis arriva un monarque qu’il n’avait jamais rencontré, tout juste entendu parler, et que Ciel écouta avec grande attention. C’était le fameux roi d’Espagne dont Ronce pensait tant de bien. Mais, avant même l’intensité de ses propos, ce qui marqua Ciel fut son regard diablement particulier. Il fut autant bouleversé par la déclaration du souverain que par ses effets sur l’assemblée, qui réagit immédiatement et avec virulence. Le roi d’Espagne venait de déclarer la liberté sans condition de tous les Androïdes ! Voilà ce qui, indubitablement, tranquilliserait le cœur de Ronce, et de ce fait, le sien. Ce Roi lui plaisait bien.

Cependant, il allait un peu loin dans ses idées. Ciel plissa les yeux pour être sûr de bien comprendre. Puis il se tourna vers le visage figé, nerveux et stupéfait de son Valet, ce qui ne fit que confirmer ce qu’il avait lui-même compris. Le roi d’Espagne s’apprêtait réellement à libérer le… la… ceci ?? Un souffle de panique remonta le long de sa gorge, tandis que son regard pâle fixait la scène en attendant une quelconque explosion. Et cela, elle en pensait quoi, Ronce ?

Ciel s’apprêtait à se tourner vers elle, mais le grognement bestial lancé par l’Androïde attira son attention – en même temps d’attiser son angoisse. Il eut une inspiration de terreur, reculant d’un pas comme si cela aurait pu le préserver de quelque atteinte. Pourtant, il était moins exposé que la plupart des gens présents, puisqu’il se trouvait dans une loge. Enfin, qui sait, qui savait de quoi ces hommes-machines étaient capables… Les choses se déroulèrent si vite que Ciel eut à peine le temps de les réaliser. Ce fut le duc qui frappa, d’un poing si vif et si expert qu’il ne semblait nullement naturel, et l’androïde se retrouva mutilé – et donc inoffensif – en une fraction de seconde. Un hoquet d’horreur s’échappa de la bouche du petit prince, qui, portant la main à ses lèvres, revint tout près du bord pour mieux voir la scène.

  - Mon Prince, avait dit le Valet derrière lui. Vous ne devriez pas regarder. Partons.

Ignorant les avertissements de son majordome, Ciel observait tout et tout le monde, la bouche sèche et le regard de plus en plus fiévreux. Même Ronce paraissait plus qu’ébranlée par les évènements.
Le drôle d’inventeur au chapeau, lui, ne semblait pas angoissé à l’idée d’être mis au cachot. Il se tenait debout, faisant face au duc, à l’assistance et à ces accusations. Tout le monde hurlait, pestait, crachait, bien que chacun eut pris le soin de garder ses distances. Ciel était totalement perdu, ne sachant qui avait bien agi. Les mots s’accordaient mal aux actes, et comme Ronce ne se prononçait plus, il demeurait incapable de savoir où était le bien et le mal. Perdu et affolé. L’agitation s’était muée en folie, et la constitution de Ciel ne permettait pas de supporter cela trop longtemps.

Il aurait peut-être défailli si Ronce n’avait pas – enfin ! – pris la parole à cet instant, apaisant les ardeurs de sa voix calme et profonde. Toutefois, ce fut pour prendre congé qu’elle s’adressa à l’assistance, manifestement incapable de soutenir un tel spectacle. Ciel eut la soudaine envie de pleurer, car même si la présence de sa sœur demeurait lointaine et silencieuse, elle l’avait rassurée jusqu’alors.

Des murmures agités s’élevèrent de la foule auparavant déchainée, tandis que la silhouette légèrement raidie de la Reine de France s’éclipsait, délaissant Ciel au milieu de cette effervescence.

  - Ronce ! s’écria-t-il, mais les bruits de la foule couvraient sa voix.

  - Chut, votre Altesse, je vous prie de vous taire !

  - Mais Valet, Ronce s’en va, Ronce s’en va !

  - Calmez-vous, vous êtes…

  - Je ne suis rien ! Je dois voir Ronce ! Vous avez vu, vous avez bien vu ce qui vient de survenir ! Je… C’est… Enfin, vous avez vu ! Quelle horreur, je ne comprends pas… C’est… N’est-ce pas terrible ? Ou bien était-ce nécessaire ? Valet, je…

Le cœur du petit prince n’y résistait plus. Tant turbulences, d’insurrection, de violence, c’était trop pour lui. Les yeux partant en arrière, il s’écroula dans les bras de son valet, qui fit signe à ses collègues d’ouvrir la porte afin de quitter la salle à leur tour. Portant le corps inerte de Ciel contre lui, le Valet tâcha de trouver le chemin le moins emprunté vers la sortie, afin de rejoindre le carrosse sans être remarqués.

Et tout en se hâtant, les domestiques se jetèrent des regards lourds de sens, sans oser dire un mot. Chacun savait que ce qui venait de se passer resterait dans la mémoire du petit prince, modifiant à jamais sa conscience du monde et de ses lois. Et encore une fois, l’espoir de retrouver sa sœur, se trouvait déchu. Oui, encore une fois.

Ne l’avait-il pas dit, que c’était une mauvaise idée ?


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Lucas Grey
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Ven 21 Juin - 14:48
Lucas ne s’amusait plus. Le barbu dont il avait déjà vu des peintures par endroit et dont il avait entendu parler continua son monologue en attirant l’attention de tous. A ses yeux, l’inventeur ne voulait que mettre de la poudre aux yeux de la population. Il n’appréciait guère monsieur Caliaveri et trouvait qu’il attirait avec autant de talent l’attention que lui, ce qui lui déplaisait follement. Et voilà qu’en plus de cela, les cellules de son cerveau venaient à manquer. Il parlait un roumain approximatif à l’homme dans sa cage. Lucas reconnut la langue et quelques mots, mais il ne le parlait pas assez bien pour réellement savoir ce qu’il lui avait dit. Cependant il était présomptueux de croire que celui-ci parlait forcément Roumain. Il était même présomptueux de croire que l’homme savait parler et était en état de comprendre un traitre mot de ce que lui disait l’imposant personnage. La reine lui parlait, il laissa donc aller toute son attention vers celle-ci en souriant. Elle devait être de bien meilleure compagnie que cet homme au visage singulier.  Le roi lui, qui venait de proférer son discours était bien plus agréable à regarder. Il n’avait pas grand-chose de royal, mais il était charmant. Lucas osa laisser glisser son regard sur ses épaules et son cou légèrement dévoilé par les plus rapprochés de sa veste et sa chemise.  Après son discours donc, la reine sembla se parler à elle-même. Elle parlait d’une utopie dont ils avaient parlé, il est vrai que les rois et les reines se doivent de parler entre eux.  Lucas eut envie de sourire en songeant que le Roi était veuf et la Reine seule depuis bien longtemps.   « C’est tout de même un pari risqué. La foule n’accueillera pas les androïdes avec plus de joie si leurs roi leurs dit de le faire. C’est l’opinion publique qu’il faut changer plus que la loi. » Le corbeau songea à son propre cas, préférant le sexe masculin envers et contre tout, et il eut envie de rire. Mais la situation ne s’y prêtant guère, il usa de ses talents de comédien pour dissimuler pareil maladresse.   « Je crains que cet horrible personnage n’ai pas mentis. Si la plupart des androïdes sont des fous ou des criminels alors l’Espagne aura fort à faire à l’avenir. J’ose espérer que le Roi aura prévu les réactions des androïdes, du peuple et des nobles… » Le corbeau n’aimait pas ce fameux Juan, il le trouvait un peu trop démonstratif pour être sincère. La mention de noble lui était donc tout naturellement destinée. Et malgré lui il ne put s’empêcher d’ajouter. « N’avait-il donc suffisamment souffert pour qu’on en fasse un buste grec ? Grand dieu rien n’indiquait qu’il était sain d’esprit. Cet inventeur a beaucoup trop mis l’accent sur la folie furieuse qui peut se manifester chez ces pauvres hères. »

Et sur ces paroles, il fit attention à ne pas être dans le champ de vision de la reine d’Angleterre actuelle, se rendant soudain compte que la loge de cette chère Reine Ronce était au centre de bien des regards. La réunion de famille aura lieu plus tard et il chercherait à fuir les lieux au plus vite en espérant se rendre le plus loin possible. Peut-être dans une taverne ou jamais sa mère ne tolèrerait de se rendre ? Ou encore un lieu remplis d’hommes ou sa sœur refuserait de mettre les pieds par peur de se faire assaillir –la pauvre fille si elle savait…-.  Sa concentration était telle qu’il ne remarqua guère l’air dégouté de la reine lorsque l’homme fut réduit à un état inoffensif. Cependant il remarqua très vite qu’elle s’était relevée à nouveau –Grand dieu et pourquoi ne pas crier son nom par la même occasion ?- sous les milliers de paupières qui se tournaient vers elle en papillonnant. Pour une fois, l’anglais n’était guère à l’aise, préférant être un peu moins sous le feu de l’attention populaire. Il se releva, fit un calcul rapide de l’angle de la loge de la reine et se mit hors de portée du regard. En se positionnant ainsi il croisa du regard un petit garçon penché sur la balustrade à la tignasse blonde et aux joues bien remplies.  L’arrestation de l’inventeur fut un acte fort prévisible qui n’amusa guère le corbeau, boudant presque la réaction de la population.  Encore une fois, ses talents d’acteurs permirent d’éviter de montrer à tous que la situation ne lui plaisait plus beaucoup.  Il s’appliqua à remettre correctement ses cheveux sur sa tête, à épousseter son costume et à donner quelques ordres alentours, notamment de resservir un peu d‘eau à la reine afin qu’elle se rafraichisse après pareil spectacle.  Lucas voulait rester avec elle, en apprendre d’avantage sur la France ainsi que sur sa reine mais il ne trouvait pas de manière correcte d’aborder le sujet. Ce n’était pas tant de lui poser la question qui le dérangeait, mais plutôt le fait qu’on lui ai toujours appris qu’il était délicat de demander quoi que ce soit à la royauté. Il était clair dans l’éducation britannique que le peuple devait obéissance et servitude à la famille royale tandis qu’eux n’avaient guère d’obligations en retour.   « Monsieur, si vous le souhaitez, j'aimerais que nous continuons notre conversation autour d'un repas qui saura nous revigorer après tant d'émotions. » Et voilà qui était fait. Le jeune homme tira une rapide révérence avec un air légèrement étonné avant d’ajouter « Si cela sied à votre majesté j’en serais extrêmement ravi.  Toute cette agitation ne nous aura point permis de parler véritablement et il me tarde de vous écouter parler de votre pays. J’aimerais me rafraichir avant cependant. Ou puis-je vous retrouver ? »

Et c’est après quelques phrases échangés, le lieu du rendez-vous établi et autres que le jeune lord pris congé de la reine en prenant garde à ne pas croiser la famille royale d’Angleterre ainsi que sa propre famille. La plupart des rois et reines après le discours de la suzeraine de France avaient décrété qu’il aurait été malsain de rester et que sa blonde majesté devait être suivie comme exemple. Cela n’arrangeais que peu le corbeau et c’est aussi en se servant de l’excuse de se rafraichir qu’il put prendre congé légèrement avant que tous eurent quitté leurs loges. Se mêlant à la foule il entrepris de rejoindre les appartements de ce cher Baptista afin de s’y changer et de se laver. Pour cela il se devait de traverser une foule compacte qui siégeait sur la place du marché. Il ne put y prêter grande attention, étant tout de même pressé par le temps et il fit un léger détour ce qui l’empêcha de voir de près la plupart des gens présents. Il put voir le sommet de ce qui lui semblait être de grandes bâches qui semblaient montrer la scène de l’Opéra. C’était un évènement réellement grandiose décidément. Rapidement, le jeune homme atteignit l’appartement et s’y engouffra, commençant à retirer sa chemise avant même d’avoir fermé la porte derrière lui. Il devait être le plus présentable possible pour sa Majesté. Il savait l’être, mais il aimait faire attention à le rester en toute occasion. Ainsi donc, cette occasion n’était pont à laisser trainer. Il usa pour la troisième fois de cette machine étrange pour avoir de l’eau chaude dans son bain et plongea sous la mousse en retenant sa respiration. Le pays était tellement chaud que l’eau lui parut légèrement tiède. L’esprit vidé, Lucas se frotta le corps en soufflant profondément. « Et si mère m’avait vue ? » Il secoua énergiquement la tête et plonga sous l’eau. Non, il devait se faire beau et vite !
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MessageSujet: Re: [Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra   Jeu 27 Juin - 12:19




La fête avait fini par tourner court et si elle continuait, joyeuse et exaltée, sur la grande place de Madrid, il en était tout autrement au sein de l'opéra.
Nombre des membres de l'assemblée étaient déjà partis lorsque l'Androïde sur scène avait été découpé et ôté de tous ses appendices métalliques. Les femmes s'étaient senties au plus mal, ne supportant pas une telle scène. Quelques nobles et inventeurs demeurèrent pourtant jusqu'au clou du spectacle : l'arrestation de Vasile Duca, l'homme responsable de la création des Androïdes. Sa sortie fut accompagnée d'insultes, mais il ne fut pas l'unique cible de la haine grondante de la foule. Le roi en fit aussi les frais.

— Vous croyez qu'on va accepter de vivre avec ces monstres ?
— Ils pourraient tuer nos femmes et nos enfants !
— Il faut les renvoyer en Roumanie !


Il y eut bien des avis contraires, des gens acceptant plus ou moins que les Androïdes deviennent des citoyens. Mais leurs voix se faisaient plus faibles, et étaient rapidement étouffées par la haine et le mépris de leurs adversaires. Petit à petit, les paroles laissèrent place aux poings; on argumentait plus, on frappait. La violence poussa les gardes à tenter de séparer les belligérants, et à intimider aux ordres de quitter les lieux. Ce jour-là, la prison d'Espagne n'accueillit pas seulement un inventeur roumain. Mais aussi des notables et concepteurs de toutes contrées, tous animés par la même idée : les Androïdes devaient disparaitre.

Quant à l'opéra, il fut fermé durant plusieurs jours, le temps d'effacer toute trace des évènements.




Citation :
Ce post met fin à l'event. Merci à tous les participants. Vous verrez les conséquences de celui-ci, d'ici au plus tard fin juillet car il annonce nombre de nouveautés sur le forum. Vous pouvez toujours vous rendre sur la place de Madrid pour continuer, c'est à votre convenance.


© Avatar par Nougat. Compte PNJ, merci de ne pas envoyer de MP.
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[Année 0002] Event 03 : Dans l'opéra

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