[Année 0002] Holà, Francia !

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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Sam 25 Mai - 21:33


Il est vrai qu'il était habitué au climat espagnol, mais il est vrai aussi qu'il appréciait l'humidité plutôt que la sécheresse et se délectait donc sans mal de l'heureux climat qu'offrait la France en cette charmante saison printanière. On ne pouvait pas en dire autant de tout l'équipage qui, pour combattre cette inattendue fraicheur là où l'Espagne accueillait déjà une ardent soleil, n'avait rien trouvé de mieux qu'alterner quelques léchées d'alcool. Outre le fait que les tonneaux de madère tournaient de l'oeil, ils profitaient de l'occasion pour dessaouler en s'élancer superbement dans une danse de tous les diables, à faire grincer les gréements et geindre haubans.
Au problème de l'alcool vaguement soulevé par le capitaine, le roi répliquait qu'au moins il ne manqueraient pas de place pour accueillir de ce si réputé vin français. Quant au problème de la danse..... on savait tous que le Roi Grenouille était un franc amoureux de la discipline, ce pourquoi l'équipage s'autorisait cette petite folie, aussi le problème ne fut pas soulevé.

Ce train de vie, étrangement, défia les épidémies et autres soucis courants que l'on pouvait rencontrer à bords d'un navire en plein ciel pâle et jeune de printemps.

Enfin la vigie fit savoir à l'ensemble de l'équipage que le voyage touchait à son terme.

« Perfecto. »

Le roi fit tourner sa canne du bout de ses doigts en contemplant au loin l'imposant château qui avait enfermé pendant si longtemps celle que l'on surnommait la Belle aux bois dormants. Malgré les immenses possibilités qu'allait très certainement offrir cette visite et la sérénité qui l'habitait actuellement, Filipe regretta l'absence de son cher ami « Señor el Consejero », comme il aimait l'appeler, soit « Monsieur le Conseiller » à ses côtés. Il l'imaginait déjà se renfrogner en disant qu'il n'aurait pas dû venir en personne, que ce n'était qu'une mission mineure...etc.

Tout d'abord venir en personne ne manquerait pas de relever l'importance de l'intérêt que porte l'Espagne sur la France, et touchera sans doute la Cour qui se montrera plus encline à l'écouter qu'un quelconque émissaire. Ensuite, il montrait également la confiance qu'il avait envers cette même Cour -il n'osait d'ailleurs imaginer tous les préparatifs qui avaient dû être mis en place pour son arrivée...

Ahah... l'étiquette. Allons bon, il allait falloir être à la hauteur, un peu.

Enfin, si quitter l'Espagne ne le rassurait pas, il la laissait du moins entre des très bonnes mains, ayant fait coïncider cette visite avec la réunions de ses meilleurs bras droits, en qui il avait le plus confiance. Néanmoins, s'attarder pourrait être problématique. Il allait devoir se montrer  diplomatique, efficace et galant par la même occasion.
Ô Joie ! Finalement la pensée d'être invité par une aussi charmante personne que la Reine Ronce était la seule consolation qui rendait ce voyage prometteur... ça et le fait qu'il avait toujours voulu revenir en France.
Oui, il était déjà venu dans ses très jeunes années... enfin, « passé » serait plus exact, pour se rendre en Allemagne accompagner sa mère. Mais il fallait bien admettre que visiter un pays endormi avait eu  quelque chose de lugubre.

Le Capitaine amorça la descente du navire qui vint s'échouer avec douceur à un quai gardé par une allée de gardes français, en uniforme et au garde-à-vous, prêts à accueillir le Roi d'Espagne et son escorte. Un passerelle mécanique se déroula en escaliers pour permettre à ses passagers de descendre, tout d'abord, ce fut des gardes royaux espagnols, en uniformes rouges et or, quelques nobles proches du roi, et enfin ce dernier dans ses habits amples aux extrémités, cintrés à la taille, alternant le vert et le marron et portant encore ses fameuses goggles, sur le front afin que l'on puisse voir ses yeux dorés et que l'on interprète mal son apparence ; impossible de lui faire mettre la couronne royale en partant.

Il laissa vagabonder son regard sur la foule qui l'attendait en contre-bas. Au-devant d'eux, il remarqua une jeune femme, au porte altier, le regard fier qu'il n'eut aucun mal à identifier comme étant la Reine. Il descendit en faisant balancer sa canne d'apparat et se dirigea une fois au sol vers sa très chère hôte, il fit alors un de ses gestes amples et théâtraux qui embrassa la foule se trouvant autour de lui, la contrée, le château :

« Je félicite le peuple français de détenir autant de richesses sur leurs terres mais aussi dans leurs coutumes, lui qui a eu l'amabilité de souffrir notre présence en ce jour radieux et ensoleillé de ce mois de Mai. Je lui souhaite donc prospérité et que ce séjour se passe sous d'aussi bons augures qu'il a commencé »

Puis, se tournant vers la Reine, lui fit un baise-main :

« Ma Dame », fit-il avec un léger accent espagnol à peine audible, « Je sais que je dois aussi cette invitation de votre charmante personne et je dois dire qu'elle m'enchante. »

L'invitation ? Ou la charmante personne ?
Les joies de la langue...
Il se redressa en esquissant un sourire -dont le qualificatif exact m'échappe- avant de proposer son bras pour regagner le château.
Rey de Marisma
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Ronce de France
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Dim 26 Mai - 16:43
La visite du roi d'Espagne avait été convenu depuis quelques temps, mais cela n'empêchait pas les domestiques de courir partout. Tout devait être parfait, la France accueillait un probable allié. On était bien loin de la visite impromptue de l'Angleterre qui avait eu lieu il y a presque un an. Depuis le royaume s'était adapté aux visites extérieures : les ports étaient désormais pourvus pour accueillir des navires volants, au grand étonnement des habitants.

Depuis la reine avait aussi changé. Sa fille adoptive ayant disparue il y a quelques mois, Ronce était devenue plus amère. Le surnom de "reine des épines" commençait à lui coller à la peau. Ronce n'était pas devenu un tyran, mais perdre sa fille, voir son peuple se révolter contre elle l'avait touché. Fini la douceur et l'amabilité, la reine devait se forger une carapace, veiller à ne pas être trompée.

La foule emplissait le port, mélange des nobles voulant les faveurs du roi étranger, des bourgeois et du peuple curieux, ainsi que les soldats devant assurer la sécurité de la reine. Celle-ci se tenait droite dans sa robe d'apparat, souffrant le poids avec un calme presque irréel. L'arrivée du bateau souleva des exclamations, de même que l'apparition du roi d'Espagne. Ronce ne peut réprimer le sourire qui étirait ses lèvres : tant de gestes théâtraux, de joie de vivre, ne pouvaient que vous amuser.

— Monsieur, c'est au peuple français de vous remercier de venir en ces terres qui ont longtemps été ignorées de tous. Je vous en prie, vous devez être assoiffé...

Les soldats tournèrent d'un même mouvement, formant une haie de lances qui accompagna les deux seigneurs jusqu'au château. Des habitants étaient amassés aux fenêtres, des drapeaux aux couleurs de l'Espagne étaient tendus aux côtés de celles de la France. La marche jusqu'au château ne dura que quelques minutes, grâce aux soldats comprimant la foule pour faciliter la progression de Ronce et du roi Marisma. Arrivés à l'intérieur, Ronce donna quelques ordres avant de mener le roi dans une des pièces intimes, petite salle à la décoration sobre. Sur la petite table faite pour deux personnes, des mets avaient été disposés.

— Je vous en prie, prenez place. Je déteste recevoir dans les grandes salles de banquet, sauf quand il y a du monde. Je préfère que nous conversions face à face.

Un face à face tout relatif, des soldats étant disposés à l'entrée de la salle par sécurité. Une domestique vint verser le vin dans les verres avant de s'éclipser, laissant les seigneurs seuls. Ronce prit son verre, le leva :

— A la santé de l'Espagne, cité florissante ! Puisse-t-elle nous fournir encore un exemple à suivre !

Ces paroles pouvaient paraitre être des éloges hypocrites, mais pour la France l'Espagne était l'image de la réussite, du pays prospère par excellence. Se lier à un tel parti permettrait à la France de sortir enfin de son retard, de s'éveiller.


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Lun 27 Mai - 22:45



Il esquissa un nouveau sourire énigmatique à l'invitation de la Reine :

"Vous n'imaginez pas à quel point, ma reine ! Nos cales sont vides, c'est à peine si j'ai réussi à préserver quelques tonneaux de Madère des griffes de mon équipage pour votre Majesté !"

L'idée qu'une Reine ne soit pas forcément très encline à boire de ce vin ne sembla pas lui effleurer l'esprit, ou du moins il fit comme si et cela se voyait sans doute comme ses goggles sur son front.
Il n'irait pas jusqu'à dire qu'il connaissait tout de cette Reine au port altier et à la main de moineau posée sur son bras, mais il savait tout du moins la peine que l'on éprouvait à la perte d'un être cher et le poids d'un fardeau comme celui que pouvait être un royaume. Un poids que l'on devait porter envers et contre tout. Alors, en tant que roi -à moins que cela ne soit en tant qu'homme ? à moins que ce ne soit en tant que crapaud ? ces modestes piètres et dangereuses créatures ?- il marcherait de concert avec cette Dame fière.
Que c'était à la fois beau et laid ce monde royal qui se battait contre les rumeurs, s'élevait avec fracas et grandiose pour préserver une puissance dans une image de perfection qui pourtant était le fruit de simples hommes... imparfaits, parfois cruels, devant se sacrifier ou ne penser qu'à eux-mêmes. Il ne manquait parfois rien pour que tout s'écroule.

Le roi fut étonné de découvrir à quel point ce pays avait comblé en partie son retard, il n'était jamais passé par la Capitale auparavant, ces moyens de comparaison étaient donc limitées, mais il n'avait aucun mal à reconnaître ce qui datait d'un autre temps et qui se mêlaient à présent au nouveau siècle. Quel sublime engendrement.
Pour lui, il ne faisait aucun doute que les français ne manquaient pas d'ardeur, et il n'était pas sûr que cela était seulement dû au long repos qu'ils avaient connu un siècle durant. Il salua les efforts de la France pour leur accueil, car vraiment, tout était parfaitement huilé. Ses projets ? Quelque chose qui se profilait vaguement au loin. L'Espagne pouvait grandement apporter à la France, et si celle-ci répondait favorablement à ses idéologies, peut-être bien qu'il aurait une excellente alliée terrestre, reliée à l'ensemble de l'Europe. Proche de tous les dangers, à la fois forte et vulnérable... il y avait là quelque chose à creuser, à bâtir, il en était convaincu.
Tout dépendrait du reste de cette journées ainsi que des jours suivants.
Le roi était de ceux qui avait des plans. Plusieurs pour plusieurs situations, et retournements de situations.
Durant leur progression, le roi nota que beaucoup parmi les gens du peuple était venus par curiosité, il se demandait si l'on parlait ici du roi fantasque ou s'il n'était rien d'autre qu'une curiosité d'un jour, pour les nobles de la Cour, cela ne faisait aucun doute qu'ils étaient au courant, et son discours grandiloquent avait sans doute confirmé à la fois leurs espoirs, espoirs curieux, et leur crainte, crainte de l'inhabituel.

Mais quelle bonne surprise de défiler dans le grand Hall du château, une galerie, une grande salle, tapissée de peintures, fleuries de sculptures, pour arriver dans un étonnant et inattendu cabinet, ou ce qui y ressemblait. Même s'il avait l'habitude de jouer sur une scène, l'intimité ne lui déplaisait pas, au contraire. Cela facilitait grandement le roi à paraître sous son vrai jour.

Une fois à l'intérieur, la Reine retira sa main et se dirigea vers son fauteuil, -qu'il recula, bien entendu-, avant de s'assoir sur son invitation.

"Un choix que je partage, si vous permettez."

Il posa consciencieusement sa canne contre l'accoudoir de son propre fauteuil et croisa les mains en attendant que la domestique se retire. Comment allait-il pouvoir aborder le sujet qui lui tenait à coeur ?

"À la santé de l'Espagne, cité florissante ! Puisse-t-elle nous fournir encore un exemple à suivre !"

Il sourit à ce toast, prit à son tour son verre et le leva :

"À la France qui peut au moins répondre qu'elle dormit 100 ans lorsque l'on parle de décadence humaine."

Il n'y avait aucune animosité dans cette phrase, aussi rassura-t-il la Reine d'un hochement de tête sincère avant de boire une gorgée puis de poser son verre.

"J'avoue manquer cruellement de distinction, ma Reine, en vous parlant ainsi, mais cela est proprement sincère ; si je suis fier de l'Espagne et de ce que nous avons su créer, je ne reste pas moins méfiant de ce que l'homme peut accomplir avec ses connaissances. Le plus bel exemple d'inconscience scientifique étant récemment cette naissance "fabuleuse" d'androïdes. Je suis sûr que vous en avez entendu parlé, vous qui êtes au centre de l'Europe."

Il plongea ses yeux dorés dans le vin vermeille de son verre, avant de continuer en croisant de nouveau les mains. La merveille, est une chose tout droit sortie du sens commun qui peut tout autant terrifier que susciter l'admiration, c'est ce que l'on montre, c'est que l'on acclame, c'est ce que l'on blâme ou disculpe, et tout ce qui est nouveau et inouï a cet attrait de merveille puisque, par définition, il sort de notre ordinaire ou nous était inconnu jusqu'alors. Les androïdes étaient de ces êtres que l'on pouvait qualifier de "merveilles" par la force des choses.
Elles terrifient... elles intéressent...

"Je ne suis pas aveugle et me rend bien compte des conséquences que peut avoir sur l'ensemble de l'humanité un seul rêve réalisé avec l'aide la science, aussi, ma Reine, c'est en toute honnêteté que je vous dis être heureux et comblé de l'intérêt que vous portez à notre pays, et à sa science. Je ne nie pas qu'elle est d'une grande aide, mais j'aimerais avant de discourir plus avant connaître sans indiscrétion votre point de vue sur la question et comprendre vos motivations."

Il est vrai qu'à cet instant précis, il n'avait plus ce visage fantasque qu'il avait sur les quais, mais il était cependant très serein, à l'écoute. Attendant réponses, doutes, craintes, ou même aberrations de sa part... TOUT, absolument prêt à tout entendre et à réagir en fonction sans brutalité.
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Ronce de France
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Mer 29 Mai - 0:17
Ah les Androïdes. Le sujet devait bien finir par arriver sur la table, et mieux valait commencer tout de suite plutôt que s'échanger des politesses jusqu'à plus soif. Ronce appréciait la franchise de ce roi espagnol, et son art de parler d'un sujet qui fâche sans pour autant vouloir l'imposer. La reine se laissa le temps de finir son verre avant de le reposer. Le tintement résonna doucement dans le cabinet.

— J'en ai entendu parler sans jamais en voir. Je sais seulement d'où ils viennent, leurs particularités... Des membres de mon peuple s'amusent à les présenter comme des monstres, et des spectacles auraient eu lieu dans ma propre cour ! (Les derniers mots avaient été prononcés par un dégoût non caché, la reine crispant ses mains posées sur ses genoux) Je ne tolère guère ce genre de divertissements, c'est aussi dégradant que tourner en ridicule les nains et les bossus.

Ronce savait de quoi elle parlait; il y a un siècle ces divertissements faisaient fureur au sein des cours européennes, dont la France. Ronce avait du les souffrir enfant, puis adolescente, se révoltant que des humains soient ainsi traités.

— Je cherche même à les interdire, mais changer les mentalités prend tant de temps. J'aimerais offrir un asile à ces créatures que tout le monde repousse, alors qu'elles sont avant tout victimes et non coupables de leurs conditions. Je ne pense pas qu'un seul d'entre eux ait demandé à subir ces expériences. Qui voudrait troquer la chair contre le métal ?

Ronce reprit son souffle, peu habituée à mener de tels discours. Un nouveau verre de vin lui permit de reprendre de la contenance, de s'apaiser après ce petit coup d'éclat. Elle devait véritablement apprendre à se tempérer.


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Ven 31 Mai - 14:19

Il ne fut pas déçu d'avoir quelque peu forcé la politesse en entendant ces mots :

"J'en ai entendu parler sans jamais en voir. Je sais seulement d'où ils viennent, leurs particularités... Des membres de mon peuple s'amusent à les présenter comme des monstres, et des spectacles auraient eu lieu dans ma propre cour ! Je ne tolère guère ce genre de divertissements, c'est aussi dégradant que tourner en ridicule les nains et les bossus."

Au moins, il la rejoignait parfaitement sur ce point. Même si le nombre d'androïdes en Espagne n'était pas encore aussi conséquent que chez d'autres étant donné la position géographique de son pays par rapport à ce qui semble être "la source de production" de ces êtres de métal, de tels spectacles, il le savait, avaient également lieu sur ses terres. Voilà pourquoi il était urgent de mettre en place cette loi, mais cela demandait de la préparation... Ses pensées furent ramenées sur les paroles de la Reine de France qui, à jeun et deux verres de vin rouge dans le nez, parlait avec toute sa dignité.

"Je cherche même à les interdire, mais changer les mentalités prend tant de temps. J'aimerais offrir un asile à ces créatures que tout le monde repousse, alors qu'elles sont avant tout victimes et non coupables de leurs conditions. Je ne pense pas qu'un seul d'entre eux ait demandé à subir ces expériences. Qui voudrait troquer la chair contre le métal ?"

Oui, c'était là tout le problème ; changer les mentalités. Ce n'est pas quelque chose que l'on obtient en claquant des doigts, même la loi mise en place en Espagne, il pouvait encore essuyer un cuisant échec, un refus de ces androïdes de la part de la population locale qui les discriminerait. Même en parlant de "correction", de "droits égaux pour tout citoyen espagnol" cela ne changerait rien aux petits gestes et moqueries quotidiennes.

"Oh, détrompez-vous, je suis sûr qu'il existe sur cette terre des personnes qui donneraient cher pour avoir un corps de métal, quitte à perdre tout moyen d'être qualifiés d'"humains" par leurs semblables, quitte à vendre leur âme, même ! Et je pense, malheureusement, que ce sont eux qui effraient le plus les hommes, alors qu'ils représentent une minorité et que la majorité ne regroupe sans doute que des victimes que l'on achève sur des estrades..."


Il fallait brusquer les choses, ne pas rester léthargiques, ils en avaient le pouvoir après tout ! Mais... la France se relevait d'un siècle passé dans la torpeur et commençait tout juste à rattraper son retard. Le roi préféra donc garder le fardeau de son projet pour lui plutôt que de le partager avec cette Reine qui, même si elle possédait de nobles idées, devait d'abord se préoccuper de choses plus urgentes. Et c'était là qu'intervenait l'Espagne, si celle-ci l'aidait, elle pourrait avoir à ses côtés une alliée pour l'avenir... Il y avait déjà réfléchi avant de venir, même si cela engageait toute l'économie de son propre pays, dans une certaine mesure et aux vues des richesses que possédait la France, cela serait un échange payant où chaque parti y trouverait son compte.

"Oh, bien sûr, au lieu de s'illusionner en croyant pouvoir changer les moeurs il faut au moins parvenir à accélérer la cadence, mais je ne suis pas entièrement de votre avis pour ce qui est des orphelinats pour androïdes, ou ces "asiles", pour employer un terme plus cru qui vous répugne sans doute. Il n'en deviendront que des cibles plus faciles, parqués en des endroits précis et définitivement coupé de la société, incompris et rejetés. Non, il faudrait plutôt les faire entrer dans l'acceptation commune, sinon vous faites les jeux des persécuteurs... enfin, selon mon humble avis. J'ai là-dessus une petite idée qui a germé dans mon esprit il y a quelques temps. Je l'arrose et l'enrichis chaque jour. Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus car l'avenir reste incertain mais... j'espère que vous en verrez bientôt les fruits."

Il ne pouvait en dire plus.
Il avait avec lui des documents décrivant des projets d'avenir pour la France en se basant sur ses infrastructures. Selon les choix de la Reine, chacun de ces projets respectait l'environnement, la culture ou bien mettait clairement en avant la production à la chaîne. Il était presque sûr de connaître le choix de la reine, mais... il allait sans doute falloir qu'une manoeuvre soit formée, soit que des espagnols viennent en France, soit que des français aillent suivre une formation en Espagne, quel que soit le choix, la France devait être prête à faire quelques sacrifices financiers. Ce serait sans doute encore trop tôt pour en parler avec la Reine, il devait la mettre en de bonnes dispositions et non lui cracher cette paperasse au visage.

"Vous avez toute ma reconnaissance pour vos idéaux que je respecte et partage en tout point. Je suis même impressionné par votre passion pour défendre des êtres dont vous ignorez tout... véritablement impressionné."

Il appuya son propos en osant regarder la jeune reine dans les yeux, elle avait certes de magnifiques prunelles bleues qu'il put pleinement contempler pendant les quelques secondes où leurs yeux se croisèrent. Puis reprenant son verre ;

"Je dois dire que je n'ai aucun cas le droit de dire que l'Espagne laissera une telle noblesse en arrière sans lui porter le secours qui lui fut si chaleureusement demandé. Mais avant de reprendre sur quelque chose somme toute très administratif et fort ennuyeux..."

Il fit tourner son verre entre ses doigts, faisant danser le vin dans le cristal, le but et conclut :

"J'aimerais assez profiter de ce séjour pour visiter ce charmant endroit et ses environs. Peut-être aurais-je une meilleure vision de ce dont votre pays a besoin ? de ce que vous souhaitez de moi ? Mais il serait tout à fait inconvenant de ma part que je vous tienne plus ample compagnie dans ces vêtements de voyage."

Le roi éloigna de son esprit l'image -ô combien effrayante- de bains désuets qui venait de s'inviter dans ses pensées et attendit tranquillement la réponse de la reine.

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Ronce de France
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Sam 1 Juin - 19:19

Le souci lorsqu'on tient une conversation avec une personne d'un pays étranger, c'est que parfois un terme peut être mal compris. Ce fut le cas présentement entre ses deux personnes de sang royale; même si l'accent espagnol s'entendait à peine, produisant tout juste des phrases plus rythmées qu'en français, il avait mal interprété un mot lancé par Ronce. Celle-ci ne put stopper le roi avant la fin de sa diatribe, mais tâcha de stopper au plus vite le quiproquo.

— Il y a eu méprise. En parlant d'asile, je ne songeais pas à construire un lieu dans lequel ils seraient enfermés. Je parlais de terre d'asile, je souhaite que les Androïdes soient traités au même rang que tout citoyen français. Après tout, même agrémenté de métal, un Androïde conserve un cœur, des sentiments, un Androïde demeure humain. Les sorcières et les fées ont bien le droit de citoyenneté, pourquoi pas eux ?


Même après la perte de sa fille, après s'être endurcie, Ronce conservait un certain optimisme naïf, plein d'utopies presque impossibles à mener. Mais le monde avance grâce aux rêveurs, grâce à ceux qu'on traite de fous. Les utopies de Ronce pouvaient très bien se concrétiser, et permettre à l'humanité d'évoluer.

— Mais cela prouve que nos idées se rejoignent, je suis heureuse de voir quelqu'un d'autre considérer ces êtres comme humains. Si seulement la France avait une armée plus puissante, j'aurais tâché de détruire le foyer de ce qui a pu causer tant de souffrances...

Ronce avait posé ses mains, croisées, sur ses cuisses laissant le roi parler. Cet homme ne tarissait pas de paroles, un véritable orateur ! La reine plaignait les ennemis de l'Espagne; Marisma devait savoir aussi bien louer que blâmer, et cela avec une élégance et un maniement de la langue qui vous interdisait toute réplique. La proposition de visiter les environs arracha un bref sursaut à la reine qui s'était laissée attraper par les mots qui l'avaient doucement bercé tel une berceuse.

"Ce roi aurait-il le pouvoir de charmer par les mots ?" se laissa-t-elle songer, tandis qu'elle se levait, reprenant toute sa superbe.

— C'est là une idée qui vient fort à propos. Je m'en vais vous apprêter une domestique qui vous conduira aux appartements des invités. Nous avons pu installer des bains modernes, je crois qu'on les appelle "tub"*.

A peine la reine eut-elle tiré une cordelette à demi-dissimulée par des rideaux, qu'une domestique vint à la porte. La reine lui fit apprendre son devoir, que la domestique accepta d'un hochement de tête, attendant que le roi la suive.

— Nous nous retrouverons dans le hall. Je dois moi-même apprêter une tenue plus appropriée pour les longues marches.

Ronce quitta le roi après une brève révérence, le laissant aux mains de la domestique.


Lorsque le roi arriva dans le hall, un curieux spectacle se présenta à lui. Des chevaux attendaient devant la porte, piaffant d'impatience. Mais la reine, la reine de France auparavant apprêtée comme une dame de sa condition, avait changée du tout au tout. Elle avait troquée la robe contre le pantalon, bref avait des habits pareils à ceux d'un cavalier. De quoi surprendre un visiteur non prévenu à de telles excentricités.

— Mon cher, j'espère que vous avez pu vous rafraichir comme vous le désirez. L'équitation ne vous fait point peur, je l'espère. Je me suis dis que cela serait bien plus agréable que la simple marche.

Elle revenait l'innocente Ronce du passée, l'adolescente fougueuse lors de ses débuts de reine. Elle ne se rendait pas compte que sa tenue pouvait déplaire, que le pantalon était pour les hommes.

Citation :
*Tub : Invention du XIXe siècle, si je me trompe pas, le tub est une baignoire qui permet d'avoir l'eau chaude chez soi. C'est assez fréquent dans les maisons riches en Europe, mais imagine le luxe dans le royaume de Ronce ! :gimme:


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Mer 3 Juil - 23:33


Le roi d'Espagne, il fallait le dire, avait quelques craintes, totalement infondées bien entendu, sur la tenue et la "modernité" des bains en France, mais compte tenu du fait qu'il se trouvait en ce moment même dans le palais de la Reine Ronce, il avait eu ce fol espoir d'un instant d'être démystifié. Espoir qui, ma foi, ne fut pas trop déçu si l'on prend en compte la grande imagination dudit roi pour entrevoir des espaces sanitaires putrides. Une fois la charmante et très appliquée domestiques congédiée, il ferma avec précaution la porte et embrassa de regard les tuyaux des tubs et fut soulagé de comprendre qu'il pourrait choisir la température de son eau et avait même à sa disposition différentes sortes de flacons et des habits de rechange que l'on avait posé là à son intention, vêtements d'Espagne, ses serviteurs le connaissaient décidément très bien pour savoir qu'il allait très certainement finir dans cette pièce à un moment ou à un autre. Là où il dut reconnaître leur efficacité fut dans le choix de l'habit ; habit d'extérieur, propre aux exercices divers que peuvent accomplir nobles et personnages royaux en plein air. Il soupira d'aise face à ce spectacle et, un sourire aux lèvres, commença l'effeuillage.

Après sa toilette, il abandonna ses vêtements, adopté ceux laissés à son attention et repris ses fameuses lunettes pour parfaire le tableau. Il faut croire que les serviteurs de palais avaient appris qu'il ne fallait pas le déranger et qu'il était inutile de se préoccuper de lui avant sa sortie. Une fois la porte passée, les gardes qui se tenaient là l'escortèrent simplement jusqu'à l'extérieur, le roi profitant au passage de parcourir de nouvelles pièces pour évaluer les richesses et le raffinement de son hôte.
La France était une force tranquille et discrète, une beauté à peine éveillée encore, très simple, manquant du clinquant auquel il était habitué et il faut dire que ce dénuement le mettait quelque peu mal-à-l'aise. Pourtant, il y avait ici et là des gravures, d'infimes détails, des tentures, glaces et même quelques éléments baroques tout-à-fait complexes, mais tellement éloignés des fastes et de la lumière aveuglante de son Espagne, tout là-bas prenait des ampleurs faramineuses, alors qu'ici elles semblaient dormir paisiblement.

En soit, tout ceci respirait une certaine sérénité qu'il goûtait rarement ces derniers temps.

En arrivant dans l'encadrement d'une porte donnant sur le Hall, un piaffement caractéristique lui fit comprendre que la simple marche venait de prendre une toute nouvelle ampleur. Il traversa férocement ledit Hall pour atteindre des marches au sommet desquelles il domina un spectacle qui confirma son intuition : deux magnifiques coursiers, racés, nerveux et a priori impatients de galoper au travers de la plaine les attendaient en frappant occasionnellement le sol de leurs sabots.

Bottes, pantalon vert, veston noir, boucles de cuir et lunettes au front, Felipe accueillit d'un charmant sourire l'invitation de la Reine.

"Ma foi, voilà un caprice qui me ravit !"

On passera sur le fait que l'équitation avait bien entendu été un point essentiel et incontournable de son éducation. La chasse était encore très pratiquée en Espagne, bien qu'elle ne soit pas son sport favori et qu'il le fasse bien sentir aux nobles de la cour, mais s'attaquer à un tel apport d'autosatisfaction de la puissance que l'homme exerce sur le règne animal avait été un pur échec et relevait du défi insurmontable.
En l'occurrence, aucune arme ne semblait avoir été préparée, cela n'allait être sans doute qu'une promenade...

Sans doute.

À vrai dire le choix vestimentaire de sa compagne lui laissait envisager qu'elle pensait peut-être à quelque chose de plus "sportif" qu'une simple balade bonne enfant. Il ne fit donc aucune remarque sur cette dernière mais sa curiosité illumina quelque peu son regard. Il s'avança donc pour l'aider à monter, même s'il ne doutait pas qu'il risquait fort d'être éconduit puisque la tenue et la remarque de la Reine ne laissait aucun doute sur l'expérience de celle-ci.

"Si vous me permettez d'avoir l'affront de croire que vous avez besoin d'aide..." dit-il en lui tendant la main "mais enfin comprenez que c'est "ce qui se fait" et il paraît que ce serait indigne de mon habit de ne pas au moins faire honneur à Madame Manière et Madame Politesse et leur soeur Damme Galanterie ! Entre nous, je crains surtout de vous froisser ou de manquer l'occasion de vous être une quelconque aide."

Il eut un sourire entendu, et monta en selle seulement  lorsque Ronce fut confortablement installée et fut étonné de voir qu'ils étaient seuls... oui, seuls à être en selle. Avait-elle prévu une virée seulement à deux ?



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Ronce de France
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Dim 7 Juil - 2:16
Ronce accepta la main du roi d'Espagne, même si une longue éducation faite de chutes et d'ecchymoses lui avait appris à monter en selle. Et il est bien plus simple de le faire lorsqu'on porte le pantalon, et non ces robes avec leurs innombrables jupons. Mais elle se devait de répondre au geste de son invité, et après tout elle ne pouvait rien refuser à cet homme qui savait charmer par les mots.

— J'espère pour vous que l'époque où vous deviez mener votre monture pendant des heures sous la houlette d'un maître n'est pas si lointaine. Car voyez-vous, la promenade risque d'être longue.

Et probablement aventureuse au vu de la tenue de la reine. Aucun garde dans les parages, ou si c'était le cas ils étaient bien cachés. Ronce avait demandé à ce qu'ils soient seuls, mais elle se doutait que des gardes montés à cheval les suivraient le plus discrètement possible. Claquant de la langue, Ronce fit avancer sa monture le long du chemin menant au palais, passant à travers les jardins. La reine vanta le travail de ses jardiniers, saluant ceux qu'elle croisait.

L'itinéraire prévu par la reine poussa le duo à quitter les environs du palais pour se rendre au sein de la capitale. Marchant aux côtés des habitants qui les regardaient fascinés, Ronce montrait au roi les échoppes, parlant des spécialités françaises comme les croissants et autres pâtisseries. Désireux d'être bien vus, des commerçants n'hésitaient pas à héler les cavaliers pour leur faire goûter leurs produits. La marche fut ainsi entrecoupée de nombreuses haltes où chacun put grignoter ou boire à sa convenance. Ronce en fut rapidement repue.

— Je ne sais pas pour vous mais tant de nourriture m'a comblée. Je suis d'avis à ce que nous dépensions rapidement tous ces calories. Que diriez-vous d'une course ?

Ils étaient arrivés à la lisière d'un quartier. Devant eux se dressait des bois demeurés intacts, comme si personne n'avait osé construire le moindre bâtiment ici. Aucune main d'homme ne s'y était posée, pas même pour planter des fleurs, couper les branches d'un arbre. Ronce fit stopper sa monture à la lisière, attendant la réponse de son invité.

— Ce bois n'est pas très grand, il sert de parc naturel. Faisons un gage. Le premier qui arrivera à l'autre bout du bois pourra demander ce qu'il souhaite à l'autre.

C'était un jeu que Ronce pensait sans conséquences, un motif pour pouvoir se lancer dans une course, et cesser d'être reine pour un temps.


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Jeu 25 Juil - 1:39




« J'espère pour vous que l'époque où vous deviez mener votre monture pendant des heures sous la houlette d'un maître n'est pas si lointaine. Car voyez-vous, la promenade risque d'être longue. »

Le Roi gratifia la reine d'un sourire ; si seulement elle savait. Il avait fait une véritable rééducation à son retour au trône ! Un parcours du combattant ponctué des commentaires de sa dulcinée... bien qu'il restait persuadé qu'il avait alors encore beaucoup de réflexes. Heureusement, il s'était rattrapé, et la petite surprise de la Reine de France ne devrait pas trop le prendre de cours même s'il fut effectivement agréablement étonné d'une telle prise de décision de sa part. À croire que c'était une femme qui n'avait pas peur de s'affirmer, ce n'était pas sans déplaire à Felipe ; cela rendait les choses plus divertissantes durant cette visite "diplomatique".
Il monta donc à cheval et suivit son hôtesse en bon seigneur, dérouté et fasciné de voir avec quelle facilité elle se mêlait parmi son peuple et leur offrait sa présence calme et posée, rassurante, les gratifiant de pièces et de sourires.
Il lui était déjà arrivé d'être au centre de l'attention de son peuple durant des parades ou autres festivals, mais il devait bien reconnaître qu'il lui arrivait très rarement de se présenter en simple cavalier, quasiment sans escorte. Il préférait toujours bien planifier ses déplacements.

C'est dans ses moments qu'il lui arrivait de penser qu'il était paranoïaque, ou que sa condition de roi l'avait obligé à le devenir. Il n'avait jamais songé qu'il trouverait dans ce pays et auprès de cette femme une telle bouffée d'air dans tous ses tracas.
Une bouffée d'air en étant armé d'un croissant dans une main et laissant choir des pièces de l'autre pour le valeureux boulanger et autres artisans qui croisaient leur route. Même si les passants le regardait comme une curiosité, lui, le roi d'Espagne avec ses lunette farfelues sur le nez, la présence de leur reine rendait le couple « charmant », en un mot « tout à fait royal », pour reprendre des expressions qu'il avait entendu. Il apportait une touche d'exotisme, voilà tout. Et il ne faisait pas semblant de prendre du bon temps et d'apprécier cette visite, ce qui avait pour résultat de rendre favorable tous les regards, mais aussi de donner à cette sortie un caractère et une sensation qu'il n'avait pas senti depuis des années : une sensation de calme et de sérénité.
Ici, à l'étranger, sans réelles responsabilités et coupé des siens pendant ce bref répit, le roi se sentait retomber en enfance, alors qu'il ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam ceux qu'il croisait et que ces derniers ne parlaient pas sa langue maternelle pour la plupart.

« Je ne sais pas pour vous mais tant de nourriture m'a comblée. Je suis d'avis à ce que nous dépensions rapidement tous ces calories. Que diriez-vous d'une course ?
- Pour être honnête ma gourmandise tenterait bien de me convaincre de rester éternellement ici, mais ce ne serait peut-être pas la meilleure des solutions. »

Ce fut donc sur cette discrète invitation à passer à la suite du programme qu'ils prirent une nouvelle route et arrivèrent devant un mur de végétation, dont l'étendue était difficile à juger au premier coup d'oeil. Le roi ne put que croire ce que lui dit sa guide et sourire à sa troisième étonnante initiative de la journée. Bien, ils joueraient ainsi.

« Ce qu'il veut, vous dites ? Voilà un enjeu digne d'intérêt » il eut un sourire qui voulait tout autant dire « je ne vous croyais pas de ce genre-là » et « je suis également un fervent joueur. ».

« Sachez cependant que toute la courtoisie de monde ne m'empêchera pas de donner tout ce que j'ai. J'estime que c'est la marque de respect la plus indispensable en votre compagnie. »

Il devait simplement faire confiance à son sens de l'orientation. Inutile de faire s'envoler les sabots de son cheval dans cette végétation dense, la tentative serait dangereuse et peu lucrative. Tout reposait sur un certain instinct à trouver la sortie. En temps normal, l'idée de laisser une dame seule dans la forêt serait totalement contre son sens de l'éthique, ou ne l'aurait pas rassuré. Mais galvanisé par cette sortie et assuré que la reine de France n'était pas la dernière des demeurée, cette "course" lui sembla des plus appropriée.

« Y a-t-il un signe distinctif de l'autre côté de la forêt, que je ne me croie pas  arrivé à bon port en étant en fait revenu au point de départ... » fit-il sur le ton de la plaisanterie.

Une fois mis d'accord, ils se quittèrent s'enfoncèrent dans la forêt d'un petit trot mesuré, en tout cas c'est ce que fit Felipe plutôt que d'opter pour un galop précipité. En vérité, il avait un très bon sens de l'observation et d'orientation ; les années passées dans un marécage l'avait bien forgé si cette aptitude n'était pas déjà un don que le ciel lui avait offert à sa naissance.
Et... comment dire ? Après quelques minutes de déambulation, et un petit galop pour traverser une zone forestière propice à une marche plus rapide, il stoppa net sa monture et fronça les sourcils derrière ses lunettes.
Même son cheval réagissait plus nerveusement.
D'instinct il leva les yeux au ciel, ce dernier était calme, mais l'air, lui, était lourd. Inspectant autour de lui il nota une branche d'arbre qu'il pourrait atteindre en se tenant debout sur la selle de son cheval. Bien, il était temps de vérifier s'il pouvait se permettre une telle fantaisie équestre...

~~~

D'abord peu rassuré, il tenait à présent en parfait équilibre sur la selle, put tendre son corps et attraper ladite branche. Une fois droit comme un I, il eut un instant d'hésitation ; regarda son cheval avec suspicion. Certes, l'attacher aurait était une bonne idée, mais le tronc de l'arbre bicentenaire ne permettait pas la manoeuvre, ni quoi que ce soit alentours.
Il pria donc sa bonne étoile, et se hissa à la force de ses bras sur la branche et grimpa, faisant une croix sur le ton faussement mécontent de son teinturier en rentrant. « Faussement » parce qu'il était roi et qu'il faisait ce qu'il voulait, mais « mécontent » tout de même parce qu'ils avaient fichtrement passé du temps à éplucher tous les costumes pour choisir celui qui lui irait le mieux.
Le roi n'avait aucun goût vestimentaire, le teinturier en avait trop et il fallait essayer de concilier les deux.
Bref, toujours est-il qu'une fois campé sur une branche et capable de voir l'horizon, ses craintes se confirmèrent : un nuage noir dangereusement violacé qui dévorait le ciel depuis ce qui semblait être le sol au loin jusqu'au plus lointaine stratosphères, ce nuage donc, plus amicalement appelé cumulonimbus, se dirigeait vers eux.
Vitesse grand V.
Déjà le vent se levait avec une efficacité qui ne trompait pas. Sans plus attendre, le roi descendit de son perchoir, et tomba au pieds de son arbre, près -Ô miracle- de son cheval toujours fermement planté sur ses sabots.
… Mais pas très rassuré quand même.
Le roi l'enfourcha sans attendre et se préoccupa avant tout de rejoindre l'autre côté de la forêt, cela pouvait sembler stupide, il aurait été plus sage de faire demi-tour et prier pour que la reine ait remarqué ce qui se préparait, mais en l'occurrence, l'idée même de prendre le risque de se rendre au point de départ et de trouver personne ne lui traversa pas l'esprit, tant cette perspective l'effarait. Non, il passerait de l'autre côté et l'attendrait là ; c'était leur point de rendez-vous, hors de question de manquer à sa parole.
Et s'il paraissait trop impétueux, on dira qu'il a du sang espagnol.
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Ronce de France
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Dim 28 Juil - 10:27
Le roi était joueur. Tant mieux. Ronce ne lui aurait pas pardonné s'il avait voulu la laisser gagner juste pour ne pas froisser son orgueil de femme. Un jeu ne valait la peine que si les deux participants se donnaient à fond. Les chevaux avaient à peine franchi ce qu'elle avait jugée comme étant la ligne de départ que Ronce lança sa monture. Celle-ci obéit aux imprécations de sa cavalière, quittant le léger trot pour le galop. Se couchant pour éviter les branches basses, la reine guidait le cheval, lui intimant de calmer ses ardeurs lorsqu'ils approchaient de trop près un arbre, la poussant à reprendre une allure plus rapide lorsque la forêt s'éclaircissait.

Le brusque hennissement du cheval surprit Ronce. Et encore plus lorsque sa monture se braqua, l'obligeant à se cramponner pour ne pas tomber. La surprise se disputait à la peur; jamais encore son cheval ne s'était conduit ainsi. Ronce tâcha de lui parler posément, ne sachant comment le calmer.

— Là là, calmez-vous. Que diable vous...

Le grondement de l'orage sembla faire trembler les bois environnants. Cette fois Ronce n'eut pas le temps de s'agripper à sa monture, celle-ci la fit tomber sur son royale fessier et courut hors des bois. La reine eut beau se relever et appeler, le cheval ne daigna pas se retourner, et encore moins rejoindre sa maîtresse. Ronce ne put que taper du pied telle une petite fille capricieuse. La pluie vint pour donner tout son sens à la scène, une pluie fine formant un épais rideau, mouillant rapidement la reine. La journée prenait une très mauvaise tournure.

Le galop du cheval du roi espagnol la fit se retourner d'un bloc. Levant les bras, elle intima au cavalier de stopper auprès d'elle.

— Je vous accorde la victoire mais, de grâce, laissez-moi une place. Mon cheval a décidé de rentrer seul au palais.

La pluie se mit à redoubler d'intensité, accompagnée du grondement de l'orage. Demeurer dans ces bois ne serait pas une bonne idée. Ils devaient au plus vite quitter les lieux pour un endroit sec.


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Mar 30 Juil - 23:11



Couché sur son cheval, Felipe fusait au galop, se faisant de belles frayeurs au travers le bois qui s'assombrissait de plus en plus. Le vent survenait en rafales faisant faire des écarts à son cheval qui manquait parfois de peu d'assommer son cavalier contre un tronc. L'orage allait être terrible. L'air était comme en surplus d'oxygène et d'électricité. Mais alors qu'il s'attendait à un brusque rideau d'eau se déversant sur leur têtes, ils eurent droit à une fine pluie... ce qui ne faisait que rapprocher le temps du tonnerre de son apogée.

Enfin, il vit une ombre ressemblant à une monture. Ramenant les rênes vers lui, il ralentit l'allure afin de mieux distinguer cette silhouette. Il s'agissait bien du cheval de la reine, mais sans sa cavalière. Un peu plus angoissé qu'avant ce mince espoir, il commençait à imaginer les pires scénarii avant de se faire violence et retourner à la recherche de la reine, il espérait d'abord la retrouver en allant dans la direction opposée du cheval. Celui-ci rentrait à l'écurie, la Reine Ronce devait donc logiquement se retrouver dans la direction opposée, plus profondément dans la forêt.
Fort de ce maigre indice que lui avait tout de même offert cette monture sans cavalier, il serra les genoux indiquant à sa monture de partir de plus belle.

Il ne lui fallut pas aller bien loin pour voir la mince silhouette de la reine en pantalon se profiler devant lui, levant les bras et lui criant qu'il avait gagné mais le suppliait de lui laisser une place :

"J'ai vu votre cheval en arrivant, montez, mais ne vous en faites donc pas pour le vainqueur, essayons déjà de sortir de ce traquenard ; l'orage que j'ai vu venir ne sera pas une partie de plaisir."

Il attacha ses rênes à une branche, et lui tendit les bras, l'intimant à sauter, puis profitant de son élan il la hissa en amazone derrière lui :

"Cramponnez-vous bien, et tâchons de sortir de cette forêt."

Son cheval labourait férocement le sol, afin de prévenir tout écart de sa part, Felipe attendit que la reine l'étreignit fermement avant de défaire les rênes.
À quand remontait la dernière fois qu'une femme l'avait étreint de la sorte ? Il chassa cette pensée, régla ses lunettes pour mieux voir dans la pénombre et ramena vers lui les rênes pour s'assurer un parfait contrôle de l'animal qui renâcla. Il serra fort les pieds sur les flancs de celui-ci qui ne se le fit pas dire deux fois et partit au galop après seulement quelques pas d'élan. Le roi passa par le chemin qu'il connaissait suffisamment pour se permettre un bon régime de course. Mais très vite une pluie torrentielle s'abattit sur eux brouillant leur environnement. Ce dernier tentait de se repérer mais il fallait bien reconnaître que continuer à cheval était trop risqué et parfaitement inutile dans ses conditions. Ramenés à être au pas, le cheval était une boule de nerf prête à décamper au moindre signe d'inattention de la part de son cavalier.

"Descendez, Votre Majesté, nous devons trouver un endroit où nous abriter et nous serons plus efficaces à pieds..."

À peine eut-il le temps de prononcer ces mots, à peine s'était-elle exécutée qu'un impressionnant éclair zébra le ciel et illumina la forêt comme en plein jour. Le coup de tonnerre retentit aussitôt et fit vibrer l'air et les arbres qui firent entendre un gémissement à vous remuer les os et les entrailles. Cette fois, Felipe ne put contrôler son cheval qui fit un bon impressionnant en avant, culbutant son cavalier dans sa folie, lequel finit sa course par terre après avoir tenté de s'accrocher durant quelques secondes.
Il avait le dos en miettes, sa vue était brouillée par la pluie sur ses lunettes et lui-même eut le souffle coupé pendant un très bref instant, suffisamment longtemps cependant pour sentir que malgré tous ses efforts l'air ne voulait plus se loger dans sa poitrine. Sa bouche appelait l'air sans qu'il vienne, et ce n'est que par un caprice qu'il jugea tout à fait arbitraire qu'il put de nouveau respirer, soulagé. Le choc le cloua quelques instants encore à terre, ce n'est qu'après qu'il rassembla ses esprits et se souvint d'où il était, ce qu'il faisait et avec qui il était. Peiné par la douleur lancinante de son dos, il se mit sur le coude et tenta de s'assoir.

"Ronce, je suis désolé de vous avoir fait du soucis..."

Lui avoir causé du soucis, c'était son seul problème à cet instant précis, et son esprit plus totalement en phase avec l'étiquette, le fait qu'il ait appelé la reine de France par son nom ne lui effleura même pas et encore le manque de "savoir-vivre" que cela pouvait signifier. franchement, seuls et trempés jusqu'aux os au fin fond d'un bois, qui se souciait d'être roi ou reine ?
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Ronce de France
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Dim 4 Aoû - 13:11
La balade tournait au cauchemar. Ou mieux à la scène romantique façon Jane Austen avec grands orages sur les landes mettant à mal la pauvre jouvencelle, secourue par un hardi gentleman. Sauf que là le gentleman était en mauvaise posture, tandis que la jouvencelle était simplement trempée jusqu'aux os. Ronce se précipita pour aider Felipe, l'aidant à s'asseoir en lui maintenant le dos. Elle ne pouvait pas même l'appuyer contre un arbre, de peur qu'un éclair le frappe.

"Ronce, je suis désolé de vous avoir fait du soucis..."
— Ne vous excusez point, ce n'est pas vous qui avez déclaré cet orage. Oh, pourquoi les fées ne m'ont pas accordé le don de maîtriser le temps ? J'aurais déjà chassé l'orage contre un soleil !

La pluie dense empêchait de voir loin. Quant au cheval, il avait déjà fui, se rendant probablement aux écuries royales là où il se sentirait à l'abri. Ils ne pouvaient décemment pas rester là, mais en même temps quelqu'un devait essayer de trouver un abri. Plissant les yeux, Ronce crut voir des lumières. Ils devaient se trouver à la sortie du bois, et les lueurs ne devaient être rien d'autres que celles de fenêtres des maisons alentour. La reine savait que de ce côté-ci, on n'était plus en ville mais dans des faubourgs rappelant la campagne. De grandes plaines avec quelques maisons de-ci, de-là.

— Je pense avoir trouvé notre salut. Je vais vous aider à marcher. Nous ne devrions pas avoir à trop nous avancer. Allez, du courage !

Ronce s'accroupit pour faire passer un des bras du roi sur ses épaules, tenant l'homme avec son autre main par la taille. Avançant à petits pas, Ronce encourageait Felipe, craignant que celui-ci ne s'évanouisse suite à sa chute. Les lueurs qu'elle avait discerné se précisaient et étaient effectivement des fenêtres allumées. Avec l'orage, le ciel s'était obscurcit, passant radicalement de la journée ensoleillée à la nuit sombre. Trempée jusqu'aux os, fourbue et ne demandant rien d'autre qu'un bain, Ronce se laissa presque tomber face à la porte de la demeure. Il lui fallut un surcroît de courage pour frapper à la porte tout en continuant de maintenir Felipe.

Un bougonnement se fit entendre, ponctuant les paroles d'un homme d'un certain âge parlant rapidement et dans un français empli de patois.

— Qui es'ce qui vient frapper par'ce temps ? (L'homme ouvrit sa porte, prêt à chasser l'impromptu. Mais la vision du couple sembla le calmer) Oh qu'bon sang ! Z'êtes trempés comme des soupes ! Entrez donc !

Ronce n'eut pas le temps de faire un pas, l'homme l'avait attrapé elle et Felipe pour les entraîner dans sa maison, les soulevant comme de simples sacs. Sous l'éclairage de la maison, Ronce remarqua alors que l'homme, probablement trentenaire, avait une carrure imposante et les mains qui allaient avec. De véritables battoirs qui devaient vous faire voler sur plusieurs mètres dès qu'il vous donnait une claque. Logique donc qu'il les ait soulevé avec autant de facilité.

— Et la femme qu'est partie chez une amie. Comment qu'je fais ? Allez devant le feu, ça vous séchera. Bast, le 'tit gars a pas l'air en forme.
— C'est que nous sommes tombés de cheval, tenta d'expliquer Ronce alors que l'homme amenait deux chaises devant la cheminée. Je vous remercie pour votre accueil.
— C'serait pas humain d'vous laisser d'hors ma p'tite dame !

Ronce eut du mal à cacher son sourire. "Ma p'tite dame". L'homme ne semblait absolument pas voir qu'il venait d'accueillir chez lui sa reine, et le roi d'Espagne. Vu leur état, ils étaient sûrement difficile de le remarquer. Puis le quiproquo était bien trop amusant pour que Ronce le chasse. Et elle était bien trop fatiguée pour ça. Laissant l'homme aider Felipe à s'asseoir, elle prit elle-même place devant le feu et se régala de sa chaleur.

A ses yeux cette simple demeure était aussi accueillante que son château. Si l'homme leur servait une soupe, elle la trouverait aussi bonne que les meilleurs plats de son cuisinier.


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Lun 2 Sep - 22:29



Quelle angoisse, et quelle honte... non pas que la honte lui fasse un grand effet, mais il aurait tout de même aimé épargner à la reine de devoir l'aider à marcher. la douleur lancinante de son dos était néanmoins d'un avis tout autre, et avait manifestement décrété que c'était très bien comme ça. faute de mieux, il essaye d'alléger le poids que devait supporter la reine, son état n'étant tout de même pas critique au point de s'affaler sur ses épaules.
Souffrant en silence, il étudiait méthodiquement la longueur de ses pas, la hauteur de ses enjambées, la courbe de leur parabole afin d'opter la démarche la plus seyante, la moins douloureuse, la plus efficace. Un travail de dur labeur dont il fut enchanté de voir les résultats assez rapidement et l'occupa suffisamment pour qu'il ne s'attarde pas sur l'inconfort de la pluie, et les mètres qui lui restaient à parcourir. Les mots d'encouragement de la reine étaient les bienvenues.

Enfin, la lueur de la modeste et salvatrice demeure quadrilla leur visage. La voix qu'entendit le roi, le français qui s'échappa de là et vite fait de faire sourire l'espagnol ; c'est tout juste s'il y comprenait quelque chose, mais l'accent valait tout l'or du monde. Quant à la carrure de l'hôte de maison, il avait de quoi faire ombrage à certains de ses chevaliers. Persuadé qu'un négligent geste de sa main pouvait l'envoyer contre le mur, Felipe se contenta de se laisser faire sans rien objecter, d'autant que cela le reposa grandement.
Installé près du feu, dans une chaise qu'il aurait jugée inconfortable dans d'autre circonstances, se laissa aller contre le dossier en soupirant d'aise ; pour un peu il se serait mis à ronronner.
Mais cela ne convient ni à un roi, ni à un crapaud.

Ahlàlà... Quelle journée ! Elle commençait pourtant diablement bien ! Mais au moins, ce sont de celles que l'on oublie difficilement.
La paysan s'était éloigné derrière eux après avoir généreusement alimenté le feu et marmonnait quelque chose en cuisine ; "jamais là..." et "bonne femme" suffirent à Felipe pour comprendre qu'il devait parler de l'absence inopinée de son épouse.
Il revint avec une marmite qu'il posa sur le feu :

"T'nez ça ! Du bon ragoût d'ma femme ! Ç'vous réchauffera ben un peu." qu'il dit en agitant le bois dans les flammes.

Les deux personnages royaux se laissèrent bercer par le crépitement des flammes et l'odeur alléchante s'élevant dans les airs. On aurait dit qu'ils goûtaient un pur moment de paradis.

"Vindiou, quel temps ! M'étonne pas qu'vous soyez dans c't'état, c't'un sacré brin qu'vlà, un de ceux qui s'lève de nul part. Qu'ce serait un d'ces trucs magiques qu'ça m'étonnerait pas. Allez, allez, faut pas lambiner, quand on se mouille faut s'réchauffer, et la tambouille, elle n'attends qu'ça ! Z'allez voir, c't une pure merveille, à vous scier l'gosier de bonnes choses ! Ah, la femme, elle sait s'y faire pour ça ! T'nez moi ça, trois bonne lampées chacun ! Et r'prenez ! L'ragoût faut y r'venir à trois fois pour qu'ça vous lave, sinon, c'est comme l'bière, ça r'sort d'sitot rentré ! Cul sec, comme on dit ! Hé m'sieur, n'allez pas vous étrangler n'plus, hein ?! V'zavez un sacré l'vé du coude, j'aurais pas cru ! Ah, mam'zelle vous êtes ben comme ma femme, à souffler d'ssus en la tenant dans v'mains. j'rrête pas d'lui dire ; s'tu veux qu'elle te réchauffe les mains, la soupe, faut pas souffler d'ssus. J'ai pas raison ? Et après elle m'trait d'idiot, mais c'est ben vrai, non ? On s'réchauffe ou on r'froidit, faut choisir."

Felipe avait le plus grand mal à saisir tout le fil conducteur, mais une chose était sûr, ce qu'il comprenait lui donnait le sourire, et à ce ragoût était à l'heure actuel le nectar qui lui fallait. Et son hôte ne manqua pas à sa promesse : le bol aussitôt vidé, aussitôt rempli, trois fois.
Il en était à braver courageusement la troisième portion qui commençait à lui peser sur le ventre, faut dire que même en refusant poliment on lui disait qu'il n'allait pas s'épaissir s'il n'en prenait pas davantage et que c'est normal qu'il soit aussi fragile.
Alors... faute de pouvoir démentir la cause et l'effet, il devait accepter. Amusé par cette situation où, de grand roi d'Espagne, il devait courber l'échine devant la répartie tonitruante d'un paysan français, il se laissa prendre au jeu de la reine, qui semblait, tout comme lui, regoûter à une forme d'anonymat.
Mais il fut sauvé, par l'arrivée d'une sainte sous les traits d'une paysanne ; il supposa avec justesse qu'il s'agissait de ladite épouse qui rentrait.
Cette arrivée fit réaliser un infime détail au roi qui regarda par la fenêtre ; l'orage était parti comme il était venu, brusquement. La femme ne dissimula pas sa surprise et demanda à son mari "c'que c'est qu'ces étrangers", lequel répondit aussi approximativement que la situation le permettait :

"J'allais pas les laisser d'hors par temps d'vache qui pisse !
- Cause autrement, tes zigotos sont rud'ment bien drapés ! T'aurais laissé entrer des esprits sous not'toit qu'ça m'étonn'rait pas !
- T'fais des idées, femme, c'est qu'des pauv'gens surpris d'hors par l'orage."

C'était sans doute la première fois qu'on le prenait pour un esprit, ce n'était pas sans le mettre quelque peu mal à l'aise, conscient que leur apparence était effectivement peu commune dans chez des gens modestes. Surtout lui, en fait, avec tout son vert zébré de boue et ses lunettes. Il n'osa donc pas parler, de peur que son léger accent espagnol ne donne définitivement à l'ensemble de son apparence une note exotique qui alimenterait la superstition de la jeune femme. Il échangea un regard interrogateur à la reine. Il se plierait à son choix.
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Ronce de France
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Sam 7 Sep - 23:02
Le ragoût tenait au corps et aux tripes; Ronce avait l'impression que la nourriture emplissait la moindre parcelle, la transformait en une lourde statue. Dès qu'elle aurait fini sa troisième assiette, elle ne pourrait plus se lever de son siège ! Mais la nourriture était chaude, agréable à dévorer même si on était loin des mets de luxe dont était habituée Ronce. Se gorgeant de chaleur, elle se nourrissait aussi des paroles de l'homme, de son patois qu'elle trouvait tout simplement charmant. Aussi chaleureux que le ragoût de sa femme.

Femme qui débarqua à l'improviste (après tout elle était chez elle) et lorgnait le couple avec un regard bien soupçonneux.

— Qu' t'es idiot. Et la femme là, accoutrée comm' un homme, trouves ça normal toi ?


Ronce avait oublié ce détail, et comprenait mieux le regard suspicieux de l'épouse. Aucune femme ne s'habille en homme, surtout pas une dame respectable. L'épouse aurait pu même crier au scandale et les mettre dehors. Craignant qu'elle ne le fasse, et ne voulant pas laisser un mauvais souvenir de sa venue, Ronce se crut bien placée pour prendre sa défense et celle de son compagnon.

— Votre mari n'est pas en tort, madame. Il a juste fait preuve de charité. Quant à ma tenue, elle peut surprendre mais sachez que je n'ai nulle mauvaise intention.

Le parler de Ronce sembla surprendre la femme qui ne devait pas s'attendre à ce que son invitée surprise parle de façon aussi châtiée. Mais la surprise se dissipa bien vite, la femme se campant devant la reine, bras croisés.

— Et qui m'dit que z'êtes pas des bandits de grand chemin déguisés ?

Ronce n'avait nul bijou sur elle, et posséder un tel objet aurait pu pousser la femme à confirmer son hypothèse. Par contre elle avait une bourse; même si elle était reine, elle aimait payer plutôt que se faire offrir, lorsqu'elle en avait l'occasion. Ronce ouvrit la bourse accrochée à sa ceinture et en tira une pièce. La nouvelle monnaie avait été frappée quelques mois après son éveil pour pouvoir y graver le portrait de la nouvelle reine.

— Voyez et comparez. Certes je ne suis pas aussi bien coiffée que sur la pièce, mais de profil vous devriez voir la ressemblance entre les deux.

Ronce s'était d'ailleurs tournée pour montrer le même profil que celui gravé sur la pièce. L'homme avait regardé par-dessus l'épaule de sa femme et bégayait, proprement surpris par ce qu'il voyait.

— Oh bah qu'ça, oh bah qu'ça ! C'est elle qu' j'ai accueillie sous mon toit ? Mais qui c'est l'autre alors ? Le futur roi ? (Consterné et gêné, l'homme venait de s'aplatir à plat ventre roi devant Felipe) Vot' majesté !


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Mar 10 Sep - 7:51

Celle-là, il ne l'avait pas vue venir ; montrer une pièce pour se faire reconnaître était compréhensible, logique, ingénieux et simple... en soit, il n'était pas surpris à cause de cela. Se faire reconnaître était, dans leur cas, le plus simple, même si la situation était totalement inattendue pour ces humbles paysans.

vraiment trop inattendue.

Car ce fut bien la réaction de ces derniers qui fit presque faire un bond à Felipe – sans doute l'aurait-il fait si une vive douleur ne s'était pas rappelée à lui – tout mouvement brusque étant proscrit, il eut juste un léger sursaut quand son hôte d'une part s’aplatit par terre, d'autre part le prit pour son nouveau roi. C'était un problème, un quiproquo... une situation des plus rocambolesques, et même s'il s'attendait à une marque de respect plus ou moins marquée... ça.... ÇA !
… Non, il ne s'y attendait pas.
Ne cachant pas sa surprise, il eut le plus grand mal à ne pas rire, que ce soit par nervosité que par grande gentillesse devant tant de simplicité.
C'est fou, mais il ne pensait pas que voir des gens aussi simples, aussi humbles, aurait pu à ce point le chambouler. Il sourit. Il échangea un regard amusé à Ronce et, se levant, sans geste brusque, s'accroupissant, sans grimace, près du paysan, il lui prit les mains et l'intima à se relever par ce geste et par sa voix, avec un léger accent espagnol qu'il força un peu, histoire de rajouter un peu d’exotisme à cette affaire.
Tout cela n'était pas très habituel chez un roi mais... sa réputation ne serait ainsi pas usurpée.

« Comment vous appelez-vous ?
- Laurent et v'là Myriam, votre Majesté. »


Cette dernière s'empressa de faire un semblant de révérence.

« Non, non, très chers hôtes, je n'ai aucun pouvoir sur vous et ne suis pas votre roi... ni... votre futur roi, la seule personne ayant un tel statut est cette charmante dame... que vous avez eu la gentillesse d'accueillir sous votre toit, trempée jusqu'aux os et en compagnie d'un parfait inconnu. En parlant de cela... pardonnez-moi d'insister, mais je dois me présenter si je veux faire preuve de politesse à mon tour. »

Il ne possédait malheureusement pas de pièce à son effigie ; il n'avait en l'occurrence que de la monnaie française sur lui. Simplement se présenter lui semblait bien fade après la remarquable prestation de Ronce et... il se devait de remplir un certain devoir auquel il tenait énormément. Il se tourna donc vers la dénommée Myriam, pour un peu, il lui aurait fait un baise-main si son dos le lui avait permis (rho, au moins elle s'en serait souvenue), il se contenta donc d'un hochement de tête très marqué et lui dit, le plus sincèrement du monde ;

« Madame, votre ragoût dépasse de très loin tout ceux que j'ai pu goûter en Espagne dans ma longue vie de roi. Jamais aucun d'eux n'a su me revigorer comme l'a fait le vôtre, et je vous suis infiniment reconnaissant, ainsi qu'à monsieur, pour votre bonne humeur. Veuillez accepter mes excuses … nos excuses pour être ainsi entrés chez vous. »

Voilà, les devoirs rendus aux hôtes, auxquels il tenait tant ; remplis.

« Oh, j'oublais ! »

Il prit justement l'une de ces fameuses pièces, et profita de l'état de choc des deux autres pour la leur offrir ; c'était la moindre des choses. Maintenant, il devait affronter le regards incrédule du jeune couple qui, à en juger par leurs yeux, se croyaient soit en plein délire, soit en plein rêve. Mais ce n'était ni l'un ni l'autre. La jeune femme ne cessait de répéter ;

« Ç'alors, non mais ç'alors... »

Il n'osa pas s'imaginer quel genre d'histoires elle pouvait s'imaginer à leur sujet.
L'homme, lui, était complètement pétrifié sur place, jusqu'à ce que son regard se pose sur les pièces... et alors ce fut un coup de tonnerre, il regarda tour à tour Ronce, puis Felipe et lança d'une voix plus puissante qu'il ne l'aurait cru ;

« Oh non, oh ça non alors, pas d'charité vos Majestés, non ! R'prenez, r'prenez ! »

Ah ça ! Felipe était habitué aux mondanités, avait eu à faire avec des criminels et savaient dans ces cas-là comment agir... la plupart du temps. Cette fois-ci, il était désarmé, il ne savait pas quoi faire. Il ne perdit aucune contenance extérieurement, mais voulut affirmer sa position.

« Non, pas de charité ; un moyen de prouver notre reconnaissance... nous aurions été mal si vous nous aviez laissés dans cette tempête. »

Il se tourna vers Ronce.

« Je crois que nous devrions partir avant qu'ils ne s'inquiètent trop de notre absence... surtout si les chevaux sont revenus à l'écurie, selle vide. »

Mais Laurent semblait avoir d'autres choses à dire comme le fait qu'il ne voulait pas être payé pour un simple acte de bonté, mais l'émotion, cette fois, lui coupa la voix... sans doute.

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Ronce de France
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Mer 11 Sep - 23:50
Oui partir était désormais le mieux à faire. La garde française devait être déjà sur leurs traces et craindre qu'ils n'aient été victimes d'un enlèvement. Ronce imaginait déjà toute la garde en ébullition, les chercher sur tout le territoire en fouillant et enquêtant dans les moindres recoins. Cette image la poussa à se lever, alors que le silence retombait dans le foyer, le couple n'osant plus prononcer un seul mot. Felipe avait su prouver son identité, il était temps à Ronce de reprendre les rênes.

— Braves gens, il faut savoir récompenser la charité un bien qui devient fort rare par les temps qui courent. Prenez donc cette pièce que vous remet le roi d'Espagne; qu'elle vous serve à satisfaire vos besoins.

Aussi noble dans ses atours d'homme que dans sa robe de reine, Ronce se tourna vers Myriam et lui prit les mains. Le geste eut pour effet de plonger la paysanne dans la plus complète surprise.

— Sachez que votre ragoût m'a paru plus délicieux que les mets les plus raffinés que j'ai pu goûter. Je serais ravie d'y goûter à nouveau. Je me doute que vous en donnerez jamais le secret, mais seriez-vous prête à venir le cuisiner au palais lorsque vous le souhaiterez ?
— Ah ben je... C'est que... Majesté... Ce-ce serait un honneur !

La pauvre femme ne savait plus quoi dire et son mari ne l'aidait guère, se contentant d'hocher la tête sans prononcer un seul mot. Saluant le couple avec une révérence, Ronce mena Felipe hors de la demeure. Au-dehors le soleil avait repris ses droits, ne restait de l'orage qu'une senteur d'herbe mouillée et quelques flaques d'eau. Ronce tâchait de soutenir Felipe, toujours victime de sa chute de cheval.

— Je crois bien que pour le moment nous devrions revenir à pied. Est-ce que vous pensez pouvoir marcher sur une longue distance ?

Un hennissement se fit entendre, comme en réponse à cette question. La reine tourna la tête, cherchant à voir où se trouvait l'animal. Mais ce fut l'éclat d'une lame qui apparut entre les arbres du bois proche, tenue par un cavalier. L'homme baissa promptement son arme en voyant le duo.

— Vos Majestés ! Nous vous cherchions partout ! s'écria le garde avec soulagement.
— Veuillez m'excuser, je suis la responsable de toute cette histoire. Le roi a subi une mauvaise chute de cheval, pourriez-vous lui laisser une place sur votre monture ?

Le garde sauta automatiquement à terre, rengainant son arme pour pouvoir prêter main-forte à Felipe.


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Jeu 12 Sep - 15:59

Il regretta sa canne, elle aurait été d'une aide précieuse pour marcher et aurait épargné à Ronce de l'aider à marcher de la sorte. Fort heureusement, la situation ne se prolongea pas outre mesure. Un martèlement de sabots dans les bois qui bordaient la route attira leur attention. Un homme de la garde royale française apparut, fer à la main, et ne le rengaina qu'après les avoir reconnut.
Le soulagement fut imminent et défit son masque sérieux et froid.

"Vos Majestés ! Nous vous cherchions partout !"

Ah, ça... il n'en doutait pas. Felipe tenta d'oublier qu'il avait un bras autour des épaules de sa reine.

"Veuillez m'excuser, je suis la responsable de toute cette histoire. Le roi a subi une mauvaise chute de cheval, pourriez-vous lui laisser une place sur votre monture ?"

Au moins cela donnait une explication à l'image qu'ils devaient rendre. Felipe eut un regard condescendant vers Ronce ;

"Une personne m'a très justement fait remarquer que nous n'étions pas à l'origine de cet orage. Alors, ne vous accusez point outre mesure."

Le garde s'empressa de s'exécuter et de présenter ses mains comme marche-pied pour aider le souverain à monter à cheval. Ce dernier, empoignant la selle se hissa à l'aide de l'impulsion donnée et si une vive douleur lui traversa l'échine alors qu'il tournait le bassin et de plaçait sur la selle, au moins... il était installé.


"Merci bien mon brave, mais dites-moi... ne serait-il pas à propos de permettre à Sa Majesté la Reine de pouvoir rejoindre son château dans des conditions idéale ?
- Il n'en saurait être autrement votre Majesté."


Le garde fit alors sonné un cor de ralliement, et il ne fallut pas longtemps avant que quelques uns de ceux se trouvant aux alentours ne les rejoignent. Les autres, au moins sauront que les deux disparus avaient été retrouvés.
Le même soulagement se lisait sur tous les visages.
Diantre, il s'en souviendrait de cette balade !
Les gardes s'empressèrent de s'occuper de leur reine, et très vite le convoi se mit en route vers le château qu'ils étaient heureux, mine de rien, de retrouver. Felipe eut tout de même un dernier regard vers leur refuge ; le couple se tenait devant la porte, sonné par ces images et encore surpris par tous ces événements.
...
Mais incroyablement sereins.

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Ronce de France
La belle au bois dormant
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Sam 14 Sep - 18:45
Le retour de ces Majestés au palais fut accueilli par des cris de joie et des larmes de soulagement. Ronce dut consoler Marthe, sa vieille nourrice qui avait bien cru que sa petite Ronce avait été enlevée par des brigands ou des Anglais. Mais les paroles de la reine suffirent à calmer la femme qui émit quelques reniflements avant de sourire. Cette scène passée, la reine s'avisa à ce que Felipe soit mené au plus vite dans sa chambre et que le plus éminent des médecins se trouvant dans les environs aille le soigner.

— Je viendrais vous voir promptement, mon cher. Profitez de la chambre et du repos, vous en avez bien besoin.

Quant à elle, elle avait besoin d'un bon bain. Un discret reniflement apprit à Ronce qu'elle embaumait la pluie, l'herbe et la boue. On avait déjà vu mieux comme parfum pour une reine.


Propre et parfumée au savon, la reine était redevenue éblouissante, parée d'une de ses robes coûteuses. Frappant doucement à la porte, elle attendit qu'on lui réponde pour entrer dans la chambre du roi d'Espagne. Le médecin vint promptement lui assurer de la bonne santé du roi : son dos était déjà partiellement remis, il devait simplement rester alité pour la soirée.

— Mais dès demain, sa Majesté pourra se lever et remonter à cheval.

Ronce remercia le médecin qui quitta la chambre, laissant les deux souverains seuls. La femme se laissa alors à sourire, ne pouvant s'empêcher de s'amuser de l'état de Felipe. Or on ne rit jamais impunément d'un souverain. Mais leur mésaventure de tantôt avait balayé, pendant un temps, le protocole et Ronce pensait, probablement à tort, qu'elle pouvait se permettre quelques familiarités amicales. Après tout elle l'avait presque porté sur son dos.

— Mon cher Felipe, vous me voyez navrée de votre état. Je devrais apprendre à nos chevaux à ne pas craindre l'orage. J'espère que notre prochaine entrevue ne finira pas dans un bois humide. Ou pire chez des brigands. Quoique si eux aussi savent faire du bon ragoût, ça se tente...

Ronce semblait véritablement réfléchir à la question, doigt posé sur les lèvres, regard fixé au plafond. Cette position dura quelques secondes après quoi la reine prit place sur un siège qu'elle porta près du lit du blessé.

— Vous aviez prévu de partir demain si je ne me trompe pas. Viendrez-nous nous revoir malgré tout ? Quoique, la prochaine fois ce sera à moi de voyager. Si vous n'y voyez aucun inconvénient.

La reine disait cela avec un sourire contrit de petite fille demandant à une faveur sans savoir si l'adulte en face d'elle accepterait. Et quoi peut-être l'avait-elle mis en colère ce grand souverain.

Spoiler:
 


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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Sam 14 Sep - 22:23


Après avoir lui aussi connu un bain de rigueur après cette journée mouvementée, il fut conduit dans une chambre où, torse-nu, le médecin déniché par les serviteurs du château avait déniché spécialement pour lui. Il faut savoir que le corps de Felipe était marqué de quelques cicatrices blanches, partiellement résorbées, souvenirs de son ancienne vie d'amphibien.
Mais le problème qui occupait le médecin actuellement était l'état de son dos, de sa colonne et de son cou. Il dégagea les douleurs du cou en appuyant vivement entre ses omoplates, zone sensible qui lui fit faire un sursaut et débloqua le haut de son dos. S'ensuivit une auscultation minutieuse de la base du dos en passant par les côtes. Une série d'exercice consistant à lever les bras et les tirer au-dessus de sa tête, fit naître des craquements prometteurs.
La séance se termina par l'application d'un baume froid au toucher qui allégea considérablement la douleur et détendit ses muscles et de bandages qui réduisirent les efforts de son dos. À peine le médecin finissait-il d'appliquer le bandage que l'on frappa à la porte.
Le docteur demanda d'un coup d'oeil la permission du roi, lequel lui assura qu'il était prêt à recevoir ; il attrapa sa chemise à jabot devant lui et l'enfila avec précaution tandis que l'autre s'essuyait les mains et rangeait ses affaires tout en lui demandant de garder le lit jusqu'au départ. Lorsqu'il sortit, Felipe finissait de boutonner sa chemise et s'intéressa à serrer convenablement les cordons à ses poignets.

Il entendit d'une oreille distraite la conversation qui avait lieu sur le pas de la porte et reconnut sans trop de mal la voix de celle qui l'avait accompagné durant la plus grande partie de la journée. Hmmm... il n'était pas sûr d'être réellement présentable pour la reine de France, mais en tant que personne alitée, il pouvait se permettre certaines libertés.

Ronce entra dans la pièce.
Seuls, il n'eut aucun doute sur l'état d'esprit de la jeune femme en le voyant ainsi ; il finissait tout juste d'ajuster sa chemise et s'était calé sur la pile d'oreillers de son lit, la jambe gauche droite sur le lit, et la seconde repliée, les mains croisées sur son torse, sentant sous sa chemise le frais bandage.

« Mon cher Felipe, vous me voyez navrée de votre état. Je devrais apprendre à nos chevaux à ne pas craindre l'orage. J'espère que notre prochaine entrevue ne finira pas dans un bois humide. Ou pire chez des brigands. Quoique si eux aussi savent faire du bon ragoût, ça se tente... »

« Navrée » n'était sans doute pas le terme qu'il aurait employé aux vues de ce qu'il pouvait juger de son visage, il décela là-derrière quelque ironie que la reine se permettait sans le moindre scrupule. En d'autres circonstances, et avec une autre personne que celle qui l'avait aidé à marcher, il aurait put s'offusquer, en l'occurrence, si la première phrase lui fit lever un sourcil faussement suspicieux, la dernière, elle, lui arracha carrément un sourire.
Entrant dans son jeu, il joua un air faussement mécontent :

« Eh bien, en voilà des manière de vous présenter devant votre grand blessé ! »

Il rit de bon coeur et l'invita à s'assoir près de lui.

« Il semblerait que mon état me permette effectivement de respecter les dates que nous nous étions fixés, je n'abuserai ainsi en aucune façon de votre hospitalité, surtout après de telles frayeurs. »

Il observa décidément cette reine dont l'actuel minois lui faisait penser à celui d'une enfant, une jolie enfant qui faisait tout un caprice et usait de tous ses charmes pour obtenir ce qu'elle désirait. Décidément cette journée venait de voir s'écrouler bien des barrières, c'était avec aisance que cette reine s'entretenait maintenant avec lui, tandis que plus tôt elle ne savait comment prendre ce roi légèrement fanfaron. Pour le coup, et sans que Felipe n'y soit pour quelque chose, les rôles venaient d'être échangés.
Il dit alors d'une grosse voix, sage et d'une maturité qu'il n'utilisait que rarement :

« Mon enfant, si vous êtes sage, je vous promets une réception digne de ce nom à la première de vos visites chez nous ! »

Ils rirent de bon coeur et échangèrent encore quelques mots avant que Ronce ne soit obligée de partir ; ils ne pouvaient rester seuls trop longtemps. Seul, Felipe regarda par le fenêtre qui se trouvait sur sa droite et perdit son regard vers l'horizon ; des étendues vertes à perte de vue et ciel lavé par l'orage.
Un paysage magnifique.
Perdu dans ses pensées il se fit violence et fit appeler ses hommes pour connaître l'avancée des préparatifs du départ... pour le lendemain.
Que tout cela était passé vite...


~~~

Le lendemain, une haie d'honneur les attendait au départ. Felipe avait revêtu son grand manteau vert-nénuphar et portait ses extravagantes mais très reconnaissables lunettes « royales ». Ayant au bras la reine de France il la salua une dernière fois par un léger baise-main qu'il put parfaitement accomplir : les soins du médecin avaient des merveilles et ce dernier avait ce matin encore vérifié l'état du souverain avant de le laisser s'habiller.

« Très chère, ce court séjour fut un délice, et je m'en souviendrai, à coups sûr. J'espère que la prochaine fois l'Espagne et moi-même pourrons vous accueillir comme il se doit. Je vous adresse d'ici-là tous mes voeux. »

Il savait que la reine avait en main de quoi rénover selon son goût son pays, et lui-même venait de trouver une alliée inestimable. Il se redressa et s'éloigna avec sa démarche habituelle, bien que moins énergique qu'à son arrivée ; pas question de faire un faux-mouvement, il ne manquerait plus que cela !

À quelques mètres de la reine, il se retourna une dernière fois, salua l'Assemblée de la main et proclama un simple :

« Et longue vie au peuple français, que ce pays prospère connaisse richesse et paix à la hauteur de son accueil ! »

Et il disparut après être monté à bord du vaisseau volant. Sa garde personnelle ferma la marche et le navire s'éleva majestueusement dans les airs, glissant sur le courant au son de l'orchestre qui se trouvait au port.
Ainsi se termina le court séjour du roi d'Espagne en France.
Rey de Marisma
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