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 [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]

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Tinky

MessageSujet: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mar 18 Juin - 1:01
Le visage trempée d’eau, je relevai sa tête et croisa mon regard dans le miroir en face. Les mains posées contre le mur, je me regardai pendant un court instant. Mon reflet me renvoya l’image d’une jeune femme déchirée par la réalité, me rappelant qui je suis vraiment. Soupirant, je pris une serviette et m’essuya le visage avant de la jeter à l’aveuglette dans un coin de la pièce. Puis, rapidement, j’attrapai mon habit de travail, soit une robe dans les tons de rouge, noir et banc plutôt simple, puis l’enfilai sans attendre. Avec une habileté due à la routine quotidienne, je me remontai les cheveux et les attachai dans une coiffure aussi simple que la robe elle-même. Pour une journée de travail, j’estime que ça ne vaut pas la peine de se mettre à son meilleur, même si tout le monde ne serait pas de cet avis.

Je sortis de ma petite chambre que j’arrivai tout juste à payer avec mon maigre salaire. Une fois à l’extérieur, je frissonnai en sentant la brise fraiche sur ma peau nue et regrettai de ne pas avoir pris mon manteau avec moi. Pendant un court instant, je songeai à retourner le chercher, mais j’abandonnai vite cette idée tout en entamant ma marche. J’étais déjà assez en retard comme ça. Quelques instants plus tard, je passai le cadre de porte menant au bar La Table Ronde où je travaillais. Ignorant les regards qui se tournèrent vers moi, j’avançai d’un pas assuré et vins me placer derrière le comptoir.

-Tu es en retard, annonça une voix dans son dos.

Nul besoin de se retourner pour savoir que c’est mon patron qui se tient derrière moi. Je serais capable de reconnaitre sa voix entre mille.

-Je sais… me contentai-je de répondre d’une voix lasse.

Ce n’est pas comme si j’étais impatiente de venir travailler non plus. Avant que mon patron ne puisse placer un autre mot, je me dirigeai déjà vers les tables dans l’intention de prendre les commandes des clients, mais il ne me laissa pas le temps. Vivement, il m’attrapa par le bras et le tourna vers lui. Je lui lançai un regard noir lorsque je croisai ses yeux gris qui me regardaient froidement. Ce n’était le grand amour entre nous deux pour tout dire.

-Ce n’est pas la première fois que tu me fais ça, et j’espère bien que ça sera la dernière fois.

Je ne pris pas la peine de répondre à sa menace. Je m’étais déjà faite renvoyer à plusieurs reprises à cause de mon caractère merdique, et je n’avais pas nécessairement le goût de perdre un autre boulot. Certes, ce n’est pas le meilleur endroit où travailler, mais c’est de loin mieux que de ne pas travailler du tout et être dans la rue. Il me relâcha finalement et je pst aller prendre les commandes en paix. Le message était passé et il n’y avait rien à rajouter.

Pour la plupart des commandes, ce n’était des simples bières qui étaient demandées, pour ne pas changer. Revenant au comptoir, je préparai ses dites bières et retourna les porter à leur propriétaire. Il ne m’en resta qu’une à donner lorsqu’un  homme plutôt bâti me bouscula accidentellement. Le fait qu’il m’ait accroché fut une chose, mais lorsque je remarquai qu’il m’ignora littéralement sans même m’adresser un seul regard, l’envi de l’envoyer promener fut grande et je dus faire un effort surhumain pour ne pas lui crier après. Tout ce que j’en tirerai serait encore plus de problèmes, et je n’en ai pas besoin. Jurant entre mes dents, j’allai chercher une guenille tout en allant porter le verre maintenant vite et revins sur le lieu du crime. Me mettant à genou, je pris soin d’essuyer tout le liquide en soupirant. Dire que la soirée venait juste de commencer… Une fois assurée qu’il ne resta plus une goutte à terre, je me relevai et retourna derrière le comptoir. Essorant le bout de tissu par-dessus un seau, je jetai un regard dans la salle bondée de personnes. La soirée s’annonçait longue.


Dernière édition par Tinky le Sam 22 Juin - 4:42, édité 1 fois
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Ven 21 Juin - 23:11


Spoiler:
 


  -  Inutile de me suivre, il n’y a qu’une cheminée ! Vous n’aurez qu’à m’attendre ici.

Peter prit ainsi congé de la troupe de garçons qu’il avait pris, si l’on peut dire, sous son aile, avant de se diriger vers la bâtisse animée qui avait demandé ses services. Il était rare qu’un établissement de ce genre fît appel à lui. D’ailleurs, cela n’était pas toujours bon signe, car voyant que Peter ne dépendait d’aucun maitre, la clientèle se permettait souvent des écarts. Un enfant n’a guère de moyens pour se défendre, surtout lorsqu’il est orphelin. Il s’agissait parfois d’un salaire amaigri, d’un travail alourdi, ou de choses bien plus graves, que Peter avait préféré oublié.

De son pas à la fois léger et assuré, Peter Davies traversa la rue, muni de sa brosse à ramonage, et poussa la porte de la Table Ronde. Dès qu’il en eut franchi le seuil, beaucoup de regards se tournèrent vers lui, ne s’attendant pas à trouver une si petite personne en un tel lieu. Pas démonté du tout, Peter s’éclaircit la gorge et referma la porte, la démarche aussi digne que s’il eût été un noble personnage. Pourtant, il n’avait pas fière allure dans ses habits pouilleux.

Son pantalon trop court et élimé, laissait apparaitre ses maigres chevilles, et son chemisier sale et rapiécé, lui donnaient un aspect bien misérable. Sans compter les agréments farfelus qui complétaient sa parure ! Des feuilles, des glands, des morceaux de lierre parcouraient ses vêtements à tous endroits, s’ajoutant à la flûte de pan à sa ceinture, au grelot de l’autre côté, et à la plume rouge nichée sur sa casquette. Quelle allure, messieurs dames, quelle allure !

  -  Eh bien, voilà un drôle de petit bonhomme ! lança un vieux bougre édenté en grimaçant un sourire railleur.

Peter l’ignora et s’approcha du bar. Sa tête dépassait tout juste du comptoir. Il s’adressa directement au patron :

  -  Monsieur !

Celui-ci tourna la tête vers lui et après l’avoir jaugé de haut en bas, il posa ses deux mains en appui contre le bar.

  -  C’est toi, le ramoneur ? Tu es bien gringalet !

  -  C’est plus commode pour passer dans les cheminées.

  -  Hmpf. Bon, suis-moi.

L’homme lui fit voir la cheminée, à l’écart de l’agitation du la taverne. Son antre était vaste et très très très sale. Cela devait faire des siècles qu’elle n’avait pas été récurée ! Peter observa ce qui l’attendait, puis demanda à avoir accès au toit, car comme à l’accoutumée, il devait s’engouffrer par la cheminée afin de la décrasser de l’intérieur. L’homme lui intima d’attendre un instant, le temps qu’il allât chercher les clefs de la porte qui menait aux toitures. Peter attendit sagement son retour, chantant tout bas comme il le faisait souvent afin de calmer son impatience.

Ce fut à cet instant qu’il aperçut une jeune fille, dont il ne distinguait alors que la splendide chevelure blonde, se faisant bousculer par un homme bourru et peu courtois. Il émit un « Oh ! » d’indignation. La pauvre fille, qui intriguait étrangement le petit garçon, dut ramasser ce qu’elle avait fait tomber sans même un regard de compassion. Quelle injustice ! Le cœur vaillant de Peter se gonfla aussitôt de colère. Mais déjà le gérant revenait, la clef dans la main.

  -  Qui est cette jeune femme ? demanda Peter sans quitter des yeux la tignasse dorée qui se détachait de ce sinistre paysage.

 - Tinky ? C’est personne. Allez, monte.

Peter attrapa la clef, mais dès que le patron eût tourné les talons et disparu dans la réserve, il posa sa brosse à ramonage et se dirigea d’un pas décidé vers l’homme corpulent qui avait percuté la serveuse. Tinky, donc.

- Monsieur, dit-il d’une voix claire. Il me semble que vous avez malencontreusement bousculé cette jeune personne. Il serait malvenu que vous oubliiez de vous excuser.

Que de courtoisie dans les paroles de cet enfant, pourtant si misérable et si bizarre ! Mais là résidait le paradoxe – du moins l’un d’entre eux – de Peter « Pan » Davies, garçon à la fois terrible et délicat. En particulier envers la gente féminine. La politesse était une valeur sûre, qui jusqu’ici lui avait toujours réussi. Et il ne supportait pas qu’on négligeât cette valeur-là !

L’homme le regarda avec des yeux ronds, trop perplexe pour être outré, trop surpris pour être énervé. D’ailleurs, la plupart de ses compagnons de table avaient aussi cet air interdit. Peter se tourna vers la jeune fille, qui venait d’essorer le chiffon imbibé. Son visage était si las qu’il semblait sur le point de fondre. Mais il y avait quelque chose, quelque chose de si particulier sur ce visage, que Peter en fut tout troublé.

La jeune fille l’avait entendu, et peut-être le verrait-il alors comme un chevalier servant, ce que Peter espérait bien. Il s’approcha très doucement du comptoir où elle se trouvait, ne pouvant détacher ses yeux sombres de Tinky. Mais enfin, il était sûr d’avoir déjà vu ce visage quelque part… D’où venait cette impression ? A présent tout près de la jeune fille, il s’inclina respectueusement.

  -  Bonjour, mademoiselle. Je suis désolé que cet homme eût été si grossier.

Avec un petit sourire, les yeux brillants de malice, il ajouta dans un souffle :

  -  Vous êtes très jolie.


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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Sam 22 Juin - 4:41
Spoiler:
 

Mes sourcils se levèrent lorsque j'aperçue un jeune enfant réprimander le monsieur qui venait de me renverser. Sans m’en rendre compte, ma main crispa le bout de tissu entre mes doigts alors que le liquide qui resta coula entre mes doigts. Peter? Non c’était impossible, ça ne pouvait pas être lui, et pourtant… pourtant il lui ressemblait tant. La même façon de se tenir, la même façon de parler, son physique même. J’en fus troublée. Non ça ne pouvait pas être lui, le Peter que je connais a passé l’âge de l’enfance, tout comme moi. Ma tête me disait que ça ne pouvait pas être lui, mais mes yeux me prouvaient le contraire.

Ce fut lorsque mon regard croisa le sien que je mis fin à mes doutes. Ce n’était pas lui, ses yeux n’étaient pas les mêmes. Je saurai les reconnaitre entre mille. Je restai interdite alors qu’il s’approcha de moi pour m’adresser la parole. Ce n’était pas lui mais il lui ressemblait tant que ça en devenait déconcertant. Même ses yeux brillaient de la même malice que le Peter de mon enfance. D’une main tremblante, je posai la serviette sur le comptoir et plissai les yeux face au commentaire de l’enfant. Travaillant comme serveuse, il fallait dire que j’avais l’habitude qu’on me complimente, et souvent de manière déplacée par des hommes ayant trop bu ou juste étant pervers de nature. Avec le temps, j’ai appris à ignorer ses commentaires grossiers, mais cette fois-ci je n’arrivai point ignorer ce qui venait de sortir de la bouche de l’enfant. Ah, tout cela est absurde. Il faut bien que j’arrête de voir le Peter que je connaissais et considérer cet enfant comme il est vraiment; encore jeune et innocent.

Soupirant, je fis le tour du comptoir et attrapa le jeune garçon par le bras sans pour autant être brusque. Ne prononçant pas un seul mot, je l’amenai avec moi vers l’arrière-boutique, si on peut l’appeler ainsi malgré que La Table Ronde ne soit pas une boutique à proprement dit, où étaient entreposés tous les tonneaux d’alcool. Une fois à l’abri de tous les regards curieux, je posai mes mains sur les épaules de l’enfant et plantai mon regard dans le siens. Je m’étais toujours demandé comment je réagirai si je venais à revoir Peter, et à ce moment on pouvait dire que la réponse à ma question venait de se dévoiler à moitié. Je resterai figée comme une belle idiote, incapable de prononcer un seul mot. Pourtant que j’étais généralement imaginé l’envoyer promener pour ce qu’il m’avait pas, ou encore lui faire amèrement regretter d’être partie avec cette Wendy… Je ne sais pas si je pourrai un jour cesser de lui en vouloir, mais chose certaine, ça ne risque pas d’être avant un long moment. Sortant de mes pensées, je me décidai enfin à prendre parole.

-Je peux savoir à quoi tu joues, petit? Tu as eu de la chance que cet homme ne s’en prenne pas à toi. La boisson a la mauvaise habitude de faire démarrer des combats, ça aurait pu mal tourner.


À sa grandeur, il aurait tôt fait de se faire écraser comme une simple fourmi sous la semelle d’un soulier. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’un garçon de son âge pouvait bien faire dans un endroit pareil? Il parait que quelqu’un était supposé ramoner la cheminée en soirée. Peut-être est-ce ce garçon qui en est en charge. Mes mains quittèrent ses épaules et, étant légèrement penchée, je me redressai en posant mes poings sur mes hanches alors que mon regard se durcit.

-Et d’ailleurs, je n’ai pas besoin que l’on m’aide de quelque façon qui soit. Je sais très bien me débrouiller seule.

Je pense réellement ce que je dis. Je ne suis pas le type de personne qui se laisser marcher sur les pieds sans avoir eu son mot à dire. Même si je ne ressors pas toujours vainqueur de la situation, je n’ai jamais eu de regret. De plus, je m’en voudrais probablement si cet enfant venait à se blesser par ma faute. Je finis par poser la question qui me démangeait depuis un petit moment déjà.

-Comment tu t’appelles, petit?
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Sam 22 Juin - 13:18

Peter fut si perturbé par l’attitude de la jeune femme que son assurance malicieuse en fut toute ébranlée. Son regard se troubla, ses mots se perdirent, et c’est sans résistance qu’il se laissa entrainer par Tinky dans un coin reculé. Devant les reproches sévères de la serveuse, il baissa les yeux en sentant ses joues progressivement rosir.

Lui qui s’était pris pour un chevalier servant, c’était raté ! Pour elle, il n’était qu’un petit inconscient. Il ne chercha même pas à se dégager tandis que Tinky lui maintenait les épaules, plantant son regard bleuté dans le sien afin de lui témoigner tout son mécontentement. Oh, pour peu, il en aurait eu les larmes aux yeux…
 
    -  Et d’ailleurs, je n’ai pas besoin que l’on m’aide de quelque façon qui soit. Je sais très bien me débrouiller seule.
 
Ainsi, cette jeune fille n’était pas comme celles qui aimaient se faire secourir comme des princesses en détresse. Elle était de celles, fières et vaillantes, qui refusaient de se faire marcher dessus, et ce dans quel cas que ce fût. Il était bien rare de tomber sur de tels bouts de femmes à cette époque, ce qui ne fit qu’amplifier l’effet – déjà grand – que l’attitude de Tinky avait sur Peter Davies. En fait, il ne se rappelait pas avoir croisé une telle femme au court de sa tumultueuse existence. Ce qui n’arrangeait rien à son embarras.
 
Devant les femmes délicates et dociles, il faisait toujours grande impression. Et cela lui convenait parfaitement. Mais lorsqu’on le ramenait si brutalement à sa condition d’enfant tout à fait ordinaire, il avait la sensation de recevoir un seau d’eau glacé sur la tête. Lorsqu’elle lui demanda son nom, il releva soudainement la tête. La voix un peu faible, ses grands yeux plongés dans ceux de Tinky, il dit alors, ignorant dans un premier temps la question :
 
   -  Qu’aurais-je dû faire alors ? Le laisser vous malmener ? Je… C’est… Je ne supporte pas de voir qu’un homme si rustre se permet de tels écarts.
 
La manière de parler raffinée de Peter contrastait fortement avec son apparence miteuse et excentrique. Ce fait consistait en un autre paradoxe de sa personnalité. Il faut dire que les fées, en dehors de le combler de joie et de chambouler sa vie, lui avaient enseigné avec rigueur les bonnes manières. Il ajouta, murmurant presque :
 
   -  Qu’auriez-vous fait à ma place ? Vous auriez simplement passé votre chemin ?
 
Il ôta alors sa casquette, dévoilant son épaisse tignasse d’un roux sombre, pour ébouriffer ses cheveux aplatis. Tinky attendait manifestement qu’il dise son nom, comme si cela aurait permis de trouver une explication à cette attitude désinvolte. A moins que ce ne fût pour une autre raison…
 
   -  Comme j’ai soif ! s’exclama alors le garçon. Pensez-vous que votre supérieur serait en colère si vous m’offriez un verre d’eau ? Je comprendrais si vous n’osiez pas.
 
Peter faisait exprès de titiller la fierté de la jeune fille. Il espérait qu’elle oserait s’affranchir un peu des contraintes de sa condition – qu’il considérait bien plus basse encore que la sienne, car il en manquait le point essentiel : la liberté.
 
Et enfin, pour terminer sa tirade et achever de satisfaire la curiosité de la jeune fille, il finit par annoncer l’information qu’elle attendait :
 
   -  Et… Mon nom, c’est Peter. Mais vous pouvez m’appeler Pan. Et je ne suis pas si petit.
 
Il vit alors nettement le trouble dans le regard de Tinky, comme si la seule évocation de son nom remuait quelque chose au fond de son âme. En somme, tous deux se perturbaient l’un l’autre sans en comprendre les raisons. Il est des moments où le destin dépasse l’entendement des hommes que nous sommes. C’en était un de ceux-là.
 
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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Dim 23 Juin - 4:50
Je fronçai les sourcils alors que le garçon me répondit du tac au tac, ignorant par la même occasion ma réponse. Je croisai les bras en l’écoutant d’une oreille attentive. C’était étrange d’entendre des mots si… matures venant d’un jeune de son âge. Mes sourcils se froncèrent doucement face à ses questionnements dont il n’attendait pourtant aucune réelle réponse venant de ma part. Certes, passer son chemin sans réagir pour avoir l’air complètement sans cœur, mais c’est parfois la meilleure solution à choisir. Pourtant, en y repensant à deux fois, j’aurais peut-être réagi de façon semblable si ce jeune homme s’était fait bousculer de la sorte. Je m’efforçai toutefois à croire le contraire. Je ne pouvais tout de même pas lui donner raison si facilement. S’il continue d’agir ainsi, à la grandeur qu’il a, il risque surtout de se faire ramasser par des plus costauds.

Puis, changeant complètement de sujet, il vint à me demander un verre d’eau. Perplexe, j’haussai un sourcil. C’est à croire qu’il fait exprès de clore le débat. Néanmoins, ce qui me troubla le plus fut surtout la façon qu’il me demanda son verre d’eau. Arrogant. Méprisant. Hautain. L’effet aurait été le même si on m’avait versé un seau d’eau glacée sur la tête. Vraiment, on n’a pas besoin de me rappeler ma condition de vie. C’est à croire qu’il fait exprès. Oser… oserais-je? Je n’eus pas le temps de prendre parole qu’il répondit finalement à ma question.

Peter. Un air de surprise traversa mon visage et mes yeux restèrent fixés sur le jeune homme. Même apparence, même caractère, même nom. Je sais que le hasard peut faire bien des choses, mais là c’était beaucoup plus que du hasard. Pendant un instant, le silence planait entre nous deux. On pouvait entre la voix des hommes en pleine discussion, des verres s’entrechoquer, et même la voix de mon patron qui me cherchait. Probablement devait-il se demander pourquoi je n’étais pas en train de servir les clients. Je me contentai de l’ignorer.

-Peter… m’entendis-je répéter.

Décidemment, à la regarder avec les yeux écarquillés ainsi, Pan, comme il veut se faire surnommer, va finir par me croire constamment troublée. Il faut que je me reprenne un peu en main que diable. Sortant de ma confusion momentanée, je plissai légèrement les yeux avant de hocher doucement la tête.

-Un verre d’eau… Bien sûre. Et de toute façon, mon supérieur n’est jamais content.

Tournant le dos au jeune garçon, elle revint sur ses pas, sachant que ce dernier la suivrait. Arrivant derrière le comptoir, elle attrapa un pichet d’eau d’une main, et de l’autre un verre qu’elle remplit avant de le tendre à Pan. Un monsieur d’âge mur juste en face en profita pour demander à boire. Habilement, je lui servis son dû avant de reporter mon attention sur l’enfant.

-Tu me fais penser à un garçon que j’ai déjà connu, avouai-je.

Normalement je suis plutôt réservée et ne parle que très peu de mon passée aux autres, pour ne pas dire jamais. Seulement, cette fois-ci c’était différent. Je devais en parler, ou du moins le mentionner. Le hasard était trop grand pour que je garde le silence à ce sujet. Même si j’avais essayé, la vérité m’aurait probablement échappé un moment donné ou un autre.

-Enfin… ce n’est pas très important, mentis-je.

Le mentionner ne veut pas pour autant dire s’attarder sur ce sujet. C’est déjà assez pénible comme ça. Me connaissant, il voudrait mieux ne pas trop s’attarder sur ce sujet au risque de me voir faire fondre en larmes. Je n’étais jamais été très bonne pour refouler mes sentiments, ni pour les cacher d’ailleurs.
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Invité
Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mar 25 Juin - 15:09

Tinky répéta son nom, comme si elle essayait de se convaincre que c’était bien ce qu’elle avait entendu. Peter attendit qu’elle reprît contenance, car elle semblait réellement ailleurs, perdue dans de lointaines pensées. Puis, elle cligna des yeux et parut revenir sur terre, retrouvant son air un peu dur et sa voix claire. Peter sourit lorsqu’elle accepta de le servir, et il la suivit sans un mot. Il était très fier que la jeune serveuse s’occupât ainsi de lui alors que les clients grouillaient dans la taverne.
 
Sans en être particulièrement mal à l’aise, Peter sentait le regard appuyé de Tinky tandis qu’il buvait son verre d’un trait, ses deux mains sales agrippant le gobelet. Il émit un bruit de satisfaction, s’essuya la bouche d’un revers de la manche, et reposa le verre sur le comptoir. Tinky ne le lâchait pas des yeux. Entendons-nous, Peter était accoutumé à recevoir les regards, tour à tour attendris ou admiratifs des dames plus ou moins jeunes qui croisaient sa route. Il ne trouvait aucunement cela désagréable. Mais le regard de Tinky n’était pas un de ces regards. C’était comme si elle voyait des choses qui, lui, le dépassaient. Et c’était nettement moins agréable !
 
   -  Tu me fais penser à un garçon que j’ai déjà connu.
 
Cette annonce fut encore plus désagréable, et elle le fit grincer des dents. Lui, faire penser à quelqu’un d’autre ? Lui, ressembler à quelqu’un d’autre ?? Un autre garçon ! Impossible. Mais l’expression de Tinky était si troublante, son regard si profond, que Peter ne se permit pas de s’indigner. Il sentait, d’instinct plus que de logique, que la jeune fille évoquait en elle-même des choses douloureuses. Elle dit brusquement :
 
   -  Enfin… ce n’est pas très important. 
 
Peter savait que ce n’était pas vrai. Le trouble de la jeune femme était évident. Comme il ne savait pas comment réagir devant ce genre de situation, il se contenta de lancer, après un court silence :
 
   - J’espère au moins qu’il t’a bien traité. Je ne supporte pas qu’on se conduise mal avec les filles !
 
Cette fois-ci, rien à voir avec quelque fanfaronnade. Peter disait vrai. Et son air insurgé ne laissait pas de doute quant à sa sincérité. Il ajouta en parlant plus bas, les yeux brillants :
 
   -  Ce garçon, c’était ton ami ? Vous avez vécu des aventures ? Je parie qu’il ne savait pas voler. Parce que moi…
 
C’était dangereux, de révéler ainsi ses aptitudes inhumaines, dévoilant sa nature hybride. Un enfant ailé, si cela venait à être su, représentait une aubaine pour les gens peu scrupuleux. Peter, qui pourtant savait comme il était nécessaire qu’il dissimule sa condition d’Androïde, délaissait comme souvent la prudence pour la vanité. Il voulait impressionner Tinky. Ce n’était qu’une serveuse, une fille qu’il ne reverrait certainement jamais plus, et qui ne le voyait en outre que comme un petit insolent. Mais il voulait montrer qu’il n’était pas comme ce garçon. Qu’il valait mieux que lui. Peter voulait montrer comme il était extraordinaire.
 
Mais à cet instant, un client un peu rond arriva brutalement vers eux, s’affalant sur le bar. Il était encore pire que le malappris auquel Peter avait donné une leçon. Il empestait l’alcool comme si sa peau elle-même en avait été imprégnée.
 
   -  File-moi un verre de gin, ma jolie !
 
Son visage rouge et râpeux, son regard hagard, sa bouche noircie, tout ceci d’incitait qu’au dégoût. En jetant un œil au reste de la taverne, Peter remarqua que la plupart des clients étaient plus ou moins dans le même état. Il dut réprimer un frisson de répulsion. A côté d’eux, Tinky paraissait si délicate ! Une fleur parmi des morceaux de charbon. S’approchant tout près de la jeune fille, il murmura :
 
   -  C’est toujours comme cela ?
 
Un seul élément positif ensuivait la brusque intervention du bonhomme. Peter n’avait pas eu le temps d’en dire plus, malgré son entrain trop propice aux débordements. Tinky, dans sa confusion, ne s’attarderait peut-être pas sur la semi-révélation qu’il venait de laisser s’échapper de sa bouche. Peut-être pas…
 

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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mar 2 Juil - 22:45
Pendant un cours instant, je me revis quelques années plus tôt, aux côtés de Peter et riant d’une blague qu’il venait de faire. Oui, il fut un moment où tout allait bien à un point où on était devenu inséparable, mais ça n’a pas duré. Les bonnes choses de la vie ont toujours un fin, et je l’ai appris à mes dépends. Je ne fis pas part de mes pensées au jeune garçon, préférant garder mon passé secret.

Je plissai les yeux lorsqu’il mentionna qu’il pouvait voler. De quoi parle-t-il? Je suis bien placée pour savoir que les enfants ont beaucoup d’imagination, mais ne serait-il pas un peu vieux et mature pour ce genre de jeu? Je notai au passage le changement de vous au tu, mais n’en fit pas la remarque. Ce n’est pas comme si ça changeait quoique ce soit, et moi-même je te le tutoie. Je posai une main sur le comptoir dans le but de prendre appui dessus. L’idée qui puisse réellement voler me traversa un instant l’esprit, mais je la rejetai aussitôt. Non, les chances qu’il puisse voler son trop mince pour qu’il dise la vérité. Néanmoins, mince ne veut pas dire impossible. J’ouvris la bouche pour parler mais un client me doubla. Je soupirai avant d’hocher la tête pour faire comprendre que j’avais compris. Alors que je préparai ce qu’il venait de me réclamer, Pan me demanda si c’était toujours comme ça. Je ne répondis pas tout de suite, finissant d’abord de préparer la boisson de monsieur. La boisson donnée et payée, je reportai mon attention sur l’enfant.

-Non, souvent c’est pire, avouai-je un ton las.

La soirée ne fait que commencer, et plus le temps passe, plus les clients boivent et pires ils deviennent. Je pourrais dire qu’avec le temps on s’habitue, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a certaines choses auxquelles on ne s’habitue jamais… ou du moins qui ne nous laisse pas indifférents. Je jetai un rapide coup d’œil à la salle avant de reposer mon regard bleu sur Pan. Je me penchai légèrement en posant mes mains sur mes cuisses.

-Il faut que j’aille servir les clients avant que mon patron ne…

-Ah, tu es là! grogna une voie dans mon dos.

Et merde… Je me retournai vivement pour faire face à l’homme devant moi. Je m’attendais un peu à ce qu’il nous tombe dessus, mais je n’aurais pas imaginé qu’il serait aussi rapide. Ce dernier se posta devant moi à seulement quelques centimètres, puis son regard tomba sur l’enfant.

-Et toi aussi? lâcha-t-il avant de reporter son attention sur moi. Toi je veux que tu retournes au boulot, il y a des clients qui attendent, et je ne veux pas te voir trainer encore une fois avec ce gamin. Il a du boulot lui aussi.

Je devrais faire ce qu’il dit, histoire de ne pas avoir plus d’embrouille, mais je ne restai posté devant mon patron. Ce dernier haussa un sourcil, perplexe. Je ne voulais pas me laisser mener ainsi sans m’être défendu un minimum ou du moins fournir une simple explication, véridique ou non soit-elle.

-Ce gamin avait soif, je lui ai simplement donné un verre d’eau. J’allais justement retourner servir les clients, m’empressai-je de rajouter.

À peine finis-je ma phrase qu’il me prit violemment par le bras et me lança un regard noir. Si je ne tenais pas tant à avoir un boulot pour survivre, je lui aurai volontiers dit ma façon de penser. Je ravalai avec difficulté ma rage en écoutant ce qu’il avait à dire.

-Ça je m’en fous, tu t’occupes des clients, point barre!

Puis il me relâcha, laissant une marque rouge à l’endroit où il m’a tenu, et posa un regard froid sur Pan.

-Toi aussi, retourne travailler.

Pour ma part, je ne quittai pas tout de suite, ne voulant pas laisser seul l’enfant avec mon patron. Je n’accepterai pas que l'adulte lui fasse du mal.
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Invité
Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Lun 8 Juil - 18:07


Peter, bien qu’il ne l’aurait jamais avoué, était plutôt rassuré que Tinky ne l’eût pas abandonné entre les mains du gérant. Ce dernier ne semblait être capable d’éprouver qu’un seul sentiment : la fureur. Le ton de Tinky était étonnamment calme en réponse à celui, acéré, de son supérieur. Une seule explication à cette quasi indifférence… L’habitude, sans aucun doute. Ce qui était, somme toute, parfaitement triste.

Peter attendit de voir l’homme s’éloigner – ce qu’il s’apprêtait à faire, assurément ! –  mais il n’en fut rien. Il demeura prostré devant les deux jeunes gens, comme s’il attendait une réaction immédiate et soumise qui ne venait pas. Il finit par se précipiter sur Peter en lui tirant l’oreille avec hargne, les dents serrées par la rage. Sans cesser de tenailler son bout d’oreille, qui n’en serait certainement que plus pointu, l’homme l’entraina à l’écart, l’éloignant ainsi de sa protectrice. Tinky eut bien un mouvement vers eux mais son supérieur la menaça d’un geste de la main. Il vociféra alors :

  -  Sale morveux, je te croyais déjà sur les toits ! Tu penses que tu peux prendre du bon temps comme il te chante ? Allez, au travail ! Et je te préviens, ce sera déduit de ton salaire ! Dépêche-toi !

Les yeux embués par la douleur qui lui lancinait l’oreille, Peter fut jeté dans les escaliers afin de gagner les toitures. Il se massa l’oreille en pestant silencieusement, gravissant les marches pour accéder à la cheminée.

Le travail fut laborieux. La cheminée était encore plus crasseuse qu’elle n’y paraissait vu d’en bas. Accrochant fermement sa corde, il se laissa descendre progressivement, nettoyant comme il le pouvait les parois pierreuses. Le labeur se poursuivit des heures. Bientôt, son corps entier fut recouvert de suie, comme si on l’avait trempé dans la cendre. Seuls ses cheveux rougeâtres se détachaient de cette noirceur. Echauffé par l’effort, il avait dû ôter son chemisier, dont il se servait même en tant que chiffon, à présent que les autres tissus étaient tous brunis et hors d’usage.

Peter toussait de plus en plus fort et de plus en plus souvent. Plus il s’enfonçait dans le conduit étroit de la cheminée, plus l’air se faisait chargé de poussière noire, qui infiltraient ses bronches comme un poison. Peter en avait vu mourir, des compagnons. Les chutes et les pneumonies finissaient souvent par avoir raison d’eux. Mais jusqu’ici, il avait résisté. Il avait enduré les supplices de l’Asile, il n’allait pas flancher maintenant.

Mais tandis qu’il frottait la surface encrassée, maintenant de son autre main la corde qui le soutenait, le visage de Tinky ne cessait de s’imposer à son esprit. Si elle-même avait découvert la source de son trouble à la vue de Peter, le garçon lui ne comprenait toujours pas pourquoi il était si perturbé par la jeune fille. Il savait qu’elle lui évoquait quelque chose, mais sa mémoire était aussi volage et fantasque que lui, elle abandonnait les souvenirs trop lourds et en inventait de plus légers.

Soudain, la corde lâcha du lest brutalement, ce qui ébranla son équilibre. Il resta agrippé à la corde tandis qu’elle le balançait dans la cheminée. Aurait-il mal fixé le nœud ? Mais au cours de cette brusquerie, un son délicat se fit entendre, comme un tintement de… Clochette. Peter attrapa son petit grelot, attaché à sa ceinture. Il le mit dans sa main couverte de suie et le fit doucement rouler pour le faire chanter. Il était si brillant ! On aurait dit une petite luciole. D’ailleurs, dans l’esprit de Peter, il s’agissait non d’un grelot mais d’une petite fée minuscule, pourvue d’ailes et inondée de lumière. D'où venait-elle ? Etait-ce son imagination sans limite qui lui faisait voir une telle créature ? Ou bien n’était-ce que de la magie pure, à laquelle lui seul était sensible… Il ne le savait pas. Et il s’en moquait.

  -  Clochette, ma Clochette… Il ferait bien noir ici, sans ta lumière. Je me sens moins seul ainsi. Ne t’endors pas, Clo.

Mais alors qu’il prononçait ce nom mélodieux, alors qu’il observait avec tendresse et intensité ce petit corps tout en fantaisie… Alors Peter eut une révélation. Ses yeux s’agrandirent, ses épaules se redressèrent, il entrouvrit la bouche… Tinky ! Mais bien sûr ! La jeune fille ressemblait bigrement à sa petite fée ! Comment était-ce possible ? Comment un tel hasard était-il possible ??

Peter était complètement ébahi et aussi diablement excité. Il n’en revenait pas. Il se mit à rire, et son rire s’échappa de la cheminée comme une fumée musicale. C’était si étonnant ! Si… Si extraordinaire ! Tinky ignorait tout de cette ressemblance, qui pourtant en faisant à coup sûr une personne exceptionnelle. Décidément, des forces supérieures semblaient vouloir relier ces deux êtres, pourtant si différents, de la plus singulière façon.  

Le sourire de Peter s’effaça vite néanmoins, car la corde finit par céder complètement, ce qui le fit dégringoler. Il eut le temps de sortir et déployer ses ailes, sans trop de douleur d’ailleurs car l’urgence de la situation accaparait son esprit. Cependant, le conduit était trop étroit pour que ses ailes pussent  s’étendre convenablement, leur extrémité râpa contre les parois et Peter ressemblait à un moustique en détresse, ses ailes grésillant dans son dos et son corps secoué par le tumulte. Dans sa panique, il laissa même tomber Clochette.

Il crut qu’il parviendrait à s’extraire de la cheminée et retrouver l’air libre, mais finalement il chuta pour de bon, s’écrasant dans un cri mat dans l’antre de la cheminée. Un petit nuage de poussière noirâtre s’éleva autour de lui sous le choc. Etourdi, il se redressa douloureusement, avant de constater avec effroi qu’une de ses ailes était abîmée. Elle était pliée au bout, ce qui l’empêcherait sans conteste de prendre son envol. Par ailleurs, il n’avait fait que les trois quarts du travail, il était déjà à bout de force et, comble du comble, contusionné de partout. Peter eut envie de pleurer.

Il pensa à ses garçons perdus, qui attendaient son butin encore plus que lui, car les repas imaginaires organisés par Peter ne leur convenaient plus. Il ne pouvait pas se permettre de renoncer à son dû. Il avait le sentiment de s’être fait avoir, car le patron avait bien pris le soin de ne pas le prévenir de la difficulté de sa tâche. Peter en était convaincu, cela faisait au moins des années que la cheminée n’avait pas été ramonée. Il était trop frêle et trop affaibli pour finir son ouvrage.

Ce fut alors qu’il entendit la voix rageuse et sonore du patron, qui à défaut de s’en prendre à lui, semblait trouver en la personne de Tinky une décharge idéale à sa colère. Peter se terra au fond de la cheminée, se fondant dans l’obscurité, dressant l’oreille pour entendre le flot de reproches et d’insultes dont l’homme bombardait la jeune fille. Repérant son grelot dans la poussière, il l’attrapa avec hâte.

Lorsque le silence se fit, au bout d’un trop long moment, Peter entendit le pas lourd et sec de l’homme furibond s’éloigner. Un léger soupir suivit ce départ, jusqu’à ce que la silhouette bonde de Tinky passât devant lui, les bras chargés d’un plateau. Peter siffla alors :

  -  Pssst !

Lorsque Tinky, après un moment de confusion, aperçut la source de ce bruit, elle écarquilla les yeux et finit par s’approcha prudemment. Peter ne le réalisait pas vraiment, mais elle ne pouvait distinguer tout au plus que ses yeux, qui luisaient dans l’obscurité poussiéreuse de la cheminée. Tout son corps, de la pointe de ses cheveux jusqu’au bout de ses orteils, était noir de suie. En se voyant dans un miroir, il se serait probablement confondu avec son ombre !

  -  Regarde, Tinky, dit-il dans un murmure. Regarde, c’est ma fée petite.

Une fée petite, comme il les appelait, en opposition aux vilaines fées responsables de son malheur. Ouvrant ses mains auparavant jointes, juste devant le visage de Tinky, il laissa apparaitre sa fée – son grelot – minuscule boule lumineuse dans cet univers de ténèbres.

  -  N’est-elle pas jolie ? Tu as remarqué, Tinky, comme elle te ressemble ? N’est-ce pas incroyable ?

Un sourire franc, un peu bizarre, étirait les lèvres minces de Pan. Il observait son grelot avec une infinie tendresse, comme s’il s’était agi de la chose la plus précieuse du monde. Il ne faisait pas de doute que, pour lui, la chose en question était pourvue d’un cœur et même d’une âme. Tinky le trouverait peut-être dément ou halluciné. Peut-être qu’elle lui dirait qu’il était complètement fou et qu’il valait mieux qu’il arrêtât de dire des sottises. Ce ne serait pas la première fois.

Mais il était possible aussi que, émue ou attendrie, la jeune fille entre dans le jeu du petit garçon, dont l’imagination si puissante ne pouvait que témoigner d’une solitude encore plus grande…

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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mer 10 Juil - 2:11
-Hey!

À la voir attraper ainsi le pauvre enfant, une vive colère monta en moi. Pour qui se prenait-il à le traiter de la sorte, de plus qu’il n’a rien fait de mal. L’attitude de mon patron me rappela un court instant l’orphelinat où maltraiter les enfants étaient choses courantes pour ceux en charge de l’établissement. Ce que j’ai réalisé les jours qui ont suivi ma sortie de l’orphelinat était que la vie est tout aussi pitoyable. Il n’y a un bel avenir que pour ceux qui ont de l’argent.

Je fis mine de m’interposer mais l’homme me balaya d’un coup de main, me faisant bien comprendre que j’avais intérêt de garder mes distances. Merde… mais quelle connerie! Impuissante devant la scène, je détournai les yeux et agrippai le rebord du comptoir jusqu’à ce le bout de mes doigts virent au blanc. Je me promis que le jour que je quitterai cet endroit, je réserverai une petite surprise à mon supérieur. L’idée d’une douce vengeance parvint à m’apaiser et mes doigts retrouvèrent leur couleur habituelle. Pour l’instant, c’est bien la meilleure solution que je puisse trouver.

Sans attendre plus longtemps, je me remis à mon travail, servant de gauche à droite des boissons et, de temps en temps, des plats. C’était toutefois moins fréquent étant donné que les clients venaient généralement boire un coup que ce soit pour s’amuser ou encore pour oublier leurs chagrins. Je continuai mon service sans pour autant arrêter un seul instant de penser à Pan. Sa ressemblance avec le Peter de mon enfance reste frappante, sans parler qu’ils détiennent le même nom. C’est un peu fou à penser, mais c’était à se demander s’ils ne seraient pas frères. Vaut mieux ne pas trop se poser de questions, car il est très probable qu’elles resteront à jamais sans réponse.

Le temps passa et j’en vins à me demander si Pan était déjà partie. Il aurait très pu finir son boulot et être déjà reparti. Me faufilant entre les tables, plusieurs bières dans les mains, je me surpris à ressentir une pointe de déception. J’aurais au moins aimé le revoir avant qu’il parte pour de bon, sachant que je ne le reverrai probablement jamais… C’est à ce moment que je sentis une main glisser accidentellement sur ma cuisse. Accidentellement? Je me retournai vers le client qui venait de me toucher et croisai son regard pervers. Non, il avait caché son geste sous un simple accident, mais tout cela avait été prémédité. À peine une seconde plus tard, j’accrochai mon pied dans une patte de table et renversa une partie du contenu des boissons sur l’homme. Des gestes cachés sous des accidents, moi aussi je suis capable d’en faire. Grognant son mécontentement, le client me fusilla du regard. Inflexible, je me contentai de plates excuses tout en lui passant une guenille pour qu’il s’essuie, puis je continuai mon chemin sans demander mon reste. T’es pas le premier pervers que je rencontre, gros lard.

Après avoir distribué les boissons, je revins derrière le comptoir d’où mon patron me fixait d’un regard noir. Mais ce n’est pas vrai, toujours au mauvais moment celui-là… Il vint se poster devant moi en croisant les bras.

-C’est bon, t’as fini de t’amuser? lança-t-il avec sarcasme.

J’ouvris la bouche pour prendre la parole mais il ne m’en laissa pas le temps, me pointant du doigt de façon menaçante.

-Je te préviens, si je te vois faire une autre connerie c’en est fini pour toi. Je te paye pour servir les clients, pas pour renverser leur boisson sur eux. Ce n’est pas la première fois que tu me fais ça, et j’espère bien que ça sera la dernière fois. Avec ton sale caractère tu finiras par me faire perdre des clients. Rappelle-toi que si je t’ai engagé c’est attiré le monde et non pour les faire fuir.


Sur ce il tourna les talons sans me laisser le temps de répliquer. Et c’est moi qui a le sale caractère… Je connais bien le fonctionnement de ce type d’endroit, où ils engagent de jeunes jolies filles pour plaire attirer les hommes. Ça me dégoute. Après avoir chargé un plateau de plusieurs bières ainsi qu’une assiette, je fis mine d’aller sortir lorsqu’un chuchotement m’arrêta dans ma lancée. Je plissai les yeux un moment, tentant de repérer d’où provenait cette voix. Telle ne fut pas ma surprise lorsque j’aperçus à l’entrée de la cheminée une paire d’yeux m’observer.

-Pan, chuchotai-je en me penchant, toujours le plateau dans la main.

Il était noir de la tête aux pieds, couvert de suie. Mais le plus important pour moi était qu’il était encore là, qu’il n’était pas encore partie. Pendant tout ce temps il n’avait que travaillé, le pauvre. Je plissai les yeux lorsqu’il brandit sous mes yeux un petit grelot qu’il présenta comme une fée. Je me permis de la prendre délicatement entre mes mains, la faisant tourner pour l’observer de tous ses côtés. Un léger sourire s’étira sur les lèvres lorsque mon regard revint sur l’enfant. Aussi insensé que ça puisse paraître, il y avait effectivement une ressemble entre moi et ce grelot. À la façon qu’elle reflétait la lumière, cela me faisait rappeler mon pouvoir, soit m’illuminer.

-Oui, elle est magnifique. Tu sais… moi aussi je peux briller comme elle, mais il faut garder ça secret.

Cet enfant a confiance en moi, je sais qu’il va me croire sur parole. Je ponctuai mon commentaire d’un doigt sur la bouche pour intimer le silence. Peu de personnes connaissent mon pouvoir, et je souhaite que ça reste ainsi. Doucement, je remis le précieux objet dans les mains du garçon. Je posai le plateau sur le sol, histoire de me soulager un peu le bras.

-Je ne vais pas pouvoir rester très longtemps, petit. Est-ce que tu vas bien, il t’a fait du mal?

Connaissant mon patron, il n’hésiterait pas à lever la main si cela lui semble nécessaire.
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Ven 12 Juil - 12:40


   -  Oui, elle est magnifique. Tu sais… moi aussi je peux briller comme elle, mais il faut garder ça secret.

Les yeux de Peter Pan se mirent à briller eux aussi, d’un éclat plus intense qu’auparavant. Il détourna le regard de sa fée-grelot pour fixer le visage de Tinky. Elle ne mentait pas. La coïncidence était si extraordinaire que Peter – bien qu’il fût habitué aux choses extraordinaires – avait du mal à y croire – bien qu’il fût le garçon le plus habile du monde lorsqu’il s’agissait de croire –, c’est vous dire le sérieux de la situation !

Cela eut même le mérite de lui clouer le bec, ce qui, cela aussi, était rare. En revanche, il ne comprenait pas pourquoi Tinky tenait à dissimuler ce pouvoir, tant il apparaissait magique et ravissant. S’il avait été capable d’une telle prouesse, il l’aurait montré à tout le monde ! L’espace d’un instant, il se demanda si la jeune fille aurait pu être, à son instar, un Androïde. Mais il en doutait.

Tinky lui redonna le grelot, qui noircissait à cause de la suie recouvrant sa paume. Une sensation étrange envahissait le garçon, dont il ne comprenait pas bien la forme et la raison. Peter l’ignorait, mais cette sensation se nommait l’attachement. Oui, Peter Davies ressentait une affection grandissante et effroyable à l’égard de Tinky, et cela faisait bien partie des choses qu’il était incapable de combattre. Peter n’avait aucun mal et aucune peur à l’idée d’affronter un pirate ou un tigre sauvage. Mais un sentiment, alors…


Tinky l’extirpa soudain de ses pensées :

   -  Je ne vais pas pouvoir rester très longtemps, petit. Est-ce que tu vas bien, il t’a fait du mal ?

Peter, un peu confus, cligna des yeux avant de regarder autour de lui pour vérifier qu’il n’avait rien d’endommagé. Il parvint à bouger ses membres, et en dehors de quelques contusions et éraflures, il n’était pas trop amoché. En revanche, en jetant un coup d’œil derrière son dos, il se souvint que le bout de son aile était abîmé. Dans la pénombre, Tinky elle ne pouvait pas les distinguer. Il savait comment l’arranger, mais il avait besoin de lumière, et il se trouvait présentement dans l’endroit le plus sombre de toute la taverne… Il ne pouvait pas se débrouiller tout seul – malgré ce que son orgueil tentait de lui faire croire – et l’idée de déranger à nouveau Tinky – sans parler des risques qu’elle encourait – le mettait dans l’embarras.

Il se releva lentement, le corps douloureux, et dit d’une voix sourde :

   -  Non, je… Ça va aller. Je dois juste…

Il leva la tête vers le conduit de cheminée, dont le tiers seulement avait été récuré. Quel que fut le courage dont Pan était capable, il y avait des situations où son cœur demeurait celui d’un orphelin démuni. C’était le cas présentement, alors qu’il constatait le travail impossible qu’il lui restait à accomplir. La douleur ajoutée à la détresse firent naitre des larmes, aussi brillantes que son grelot, au coin de ses yeux.

   -  Tinky, je sais que je vais encore t’embêter. Mais je dois réparer mon aile quelque part. Il faut que je sois dans un endroit isolé avec beaucoup de lumière. Je ne pourrai jamais finir, sinon. Et… Et le type a dit qu’il ne me donnerait pas d’argent si je ne faisais pas tout le travail. J’en ai besoin. Pas pour moi. Pour les garçons perdus. S’il te plait. Aide-moi.

Oh, vous n’imaginez pas à quel point c’était dur de prononcer ces mots, pour le fier et solitaire Peter Pan. Vous ne savez pas à quel point il dut faire taire sa vanité, unique rempart le préservant du malheur, afin de dire « aide-moi ». C’était un moment si inédit qu’il en oublia même qu’il venait, inconsciemment, de révéler son dangereux secret.


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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mer 17 Juil - 3:41
Je fronçai les sourcils face à la demande de l’enfant. Je ne compris pas l’intégralité de ce dont il parlait, mais j’étais bien résolue à l’aider. Le seul détail qui me fit tiquer était justement son problème principal : son aile de brisée. Alors il possédait vraiment des ailes? C’était presque impensable. En jetant un coup d’œil derrière le jeune garçon, je ne vis pourtant pas l’objet de ma curiosité mais je ne pouvais pas lui donner tort pour autant. Avec cette noirceur, il y aurait un éléphant que je ne le verrai pas. Toutefois, je me décidai de croire sur parole Pan même si ce n’était pas chose dites facile. Pourquoi me mentirait-il?

Tout en hochant doucement la tête, je jetai un regard autour de moi en réfléchissant à un endroit tranquille et discret où on pourrait aller. Tout de suite, le premier endroit qui me vint en tête fut le cave où une grande partie de la nourriture est entreposée ainsi que des tonneaux contenant diverses boissons. Mon regard se posa sur la trappe menant à cet endroit non loin de notre place actuelle. S’y rendre ne devrait théoriquement pas poser problème puisque nous sommes à l’abri de la majorité des regards curieux, de plus que mon patron était à une table en train de faire la grande conversation avec des habitués. C’est le moment idéal. D’une main je repris mon plateau que j’avais posé plus tôt, et de l’autre je pris la main de Pan. Me relevant et sans un regard au gamin, je me dirigeai vers la cave et en profita pour poser le plateau sur le comptoir. Sans perdre de temps, j’ouvris la trappe encourageai le jeune enfant à passer devant alors que je jetai un regard aux alentours, pour être certaine que personne ne nous avait vu. Il ne va pas falloir trop tarder, sinon ça risquerait d’être notre fête à tous les deux.

Suivant le jeune Peter, je refermai la trappe derrière moi et descendit les quelques marches menant au plancher. L’endroit était plongé dans la noirceur, mais cela ne dura point. Une douce lumière émanant de mon propre corps commença à éclairer l’endroit, de la même intensité qu’une chandelle. Je savais pourtant que ça n’allait pas être suffisant. Le boule de lumière venant de mon thorax commença alors à s’intensifié et parcourir tout mon corps. En peu de temps, la lumière vint de mon corps entier, de la tête aux pieds.

Enfin, je posai mon regard sur le fameux garçon. Mes yeux s’écarquillèrent lorsque j’aperçus les deux ailes dans son dos, dont une avec une drôle de forme pliée, sans aucun doute celle brisée. C’était presque irréel. Plusieurs questions se bousculèrent dans ma tête et je ne pus garder le silence plus longtemps.

-Comment as-tu eu ses ailes? lâchai-je sans trop y penser.

Visiblement, elles ont été mises là volontairement et seule une main humaine aurait pu faire une telle chose. Ce métal ainsi que son fonctionnement n’a rien de naturel. Je me rappelai alors de la raison de notre présence et jetai un regard inquiet sur la trappe au-dessus de nous.

-Évite de trop tarder à la réparer, sinon mon patron va remarquer notre absence.

Mon regard revint sur Pan et je ne pus quitter ses ailes des yeux. C’était à la fois horrible et fascinant.
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Dim 21 Juil - 14:05


Tinky avait pensé à la cave, et elle avait été bien inspirée de songer à un tel endroit. Isolé et secret, c’était ce qui convenait à Peter afin de se remettre en état. Il n’avait pas osé rétracter ses ailes car il craignait que celle endommagée s’imbrique mal et le blesse. Et comme il ne savait pas rentrer seulement une d'entre elles...

Peter progressait en avant, dos à Tinky qui fermait la marche. Lorsque soudain, une source de lumière inattendue émergea de l’obscurité. Pendant un instant, Peter resta perplexe car il ne voyait ni lampe ni ampoule, jusqu’à ce qu’il se retournât et découvrît le corps littéralement brillant de Tinky. Il resta interdit devant cette apparition, les yeux éblouis mais non moins fascinés devant ce spectacle. Il ne rêvait pas, la jeune fille était lumineuse ! Pas illuminée, non, c’était elle qui émanait cette vive lumière ! Ainsi, elle n’avait pas menti. Peter le savait, mais en avoir ici la confirmation était une chose épatante.

« C’est magique… » ne put-il s’empêcher de penser.

Pendant un instant, cela lui fit complètement oublier sa propre détresse. Il était attiré par la luminescence de Tinky tel un moustique par une lanterne. Espérons qu’il ne risquât pas de se brûler les ailes, lui. Car la jeune fille avait tout d’un soleil.


La remarque de Tinky eut tôt fait de le ramener à la réalité, et elle le fit cligner des yeux trois fois de suite. Il se rappelait à chaque fois à quel point la serveuse prenait des risques. Peter s’assit en tailleur – il était mieux ainsi – afin de s’adonner à la réparation de son attribut. La membrane était pliée et l’armature disloquée, mais tout cela était superficiel et il n’aurait besoin de personne pour remettre le tout en place.

Se faisant, il répondit au bout d’un petit silence à la question de Tinky :

   -  Je sais que si je dis que je suis né comme ça, tu ne me croiras pas.

Il lissa la membrane avec ses paumes.

   -  Tu connais les Androïdes, Tinky ? J’en suis un. Je voulais être un oiseau. Mais avant que Duca ait pu me changer complètement en oiseau, je suis parti. Alors je suis un entre-deux. Tu comprends, Tinky ?

Brusquement, une gravité soudaine passa sur son visage. Il reporta son regard sur le visage luisant de Tinky, avant de dire d’un ton tout aussi grave :

   -  Tinky. Il ne faut dire cela à personne. Tu promets ? Vraiment personne. C’est un secret. Moi je garderai ton secret, alors tu gardes le mien. Juré ?

Son aile était quasiment réparée. Peter se leva, et au même moment, des beuglements rageurs se firent entendre de l’étage. Le patron, dont l’humeur semblait être bloquée à « furibonde », martelait le sol de ses pas tout en crachant : « Où est-elle encore passé ? Elle va m’entendre, ah ça elle va m’entendre ! ».

Peter regarda Tinky droit dans les yeux et dit :

   -  Je… Vas-y. Il t’appelle, tu dois y aller. Laisse-moi ici, je reviens juste après. J’ai presque fini. Ne t’inquiète pas. La lumière qu’il y a par la lucarne me suffit. Dépêche-toi, je ne veux pas que tu perdes ton travail !

C’était la vérité. Peter aurait été dépité si la jeune femme se retrouvait, à cause de lui, privée de son emploi. Tinky ne cessait de prendre de gros risques depuis le début de la soirée, dans le simple but de lui venir en aide. Néanmoins… un plus sombre dessein expliquait cette sollicitude.

Peter savait qu’il serait incapable de poursuivre son travail. Il était affaibli, épuisé, meurtri, et une dose supplémentaire de suie dans son thorax se révèlerait certainement fatale. Pourtant, il n’était pas en position d’abandonner. C’était trop important. Ses garçons perdus, à qui il avait promis une vie bien meilleure que celle de l’hospice, jeûnaient depuis trop longtemps. Il ne pouvait pas les priver de repas une fois de plus.

Et lorsque Peter ne pouvait gagner son argent honnêtement, il n’avait d’autre choix que d’agir autrement. La cave de la taverne était remplie de victuailles. Il n’avait pas le choix. Il espérait seulement que lorsque Tinky s’en apercevrait, elle ne serait pas trop déçue.

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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mar 23 Juil - 2:00
Sans pouvoir détacher mes yeux de l’enfant, je le regardai avec une certaine fascination remettre son aile en place. Le commentaire de Pan me fit tiquer, car je ne le croyais effectivement pas. J’étais certes naïve de nature, mais là j’étais certaine de ce que j’avançais. Il n’y avait rien là-dedans qui avait l’air naturel. Je ne pus retenir un hoquet de surprise lorsque l’enfant mentionna le nom d’Androïde… Tranquillement, des souvenirs que j’avais oublié depuis un moment refirent surfaces. Ce mot ne m’était pas inconnu, mais je n’étais pas pour autant familier avec celui-ci.

J’ai déjà entendu parler de ces Androïdes, moitié humain et moitié robot, dont certains se promèneraient librement parmi les humains dites normaux. Ce ne sont que des rumeurs que j’ai entendu auprès de clients venant boire à La Table Ronde. Je n’avais jamais réellement porté attention à ses rumeurs, mais maintenant que j’avais en Androïde juste devant moi, la véracité de ses dires fut comme une claque en pleine figure. Tout cela existait réellement.

Toutefois, le nom Duca ne me fut nullement familier. Si j’en ai déjà entendu parler, ça n’avait pas dû capter assez mon attention pour que je m’attarde sur la conversation. Lorsque Peter me demanda de garder le secret, je fis mine d’acquiescer mais avant que je ne pus ouvrir la bouche, la voix de mon patron retentit. Décidemment, celui-là a décidé de me garder à l’œil pour le reste de la soirée. Je me pinçai les lèvres en entendant le lourd pas de mon patron marteler le sol. Encore un fois, ça allait être ma fête si je ne m’activais pas rapidement. L’idée de laisser l’enfant seul dans cet endroit ne me vint aucunement à l’esprit avant qu’il ne me le propose. Enfin, proposer est petit mot pour la situation. Ce fut plutôt de l’insistance que je percevais dans sa voix. Pendant ce court instant, le garçon n’avait plus rien d’un gamin. Je serais bien restée, mais je n’avais pas vraiment le choix à vrai dire, sinon ça risquait de me coûter cher.

-Très bien, répondis-je d’une voix mal assurée.

J’espérais juste que ça allait bien aller pour lui. La lumière qui m’englobait s’éteignit peu à peu alors que je désactivais mon pouvoir, nous laissant dans la pénombre. Je pouvais tout juste voir la silhouette du jeune garçon. Seule la lumière passant par la lucarne empêchait la noirceur dominer la cave. Au lieu de me diriger tout de suite vers la sortie, j’avançai vers Pan en me penchant doucement vers lui.

-Je te promets de ne jamais rien dire, petit.

Tout en prononçant ses mots, ma main se posa sur son épaule avec une légère pression, comme pour convaincre que ce n’était pas juste des mots en l’air. Une promesse est une promesse! Puis, je continuai à me pencher pour poser un baiser sur le dessus de sa tête, malgré ses cheveux en batailler, malgré la suie qui le recouvrait de toute part. De toute façon, ce n’était pas avec ce simple baiser que j’allais me barbouiller le visage de noir. Finalement, ma main quitta son épaule et je me dirigeai vers la sortie. Même si je préférerais de loin ne pas avoir à le faire, il était temps que j’affronte mon patron. Sans regarder une dernière fois le jeune garçon, je sortie de la cave et plissa les yeux face à la lumière vive qui m’aveugla momentanément. Refermant la trappe derrière moi, j’eus le temps de m’en éloigner avant que mon supérieur m’aperçoive. Lorsque je croisai son regard noir, un frisson me parcourra de la tête aux pieds. Ça y est, j’en allais en avoir pour mon argent, ou alors je n’allais pas avoir d’argent du tout pour ce soir… Je soupirai en espérant silencieusement que Pan se dépêche assez pour ne pas se faire prendre. De toute façon, j’avais l’intention de le couvrir.
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Invité
Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Jeu 25 Juil - 15:16


La trappe se referma, et toute source de lumière disparut. Sur le mur opposé, il y avait une minuscule lucarne à barreaux qui donnait sur le trottoir. Des rayons de lune passaient à travers, éclairant vaguement la salle d’une lueur bleutée. Pendant un instant, Peter ne fit pas le moindre mouvement, se contentant de fixer la trappe close puis de balayer la cave du regard. Des caisses de nourriture et des sacs de toiles pleins s’étalaient sur les étagères, et des tonneaux de tailles diverses sillonnaient le sol.

Peter replia ses ailes d’un coup sec et poussa un profond soupir. Il n’avait pas envie de faire ce qu’il s’apprêtait à faire. En général, le vol – et ce dans tous les sens du terme –  n’était pas une activité qui contrariait beaucoup Peter Davies. Il s’y adonnait même avec une malice à peine dissimulée. Peter était doué en matière de vol. Il savait dérober une menue marchandise sur un étalage de marché, bernant les regards attentifs des commerçants à l’aide de sa gracieuse habileté. Il savait extirper un mouchoir ou un portefeuille d’une poche de veste ou de pantalon, sans que la victime ne sentît le moindre contact. Il savait même s’introduire dans les maisons par toutes les ouvertures possibles, et ses services étaient d’ailleurs assez recommandés parmi les groupes de cambrioleurs.

La morale et l’éthique représentaient pour lui des notions plus que vagues, et il ne se posait guère la question de savoir si son acte était réellement mauvais. Il savait qu’il était condamnable et interdit, mais jamais encore une pointe de culpabilité n’avait germé dans son esprit. Jusqu’à ce soir.

Car pour la première fois, Peter était sur le point de voler au détriment d’une personne qu’il connaissait. Cela ne faisait que quelques heures qu’il avait rencontré Tinky, et au fond en dehors de son pouvoir et de son métier, Peter ignorait presque tout d’elle. Mais cet imperceptible lien que ni l’un ni l’autre ne comprenait faisait qu’il ne pouvait rester insensible à la présence de la jeune fille. Par ailleurs, le visage de Tinky éveillait en lui des sensations floues, peut-être des souvenirs enfouis dans sa mémoire comme des épaves de bateaux dans les fonds marins…  Il se sentait lié à elle, et cette attache était tel une ancre le maintenant au sol. Et au remord.

Pourtant, Peter n’avait pas le choix. Il s’approcha d’un gros sac de toile rempli de graines de café et en vida le contenu sur le sol avant de se saisir de toutes sortes de victuailles qu’il enfouit ensuite dans le sac vide. Des pommes de terre et des lentilles, un jambon, un peu de cacao pour les plus gourmands. Et pour les nuits les plus froides, il attrapa également une bouteille de gin.

Après cela, il entreprit de passer le sac de toile par les barreaux de la lucarne – qu’il ne pouvait atteindre qu’en volant. Une fois l’entreprise réussi, il tenta de s’infiltrer à son tour, mais ses épaules aussi maigres soient-elles bloquaient le passage, et il dut renoncer. Il réfléchit un instant, essoufflé par l’effort, mais une seule solution s’imposait à lui. Il devait faire le tour. Remonter, traverser la taverne, sortir, récupérer son butin, et s’enfuir dans la nuit.

Il prit une grande inspiration et un air dégagé avant de soulever la trappe et de marcher d’un pas raide, le plus discrètement possible, vers la porte. L’agitation était à son comble dans la Table Ronde, on beuglait, réclamait à boire, chantait, et d’autres choses bien moins raisonnables.

Par miracle, Peter parvint à atteindre la sortie. Se retournant une dernière fois, il distingua la silhouette de Tinky au loin, occupée à essuyer une table encrassée par la bière. Elle semblait épuisée. Qui sait ce qu’il adviendrait d’elle à présent ? Par sa faute, elle risquerait gros. Le patron avait très certainement remarqué l’attention particulière de son employée envers lui, il devinerait bien vite qui avait mené le petit voleur à la cave…

Secouant la tête, Peter passa la porte. Une fois dans la rue, il retrouva son sac plein à craquer avec soulagement, mais alors qu’il le lançait derrière son épaule, un vieux bonhomme l’interpela.

   -  Puis-je savoir ce que vous vous apprêtez à faire avec ceci, jeune homme ?

Peter sentit son sang se glacer. Il leva les yeux vers l’homme en question, surpris de constater qu’il était plutôt bien habillé, et que son maintien n’avait rien de ceux des gens de petite vie. Peter, lui, ne laissait aucun doute quant à son appartenance. Il arrivait que Peter fût bien vêtu, en particulier lorsqu’il logeait chez des gens cossus qui aimaient à le couvrir de belles choses. Mais ce soir il n’était qu’un pauvre ramoneur couvert de suie, un voleur aux misérables habits.

L’homme, qui portait d’élégantes moustaches blanches en boucle, regarda alternativement le garçon, puis le sac, puis la lucarne, puis à nouveau le garçon. Peter, interdit, restait figé sans répondre.

   -  Eh bien ? J’attends une explication.

Peter ne dit toujours rien. l’homme s’approcha et dit plus bas :

   -  Par le plus grand des hasards, étiez-vous en train de commettre un vol ?

Toujours silencieux, Peter fixa intensément le regard grisâtre du monsieur. Ce qui, finalement, faisait office de réponse. Positive, bien sûr.

L’homme se redressa, l’air grave, et reprit d’un ton tout aussi grave :

   -  Je me vois dans l’obligation de vous dénoncer, mon enfant. J’en suis navré, mais je manquerais à tous mes devoirs si je ne le faisais pas.

L’homme s’avança vers la porte.

   -  Non !

Il se tourna à nouveau vers Peter.

  -  Quoi donc ? Je ne peux pas laisser un cambrioleur en liberté ! Il fallait y réfléchir avant.

   -  Vous ne comprenez pas.

L’homme haussa un sourcil.

   - Il y a quelqu’un qui travaille ici. Elle m’a aidé. Je veux dire… Elle ne m’a pas aidé à voler. Mais… Enfin, elle aura des problèmes si vous me dénoncez. Je vous en conjure, croyez-moi. Ne dites rien.

L’homme ne dit rien pendant un instant, puis il fit mine de réfléchir et répondit finalement :

   -  Vous m’avez l’air sincère. Cela étant, nous nous retrouvons alors dans une situation bien fâcheuse. Il me semble que si ce que vous dites est vrai, la personne en question est celle qui se doit de recevoir la confession de votre crime. Dites-moi, où est-elle ?

L’homme entrebâilla la porte, laissant apparaitre le brouhaha ambiant de la taverne. A percevant la chevelure blonde reconnaissable de Tinky, Peter la désigna du doigt.
Une serveuse passa devant la porte, et l’homme l’arrêta en lui demandant d’aller chercher Tinky afin de la faire venir. En voyant la serveuse repartir en direction de la jeune fille, Peter déglutit avec difficulté. Lorsque Tinky apparut finalement, l’air perplexe, l’homme dit d’une voix polie :

   -  Loin de là le but de vous importuner, mademoiselle, mais il me semblait que ce jeune garçon ici présent avait quelque chose d’important à vous dire.

Il haussa les deux sourcils cette fois-ci, en direction du jeune garçon en question. Peter, dont la crasse noire dissimulait le rouge qui empourprait ses joues, reposa lourdement le sac sur le sol, avant de dire dans un souffle, ta tête baissée :

   -  Pardon, Tinky.


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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mer 31 Juil - 2:02
Le flot d’insultes me rentra dans une oreille pour ressortir par l’autre. J’en avais marre de cette vie de serveuse dans cet endroit. J’en avais surtout marre de la façon dont mon patron me traitait. Pour lui je n’étais qu’une simple chose destiné à servir les clients et à se faire belle. Je déglutis difficilement sans pour autant perdre la tête. Lorsqu’il eut fini de me déverser ses menaces, je me remis au travail comme si rien ne s’était passé. Il ne fait nul doute que je ne resterai pas longtemps encore ici.

Lasse, je secouai la tête alors je servis plusieurs hommes à la suite, voulant rattraper mon petit retard. Je n’avais pas été suffisamment absente pour que ça puisse se faire paraitre, mais il ne fallait pas que je fasse trop attendre ses messieurs non plus. La routine se reprit d’elle-même tandis que mes pensées restèrent accrochées sur le jeune Pan, me demandant s’il avait réussi à réparer son aile et recommencé son travail. Je me demandai pendant un moment s’il valait mieux vivre dans la rue ou être dans un orphelinat. Visiblement, les deux ne semblaient guère mieux l’un de l’autre. Chacun avait ses inconvénients ainsi que ses avantages.

Alors que je me dirigeai vers une table plutôt isolée pour prendre les commandes, ma collègue m’accosta pour me signaler que quelqu’un désirait me voir à l’entrée. Qu’est-ce que cela voulait dire? Me retournant, je me dirigeai vers l’entrée où je pus apercevoir une petite silhouette, une silhouette que je reconnus trop bien. Perplexe de le retrouver à un tel endroit, mes sourcils se froncèrent alors que j’arrivai aux cotés de Pan. C’est à ce moment que l’homme dont je n’avais pas encore remarqué la présence m’adressa la parole. Je lui jetai un bref coup d’œil avant de reporter mon attention sur le gamin. Pour s’excusait-il? Remarquant le sac qu’il posa sur le sol, je pris un moment avant de comprendre ce qui se passait. Je restai interdite pendant plusieurs secondes, avant de reprendre mes esprits. Tranquillement, je me tournai vers l’homme qui m’avait interpelé.

-Je m’en occupe, vous pouvez nous laisser maintenant, lançai-je d’une voix qui se voulait posée.

Il hésita un moment, mais décidai finalement de quitter sous mon regard insistant. Prenant une inspiration, mon attention revint sur l’enfant qui se tenait face à moi. Je savais qu’il avait ses raisons pour avoir agi ainsi, et que la vie dans la rue était loin d’être facile. C’est pourquoi je décidai de ne pas l’empêche de faire ce qui serait peut-être une bêtise pour tous les deux.

-Prend ton sac et va-t’en avant que quelqu’un d’autre le remarque, maintenant!

S’il s’attarde trop, ça risquerait d’attirer des regards curieux. Un enfant dans un tel endroit ne passe généralement pas inaperçu. Je vis bien qu’il hésitait à partir, probablement inquiet de mon sort, et avec raison. D’une certaine façon, s’il avait pu commettre un vol c’était bien avec mon aide. Néanmoins, je le pressai de partir.

-Ne t’inquiètes pas pour moi, ça va aller. J’en ai vu d’autres.

Sur ces mots, je me retournai et laissai l’enfant derrière moi. Je savais que le patron m’avait à l’œil, du moins pour le reste de la soirée. Je ne pouvais me permettre de m’attarder plus sans attirer l’attention. Avec un peu de chance, le vol passera inaperçu jusqu’au lendemain.
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Ven 2 Aoû - 21:36


Peter déambulait dans les rues, errant sans but et sans force. L’énorme sac de toile, rempli à ras bord, trainait par terre dans son sillage. Une sensation lourde accablait ses épaules en même temps que son âme. Tout était noir, les rues, sa peau, son cœur. Il était si abattu qu’il s’étonnait de ne pas ramper sur le sol.

Au bout d’un temps, il s’arrêta et s’assit au bord d’un trottoir, posant sa tête entre ses paumes. Des deux, c’était encore le sac qui avait l’aspect le moins misérable. En outre, son chemisier était toujours accroché à sa ceinture, trop souillé pour qu’il le portât. Il n’avait plus que sa casquette. La lumière légèrement diffuse du lampadaire voisin l’éclairait d’une teinte orangée, et pour un peu on aurait dit le parfait tableau du petit orphelin voué à lui-même – et à l’existence solitaire des rues malfamées.

Un individu d’un tout autre type vint compléter ce portrait. Le vieil homme distingué, qui n’était pas allé bien loin, s’approchait à présent du garçon de sa démarche à la fois digne et souple. Il s’assit à son côté, ce qui était fort étonnant de la part d’un monsieur de si haute condition. Posant son chapeau haut-de-forme et sa canne d’ébène près de lui, il s’éclaircit la gorge mais ne dit rien. Peter se contenta de lui lancer un vague regard furtif, sans même prendre la peine de tourner la tête. Il était trop en proie à ses propres tourments pour s’occuper de ce drôle de gars qui semblait trouver la compagnie d’un gamin des rues tout à fait plaisante. En vérité, il trouvait cela très irritant.

Le silence était si agaçant qu’il finit par lâcher :

   -  Que voulez-vous, à la fin ?

   -  Ne t’énerve pas.  

   -  Je ne suis pas énervé !

   -  Tiens donc. Et qu’es-tu, dans ce cas ?

Peter réfléchit, il réfléchit intensément, et ses petits sourcils cuivrés en étaient tout froncés. Mais il ne trouva pas de réponse à cette question. Ah, les sentiments… Une énigme encore plus vaste que la création de l’Univers ou le sens de la vie, pour Peter « Pan ». Cela l’irrita encore plus et il poussa un grognement pour seule réponse.

   -  Tu as ce que tu voulais. Tu as ton butin, tu ne seras ni attrapé ni puni, et la petite serveuse elle-même t’a laissé partir. Qu’est-ce qui te chiffonne donc tant ?

Peter soupira avec lassitude.

   -  Je ne sais pas…

Il se tourna vers l’homme, l’expression perplexe.

   -  Il y a un quelque chose en moi… Comme une boule de charbon que j’aurais avalé et qui resterait coincée dans mon estomac… Cela n’est pas vraiment douloureux, mais c’est gênant, désagréable, et cela m’empêche d’avaler correctement. Je n’y comprends rien. Avaler de la suie, j’ai l’habitude et j’en fais mon affaire. Mais là… Peut-être que c’était un très gros bout.

Le type eut une exclamation bizarre, comme un petit rire.

   - Quoi ? dit sèchement Peter.

   -  Mon jeune ami. Ce que tu ressens, cela s’appelle la culpabilité. Et c’est bien normal que tu le ressentes. Tu es un humain.

Peter faillit objecter qu’il n’était pas tout à fait humain, mais il se retint. Il se contenta de se lever et, d’un grand geste évoquant un balayage – comme si cette idée saugrenue aurait mérité d’être mise à la poubelle – il s’exclama :

   -  Balivernes ! Je n’ai que faire de Tinky, et je n’ai que faire de la culpabilité ! C’est un truc de fille, ça !

   -  Si tu le dis. N’empêche, si tu ne fais rien, ce « bout de charbon » coincé dans ton estomac ne s’en ira jamais. Même pour un ramoneur, c’est un sort difficile.

Cette ultime remarque ébranla Peter, qui scruta le regard pétillant de son interlocuteur sans être capable de répondre quoi que ce fût. Il était vrai qu’admettre se sentir coupable d’un méfait tout à fait sommaire à l’égard d’une jeune fille – qui, il tâchait de s’en convaincre, n’évoquait aucun sentiment en son intérieur – se révélait être une idée bien désagréable. D’un autre côté, Peter ne tenait pas à supporter ce morceau de charbon pour le restant de ses jours, qui s’apprêtait par ailleurs à être plutôt longue. Un tel dilemme lui aurait donné des maux de tête, surtout qu’il n’en avait point l’habitude.

Et soudain, un puissant désir de prendre les jambes à son coup l’assaillit. Fuir. La tentation était irrésistible, comme à chaque fois. Que cela s’arrête. Voler, partir, s’échapper. Quelque chose ! Mais l’homme, tenace, ajouta ceci :

   -  Ecoutez-moi, Monsieur… Monsieur ?

   - Pan.

   - Pan. Deux choix : soit vous vous comportez en lâche. Soit vous démontrez à cette jeune femme et à vous-même que vous êtes un garçon aussi estimable que tous les autres garçons. N’est-ce pas ce que vous voulez, au fond ? Etre comme les autres petits garçons.

Il me serait impossible de trouver les mots exacts pour définir le trouble qui suivit ces paroles. Peter restait cois, la bouche entrouverte et le regard fiévreux. Le gentilhomme prenait des allures de magicien mystérieux, et même si Peter en avait été assez irrité, il ne pouvait prétendre que cela n’était pas impressionnant.


Sans dire un mot, Peter Davies remit son sac sur son épaule et tourna les talons. Il s’arrêta en passant à la fenêtre de la taverne, qui malgré la crasse qui recouvrait ses carreaux laissait entrevoir ce qui se déroulait à l’intérieur. C’est ainsi que Peter put apercevoir le patron, encore plus enragé qu’il ne l’avait été auparavant, s’acharner de toutes ses forces – et de toute sa haine – sur la pauvre Tinky. Pour l’instant, elle encaissait avec beaucoup de dignité, ne laissant aucune émotion transparaitre sur son visage. Malgré le fait que tous deux se trouvaient un peu à l’écart, près du comptoir, la violence de la discussion était telle que plusieurs clients s’étaient tournés vers eux.

Manifestement, le vol avait déjà été découvert. Comment avait-il pu l’être aussi vite ? … Peter ne s’attarda pas sur la question et, d’un bond, il fila dans les airs en déployant ses ailes. Heureusement qu’il ne portait pas de chemise, elle se serait déchirée sous le coup. Arrivé sur le toit, il replia ses ailes, mais ne les rentra pas, car en cas de chute il devait avoir le temps de les étendre et ainsi éviter de se fracasser la tête sur les pavés. Par chance, son agilité n’avait d’égal que son charme juvénile, et il atteignit le sommet de la cheminée sans difficulté.

Il fit tomber le sac à l’intérieur, attendit d’entendre le bruit sourd de sa chute, puis sauta à son tour. Il tomba lourdement et eut la présence d’esprit d’étouffer son cri. Ceux du gérant, eux, étaient plus sonores que jamais.

Peter aurait pu choisir des manières plus subtiles de faire ce qu’il s’apprêtait à faire, mais l’urgence de la situation associée à cette atroce cacophonie lui fit perdre ses moyens, et il se contenta de jeter le sac par l’antre de la cheminée. Le sac jaillit de nulle part et sous le choc, son contenu s’étala sur le parquet. Peter, invisible pour l’instant, resta recroquevillé tandis que la silhouette de Tinky laissait penser qu’elle avait découverte l’étrange apparition.


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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mer 7 Aoû - 3:43
-Il n’a aucun rapport avec ce vol, pas plus que moi.

J’ai toujours menti avec une certaine aisance, mais cette fois-ci, toutes les preuves étaient contre moi. Je ne pouvais toutefois pas avouer mes fautes, sinon j’étais bonne pour retourner dans la rue à me chercher un boulot. Enfin, à voir comment la situation tournait, je crois que c’est où j’allais me retrouver de toute façon. Je dus faire un effort surhumain pour me contenir et ne pas laisser mes émotions exploser… pas encore du moins. Mais si ça continuait, ça ne saurait tarder.

-Et tu vas me faire à croire que la nourriture est partie toute seule, j’imagine? Me prend pas pour un imbécile, toi et ton petit ami êtes tous les deux coupables. Maintenant tu vas me dire où vous avez caché le stock de nourriture!

Je ne répondis rien, car il n’avait rien à dire. De toute façon, il était évident qu’il ne me croirait pas. Quoique je raconte, il savait très bien que je suis dans le coup. Seulement, Pan était parti avec la bouffe et il était probablement rendu loin à l’heure qu’il est. C’était trop tard maintenant.

Enfin, c’est ce que je croyais jusqu’à le bruit d’un objet assez imposant qui tomba parvint à mes oreilles. Mon patron ne semblait pas l’avoir aperçu tout de suite, trop occupé à me faire avouer ce que j’ignorais pourtant. Néanmoins, il s’arrêta de parler en réalisant que mon attention était reportée sur tout autre chose. Lorsque je me retournai, mon regard tomba directement sur le sac renversé à l’entrée de la cheminée, dévoilant de la nourriture un peu éparpillée sous le choc. Je m’approchai doucement en réalisant que l’enfant était revenu, pour moi, pour m’aider. Il ne m’avait pas abandonné.

Doucement, je me penchai vers le trou de la cheminée, tentant d’apercevoir le jeune Peter dans la noirceur. Malgré mes efforts, il faisait bien trop sombre à l’intérieur pour que je puisse voir quoique ce soit. De plus, il était très probablement encore couvert de noir. J’avais toutefois le pressentiment qu’il était là, à me regarder avec ses yeux brillant de malice. Il ressemblait tant au Peter que j’avais connu, mais il était différent en même temps. Pan avait décidé de ne pas m’abandonner.

-Pan, tu es là? chuchotai-je pour que personne ne m’entende.

Étant de dos à mon supérieur, il ne pouvait voir mes lèvres bouger. Je n’attendis pas que le garçon me réponde, n’ayant pas le temps pour cela.

-Merci!

J’en aurais dit plus si j’avais eu le temps, mais c’était justement ce qui me manquait, du temps. Me retournant vers mon boss, j’haussai les sourcils comme si j’ignorais la vérité derrière ce vol.

-Il semblerait qu’il n’y ait pas eu de vol, en fin de compte. Toute la nourriture de la cave manquante est dans ce sac, et j’ignore comment elle a pu se rendre ici. Les faits restent que rien n’a a été volé. Sur ce, si vous me le permettez je vais ranger toute cette nourriture à sa place habituelle.

Sans attendre son avis, je me tournai et remis la nourriture par terre dans le sac. La voix de mon patron me parvint aux oreilles tandis que je continuais à ranger.

-Soit, et je ne veux pas un seul aliment manquant, sinon tu peux être certaine que ça sera réduit sur ta paye. Et si je revois ce petit garnement, il va m’entendre parler.

Ça n’arrivera pas, pensai-je au moment où je remis le dernier aliment qui trainait dans le sac. À mon grand soulagement, il ne chercha pas à comprendre plus ce qui se tramait. Tant qu’il avait ce qu’il voulait, il était content. J’entendis l’homme derrière moi s’éloigner et j’en profitai pour jeter un coup d’œil dans la cheminée tout en ignorant si le garçon était toujours là où s’il avait quitté déjà.

-C’était risqué de revenir, petit, lançai-je à voix basse. Maintenant tu dois t’en aller de cet endroit pourri, et discrètement… Il ne faudrait pas qu’il te tombe dessus, ni lui ni personne.

Je devrais me relever, aller porter ce foutu sac dans la cave, mais je restai accroupie. Je voulais voir s’il était là à m’écouter, ou s’il était déjà parti. J’avais besoin de savoir s’il m’avait écouté ou non.
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mer 14 Aoû - 16:16


Peter émit un faible mais sincère soupir de soulagement, plaqué contre le mur pierreux de la cheminée, baignant dans un amas de suie noire. Ouf…. Le patron, trop obnubilé par la valeur de son bien retrouvé que par son apparition soudaine, avait lâché la grappe à Tinky. C’était bien ainsi qu’on disait, lâcher la grappe ? Toujours est-il que, malgré ce ton qui se voulait toujours bourru et agressif, l’abominable gérant fit ce que pendant un procès on aurait pu nommer : abandonner les charges.

Peter admirait beaucoup le sang-froid de Tinky. Il avait toujours considéré les femmes – et toute autre créature du genre féminin – comme des êtres plutôt faibles et craintifs, enclines à la panique et l’affolement. L’impassibilité de Tinky ne pouvait que témoigner d’un insoupçonnable courage. Pour sûr, cette fille n’était pas comme les autres. Elle n’avait cessé de le démontrer durant cette soirée mouvementée, par son pouvoir, son attitude envers lui, et maintenant cette témérité digne dont elle faisait preuve. C’était d’autant plus étonnant qu’elle n’était, somme toute, qu’une pauvre serveuse de taverne. D’où lui venait cette présence presque intimidante ?

Mais déjà Tinky revenait à lui, s’accroupissant en face de l’antre de la cheminée et murmurant tout bas :

  – C’était risqué de revenir, petit. Maintenant tu dois t’en aller de cet endroit pourri, et discrètement… Il ne faudrait pas qu’il te tombe dessus, ni lui ni personne.

Hésitant, Peter demeura un instant silencieux, fixant le visage bienveillant de la jeune femme. S’il voulait être raisonnable, il ne devait pas répondre. Il devrait se contenter de repartir d’où il était venu, laissant Tinky résoudre une bonne fois pour toute la situation fâcheuse qu’il avait provoquée. S’il restait, s’il s’autorisait à demeurer près d’elle, il ne ferait que lui attirer d’autres ennuis. C’était certain. Il n’était pas raisonnable de rester.

Mais vous et moi savons bien que Peter n’était pas un enfant raisonnable. Il n’avait pas encore le cœur à laisser Tinky, pas plus qu’il n’avait le cœur à retrouver la rue et ses misères. Alors, il s’avança légèrement, à quatre pattes, laissant apparaitre son visage dans la pénombre de l’antre. Il ne put s’empêcher de sourire, et il crut apercevoir une esquisse de sourire aussi, étirer les lèvres fines de la jeune serveuse. Il chuchota alors :

– Retrouve-moi sur le toit après ton service. Je sais que c’est dans longtemps, mais ce n’est pas grave, j’attendrai.

Et, sans attendre de réponse, il sauta dans la cheminée. S’accrochant aux parois, il parvint à remonter le conduit avec une habileté exemplaire, avant de gagner la toiture et de s’y étendre sereinement. Il n’était pas sûr que Tinky vînt, mais un espoir réjoui gonflait son cœur. Oh si, elle viendrait. Ils contempleraient les étoiles ensemble, tâchant de trouver celle dont l’éclat rappellerait celui de Tinky lorsqu’elle s’illuminait.

Peter avait un peu faim – il n’avait même pas profité de son copieux larcin – mais il n’en avait cure. Il ne prit même pas la peine de s’imaginer un casse-croûte. L’immensité du ciel le comblait de toute part. S’il y a bien un avantage à être ramoneur – qui est tout de même un métier sacrément ingrat – c’est celui-ci. Pouvoir contempler les étendues célestes à toute heure, être libre de s’allonger au-dessous des étoiles, la nuit comme couverture, bercé par le vent. Cela valait bien toutes les conditions, et alors le petit ramoneur n’enviait guère les enfants de préfets, de banquiers et de directeurs, qui dormaient dans le confort d’un lit, dans la chaleur d’un foyer. La Lune était sa mère, le ciel son univers.

Il espérait une chose ce soir-là, que Tinky ressentît comme lui cette paix absolue. Ce sentiment d’être à la fois minuscule et très grand, comme si à force d’observer le firmament, on finissait par en faire partie. Tinky avait une existence pauvre et difficile, il n’était pas compliqué de deviner comme sa vie manquait de réjouissances. Cela ne lui ferait pas de mal de s’arrêter quelques instants, et de poser son regard bleu sur la nuit calme et profonde… Peut-être même qu’elle en oublierait son malheur. Comme lui, comme Peter. Après tout, il n’était pas le seul à vouloir oublier, de temps en temps.


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Invité
Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mer 21 Aoû - 2:11
J'ouvris la bouche pour protester, mais déjà le jeune garçon avait disparu de mon champ de vision. Sans doute remontait-il la cheminée. Ce n'était pas raisonnable. Pan lui-même n'était pas un garçon raisonnable, mais je décidai de faire ce qu'il demandait. Une fois que j'aurai fini mon service, j'irai le retrouver.

Je me relevai enfin et apportai le sac de nourriture à sa place. Voilà qui était une soirée mouvementée comme on en rencontre rarement. Je n'ai pas à me plaindre, je ne rencontre pas souvent des personnes comme Pan. Parfois je me dis que c'est cela qui me manque dans ma vie, des amis à qui parler. J'ai plus l'habitude de rencontrer des vieux pervers qui me déshabillent du regard.

Comme prévu, je continuai mon service sans encombre cette fois-ci. Tout ce passa normalement et c'était pour le mieux. Mon patron était visiblement à bout de sa patience et mon salaire allait sans aucun doute être diminuée pour la soirée à cause de tous ces incidents. Je sentais que s'il arrivait une autre bêtise, je pourrais dire adieu à ce boulot et à mon argent. Je n'ai pas les moyens de faire une autre erreur. La reste de mon service se passa plutôt lentement, impatiente que ma soirée finisse. L'heure tant attendue arriva alors que je reposai mon tablier sur le comptoir. Je récupérai ma besace avant de sortir tranquillement par la porte principale, même si j'étais pressée de sortir de cet endroit pour aller retrouver mon jeune ami. Je pris une grande bouffée d'air frais en levant les yeux vers le ciel encore noir où brillent plusieurs étoiles. C'était une belle soirée.

Jetant un coup d’œil autour de moi, j'entrepris de faire doucement le tour du bâtiment. Pan m'a certes précisé qu'il fallait que je le retrouve sur le toit, mais il ne m'a pas expliqué comment j'étais supposée grimper. Je me rappelai dès lors que nous entreposions les tonneaux vides à l'arrière. Un sourire éclaircit mon visage lorsque j'en vu trois posés contre le mur. Je vérifiai la stabilité du premier et, une fois assurée qu'il ne bougeait pas trop, je grimpai dessus. Malheureusement, ce ne fut pas suffisant. Ma petite grandeur me trahissait étant donné qu'il ne me manquait que deux ou trois pouces pour atteindre le rebord du toit. J'essayai même sur la pointe des pieds et le bout de mes doigts ne faisaient que frôler le toit. Je compris assez vite qu'il va falloir que je saute pour y arriver. Je jetai un dernier coup d’œil autour de moi pour m'assurer que personne ne me regardait, puis je sautai. Mes mains agrippèrent le rebord du toit et, avec l'aide de mes pieds sur le mur, je me hissai avec une certaine difficulté.

Ce fut à bout de souffle et par chance que j'arrivai saine et sauve sur le toit. Je m'étais certes égratignée le mollet pendant l’ascension, mais ça n'avait pas d'importance. Je ne le vis pas tout de suite, puis aperçue une silhouette à l'autre extrémité du toit.

-Pan?

D'un pas prudent, j'avançai vers le jeune garçon tout en glissant ma main dans mon sac pour en ressortir une pomme. Je tendis cette dernière au gamin, l'incitant à la prendre.

-Je n'ai pas pu prendre plus sans que ça se remarque, surtout après ce qui s'était passé. J'espère que ça t'ira...

Pitoyable, ce n'était qu'une simple pomme, rien d'extraordinaire. En fait, j'aurais dû tout simplement ne rien amener, ça aurait fait moins pitié.


Dernière édition par Tinky le Dim 15 Sep - 0:55, édité 1 fois
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Dim 1 Sep - 17:49


Peter fut à peine touché par l’attention de Tinky, non qu’il la trouvât maigre, mais il avait du mal à mesurer l’importance de certains gestes qu’on avait envers lui. La générosité en faisait partie. Ainsi Peter n’était-il jamais véritablement étonné de voir à quel point les dames le gâtaient, à quel point les enfants sacrifiaient leurs plus grands biens pour lui, à quel point certains individus, comme Tinky, se donnaient du mal pour lui procurer ne serait-ce qu’une pomme. Ce n’était ni par dédain ni par méchanceté, il ne se rendait simplement pas compte.

– Merci, dit-il en posant la pomme à côté de lui.

Il fit signe à la jeune fille de s’asseoir à ses côtés.

– J’ai cru que tu ne viendrais plus. Il fait très froid ici. Je suppose que ton pouvoir ne réchauffe pas comme les bougies.

Et en effet, Peter grelottait en claquant légèrement des dents. Le vent de la nuit lui fouettait le visage depuis longtemps maintenant, et il parvenait de moins en moins à se réchauffer. D’autant plus qu’il n’était que très peu couvert.

Heureusement, Peter Pan n’était pas de ces petites gens qui s’attardent sur ce type d’inconfort. Toujours souriant, les yeux brillants, il s’étendit sur le toit et contempla à nouveau la voûte étoilée.

– J’étais justement occupé à trouver ton étoile, Tinky. Pas l’étoile d’où tu viens, bien sûr, je veux dire celle qui te correspond. A moins que ce ne soit la même. Regarde bien, Tinky, est-ce qu’il y en a une qui te ressemble bien, selon toi ? J’avais pensé à celle-ci. Ou bien celle-là…

Tout en parlant, Peter tendait son bras devant lui et désignait des étoiles de l’index. Il avait choisi les plus brillantes, évidemment, mais ne se contentait pas de lancer des suggestions à tout va. Il réfléchissait profondément, tâchant de découvrir la même intensité, la même authenticité, dans l’éclat de ces astres que dans celui de Tinky. C’était pour lui une entreprise toute aussi importante et décisive qu’un examen d’université.

Au bout d’un petit temps, Peter dit d’une voix plus faible et plus douce :

– Je me demande quelle est mon étoile à moi… La Lune ce n’est pas mon étoile, c’est plus comme une maman… Tu comprends, elle est si ronde et si changeante, et puis, c’est bien évident qu’elle veille sur moi. Pas vrai ?

Il y eut une étoile filante, mais Peter était trop perdu dans ses pensées pour songer à faire un vœu.

– Elle est où, ta maman, Tinky ? Tu viens d’où, toi ? Des étoiles ? Ta lumière, elle vient pas de nulle part…


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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Lun 16 Sep - 2:42
Doucement, je m'installai aux côtés du jeune enfant. Je savais qu'il avait attendu longtemps ainsi sur le toit, mais je ne le réalisai réellement que maintenant. Il semblait avoir eu trop de temps pour réfléchir et maintenant il se vidait de ce qu'il avait en tête depuis un moment déjà. Je me contentai de l'écouter sans émettre le moindre commentaire. Un léger sourire vint s'étirer sur mes lèvres lorsque Pan mentionna les étoiles. Mon regard glissa du garçon aux étoiles qu'il pointait. Elles étaient jolie, je devais l'avouer. Puis, mes yeux bleus se posèrent sur la lune alors que l'enfant mentionna celle-ci. Il la considérait comme sa mère. C'était plaisant à penser. La lune, la mère, veillait sur ses enfants, les étoiles. D'une certaine façon, on n'a plus l'impression d'être seul ainsi.

Mon sourire s'évanouit lorsque Pan me demanda qui était ma mère. Non que je sois nostalgique, mais ça faisait si longtemps qu'on m'avait posé une telle question. J'aimerais tant alors la réponse... mais ce n'était malheureusement pas le cas. Du plus loin que je me souvienne, j'avais toujours été orpheline. Je ne savais pas non plus d'où venait mon étrange pouvoir.

-Je n'y avais jamais réellement pensé... J'ignore d'où vient mon pouvoir, mais tu dois avoir raison. Peut-être suis-je née d'une étoile.


Je ne croyais pas ce que je disais, mais je me disais qu'au lieu de chercher d'où je viens, autant le définir par moi-même. L'avantage de ne pas avoir de famille dès la naissance est qu'on peut choisir nous-même notre famille.

-Peut-être que ça serait celle-ci, lui dis-je en pointant la première étoile qu'il m'avait montré. Comme ça à chaque fois ça n'ira pas bien, tu pourrais lever les yeux vers mon étoile, et te dire que je veille sur toi où que je sois. Et toi tu serais peut-être celle-là, non?

Je lui indiquai une étoile un peu un retrait et bien brillante autour d'étoiles moins illuminées. Facile à repérée et unique, un peu comme Pan. Oui, elle me faisait penser à lui. J'aimerais véritablement veiller sur cet enfant qui me faisait tant penser à l'ancien Peter, mais je sais que je ne pourrai pas toujours être là. Néanmoins, j'avais développé un petit instinct maternel à force de m'occuper des jeunes de l'orphelinat, et cet instinct n'était jamais parti.

-Ou alors ton étoile pourrait être le soleil aussi, proposai-je.

Je gloussai doucement en laissant retomber ma main. On était bien, quoiqu'un peu frais comme l'enfant l'avait mentionné plus tôt. Ça faisait du bien de penser à autres choses un peu. Je permis une douce lumière venir nous éclairer tout en faisant attention que les personnes en bas ne remarquent pas la lumière qui venait de moi. J'arrivai maintenant à percevoir les traits du jeune garçon ainsi que ses yeux pétillants refléter ma lumière.

-Peut-être même qu'avec tes ailes, tu pourras aller toi-même demander aux étoiles quelle est la tienne.
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Ven 20 Sep - 19:46



Lorsque Tinky objecta que Peter aurait pu être le Soleil, celui-ci se tourna vers elle, vaguement surpris, vaguement enorgueilli. Quelle délicieuse flatterie que celle d’être comparé à l’astre des astres ! Peter pensa à l’éclat chaleureux du Soleil. Entité unique à l’origine toute vie, chasseur de froid et de nuit. Puis, par voie de conséquence, il songea aux brûlures qu’il infligeait sur les peaux, à l’éblouissement aveuglant qu’il provoquait dans les regards. Le Soleil était si brillant, si éclatant, qu’il en devenait dangereux. Cette dernière pensée le fit déglutir avec difficulté. Il demeura silencieux.

Tinky, elle, paraissait presque guillerette. En s’élevant sur le toit, elle s’était élevée de sa misère. Le patron mauvais, l’échoppe crasseuse, ses soucis terriens étaient restés sur le sol. Seules comptaient les étoiles. Et lui.
Peter était toujours satisfait d’avoir une fille pour lui tout seul. Il méprisait un peu les garçons, fades et malléables. Mais il avait besoin du regard des filles. C’était nécessaire. Ecoutant ainsi les propos poétiques de Tinky, Peter ferma les yeux et fut même tenté de s’endormir. Il ne sentait plus ni le froid ni la faim, ainsi étendu auprès de la jeune fille qui semblait de plus en plus dégager une précieuse aura de protection. Elle était comme un oiseau désireux de transporter son nid à chaque migration. Peter avait la sensation de loger dans ce nid, à l’abri de tout.

– Oh, je l’ai déjà fait… répondit-il à la dernière remarque de Tinky. Mais il ne fut pas sûr d’avoir réellement prononcé ces mots. Peut-être les avait-il seulement pensés.

D’ordinaire, il est probable que Peter eût cherché à épater sa compagne, se lançant dans des récits rocambolesques à propos de ses péripéties avec les étoiles. La fierté était son énergie, sa nourriture, sa dépendance. Il avait besoin de crâner. S’il n’était pas le meilleur, il n’était rien. S’il cessait de briller, il n’existait plus. C’était peut-être ce fait, finalement, plus que tout autre, qui le rendait si semblable au Soleil.

Une douce torpeur, de plus en plus abyssale, engourdissait ses sens. Il avait les yeux mi-clos, mais l’obscurité de la nuit assombrissait sa vision de sorte qu’il ne faisait pas de différence. Ce ne fut que lorsqu’une douce lueur émana de son côté qu’il émergea de sa léthargie. Tinky, à nouveau.
Son pouvoir, aux yeux de Peter, était réellement fascinant. Il évoquait à son esprit une foule de choses jolies et captivantes, à la manière de ses fées petites de l’île de l’imaginaire. La lumière obnubilait Peter. Il était semblable à ces moustiques attirés par l’éclat d’une lanterne. Un Icare bancal et infantile.
Pourtant, cette fois-ci Peter ne se laissa pas hypnotiser par le raillonnement doré de la jeune serveuse. Il se redressa lentement, fixant ses yeux sombres sur la silhouette luminescente de Tinky. Cette lumière, à défaut de le bercer de magie si chère à son cœur, troublait ce dernier d’une manière singulière. Elle évoquait quelque chose en lui.

Mais quoi ? Ah ! La mémoire était une chose si fragile, si funambule, chez Peter Davies ! Il connaissait cette lumière. Il l’avait connu. Mais où, quand, par quel moyen ? Fronçant ses fins sourcils cuivrés, il tâcha de remettre en marche les rouages de ses souvenirs défaillants. Sans succès. Cette lumière lui parlait mais s’exprimait dans un langage qu’il avait oublié.

– Tinky, dit-il finalement, le timbre singulièrement grave. Tu es sûr que tu ne te souviens de rien ? Est-ce que ce sont des fées qui t’ont fait don de ce pouvoir ?

Il frissonna, car sa soudaine retombée dans la réalité réactiva sa sensibilité en même temps que sa réflexion. Sa question était surprenante, d’autant plus que lui-même n’y trouvait pas beaucoup de sens…  




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Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Jeu 3 Oct - 0:46
Je soupirai de bien être tout en observant du coin de l’œil le jeune Pan. Il semblait presque sur le point de s'endormir. Il y avait de quoi, la nuit était déjà grandement avancée et ce n'était encore qu'un enfant. De mon côté je m'en sortais pas si mal. J'étais habituée de travailler tard le soir, et donc mon corps s'est naturellement habitué à mon horaire de serveuse. Néanmoins, j'étouffai un bâillement. Toute cette mésaventure m'avait épuisé à petit feu. Je ne laissai pourtant rien paraître, ne voulant pas faire culpabiliser l'enfant pour un rien.

La voix de Peter me sortit de mes songes, et je tournai la tête vers la garçon. Mes sourcils se froncèrent alors qu'il me questionna sur mon unique pouvoir. Dans quel intérêt me demandait-il cela soudainement? Des fées... Je me suis souvent demandé moi-même d'où j'avais bien pu recevoir ce pouvoir, et les fées m'avaient parfois semblé une réponse plus ou moins valable. J'avais déjà entendu parler plusieurs fois de ses êtres pouvant donner des pouvoirs ainsi à des personnes.

Parfois je me demandais même si il se pouvait que je sois née avec, tout simplement. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours eu cette lumière qui me rend si unique. J'étais très sceptique, et faute d'avoir personne pour confirmer mes doutes, j'avais décidé de ne plus y penser, tout simplement. Voilà maintenant que Peter ramenait le sujet sur le vif. Au nombre de fois que je m'étais arrêtée sur cette question, je n'eus nullement besoin de prendre le temps d'y penser avant de répondre à mon jeune ami.

-J'ignore complètement d'où vient mon pouvoir, et c'est typiquement le genre d'information que je ne saurai probablement jamais. Ça se peut que ça soit des fées comme ça se peut que ça soit tout autres choses.


Mon ton était légèrement fracassant, mais je ne cherchai pas à le cacher. Oui ça m'embêtait de devoir répondre à une question dont, justement, j'ignore la réponse. La façon dont Peter me l'avait demandé me laissa perplexe. Il ne l'avait pas posé telle une simple question qu'on demande pour combler un silence. Ce n'était pas la première fois qu'on me demande cela, mais c'était bien la première fois que j'avais l'impression qu'il y avait une réelle importance dans ce que je venais de dire. Je sentais le regard de l'enfant me peser. Comme gênée, j'éteignis l'unique lumière qui nous éclairait dans cette noirceur.

-Pourquoi tu me demandes cela, Pan? Pourquoi tiens-tu à savoir, c'est important pour toi?

Je passai ma main sur ma nuque, un réflexe que j'ai lorsque je suis mal à l'aise.
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Peter Davies

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Mar 8 Oct - 21:54



– Pourquoi tu me demandes cela, Pan? Pourquoi tiens-tu à savoir, c'est important pour toi ?

Peter, dont les yeux papillonnaient lourdement depuis que Tinky avait commencé à parler, s'enfonçait dans une douce torpeur. Un sourire vague étirait ses lèvres. Il ne tremblait plus. Le vent le berçait, susurrant à ses oreilles une douce mélopée tandis que les étoiles, comme un million de veilleuses dispersées dans l’univers, semblaient lui adresser des clins d’oeils apaisants. Peter était aussi à l’aise sur ce toit rude et froid que l’étaient les autres petits garçons dans leur lit chaud et moelleux. Il ne souffrait, en cet instant, d’aucune lacune, aucune carence. Il était libre et félicité.

Tinky ne semblait pas remarquer cet état absolu auquel il avait peu à peu accédé. Ou peut-être pressentait-elle, finalement, que Peter était loin à présent, car elle ne réitéra pas sa question. Ladite question resta en suspens dans l’esprit de Peter Pan, se mêlant aux songes qui frappaient déjà à la porte de son inconscient. C’est important pour toi ?
Peut-être l’évocation des fées, pourtant hasardeuse, fut-elle à l’origine de ce rêve aux airs de révélation qui occupa l’esprit de Peter pendant un long moment. Dans ce rêve, il était question de fée, d’une petite fille, et de lui. Un lui bien jeune, sans ailes et sans ce regard trop noir et trop brillant.


~


Le petit Peter, tenant dans sa main une part de gâteau émiettée, parcourait les Jardins en cette nuit tombante. Il chantonnait tout bas et mouvait son corps frêle dans une danse illogique, sans cesser d’engloutir quelques bouchées de son gâteau.
Les fées venaient d’organiser une énième fête en son honneur, il était repus et réjoui, ce qui expliquait l’allégresse qui suintait de ses mouvements. Il était joyeux, léger, libre comme l’air – du moins en éprouvait-il la sensation. La lune décroissante était majestueuse, il lui adressa une révérence sans cesser de gazouiller, puis s’en alla tout aussi gaiment. Il salua aussi les oiseaux nocturnes qu’il avait l’habitude de croiser sur les chemins des Jardins. A cette heure-ci, plus aucun humain ne parcourait le lieu. En dehors de lui bien sûr, mais Peter Davies commençait déjà à oublier qu’il était un humain.

Ce fut donc avec une surprise extrême qu’il tomba sur le petit corps emmitouflé qui gisait dans l’obscurité, à l’ombre d’une statue de marbre.  Il ne comprit pas tout de suite que c’était un bébé. Puis, lorsqu’il en prit conscience, il pensa que le bébé en question était mort, et il songea à le déposer dans un buisson afin de nourrir les quelques bêtes sauvages noctambules qui vivaient dans les Jardins. En dernier lieu, il eut l’idée de le jeter dans la Serpentine, le petit ruisseau des Jardins, simplement pour vérifier si un bébé flottait ou coulait. Jusqu’à ce que le bébé se mît à gémir en gesticulant.
Il y avait quelque chose de furieusement pathétique dans cette minuscule silhouette difforme et incapable, empêtré dans un amas de tissu et dont la seule arme résidait dans ce coffre incroyablement puissant. Peter en fut si saisi qu’il resta un moment à observer sa trouvaille, sans même penser à le prendre dans ses bras.
Ce ne fut que lorsque le nourrisson hoqueta qu’il consentit à faire quelque chose. Il posa la part de gâteau à terre et attrapa l’enfant avec une gaucherie dont il ne semblait pas se rendre compte, puis il repartit en direction de la maison des fées.
Ainsi le bébé fut-il introduit dans la vie de Peter.


Très vite, la petite fille – car c’en était une – découverte dans les Jardins devint l’obsession première de Peter. Nul ne sut expliquer ce qui séduisit tant le garçon chez cette petite chose braillarde et pataude qui ne possédait encore aucun des charmes que Peter appréciait chez la gente féminine. D’ailleurs, en règle générale, Peter méprisait plutôt les nourrissons, trop faibles et dépendants à son goût, sans parler de l’asservissement turpide qui les liait à leur mère.
Mais la petite fille était différente.

Tout d’abord, elle n’avait pas de mère, et ce fait suffisait à ce que Peter Pan se prît d’affection pour elle. Abandonné – comme lui – dans les Jardins froids et obscurs au cœur de Londres, sans d’autre rempart qu’une mince couverture élimée, l’enfant minuscule aurait fait fondre le cœur le plus endurci. Peter l’avait tout de suite trouvé très brave, sans comprendre qu’une créature si jeune n’était pas encore disposée à faire preuve d’une quelconque marque de bravoure. Il l’aimait.

La présence de la petite fille aux cheveux d’or – ils avaient poussés en quelques mois – apaisait Peter et ses tourments. Son existence au sein des fées, en dehors des quelques réjouissances qu’elle occasionnait – pas de contrainte, pas d’école, pas de remontrance, pas vraiment d’enfance en somme – était seule, recluse,  et incessamment assombrie par une colère blessée. La petite fille écartait les nuages et illuminait son visage de sourires tendres.
Peter avait eu la fantaisie de la nommer Tinker Bell, car non rebuté par la barrière de la langue qui les empêchait de communiquer via la parole, il avait entrepris de couvrir la fillette de grelots, de clochettes et autres babioles carillonnantes.  Dès que les cloches s’agitaient, Peter déchiffrait ce code sonore qu’il avait lui-même établie et dont sa protégée semblait s’être adaptée avec une rapidité épatante.

Peter était convaincu que la petite fille était une sorte de fée. Entre fée petite – celles qu’il était le seul à voir, depuis qu’il prenait de la poudre – et fée grande – celles qui l’avaient recueilli. Sa taille microscopique et son air malicieux ne faisait aucun doute sur le sujet. C’est pour cette raison qu’il ne tolérait pas que Tink fut séparée de son attirail bruyant et loufoque, convaincu qu’elle communiquait ainsi avec l’une de ses appartenances. Peter considérait en effet que le son de clochette était le langage des fées petites – ou fées lucioles.

Mais Tink n’était pas complète. Elle ne savait voler – à peine marcher – ne bavassait pas avec les fleurs, et surtout, elle ne brillait pas. Et c’était pourtant là l’ultime pouvoir des fées lucioles ! Peter s’occupait d’elle avec un soin exceptionnel, un soin que les fées qui l’élevaient à présent ne lui connaissaient point. Il se chargeait même des corvées les plus ingrates, faisant preuve d’une patience exemplaire. Les fées, en particulier la fée principale responsable de son sort, le regardait avec impuissance. Incrédule et… jalouse.
Malgré cette rancune naissance à l’égard de la fillette, la fée principale ne put se résoudre à témoigner cette aversion en présence de Peter, trop soulagée de voir que son courroux avait trouvé la paix. Peter ne faisait plus de crise. Tinker Bell comblait le vide qui lui trouait le cœur.

Une seule chose contrariait Peter. L’effroi de Tink pour le noir. Certainement traumatisée par son abandon dans l’ombre des Jardins, laissée là dans la nuit noire avec ses cris pour seule compagnie, la petite fille avait développé une intense peur de l’obscurité. Les sanglots chevrotants qui secouaient le corps de sa protégée déchirait chaque jour l’âme de Peter, impuissant devant la détresse de la petite fille terrorisé. Même ses mélodies flûteuses ne marchaient pas si bien. Jusqu’à ce qu’il prît une décision.


– Je veux que Tinker Bell ait un pouvoir. Donne-lui un pouvoir.

La fée avait regardé Peter avec une dureté noble et froide.

– Pourquoi ferais-je cela ?

– Il le faut. Tink est une fée luciole. C’est pour cela qu’elle a les cheveux comme le soleil. C’est pour cela qu’elle comprend le langage des clochettes. Et c’est pour cela qu’elle a si peur du noir. Les fées lucioles ne connaissent pas le noir. Elles brillent. Mais… Tinker Bell a un problème. Son pouvoir ne s’est pas activé.

La fée le dévisagea un moment, admettant devant l’évidence que ces divagations dessinaient en l’esprit de son captif une logique infaillible. Puis, elle sourit.

– Je comprends, Peter. J’ai l’explication à cela.

Elle se baissa à la hauteur du garçon qui la fixait avec attention.

– Les fées… lucioles, ne sont pas faites pour vivre avec des personnes comme nous. Comme toi. Elles doivent vivre entre elles. Tinker Bell est malheureuse ici. Tu prends soin d’elle, certes, mais… Elle ne pourra obtenir son pouvoir qu’en rejoignant… eh bien, son peuple. Comprends-tu ?

Peter hocha la tête, les sourcils froncés et l’expression grave. Puis, un éclair de frayeur passa dans son regard.

– Mais… Mais alors… Cela veut dire qu’elle va… partir ?

La fée approuva gravement, l’air faussement navrée.

– Mais… Mais… Il se mit à pleurer.
Je ne veux pas la quitter. Je l’aime.

La fée posa sa main sur son épaule.

– Si tu l’aimes vraiment, tu dois faire ce qu’il faut pour elle.


Et Peter, dans sa tragique innocence, crut chacun de ces mots. La fée accepta de « rendre » son pouvoir à la petite Tinker Bell. La petite Tinker Bell reçut le don de briller tel une luciole, tel une étoile, afin de ne plus jamais craindre la nuit. La petite Tinker Bell fut ensuite enveloppée dans une couverture épaisse. Peter l’enlaça longtemps, longtemps, lui murmurant des mots beaux et brisés par le chagrin. Puis, écrasant ses larmes d’un revers de main, il laissa la fée emporter la petite Tinker Bell, anéanti mais rassuré en lui-même à l’idée que sa protégée retrouvât son véritable foyer.

Peter ne sut jamais que la petite Tinker Bell fut en réalité déposée au seuil d’un orphelinat d’aspect austère et misérable que la fée avait trouvé sur son chemin. Il ne sut jamais que son sacrifice avait été vain et stérile.
Longtemps, il erra sans but et sans force dans les Jardins, attendant sans conviction de percevoir le tintement délicat des clochettes de Tinker Bell.

Jusqu’à ce jour, cette nuit plutôt. Où, lors d’une énième et triste promenade nocturne, Peter Davies tomba sur un objet scintillant, gisant sur la route derrière un arbre gris. Ce miroitement n’était dû qu’au reflet de la Lune dont l’éclat blanc se reflétait sur la surface lisse et métallique. Peter s’empara prudemment du petit objet, qui tinta gaiement entre ses doigts. Le grelot semblait vouloir connaitre un autre destin que celui qui lui était condamné. Comme lui. Il parut souhaiter prendre d’autres formes, adopter une autre parure. Rendu fébrile par ce petit évènement, Peter sortit une poignée de poussière dorée de sa poche – toujours pleine – et s’en saupoudra allègrement le visage. Il vit alors le grelot s’étirer, se préciser, luire d’une lumière différente. Il ressemblait à présent à une fée petite, une fée luciole à l’air joli et malicieux, une parfaite copie réduite de Tinker Bell. Il nomma sa fée-grelot Clochette. Il ne la quitta jamais plus.


~


Lorsque Peter émergea de sa torpeur, il faisait jour et Tinky n’était plus là. Il mit un temps considérable à s’extraire de son état second et engourdi. Ses gestes étaient lents, son esprit embrouillé, sa conscience bouillonnante comme une marmite sur le point d’exploser. Tinky… Tinky… Tinker Bell… Il prononça plusieurs fois le nom de son amie, promenant son regard creux, vague, sur les toitures. Tinky n’était plus là. Mais il avait retrouvé Tinker Bell.

Avec elle, des révélations, des souvenirs, de douloureuses compréhensions. Un espoir, une certitude bafoués. Une trahison dévoilée. Mais aussi des retrouvailles fortuites et inespérées, que ni elle ni lui n’avaient su comprendre. Un ouragan déchainé et intense bousculait ses entrailles.  

A la fois confus et délivré, accablé et ravi, Peter Pan se redressa lentement, sortit ses ailes d’un coup vif, ses yeux sombres fixés sur l’aube naissante. Une larme et un sourire cohabitaient paisiblement sur son visage. Il s’envola, et le vent vif du matin emporta son murmure :

– A bientôt, Tink. Je veille encore sur toi.




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Invité
Tinky

MessageSujet: Re: [Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]   Sam 19 Oct - 21:05
Une simple réponse m'aurait suffit, ou même un mot, tout sauf le silence auquel je fus confrontée. J'ignorais même si Pan avait simplement entendu ma question. Couché, les yeux fermés, il semblait déjà être partie loin dans ses pensées ou même dans un rêve quelconque. Après, ce n'est qu'un enfant encore tout jeune. Déjà qu'il a veillé aussi tard, ou devrais-je dire aussi tôt le matin, il devait être réellement épuisé pour s'endormir ainsi sur l'endroit le moins confortable qu'il puisse voir. Peut-être est-ce inconfortable, mais toujours est-il que la vue est sublime. Mon regard son posa sur "mon" étoile. Il a raison, elle est jolie.

Commençant à être inconfortable à force d'être assise sans bouger, je posai doucement mes mains sur la toiture froide et me déplaçai en changeant de position. Dans cette petite manœuvre, j'accrochai malencontreusement une sorte de balle qui commença à rouler vers la vide. Rapidement, je l'attrapai avant qu'elle ne tombe du toit et qu'elle ne révèle notre présence à n'importe qui. La fameuse balle était lisse et froide, et ce n'est qu'en posant mes yeux dessus que je reconnus la pomme que j'avais apporté pour Peter. Tout compte fait, c'est tout juste s'il l'avait considéré. J'attrapai un bout de ma robe et enveloppai la pomme du tissu. Doucement, je la nettoyai et la ressortit brillante et propre. Je croquai à pleine dent dedans alors qu'une goutte me coula sur le menton que je m'empressai d'essuyer du revers de la manche. De toute façon, je ne crois pas que Pan l'aurait mangé. Pour ma part, j'avais faim et fut contente que cette collation calme ma faim.

Jetant le cœur de pomme plus loin sur le toit, je me tournai vers Pan et l'observa un court instant dans l'obscurité. De temps en temps, je pouvais voir sa main se crisper soudainement avant de se détendre, ou encore son pied donner un petit coup. Il ne faisait aucun doute qu'il rêvait. Je passai doucement ma main sur ses cheveux en faisant attention de ne pas le réveiller, et me levai. Alors que le vent me fit hérisser les poils de mes bras, je m'enveloppai comme je pus du bout de tissu qui me servait de vêtement et descendit comme je pus du toit, passant par la même endroit où j'étais montée. Je manquai d'ailleurs de trébucher mais me rattrapai juste à temps. Les chances que je recroise ce jeune garçon était très mince, surtout dans un endroit aussi peuplé. Pourtant, il ne fit nul doute qu'on allait bien se revoir un jour ou l'autre. Ça pouvait être dans quelques jours comme dans quelques années, mais ça allait arriver. J'en étais certaine.
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[Année 0002] Longue soirée en perspective [Libre]

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