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 [Année 0002] Le petit prince et la fleur

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Prince Ciel

MessageSujet: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Sam 29 Juin - 21:59



Ciel se sentait vide, amorphe, un peu las. La confusion qui régnait dans son esprit était à la hauteur de l’excitation qui l’avait précédée. Déjà, ses bagages avaient été prestement rassemblés, et les majordomes les calaient sur le carrosse avec des gestes secs et nerveux. Ciel ne les regardait pas, il fixait les nuages avec un regard mélancolique, et son visage figé semblait alors encore plus fait de cire qu’à l’accoutumé. Il savait que son malaise, la veille, avait évité à ses domestiques une des choses qu’ils redoutaient par-dessus tout : une crise. Le petit prince, sans cesse à fleur de peau, incapable parfois de garder maitrise de lui-même, explosait comme une furie. Mais il avait cette fois succombé à l’autre de ses travers, la défaillance, trop assailli d’émotions qu’il était. Le visage de Ronce s’était flouté, puis tout le reste, et… plus rien.

Son hôte, à la voix si mielleuse qu’elle paraissait dégouliner de sa bouche, ne cessait de s’indigner et d’insister pour que le jeune prince restât en sa demeure. Le temps au moins, disait-il, que son altesse retrouvât ses forces. Ciel avait entendu la gouvernante qui l’avait accompagné répondre, un peu sèchement : « Sa jeune majesté n’a pas de forces à retrouver. Il n’en a jamais eu. »

Ainsi Ciel, le chétif et faible Ciel, attendait sagement que son cortège fût avancé afin de se mettre en route et retrouver les barreaux dorés de son château. Il n’était même pas déçu, il était plutôt… désenchanté. Vous n’imaginez pas ce qu’un enfant tel que le Prince Ciel pouvait ressentir lors des évènements qui animaient inespérément son existence. Ils n’étaient pas seulement excitants ou exceptionnels. Ils étaient salvateurs. Et voilà qu’à présent, ces évènements-là avaient pris un court dramatique et inattendu, et la flamme de son regard s’était éteinte aussi certainement que si l’on avait soufflé dessus.

Ciel se leva – il était présentement assis sur un poteau – et s’avança vers sa garde toujours en mouvement.

  -  Le carrosse est-il prêt ?

Sa voix semblait aussi éteinte que son regard. Ce n’était pas que Ciel souhaitait ardemment rentrer chez lui, mais l’endroit avait été le théâtre de choses si bouleversantes qu’il désirait le quitter le plus vite possible.

  -  Pas encore, mon Prince. Cela ne saurait tarder. Pourquoi n’allez-vous pas attendre à l’intérieur ? Vous risquez de prendre froid.

Froid ! Bien sûr ! Il pinça les lèvres et alla se rasseoir sur son poteau les bras croisés. On le prenait vraiment pour une petite nature ! Il faisait grand soleil, le jour était clair et éclatant, mais le Prince Ciel, faible parmi les faibles, risquait assurément d’attraper la mort ! De rage, il défit le nœud de son écharpe. Son manteau bleu et rouge, au tissu épais, lui tenait chaud, par-dessus le marché.

  -  Je voudrais faire une promenade, lança-t-il soudain.

Les serviteurs se regardèrent un peu perplexes, mais ils étaient depuis le temps accoutumés aux désirs impulsifs et farfelus de leur jeune souverain.

  -  Maintenant ? lui répondit-on.

  -  Bien entendu. Un long voyage nous attend, je dois bien me dégourdir les jambes ! En restant ainsi sans bouger les pieds, je risquerais d’en perdre l’usage. Que dirait Ronce si, en rentrant, je n’étais plus capable de marcher ?

Je vous l’accorde, c’était n’importe quoi. Mais les majordomes, déjà tout affolés d’avoir pu être repérés par la reine en compagnie de son frère cadet, frissonnaient à présent à la moindre évocation du mot « Ronce ». Un peu absurdement, peut-être, ils consentirent donc à accorder au petit prince une ballade dans les rues espagnoles, en attendant la fin du chargement.

Un seul domestique l’accompagnait, celui dont Ciel était affublé en général, et qu’il appelait sommairement : Valet. Ciel ne portait bien évidemment pas sa couronne, mais son allure était tout à fait princière, entre ses habits ouvragés et sa noble tenue. Cependant, si Ciel était un peu supérieur, il n’était jamais méprisant, jamais vraiment arrogant. Il saluait de la même façon les aristocrates et les mendiants, les vieillards et les enfants, les marchands et les soldats. Pour lui, c’était des gens, juste des gens, dont la diversité ne formait en rien une hiérarchie quelconque.

Il tâchait du mieux qu’il pouvait de dissimuler son émoi et sa fascination, car le monde extérieur était une source intarissable de découvertes… Il était dans la rue ce qu’un badaud aurait été dans son palais. Les cris, les animaux, l’agitation, le fourmillement d’activités, la vie en somme, la vie ! La vie était tellement, tellement fascinante pour le petit prince de France.

Il posait à son Valet les questions les plus élémentaires, unique domaine où sa connaissance était fort limitée. L’idée de marché, par exemple, était un concept tout à fait particulier à ses yeux. Il découvrait que les tomates faisaient un long chemin avant d’atterrir, propres et hachées, dans son assiette ! Malheureusement, les places encombrées n’étaient guère appropriées à la constitution du petit prince, et il fut contraint de s’en éloigner. Le Valet lui fit emprunter des ruelles moins propices à l’agitation.

Et c’est ainsi que le jeune Ciel, prince de son état, rencontra par le plus grand des hasards la petite fille qu’il avait aperçu au Congrès. Cette fois-ci, il ne vit pas sa mère, mais du fait qu’elle se trouvait à l’entrée d’un établissement dont le genre était tout à fait inconnu du garçon – une sorte d’hôtel –, il devina que l’inventeur était à l’intérieur. Sa fille avait certainement été attirée, comme lui, par la clarté lumineuse du soleil.

Au début, Ciel se contenta de l’observer avec curiosité, tandis qu’elle, ne le remarquait point. Quelle drôle d’enfant ! Elle semblait si à l’aise en milieu extérieur ! Elle avait les yeux aussi bleus que lui, mais ses cheveux étaient sombres comme la nuit. Sa taille ne dépassait pas la sienne. Elle tenait dans ses bras une poupée qui n’était pas neuve. Finalement, Ciel s’approcha d’un pas décidé et, arrivant juste devant elle, il dit de sa voix claire :

  -  Bonjour. Je m’appelle Ciel. Qui es-tu ?

Ciel savait parler plusieurs langues, dont l’anglais et l’allemand, un peu de russe et d’italien. Mais, par instinct ou étourderie, c’est en français qu’il s’était exprimé. Ciel était toujours assez brut – mais non brusque – dans sa manière d’interpeler les autres. Ses leçons de bienséance lui avaient enseigné bien des choses, mais cette manie avait demeuré. Et, en particulier avec les enfants, Ciel était encore assez maladroit, voire décalé pour les aborder.

Ce fait était presque inconscient, mais si vous y prêtez attention, vous remarquerez que Ciel avait pris le soin de ne dire que son nom. Ni son titre, ni son origine. Juste son nom.




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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Lun 1 Juil - 19:44
La mère Korzha et sa fille avaient rapidement quitté l’Opéra. Les bourgeois trop sensibles s’agitaient et les inventeurs hurlaient leur désapprobation face aux androïdes et à leur nouvelle citoyenneté. Viorica, enfant curieuse, n’avait cessé de questionner sa mère sur tout et surtout, sur rien. Si Monsieur Duca allait s’en sortir, s’il fallait lui apporter du thé. Si le monsieur allait tuer d’autres gens comme l’androïde, si elle pouvait voir la jolie peluche dans la vitrine… Bref, la cadette Korzha avait beaucoup de conversation, contrairement à sa mère qui lui répondait avec le strict minimum de mots. Au moins, elle répondait ! Ça n’avait pas toujours été le cas mais, à la longue, Magdalena avait appris à répondre à sa fille : Celle-ci devenait encore plus énervante… et on ne voulait pas cela, n’est-ce pas ?

Toutes les deux marchèrent dans les rues espagnoles. Le temps s’allongeait et Magdalena n’avait comme distraction que sa fille. Viorica s’arrêtait ici et là, accourait vers un objet curieux ou un passant intriguant. Au début, la scientifique la retenait –sans douceur- par le bras ou le col mais, au final, laissa la petit fille filer. Il était amusant de remarquer que celle-ci revenait toujours… Elles arrivèrent finalement à l’hôtel. Hélas, Viorica voulait rester jouer dehors. L’Espagne était magnifique, il fallait le dire ! Dans le ciel, il y avait le soleil qui brillait et les couleurs autour d’elle était chatoyantes. La Roumanie, au contraire, était si morne et triste… Attrapant la manche de la scientifique, la jeune fille tira dessus et supplia sa mère, à l’aide de ses grands yeux bleus.

« S’il vous plait, mère ! J’aimerais jouer un peu dehors !
- Et allez vous perdre je-ne-sais-où ?
- Je resterai ici, devant l’hôtel !
- Je ne crois pas que…
- Vous pourrez vous reposer !
- Seulement devant l’hôtel, compris ?
- Compris ! »

La scientifique s’engouffra dans l’hôtel, laissant seule sa plus jeune enfant, nullement inquiète pour celle-ci. Viorica salua sa mère et ensuite, fit quelques pas sur le pavé. Elle s’accroupit et tint sa poupée par les bras pour la faire marcher le long du trottoir. Quelques pans de sa courte robe touchaient le sol, mais elle ne s’en soucia pas. Sa petite bouche s’agitait, marmonnait un monologue enjoué et enfantin, racontant la vie de la poupée à moitié métallique.

Un passant ne la remarqua pas et, continuant son chemin, s’accrocha dans la petite fille et la fit trébucher. Mécontent, il pesta –en espagnol, sans doute- et traça sa route, alors que Viorica se relevait doucement. Elle ramassa sa poupée et épousseta sa robe de lin. À aucun moment elle n’avait semblée contrariée, aucun. Alors qu’elle berçait son jouet, attentionnée, un petit garçon surgit.

Viorica, d’abord surprise, le regarda avec de grands yeux. Il ne venait certainement pas de parler espagnol ! Elle analysa dans sa petite tête ce que venait de dire le garçonnet et esquissa un grand sourire. Dans un français maladroit, elle babilla de sa voix cristalline :

« Bonjour ! Je… être Viorica. »

Ses paupières papillonnèrent et elle s’approcha du garçon. Elle n’avait pas pour habitude de faire durer les silences mais, son esprit était bien occupé à traduire de simples et courtes phrases dans sa tête. Ce que c’était difficile, le français ! Cette vieille langue que l’on n’avait pas entendue depuis bien longtemps !

« Toi être tout seul ? Parler espagnol ? »

Et pourtant, tout le monde savait que ce n’était pas la barrière des langues qui empêcheraient deux enfants de communiquer.
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Mar 2 Juil - 18:19


Viorica, voilà qui n’était certainement ni espagnol ni allemand. Peut-être russe. A moins que ce ne soit un autre pays dont les coutumes lui étaient plus ou moins inconnues. Quoi qu’en fut, il fut agréablement surpris par la sonorité du nom, même s’il sonnait un peu rude. Il sourit vaguement mais son sourire disparut aussitôt après la seconde remarque de la petite fille brune.

Quel imbécile il avait été de s’exprimer dans sa langue ! Ses seules aptitudes étaient purement intellectuelles, et d’ordinaire il aimait faire forte impression en témoignant de ses connaissances. Or, un français qui parlait français, c’était d’un banal !

Ciel se sentit rougir un peu, avant de répondre dans un espagnol parfait – ce qui, assurément, redresserait la barre :

  -  Je suis Ciel, répéta-t-il alors, de peur que la petite fille eût mal compris la première fois. Si je suis tout seul ? Eh bien…

Oh non ! Il allait encore passer pour un petit bébé choyé, incapable de se débrouiller. Certes, ce n’était pas très éloigné de la vérité, mais il était inutile que cette jeune personne s’en aperçût. C’était là la première petite fille que le prince rencontrait, et il était bien décidé à lui faire bon effet. Jetant un œil par-dessus son épaule pour voir où se tenait son valet, il esquissa un faible sourire et déclara finalement :

  -  Je suis tout seul, mais lui m’accompagne. C’est une sorte de sergent. Regarde…

Ciel repoussa un pan de son manteau afin de dévoiler sa fine et clinquante épée. Il observa avec attention l’expression qui passerait sur le visage Viorica.

  -  Tu vois, je suis son supérieur.

Il remit son manteau et, pointant du doigt la poupée qu’elle tenait entre ses mains, il ajouta :

  -  Comment elle s’appelle ? J’ai au moins vingt comme cela ! Mais je suis très occupé, je n’ai pas toujours le temps d’y jou…

Soudain, la silhouette haute et droite d’une femme rousse passa devant la fenêtre. Ciel écarquilla les yeux, car il avait tout de suite reconnu la femme en question. C’était l’inventeur.

  -  Sacrebleu ! C’est bien ta mère ? Elle m’a l’air sévère ! Est-ce que son métier est intéressant ? Est-ce… - Il se mit à parler plus bas - Est-ce qu’elle crée des Androïdes ?

Ciel parlait trop et il s’en rendait compte. Il était nerveux, intimidé, mal à l’aise. Ce qui expliquait son apparence bavarde, assurée et, c’est vrai, assez fanfaronne. C’était son moyen de se sentir maitre d’une situation qu’il n’avait jamais connue et qui l’impressionnait au plus haut point. En outre, Viorica n’était pas seulement une enfant… C’était une fille !

Après avoir autant bavardé, Ciel sentait sa langue sèche et il dut cligner plusieurs fois des yeux, comme lorsqu’il était perturbé. Il agitait légèrement ses petits doigts blancs. La petite fille, elle, ne semblait pas éprouver la même anxiété. Elle avait des yeux très grands, que le Soleil ambiant faisait briller.




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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Lun 8 Juil - 3:58
Un sourire accroché à ses petites lèvres roses, Viorica continuait de regarder le jeune Prince. Lorsqu’il répéta en espagnol, elle parut un peu plus enjouée, ravie de mieux comprendre ce que son interlocuteur lui disait. L’enfant hocha la tête, serrant toujours sa poupée métallique dans ses bras. Ses prunelles bleus suivirent les indications de Ciel et se posèrent sur le valet, grand homme sobre aux allures –bien sûr- de domestique. Viorica lui fit un petit signe de tête pour le saluer. Sans exception, la cadette Korzha était de bonne humeur et respectueuse avec tout le monde. Parfois, il lui arrivait de se chamailler avec sa sœur ainée mais, la plus grande partie du temps, l’enfant se comportait tant innocente que gentille avec n’importe qui. Domestique ou grand noble. Qualité qui, évidemment, lui venait de son défunt père.

« Woaaah ! Fit-elle en voyant la magnifique épée du prince. C’est une vraie de vraie ? »

Elle échappa un petit rire fluet, après s’être exprimée en espagnol. Ces mots étaient toujours aussi maladroits mais… mieux prononcés, plus spontanés. Viorica ouvrit bouche, prête à se lancer dans la grande description de la vie de sa poupée, mais tourna les talons, observant sa mère qui passait devant la fenêtre. La jeune fille leva la main en lui envoyant de grands signes mais jamais Magdalena ne se retourna, continuant sa route comme si rien ne pouvait l’arrêter, regardant droit devant.

« Elle ne fait pas des androïdes ma mère. Elle fait des machines qui font pleiiin de couleurs ! »

Machines électriques et incandescentes. Viorica c’était, une fois, alors que sa mère se trouvait ailleurs, introduite dans le laboratoire de ses parents et activée l’une des inventions –difficilement, il fallait dire qu’il s’agissait de machineries assez lourdes. Elle avait été éblouie par le spectacle de lumière et de couleurs, mais rapidement réprimandée par sa gouvernante soucieuse de la vie de l’enfant.

Viorica attrapa sa poupée par les bras et la dévoila un peu plus au petit prince. Elle avança les mains pour la lui tendre.

« Elle s’appelle Emilia. C’est une gentille poupée et c’est ma préférée ! »

Et, tout d’un coup, le précieux jouet se retrouvait entre les mains blanches de Ciel. La jeune fille c’était rapprochée et pointait certaines parties de la poupée. La présence d’un garçon aussi près aurait du la gêner mais, à ses yeux, il ne s’agissait là que d’un autre enfant, un autre ami.

« Adelina et Miruna l’avait brisée, mais mère l’a réparée et maintenant elle peut se défendre toute seule ! »

Rien qu’à voir les étranges rajouts métalliques sur la poupée, sorte de petites armes, on ne pouvait pas en douter. Magdalena ne c’était jamais intéressée aux poupées –mis à part pour les éventrer et savoir ce qui se trouvait à l’intérieur, comment elles étaient faites, etc- et s’imaginait mal recouvre de la jolie dentelle et du coton. Pour régler le problème, et parce que Viorica tenait absolumment à ce que se soit sa mère qui la répare, la grande femme avait collé quelques petits bouts de métal. Le tour était joué ! Et l’enfant courrait déjà, au loin. Si loin du laboratoire !
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Jeu 11 Juil - 10:45


Ciel observa attentivement le petit corps artificiel qu’il tenait dans les mains. Aucun de ses jouets ne ressemblait à cela. Pourtant, le jeune prince devait avoir la plus grande collection de tout le royaume, et même des pays environnants. Ses jouets favoris étaient les soldats de plomb et les figurines d’animaux peintes à la main. Il regrettait de se trouver en Espagne, car si Viorica avait été en France, il aurait pu lui présenter son petit musée. Sûr que cela l'aurait grandement épaté.

La poupée faisait penser aux Androïdes, et il se mit à envier la petite fille de posséder un objet aussi particulier. Ses pantins à lui dataient d’un autre temps, ils auraient paru obsolètes aux yeux de Viorica, c’était certain. Ciel se sentit même rassuré de savoir qu’elle trouvait sa petite épée impressionnante, alors même qu’elle venait d’une époque depuis longtemps révolue. Ronce, qui connaissait le monde et ses coutumes actuelles, était plus avantagée que lui avec ce décalage. En dehors de quelques détails, le palais royal était demeuré tel qu’il l’était avant son sommeil prolongé, c’est-à-dire comme au siècle dernier, et du fait qu’il s’agissait du seul univers que Ciel connaissait, il oubliait parfois que cet univers n’avait rien de contemporain.

Lorsque Viorica lui apprit que sa mère construisait de telles machines, Ciel prit une expression perplexe. Premièrement, il n’avait jamais entendu parler d’une telle chose et doutait fort qu’elle fût possible, et secondement, il doutait encore plus du fait qu’une femme eût le droit de s’adonner à de telles activités. Une femme qui travaillait était déjà assez surprenant, une femme inventeur d’autant plus, et alors une femme qui fabriquait des machines bizarres ! Dans la conscience du petit prince, c’était inimaginable. Rappelons encore que Ciel vivait d’avantage au siècle précédent qu’à cette époque changée, et Ronce n’avait jamais vraiment fait en sorte qu’il en fût autrement. Les valeurs de l’ancien temps étaient les seules enseignées au jeune souverain. D’où, certainement, sa fascination pour le métal et les créations artificielles, car chacun sait qu’un enfant est attiré par ce qu’il ne connait pas, de même qu’il convoite ce qu’il ne possède pas.

Ciel n’avait pas du tout envie de se séparer de la poupée, bien que d’après les explications de Viorica, il comprît très vite qu’elle y était attachée. Il était certain que Ronce n’accepterait jamais qu’il reçût un jouet de ce genre, et comme Ronce régissait ses droits et ses interdictions – même de loin – autant que celles de son peuple, il devait y renoncer.

  -   Elle ne ressemble pas à l’Androïde du Congrès. Tu y étais ?

Ciel connaissait bien sûr la réponse, puisqu’il n’avait pas manqué d’apercevoir la petite fille du haut de sa loge – il n’avait d’ailleurs pas manqué sa mère non plus – mais il ne voulait pas donner l’impression de porter trop d’intérêt à Viorica, malgré que la petite fille représentât pour lui un évènement captivant et tout à fait extraordinaire. Si vous viviez comme vit Ciel, vous comprendriez. Il ajouta d’un ton qu’il voulait assuré :

  -  Je trouve que cela était intéressant. En tous cas, je n’ai pas eu peur. Et toi ?

Heureusement que Viorica était encore jeune, dans le cas contraire elle aurait tout de suite perçu le timbre peu convaincant qui accompagnait cette déclaration !

  -  Mon prince, intervint le valet en s’approchant. Il ne serait pas sage d’évoquer ces moments trop intenses, souvenez-vous que les évènements ont bien failli vous vider de vos forces. Si vous me permettez, je serais plus tranquille de savoir que vous conversez sur des sujets plus… légers.

Ciel, les yeux grands ouverts et les joues rouge vif, se tourna brusquement vers Viorica. Une vague bouillante sembla déferler sur lui tant la bouffée de chaleur qui l’assaillit était violente. Quel imbécile, ce valet ! Quel abruti, quel pleutre, quel… Oh, Ciel était tétanisé. Voilà que son assurance tout à fait maitrisée était balayé par quelques mots d’un domestique. Un domestique imbécile !!

Le jeune prince de France fit alors une chose que personne n’aurait imaginé qu’il fît. Il s’avança, furieux mais contenu, vers son valet, et lui donna un grand coup de pied dans le mollet. Et tandis que l’homme poussait un cri de douleur en empoignant sa jambe, Ciel attrapa la main de Viorica et se mit à courir aussi vite qu’il put, fuyant le majordome et la honte sans avoir une idée de sa destination.

Ils coururent ainsi plusieurs minutes – ce qui était très conséquent pour le jeune prince – avant de s’engouffrer dans une étroite ruelle. Ciel se cala contre un mur afin de retrouver son souffle, déjà légèrement sifflant.

  -  Ne… Ne fais pas… attention. C’est un dément. Tu… Tu te sens… bien ? Nous sommes… tranquilles, ici.

Ici. Ce ne fut qu’à cet instant qu’il se décida à regarder autour de lui, afin de comprendre où il se trouvait. Cela était bien inutile, puisqu’il ne pouvait qu’ignorer l’endroit en question – comme cela a été évoqué, Ciel ne connaissait d’endroits que le palais et, à la rigueur, le carrosse. La ruelle était sombre, plutôt sale, et en dehors de quelques chats de gouttière, ils étaient les seuls à s’y trouver. Ciel ne le savait pas encore, mais ils étaient perdus. Rien ne le préoccupait en dehors de l'avis et la présence de Viorica Korzha.




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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Sam 20 Juil - 22:54
La petite fille couvait du regard sa petite poupée dans les mains du jeune prince. Emilia avait un joli visage. Sa peau était blanche comme de la cire et faite de porcelaine. Ses boucles, elles, brillaient par leur blondeur. Sa tête était recouverte de rubans, tout comme sa robe. Comme les jeunes filles, la poupée portait une courte robe qui avait été visiblement retouchée pour s’adapter aux composantes mécaniques. Ciel avait raison, le jouet ne ressemblait pas à l’androïde du congrès. À sa mention, Viorica pensa aux créatures mi-machines qu’elle avait déjà croisées en Roumanie, comme Alice. La jeune femme avait une jambe et un bras mécanique mais n’avait pas l’air monstrueuse ou difforme. Son père, de son vivant, lui disait que même si les cobayes utilisés étaient d’anciens prisonniers et des fous, certains demeuraient tout ce qu’il avait de plus humain. Dans sa naïveté enfantine, la cadette Korzha ne put qu’approuver et, de ce fait, se ranger du côté de la reine de France et du roi d’Espagne.

« Non, elle n’y ressemble pas ! Mais c’est parce que ce n’est pas mère qui a fait l’androïde du congrès. »

La petite fille avait peut être aperçue Ciel au congrès, mais ne s’en souvenait pas. Des personnalités, plus célèbres et impressionnantes les unes que les autres, n’avaient cessé d’attirer son attention. La Reine Ronce, le Duc Caliaveri ainsi que le Roi Felipe. Toutes ces personnes qui c’étaient soulevées, avec courage et assurance, pour partager leur point de vue.

« Je n’ai… »

Viorica avait commencé à répondre mais c’était interrompue en apercevant le valet du prince. La petite cligna des yeux mais, jamais elle ne parut offusquée ou dégoutée par les paroles du domestique. Ciel avait donc eu un malaise durant le congrès. La cadettes Korzha frotta son petit nez du revers de son gant, alors que ses yeux de promenaient du garçon à l’homme. LE prince c’était énervée et il avait changé de couleur. Viorica sursauta en voyant le coup de botte partir et serra sa poupée contre elle, sourcils froncés par l’inquiétude. Elle n’eut pas le temps de réagir que Ciel attrapait sa main et l’entrainait avec lui.

Elle émit quelques protestations verbales, disant au prince qu’elle ne pouvait s’éloigner de l’hôtel, mais celui-ci continua de l’emmener plus loin. Prenant garde à ne pas échapper sa poupée, Viorica se résolut à suivre Ciel et ils atterrirent tous les deux dans une ruelle plutôt sombre qui, selon elle, ne faisait pas partie du quartier fréquentés par les riches visiteurs de l’Espagne. Contrairement au jeune garçon, elle n’était pas essoufflée et courir ne lui était pas une activité inconnue. Soyons franc, la cadette Korzha débordait d’énergie et s’agitait dans tous les sens à la moindre excitation.

« Un dément, pourquoi ? Il semblait beaucoup tenir à vous ! »

Dit la jeune fille qui ne comprenait pas pourquoi Ciel avait, soudainement, du dédain pour son valet. Viorica fit quelques pas vers le prince dont la respiration sifflait.

« Est-ce que vous allez bien ? Si vous n’allez pas bien on peut toujours aller cher mère et… »

Ses yeux se levèrent et jetèrent des regards autour d’eux. Viorica sautilla jusqu’à l’extérieur de la ruelle et constata que la rue lui était inconnue. Magdalena et Vasile, pressés de retourner s’isoler, ne lui avait pas laissé le temps d’explorer et de découvrir les environs. L’enfant revint vers son nouvel et ami et battit des paupières.

« Que faisons-nous, maintenant ? »
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Mar 23 Juil - 13:10


Viorica était beaucoup moins mal en point que lui. La douleur qui lancinait sa poitrine était étouffante, et il sentait ses bronches usées par l’effort. Son souffle se faisait sifflant, et l’espace d’un instant il craignit sérieusement de faire un malaise, ce qui aurait été très malvenu en vue de la situation. Il tenait à conserver le peu de prestance qui lui restait. Ciel était bien le seul à s’inquiéter de l’effet qu’il produisait, il ne se rendait pas compte que la petite fille n’y prêtait guère attention. L’inédit de la situation le rendait à la limite de la paranoïa.

Il comprit néanmoins qu’il se torturait un peu inutilement, puisque manifestement, ses fausses explications ne faisaient pas du tout écho chez Viorica, qui prenait les choses bien plus simplement que lui. Il s’en trouvait de plus en plus embarrassé, et il craignit même de passer pour un mauvais bougre, lui qui décriait si vivement son gentil valet !

Il avait aussi remarqué que la petite fille avait pris soin de le vouvoyer – ce que LUI, n’avait pas fait – et il redouta soudain que ce fait eût révélé sa condition royale. Avait-elle compris qu’il était prince ? Cela représenterait très certainement une entrave à leur amitié ! Car tous les gens, tous les gens se comportaient différemment dès lors qu’ils connaissaient son titre.

Une autre différence les distinguait. A son contraire, la petite fille ne semblait pas du tout inquiétée par leur situation. Ils ne faisaient aucun doute qu’ils s’étaient éloignés au point de se perdre, pourtant Viorica ne laissait transparaitre la moindre trace d’angoisse, ce qui troublait Ciel encore plus que si elle était devenue hystérique. Il se demandait si Viorica avait conscience de leur égarement. Dans le doute, il n’osa pas le révéler, et dit de sa voix la plus assurée :

   -  Nous ne sommes pas bien loin. Je présume que nous devrions emprunter… Ciel observa un côté puis l’autre.   Ce chemin.

Il est évident que ce choix était tout à fait hasardeux. A présent que Ciel était lancé, il ne pouvait renoncer. Tandis qu’ils marchaient, la petite fille aussi insouciante que lui était stressé,  le jeune prince ne pouvait s’empêcher de scruter le visage jovial de sa nouvelle amie. Jamais encore il n’avait eu le loisir d’observer un enfant d’aussi près. Il se posait une foule de questions qui n’avaient rien à faire dans l’esprit d’un si jeune garçon. Tous les enfants étaient-ils aussi jolis que Viorica ? Est-ce qu’une petite fille et un petit garçon devaient se conduire d’une certaine manière l’un envers l’autre ? Avait-il un devoir ou un rôle à respecter ? Viorica connaissait-elle la même solitude, la même curiosité face au monde qui l’entourait ?
Il eut été plus aisé de lui demander, mais par peur de paraitre ridicule ou effronté, Ciel n’osa pas.

Tandis qu’ils parcouraient les rues espagnoles, ignorant toujours leur destination, Ciel finit par toussoter avant de dire :

   -  Comment est-ce d’avoir une mère, Viorica ? Est-ce très différent d’une sœur ?

C’était bien la première fois qu’il pouvait interroger quelqu’un d’autre que sa propre conscience à ce propos. Pourtant, il s’agissait de préoccupations qui le tourmentaient bien souvent, et auxquelles il ne trouvait jamais aucune réponse…

Il écouta attentivement la réponse de Viorica, mais leur conversation fut écourtée par une rencontre inattendue. Un homme à l’aspect étrange les percuta, et Ciel dut réprimer un cri d’horreur – il l’aurait poussé en d’autres circonstances, mais il comptait toujours faire bonne impression auprès de Viorica.

Il recula et observa dans un mélange d’effroi et de fascination le bizarre individu qui leur faisait face. Une partie de son visage était couverte de métal, et son œil à la mobilité surnaturelle ressemblait à l’extrémité d’un télescope. Même ses dents étaient d’un gris métallisé. L’homme sourit – Ciel en eut un violent frisson – avant de se pencher légèrement sur eux :

   -  Ben alors, mes mignons ! Qu’est-ce que vous faites dans le coin ? Vous vous êtes perdus ? Oh, toi mon garçon, tu es sûrement un petit noble ! Et toi, tu es sa sœur ? A moins que vous ne soyez des petits tourtereaux ? Ha ha ha ! Allons allons, il ne fait pas bon de trainer dans les rues à votre âge. Où sont vos parents ? Venez, le vieux Sam va vous emmener dans un endroit plus convenable. C’est que… C’est assez malfamé dans le coin ! J’espère que je vous fais pas peur. J’adore les enfants, moi !

Oui, pour son petit déjeuner ! pensa Ciel. Il porta son regard sur Viorica, attendant de savoir comment elle réagirait à cette apparition. Si elle avait peur, il la protègerait. Si elle n’avait pas peur, il devrait feindre d’être aussi serein qu’elle. Ah, ceux qui disaient que la vie de château était une vie rêvée ignoraient comme elle préparait mal aux imprévus !



Dernière édition par Prince Ciel le Mar 12 Nov - 22:58, édité 1 fois
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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Mer 31 Juil - 15:34
Ciel, équipé du très puissant orgueil masculin, peinait à tenir debout.  Magdalena autant que Maria aurait remarqué les efforts remarquables du jeune prince, mais pas Viorica.  Son ainée ainsi que sa mère avait été forgées puis sculptées par la fermeture d’esprit roumaine, mais pas Viorica.  L’enfant était jeune et son désir de se faire un nouvel ami était plus grand que toutes les pourritures que les roumains lançaient aux étrangers.  La petite fille n’avait pas autant d’amis que sa grande sœur, elle était trop marginale.  Elle ne savait pas non plus rester seule, animée par une seule et unique passion, elle était beaucoup trop sociable et joueuse.  Voila pourquoi la cadette Korzha ne se sentit pas le besoin de juger Ciel sur sa faible constitution.  Et lui, en contrepartie, ne l’avait pas traité d’engeance de sorcière.  Qu’est-ce que cette journée était merveilleuse, n’est-ce pas ?

Viorica n’avait pas remarqué les différences de vouvoiements et de tutoiements.  Sa maitrise de l’espagnol n’était pas suffisamment développée pour qu’elle porte une attention particulière à de si malingres détails.  Elle jeta au prince, désireuse de le rassurer, un sourire montrant les dents et se rapprocha de lui.  Viorica regarda la direction qu’il venait de lui pointer et ne répliqua pas.  Ça lui semblait être le bon chemin…  Reprenant sa route avec le petit prince, la jeune fille fit ce qu’une dame ferait si elle marchait en compagnie d’un homme et passa doucement sa main sous son bras pour le lui attraper.  

La question tomba.  Ses sourcils se froncèrent, septiques.  Viorica ne comprit d’abord pas ce que lui demandait Ciel.  Pour elle, il était tout évident qu’une sœur et une mère était très différentes.  Bouche entrouverte, elle prit un instant pour y réfléchir, promenant ses yeux bleus sur les pavés usés avant de regarder son nouvel ami à nouveau.  

« Mère et Maria ne s’entendent pas très bien.  Avec moi, mère elle répond à presque toutes mes questions et elle me console quand les autres enfants ont été méchants avec moi.  Et Maria, elle ne répond pas à mes questions mais elle joue souvent avec moi et elle dit que si j’avais une vraie maman, les autres ne seraient pas méchants avec moi. »

Elle ponctua ses dires d’un petit hochement de tête, comme si son explication était la plus claire qui soit.  La cadette Korzha avait beaucoup d’affection pour sa mère ainsi que pour sa sœur et n’arrivait pas à comprendre pourquoi elles ne s’entendaient pas.  Pourtant, toutes les deux étaient butées !  Malheureusement, depuis le décès de son père, Viorica ne voyait plus beaucoup sa grande sœur.  Maria préférait rester en pension plutôt que d’affronter sa sorcière de mère.  

La jeune fille faillit trébucher lorsqu’ils percutèrent un étranger.  Elle serra plus fort sa poupée contre elle, de peur de l’échapper.  L’enfant écarquilla les yeux, d’abord surprise et recula en même temps que le prince.  Cependant, elle n’éprouva pas la même peur et le même dégout que Ciel.  Au travers ses prunelles bleues, elle voyait un compatriote pour sa poupée métallisée.  

« Oh, monsieur, nous ne sommes pas perdus, Ciel a dit qu’il fallait aller par là ! »

Elle leva son petit doigt et pointa la dite direction.  

« Vous savez, vous ressemblez un peu à ma Emilia !  Elle aussi, elle a un œil comme vous !  Le roi a dit qu’il accueillait les androïdes, est-ce pour cela que vous êtes ici ?  Mère dit que les plans du roi ne fonctionneront pas et que les espagnols sont trop idiots. »
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Ven 2 Aoû - 21:52


Une fois encore, le contraste qu’il y avait entre Viorica Korzha et Ciel était si flagrant qu’on aurait pu se demander comment ils pouvaient si bien s’entendre. Le petit prince, enfant fragile, curieux et solitaire – sans parler de son orgueil maladroit – , face à la cadette Korzha, vigoureuse, vaillante et sociable. La teinte céleste de leurs yeux semblait demeurer leur unique point commun.

Cette théorie se vérifia d’ailleurs à la rencontre de l’énergumène qui se trouvait présentement face à eux. Là où Ciel sentait son échine se dresser à la vue de l’homme-machine, Viorica était tout à fait enjouée.

   -  Vous savez, vous ressemblez un peu à ma Emilia !  Elle aussi, elle a un œil comme vous !  Le roi a dit qu’il accueillait les androïdes, est-ce pour cela que vous êtes ici ?  Mère dit que les plans du roi ne fonctionneront pas et que les espagnols sont trop idiots.

Ciel se tourna vers elle sans trop de brusquerie, mais l’air assez déconfit. Pour un peu, l’étrange individu serait devenu son meilleur ami. Sa confusion était telle que Ciel, qu’on avait pourtant tellement mis en garde qu’il n’était pratiquement plus qu’un concentré de prudence, ne remarqua pas que Viorica, dans son ingénuité naturelle, avait cru bon d’indiquer son prénom. Pour la petite fille, le nom de Ciel n’évoquait rien – en dehors du nom commun dont il était tiré, cela va de soit – mais pour beaucoup de gens du peuple – et il serait plus convenu de dire « des peuples » car les gens de statut royal étaient régulièrement connus par-delà les frontières – il ne passait généralement pas inaperçu.

La scène présente ne dérogea pas à cette règle, et en entendant le nom de Ciel, les traits de « Sam » s’étaient affaissés légèrement ; son regard jovial brillait d’un tout autre éclat. Une fois que Viorica, qui comme Ciel n’avait rien perçu de tout cela, eut fini sa déclaration, l’homme demeura silencieux, comme si sa réflexion prenait le pas sur sa parole. Puis, lentement, il retrouva son sourire, et dit en tâchant de réemployer ce ton entrainant :

   -  Tu vois, ma petite, je suis à la fois espagnol et Androïde. Je suppose que je suis doublement fou, tu crois pas ?

Sam se mit alors à regarder partout autour de lui, l’air vaguement alerte. Ciel l’imita en se demandant ce qui le rendait si attentif, mais l’Androïde les saisit alors tous deux par les épaules avec une brutalité contenue mais réelle. Il se pencha et dit plus bas :

  -  Où est ta mère, fillette ? Vous… Vous ne pouvez pas rester ici. Vous allez venir au Quartier avec moi. Il y a des gars comme moi là-bas, mais ils sont pas mauvais pour deux sous.

   -  Je suis désolé, monsieur, répliqua Ciel d’un ton un peu froid en se dégageant de l’étreinte de l’homme, mais nous avons déjà à faire. De plus, nous ne vous connaissons pas. Et je suis tout à fait en mesure de m’occuper de mon am…

   -   Ecoute, petit ! coupa Sam si brusquement que Ciel en eut un sursaut. Ton amie ne fera pas long feu si vous restez là ! Et toi non plus. Je ne sais pas où sont vos… responsables, mais manifestement vous vous êtes perdus. Alors soit vous venez avec moi, soit vous encourrez de graves dangers. Les rues espagnoles n’ont rien de semblables aux allées d’un palais royal.  

Et, comme s’il avait percé à jour la logique du petit prince, il ajouta d’un ton entendu :

  -  Un gentilhomme digne de ce nom accepte l’aide afin de protéger une dame. Il ne prend pas le risque de la laisser aux mains de malfrats.

Le mot « malfrat » excita divinement Ciel qui se croyait déjà dans une grande aventure, pleine de drame et d’adrénaline – qui pour lui avaient généralement la même intensité. D’un autre côté, le discours convaincant de l’Androïde l’ébranla sérieusement, et il finit par acquiescer d’un hochement de tête un peu mou.

La référence au palais royal, quant à elle, fut relevée par Ciel. Mais il se demandait encore s’il s’agissait d’une coïncidence ou d’une subtile façon de lui faire comprendre que Sam avait tout deviné. Dans le doute, le petit prince ne dit rien qui pût révéler quoi que ce fût sur l’une ou l’autre des suppositions.

Sam se redressa, l’air grave mais un peu soulagé, avant de lancer :

   - Suivez-moi.

Ciel et Viorica se regardèrent et emboitèrent le pas de l’homme dont ils ne savaient rien. Viorica tenait fermement sa poupée bizarre, et Ciel se demanda si c’était parce qu’elle avait peur. Son cœur battait si fort qu’il l’entendait à chacun de ses pas, comme s’il eût avalé un tambour incapable de se taire. BOM, BOM, BOM, BOM…



Ciel le sentait, ils s’éloignaient de la rue où se trouvait l’hôtel de Viorica. Leur absence s’éternisait et tout le monde l’avait certainement remarqué. Peut-être même que Mme Korzha avait rencontré les majordomes et qu’ils établissaient en ce moment-même une stratégie afin de les retrouver – et, bien évidemment, de les punir. Ciel se mit alors à penser à ce qui pourrait arriver ensuite, lorsque Viorica rentrerait et que sa mère découvrirait qu’il était à l’origine de sa fuite.  Le prendrait-elle pour un criminel ? Le battrait-elle ? C’est qu’elle avait l’air si rude… Se pouvait-il que cet évènement fût la cause d’une guerre entre la France et la Roumanie ? Dans tous les cas, Ciel ne donnait pas cher de sa peau, car lorsque Ronce aurait eu vent de son excursion…

Mais soudain, une pensée terrible apparut dans son esprit. Il n’était même pas sûr qu’ils rentreraient. Peut-être que cet homme, sous ses airs de protecteur bourru, était un assassin d’enfants qui les menait à quelque repère secret dans le but de les découper en petites portions et d’en nourrir son chien carnivore aussi rafistolé que lui ? Peut-être cet homme voudrait-il une rançon ? Faire chanter Ronce ! Ah, les bandits ne manqueraient pas de sauter sur une telle occasion ! Les pires scénarios se dessinaient dans le crâne échauffé du petit souverain. Encore une fois, ce fut la fierté, uniquement la fierté, qui le prévint de dire le moindre mot.

Sam s’était enfoncé dans des dédales de rues et de ruelles, et cette ville prenait de plus en plus l’aspect d’un labyrinthe déguisé. Enfin, ils arrivèrent devant une sorte de vaste hangar délabré dont l’allure était à la fois austère et misérable. L’homme s’avança vers la porte, l’ouvrit dans un grincement, et se tourna vers eux.

   -  Entrez.

Ciel regarda Viorica, Viorica regarda Ciel, puis les deux enfants regardèrent devant eux. Ciel attrapa la main de Viorica, qui était encore plus petite que la sienne. De son autre main, Viorica tenait toujours sa poupée. Ciel n’aimait pas beaucoup les poupées, mais Emilia semblait être d’un grand réconfort pour Viorica, et à cet instant il aurait bien aimé en avoir une aussi.

Et, enfin, ils pénétrèrent dans le hangar. Les mots « base », « rebelle », et « clandestin », ne signifiaient quasiment rien aux oreilles de Ciel. Pourtant, même s'ils n'étaient plus aussi actuels, il ne tarderait pas à en apprendre la définition.




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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Jeu 8 Aoû - 21:32
Viorica perdit son sourire lorsque l’étrange androïde attrapa elle et le petit prince, brutalement, par l’épaule.  La cadette Korzha était une sorte de princesse qui n’appréciait guère d’être secouée, brusquée.  Une lueur d’inquiétude commença à briller dans ses yeux bleus.  Elle se demanda ce qu’elle avait fait de mal…  Bien sûr !  Elle avait désobéi à sa mère et s’était éloignée de l’hôtel.  Oh, vilaine fille !  Viorica, cependant, se doutait que Sam ne les avait pas sauvagement agrippés pour cette raison.  Quoi que la rencontre de cet étrange individu aurait pu être évitée si elle avait écouter les sages paroles de Magdalena.  

Munie de la force de sa mère, Viorica se dégagea vivement de l’étreinte de l’homme et s’en alla vers Ciel, s’éclipsant juste un peu derrière lui, comme pour se protéger.  À nouveau, elle passa sa petite main gantée autour du bras du prince et ne le lâcha pas, gardant le silence.  N’était-ce pas ce que les femmes devaient faire, se taire et ne point intervenir ?  

Si Viorica avait reconnue l’identité princière de Ciel, elle n’en disait rien.  Il était possible, avec son éducation hautaine, qu’elle ait pu reconnaitre le nom de second enfant de la royauté française.  Mais, au final, n’étaient-ils pas que deux simples enfants avides de jeux partis à la découverte du monde ?  

Ils partirent en suivant l’étranger.  La cadette Korzha jeta un coup d’œil dans la direction vers laquelle ils étaient venus puis chuchota, inquiète, près de l’oreille de son ami :

« Mère ne sera pas contente lorsqu’elle verra que je ne suis plus devant l’hôtel. »

La veuve les cherchait-ils ?  Pas encore.  Magdalena calmait ses nerfs en se reposant, profitant de la solitude et surtout, du silence pour reprendre des forces.  Un pays aussi immonde que l’Espagne avait le don de vider toute son énergie…  Maudite magie !  Maudite chaleur !  Plus ils avançaient, plus les rues se détérioraient.  Sortant du quartier touristique, le paysage devenait de plus en plus terne et les déchets roulaient sur les pavés.  Cet endroit, se dit l’enfant, commençait à ressembler à la froide Roumanie.  Viorica ignorait dans quoi elle s’était embarquée et son seul réconfort, alors que son entrain disparaissait à vue d’œil, était Emilia et Ciel.  Ah !  Pourquoi n’avait-elle pas écouté sa mère ?  

Un hangar se dressa devant eux.  Un très grand et très haut hangar.  La petite fille leva grossièrement la tête pour en voir le bout et fut impressionnée.  Impressionnée mais tout de même effrayée.  Ah !  Si seulement elle pouvait retrouver l’entrain précédemment perdu.  Quelques hommes aux allures débraillées se parlèrent de manière bourrue.  Viorica écouta à peine, ne captant que quelques brides de conversation.  L’enfant se pressa contre Ciel et observait autour d’elle de manière nerveuse.  

« Je veux retourner voir Mère. » Marmonna-t-elle.  

La petite roumaine rassembla son courage et interpela Sam.  Fronçant ses petits sourcils bruns et adoptant un air sévère –dans lequel on pouvait y reconnaitre Magdalena, Viorica parla avec assurance… Ou caprice ?  

« Ramenez-nous à l’hôtel !  Tout de suite ! »

Elle aurait aimé imiter la posture de la veuve Korzha en posant ses mains fermement sur ses hanches et en jetant un regard condescendant à tous les autres mais, hélas, la fillette s’agrippait à Ciel tout en tenant sa poupée et, Seigneur !  Elle n’avait pas la taille immense de sa mère.  Elle arrivait à peine aux épaules des étrangers.  
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Dim 1 Sep - 17:41
HRP :
 




Le ton de Viorica changea si soudainement que le cœur de Ciel s’emballa encore plus brusquement, comme si la jovialité de son amie était le seul rempart qui lui restait contre la panique. La petite fille ne semblait plus du tout amusée par la situation, qui semblait d’ailleurs s’envenimer à chaque instant. Ciel le sentait, elle avait peur. Lui aussi.

Lorsque Viorica interpela l’Androïde, Ciel hocha vigoureusement la tête d’un regard ferme – qu’il espérait convaincant – en direction de Sam. Ce dernier dévisagea la petite roumaine, puis l’expression décidée de son compagnon. Et s’il s’apprêtait à accéder à sa requête, il n’en eut pas le temps. Des éclats de voix puissants et plutôt agressifs éclatèrent à l’angle d’une ruelle. Ils semblaient se rapprocher. Ciel regarda en cette direction, Viorica aussi, et s’il n’avait pas été lui-même pétrifié, il aurait sans doute gémit sous la pression que la main de Viorica exerçait contre son bras. Mais de tout cela, ce fut le regard de Sam qui l’alarma le plus. L’homme parut soudainement se raidir, à l’affût comme une bête en danger. Comme une proie. Son œil trafiqué s’allongea vivement, à la manière d’une longue-vue miniature. Puis il attrapa brutalement les épaules des deux enfants.

– Vite ! Entrez là-dedans ! Entrez ! … Les gars, des opposants ! Nom de…

Ciel ne comprit pas le juron proféré par Sam, car ne lui était enseignées que les phrases correctes du langage espagnol. Ce qu’il comprit en revanche, fut qu’il se retrouvait soudain projeté dans une situation dangereuse et agitée, typiquement de celles qui d’ordinaire lui étaient évitées…

– Laissez-nous partir, nous devons retrouver la maman de Viorica. Laissez-nous, nous n’avons rien à faire ici. Lâchez-moi !

Le petit prince se débattait sans succès, car l’emprise de l’homme était trop forte pour lui. Révélant une facette de lui que seul le personnel du château – et sa sœur – connaissait, il se mit alors à mordre sauvagement le bras de Sam, qui s’écarta en criant. Puis Ciel se cala contre Viorica et fit mine de reculer. Ses cheveux blonds, habituellement si bien coiffés, étaient à présent en pétard.

– Petit, tu ne comprends pas. Ces gens sont mauvais, ils combattent les Androïdes. Ils veulent notre mort. Et là, ils sont déments. Ils sont hors de contrôle ! Est-ce que tu comprends, petit ?? Ils vont vous aplatir comme on écrase des mouches ! Et puis, oh ! Regarde la poupée de ta copine ! Pour eux, c’est une preuve de votre appartenance à notre race !

– De quoi parlez-vous ? Quelle race ? Vous dites des bêtises, vous… Vous nous embrouillez ! Ramenez-nous, ramenez-nous !

Ciel pleurait maintenant, ses yeux bleus étaient inondés de larmes et son torse maigre s’agitait avec vigueur. Viorica et lui avaient l’air si petits, si frêles, face à cet être-machine et surtout cet immense hangar, comme une bouche énorme d’un monstre énorme.

– Je ne peux pas. Vous risqueriez de nous trahir.

Sam s’empara d’eux, les soulevant comme de vulgaires sacs de patates, et suivant le mouvement de ses comparses, il s’engouffra dans la bouche énorme du monstre énorme en refermant la porte rouillée derrière eux. Dans le hangar ne se trouvaient que des objets cassés et couverts de rouille, des morceaux de bois, d’anciens appareils, des bouts de verre brisés, quelques tissus rapiécés… Tout cela évoquait d’avantage une décharge qu’un repaire, mais Ciel s’aperçut bien vite qu’il ne s’agissait que d’une couverture, le véritable refuge se situant sous une trappe. Ladite trappe se trouvait au fond de la remise,  recouverte d’un grossier tapis. Les autres Androïdes – ceux qui étaient certainement à l’origine de l’effroi de Viorica – avaient déjà emprunté le passage.

– Dépêchez-vous les enfants. Ils arrivent.

Ciel se retourna sans cesser d’être entrainé par Sam, et il entendit au loin les bruits de pas martelant le sol, accompagnés par les rugissements de cette foule déchainée. La confusion était telle qu’il n’eut que le choix de passer la trappe lui aussi, juste après Viorica dont la tignasse brune disparut dans l’ombre.


♣   ♣   ♣


L’obscurité était si dense que Ciel distinguait à peine la silhouette gracile de Viorica. Il entendait simplement sa respiration vive et forte. Lui-même tâchait de maitriser les soubresauts qui faisaient trembler son corps. Enfin, quelqu’un alluma une chandelle. Ciel put voir qu’ils se trouvaient dans une sorte de cave aux murs en terre sèche. Il y avait des tonneaux et des sacs de toile, ainsi qu’une table avec plusieurs piles de manuscrits.

En levant les yeux, Ciel aperçut le visage de l’homme qui tenait la bougie. Il était si massif et trapu que Ciel jurait que sa propre longueur était inférieure à la largeur de ses épaules. Ses deux jambes étaient mécaniques et grinçaient bizarrement à chacun de ses pas. Une partie de sa mâchoire était également métallique, et l’effet n’en fut que renforcé lorsqu’il prit la parole.

– On restera là jusqu’à ce qu’on soit sûrs que ces tarés soient partis.

Il fit quelques pas, lorgnait d’un air mauvais ses compagnons. Il ne s’était pas encore attardé sur les deux enfants.

– Que ceux qui pensent encore que l’Espagne est le pays de la liberté se fassent entendre ! Vous voyez bien qu’il n’en est rien ! Nous serons toujours des bêtes de foire, au mieux des attractions, au pire des montres à abattre. Des ogres. Nous avons quitté l’Enfer roumain pour mieux errer dans les limbes espagnols. A quoi bon ? Je vous l’avais dit. Je vous avais prévenu. Tant qu’on ne s’attaquera pas à la gangrène à la racine, nous serons toujours victimes de ce genre de dégénérés… Les véritables monstres, ce sont les roumains, les inventeurs, c’est Duca et ses sbires !

– Calme-toi, Carlos, intervint Sam. La violence ne nous aidera pas à améliorer la perception qu’ont les gens de nous.

– Toi, ta gueule ! Tu as vu où nous a mené ta quête d’harmonie ?? La paix n’intéresse pas le peuple ! Le peuple aime la haine, le peuple se nourrit de la répulsion que nous lui provoquons ! Ils ne cherchent pas la paix. Pourquoi prendre la peine de leur offrir ? Révoltons-nous, élevons-nous ! Et allons faire un carnage en Roumanie !

Ciel se mit à renifler malgré lui, ce qui attira immédiatement l’attention du gros balèze qui lui tournait le dos. Se retournant d’un coup, ce dernier chercha des yeux la source de ce bruit parasite, avant d’apercevoir la chevelure blonde du petit prince plaqué contre le mur. Approchant sa chandelle près de son visage, il le scruta attentivement puis lâcha :

– Tu es qui, toi ?

– Je… Je… Je suis Ciel, je suis… suis français. Nous… nous étions… étions en promenade quand… quand…

– Tu peux pas parler normalement ? Et c’est qui, nous ?

Par automatisme, Ciel jeta un regard furtif à Viorica, ce qu’il regretta aussitôt. Le dénommé Carlos se tourna vers elle et l’inspecta avec encore plus d’intensité.

– C’est une belle poupée que tu as, ma jolie. Elle est comme nous ? Dis-moi, d’où viens-tu ? Des cheveux bruns comme les tiens ne sont pas des cheveux de français… Où qu’ils sont, tes parents ?

Ciel remarqua que Sam, plus loin, s’apprêtait à intervenir, mais il se ravisa au dernier moment. Le jeune prince espérait juste que Viorica parviendrait à dissimuler sa nationalité. Et, si possible, la profession de sa mère…

D’un geste vif, il se saisit de la main de Viorica. Certes, la situation n’aurait pu être plus désastreuse. Mais la présence de la petite fille, pourtant aussi faible que lui, était comme une petite source de lumière dans un océan de noir. Une petite fleur dans un univers de métal.




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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Sam 14 Sep - 15:14
Les éclats de voix la firent sursauter. La jeune fille regarda autour d’elle, se demandant d’où provenaient ces voix agressives. Si le ton d’une voix, douce ou brutale, la laissait habituellement indifférente, Viorica s’inquiétait de plus en plus depuis qu’elle s’était enfoncée dans cette ruelle avec le Petit Prince. Jamais, ô grand jamais elle ne lâcha son bras, la présence de son nouvel ami lui était beaucoup trop rassurante. Elle échappa un petit cri lorsque Sam les attrapa et se tortilla violemment. Habile, elle sortit de son petit manteau et se faufila avec Ciel qui avait du mordre pour se libérer.

« Nous n’avons rien à faire ici ! »

Lâcha-t-elle d’une voix forte et assurée avant de passer ses bras malingres autour du français dont le visage s’inondait de larme. Ni d’une ni de deux, l’androïde les attrapa comme de vulgaires objets. Viorica battit des jambes, donna des coups –oubliant toutes règles de bienséance apprise à la pension- et se mit à hurler de rage. Malheureusement, elle manqua rapidement de souffle et la tête commença à lui tourner. Ce fut sans effort qu’elle et le garçon se retrouvèrent enfermés dans un hangar dont ils ne connaissaient rien et n’avaient point envie de connaitre.

***


Les joues de l’enfants étaient rouges. D’essoufflement et de colère. Pourtant, elle demeurait silencieuse, plaquée contre le mur, dans la pénombre. Une chandelle s’alluma. Viorica, sourcils froncés, regarda la spectacle de métal qui se déployait devant eux. Des androïdes et encore des androïdes. Dans sa courte vie d’enfant, elle n’en avait jamais vu autant. À vrai dire, ils ne lui étaient pas du tout communs. Élevée par des inventeurs qui ne pouvaient rester assis à rien faire, construisant toutes sortes de machines et de babioles plus impressionnantes les unes que les autres, des hommes-machines lui paraissaient bien fades. En plus, ils étaient méchants. Les géants étaient larges, ils paraissaient trop forts face à deux gamins. Viorica serra fort sa poupée contre sa poitrine.

La mention d’un carnage en Roumanie l’effraya. Cependant, lorsqu’on a une chère et tendre maman qui fait partie du groupuscule de génies ayant permis à l’électricité d’être utilisable, on avait beaucoup trop d’orgueil pour le montrer. Même à huit ans. Ciel fut pointé, puis ensuite elle. Doucement, ses doigts glissèrent contre le mur et vinrent rejoindre ceux du Petit Prince. Si elle avait été aussi forte que sa mère, sans nul doute qu’elle aurait tapé sur tous ces hommes ! Aucun épargné ! Ils avaient tous été très méchants avec elle et ils ne méritaient pas qu’elle les épargne ! Hélas, que pouvait faire la plus petite des Korzha face à eux ? Rien du tout, sauf se taire. Mais demandait-on aussi aisément à Viorica de se taire ?

« Je suis Viorica Korzha et mon père est mort il y a un mois. »

Dans ses yeux transparurent un éclat de tristesse. Qu’est-ce qu’elle aurait aimé avoir son papa près d’elle, en ce moment ! Lui, lui aurait sans doute joué avec elle, devant l’hôtel. Il aurait joué avec Ciel aussi et jamais ils ne se seraient égarés et retrouvés dans ce pétrin. La jeune fille donna un violent coup de main dans la chandelle avec laquelle l’homme la pointait. Le feu s’éteignit et l’objet se heurta brutalement au sol. La pénombre revint et Viorica pressa Ciel pour qu’ils s’écartent. Elle ignorait vers où elle s’en allait, mais ça serait toujours mieux que devant ce mur froid comme des prisonniers qu’on allait exécuter.
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Dim 15 Sep - 16:52


Il y eut un juron. Ciel tressauta lorsque l’obscurité envahit la pièce – si on pouvait appeler cela une pièce – après que Viorica eut balancé la chandelle sans ménagement. Quelle audace ! S’il n’avait pas été si tétanisé, Ciel aurait été sacrément impressionné.
Le grand type, Carlos, jurait encore. Il jurait en espagnol et Ciel ne comprenait pas bien la portée de ses mots, grand bien lui fît. Viorica, plus réactive que lui, tâchait déjà de se sortir de cette situation, encourageant le garçon à s’éclipser aussi furtivement que possible. Le cœur de Ciel battait si fort qu’il s’étonnait que les battements sonores ne l’eussent pas déjà trahi. Il se sentait pâlir de minute en minute.

Les deux enfants longeaient le mur. Pour la première fois depuis cette mésaventure, leur taille représentait un avantage notable. Ils étaient si frêles et insignifiants qu’ils pouvaient se faufiler aussi discrètement que des insectes. Plongés dans le noir, Ciel ouvrait grand les yeux malgré tout, tâtant de ses petites mains le mur de pierre humide et froid qu’il rasait avec prudence. Où allaient-ils ? Ni lui ni Viorica ne pouvait le savoir. Mais en vue de la longueur dudit mur, il s’avéra que la pièce se prolongeait dans une sorte de galerie, un couloir tout du moins, et ils ne pouvaient qu’espérer que ce passage mènerait à quelque issue. Oh oui, Ciel l’espérait comme il n’avait jamais rien espéré.
Aucun d’entre eux n’osait prononcer le moindre mot. Parfois, Ciel effleurait la main de Viorica sur la façade pierreuse, mais ce frôlement demeurait leur unique contact. Le jeune prince retenait son souffle autant que sa panique.

Ils percevaient toujours les grognements furieux de Carlos. Une agitation fébrile commençait à grouiller parmi l’attroupement d’Androïdes, peu à peu alarmés par l’absence évidente de leurs captifs.

– Où sont-ils, putain ?? OU EST-CE QU’ILS SONT PASSES ?!  

– Ils ne peuvent pas être bien loin, Carlos. Ils sont petits mais tout de même…

– J’ai hâte de broyer le cou de cette petite peste de Roumaine !

Ciel entendit le son d’un crachas propulsé au sol.

– Qu’on les retrouve ! Rallumez une chandelle, qu’est-ce que vous attendez, bande d’abrutis !!

Entre la créature monstrueuse du Congrès et cet homme trafiqué non moins monstrueux, l’opinion du Prince Ciel était faite sur les Androïdes. Si Ronce le voyait ! Jamais il n’aurait dû jouer au petit téméraire. Tout ça pour impressionner Viorica. Elle devait le détester, à présent…
Ciel repensa à ce qu’elle avait déclaré à l’homme, sans laisser suinter la peur que, assurément, elle ressentait bel et bien. Viorica n’avait pas de père. Comme lui. D’autres questions s’imposèrent à son esprit, un peu écartées par l’angoisse ambiante mais bien réelles. En souffrait-elle ? Sa mère semblait si rude, si froide, est-ce que son père l’était aussi ? Est-ce que tous les parents étaient comme Magdalena Korzha ? Et puis… Est-ce que ce père était un inventeur à l’origine des Androïdes ? Viorica ne l’avait jusqu’alors pas mentionné. Néanmoins, l’heure n’était pas aux questions à propos de la généalogie de Viorica Korzha. L’heure était à la fuite et à la survie.

Tandis que la bande d’affreux tâchaient de rétablir la lumière, Ciel entendit le pas brusquement empressé de Viorica. Manifestement, elle aussi avait compris les propos de Carlos la Brute. Ce couloir ne prenait donc jamais fin ?
Ah, si ! Voilà qu’ils débouchaient dans… Mais qu’est-ce que c’était au juste ?

Un conduit. Un conduit d’où filtrait une odeur pestilentielle, tellement forte qu’elle vous saisissait la gorge. Ciel plaqua sa manche contre son visage, réprimant un haut-le-cœur. Aucun doute sur la destination de ce conduit. Il menait directement aux égouts. De mémoire, Ciel n’avait jamais foulé un lieu aussi éloigné de celui qui l’avait vu naitre.
Au loin, les voix hargneuses des Affreux gagnaient en puissance. Et peut-être même en proximité. Avaient-ils deviné que les enfants avaient découvert la galerie ? Ciel regarda le visage fermé de Viorica et fixa son regard d’azur.

– Que faisons-nous ? Nous y allons ?

Il ne pouvait contenir mieux que cela le ton plaintif qui couvrait sa voix. Il fixait le canal obscur, métallique et crasseux qui leur faisait face. L’inconnu leur tendait les bras. Aucun d’eux ne pouvait deviner ce qui les attendait s’ils se jetaient dans le trou noir qui ensuivait l’embouchure. Une chute libre, un toboggan infernal, des canaux interminables… Mais avaient-ils seulement le choix ?




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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Dim 22 Sep - 3:20
Malgré la noirceur, Viorica avançait.  Le mur était froid, ses petites mains roses rencontraient beaucoup d’irrégularités sous ses doigts.  Ils étaient loin des jolies tapisseries posées sur les murs de leur grandiose demeure !  Son corps frêle se raidit : L’horrible et grasse voix de l’homme à la chandelle avait retentit jusqu’à elle.  L’enfant pressa le pas, sautillant presque, faisant de petits bonds pour ne pas que ses chaussures fassent de bruit en frottant contre le sol.  

Ses mèches brunes lui retombaient devant le visage.  Son nœud était de travers et sa robe tachée de saletés.  Ah !  Qu’est-ce qu’elle se ferait réprimander par sa mère, à son retour !  Oui, parce que malgré tous les dangers qui les entouraient, Viorica Korzha, dans un coin de sa tête, voyait déjà la sortie : Il ne restait plus qu’à l’atteindre.  S’enfuir n’était pas une première pour l’enfant qui, quelques semaines plutôt, se faisait courser par les bonnes sœurs de la pension !  Se mettre dans le rang et rester sage, c’était l’affaire de sa grande sœur Maria, ça !  Pas pour elle, oh non !  

Un conduit se présenta à eux.  Viorica plissa le nez, agitant sa petite main devant son visage pour dégager l’odeur.  Intérieurement, elle se dit que ce trou devait déboucher sur les poubelles et, malheureusement, des poubelles avaient tôt fait de stopper la témérité de la jeune fille.  Beurk !  Elle s’accroupit devant l’aération, pesta tout bas et se tourna vers Ciel en espérant que celui-ci avait repéré une sortie plus… propre.  

Hélas… non.  

Viorica prit une énooorme bouffée d’air et commença à s’engouffrer dans le conduit pestilentiel.  Sa mère la mettrait en adoption en voyant le gâchis, à coup sûr !  

***

Magdalena ne s’était pas inquiétée de ne plus voir sa fille devant l’hôtel.  Était-elle surprise ?  Pas le moins du monde.  Ce fut lorsqu’un singulier valet, à bout de souffle, la fit quémander qu’elle commença à réagir.  Diable !  Elle n’arriverait jamais à avoir une minute ou deux pour elle, ne serait-ce que pour lire !  Elle jura en roumain et jeta un regard de tueur au pauvre valet qui, sans doute, avait tenté de trouver les enfants avant de venir chercher la très effrayante mère de la petite fille.  Après tout, c’était le Prince de France qui était en danger !  

Malheureusement pour monsieur le valet, ce n’était pas ce qui préoccupait la scientifique.

***

L’enfant ne voulait pas suivre le chemin du gouffre puant, mais avait-elle le choix ?  Même si c’était une tête brulée, Viorica savait pertinemment qu’elle ne pouvait rien faire contre ses grosses brutes qui, avouons-le, étaient vachement plus fortes que les bonnes sœurs de la pension !  Elle s’accroupit face à la voie peu engageante et s’y engouffra, sourcils froncés.  Beurk, beurk, beurk !  La petite roumaine regarda derrière elle pour voir si Ciel était toujours là.  Il avait une de ces mines !  Très pâle, presque maladif.  Avec sa petite voix, elle chuchota un rassurant :

« On va s’en sortir, Ciel !  On va juste être tous sales ! »

Elle esquissa un large sourire et gonfla les joues pour emmagasinés de l’air.  Viorica fit quelques pas dans le conduit et, tout d’un coup, elle entendit une puissante voix s’élevée derrière eux.  Sursautant, elle se redressa et se cogna contre les parois maculées.  La cadette Korzha écarta les bras, gigota dans tous les sens pour se retourner vers son ami.  Ses yeux brillaient de joie, mêlé avec de la frayeur.  

« Ciel ! Ciel !  C’est mère !  Elle est là ! Je l’ai entendu ! »

Elle pressa le prince à sortir du conduit.  Heureusement qu’ils n’étaient pas trop loin, hein !  Viorica se hissa hors du petit tunnel et passa ses mains sur sa robe.  Elle avait l’air d’une prolétaire, pire encore, d’une sans abris.  Elle plissa le nez, elle-même dégoutée par sa tenue qui, dorénavant, sentait très mauvais.  La petite fille se colla contre son ami et se leva sur la pointe des pieds pour tenter de repérer la source de la douce voix cristalline, Magdalena Korzha.  

Le valet, contrarié d’être confronté à la fois à des androïdes et à une femme hystérique, paniquait.  Il ne savait contrôler la scientifique qui crachait sans peur et sans effroi à la gueule des hommes modifié.  Quant à eux, ils n’éprouvaient aucune gène à se moquer d’une simple femme qui, visiblement, n’avait pas été très bien dressée par son mari.  Néanmoins, certains furent choqués par ses propos mais, rapidement, ils se rendirent compte qu’ils étaient confrontés à la mère de la peste roumaine…  À l’une des créatrices des androïdes ! –Tous les roumains font des androïdes, c’était bien connu-  Magdalena, pleine de rage, pesta, tapa du pied, déplaçait du vent.  

« Croyez-moi, vous le regretterez amèrement si vous ne me dites pas où se trouve Viorica ! »

La voix de la femme était forte, portante.  Viorica, de sa cachette, esquissa un large sourire et attrapa le bras de Ciel pour l’entrainer avec elle.  Ses souliers claquaient rapidement contre le sol et, voila, l’enfant se jetait sur les jupes de sa mère.  Magdalena sursauta, repoussant rapidement le petit pot de colle agrippé à ses vêtements et l’attrapa fermement par les épaules.  

« Mère ! Vous êtes là !
- Pourquoi vous ne m’écoutez jamais ?!
- C’est pas ma faute !
- Vous êtes dégoutante, regardez-vous !
- Vous êtes venue me sauver !
- Ils vous ont blessé ?
- Je vais bien !
- Sûre et certaine ?
- Je vous aime, mère ! »

Magdalena examina la chair de sa chair de la tête aux pieds, ignorant presque la menace qui bouillait à ses côtés.  Ses yeux bleus, sévères, se levèrent vers l’autre petit garçon.  Une petite tête blonde, malingre et qui pourrait se casser au moindre coup de vent trop violent.  Viorica trainait donc avec… Ce prince de France.  L’inventeur lâcha l’enfant et se frotta les tempes avant de se redresser et de regarder les androïdes.  

« Je ne suis pas responsable de vos problèmes.  Vous êtes encore plus imbéciles et pathétiques que ces enfants de six ans !
- J’ai huit ans !
- Huit ans !  C’est encore pire !  Faites un pas de plus vers ma fille et vous êtes morts. »

La grande femme posa une main forte sur la chevelure brune de sa cadette et ferma les yeux quelques secondes.  Elle prit une grande inspiration puis entrouvrit les lèvres pour souffler.  Allons, allons, calmons-nous.  Pas besoin de s’énerver pour… Oui, il y a de quoi être énervé, mais rien qui nécessite une perte de contrôle, si ?  
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Jeu 26 Sep - 22:32


Le soulagement inespéré que témoignait Viorica ne fut, pour le coup, pas bien communicatif. Certes, Ciel était rassuré de savoir que tous deux ne se retrouvaient plus seuls à affronter des terreurs d’élite, comme les appelait le prince en secret, mais la mère Korzha était à elle seule une terreur tout aussi redoutable – à moins qu’elle ne le fût davantage.
Il déglutit avec difficulté, impassible au soudain regain d’énergie de la petite roumaine. Lorgnant furtivement le conduit obscur dans lequel il s’était finalement engouffré, il envisagea l’espace d’un instant de poursuivre son élan malgré tout. Les égouts étaient un sort peut-être plus enviable que l’affrontement avec Magdalena Korzha.
Ciel aurait été moins angoissé de lui faire face s’il ne se trouvait pas dans une position de culpabilité aussi manifeste. Pas de doute, il était un chenapan, et il se ferait châtié pour cela. A nouveau, les pires alternatives s’imposèrent à son imagination, tandis qu’il se voyait de plus en plus comme l’être abominable qui avait failli précipiter la perte de Viorica, enfant joviale et innocente de son état.

Cette dernière scrutait avec empressement le fond du couloir qu’ils avaient dû quitter avec tant de peine. Ciel aussi le scrutait, la gorge nouée et le cœur emballé,  tâchant de repérer une éventuelle gerbe de flamme s’extraire de la bouche de Mme Korzha.

Ciel ne put fuir cependant, puisque Viorica l’empoigna sans ménagement et se précipita à la rencontre de sa mère fulminante. Ciel jurait voir de la fumée grise sortir des narines de l’inventeur.
Même l’attroupement d’Androïdes, qui évoquaient plus une meute enragée qu’un rassemblement d’hommes, semblait perplexe et désemparé devant la présence singulière de cette femme. Oui, cette femme, qui ne semblait se soucier le moins du monde des convenances dérivées de sa condition. Etait-ce dont cela, une mère ?? Ciel ne put s’empêcher d’éprouver une forme de soulagement à l’idée qu’il n’aurait jamais affaire à de telles créatures.

Plus étonnant encore était l’affection évidente que ressentait Viorica à l’égard de sa génitrice – qui somme toute ne lui ressemblait point. La petite fille s’était illuminée d’un sourire radieux dès l’instant où la voix furibonde de Mme Korzha avait envahi l’endroit. Elle était d’ailleurs la seule à sourire en cet instant. Les Androïdes demeuraient confus, penauds, Ciel était nerveux et le Valet… LE VALET ?!
Une bouffée de chaleur monta en lui. Valet était ici ? Ronce avait-elle été prévenue ? La terrible mère savait-elle qui il était ?? La même rengaine, encore et encore, les questions qui pleuvent et ne trouvent aucune réponse en dehors d’un écho assommant. Et dans tous les cas, là n’était pas la priorité de Mme Korzha.
Personne ne daigna interrompre la déclaration enflammée de cette dernière. Ni même Carlos la Brute, qui la considérait dans un mélange de consternation et d’embarras, manifestement incapable de trouver la meilleure façon de réagir à ça.

– Faites un pas de plus vers ma fille et vous êtes morts.

Ciel eut une expression perplexe, se demandant comment de telles menaces parviendraient à exécution. Mme Korzha aurait-elle des pouvoirs inestimés capable de mettre au tapis une bande d’Androïdes mâles et armés ? Son regard ne semblait révélait aucun doute à ce sujet. Sa silhouette, en revanche…

– Madame, finit par lâcher Carlos la Brute dans un rictus dédaigneux. Vous ne devriez pas annoncer des engagements que vous ne saurez tenir. Si la petite est votre fille, je ne peux qu’en conclure que vous faites partie de la vermine sans âme qui a fait de nous ce que nous sommes… Quelle drôle de concours de circonstances… Nous nous apprêtions à nous rendre en Roumanie. Et c’est la Roumanie qui vient à nous.

Il sourit d’un air de crocodile, et quelques rires prudents suivirent cette déclaration. L’assemblée  semblait toujours très décontenancée face à l’intervention de la femme impétueuse qui se tenait face à eux.

– Vous avez certainement un mari ? Une personne disposée à, au moins, nous fournir une rançon.

Dans un mélange de bravoure et d’inconscience, Ciel s’interposa alors entre Magdalena Korzha et l’affreux bonhomme, déclarant d’une voix blanche mais forte :

– Le papa est mort. Il n’y aura pas de rançon. Vous devez nous laisser partir. Ma sœur vous fera pendre.

Il y eut un bref silence.

– A qui il est ce morveux ? Quelle soeur ? C’est le vôtre aussi, Madame ? On dirait que vous êtes plutôt active dans le domaine de…

Le petit prince ne lui laissa néanmoins pas le temps de finir sa phrase – cela valait peut-être mieux – il sortit son épée de son fourreau d’un geste vif – Ciel était certes débile mais il n’était pas malhabile, croyez-le – et sans même prendre le temps de menacer son adversaire il lui enfonça l’extrémité de l’arme en plein dans la cuisse. Cuisse qui par chance, se révéla faite de chair et de sang. Carlos la Brute poussa un cri plus proche de l’état animal que de l’humain en agrippant sa jambe, crachant de douleur. Ciel écarquilla les yeux, bouleversé par son propre geste, son propre affront.

L’Androïde faillit l’attraper par le cou – certainement dans le but de le serrer jusqu’à ce que mort s’ensuive – mais le Valet, resté dans l’ombre jusqu’alors, l’asséna d’un coup de poing inopiné. Cette fois-ci, toute la bande commençait à s’échauffer. Viorica s’était plaqué contre sa mère et Ciel, déduisant que la petite fille y voyait une éventuelle protection, l’imita. S’accrochant aux épais jupons de Mme Korzha, il regardait la troupe d’Androïdes venir lentement dans leur direction. Son épée était tombée. Ils n’avaient rien pour se défendre. Rien d’autre que la verve de Magdalena Korzha.





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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Sam 5 Oct - 14:49
Magdalena Korzha se tenait là, droite, face à la marre d’androïdes qui aurait effrayé n’importe quelle femme.  L’inventeur était certes, très grande, mais pas très large.  Sous son manteau se trouvait de petits bras, une petite taille, et pourtant, il n’y avait qu’un fou pour oser s’en prendre à la veuve.  Malheureusement pour eux, les hommes-machines n’étaient plus très sains d’esprit depuis bien longtemps !  

La déclaration de Carlos la laissa de marbre, quoi que… ses dents se serrèrent davantage.  Magdalena faisait des efforts inhumains pour demeurer calme, et surtout, pleinement consciente de ses faits et gestes.  Elle ferma ses doigts gantés en un solide poing et vint pour répondre à l’androïde lorsqu’une toute petite tête blonde se posta devant elle.  Mais combien d’enfants étaient-ils ?  Elle souffla.  Cruelle, pensa qu’il valait mieux que ça soit lui que Viorica.  Même s’il s’agissait du petit Prince de la France.  Magdalena baissa les yeux sur cette chose insolente qui clamait haut et fort qu’Emilian était mort.  Ah, elle le détestait déjà.  Pourquoi la cadette Korzha ne savait-elle pas se faire des amis calmes et respectueux ?  

Néanmoins, Ciel sut surprendre l’inventeur.  Ce petit bout d’homme savait donc se défendre !  Magdalena fit un bond en arrière, de peur que le malotru ait un geste de défense plutôt violent dans sa direction et, par la même occasion, tira le bras de sa fille vers l’arrière également.  La veuve se sentait déjà fort handicapé par la poigne de Viorica sur sa jupe, sa colère monta d’un cran lorsque le garçon décida de l’imiter.  Seigneur, qu’est-ce qu’elle détestait les enfants !  

« Pourquoi je me retrouve toujours entourée d’imbéciles !? »

Hurla-t-elle, sa voix se répercutant sur les vieux murs qui peinaient à tenir.  Magdalena passa rapidement ses mains sur ses jupes, n’hésitant pas à accrocher les deux enfants agrippés à elle au passage, et en sortit une petite arme.  À première vue, ce n’était rien de bien méchant, d’apparence inoffensive à côté des prothèses des monstres, mais…  Elle voulu reculer pour gagner du temps, alors qu’elle chargeait son arme, mais les enfants l’empêchaient de bouger.  Lorsque l’on se faisait traiter de sorcière et menacer d’être brulée sur le bucher, on s’équipait.  L’arme de l’inventeur n’était pas un pistolet.  La seule chose qui sortait de celle-ci était de petites étincelles colorées, un spectacle à l’apparence bien gentillette…

Un des androïdes s’approcha.  Magdalena remarqua que sa prothèse était abimée et que sa seule arme ne devenait qu’un gros tas de métal incrusté dans sa chair.  Le monstre semblait hésitant.  Parce qu’il s’apprêtait à affronter une femme et des enfants.  C’était contre-nature, d’attaquer des choses aussi faibles et sans défense.  L’homme se dit qu’il pourrait mettre la dame à terre et attraper les enfants, que le problème serait réglé mais, malheureusement, lorsque l’arme brillante de Magdalena rencontra sa peau sale, il se mit à convulser et tomba lourdement au sol.  L’inventeur plissa le nez.  Et un idiot à terre, un !

« Je n’annonce jamais des engagements que je ne saurais tenir. »

Elle rechargea son arme rapidement.  Lorsque Magdalena se déplaça, elle se heurta au petit prince.  Elle manqua de trébucher, à cause du garçon qui se servait d’elle comme d’un bouclier.  Ses yeux bleus se baissèrent vers lui et, si elle n’avait pas les mains prises par son arme, on s’imagine qu’elle n’aurait eu aucune gêne à le repousser voire à le faire tomber au sol.  Ciel était chanceux, la veuve ne dit ni ne fit rien et électrocuta un second malotru.  Nous ne parlerons jamais assez de l’orgueil des mâles qui poussait ceux-ci à se jeter dans la gueule du loup en croyant qu’ils pourraient gagner à tout prix.  Lorsque le corps cessa de convulser, Magdalena écrasa violemment la prothèse de l’androïde avec sa botte, abimant celle-ci jusqu’à la rendre plus handicapante qu’autre chose.  

« Regardez-vous !  Vous êtes complètement ridicules !  Pensez-vous que je sois incapable de me défendre contre mes propres inventions ?!  Je n’en ai strictement rien à faire de votre condition ou de quoi que cela soit, mais était-ce nécessaire d’impliquer le prince de France dans tout cela ?! »

Dès qu’elle avait vu la tête blonde qui accompagnait sa fille, la veuve avait vu la ribambelle de problèmes à venir sur le long terme.  Comment l’idiote de petite Viorica avait-elle pu se retrouver : Perdue, avec le prince Ciel, kidnappée, menacée par des androïdes ?  La prochaine fois ça serait quoi, se faire embarquer dans un cargo servant la révolution anglaise avec la reine déchue ?!  En roumain, l’enfant répondit à l’exclamation de sa mère.  

« Le prince de France, mère ?!
- Vous ne le saviez pas ?!
- Non !
- L’avez-vous seulement regardé ?!
- Oui ! »

C’était pourtant évident qu’il s’agissait du prince de France, non ?  Magdalena, face aux quelques androïdes restant, jeta un coup d’œil entendu au valet.  Elle attrapa brusquement les enfants par le bras après avoir donné son arme à Viorica et les traina dans le vieux hangar, vers la sortie.  Que ce soit sa fille ou le prince d’un pays, Magdalena ne semblait pas savoir faire preuve de douceur.  Pendant combien de temps Ciel se trainerait-il avec les marques de la poigner ferme de la femme la plus brillante de la Roumanie ?  

« Dépêchez-vous.  Mon prince, si vous tombez, je ne vous ramasserai pas. »

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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Lun 4 Nov - 13:55


Ciel ne cessait de trébucher, le pas saccadé et indiscipliné, entrainé par l’allure soutenue de Mme Korzha. Une goutte morveuse s’écoulait légèrement de son nez, mais il était incapable de l’essuyer. Physiquement d’abord, car l’un de ses bras était toujours tenaillé par la poigne tenace de la dame, et l’autre servait de balancier à son corps secoué par cette furieuse cadence. Moralement, c’était presque pire. Ciel était complètement en état de choc. Non seulement il venait de vivre une mésaventure infiniment plus dangereuse et animée que tout ce qu’il avait pu expérimenter au cours de sa jeune vie, mais l’attitude de Mme Korzha à son égard représentait à elle seule un bouleversement des plus conséquents. Ciel était si abasourdi qu’il ne songea même pas à s’en montrer outré. Mme Korzha aurait pu lui demander de se mettre en sous-vêtements pour danser la polka, il l’aurait fait sans broncher.

Viorica avait l’air éreinté mais grandement soulagé, et bien que Ciel partageât en partie ses sentiments, le regard brillant et empreint d’affection sincère que la petite fille adressait à sa mère le perturbait beaucoup. Quelle chose étonnante et redoutable qu’une mère !
Il buta à nouveau sur un pavé – sa déconcentration se révélait fatale en les circonstances – et ce manquement provoqua un soupir exaspéré chez l’inventeur. Ciel trottina prestement en baissant les yeux, totalement soumis à l’autorité de cette femme qu’il trouvait plus impressionnante que n’importe quel éminent souverain. Si Mme Korzha avait dirigé un royaume… Oh non, il frissonnait rien qu’à cette pensée !

Ciel commençait à avoir vraiment chaud. Ses joues avaient viré au rose vif et de la sueur perlait à son front. Son souffle était de plus en plus court. Bientôt, sa vue se troubla, la rue devint chancelante, le ciel ondulant. Le bruit des pas contre les pavés se fit plus sourd, plus lointain. Ciel tâchait de tenir, terrifié à l’idée de faiblir en compagnie de Mme Korzha tant il devinait que cette perspective le rendrait immédiatement insupportable aux yeux de la grande dame. Mais Ciel n’avait jamais réellement su résister à ce genre de défaillance, et les évènements qu’il venait de subir, à présent que la pression était retombée, l’accablaient de tout leur poids. Il ne pouvait résister à tant d’angoisse et tant d’effort. C’était trop.

Ainsi, pour la seconde fois depuis que le Prince Ciel avait foulé le sol espagnol, il tomba en pâmoison. Sa petite main blanche glissa de l’emprise de celle de Mme Korzha et sa frêle silhouette s’effondra sur le sol.


♠    ♠    ♠


– Madame, je vous en prie. Gardez-le auprès de vous le temps que je m’en aille en quête de secours. Cela ne durera qu’un instant.

Sans ouvrir les yeux, Ciel perçut quelques éclats de voix encore un peu nébuleux. C’était son Valet qui parlait. Il reconnut également la voix de Mme Korzha mais ne fut pas en mesure d’en comprendre les mots. Il entendit cependant un soupir. Un autre soupir.

Puis, les pas vifs du Valet qui semblait s’éloigner.
Ses paupières papillonnèrent et il se découvrit étendu sur le trottoir, adossé à un mur. On lui avait ôté son manteau mais le veston noir du majordome lui recouvrait le corps jusqu’aux épaules. La silhouette de Viorica accourut jusqu’à lui.

– Viorica… Je m’excuse de ne pas t’avoir dit que j’étais prince. Est-ce que… Est-ce que nous sommes toujours amis ?

Il aperçut, plus loin, la forme longue et anguleuse de Mme Korzha, ce qui lui fit écarquiller les yeux, une bouffé de chaleur remontant le long de son thorax. Elle ne l’avait pas encore jeté dans un caniveau ? A moins qu’elle ne projetât de le dévorer ?

– Tu ne m’avais pas dit que… Que ta mère était une magicienne.

Eh. Que croyez-vous que ce pût être aux yeux de Ciel, cet instrument étrange et effroyable qui crachait des étincelles ?






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Magdalena Korzha

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Mer 6 Nov - 1:43
Le prince de France tomba au sol comme une vulgaire loque et Magdalena du se pencher pour l’attraper et le traine plus loin.  Ah !  Mais qu’est-ce qu’elle avait fait pour mériter cela ?  Et ce valet qui lui demandait de le garder, en plus de cela !  Elle soupira, c’était tout ce qu’elle pouvait faire, après tout, non ?  Après avoir évité la catastrophe de faire exploser la cellule de Vasile, elle ne pouvait pas laisser le pauvre petit blond seul sur le trottoir.  La veuve Korzha se résolut donc à couver Ciel, le temps qu’il revienne à lui et que la garde royale le ramène.  

« On sera toujours amis ! »

Dit la petite roumaine dans son espagnol maladroit.  Son visage s’illumina et son sourire s’étira.  Contrairement à sa mère qui était demeurée debout, Viorica se trouvait assise près du prince, comme si elle était à son chevet.  Puis soudainement, ses prunelles bleues s’écarquillèrent.  Au même moment, Magdalena se pencha vers le jeune garçon, sévère.  Venait-il de la traiter de magicienne ?  Venait-il de dire que la grande scientifique faisait de la stupide magie ?!  Ses lèvres se plissèrent, mais elle ne fit rien.  Peut-être que l’attitude presque bienveillante de Viorica avait calmé la furie qui habitait la grande femme.  

« Ce n’est pas de la magie, Ci… Mon prince, c’est du la… comment dit-on en espagnol, mère ?
- De la science.  Les roumains ont une aversion pour la magie. »

La sorcière se redressa et fit quelques pas, s’adossant au mur à son tour.  Pourquoi avait-elle emmené son idiote de fille, déjà ?  Ah oui !  Parce que celle-ci ne pouvait être laissée seule, et que la pension l’avait renvoyée.  Alors que Magdalena était repartie dans ses pensées, sans doute en train d’imaginer le prochain plan de son invention, ou lister ses tâches à faire, la cadette Korzha se pencher vers le petit prince et serra ses bras autour de ses épaules.  Oh !  Cela ne passa pas inaperçu aux yeux de la savante qui ne dit rien… jusqu’au moment où Viorica posa ses lèvres roses sur la joue du prince.  La mère se raidit, tapa du pied à la poursuite de sa fille.  Où avait-elle échoué dans l’éducation de cette imbécile ?!  La suite s’enchaina donc dans la langue natale de la mère et de sa fille.  

« Viorica Korzha, que vous est-il passé par la tête ?! »

La gamine ne répondit pas, se contentant de rigoler et de fuir la dure poigne de sa mère.  Malheureusement, Magdalena était plus rapide et se saisit de l’enfant entre ses grandes mains.  Pour se défendre, car elle savait sa mère très susceptible mais également très agressive, elle l’embrassa également sur la joue et fut relâchée immédiatement.  L’inventrice continuait de se demander à quel point elle échouait dans son rôle de mère, laissant la petite retourner auprès de son prince.  Au passage, elle donna un coup dans le mur, mais celui-ci ne bougea pas, cette fois-ci.  

La garde royale française fit son apparition et le garçon fut trimballé du trottoir jusqu’à eux.  Magdalena ne prit pas le temps d’écouter les paroles des hommes venus chercher le prince et tourna les talons, trainant sa fille par le bras.  Viorica agitait la main, haut dans les airs, toute enjouée malgré l’attitude antisociale et courroucée de sa mère.  Eh !  Ça faisait tout de même huit ans qu’elle connaissait le Jabberwock, elle avait appris à vivre avec et à ne pas s’offusquer de l’attitude de Magdalena Korzha.  La veuve aimait sa fille, elle ne le montrait tout simplement pas.  
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Prince Ciel

MessageSujet: Re: [Année 0002] Le petit prince et la fleur    Mar 12 Nov - 23:39

Les bras du valet soulevèrent le corps gracile et flasque du petit prince. Tout proche, des médecins, des gardes et des nourrices attendaient, anxieux. La tête de Ciel dodelina un instant avant de se laisser tomber en arrière, en partie soutenue par le biceps du majordome. Ses yeux mi-clos fixaient faiblement Viorica, qui semblait vaguement inquiète mais avait préservé son sourire lumineux. Ce sourire sembla réchauffer Ciel encore plus que le soleil, mais une crispation désagréable et angoissée assaillit son cœur tandis qu’il voyait le sourire s’éloigner.

– Non, non, attendez. Vio… Viorica…

Le valet s’éloignait implacablement. Il faisait rapetisser la silhouette, déjà fort menue, de la petite roumaine. La seule amie que Ciel eût jamais eue était en train de disparaitre. Il vit les mains de sa mère-dragonne se refermer sur ses épaules. Pourquoi Valet l’ignorait-il ?

– Valet. Ramène-moi un instant là-bas. Je dois dire au revoir à Viorica.

– Je suis navré, mon Prince, mais votre sœur a exigé que vous fûtes ramené immédiatement à votre carrosse. Elle refuse que votre amitié avec cette jeune fille soit encouragée, ni même tolérée. J’en suis désolé.

Ciel resta silencieux un moment. Son petit corps était doucement secoué par la cadence hâtive du domestique. En examinant ses habits, il remarqua les diverses taches de souillure et de poussière qui les salissaient. C’était la première fois qu’il se trouvait si encrotté.

– Comment Ronce a-t-elle été mise au courant ? Est-elle fâchée ?

– Je crois, mon Prince, qu’elle a surtout eu très peur. Il marqua un temps et ajouta : Quant à l’information de votre fuite, elle lui a été communiquée via une conversation de miroirs magiques. Votre sœur sait tout.

Une bouffée de crainte accapara la gorge de Ciel, mais il était trop faible et trop triste pour véritablement s’inquiéter. Ronce pouvait bien le disputer, le punir. Rien n’était pire à ses yeux, en cet instant, que la séparation entre lui et Viorica.

– Laisse-moi descendre, Valet.

– Je suis navré, sire, mais…

– Valet. S’il te plait. souffla le petit prince.

Le majordome plongea son regard gris dans celui, vibrant, intense, de son souverain.
Emettant un soupir las et résigné, il consentit à poser l’enfant à terre, s’assurant tout de même que ce dernier était en mesure de marcher. Ciel fit quelques pas, hésitants, fébriles. Il voyait, déjà très loin, la silhouette stoïque de Viorica. Ses pas se hâtèrent, s’accélérèrent. Il courait, il filait comme un dératé. Il courait comme il n’avait jamais couru.

Son corps chétif heurta celui, non plus robuste, de la petite fille. Il l’enlaça de ses bras, un peu brusquement sans doute, un peu maladroitement certainement, mais Viorica ne s’en formalisa pas. Sa mère eut un regard courroucé, mais même elle n’eut pas le cœur à briser cette union.

Ciel se pencha à l’oreille de la fillette et susurra :

– Je ne t’oublierai jamais, Viorica.  Je ne sais pas si nous nous reverrons parce que… Sa gorge se noua. Ecris-moi. Ecris à Pauline, ma nourrice. Ma sœur ne voudra pas que nous nous écrivions. Pauline transmettra les lettres. Ce sera notre secret.

Il s’écarta légèrement. Viorica souriait toujours. Ciel sourit à son tour, un sourire légèrement ému mais presque aussi lumineux que celui de son amie.

– Merci.

Craignant que l’émotion ne le submergeât, le petit prince tourna les talons et s’enfuit à toutes jambes. Il ne savait pas s’il pourrait un jour revoir le visage de la petite fille. Il ne savait qu’une chose. Son sourire comme un soleil brillerait à jamais dans sa mémoire.




FIN




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[Année 0002] Le petit prince et la fleur

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