[Année 0002] Harmony in Disarray // Terminé

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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Ven 5 Juil - 23:34
Un ciel dégagé, une mer de nuages blancs... Le vent en poupe, et la proue qui fend les cieux. Le cadre est idyllique, et le Capitaine Sofia de Belmonte est à l'avant de son navire, une main sur son chapeau, l'autre agrippée à une corde, les cheveux au vent. Dieu, qu'un peu de repos fait un bien fou !! Cela faisait bien longtemps qu'un voyage ne s'était pas montré aussi reposant. Les soutes étaient pleines de tissus et d'épices, sur lesquels elle avait prélevé une belle commission, et elle comptait bien aller les offrir à sa mère, discrètement. Depuis que son père l'avait reniée, il était de plus en plus difficile d'avoir des opportunités de rencontrer à Mrs. Darling.

La journée était sublime, et la nuit le fut aussi. Le matin, quant à lui, fut bien moins poétique.

Sofia fut réveillée en sursaut par une drôle d'odeur. Avant même qu'André / Louise ne frappe à sa cabine, elle était déjà debout, habillée, et sur le point de se diriger vers la salle des machines.

- Capitaine, on a perdu de l'altitude cette nuit.
- Je sens ça. Et on en perd encore. C'est quoi cette odeur ?
- Aucune idée, Capitaine. Ils cherchent encore !



Sofia retira sa veste et la fourra dans les bras d'André, rapidement suivi du chapeau à plume. Elle retroussa ses manches, et sortit un bout de ficelle d'une poche pour attacher ses cheveux en une queue de cheval grossière, lui donnant un air un peu plus inquiétant et sauvage, même. Sans un mot de plus, elle entra dans la salle des machines, et le premier détail qui la fit tiquer fut l'absence de cette chaleur étouffante si caractéristique à cet endroit. Lucce, le responsable de la salle des machines, avait des tâches de suie un peu partout sur lui, et observait un lot de feuilles attachées sur une planche, un crayon entre les dents. Ses cernes trahissait qu'il n'avait pas dû dormir depuis un moment...

- Au rapport ?



Le moment qu'il devait redouter. Gêné, il tenta bien de fuir le regard courroucé de son supérieur, mais il ne put s'y soustraire bien longtemps.

- Je ne sais pas quoi vous dire, Capitaine. On a cherché partout. Je fouille dans les plans depuis dix minutes pour voir si quelque chose nous aurait échappé, mais je ne trouve rien qui puisse expliquer cette baisse d'altitude. Tout fonctionne parfaitement bien, je...
- ... ne comprends pas, oui, tu l'as déjà dit. Combien de temps avant impact avec la mer ? Dis moi qu'on peut amerrir...
- ... On peut amerrir ?



Sofia leva les yeux au ciel et partit à son tour passer en revue la machinerie. Comme Lucce l'avait dit, tout était parfaitement huilé ; pas la moindre poussière dans les engrenage, pas de carburant manquant...

... Carburant ?

- Ca pourrait venir du carburant ? On ne s'est pas arrêté au même endroit que d'habitude ! Si c'est de la came...



Le Flyin' Compass rencontra alors la mer, et tout le monde quitta le sol durant quelques secondes, jusqu'à ce que la gravité ne reprenne ses droits. Sofia soupira, remonta rapidement sur le pont. Ils étaient au milieu de nul part... Vraiment ? Au loin, il y avait une île. J'ai un mauvais pressentiment... Mais pas le choix. Il fallait qu'ils puissent vider le carburant pour en remettre du bon, autant que possible, et vérifier que le problème venait bien de là ! Peu rassurée, le capitaine resta sur le pont, et donna les ordres pour gagner l'île. Et plus le Flyin' Compass voguait pour s'en approcher, plus le malaise de Wendy s'intensifiait.

Oh non...

André la rejoignit et lui rendit ses vêtements, que Sofia enfila rapidement.

- Je descendrai sur l'île. Veille à ce qu'ils vidange correctement nos réservoirs pour mettre le carburant habituel. Que personne ne mette le pied à terre, compris ? Je te laisse le commandement.



Ainsi donc, le Flyin' Compass jeta l'ancre dans la crique, et Sofia prit un canot pour gagner la plage, seule. Elle fit quelques dans le sable mais s'arrêta, prise d'un frisson.

- Neverland...



Un endroit qui n'était pas fait pour elle... Elle qui était aujourd'hui adulte. Que dirait Peter s'il la voyait aujourd'hui ? Avait-il seulement grandi ? Son visage se figea dans une expression entre la nostalgie, la peur, le regret... Voilà pourquoi elle refusait que qui que ce soit ne l'accompagne : ici, elle avait bien trop de souvenirs pour pouvoir garder son faciès glacial... Et déjà, en moins d'une minutes, elle se dit que c'était une très mauvaise idée d'être descendue...
Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Lun 8 Juil - 19:13






Peter ne le savait pas, mais il se sentait seul. Une bande entière de garçons perdus venait de déserter, ne pouvant résister à la tentation de retrouver un foyer. Quelle bêtise ! Cela avait été une bien grande erreur de ramener cette fille ici. A l’instar d’autres comme elles, elle avait pris l’initiative de les ramener à Londres pour les faire adopter. Non mais vraiment ! Peu importe, il aurait tôt fait de l’oublier…

– Grandissez, grandissez ! Que le monde entier se teinte de gris à vos yeux !

Peter criait à plein poumons, la rage au cœur, dans la grande cabane souterraine à présent vidée de toute vie. Toute vie à part lui et Clochette, sa fée-grelot.

– Nous sommes bien mieux tout seuls !

Et pour se prouver à lui-même qu’il n’avait pas tort, il se mit à rire aux éclats puis à jouer de la flûte en dansant. Mais cette activité l’ennuya vite, et il décida finalement de sortir au grand air.

Il aurait tant aimé que des pirates sanguinaires, de la trempe de Hook, amarrassent sur son île ! Ainsi, il aurait été sûr de se distraire. Mais depuis trop longtemps, la plage demeurait vide. Peter se mit alors à l’inspection de son territoire, en bon maitre des lieux. Sur l’île, l’eau ruisselait, le vent agitait les arbres, les fleurs poussaient et fanaient, les animaux naissaient et mourraient, et pourtant… Pourtant il y avait toujours cette drôle d’impression dans l’air. Cette impression que le temps, ici, n’avait pas sa place.

Peter s’amusait parfois à saupoudrer les endroits de l’île de poussière de fée, ce qui certainement avait un certain effet sur l’environnement. Et sur lui. Bien ! Les nuages étaient à leur place. Les arbres n’étaient ni trop verts, ni trop orangés. Les fleurs s’étiraient doucement car certaines d’entre elles venaient de terminer leur sieste. Peter compta les familles de lions, de loups et d’oiseaux, s’assurant qu’aucun rejeton n’était trop à la traine. Il vérifia que les montagnes de l’île étaient toujours aussi hautes qu’auparavant. Il examina les ruisseaux, pour être sûr que l’un d’entre eux n’avait pas été trop paresseux pour s’écouler. Les cascades, les fougères, les troncs, les rochers, les perchoirs des fées… Même sa cabane dans un arbre, celle qu’il avait construite avec Wendy lors du Grand Nettoyage de Printemps, était à sa place. Satisfait, Pan se posa sur un rocher, les poings sur les hanches, tel un monarque balayant du regard son royaume.

Et quel royaume ! Oh, vous auriez pu proposer à Peter tout l’or du monde, rien n’était plus précieux à ses yeux que cet endroit…  

Mais à présent, il ne savait déjà plus quoi faire. L’idée lui vint alors de fabriquer des maisons pour les fées à l’aide de coquillages – qui constituaient en outre de très beau meubles. C’est ainsi qu’il se dirigea vers la plage, sans se douter qu’il y ferait une rencontre inimaginable.

Lorsque Peter arriva sur la plage, émergeant de la pénombre des arbres dans son costume de feuilles mêlées à des toiles d’araignées – Peter, lorsqu’il demeurait sur son île, ne portait plus de vêtements mais un habit naturel confectionné avec les éléments de l’île – il n’était pas seul. Une silhouette méconnue se tenait au loin, statique.

Très intrigué, Peter se dirigea d’un pas vif vers l’inconnu, ses pieds nus faisant virevolter le sable autour de lui. Ses cheveux paraissaient encore plus rougeoyants à la lumière du Soleil. Mais d’ordinaire, ils étaient aussi capricieux que lui et pouvaient passer du blond foncé au châtain doré.

Lorsqu’il fut à la hauteur de l’individu, qui faisait une sacrément drôle de tête en le regardant, il dit d’une voix claire :

– Bonjour. Je suis Peter Pan. Ceci est mon île. Qui êtes-vous ?

Contrairement à bien des gens, Peter était insensible aux camouflages visant à faire passer une demoiselle pour un monsieur. Il savait toujours reconnaitre les dames. Qu’elles fussent en pantalon ou en jupon. La jeune personne qui se trouvait devant lui était une grande fille à l’air autoritaire, mais dans ses yeux se nichait une tendresse imprévue. Ces yeux-là ne pouvaient qu’appartenir à une femme. Mais c’était bien la première fois que Peter rencontrait une femme en accoutrement de… pirate !

– Nom d’un crochet, vous êtes un pirate ! s’écria-t-il en bondissant.

Il sortit alors son poignard, faisant face d’un air menaçant à l’envahisseur.

– Qui que vous soyez, soyez prête à vous battre !

Oh, ne pensez pas que Peter feignait de ne pas reconnaitre son ancienne amie, qui avait été sa compagne autant que sa mère de substitution, le temps d’un séjour magique. Il ne feignait rien. Peter ne reconnaissait en rien Wendy Darling dans cette silhouette formée et ce visage grandi. Depuis des années déjà, il l’avait oublié. Et peut-être en valait-il mieux ainsi, car si Peter s’était remémoré le souvenir de sa précieuse Wendy à cet instant, comprenant que la Wendy avait délaissé son monde pour celui des adultes, son cœur se serait déchiré et son cri aurait résonné jusqu’au sommet des montagnes de Neverland.

Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Sam 13 Juil - 19:17

Et soudain, il apparut, comme dans un rêve - comme dans ce rêve bien particulier, en tout cas, qui s'était révélé ô combien réel avec le temps. Peter n'avait pas changé, et cela surprit autant que cela terrifia Sofia. Sa bouche légèrement bée, le regard un peu écarquillé, elle resta quelques secondes tétanisée, incapable de faire autre chose que fixer cet enfant éternel.

Ils avaient tant partagé ensembles, comment pouvait-elle douter qu'il soit honnête ? Ce n'était qu'un jeu pour lui. Que ce soit de la traiter de pirate, ou de demander son nom... Alors Sofia joua le jeu, et dégaina son sabre dans un large mouvement gracieux, juste histoire de l'impressionner un peu :

- Je sais où nous sommes. Et je ne suis point un pirate, mais un chasseur de prime.



Et elle parlait au masculin, histoire de jouer le jeu. Pourtant, un détail lui revint en mémoire : cette fâcheuse tendance que Peter avait de tout oublier. Tout le temps. Combien de fois avait-il fallu qu'elle lui répète son nom, entre Londres et Neverland, pour qu'il s'en souvienne ? Alors, là... Il ne se souvenait pas d'elle, ou au contraire, comme il avait grillé son déguisement, il savait à qui il avait à faire ? Sabre pointé vers lui, Sofia le dominait de toute sa hauteur d'adulte - alors qu'il y a quelques années, elle devait lever la tête pour croiser son regard...

- Pour connaître mon nom, tu devras me battre, Peter Pan.



Sofia - Wendy - connaissait très bien la façon de se battre de Peter. Puis, ses propres années d'expérience lui donnaient un avantage certain. Si elle le voulait, elle le battrait à plates coutures avant même qu'il n'esquisse deux pas. Mais Peter ne voulait pas se battre pour protéger Neverland. Pour lui, ce n'était qu'une nouvelle aventure à vivre, un jeu qui ferait son temps. Elle croisa donc le fer, échangea quelques coups avec Peter, gardant toujours l'avantage, mais sans chercher à lui faire mal. Elle prenait garde à ne pas le blesser, même quand elle en avait l'opportunité. Et tandis qu'ils s'échangeaient les coups, elle se permit de lancer une pique :

- Je crois que tu n'as pas vraiment envie de connaître mon nom... Ni même savoir ce que je fais ici.



Et très rapidement, le jeu n'amusa plus Sofia. La patience n'était plus son fort, quand il ne s'agissait pas d'une traque... Elle "tricha" - car évidemment, quand on se bat avec des armes, on ne devrait pas faire un croche-pied à son adversaire, et Pan risquait de le relever ! - et tint Peter, allongé dans le sable, en respect du bout de son épée, touchant presque sa gorge. Elle prit le temps de mieux l'observer encore, à la recherche du moindre changement physique dans son apparence. Mais rien, vraiment rien... Pas un cheveux plus long, pas une ride ou une tâche de rousseur en plus ou en moins. Il était parfaitement identique au Peter qu'elle avait connu il y a plus de dix ans.

C'en était presque terrifiant.

- Je suppose que tu ne me reconnais pas... Après tout ce temps. Tu as même dû m'oublier sitôt que j'ai disparu de ton champ de vision.



C'était triste. D'un autre côté, sans lui... Souffrirait-elle autant aujourd'hui, si elle n'avait pas passé tant de temps sur cette île, à ses côtés ? Aujourd'hui, Wendy serait sans doute mère, cloîtrée dans une vie qu'elle désirait tant enfant, mais qui lui paraissait tellement rasoir aujourd'hui... Elle retira son sabre de la gorge de Peter pour le ranger dans son fourreau et croisa les bras. Que faire ? Lui rafraichir la mémoire ? Ou le laisser dans l'ignorance, repartir sur le Compass et l'oublier, lui aussi ? Le regard de Sofia lorgna vers le ciel : et Crochet, serait-il encore dans le coin ? Quelle honte... Elle est belle, la chasseuse de prime, qui n'a jamais pensé à revenir ici voir si son ennemi y était... Allez, inspire, Sofia.

- Tu sais, j'ai toujours ton baiser, Peter.



Elle faisait référence au bouton de chemise en forme de gland qu'il lui avait donné, lors de leur première rencontre. Wendy avait donc décidé de lui rafraîchir la mémoire, et elle sentait bien qu'elle allait le regretter à un moment...
Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Sam 20 Juil - 13:45


Peter jubilait. L’inconnue réagissait exactement comme il le souhaitait, avec panache et répondant. Ce n’était pas une simple grande personne au visage fondu devant ce qu’elle croyait être un pauvre enfant en mal d’amour – et d’hygiène. Cette femme-là, qu’elle fût pirate ou chasseur de prime, avait du cran, et n’entendait pas se laisser faire. Tout ce qu’il adorait, en somme ! Cette effervescence fut telle qu’il ne releva même pas le fait que la jeune femme venait de laisser entendre qu’elle connaissait son île, ce qui était absolument impossible.

En revanche, le garçon ne s’attendait pas à tant d’ardeur, en particulier de la part… d’une fille. L’étrangère combattait avec force et précision, et aucune des parades de Peter ne fut en mesure de la déstabiliser. De plus en plus perplexe, il sentait qu’il perdait du terrain, il reculait malgré lui et ses mouvements devenaient chaque fois un peu plus lents et hésitants. Son visage, à mesure qu’il prenait conscience de son infériorité, délaissait cette expression malicieuse pour un air inquiet, presque effrayé. Malgré cela, jamais Peter n’aurait abandonné un combat ou triché pour le remporter. Il était trop fier et trop noble pour cela, d’une façon que seuls les enfants et les héros de légendes savent encore le faire. Ainsi, il accusa chaque coup porté, se protégeant de son poignard sous l’assaut de cette lame déchainée. Son ennemie dit alors :

– Je crois que tu n'as pas vraiment envie de connaître mon nom... Ni même savoir ce que je fais ici.

Mais il n’eut pas le loisir de songer d’avantage à cette phrase dont il ne comprenait ni le sens ni la portée.

Lorsque Peter sentit sa jambe perdre l’équilibre, il n’eut pas le temps de comprendre que l’inconnue venait de lui asséner une béquille dans le but de le faire tomber à terre. Ce qui, d’ailleurs, réussit. Voyez-vous, la trahison, aussi infime soit-elle, est un fait tout à fait réservé aux grandes personnes, et les enfants n’ont pas encore l’esprit formé à ce type de travers. Ainsi, il demeura choqué, abasourdi, incapable du moindre geste, tant l’acte de son adversaire échappait à sa logique.

L’épée qui le surplombait était bien inutile, car Peter était, de toutes façons, pétrifié.

Pourtant, la jeune femme aussi semblait troublée. Son regard ne cessait de fixer le visage de Peter, comme si elle tentait d’y déceler quelque chose de spécial. Peter, les yeux légèrement plissés, ne disait rien, il demeurait étendu sur le sable en respirant laborieusement. Et alors, elle dit ceci :

– Je suppose que tu ne me reconnais pas... Après tout ce temps. Tu as même dû m'oublier sitôt que j'ai disparu de ton champ de vision.

S’il y avait de la rancœur de cette phrase, Peter ne le remarqua pas. Il n’avait jamais été capable de sentir ces sentiments complexes dans la voix des filles et des femmes, qui faisaient pourtant tout pour qu’il s’en rendît compte. La jalousie, le regret, l’espoir. La colère. Il n’y était pas indifférent. Il ne les voyait simplement pas. Peut-être était-il trop innocent, ou bien trop centré sur lui-même, pour que ce fût possible. Toujours est-il que l’annonce de l’inconnue parut des plus énigmatiques.


Et puis, cette phrase.

– Tu sais, j’ai toujours ton baiser, Peter.

Le mot évoqua à l’esprit de Peter ce qui ressemblait à une éclosion de fleur très rapide. Mais tout était flou, trop flou, et il fut contraint de plisser les yeux devant la perplexité que lui provoquaient ces émotions étranges…

Un baiser. Oui, ce mot tinta d’une façon tout à fait spéciale à ses oreilles. Quelle forme avait un baiser ? Il se demandait. Il tentait de se rappeler. Et tout arriva, d’un seul coup, comme une énorme bourrasque prévenant la tempête. Le baiser, le dé, Clochette, la petite maison de feuillages, et puis la potion, la fenêtre, le nettoyage de printemps… et…

La lame s’écarta de son thorax exposé. Peter se releva doucement, fixant intensément le visage dur de son interlocutrice.

– Wendy ?

L’esprit de Peter était en feu, à présent. Il bouillonnait, crachait comme un volcan, et la lave de son esprit s’écoulait jusqu’à son cœur, qu’il sentait enserré. Peter avait mal, une douleur furieuse se diffusait dans son corps. Jamais une personne ne lui avait semblé si grande. Jamais le temps ne s’était montré si cruel, si indubitablement cruel et surpuissant.

Il s’avança, doucement, avec le même regard que s’il avait assisté à la fonte d’une statue de glace. Car en effet, le souvenir de Wendy fondait, et toute tentative de le préserver eut été vaine. Sans cesser de regarder la longue silhouette de celle qui fut sa compagne d’aventure autant que sa petite mère de substitution, il dit d’une voix où perçait la détresse :

– Non… Non, ce n’est pas toi. Où sont tes cheveux ? Ils n’étaient pas comme ça. Et… Et tu es si grande, si grande. Wendy n’était pas si grande… Et… Et, oh non, jamais, jamais Wendy ne serait devenue pirate ! Jamais ! Tu mens, tu n’es pas Wendy ! Ce n’est pas possible ! Menteuse !

Il pleurait à présent, des larmes rageuses et farouches, et sa voix criarde se coupait par moments, essoufflée par les sanglots. Il scrutait toujours, comme pour la défier, le visage de cette imposteuse.

–  Clochette dit que tu es affreuse ! cracha-t-il d’un ton vengeur, comme s’il espérait que cette remarque produisît chez la jeune fille une partie de la douleur qui le dévorait lui-même.

Il est certain que si Peter avait vraiment cru que l’inconnue n’était pas Wendy, il n’aurait pas été si affolé. Nous le savons bien et, au fond, lui aussi le savait. Mais certaines choses sont si difficiles à admettre que l’on préfère les nier même devant l’évidence. Ainsi, Peter nia, il nia de toutes ses forces que Wendy Darling eût pu devenir une grande personne.



Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Sam 20 Juil - 20:36

Wendy.

Un nom aujourd'hui honni, mais pourtant, quand Peter le prononce, la jeune femme est prise d'un frisson. Contrairement aux autres fois où quelqu'un l'a appelée ainsi, elle n'a pas la bile au bord des lèvres, mais Sofia ressent pourtant un certain malaise à être ainsi nommée. Ou est-ce l'expression de Peter qui lui tord l'estomac ? Quand on y repense avec l'esprit d'un adulte, on pourrait voir dans les éclats de rires parfois forcés de Pan un besoin de faire croire qu'il se fiche de tout et de tout le monde. Qu'il n'y a pas de place pour le malheur dans son coeur ou son esprit.

Aujourd'hui, pourtant, son faciès joyeux se déforme, et sa voix est pleine de détresse quand il commence à faire preuve de déni. Sofia en a mal au coeur. De quel droit s'est-elle permis de faire cela ? Qu'ai-je fais... Elle se mordit la lèvre inférieur, et pour la première fois depuis bien longtemps, l'expression glaciale de son visage se métamorphose pour exprimer sa douleur - et combien elle est désolée. Ce ne sera pas suffisant, elle le sait bien... Elle voudrait faire un pas vers lui, le serrer dans ses bras pour le consoler, comme elle le faisait plus jeune, et quand Peter faisait des cauchemars la nuit.

Mais pourquoi tu as fait ça, Sof ?!

Voilà qu'elle se met en colère contre elle-même. Il n'y a rien de plus cruel, quand on est adulte, que de faire du mal à un enfant - à cet enfant-là en particulier. Que pouvait-elle faire, à présent ? S'excuser ? C'était bien trop tard, et n'aurait aucun impact... Et puis, elle ne pouvait pas vraiment s'excuser d'avoir grandi, et laissé Mère Nature faire son office. Sofia posa un genou à terre, pour mettre son visage à la même hauteur que celui de Peter. Ses lèvres entrouvertes cherchaient quel son, quels mots prononcer. Elle aurait tant voulu tendre les bras, jouer le rôle de sa mère quelques secondes, juste le temps de le consoler.

... Toi, mère, Sofia. Et puis quoi encore !

Elle retira son chapeau et le posa dans le sable. Une bise légère faisait danser la plume, puis quelques mèches de ses cheveux devant son regard améthyste. Sofia voulut tendre la main, mais la dernière phrase de Peter la coupa dans son élan ; à la place, les longs doigts fins de sa main droite se refermèrent sur le cuir de sa botte. Il ne me pardonnera jamais... Je viens de lui briser le coeur, comme...

Elle serra les dents, se détesta un peu plus, puis elle soupira.

- Aujourd'hui, je me fais appeler Sofia, mais c'est bien moi, Wendy. J'ai... J'ai grandi, Peter.



Quelle idiotie que d'énoncer ainsi l'évidence !

- J'ai changé, plutôt... Et je ne suis pas si affreuse, enfin, je trouve que cette couleur de cheveux me sied plutôt bien !



A ce moment-là, le Capitaine De Belmonte se rendit compte qu'elle parlait avec sa voix de tous les jours - sa voix travestie. C'était devenu un tel automatisme de parler avec cette voix d'homme... Sofia se racla la gorge et ajouta, faussement blessée :

- Et je ne suis pas pirate. Je les chasse, les pirates, pour les faire enfermer en prison et gagner beaucoup d'or.



Mince, sa propre voix lui semblait trop étrange, soudain, à l'oreille ! Elle fronça légèrement les sourcils, et renonça à se forcer à parler avec sa voix de fille. Et, à ce moment là, elle se décida à tendre la main, dans un geste profondément maternel qu'elle ne se connaissait pas.

- Je suis désolée, Peter. Je ne voulais pas te blesser à ce point... Je suis désolée, vraiment.



Et elle se retrouva bien incapable de dire quoi que ce fût de plus.
Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Lun 22 Juil - 20:46


Peter s’écarta brusquement.

– Ne me touche pas !

Peter n’aimait pas qu’on le touchât. Chacun le savait. En d’autres circonstances cependant, il aurait certainement laissé Wendy Darling l’approcher. Si elle avait été moins grande, moins haute, moins vieille… Même sa voix était différente.

Si Wendy tâchait d’alléger l’aspect dramatique de la situation, elle était plutôt maladroite. Pourquoi prenait-elle ce timbre grave et caverneux qui ne lui allait pas du tout ? Et pourquoi avait-elle troqué son nom qui sonnait pourtant comme un doux pépiement d’oiseau ? Et pourquoi soudainement, la perspective d’amasser de l’or paraissait si réjouissante à ses yeux ?? Peter ne reconnaissait en rien sa Wendy. Il faillit lui planter son poignard dans le cœur, afin d’en finir avec cette entrevue qui paraissait l’enfoncer dans le sol à chaque minute. Fort heureusement, Wendy – il est encore difficile de nommer la jeune femme Sofia, mettons-nous à la place de Peter – adressa des excuses que Peter jugea sincères, et ceci retint son geste.

En revanche, il est vrai qu’il refusa que la main de la jeune femme, aujourd’hui longue et pourvue de la grâce des femmes, ne l’atteignît. Peter était partagé, et cette position le mettait dans un tel état qu’il mourrait d’envie de hurler à pleins poumons.

Mais soudain, la révélation. Il faut savoir que l’espoir est pour Peter ce qu’un objet brillant est pour une pie voleuse, il s’en saisit à chaque occasion et le transforme en promesse inestimable. De la même façon que la pie chérit ses trouvailles avec une délicatesse excessive, Peter change ses lueurs d’espoir en certitudes inébranlables. Vous aurez beau lui dire qu’il fabule ou exagère, il est déjà trop loin et ne vous écoute plus.

Il se mit alors à sourire soudainement, passant littéralement de la pluie au beau temps.  Puis il dit d’une voix où suintait l’évidence :

– Alors… Si tu es revenue, c’est pour redevenir une enfant !

Aucune autre explication n’était louable – ou même envisageable – aux yeux de Peter. Le hasard simple aurait été une justification trop ennuyeuse, et Peter croyait au destin. Et, finalement, peut-être n’avait-il pas tort, car l’on dit qu’il est impossible que seule la chance eût pu vous guider vers le rivage de Neverland…

Peter, que la joie gagnait déjà, sortit ses ailes d’un coup vif, ne ressentant même pas de douleur. L’euphorie était telle chez lui qu’elle faisait office d’anesthésiant, que ce fût la souffrance physique ou la souffrance de l’âme. Il se mit à voler de tous côtés, tel un oiseau pris de folie, voltigeant autour de Wendy en riant aux éclats. Il avait déjà oublié qu’elle se nommait à présent Sofia de Belmonte.

Lorsque ses ardeurs se furent apaisées – juste un peu – il se posa au sol légèrement étourdi et dit d’une voix chantante et malicieuse :

– L’île a bien changé depuis ton départ ! Ce qui était faux.  Voudrais-tu la visiter ? Tu ne dois plus te souvenir du lagon aux sirènes ! Et le village indien ? Des papooses sont nés ! Oh, et sais-tu que les loups ont eu une terrible dispute avec les tigres ? J’ai dû intervenir de peur qu’ils s’entredévorent. Beaucoup de garçons perdus sont morts mais ne t’inquiète pas il y en a de nouveaux. Quoiqu’ils sont tous partis à présent. Pendant que tu attends dans la maison souterraine, j’irai en chercher. Tu seras leur maman ! La précédente a démissionné. Quant aux pirates, il n’y en a pas en ce moment, mais cela ne saurait tarder ! Il reste les fées petites, mais tu sais comme elles sont capricieuses, je préfère éviter de les voir pour l’heure.  Par quoi veux-tu commencer, Wendy ?  

Son débit de parole ajouté à l’excitation lui avaient coupé le souffle. Son torse se soulevait avec force tandis qu’il guettait, toujours souriant, la réponse de Sofia. Qui ne pouvait être, assurément, que positive.


Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 28 Juil - 23:24

Sofia ramena sa main contre sa poitrine quand Peter lui lança un "Ne me touche pas !" qui eut l'effet d'une brulure sur elle. Oh, elle avait mal au coeur pour lui, et ses excuses semblèrent l'apaiser, au moins un peu... Il avait visiblement beaucoup de mal à accepter l'évidence, mais il était trop tard pour faire machine arrière. Tout l'or du monde ne pourrait pas rendre sa jeunesse ni son caractère à Wendy. Il fallait seulement en convaincre Peter, et, si cet exercice se révélait déjà ardu - voire impossible - c'était sans compter sur l'idée de génie qui lui traversa l'esprit.

Et là, Sofia savait que c'était fichu. Quand une idée passait par la tête de Peter, il devenait presque impossible de l'en défaire. Et la chasseuse de prime eut un frisson quand cette idée traversa les lèvres de Peter pour gagner ses oreilles, au point qu'elle en eut la chair de poule. Redevenir une enfant ? C'était impossible, même pour lui.

... Ca l'était, n'est-ce pas ? Sofia eut un léger moment de panique où elle fut simplement incapable de prononcer un mot. Et fort heureusement d'ailleurs, car après tout, qu'aurait-elle pu dire, sinon quelque chose de blessant ? Nul doute qu'elle aurait envenimé la situation... Et ce n'était pas du tout ce qu'elle cherchait. A vrai dire, rien ne lui semblait plus rassurant, en ce moment, que d'aller se terrer au fond de son hamac sous une couette. Etrange comme cette réaction était puérile... Elle se mordit la lèvre, et regarda Peter voleter autour d'elle. Quelque part, tout au fond de son coeur, l'enfant en elle l'enviait de réussir encore à voler - quelque chose qu'elle avait complètement "oublié", bien entendu... Cependant, sa raison d'adulte ne trouvait pas toute cette histoire très "raisonnable", justement. Légèrement penchée en arrière, très réticente, elle l'écoutait proposer une visite guidée de cette île dont elle avait rêvé maintes fois enfant, qu'elle avait visité, sur laquelle elle avait vécu de nombreuses lunes... Pourtant, l'idée de regagner le Flyin Compass à la nage était bien plus alléchante que la proposition de Peter.

Fais un choix, Sofia !

Plus facile à dire qu'à faire... Elle notait avec une certaine fierté maternelle que sa mémoire était moins défaillante qu'avant - il n'oubliait plus les enfants, il disait qu'ils étaient morts - avec une froideur à lui en donner la chair de poule - et remplacés comme on le fait normalement pour des objets. Et puis... Il évitait les fées ? Il lui semblait qu'il les aimait bien, pourtant... Mais ce qui faisait peur à Wendy, c'était bien cette histoire de jouer à la maman pour de nouveaux enfants... Pourtant, la tentation de visiter l'île était trop forte... Et puis prendre une revanche sur ces pestes de sirènes... Ca ne pouvait pas se refuser.

- J'adorerai visiter l'île avec toi, Peter... Mais j'ai quelques conditions, cependant. Il y a des gens qui m'attendent sur mon vaisseau - alors je ne pourrai pas rester materner de nouveaux enfants perdus dans la maison souterraine.



"Et je ne peux plus y rentrer, dans la maison souterraine, de toute façon..."

- Et je ne sais plus voler... Mais je suppose que ça n'est pas un problème pour toi ?



En tout cas, elle se releva, et laissa son chapeau dans le sable. Il faudrait qu'elle revienne le chercher, bien entendu, aussi posa-t-elle un caillou sur le rebord plat pour qu'il ne s'envole pas. Ce n'était rien qu'une précaution... Elle épousseta un peu le sable de sa veste, rappelant à Peter combien elle était grande - et peut-être que ça le ferait revenir sur sa décision... En tout cas, elle se sentait prête, quoi qu'il arrive. Et c'était bien étrange de ressentir cela...

Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Mar 6 Aoû - 18:57


Peter resta un moment interdit, comme s’il tâchait de déchiffrer un langage qu’il ne connaissait pas. Et d’ailleurs, ce n’était pas tant éloigné de la vérité. Le fait que Wendy dise « Je ne sais plus voler » sonnait comme une faute de grammaire.

Le plus troublant, cependant, ne fut bizarrement pas cette triste révélation. Ce fut ce que Wendy, ou plutôt Sofia, dit juste avant cela. Et à nouveau, ce n’était pas les propos eux-mêmes qui gênaient Peter, mais l’effet qu’ils produisaient. Car, il le sentait bien, Wendy laissait entendre qu’elle était pressée par le temps. Que ses occupations actuelles l’empêchaient de savourer les plaisirs de l’île comme elle l’aurait fait auparavant. Qu’elle lui faisait la faveur de l’accompagner, sans oublier toutefois de poser ses conditions… En somme, elle avait bien mieux à faire.

Ce fait contrastait tant avec la Wendy du passé – passé qui était aussi proche pour Peter qu’il était lointain pour Sofia – qu’il ne sut que répondre. Il n’eut même pas le temps d’être vexé, car c’était la confusion qui régnait en son cœur avant toute autre chose. Peter ne s’était jamais entendu dire qu’on n’avait que peu de temps à lui accorder.

Silencieux, il laissa la grande Wendy poser son grand chapeau à grande plume sur le sol. Ce ne fut que lorsqu’elle parut vraiment attendre une réaction de sa part qu’il se décida à parler, rejetant légèrement la tête en arrière :

– Ce n’est pas grave que tu ne voles pas. Les Garçons Perdus ne volent pas non plus. Bon, on y va ?

Il était un peu sec, mais à nouveau ce n’était pas par orgueil. Il éprouvait une forme d’angoisse, de crainte diffuse en tous cas, comme un souverain dont le trône se mettrait à chanceler. Pour lui, c’était ses certitudes qui se trouvaient ébranlées. Avait-il raison de laisser Wendy pénétrer à nouveau dans son royaume ? En avait-elle le droit ? Aucune grande personne n’était supposée avoir la permission de fouler ces terres sacrées d’enfance. Et il se demandait à présent s’il n’était pas sur le point de braver cet interdit qu’il avait lui-même prononcé, aveuglé par son ancien attachement pour la petite Wendy.

Ainsi, il fallait qu’il fût certain que Sofia de Belmonte avait encore le cœur et l’esprit qu’il avait connu autrefois. La revisite de l’île prit alors un tout autre sens…



Le Pays de Jamais, comme l’avait appelé Peter car ce pays ne changeait pas, tout comme lui, était assez vaste et varié pour une île perdue dans l’Océan. Et bien qu’elle ne connût qu’un unique rivage et que peu de visiteurs extérieurs avaient eu l’occasion d’en fouler le sol, elle portait en son sein une multitude de merveilles… Peter n’était plus impressionné par son île, mais il savait qu’elle impressionnait les autres. Il se souvenait des yeux brillants de Wendy Darling lorsqu’elle avait découvert le lagon aux sirènes et le village indien. Sans parler des fées petites. Serait-elle aussi émerveillée ? Pour Peter, c’était une question de vie ou de mort. Car si Sofia n’avait pas les yeux brillants à la redécouverte de ce paradis d’enfant, Peter serait contraint de la tuer. Il ne pouvait laisser une grande personne parcourir son monde. Il vit alors son ombre, étalée sur un rocher, tandis qu’ils s’apprêtaient à entrer dans la jungle. Sous ses yeux, elle se mit à grandir et à noircir de manière tout à fait effroyable, et cela le fit frissonner des pieds à la tête. Il en était sûr à présent. Il avait peur.

Afin de mettre toutes les chances de son côté – bien qu’il s’y sentît obligé, Peter n’avait aucune envie de tuer Wendy – le garçon piocha dans sa pochette de poussière magique, vestige de son temps passé en compagnie des fées qui l’avaient recueilli. La poudre ayant la faculté de changer la perception du temps et de la réalité de celui qui en était saupoudré, il espérait que son effet serait efficace sur l’esprit grandi de Wendy. En effet, la poussière agissait presque exclusivement sur les âmes juvéniles.

Voyez-vous, l’imagination d’un enfant ne souffre de quasiment aucune limite. Si un adulte – exception faite des adultes possédant un cœur d’enfant, tel que les poètes, qui sont un cas particulier – est saupoudré de poussière de fée, ses rêves et ses espoirs d’enfant reviendront à la surface. Il verra les choses qui l’entourent de la même façon que quand il était enfant, avec la même innocence et la même gaité. Mais ce pouvoir ne saura leur donner qu’une nostalgie brûlante et lourde de regret. Leur corps d’adulte leur paraitra fort encombrant et comme ils savent qu’ils ne sauraient s’en débarrasser, ils se mettent à envier leurs enfants. Eux-mêmes ne savent ni voler, ni croire, ni voir l’impossible. Ils se souviendront seulement à quel point ils avaient le pouvoir de le faire, lorsqu’ils n’étaient pas encore condamnés. C’est pour cette raison qu’il est déconseillé de distribuer de la poudre à des grandes personnes. Elles ne le supporteraient pas.

Un enfant, lui, est insensible à ces tourments réservés aux grands. Il est encore tout imprégné d’insouciance et de fantaisie. Du fait que l’ingrédient principal pour faire agir la poudre est la foi, tout ce que l’enfant croit peut prendre vie sous ses yeux. C’est ainsi que si un enfant croit qu’il peut voler, il volera. Si un enfant croit que les fées petites, les sirènes et les animaux parlants existent, ces choses se matérialiseront. Bien entendu, cela fait bien longtemps que Peter n’a plus besoin de sa dose de poussière pour voir tout cela.

Mais revenons à présent à notre histoire. Rappelez-vous, Peter s’apprête maintenant à tester son ancienne amie, afin de voir de quel côté elle penche le plus. Si vous éprouvez quelques doutes à son égard, je ne peux que vous comprendre, après tout Wendy avait déjà les cheveux presque blancs !



Une fois que Peter eut dispersé la poudre sur le crâne de la jeune femme, il attendit de voir le fameux éclat dans ses yeux – qui avaient par ailleurs une couleur tout à fait spéciale qui faillit l’envouter de façon certaine. Une fois qu’il crut apercevoir une ébauche de flamme dans les prunelles de Wendy, il la prit par la main et leur voyage commença.

Ils traversèrent d’abord la grande forêt, verte et luxuriante, remplie de plantes loufoques et magnifiques qui n’existaient nulle part ailleurs. Peter rappela à Wendy les arbres avec lesquels ils avaient conversés lors de son séjour. Ils croisèrent plusieurs animaux, qui les regardaient avec méfiance car ils n’étaient pas accoutumés à voir une grande personne sur leur territoire. Puis ce fut au tour du village indien, bien que Wendy ne dût pas garder d’excellents souvenirs du temps passé en leur compagnie. Peter en profita pour montrer au loin les montagnes de l’île, car il se souvint que la petite Wendy les aimait bien.

Il avait gardé le meilleur pour la fin, et après une courte pause, ils se rendirent au lagon… Elles ne vinrent pas tout de suite, car elles savaient se faire désirer et demeuraient toujours discrètes en présence d’étrangers, mais elles ne tardèrent pas à émerger de l’eau. Les sirènes. Tandis que Peter, réjoui, s’approchait d’elles en trempant ses jambes nues dans l’eau, les créatures des abysses lorgnaient la jeune femme d’un drôle d’air.

– Qui est-ce, Peter ? demandèrent-elles en dévoilant un peu plus leur silhouette.

Peter se laissa entrainer par l’étreinte d’une des quatre sirènes qui le tirait doucement par la main. Je ne saurais vous dire s’il y avait réellement des sirènes sur l’île de Neverland. Mais je crois que pour cette fois, elles n’étaient pas que le produit d’une imagination infantile. Si l’on s’attarde un peu sur la question, il parait naturel que les sirènes, créatures mystérieuses et secrètes, se sentissent à leur aise en un lieu si éloigné du monde connu…

Peter, à présent entièrement immergé, cracha une petite gerbe d’eau avant de répondre :

– Vous ne la reconnaissez pas ? C’est Wendy !

Les sirènes parurent perplexes un moment, avant de prendre un air carrément farouche, puis dangereusement malicieux.

– Bien sûr, Wendy ! Es-tu aussi gourde qu’auparavant ?

–  A moins que tu ne le sois devenue encore plus !

–  On va vérifier cela tout de suite, les filles !

Et dans un mélange d’éclats de rires et d’éclaboussures, les sirènes s’approchèrent du rocher sur lequel se trouvait toujours Wendy, tentant de lui faire perdre l’équilibre pour la pousser à l’eau. Peter, peu sensible à la détresse de la jeune fille, observait la scène en riant. Il semblait oublier le fait que la jeune Wendy Darling avait vraiment changé.


Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Sam 10 Aoû - 21:24

Wendy sentait les changements d'humeur subtiles de Peter, et bien malgré elle, elle en avait peur. Mais plus encore, elle craignait de se retrouver confrontée à Neverland. Et si le souhait de Peter se réalisait ? Si elle redevenait vraiment une enfant ? Elle ne pouvait pas se permettre d'abandonner le Flyin Compass, ni son équipage, et encore moins sa quête de vengeance. Alors, tandis qu'elle le vit sortir la poudre de fée, Sofia ne put s'empêcher de souhaiter, vraiment, ne pas redevenir une enfant... Ou alors, l'être pour quelques minutes, quelques heures seulement. Oui, c'était ça : tant qu'elle était avec Peter, peu importait le reste du monde ; sur l'île du Pays de Jamais, on ne se préoccupe point du temps, juste... De l'instant présent.

Elle se revit, enfant, alors que Peter secouait Clochette au-dessus de leurs têtes à eux trois, afin de les faire s'envoler. Bien malgré elle, elle refit cette adorable moue, identique à celle qu'elle avait eue la première fois, craignant peut-être d'être arrosée, mais souriante. Elle aurait eu un miroir, elle aurait sans doute été abasourdie par le changement radical de ses propres émotions et expressions faciales. L'instant présent. Carpe Diem. Et pour l'instant, Sofia redevenait Wendy Darling, cette enfant qui racontait des histoires à ses deux cadets, nourrissait leur imagination, et réalisait son rêve d'aller à Neverland...

La poudre de fée lui donna des frissons, d'étranges picotements. Elle aurait dû se méfier, peut-être paniquer, comme un adulte devrait le faire. Mais pourtant, elle sentit ses sens s'élargir à son environnement. Le coeur léger, le sourire aux lèvres comme elle ne l'avait pas eu depuis bien longtemps, elle prit la main de Peter et le suivit à travers l'île.

Wendy n'avait jamais repensé à Neverland. Son esprit tout entier s'était accroché à Crochet, mais jamais à l'île où ils s'étaient rencontrés. C'est donc, comme l'avait Peter plus tôt, une redécouverte complète de l'île. Elle se souvenait où elle avait été, mais pas avec précision. Ce fut un régal pour les yeux, un ravissement pour son coeur et son esprit. Neverland... Pour un peu, elle reviendrait presque sur sa décision, et émettrait le désir de rester ici, finalement. A quoi bon chasser des pirates, pour de l'or qui servait à des parents ingrats ?

"Wendy, Wendy !! Comment oses-tu penser cela de ta mère ?
... Sofia, tu t'appelles Sofia !"



Evidemment, ce sermon arriva quand ils se posèrent au milieu du lagon. Une pause, enfin !! En équilibre précaire sur un rocher, Sofia réussit finalement à se tenir droite, quoique peu rassurée. Il a déjà été mentionné que la fière Capitaine de Belmonte, qui naviguait dans le ciel, avait une peur bleue de se noyer ? Sans doute que cette phobie venait de ces sirènes, d'ailleurs. Pourtant, la petite fille en elle adorait ces créatures. Elle allait très vite réapprendre à les détester. Toujours droite comme un piquet sur son rocher, elle les regarda apparaître avec une certaine appréhension. Car entendre Peter la présenter comme étant Wendy - mais si, souvenez-vous, c'est Wendy ! - elle en eut un frisson ; car les sirènes étaient bien décidé à lui rafraîchir la mémoire, et pas que !

Adieu sa vision d'enfant. Très vite, Sofia reprit possession de ses moyens, avec un certain malaise, alors que les sirènes l'arrosait, et cherchaient à tirer sur ses vêtements. Son équilibre précaire l'obligea à danser d'un pied sur l'autre, et ces stupides créatures ne voulaient pas arrêter !! Le coeur battant, elle fit ce qu'elle ne devrait peut-être pas alors qu'elle est en infériorité numérique - et surtout à Neverland : elle dégaina son sabre, et trancha la main qui s'était accrochée à sa veste, et qui allait la faire tomber. Elle ne récoltait que ce qu'elle méritait !! A la recherche de son équilibre, le pied gauche sur le rocher, le droit en l'air, Sofia n'en était pas moins menaçante avec son sabre maculé de sang.

- Alors, les filles ? Me trouvez-vous toujours aussi gourde ? Je peux vous montrer combien je suis adroite avec ce genre d'objet, ça vous dit ?



Sofia prenait peut-être une certaine revanche sur le passé, mais elle était bien décidée à ne pas se laisser faire, cette fois. Elle jonglait avec son sabre, d'une main, pleine d'une nouvelles assurance et une certaine arrogance - sans doute due au fait qu'elle avait enfin trouvé son équilibre... Mais pour combien de temps ?
Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Ven 16 Aoû - 18:46


Un silence pesant s’imposa, uniquement troublé par les clapotis de l’eau qui les entourait. Peter, mouvant son corps dans le lagon pour s’empêcher de couler, ses cheveux mouillés plaqués sur le front, regardait d’un air éteint le sabre sanguinolent de Wendy. Sofia.

La sirène avait mis un certain temps à réaliser qu’on venait de lui couper la main, et ce fut l’horreur de cette vision avant même la douleur qui lui arracha un cri strident. Déconfite et affolée, la sirène blessée s’écarta puis sombra dans les profondeurs. L’expression à la fois choquée et furieuse, ses compagnes adressèrent à Peter un regard haineux avant de rejoindre leur amie mutilée, éclaboussant abondamment le garçon au passage. Celui-ci regagna le rocher en suffoquant, se hissa dessus et, sans même songer à se secouer, se mit debout sans rien dire. Il fixait Wendy d’un drôle d’air, comme s’il se demandait si c’était bien elle ou s’il n’avait pas été abusé par quelque sortilège.

Au bout d’un certain temps, il mit ses cheveux ruisselants en arrière et dit d’une voix qu’il voulait joyeuse :

– Heureusement que tu n’es pas une pirate, dis donc.

Il ne faisait aucun doute que le ton de sa phrase laissant entendre qu’en vérité, il n’en était pas si sûr. Peter avait une conscience très limitée du monde. Pour lui, une personne capable de trancher une main d’un coup de sabre et de s’exprimer comme Sofia l’avait fait, c’était forcément un pirate. Se rendait-il compte qu’il avait peur ? Non, certainement pas. Il ne se rendait pas compte que son regard devenait craintif et que les battements de son cœur s’étaient légèrement accélérés. Cet épisode avait quelque peu rompu le charme de cette visite féérique…

Il fallait redonner de l’éclat à cette aventure ! Féérique, féérique… Justement, la dernière étape, et non des moindres, prévue par Peter, c’était les fées. Wendy – la petite Wendy – était fascinée par les fées. Elle l’avait toujours été, même lorsque Clochette s’était montrée particulièrement exécrable envers elle – en l’occurrence, il s’agissait même d’un euphémisme, ladite Clochette ayant tenté de la descendre.  Peter comptait sur cela pour anesthésier Sofia et rendre sa place à Wendy. Il avait quasiment réussi, jusqu’à ce que cette sirène de malheur y mît son grain de sel…

Mais Peter n’était pas du genre à se laisser abattre, nous le savons bien, et c’est avec un entrain certain qu’il mena Sofia-Wendy en direction de l’Arbre aux Fées. Beaucoup d’entre elles dormaient – les fées apprécient les siestes à rallonge – mais plusieurs étaient affairées à des occupations que seules des fées peuvent trouver importantes. La lueur émanant de leurs frêles silhouettes se reflétait dans les yeux de Wendy que Peter scrutait avec malice, car il était convaincu à présent que son plan était un succès.

Le jour déclinait et la pénombre bleutée du crépuscule offrait un éclat tout particulier aux fées lucioles qui voletaient, dansaient ou se reposaient autour du grand arbre. Certains étaient blanches, d’autres bleues. Aucune ne prêtait attention à eux, tandis qu’ils se tenaient accroupis derrière les fougères, observant ce spectacle unique sans dire un mot.

A nouveau, nous pourrions nous poser la question de savoir si ces fées étaient réellement là, si ces fées existaient pour de vrai. Nous pourrions douter de leur réalité, puisque nous savons qu’elles pourraient tout à fait n’être qu’un effet délicieux de la poudre de Peter. Mais au fond, cette question n’aurait pas beaucoup d’intérêt. Quand une chose est si belle et si magique, on se moque bien de savoir si elle est réelle ou non.

Ce fut alors que Peter se leva et, décrochant la flûte à sa ceinture, il se mit à jouer un air singulier, profond, un air envoûtant. Plusieurs fées se retournèrent vers lui,  attirées, et certaines vinrent jusqu’à eux. Peter ne cessait de jouer tout en souriant vaguement, le regard toujours aussi malicieux. Il apparaissait dans sa toute-puissance, celle que Wendy avait déjà connue. Il n’était plus un enfant alors, plus un humain. Il devenait une sorte d’esprit ensorcelant, l’esprit même de l’île, l’esprit endiablé de l’enfance.

Les fées qui les avaient rejoints se mirent à danser en cercle, doucement et lentement, comme bercées par le vent. Une farandole lumineuse dans le bleu sombre du ciel, sous les yeux émerveillés de Sofia de Belmonte, qui semblait rapetisser à chaque seconde. Peter cessa de jouer et, dans un murmure résonnant, il souffla sans pitié :

– Voudrais-tu danser avec elles, Wendy ?


Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 26 Aoû - 21:39

Le petit air satisfait et sauvage de Sofia disparut non pas en même temps que les sirènes dans l'eau, mais dès que Peter prit la parole. Prise dans le feu de la bataille, et dans un tourbillon de rancœur, elle n'avait pas vraiment mesuré l'horreur de son geste. Ainsi donc, pour la première fois depuis longtemps, elle baissa piteusement le nez vers l'eau, comme une petite fille prise en faute. Et quand ses bras se rangèrent le long de son corps, elle recommença à chanceler, histoire d'en rajouter une couche. Rapidement, son sabre retrouva son fourreau, et Sofia son équilibre précaire. Pourtant, son malaise fut de courte durée : car si elle sentait bien que l'entrain de Peter était forcé, comme souvent, au moins parvint-il à lui changer les idées en l'entraînant loin de cette eau tâchée d'écarlate.

Elle se laissa porter par Peter et par les courants d'air, appréciant cette sensation comme si elle ne l'avait pas vécue quelques heures plus tôt à bord de son navire. La sensation du vol, c'était quelque chose qu'elle aimait tant, pire qu'une drogue. Et là, elle pouvait le faire sans d'autres contraintes que la minuscule main de Peter dans la sienne ; de moins en moins, Sofia se souciait du temps qu'elle passait en sa compagnie, juste avide de revoir toute l'île, de croiser ses habitants - en espérant ne pas réitérer l'épisode du lagon malgré tout. Une petite voix intérieure lui souffla pourtant de rester sur ses gardes, car après tout, elle était en milieu hostile... Mais évidemment, Sofia n'écoutait pas cette petite voix, préférant laisser son esprit vagabonder au travers de la forêt qu'ils traversaient. Elle se sentait bien, si bien, trop bien. L'adulte en elle ne parvenait même pas à imposer sa raison, même si son murmure se faisait encore entendre dans un coin de son esprit.

Les voilà qui se posent enfin, et marchent silencieusement jusqu'à des fougères, que Peter écarte légèrement. Wendy reste bouche bée face au spectacle offert par les lucioles de la clairière, autour de l'arbre. Il faut que l'une d'elles passe tout prêt de son visage pour que la jeune femme ne se rende compte qu'il ne s'agit pas d'insectes lumineux, mais de fées. Elle inspire, et bloque sa respiration sans même s'en rendre compte, abasourdie par ce qui se déroule pour elle. Oh, elle devrait se souvenir que Clochette ne l'aimait pas, et avec son recul d'adulte, se rendre compte que celle fée là n'était qu'une sale bestiole. Mais rien à faire : Wendy était émerveillée au point d'en avoir la chair de poule. L'incident du lagon était oublié face au spectacle féérique qui s'offrait à ses yeux émerveillés. Sa bouche formait un "Oh !" long et muet, admiratif. Et dans sa poitrine bandée, son coeur battait à une vitesse folle ; si elle y avait prêté attention, elle aurait pu se demander s'il n'allait finir par en sortir pour se joindre au ballet des fées.

Wendy sursauta quand Peter se leva pour manifester sa présence en jouant de sa flûte. Et loin de casser l'ambiance féérique, il ne fit qu'y rajouter une bonne dose de magie supplémentaire. La jeune femme se redressa lentement à son tour, les mains jointes sur son coeur, perdue dans cette contemplation. Elle avait avancé de quelques pas, pour rester au coeur du tourbillon de lumières ; les fées voltigeaient autour de Peter, évidemment, attirées autant par lui que par sa musique envoûtante. Wendy - ou plutôt Sofia - aurait pu avoir un frisson en voyant son jeune ami en cet instant, un frisson qui lui aurait fait reprendre pied avec la réalité, avec le temps qui lui était si précieux, à elle. Mais non : le spectacle des fées hypnotisait complètement la jeune femme, insouciante de ce qui se passait en dehors de son champ de vision. En cet instant, Wendy aurait aimé être de la taille d'une poupée, dotée d'ailes, pour se joindre à leur valse.

Et comme si Peter avait lu dans ses pensées, il cessa de jouer pour le lui proposer. Danser avec les fées... Wendy avait dû apprendre des tas de danses, quand elle était en Angleterre, le genre de chorégraphie ennuyeuse où chaque pas était programmé, devait être effectué dans un ordre et un temps précis. Elle avait excellé dans cet art, et se retrouvait horrifiée par les danses paillardes des marins avec qui elle avait travaillé en Espagne, à ses débuts. Même encore aujourd'hui, il lui plaisait d'esquisser en cachette quelques pas sur une musique imaginaire... Aujourd'hui pourtant, elle se contenta de sourire, d'ouvrir les bras en grand. Wendy avait la grâce d'une ballerine quand elle écarta son pied droit du gauche ; la suite fut beaucoup moins poétique. La tête renversée en arrière, les yeux clos, ses pieds la firent simplement tourner en rond. Ses bras se laissaient guider par un guide fantomatique, sans qu'elle ne change pourtant le sens de sa danse. Tantôt elle arborait un sourire enfantin, tantôt un visage serein... Mais jamais elle ne doute de vivre un moment unique en son genre. Seules la musique et les faibles lueurs qu'elle percevait au-delà de ses paupières closes comptaient.

Wendy dansait, entouré de dizaines et de dizaines de petites fées lumineuses, et plus rien de comptait autour d'elle.

Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Mar 10 Sep - 18:06


Peter regardait la jeune et illuminée Wendy Darling – il n’y avait alors plus aucune trace de Sofia de Belmonte – d’un air satisfait. Presque fier. Oui, c’était de l’orgueil qu’on pensait déceler au fond de ses pupilles tandis qu’il lorgnait avec un sourire assuré les courbes que le corps de la jeune fille traçait dans le ciel. Un véritable Endymion. Il avait su recréer sa Wendy. A nouveau, il refaisait le monde. Il faisait le sien. C’était sa revanche.

Mais ce moment suspendu dut prendre fin, car en dehors de Peter lui-même, toutes les choses ont une fin. L’instant dut paraitre court à Wendy, mais il fut très long. Il dura, en vérité, presque toute la nuit. Lorsque Peter, tout en délicatesse, alla extraire la jeune fille de son ballet aérien, les premières lueurs de l’aube apparaissaient déjà.

Encore transportée par son moment privilégié avec les fées, Wendy se laissa guider par Peter jusqu’à l’endroit où se trouvait la Maison Souterraine. Il s’agissait de la cachette recluse de Peter et ses compagnons de l’île, dont lui seul connaissait l’accès et la position précise. C’était le seul lieu où Peter pouvait être totalement à l’abri. Et je n’entends pas seulement au sein de l’île. Wendy, elle, ne quittait pas cette expression bénie, presque extatique, qui avait envahi son visage.
On accédait à la Maison Souterraine par un grand arbre – assez grand du moins pour y laisser passer une personne– et Peter consentit à laisser son invitée emprunter son passage. Elle eut un peu de mal à s’y faufiler – la taille du trou était conçue pour un enfant – mais au terme de quelques efforts, elle finit par accéder au repaire secret de Peter Pan.

Il y avait certes quelque chose de fascinant dans cet endroit qui ne ressemblait à aucun autre. L’ingéniosité avec laquelle les enfants avaient organisé leur existence, avec ces chandelles disséminées à chaque recoin, offrant à la pièce un éclairage teinté, presque élégant. Ces objets endommagés, parfois en pièces, qui constituaient  leurs meubles. Beaucoup d’entre eux étaient de constitution métallique et semblaient avoir été récupérés de décharges citadines, puis arrangés ou complétés par des attributs improvisés. Certains mécanismes paraissaient encore en état de marche, en vue de la fumée qui s’échappait de quelques embouts. Difficile en revanche de définir leur utilité exacte. Il y avait une table de fortune, des chaises et fauteuils dépareillés, et un nombre incalculable d’armes et de bibelots. C’était ici que Peter, lorsqu’il s’exilait, vivait.
On trouvait aussi des traces de sang sur les murs, et d’autres tâches à la provenance douteuse. Après tout, aucun adulte n’était là pour prendre soin du lieu et de ses habitants. C’est pourquoi l’aspect fascinant de la Maison était altérée par une dimension plus grave, plus pathétique. On voyait que c’était un refuge précaire où les enfants étaient voués à eux-mêmes, forcés de se débrouiller avec les moyens du bord face à toutes les épreuves que leur existence sauvage leur imposait. Blessures, maladies, repas, hygiène, tourments intérieurs, chacun d’entre eux, Peter compris, devait trouver comment des solutions à ces soucis pour lesquels ils n’avaient pas été éduqués. Et cela se voyait.
Peter, qui ne connaissait pas d’autre vie, n’aurait pu dire si Wendy – plutôt Sofia, car l’enfant Wendy aurait été exclusivement admirative et enchantée – était consciente et perturbée de cette évidence.

Pour l’heure, il s’employait à repousser quelques peaux de bêtes et d’ustensiles étalés partout sur le sol afin de dégager le passage. Puis il s’étala paresseusement sur le grand lit.

– Aah, quelle journée. Je veux dire, quelle nuit. Comment te sens-tu, Wendy ?

Souriant, presque charmeur, il roula sur le côté et redressa le buste en posant son menton entre ses paumes.

– Veux-tu boire quelque chose ? Du vin, du thé ?

Il ne faisait aucun doute que Peter n’avait pas réellement de thé, encore moins de vin, mais Sofia ne devait pas avoir oublié ce fait. Après tout, avec lui, c’était toujours comme ça.


Soudain, une puissante détonation vint troubler la paix de cet instant. Peter sursauta et son sourire enjôleur disparut aussitôt de son visage. Sofia semblait alerte.

– Qu’est-ce que c’est ? dit-il précipitamment en s’extrayant du lit, fixant le plafond. C’était un coup de feu, n’est-ce pas ? … Tu crois que c’est ton navire ? Ils t’appellent ? Qu’est-ce qu’ils veulent ?

Peter était tout à fait en colère. Il considérait le coup de feu comme une intrusion, et il la trouvait parfaitement malvenue. Ils étaient si bien !


Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 15 Sep - 22:47

Seules les fées et leur lumière comptaient. Wendy dansait au milieu d'elle, à peine poussée par les courants d'air, bercée parla musique. Le reste du monde n'existait plus, et seul un détail lui importait durant sa ronde : elle aurait du porter une robe, pour le simple plaisir de sentir les différentes masses de tissu tournoyer en même temps qu'elle. Quelle idée saugrenue ! Sofia en aurait été horrifiée, car c'était bien une chose qui ne lui manquait pas depuis qu'elle se travestissait. Mais Sofia dormait, Wendy s'amusait, insouciante. Elle aurait du se souvenir que tout n'était pas rose, à Neverland... Mais l'ivresse du moment embrouillait son esprit...

Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait terriblement bien.

Mais voilà que Peter cesse de jouer de sa flûte, brisant cet instant magique. Elle tourne vers lui un visage où se mélangent tristesse et colère. On pourrait presque croire qu'elle va faire un caprice pour que ça continue. Mais les fées s'en vont, et la jeune femme se rend compte que la lueur du jour naissant les rend presque invisible. Wendy cligne des yeux, et se rend compte combien son coeur cogne fort dans sa poitrine, suite à un tel effort soutenu. Oh, elle n'est pas fatiguée, elle a l'habitude de dormir très peu, et sur une oreille. Elle est juste surprise. Mais même ce sentiment se dissipe lorsqu'elle reprend la main de Peter et qu'il la guide jusqu'à la forêt. Elle reconnait cet endroit, comme étant celui d'un rêve assez lointain, et flou dans son esprit. Pourtant, quand Peter se dirige vers un arbre, elle sait pourquoi il le fait, et elle sait comment s'y prendre. Étrangement, ce n'est qu'à ce moment là qu'elle se souvient de sa taille véritable...

Elle finit cependant par réussir à se glisser dans l'arbre, et atterrit dans la maison souterraine. Le bordel qui réglait ici la garda un instant tétanisée et bouche bée. Comment pouvait-on vivre dans un endroit pareil ? L'odeur de renfermé lui sauta au nez, aussi, et deux doigts fins vinrent le boucher délicatement. Son regard acéré examinait l'endroit, son esprit élaborait déjà un plan de bataille pour ranger tout ça. Il ne faut pas croire qu'en passant sa vie sur un navire volant, Sofia était devenue l'archétype de la "pirate", comme on la traitait souvent. Elle poussait son équipage à avoir une hygiène convenable (on ne change pas les hommes du jour au lendemain...) et les poussait à toujours garder leurs affaires, et les affaires communes, rangées. Se retrouver au milieu d'un tel capharnaüm lui hérissait les poils des bras.

Enfant, Wendy avait du jouer le rôle de la maman des enfants perdus. Il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'elle soit fâchée par ce désordre. Elle ne bougea pas de l'endroit où elle avait atterrit, et restait accroupie, même quand Peter dégagea un peu le chemin pour qu'elle puisse avancer. Wendy toussa avant de répondre à Peter qu'elle aurait voulut du thé - rire à gorge déployée une partie de la nuit n'était pas bon pour ses cordes vocales... Mais en plein milieu de sa réponse enrouée, la voilà qui sursaute, elle aussi surprise par la détonation au loin. Les questions de Peter ramenèrent un semblant de réalité. Sofia reprit le dessus, effectivement, faisant disparaitre de son regard les étincelles, de sa posture une négligence enfantine. Ses yeux se firent plus durs, froids, et elle fronça les sourcils. Et c'est de sa voix travestie qu'elle lança :

- Je dois remonter à la surface. C'est étrange...



Oui, voilà la réalité qui la rattrape. Elle a passé toute la journée de la veille, puis la nuit sur cette île. Oeil d'Etain, le vigie, avait sans doute repéré son chapeau abandonné sur la plage. Malgré ses recommandations, ils finiraient par débarquer sur l'île pour savoir si elle était morte ou en vie quelque part. Sofia se redressa, se cogna gauchement au plafond, grogna, avant de se diriger en de grande enjambées jusqu'à l'escalier qui la ramènerait à la surface. Elle eut un bref moment d'hésitation face à la porte, se souvenant de moment où elle avait été enlevée, des années plus tôt. Mais l'hésitation fut de courte durée : plus urgent qu'un hypothétique pirate dans la clairière, elle redoutait la présence de ses hommes sur l'île. Peter l'avait tolérée, en souvenir d'un "bon vieux temps" qu'elle avait été forcée de lui rappeler. Mais les autres adultes, qu'en ferait-il ? Une fois dehors, elle regarda vers les marches qu'elle venait de grimper, devinant l'ombre de Peter qui la suivait. Il fallait être honnête : elle avait peur, soudain. Neverland était son royaume, et ni personne ne pouvait y entrer sans son consentement. Dès qu'il apparut, elle détourna le regard vers la direction supposée de la mer, de son navire.

- Je dois retourner la plage. Je ne voudrais pas qu'ils débarquent sur ton île sans ton consentement, et surtout, malgré mes directives.



Une colère sourde vibrait dans sa voix. Non contre son équipage, mais contre Peter ! Elle avait été piégée, et ce n'est que maintenant qu'elle s'en rendait compte ! Peter avait manigancé cette visite pour la garder, comme il en avait émis le désir sur la plage. Elle l'avait prévenu que ce n'était pas possible, et il avait réussi à détourner sa volonté selon son bon vouloir. Elle se souvenait à présent pourquoi elle n'aurait jamais du poser les pieds sur cette île. Elle partit d'un bon pas, déterminée à marcher uniquement. De toute façon, vu que Wendy avait disparu au profit de Sofia, nul doute qu'il ne la ferait pas voler...
Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Sam 21 Sep - 11:58


Peter observait la chute de Wendy Darling, le regard mi-consterné mi-redoutable. Sofia de Belmonte venait d’étrangler de ses mains froides et raides – des mains d’adulte – la gorge de l’enfant Wendy, qui ne se débattait plus. Peter la perdait. Elle glissait entre ses doigts. Il avait assommé, modelé sa conscience, mais Sofia était trop forte. Elle gagnait.
Ses petites lèvres roses étaient à présent blanches et serrées, crispées par la rage épouvantée qui bouillonnait dans chaque vaisseau de son corps. Il tremblait très légèrement, il vibrait. Il respirait fort mais semblait retenir son souffle dans le même temps, comme s’il tâchait encore de retenir la tempête qui s’apprêtait à éclater dans son intérieur. Il ne lâchait pas Sofia des yeux, l’expression mauvaise, presque délirante. Son visage n’avait plus rien d’enfantin, de jovial, d’innocent.

Il suivit des yeux la silhouette trop grande et trop rigide de la jeune femme, tandis qu’elle s’apprêtait à s’évader de son repaire. De son emprise. Son cœur crachait dans sa poitrine, amer et furieux. Ses cheveux rougeoyants étaient dressés sur sa nuque, hérissés tel les piquants d’un porc-épic en colère. Non, elle n’allait pas le quitter. Elle n’allait pas l’abandonner pour retrouver le monde insipide des grandes personnes. Non. On ne le quittait pas, lui. On ne l’abandonnait pas.
Il lui emboita le pas, silencieux comme une ombre, tandis qu’elle gagnait l’extérieur. Il demeura un moment dans l’obscurité du tronc, fixant de son regard fiévreux le visage tendu de celle qu’il avait failli avoir. Car il ne s’agissait que de cela. Peter était une succube miniature qui se nourrissait de l’énergie, de la foi, de la dévotion de l’autre. Des femmes. De ses mères. Seule sa jeunesse empêchait qu’on le prît pour un bourreau des cœurs dénué de morale et de sentiment, ne pensant qu’à conquérir les âmes les plus chastes.

Peter était insensible au trouble qui suintait de la voix de Sofia. Il la haïssait. Il ne voyait ni la peur, ni la colère, ni l’inquiétude, rien d’autre que cette trahison ultime dont elle venait de lui faire l’affront. Peter n’avait jamais été battu lors d’un affront.
Il ne répondit pas. Ses lèvres diaphanes demeuraient closes. Sofia partit. Ses immenses bottes tracèrent leur sillage au sein de la forêt, s’éloignant de la maison, de lui. Elle s’éloignait de lui ! Peter sortit tout à fait, appuyé contre le tronc épais de l’arbre-passage. Ses yeux noirs et étincelants suivaient des yeux le corps filiforme de la jeune femme.
Puis il décolla d’un coup sec, prenant à peine le temps de déployer ses ailes. La douleur aigüe n’eut aucune incidence sur lui. Il ne sentait rien. Ainsi élevé dans les airs, dominant de sa frêle personne l’île toute entière, Peter cria d’un ton éraillé, teinté de démence :

– Tu es à moi, Wendy ! Tout, TOUT ici est à moi ! C’est MOI qui décide qui part et qui reste, qui vit et qui meurt ! Tu crois que tu peux te jouer de moi, Wendy ? Je ne tolère pas qu’on m’abandonne !  Tu n’iras nulle part. Tu es à moi.

Sofia l’avait entendu. Elle s’était retourné, statique, et avait écouté ce discours effroyable. Il  y avait quelque chose de si fatal, de si démoniaque dans la voix claire de cet être, que c’en était terrifiant. Il est probable que Sofia eut envie de s’enfuir à toutes jambes, échappant au regard et à la voix de cet enfant maudit, bizarre, inhumain. Peter se révélait dans toute sa noirceur, toute sa cruauté. Il n’était pas mignon, il n’était pas gentil. Il était impitoyable.

Et tandis que Wendy pressait le pas en s’enfonçant parmi les arbres fournis qui composaient la jungle du Pays de Jamais, un rire gai et glacé résonna dans toute l’île, faisant vibrer les feuilles et trembler le sol. Un rire surnaturel, infernal, un peu fou.



Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Jeu 26 Sep - 12:50

Imbécile !!

Sofia avançait d'un pas rapide dans la forêt, à la recherche de son chemin. Son coeur battait fort, et ce n'était pas l'effort qui l'essoufflait ainsi, mais bien la peur qui lui tordait doucement les tripes. Elle, la Capitaine si froide et distante avec son équipage, à la réputation démoniaque pour être sans pitié, n'avait qu'une seule trouille en cet instant : qu'ils aient posé le pied sur l'île de Neverland. On était sur le territoire de Peter, ici ; lui seul décidait - ordonnait - qui venait ici. D'ailleurs, comme pour fait écho à ses pensées, elle entendit alors la voix de Peter, derrière elle, et elle se retourna. Puis leva les yeux pour voir sa frêle silhouette dans les airs.

Wendy ne put réprimer un frisson. Elle retint son souffle, alors qu'il crachait ses mots - sa sentence à elle, et accessoirement, celle de son équipage. Ses yeux exorbités exprimaient autant la peur que la colère. Mais la colère prit le pas, quelques secondes : elle dégaina son sabre, et le pointa vers Peter :

- Tu ne les toucheras pas, Peter. Jamais.



Elle le défiait, oui. Et elle savait combien c'était une mauvaise idée... Elle n'ajouta aucune menace, mais elle savait qu'elle allait être prise au sérieux - elle le devait ! Il le fallait. Car malgré la terreur que lui inspirait Peter en cet instant, elle se savait incapable de lui faire le moindre mal. Ce n'est qu'un enfant... Vraiment... ?

Après l'avoir toisé quelques secondes, l'épée au clair, Sofia fit brusquement volte face pour s'enfoncer en courant dans la forêt. Il était étrange de constater combien tout changeait, une fois à terre. Elle n'avait pas le moindre repère, et courait à l'aveuglette. Parfois, elle usait de son arme pour se frayer un chemin dans la végétation ô combien dense, et le sang qui pulsait dans ses tempes déterminait le rythme de ses foulées. Elle effrayait les petits animaux sur son passage, mais s'en formalisait assez peu. La seule sécurité de son équipage importait en cet instant. Sa course fut trop longue, à son sens, et elle était étrangement déstabilisée par l'absence de son couvre chef.

Enfin, la forêt s'éclaircit, et Sofia vit au loin le soleil se refléter sur la mer, l'éblouissant un court moment. Et il y eut une ombre devant elle. Elle s'aperçut que ce n'était que la barque, en contre jour, avec quelques silhouettes. Sofia trébucha dans le sable, et ses muscles en feu demandèrent grâce au point qu'elle resta à quatre pattes pour retrouver son souffle et qu'elle lança enfin, entre deux halètements :

- Remontez à bord !



Evidemment, ils furent surpris - il y avait trois personnes. Dont André qui se précipita vers elle pour l'aider à se relever :

- Capitaine ! Mais qu'est-ce qui vous est arrivé ?



Quelle idiote ! Sofia s'appuya sur l'épaule de Louise / André pour se relever, et se força à maîtriser son souffle, avant de saisir son second par le col :

- Et toi, tu n'es plus à bord ! Qui commande le Compass, tu peux me le dire ?! Vous, là !! Remontez dans votre barque, vite !!



Sofia poussa André vers l'eau aussi. Le rire de Peter résonnait encore, cruel, dans la forêt, achevant de la mettre mal à l'aise maintenant qu'elle l'entendait. Tout en avançant, elle se rendit compte qu'elle n'avait pas tout à fait envie de partir avec les membres de son équipage. Elle saisit son chapeau, enleva le sable qui le maculait avant de l'enfoncer sur sa tête, comme si sa seule présence à la place qui lui était due suffisait à la rassurer - et qu'il lui donnerait peut-être le courage de quitter Neverland. Elle croisa les bras, et reprit son habituelle expression froide :

- Qu'est-ce qui vous a pris de tirer un coup de canon ? Vous pensiez quoi, que c'était malin ?
- Capitaine, on n'a pas tiré.



André était sans doute la seule personne à pouvoir lui répondre sur un tel ton de reproche, teinté d'une certaine colère. Ce sont ses paroles qui surprirent Sofia, qui fronça les sourcils. Devinant sa prochaine question, son second lui répondit :

- Je ne suis même pas sure que ce soit un coup de canon. Mais une arme à feu, sans aucun doute. Et ça venait d'ici. C'est pour ça qu'on a débarqué. Certes, on venait, mais on a obéi : on n'a pas posé le pied à terre, jusqu'à ce coup de feu. Tu croyais quoi, Sofia, qu'on te laisserait là ?



Elle aurait du se réjouir de ce petit discours, qui montrait que malgré tout, elle était appréciée de son équipage. Pourtant, cela ne fit qu'accroître sa colère.

Et sa peur.

Pensive, elle se retourna vers l'île. Tout était calme, il n'y avait d'autre bruit que celui de la mer sur le sable, et des bruissements de feuilles des arbres. Une minute... Sa poigne se resserra autour de la garde de son épée, et elle tendit un peu plus l'oreille. Les animaux semblaient fuir... Ca ne devrait pas être son problème. Son problème, c'était qu'elle devait fuir, loin de cette île, loin de son propriétaire... Elle devait s'éloigner de Peter, elle le savait... Alors pourquoi l'appela-t-elle ?

- Peter ! Je sais que tu m'entends... Il se passe quelque chose sur ton île.



Silence. Elle hésita. Avant de lancer, plus doucement :

- Je peux t'aider, si tu veux.



Pourquoi ? Elle ne faisait que le conforter dans l'idée qu'elle était à lui, à sa disposition. Ce n'était pas sain, ni pour lui... Ni pour elle. Mais malgré toute la terreur que l'enfant éternel lui inspirait, elle ne pouvait pas le laisser face au danger. A croire qu'il avait réussi à réveiller un peu trop son instinct maternel, finalement...
Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Ven 4 Oct - 23:32


{ Avant de poursuivre ce récit, il convient de s'attarder sur une histoire bien ancienne que nous nous apprêtons à redécouvrir malgré nous : L'histoire de l'Autre Crochet }



Le sourire mauvais, Peter Pan détacha son regard flamboyant de la silhouette hâtive de Sofia, laissant la jungle l’avaler en espérant qu’une bête sauvage s’empresserait de lui bondir dessus et de déchiqueter ses chairs. La haine avait infiltré son corps, son sang, comme un poison infaillible, glacé. Peter ressentait la haine d’une telle force qu’aucun enfant ne pouvait en faire autant. Elle le comblait en même temps de le vider.
Dévoré de l’intérieur, l’enfant retourna au cœur de son repère et, après un long instant où il resta tout à fait immobile et stoïque, il entra dans une crise de nerf proche de l’hystérie. Renversant les meubles, cassant les objets, percutant les murs, hurlant à pleins poumons, sa rage était telle qu’elle ne connaissait plus de limite et plus de contenance. Il était fou de rage.

Il finit cependant par se cogner fortement la tête contre une des parois terreuses qui constituaient les façades de la Maison. Avant même de ressentir la douleur, Peter s’effondra sur le sol, assommé.


♠     ♠     ♠


Lorsqu’il émergea de cette léthargie, un élancement fulgurant assaillit son crâne. Se redressant sur ses fesses, il plaqua ses paumes contre son front moite, grimaçant de douleur. Il devait certainement avoir une bosse, qui à présent devait avoir pris une teinte violacée des plus disgracieuses…
Peter se releva péniblement et, balayant d’un regard amer le paysage dévasté qui s’étalait sous ses yeux, il eut la brusque envie de fondre en larmes. Cependant, un élément imprévu s’était glissé dans ce décor chaotique. Un papier, blanc et délicat, de sorte qu’il était impossible qu’il fût ici sans que l’hôte des lieux s’en fût rendu compte. S’approchant à petits pas éprouvés – il était tout de même sérieusement amoché – le garçon attrapa le morceau de papier et l’ouvrit en deux. Il y était écrit quelque chose. Mais Peter ne savait pas lire.
Cette infirmité ne fit qu’attiser sa frustration déjà fort élevée, et il fut tenté de froisser le billet afin de le brûler – ou même le manger. Toutefois, en parcourant plusieurs fois l’écriture manuscrite, il finit par reconnaitre quelques symboles. En vérité, ils évoquaient à lui des impressions. Comme une sensation de déjà-vu. « W », cela ressemblait à s’y méprendre à des ailes d’oiseau. Ce signe voulait-il dire « oiseau » ? « Y » ne pouvait être qu’un arbre. A moins que ce ne fût un lance-pierre. Dégommer un oiseau au lance-pierre. Non. « D » était très laid, on aurait dit le ventre arrondi d’une femme enceinte. Berk. Il n’avait aucune idée de la manière dont il fallait prononcer ces écritures. Imaginez-vous devant une succession de hiéroglyphes ou de symboles chinois. Peter était dans ce type de situations.

Et puis… la révélation.
Quelque chose se déclencha en lui. Sa mémoire défaillante et capricieuse s’illuminait parfois, comme un vieil engin qu’on pensait irrécupérable et qui se remettait en marche après des décennies, sans même qu’on n’en eût actionné le mécanisme. La mémoire de Peter se remettait en marche, faisant pénétrer des souvenirs au creux de son esprit tourbillonnant, comme si ces souvenirs-là eussent été de la veille. Souvenirs encore chauds, aux contours de plus en plus nets, vestiges d’un passé qui devenait présent.
Ces inscriptions, Peter les avait vu. Dans une chambre d’enfant, une des chambres d’enfants.  Au coin d’un dessin, brodé sur un mouchoir, quelque part, quelque part… WENDY.

Peter écarquilla les yeux devant sa propre illumination. Wendy. Il avait du mal à croire qu’il venait de déchiffrer un mot. Néanmoins, la suite ne demeurait qu’un fouillis incompréhensible dénué de toute cohérence, et l’exercice l’ennuyait déjà. Wendy, ça suffisait bien comme indice. Il n’y avait aucun doute. La jeune fille, regrettant ses gestes et ses paroles, avait changé d’avis. L’habit de Sofia avait dû lui paraitre bien lourd en comparaison de celui de Wendy. Cette dernière, dans son infinie délicatesse, avait pris le soin de tracer en outre quelques signes explicites, tel qu’un cœur et une flèche partant vers le haut. Peter comprit le message sans avoir à se pencher sur le charabia précédent. Wendy l’aimait et l’attendait à la sortie de l’arbre.

Contenant la jubilation qui fusait dans son cœur, Peter reposa le papier et, attachant son poignard à sa ceinture, il remonta l’allée qui menait à l’extérieur. Il ne se méfia pas. Pas une seconde.


♠     ♠     ♠


Tout se passa très vite. Le crâne échevelé de Peter Pan émergea du tronc qui constituait l’entrée de son foyer. Ce même crâne fut brusquement happé par deux mains fermes et rageuses, dont une se trouvait être un crochet de bronze. Peter n’eut pas le temps de comprendre.
Déjà, la main de chair tenaillait ses cheveux, maintenant son menton levé, son corps coincé, le doigt de métal plaqué contre sa gorge blanche. Le garçon hoqueta dans sa confusion, ses pieds nus glissant maladroitement sur le sol tandis qu’il tentait vainement de se dégager de cette étreinte.

Un visage apparut alors. Un visage fin et sculpté, aquilin, des yeux d’un bleu pâle et glacé, une bouche encerclée de poils drus. Peter crut reconnaitre le faciès d’un ennemi qu’il n’avait pu, cette fois, oublier. Mais non, ce n’était pas lui. C’était l’Autre.

– Salut, Pan. Je t’ai manqué ? cracha l’homme en creusant une fine entaille en travers du cou de l’enfant qu’il étreignait.

– Lâche… moi… siffla Peter entre deux toussotements.

L’autre le rejeta sèchement vers l’avant, mais prenant soin de ne pas lui laisser l’occasion de s’enfuir, il l’attrapa par le col à l’aide de son crochet et le fit tourner sur lui-même d’un coup sec. Avant de pouvoir reprendre ses esprits, Peter se retrouvait étalé par terre, le menton fendu et le corps en vrac.

– Tu n’as pas pris une ride, cher enfant.

Peter se releva avec peine et fit face à son agresseur. Sa mémoire avait déjà offert son lot de prouesses aujourd’hui, elle s’éprouvait à chercher dans ses méandres tortueux les indices pouvant l’éclairer sur l’identité de l’étranger.

– Attends, ne me dis pas que… commença l’homme en esquissant un sourire sec, nerveux, malade. Tu ne te souviens pas de moi ? Et ceci ? Tu t’en souviens de ça ??

Il brandit son crochet de bronze et le secoua devant le visage défait de Peter. Ce dernier le toisa sans ciller, essuyant vulgairement le sang qui maculait son menton. Il ne porta pas la main, en revanche, sur la plaie mince qui striait son cou.
L’homme aux yeux froids s’avança alors vers lui d’une démarche lente et dominante, déclarant d’un ton vibrant :

– Laisse-toi te rafraichir la mémoire, Peter « Pan »… Il y a des années, sur cette même île… Un naufragé, unique rescapé d’une sanglante bataille navale… Un naufragé que tu as recueilli, soigné, rétabli même. Et puis… Et puis le jeu de la bonté t’a lassé, car les bonnes intentions lassent toujours Peter « Pan ». N’est-ce pas, Peter ? Tu t’ennuyais. Tu voulais de l’aventure, des frissons, tu voulais du sang. Qui d’autre que Hook savait t’apporter tout cela en même temps ? Oh, comme il te manquait. Je m’en souviens… Tu. Tu ne t’en souviens plus, je le vois. Tu ne te souviens plus comme tu te languissais de vos affronts, de vos combats. De la peur que tu te délectais de voir dans ses yeux. De cette détresse, cette folie que tu avais su diffuser dans son être. Cela te manquait. Hein, Peter ? Alors tu as voulu créer ton Hook. Qu’importait pour toi que je fusse un être humain, doué de conscience et de sentiment. Qu’importait pour toi la douleur et la perte, pourvu que ton jeu fût parfait. Est-ce bien vrai, Peter ? Car aux yeux de Peter Pan, rien n’est plus important que le jeu.

A présent, l’homme était tout près du visage infantile de Peter. Il le lorgnait fixement, de ce regard tremblotant, comme si ses rétines étaient en agressées, brûlées. Il enserra son bras de sa main valide, l’expression si complexe que ni Peter ni personne n’aurait su la définir, ou même la comprendre. On y décelait de la crainte, de la rage, de la démence, une certaine attente aussi, une détresse certaine. Et puis de la haine. Une haine inassouvie, inextinguible. Peut-être pire encore que celle de Peter.

– Dis-moi, Peter, t’es-tu déjà demandé si cela faisait mal ?

Il contempla alors la courbe ambrée et acérée de son crochet. Peter ne dit rien.

– Non, bien sûr. Peu t’importe. Peu t’importe de faire souffrir. Cela t’amuse. Du moment que cela t’amuse.

– Laisse-moi. lança Peter en se dégageant.

– Alors c’est vrai, tu ne t’en souviens pas. Quel dommage…

Peter s’écarta de quelques pas, l’expression durcie et impassible. Puis, il sourit. Il sourit lentement, son sourire s’étira comme si une lame eût fendu son visage. Une flamme macabre alluma son regard.

– Bien sûr que si.

L’autre se retourna.

– Crochet. souffla-t-il.

Un voile passa sur le visage de l’homme. La majestueuse cruauté, teintée d’indifférence, de Peter Pan n’avait jamais été aussi manifeste. Peut-être aurait-il mieux valu qu'il conservât le gouffre de sa mémoire.
Mais l’intéressé ne semblait pas s’en préoccuper outre-mesure. L’idée d’avoir mutiler un homme pour en faire son jouet ne paraissait pas même pas l’affecter. Après tout, ce n’était qu’un jeu. Pourquoi en faire toute une histoire ?

– Je n’ai pas de temps à perdre avec toi. Je dois retrouver Wendy, elle m’a laissé un mot.

Peter tourna les talons, et il s’apprêtait à s’enfouir à son tour dans la jungle luxuriante, lorsque Crochet se rua à sa poursuite et lui lacéra le dos d’un coup violent de son crochet. Peter hurla de douleur autant que de surprise, provoquant ainsi l’envolée des oiseaux sauvages nichés dans les hauts arbres.

– TU NE VAS NULLE PART, MISERABLE INSECTE !  C’est MOI qui aie écrit ce mot ! Naïf comme tu es, tu t’es laissé berné comme… eh bien comme un enfant !

Crochet fut alors secoué d’un rire sonore, hystérique, un rire sans joie. Il empoignait toujours Peter avec force, la fureur écumant à la commissure de ses lèvres.

– Mais cette bonne Sofia va finalement se révéler utile à ma vengeance, mon jeune ami. Car sache que tu n’as pas quitté mon esprit, oh pas une seconde, depuis que tu m’as arraché à l’existence. J’ai dit adieu à mon âme, Peter, j’ai concédé aux plus abominables sacrifices afin de, simplement, retrouver ta trace. Afin de te faire payer l’injure que tu m’as infligée. Oh, je sais bien que tu en es à peine conscient, mais qu’importe, qu’importe… C’est à mon tour de jouer. Néanmoins, sans Wendy, le jeu ne serait pas aussi distrayant, tu ne crois pas ? … Ecoute. Ecoute, elle t’appelle. Réponds. Réponds !  

Peter lui cracha au visage. Crochet, manifestement torturé par l’effort qu’il employait pour contenir sa colère, lui agrippa les poignets et l’immobilisa.

– REPONDS-LUI.

Peter lui lança un regard mauvais et, au bout d’un silence brouillé par sa respiration saccadée, il cria d’une voix à peine brisée :

– Va-t-en, Wendy !

On ne saurait dire si c'était là l'expression d'une bravoure emplie de noblesse ou le simple fait de refuser de se soumettre à la volonté de ce qui n'était rien de plus... qu'un adulte. Toujours est-il que Peter eut cette audace.


…Avant de recevoir un coup fatal derrière le crâne, qui le fit sombrer dans l’inconscience. Ce qui, finalement, était peut-être préférable.



Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Jeu 10 Oct - 16:01

- "Wendy" ?



Un des hommes commença à rire, sur la barque, et Sofia lui jeta un regard noir qui le fit taire aussitôt, avant que ce rire moqueur ne prenne aux autres. Et ce brusque accès de colère l'empêcha de se laisser aller à une certaine nostalgie, tandis que les mots durs de Peter lui avaient transpercer le coeur. Sans cet éclat de la part du membre de son équipage, Wendy aurait sans doute écouté ces mots, lancé un dernier regard sur Neverland, et aurait regagné le Compass, se serait envolée avec un goût amer au fond de la gorge. Elle aurait gardé au fond d'elle, précieusement, le souvenir de cette escapade.

Mais au lieu de ça, elle devait remettre les points sur le "i" avec Peter. Elle se cachait derrière cette vaine excuse, celle de lui rappeler qu'elle s'appelait désormais Sofia, pour s'enfoncer à nouveau dans la forêt. Il se passait quelque chose, c'était sûr. Evidemment, Peter avait un sale caractère, et devait lui en vouloir d'être partie. De ne pas être "à lui", comme il l'avait crié. Un instant, elle pensa qu'il était trop jeune pour comprendre qu'elle n'appartiendrait plus à personne - mais on parlait de Peter Pan, l'enfant éternel. Elle aurait pu se demander quel était son âge véritable, en d'autres circonstances, et peut-être se posera-t-elle la question plus tard.

Pour le moment, elle devait retrouver Peter. Car même si il l'avait terrorisée quelques minutes auparavant, même s'il était assez rancunier pour vraiment lui en vouloir et chercher à la chasser de l'île. Mais étrangement, elle sentait bien que s'il le voulait vraiment, il aurait eu bien d'autres moyens de la faire fuir. Et les bestioles qu'elle croisait ne la fuyaient pas, elle, et ne cherchaient pas non plus à entraver sa progression.

Et puis, il y avait eu cette détonation mystérieuse.

Sofia ne pouvait pas partir en sachant que Peter était en danger, même si cette notion était totalement étrangère à l'enfant éternel. Alors la chasseuse de prime fit son travail : elle chercha, remonta la piste, jusqu'à déboucher sur une clairière. Vide, à l'exception d'un corps reposant en son centre. Sourcils froncés, elle avance, prudente, et s'agenouille près de Peter et vérifia son pouls. Normal. Mais évanoui de manière assez peu naturelle. Quelqu'un l'avait sans doute frappé. Mais qui ? L'auteur du coup de feu entendu plus tôt ?

Il y eut un bref éclat de lumière. Sofia se tourna brusquement dans cette direction, et le vit. Le crochet.

Son Crochet.

Son sang ne fit qu'un tour, et elle pâlit brusquement. Le temps sembla se suspendre, tandis que de nombreuses émotions se bousculaient en elle, provoquant des fourmillements dans tout son corps. Haine, tristesse, désir... Mais c'est sans doute la colère, et son besoin de vengeance, qui poussa Sofia à se relever. Sa main se dirigea vers son épée, et son visage trahissait toute la haine qu'elle éprouvait pour l'homme. Mais avant même d'avoir pu penser quoi que ce soit, de pouvoir prononcer le moindre mot... Alors que sa main se refermait brusquement sur la garde de son sabre, un coup vint par derrière. Il n'était ni discret, ni particulièrement rapide. Mais Sofia était trop subjuguée par ce seul homme - ce monstre - pour faire encore attention à ce qui l'entourait. Elle tomba aux côté de Peter, luttant un instant contre l'inconscience, y sombrant finalement d'autant plus vite.

Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Ven 15 Nov - 18:54


Cela faisait la seconde fois, en à peine une heure – à vrai dire, on n'aurait su clairement diviser le temps sur l'île, mais c'était à coup sûr un très court instant – que Peter se faisait assommer. Son crâne n'était plus qu'un enchevêtrements de nœuds douloureux, dans lequel pulsait un mal amer et lancinant. Il ne parvenait même pas à ouvrir les yeux, le front plissé par la confusion sourde et vaporeuse qui occupait son esprit. Il avait certes la tête dure, mais ça n'était pas là une raison légitime d'éprouver ladite tête de la sorte !
Ce fut l'entente soudaine de plaintes étouffées, que Peter percevait lointaines mais qu'il devinait proches, qui l'extirpèrent de son apathie. Ses paupières papillonnèrent, puis son regard luisant se posa sur la silhouette, allongée sur le côté, qui se trouvait près de lui.

Ses cheveux étrangement clairs recouvraient presque entièrement son visage. Sofia. Wendy.
Peter bougea la tête avec fébrilité, s'agitant malgré lui. Il prenait peu à peu conscience de la situation. Mais pourquoi diable Wendy était-elle ici ? Pourquoi des liens tenaillaient-ils ainsi ses bras, ses jambes ? Pourquoi était-elle inconsciente ? Et lui... Pourquoi n'était-il pas mort ?

Relevant le menton, le garçon comprit qu'ils se trouvaient dans une sorte de caverne. Et bien qu'il connût les moindres recoins de son île, il peinait à deviner de quelle grotte il s'agissait précisément. Quelle pitié que ses Garçons eussent déserté, pour sûr qu'ils seraient venus à son secours – non pas qu'il eût besoin d'aide, croyez-le bien. Décidément, il aurait dû se montrer plus drastique à l'égard de sa bande. Après tout, il était leur chef.
Les plaintes de Wendy reprirent et Peter fronça les sourcils. Est-ce qu'elle faisait un cauchemar ? Il aperçut soudain une surface sombre et visqueuse, parsemant sa chevelure à l'arrière de la tête. Se penchant légèrement vers elle – il n'était pas en mesure de bouger à sa convenance, du fait que ses propres mains étaient nouées derrière son dos – Peter plissa les yeux avant de se rendre compte, un peu alarmé, qu'il s'agissait de sang. Sa première pensée fut de se dire que Crochet avait assassiné Sofia, puis il se souvint que les morts ne poussent de plaintes. Il émit un faible soupir de soulagement avant de sauter sur ses pieds, souple et agile comme un singe.
Peter Pan n'avait pas dit son dernier mot.

Déployant ses ailes d'un coup sec, il s'envola en silence et se plaqua contre le plafond pierreux de la caverne. Il n'avait d'autre arme que son espiègle ingénuité... Il poussa alors un cri de coq, son distinctif que chacun, sur l'île, connaissait comme étant son cri de guerre attitré. Tout le monde, y compris Crochet.
Apercevant l'ombre de ce dernier grandir à mesure qu'il approchait, Peter sentit son cœur s'emballer. L'excitation succédait à la peur et la confusion. C'était le genre d'aventure qui le rendait fou d'allégresse. La silhouette du pirate se distingua dans l'embrasure de la caverne, ses contours se détachant nettement dans la clarté de l'extérieur. L'enfant volant retint son souffle.

Lentement, lourdement, Crochet s'avança vers le corps inerte de Sofia. Légèrement dérouté, il observa les alentours, et Peter dut se retenir de pouffer en devinant le trouble de son adversaire qui le cherchait en vain. Lorsque l'ébauche d'une logique se dessina dans l'esprit du forban, que Peter le vit doucement lever la tête en sa direction, celui-ci ne lui laissa guère le temps de prendre pleinement conscience du piège. Il lui fonça dessus comme un énorme moustique, agrippant puis arrachant ses cheveux avec force, accroupi sur ses épaules.
Crochet se débattait vainement, les gestes dissipés, complètement affolé. Ses grands bras tentaient avec hargne mais imprécision d'atteindre le petit corps qui s'acharnait à le meurtrir. Peter, ouvrant grand la bouche, plaqua son visage contre l'oreille du pirate et la saisit entre ses dents. D'un mouvement sec et violent, il l'arracha avec force, faisant jaillir le sang – et, en prime, des hurlements de douleur et d'indignation. Crochet devenait dément, terrassé par la fureur.

La bouche sanguinolente mais étirée en un sourire dominant, Peter s'envola à nouveau et repoussa le dos de Crochet en tendant ses jambes. Ce dernier s'effondra au sol, maintenant de sa seule main son oreille déchiquetée.

Wendy-Sofia s'était éveillée, probablement stimulée par les beuglements bestiaux qui s'échappaient des lèvres écumantes de celui qu'elle avait aimé. Mais cela, Peter ne le savait pas, et il ne pensait qu'à prouver à son ancienne mère à quel point il était brave et surpuissant. Avant de laisser à Crochet le temps de se remettre sur pieds, il détacha habilement Wendy et lui fit signe de sortir. Il souriait. Mais il ne remarqua pas l'expression perturbée de la jeune femme lorsqu'elle s'en aperçut.


♠     ♠     ♠



– Ah tout de même, quelle aventure !

Peter gambadait gaiement aux côtés de Sofia, sautillant autour d'elle comme un cabri bondissant. Sa compagne, elle, n'avait pas quitté cet air grave qu'elle avait adopté dès qu'elle avait quitté son repère. Peter ne comprenait pas.
Intrigué, troublé, l'enfant volant calma ses ardeurs et vint marcher tout près d'elle, inspectant son visage à la recherche d'un indice. Peut-être qu'elle était malade ?

– Tu n'es pas obligée de me remercier. Je veux dire, pour t'avoir sauvé.

Il le pensait sincèrement, mais une petite partie de lui aurait bien aimé que Wendy se confondît en élans de gratitude émus. De plus en plus contrarié par le silence de la jeune femme, Peter baissa la tête, essuyant d'un revers de la main le sang qui maculait les contours de sa bouche.


Leurs pas les guidèrent, presque malgré eux, jusqu'à l'Arbre. Peter considéra ce qui constituait la porte de son foyer. Son seul vrai foyer. Une crispation désagréable étreignit son cœur palpitant.

– Je sais qu'il va revenir. J'aurais du le tuer. Mais peut-être que tu voulais le faire, Wendy ? Personne d'autre que moi ne peut toucher à Hook. Pour les autres... J'accepte de partager. Il faut juste me prévenir. Ou on fait moitié moitié.

Peter ne se rendait absolument pas compte à quel point ses paroles, ses pensées, étaient en décalage avec la réalité. Tout n'était qu'un vaste et intense jeu, vivace, vivant mais pas tant réel. Le réel, ça ne voulait pas dire grand chose. Pour lui.
La bouche de Wendy demeurait résolument close. Elle était pâle, les traits tirés.
Peter eut une moue vaguement embêtée.

– Wendy. Est-ce que, pour cette nuit, je pourrais aller sur ton bateau ? Tu sais, il ne peut pas rentrer dans la Cabane. Mais j'ai peur que demain, il m'attende, et que moi, j'ai oublié.  


Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mer 4 Déc - 16:13

Quelqu'un avait la mauvaise idée de jouer du tambour.

Quand Sofia reprit conscience, ce son emplissait ses oreilles, désagréable, et le rythme se répercutait dans son corps tout entier, réveillant la douleur qui vrillait l'arrière de son crâne. Puis elle sentit la chaleur à ce même endroit, et son oreille bouchée par un liquide poisseux.

Oh, minute. Sofia gémit tandis qu'elle faisait le lien entre tout ça. Un coup, une plaie à l'arrière du crâne, le sang qui battait un rythme endiablé et renforçait sa migraine naissante. Chouette. Il ne manquerait plus qu'elle soit attachée pour couronner le tout. Elle remua légèrement pour se rendre compte que, ironie du sort, la douleur entre ses omoplates était due à ses poignets entravés dans son dos. Sofia resta immobile, essayant de se persuader que c'était la douleur qui faisait tourner sa tête, et que le sol ne manquait pas de se dérober sous elle à chaque mouvement infime... Remue-toi, Sof'... Elle inspire profondément, bloque sa respiration, puis sent une présence à ses côtés. Elle n'a pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir qui c'est, Wendy le sait, et son coeur s'emballe bien malgré elle. Mais elle serre les dents, réfléchit à la façon dont elle va lui porter un coup, quel qu'il soit. Mais Peter agit avant elle. Elle le devine, au cri de coq qui ravive un peu plus la pulsation du sang dans sa tête. Ses yeux s'ouvrent brusquement, et la lumière pourtant peu vive rajoute une couche de douleur qu'elle prend pourtant soin d'ignorer autant que faire se peut. Ses bras engourdis ont du mal à répondre à ses sollicitations, mais Sofia finit pourtant par ramener ses poignets devant pour ensuite se détacher. Les cris de Crochet lui vrillaient les tympans et lui faisaient aussi, étrangement, mal au coeur. Peter trancha ses liens, alors que son regard était rivé sur l'homme au visage qui se barbouillait de sang. Cela lui rappelait étrangement cette scène où, enfant, ce regard haineux l'avait poursuivie, hantée, alors qu'il ne s'adressait pas à elle. Elle ne savait pas trop si elle voulait lui venir en aide, ou l'achever le plus rapidement possible. Mais elle n'eut pas le temps de se poser la question plus longuement : Peter l'entrainait au dehors. Et comme de nombreuses années auparavant, elle se retourna pour voir ce regard noir, furieux, et plein d'une haine bestiale...

Et Wendy n'arrivait pas à avoir peur. Au contraire, son coeur chavira, encore.

Sauf qu'elle ne fit pas demi tour, et continua à suivre Pan. Cela ne l'empêcha pas d'être troublée. Comment pouvait-elle l'être encore ? Toute à ses pensées, elle n'écoutait que d'une oreille distraite Peter lui parler, le gratifiant parfois d'un "Hn" éloquent. Et ses questions, couplées à la douleur lancinante de sa tête, emplissaient son esprit. Sofia - Wendy - ne comprenait pas pourquoi elle ressentait à nouveau quelque chose pour un homme comme Crochet. Elle sursauta et reprit pourtant conscience de la réalité quand Peter l'appela Wendy, et elle le regarda, presque surprise de sa présence. Ses yeux papillonnèrent face à l'absurdité de ce qu'il disait :

- Le... Tuer ?



C'était un murmure, lancé d'une voix blanche. Elle secoua la tête, et dépassa de quelques pas Peter dans la clairière, avant de se retourner vers lui.

- Tu veux... Venir sur mon navire ?



Après ce que tu as fait ?

Sofia serra les dents. Elle regarda derrière Peter, comme si elle s'attendait à voir Crochet débarquer. Peut-être qu'il fallait s'occuper de lui, effectivement - mais pas de la manière dont l'enfant éternel pensait. A présent qu'elle y réfléchissait, elle trouvait son détachement face à ses mots et à ses actes terrifiants. Et voilà : à choisir, elle préférait craindre Peter que Crochet. T'es ridicule, Sof'...

- Tu ne peux pas venir sur le Compass. Là-bas, il n'y a que des adultes qui refuseront de n'être que des personnages d'une aventure. Sur mon navire, il y a des règles à respecter. Tu risques de t'ennuyer ferme, même si tu ne fais que dormir. N'as-tu pas ailleurs où aller ? D'autres garçons perdus qui souhaiteraient passer du temps avec toi et qui pourraient te protéger ?



Je pourrai rester, aussi, pour la nuit... Sofia se mordit la lèvre à cette pensée. Elle n'avait pas envie de rester à Neverland plus longtemps, surtout maintenant que Crochet était là. Elle fixa Peter quelques secondes : en cet instant, il paraissait tellement vulnérable, sans défense... Il ressemblait tellement à un simple enfant. Elle roula des yeux et commença à repartir vers la plage :

- Allez, viens. Mais tu tiendras à carreaux. De plus, nous repartons tout de suite, vers l'Angleterre.



Que cela lui plaise, ou non. Sofia regardait fréquemment par-dessus son épaule, non pour s'assurer que Peter la suivait bien, mais pour se rassurer sur l'absence de Crochet. Alors, pourquoi avait-elle ce pincement au coeur ? La tête lui tourna, lui rappelant qu'elle devait, très vite, faire soigner son "bobo" derrière le crâne.
Sofia de Belmonte
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Peter Davies
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Peter Davies
Jeu 19 Déc - 20:37

– Tu ne peux pas venir sur le Compass. Là-bas, il n'y a que des adultes qui refuseront de n'être que des personnages d'une aventure. Sur mon navire, il y a des règles à respecter. Tu risques de t'ennuyer ferme, même si tu ne fais que dormir. N'as-tu pas ailleurs où aller ? D'autres garçons perdus qui souhaiteraient passer du temps avec toi et qui pourraient te protéger ?

Peter baissa la tête. Pour la première fois depuis longtemps, si longtemps qu'il n'aurait su dire quand, il se sentait indésirable. Indésiré. Ce sentiment aurait pu n'être que futile, passager, simplement désagréable ou irritant... Mais il faisait tant écho à la blessure qui avait broyé le coeur infantile de Peter Pan que ce sentiment évoquait une brûlure physique. La blessure dont sa mère, en l'oubliant, en fermant la fenêtre, l'avait rendu victime.

Quelque chose d'autre pinça fâcheusement le coeur de Peter. Il n'avait pas besoin d'être protégé. Mais enfin, pour qui le prenait-elle ? Ne venait-il pas de prouver son invincibilité ? Chacun aurait pu en voir, encore nettes, les traces partout sur son visage...

A l'irritation blessée succéda la crainte, la répulsion, lorsque Wendy mentionna l'Angleterre. Lorsque Peter se sentait vulnérable - bien que ce ne fût pas le mot qu'il aurait employé, nous nous en doutons - un besoin urgent et inébranlable de demeurer sur son île accaparait sa volonté. En outre, il ne pouvait se permettre d'abandonner son royaume, sachant quel sombre individu y rôdait, distillant dans l'air sa puanteur amère de grande personne. Il ne pouvait partir. Pas maintenant.
L'enfant oiseau et son ancienne mère avaient à présent atteint le rivage. Le vaisseau de Sofia, qui ressemblait tristement à un navire pirate, se dessinait plus loin. Son mât cachait un peu le soleil.

Wendy avait accepté sa venue, mais sans s'en rendre compte, elle avait aussi rejeté Peter plus loin qu'il n'aurait pu l'imaginer. Ses paroles avaient agi comme deux bras repoussant son corps jusqu'à le faire chanceler, reculer. Il sentait quel fardeau sa présence représentait pour celle qui, auparavant, avait tout sacrifié pour prendre soin de lui et le suivre jusqu'aux tréfonds de ses lubies enfantines. Il ne l'encombrerait pas. Il n'était pas de ceux-là.

D'un timbre extrêmement digne qui contrastait curieusement avec celui qu'il avait coutume d'employer, Peter dit alors :

– Ne t'en fais pas, Wendy. Ou Sofia. Finalement, c'est mieux que je reste ici. Chacun son monde, pas vrai ? Je vais me débrouiller.

Il voulut la toucher mais se retint au dernier moment.

– Peut-être qu'un jour, nous nous reverrons.

Alors, sans laisser à la jeune femme le temps de lui répondre, ou même de le retenir, il s'élança dans les airs et disparut dans les profondeurs, obscures et chatoyantes, de son pays.


Ce soir-là, Peter Pan se terra dans son repaire. Il y dansa, il y chanta, il y ria jusqu'à ce que l'ivresse effaçât peu à peu le souvenir déchirant de Sofia de Belmonte, anciennement Wendy Darling. Le souvenir de sa mère.


Peter Davies
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Mer 25 Déc - 23:29

A sa voix, elle savait qu'elle l'avait vexé. Bien entendu, Sofia pensait à lui comme à un simple enfant, même si sa conscience lui disait bien que c'en n'était pas un. Là, pourtant, elle n'imaginait rien que ça : un caprice d'enfant vexé par les paroles qu'elle avait prononcées. Pourtant, quand elle se rendit compte combien elle est blessée par sa réaction, elle se rendit compte combien elle avait été stupide de lui parler ainsi. Elle tendit la main vers lui, comme si un simple geste vers lui pouvait effacer ce qu'elle venait de faire. Pourtant, alors que lui aussi esquissait un geste vers elle, il se déroba, et lui fit ses adieux. Son coeur se serra, et elle ouvrit la bouche. Le temps qu'un "Attends Peter !" ne quitte ses lèvres, il avait déjà disparut.

Wendy aurait pu y retourner. S'enfoncer au coeur de l'île, aller jusqu'à l'Arbre Creux où il devait s'être réfugié pour y rire et faire semblant d'être heureux. Sans doute aurait-il oublié ce qu'elle avait dit, le temps qu'elle arrive jusqu'à lui. Pourtant, Sofia savait que ça ne serait pas le cas. Son coeur se serra alors qu'elle se souvenait qu'il y a quelques années, elle avait tout abandonné pour lui. Durant des jours, elle avait joué à la mère pour lui et les enfants perdus ; elle avait accepté de briser le coeur de ses parents pour vivre quelques aventures, des rêves d'enfants qui devenaient réalité. Sofia soupira, et son regard se perdit dans les feuillus. Aucun son, même les animaux s'étaient tus.

Ce n'est qu'à se moment-là que la jeune femme se rendit compte que sa main était fermement agrippée à la crosse de son pistolet. Elle commençait à avoir une crampe et c'est la douleur qui lui rappela la raison de sa tension actuelle : Crochet n'était pas loin...>/i> Son coeur se serra un peu plus douloureusement. Non, tant pis... Peter s'en sortirait très bien tout seul, comme il l'avait toujours fait jusqu'à présent. Obligeant son bras à se détendre, Wendy leva la tête vers le ciel, à l'endroit où Peter s'était envolé.

- Adieu, Peter...



Elle fit un pas en arrière, puis deux, avant de tourner le dos à Neverland. Elle poussa sa barque dans l'eau, regarda une dernière fois vers l'île, avant de sauter dans son embarcation, et de ramer jusqu'au Compass. Elle fut accueillie par un équipage visiblement inquiet - mais qui ne le fut pas longtemps :

- Qu'est-ce que vous regardez comme ça ? On est prêts à partir ou non ?
- Oui Capitaine ! Le carburant...
- Etait défectueux, oui, je sais. Je l'avais deviné. Prêts à partir ? Alors partons. Direction Londres.



Quelqu'un ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, avant d'être accueilli par un regard glacial de la part du Capitaine de Belmonte. Sofia gagna la barre aux côtés de son second, sans un mot, et aboya un ordre unique, sec, qui suffit à décider tout le monde, en salle des machines, à lancer le Compass dans les airs. Son regard améthyste se perdit un instant sur l'île de Neverland, et comme en écho à son passé, une ombre se profila sur la plage. Une silhouette qu'elle ne connaissait que trop leva la tête vers le navire volant, et le coeur de Wendy chavira. Peter a raison : j'aurai peut-être du le tuer... Mais elle savait qu'elle serait incapable d'accomplir un tel acte. Alors, la mâchoire serrée, elle se força à regarder vers le ciel, vers l'horizon, où elle imaginait déjà l'Angleterre se profiler.


~ The End ~
Sofia de Belmonte
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