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 [Année 0003] Caries (Orphée)

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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: [Année 0003] Caries (Orphée)   Lun 22 Juil - 13:47
L'après-midi touche à sa fin.
La chaleur de ce début d'été est étouffante, elle étrangle les gorges et écrase les fibres de chaque muscle. Elle fait fuir les clients les plus courageux qui préfèrent l'abri de tempéré de leurs maisonnées ou de leurs jardins. Leurs corps alanguis les freinent : ils n'ont pas la force ni l'envie de déplacer leur carcasses suantes jusqu’à mon échoppe. Qui souhaiterait sucer des bonbons, s'engluer la bouche de sucre alors qu'elle ne réclame que de l'air et de l'eau fraiche ?

Je devrais tenter de faire mes propres sorbets. Encore faudrait-il un inventeur compatissant prêt à me fournir un petit "androïd de congélation".
C'est une idée à creuser.

Moi plus que tout autres déteste cette température accablante qui pousse à l'impudeur. Toute ces précieuses en tenues légères m'horripilent. Exhiber leur aisselles collantes et leur épaules dévêtues n'a rien de séduisant de  mon point de vue et seule la chaleur de mes fourneaux parviendra à me faire retrousser les manches. Question de décence et de volonté.
Même si j'en crève.

Je sors de la boutique pour commencer à faire glisser le rideau de fer sur ses roulis. Il est temps de fermer.

Nous sommes dans cet entre-deux intime, un passage silencieux dans le fil des journées qui se succèdent, une pause  juste après que le soleil ne se couche et juste avant que la populace n'émerge de son clapier pour goutter à la brise nocturne. Un moment où je suis maitresse du monde et j'emplis l'air du seul bruit de ma manivelle.

Dans quelques secondes cet instant de douce éternité s'évaporera: Je passerais par la porte de derrière, je fermerais tout à clé. Une fois à l'intérieur je débuterais l'inventaire. Je commencerais par les différents type de caramels carrés, puis ceux de forme ronde, et les sucettes; les chocolats, les simples en premier lieux, puis les fourrés, les composites, les fruités, et viendront enfin la farandole des fruits confits et des fleurs sucrées, ma spécialité. J'annoterais tout ceci dans le petit carnet vert pistache avant d'ouvrir le carnet rouge, celui des comptes. je viderais la caisse, comptabiliserais soigneusement la recette de la journée -maigre à vue de nez- et la transvaserais dans le petit coffret d'ébène que j'emporterais à l'étage. Mais avant cette dernière étape je nettoierais soigneusement chaque recoin de mon magasin, du sol au plafond, en passant par l'ensemble de la verrerie.
Alors seulement je pourrais regagner mon logis, m'accorder un souper léger, une toilette de chat, deux pages de mon livre sur les nouvelles techniques d'extraction dentaire et un sommeil de six heures piles.

Malheureusement, alors que le rideaux de fer s'abat sur la devanture du Topino, le vent m'apporte un sentiment d’appréhension. Ce soir , le Chaos s'invitera à ma porte si je ne rentre pas vite chez moi. Cet intuition du désordre génère une panique soudaine. Mon organisation, ma précieuse organisation, je ne te laisserais pas débouter par une vue de l'esprit.
Je cadenasse le rideau.

Quand je relève la tête j'aperçois une silhouette de haute stature dans le couchant. Elle marche droit sur moi.

La panique monte d'un cran.
Je me précipite vers la ruelle pour ouvrir la porte de service. Foutu jeu de clés, où ai-je mis celle-ci ? Mes mains s'agitent et brasse de l'air sans trouver l'élue.

Trop tard.

J'aperçois le bonhomme dans l'encadrement de murs de ma ruelle protectrice.
Il s'est tourné vers moi.
Il me parle...
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Jeu 25 Juil - 18:49
L'homme qui avait déclenché un feu dans une foire aux monstres, aux androïdes. L'homme qui avait pénétré le menton haut, l'asile de la reine de Roumanie. La tête emplie de l'idée de découper sa royale tête pour s'amuser. Ce même homme qui avait accepté une collaboration avec le fou, génial et inventeur des androïdes.

Cet homme n'était plus. Il ne restait de lui qu'un bras de fer et des pouvoirs défaillants. Son visage de mort paraissait avoir souffert de la peste. Ses yeux gris avaient perdus de leur éclat. Ses rêves de mégalomane s'était étiolé dans les airs. Son sourire ironique et affable avait laissé place à une moue fatigué.

L'homme qui avait un jour charmé les plus belles bourgeoises ressemblait désormais au pire des clochards. Ses cheveux étaient longs, blancs et en désordre. Son bouc s'était perdu dans une barbe qui lui mangeait tout le visage. Son corps squelettique dissimulé derrière un vieux rideau noir aux motifs gris. Pleins de trous et attaché par une vieille corde usagée au niveau de ses hanches.

Depuis les évènements en Espagne il y avait un an, beaucoup de choses avaient changés...

En un an, Orphée était retourné dans les pays de l'est pour rencontrer Vasile. De cette rencontre, il avait hérité d'un bras androïde de nouvelle génération. Une petite merveille de rouages et d'électricité. Le bras répondait correctement. En fait, il répondait plus vite et ses capacités étaient plus puissantes qu'un bras humain « normal ».

Mais il en avait perdu ses pouvoirs...

Il était alors retourné sur les routes, refusant d'aller plus loin dans l'opération. Il lui fallait retrouver le plein contrôle de son charme. Il a alors arpenté divers pays à la recherche d'inventeurs, de fées, de mages, de sorcières et de charlatans. Il a rencontré beaucoup de personne mais aucune n'est parvenu à lui redonner le contrôle de sa magie passant à travers sa longue flûte traversière.

Son visage se baissa lamentablement et sa main, tremblante, toucha le métal froid de son arme émoussé. Il releva la tête et découvrit un soleil chaud. Trop chaud. Il était en sueur et refusait pourtant de se défaire de son « manteau » de couleur noir. Même d'enlever la capuche qui dissimulait son crâne mortuaire et ses yeux mi-clos enfoncés...

Il chercha à savoir comment il était parvenu ici. Est-ce qu'il devait rencontrer quelqu'un ? Toutes ces rues, ces couleurs. Il n'y avait pas de doute. Il était en Espagne. Mais pourquoi ?

Sa main s'appuya sur un mur. Il était si faible... Il tourna la tête de chaque côté de la rue et chercha... quelque chose. Quelqu'un peut-être ? Il ne savait pas. Son esprit était si confus. Si embrouillé. Si lent... Seul son instinct parlait dorénavant. C'était lui qui donnait des ordres à ses jambes pour avancer. Pas son cerveau.

Il y a une boutique dont la porte est ouverte un peu plus loin. Il redresse son dos et marche fièrement. Tout est question de première impression.

Il y a une jeune femme. Plutôt délicieuse. Orphée continue de s'approcher d'elle. Plus il crève la distance entre eux deux, plus il se sent puissant. Il n'a rien à craindre d'une petite blonde à la robe rose... Il espère...

Il ouvre la bouche et... aucuns mots ne sort. Il n'a pas parlé depuis si longtemps. Il n'a pas bu depuis si longtemps.

Il lève alors l'index, retenant ainsi l'attention de la jeune femme. Il tousse et s'éclaircit la gorge. Ce n'est pas encore ça mais il peut parler. Sa voix est sèche, guttural. Chacun de ces mots peinent à sortir. Ils agressent les oreilles et laisse couler un filet de peur.

« Je veux de l'eau. »

Il y a un an, il aurait mis les formes. Il lui aurait souris, lui aurait fait une courbette. Il lui aurait parlé poliment et mielleusement. Aujourd'hui, il n'était qu'un rustre en quête de son identité. En quête de son vrai visage.

Orphée regarde la jeune femme et la porte qu'elle a essayé de fermer avant qu'il n'arrive. Il la regarde à nouveau et, n'attendant pas et/ou n'entendant pas sa réponse, il entre dans la confiserie. Il se retrouve alors entouré de bonbons de toutes les couleurs. Son visage exprime alors du dégoût devant ce dégueulis de couleurs et de sucreries de gamins. Tous ces mômes qui trainent dans les rues en piaillant. Tous ces sales gosses qui lui pose des questions étranges quand il voit qu'il est seul.

Mais il a un plan pour tous ces petits humains potelés. Les attraper. Les balancer dans des congélateurs et les ressortir pour les fêtes de Noël. Pour remplacer la traditionnel et écœurante dinde.

« Ah ah ah... »

La jeune femme dans son dos, il ne peut s'empêcher de rire à basse voix. Cette pensée lui met du baume au cœur.

Malheureusement, il n'a pas d'enfants. Ce qui signifie aucun repas qui l'attend dans un endroit bien frais...

« J'ai faim aussi. Et pas de bonbons. »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Sam 27 Juil - 15:22
- Je veux de l'eau.
- ?!


Il pousse ma porte. Il l'ouvre.

- ????!!!

Quelle fourberie que cette petite saleté de porte : Alors que je m'échinais à trouver la clé pour regagner les murs protecteurs de ma boutique, cette catin était déjà ouverte aux quatre vente et s'offre à cet intrus sans la moindre résistance.

Parlons en de cet intrus, tiens.
Il est grand, sale et il pue. Chacun de ses gestes ébroue son grand manteau gris de poussière et de boue, souillant ainsi mon précieux parquet. Il a une tache blanche sur le visage à demi effacée par la nécrose de sa peau grêlé par je ne sais quelle maladie - la syphilis peut-être. D'ailleurs j'ai du mal à savoir si son teint est naturellement basané ou si c'est l'effet de la crasse accumulée. Son haleine est caractéristique des sujets carencés. Si jamais je tire sur cette cape affreuse, je dévoilerais sans doute un corps squelettique creusé par la faim.

Il me tourne le dos.
Je pourrais empoigner le balai qui repose contre le battant de la porte et l’assommer avec. Je l'enverrais au tapis sans mal. Mais j’imagine d'avance le nuage de poussière que son corps fera quand il s'affaissera sur mon sol, sans compter que je risque de faire tomber des bocaux. Récupérer des bris de verre coincés dans les rainures du parquet est une véritable plaie. Et la marchandise à terre serait bonne pour la poubelle.
La situation vaut-elle franchement que je m'épuise ?
Après tout si je ne montre pas trop de résistance il partira de lui même ou au pire, il volera le contenue de ma caisse.
Ma caisse vide.
Hum...

Il ricane.
Gand bien lui fasse, j'en profite pour refermer la porte à clé. Je préfère encore affronter ce crasseux que la populace qui commence à s'animer au dehors.
Au pire me tuera-t-il.
Je souris intérieurement. Ce serait faire un sacré pied de nez à maman et son indécrottable boutique qui m'enchaine à Madrid !

- J'ai faim aussi. Et pas de bonbons.

Ses dents son incroyablement blanches et parfaitement alignées. C’est fascinant.

- Vous avez de quoi payer ?

Je bats des cils.

- Soyons honnête la charité ne paie pas. Ceux qui prétendent le contraire sont des sots et n'ont jamais eu à subvenir à leur besoin par eux même.

Je passe derrière le comptoir.

- Alors ? Sachez que si vous n'avez pas d'argent, nous pouvons nous arranger "autrement".

Le sourire que je lui sers alors est aussi doux qu'effrayant.


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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Sam 27 Juil - 16:15
La lassitude qui habitait Orphée s'envole mystérieusement. Presque magiquement. Cette petite femme vient de le réveiller. La faim et la soif qui le tenaillait jusqu'à maintenant vient de s'enfoncer dans un mur de brouillard. Des sensations enfouis dans la guimauve de cette boutique.

D'abord, il y a eu ces paroles. Des mots simples et très réalistes. Quelque chose de très normal. Mais cela est resté une amorce.

Ensuite, il y a ce terme. Et le ton derrière : « autrement ». A ce moment, le sourcil d'Orphée s'est élevé. Ces dernières semaines ont été ennuyeuses. Il s'est enfoncé dans sa solitude et sa crasse.

Enfin, il y a eu l'électrochoc. Le sourire qui a illuminé son visage. Un étrange rictus qui lui a paru trop... familier. L'espace d'un instant, il s'est revu au-dessus d'une rivière alors qu'il venait de détrousser une jeune bourgeoise.

Sa main rabat sa capuche sur ses épaules et laisse apparaître son visage émacié. Ainsi que son tatouage spectrale mortuaire sur sa peau grise. Il use ensuite de ses deux mains comme d'un peigne pour remettre ses cheveux blancs dans un état qu'il considère comme correct. Il tique lorsqu'il rencontre des nœuds dans des cheveux. Puis se sent bien. Il se sent plus « distingué ».

« J'aimerais beaucoup savoir ce que vous entendez par « autrement ». »

Il penche la tête d'un côté et essaye de percer un mystère qui ne cesse de s'enfuir à sa conscience. Une main essayant d'attraper un fantôme dans le fog.

Orphée s'approche d'un tabouret près du comptoir et s'assoit dessus. Il pose son bras droit dessus et penche son corps vers l'avant. Rapprochant son visage de celui de la jeune femme.

« Je vais être honnête. Il n'y a aucune pièce traînante dans mes poches. Pas la plus petite. »

Il enlève son bras du comptoir et remet de la distance entre leur deux faciès. Il croise ses bras sur son torse. Puis passe une jambe sur l'autre.

« Habituellement, l'argent n'est pas un problème... Hey hey ! »

Sans s'en rendre compte, Orphée affiche un rictus semblable à celle qu'elle lui a donné quelques instant plus tôt...
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Sam 27 Juil - 18:04
-J'aimerais beaucoup savoir ce que vous entendez par « autrement ».

Lorsqu'il monte au créneau , je ne cille nullement. Il s'arcboute jusqu’à ma menue petite personne et je ne ploie pas devant ce défi. Voilà une occasion rêvée pour voir son râtelier de plus près. Et quel râtelier mes amis ! Voila certainement une des bouches les plus entretenue que j'ai pu ausculter.  Elle a du fuir le sucre toute sa vie et la pauvreté n'a en rien gâté l'émail de son sourire.

-  Je vais être honnête. Il n'y a aucune pièce traînante dans mes poches. Pas la plus petite.

Il s'éloigne et ses jolies dents avec.

- Habituellement, l'argent n'est pas un problème... Hey hey !
- "L'argent n'est pas la seule monnaie en ce monde et tout pacte recèle sa part de mystère".

Je lève les yeux au ciel.

- C'est ma mère qui disait ça, mais le sens de l'adage est un peu galvaudé étant donné qu'elle soulevait ses jupes pour arrondir les fins de mois.

Je pose mes yeux sur lui.

- Rassurez-vous, je n'ai nullement l'intention de vous montrer mes propres dentelles. J'ai toujours exécré les activités salissantes et hautement non-hygiéniques à moins d'y être forcée. C'est d'ailleurs pour cela qu'avant de vous servir votre repas et votre eau, je vous prierais de prendre un bain - j'ai de quoi faire là haut- et de vous lavez les dents.

Je souris à nouveau, de la même manière que précédemment.

- C'est très important de prendre soin de ses dents, vous savez.
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Sam 27 Juil - 19:00
Orphée sourit tout du long que la jeune femme parle. Il aime sa façon de parler. C'est cru. Elle n'évite pas les détails salissantes sur sa famille. Elle s'expose totalement. Elle lui plaît.

Il trouve d'abord étrange cette psychose de la propreté. D'un autre côté, chacun à ses travers et ses secrets. Dans un premier temps, il trouve cela encore plus étrange qu'elle veuille bien lui offrir le repas et la boisson en échange d'un bain.

« Certes, un bain ne serait pas de refus. »

Il lui demande le chemin et s'y rend.

Lorsqu'il revient, seul une longue serviette l'habille. Ses vêtements étaient trop sales pour qu'il puisse les remettre. Il a brossé ses cheveux et les a noué en une longue queue de cheval. Assez haut derrière son crâne, dans l'idée des coupes de cheveux des guerriers samurais. Il n'a pas coupé sa barbe blanche mais l'a brossé. Malgré le peu de nourriture qu'il a ingurgité ces derniers mois, son corps est toujours agréable à l’œil. Pas de graisse, les muscles roulant sous sa peau au moindre mouvement.

« Vous ne pouvez pas savoir à quelle point vous trouvez a été une renaissance pour moi. »

La douche a gommé la fatigue. Sa langue s'est gorgé d'eau lorsqu’il était sous la douche. Désormais, il retrouve ses habitudes de parler. Le barbare est parti. Le charmeur revient peu à peu.

« J'espère que ma tenue actuelle ne vous dérange pas ? Je ne pense pas que vous ayez ce qu'il me faut, mais je vais hasarder à vous poser la question tout de même : auriez-vous des vêtements que je puisse porter ? »

Orphée tient dans sa main sa flûte traversière dans son fourreau. Il lui est impossible de la laisser dans la salle de bain avec ses vêtements sales. Cette main qui tient l'instrument de musique n'est pas fait de chairs. Le joueur de flûte d'Hamelin a bien pensé à essayer de camoufler cette partie de lui puis... il s'est ravisé. Il n'a rien à cacher. Ce bras est magnifique. Ce bras est le sien.

Il s'approche une nouvelle fois de la jeune femme. Il lui prend la main, la regarde, lui sourit. Finalement, il approche ses lèvres de cette peau délicate et blanche et lui applique un baise-main.

« Je vous remercie une nouvelle fois pour ce que vous faites pour moi. Mon nom est Orphée. »

Il finit sa tirade par une petite révérence.
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Dim 28 Juil - 0:09
- Ne me remerciez pas trop vite, lui dis-je en retirant prestement ma main. Nous n'avons pas encore évoqué votre paiement. Mais chaque chose en son temps.

Je lui présente la table  où trônent des couverts pour deux. Le fumée du Pfefferpotthast, le ragout de joues de bœuf épicé aux pommes typique de mon Allemagne natale, et du pain de seigle frais parfume ma pièce à vivre. Une soupe froide de betteraves attend patiemment dans nos assiettes. De l'eau dans une carafe. Et rien d'autre.

- Asseyez-vous, Don Orphée. Votre nudité ne m'incommode pas plus que cela. Une fois qu'on a vu un homme nu, on les a un peu tous vu.

J'évite sciemment de le questionner tout de suite sur ce bras d’androïde si particulier ou sur ce flutiau qui l'habille plus que la petite serviette éponge brodée de violette qui sert à ma toilette.

-J'aurais aimé vous offrir quelque chose de plus confortable pour vous que cette serviette, mais voyez-vous, aucun des amants de ma mère n'a daigné laisser le moindre vêtement en souvenir ici. J'ai les draps de mon lit, si vous préférez, c'est un peu plus grand.

Mon logis situé au dessus de la boutique est petit. Trois pièces en tout et pour tout : une salle d'eau, une salle de séjour, une chambre à coucher. Le mobilier est vieux mais fonctionnel, taillé dans ce bois ancestrale qui s'adapte à toutes les époques. Du reste il n'y a pas beaucoup de meubles, juste le stricte nécessaire. J'ai laissé la décoration maternelle en l'état : cadres en  médaillon et arabesques, napperons en dentelles jaunies, croutes de mauvais gout sur un papier peint rose défraichi.
Tout me rappelle à quel point ma mère avait mauvais gout.
Tout me rappelle à quel point je suis chez elle et pas chez moi.
Son ombre plane jusque dans l'ovale de la commode, avec ce portrait mal photographié.

Mère était une femme qui aimait gouter sa propre cuisine. Replète et peu gâtée par la nature, elle compensait son visage constellé de son et sa tignasse inextricable blond-vénitien, par une jovialité irritante et une facilité à nouer la conversation. Sa personnalité solaire ainsi que ses appétits -en tout genre- avait fait sa réputation en bien comme en mal dans tout Hammelin. Et au delà.
Je détestais mère, mais mère était quelqu'un, je ne peux pas lui retirer.

Nous nous asseyons et soupons en silence.
A vrai dire je le regarde mastiquer plus que je ne me sustente moi même. Quel formidable travail maxillaire...

- Zahnfee, fais-je brusquement. Zanhfee Tannfee Fatina, fille de Tannfee Zahnfee Fatina, confiseuses, de mère en fille.


Je me penche en chuchotant presque.

- C'est mon nom.

Nouveau silence.

- Dites ? Votre bras.. Il est réfrigérant? Je me suis toujours demandé si la technologie androïde permettait de congeler. Ce serait bien pratique pour mon commerce de vendre des crèmes glacées par cette chaleur...
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Dim 28 Juil - 14:01
L'odeur de la viande attire Orphée comme une mouche nécrophage sur un cadavre bien frais. Alors qu'il mâche encore et encore, remplissant son ventre trop vide, il ne peut ne pas sentir le regard de la jeune femme... sur ses mâchoires. Cette réflexion le stoppe dans son repas. Certes pas longtemps, mais un arrêt temporaire tout de même.

*Est-ce que je suis tombé sur une folle cachée derrière les traits d'une poupée magnifique à la peau de lait et aux cheveux d'or ? *

Soudainement, elle se met à parler. Il ne comprend d'abord pas les trois premiers mots. Ils sont si... « exotiques ». Ce n'est qu'avec le nom de sa mère qu'il comprend son prénom : Zanhfee. Zanhfee Fatina...

*Étrange. Pourquoi ces notes de musique me rappelle-t-elle quelque chose ? *

Cette nouvelle réflexion le coupe dans son mouvement. La fourchette reste en suspens, le morceau de viande embroché dessus. La jeune femme, Zanhfee, s'approche alors de lui. Comme lui l'a fait précédemment. Pourquoi cette étrange impression de familiarité ?

Le silence s'installe. Orphée repose sa fourchette et s'appuie dans le dos de sa chaise. Il la regarde tout à fait sérieusement. Sa tête cherche des réponses tandis que ses yeux, après avoir connu l'eau qui lave et la viande qui régale, fredonne les premières notes d'une berceuse de son pays.

« AH AH AH !!! »

Ce doit être la fatigue et l'expression innocente sur son visage. Orphée ne peut s'en empêcher.

« Je ne connais pas toutes les fonctions et les secrets de ce bras mais je puis vous assurer qu'il ne servirait à rien en vos objectifs. »

Il posa la main sur son ventre. Rire a réveillé ses muscles. Les derniers éclats s'évanouissent. Sa main remonte alors au niveau de sa barbe blanche et la caresse du haut vers le bas. Il la regarde longuement, essayant d'en revenir à son processus de recherche mnémonique.

Peine perdue. Il est trop fatigué.

« Dites-moi, je viens tout juste de le remarquer mais nous nous comprenons tous deux. Nous parlons dans la même langue. Une langue qui n'est pas celle de ce pays de feu et de lumière. Un pays ma foi tout à fait insupportable. »

Il se rapproche de la table et pose ses coudes dessus, plongeant son regard dans celui de Zanhfee.

« Je me demandais si vous veniez de... »

Un terriblement bâillement coupe Orphée en plein milieu de sa question.

« Oublier ce que je viens de dire. Me serait-il possible de dormir ici ? Nous parlerons du paiement demain si vous le voulez. »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Lun 29 Juil - 0:35
Il a un rire plutôt musical. Il me rappelle un peu celui de ce jardinier français mais en plus profond, plus virile peut-être.

- Oh... C'est que ça aurait bien pratique !
fais-je avec une moue de déçue.

Je garde pour moi mes interrogations. Honnêtement à quoi cela sert-il d'avoir un bras androïde si  on ne peut pas faire des sorbets avec ? Une coquetterie masculine ?

- Dites-moi, je viens tout juste de le remarquer mais nous nous comprenons tous deux. Nous parlons dans la même langue. Une langue qui n'est pas celle de ce pays de feu et de lumière. Un pays ma foi tout à fait insupportable.

- Sainte Canule, je suis bien d'accord avec vous. Le soleil dénature tout dans ce pays, les gens comme les mœurs.
- Je me demandais si vous veniez de...


Il ne finit pas sa phrase. Il baille et ce sans mettre la main devant sa bouche. j'ai tout loisir d'en admirer son intérieur. Cet alignement ordonné, ces gencives si roses et bien irriguées, cet émail si robuste...
L'espace d'un instant mes joues s'empourprent et mon cœur palpite. Et sans rien feindre. J'ai même manqué un morceau de la phrase qui s'ensuit.
Je ne devrais m'en rappeler que bien plus tard.

-....dire. Me serait-il possible de dormir ici ? Nous parlerons du paiement demain si vous le voulez.
- Pas de problème
, dis-je en débarrassant le couvert, si vous prenez bien soin de bien brosser vos dents. Les épices du Pfefferpotthast sont toujours un peu corrosives. Et puis les bactéries évacuées ainsi vous permettrons de vous prémunir de tous soucis cardio-vasculaire ! Laissez-moi quelques minutes et ne bougez surtout pas d'ici.

Et il ne m'en faut pas plus pour descendre la vaisselle sale de notre diner à la cuisine, au sous-sol. Je remonte les escaliers quatre à quatre, anormalement surexcitée. Je calme mon enthousiasme en grimpant les dernière marches montant à l'étage.
Du calme et du contrôle, ma fille !
De la discipline !

Une inspiration.
Une expiration.
Et tout va pour le mieux.

- Je vais vous montrer.

Je lui tend une brosse à dents que j'ai préalablement recouverte de pâte à dent soigneusement réalisée par mes soins. Je lui montre le mouvement à effectuer avec une application scolaire et minutieuse pendant trois minutes. Et alors que je me rince la bouche au dessus du crachoir, les mots manquants impriment ma mémoire.

- Achlmachgne !

Je crache.

- Pardonnez-moi. Allemagne. Je viens d'Allemagne, d'Hamelin plus précisément .

Je me tapote la bouche avec ma seconde serviette éponge pendue impeccablement aux carreaux verts-amande du carrelage. Je poursuis en déboutonnant ma robe pour mieux me nettoyer le visage et les mains avant d'aller dormir.

- Vous connaissez ? J'en doute, mais à tout hasard... Maintenant que j'y pense, il y'a une légende qui court sur ce village et qui met en cause un joueur de flûtiaux, comme vous. Mère me la racontait avant d'aller dormir... Mais je doute que sa version soit bien "classique" ceci-dit.

Je l'accompagne à ma chambre et soudain l'évidence me frappe.

- Oh, mais oui ! C'est vrai je n'ai qu'un seul lit.

Je bats des cils, les poings sur les hanches et me tourne vers lui avec un air contrarié.

A ce moment là je suis à mille lieu d'imaginer l’inconvenance totale de la situation et la dangerosité de cette dernière. Cela ne m'effleure pas le moins du monde. Quand on a eu une génitrice qui a toujours capté les envies libidineuses de votre environnement immédiat, il est difficile d'imaginer qu'on puisse susciter pareil désir pour un homme à titre personnel. On en conclue vite que cela est impossible. On trouve cela même reposant et on oublie vite qu'en réalité on a tord.
J'imagine que d'avoir retrouvé mon seul et unique béguin dans les draps maternel n'a pas aidé...
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Invité
Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Lun 29 Juil - 14:39
Si fatigué. Et malgré cela, la situation est excitante. Elle est si pleines d'imprévues et de questions attendant leur réponse. Orphée se demande s'il doit les garder pour le lendemain ou tout savoir avant qu'il n'arrive plus à garder le contrôle sur ses yeux ouverts.

Il ne comprend pas cette fixation que possède Zahnfee à propos des dents et de l'intérieur de sa bouche. Elle accueille un étranger possédant une face mortuaire, un bras d'androïde. Et seul l'intérieur de sa bouche l'intéresse. Au point que sa peau blanche laisse transparaitre des rougeurs d'excitation.

Elle disparaît alors rapidement pour débarrasser la table d'un repas qui l'a repu. Son ventre souffre de ce repas riche et abondant. Il en a perdu l'habitude avec les semaines de jeun précédentes. Alors qu'elle remonte très vite, Orphée renoue le nœud de la serviette qui couvre son corps nu.

Il ne sait pas quelle est la différence d'âge entre lui et elle. Évidemment, il doit avoir dix, peut-être même quinze ans de plus qu'elle. Malgré cela, elle lui tend une brosse à dents rempli d'une pâte et lui montre consciencieusement comment s'en servir. Comme s'il était un enfant. Cette sensation le rend mal à l'aise. La fatigue l'empêche de chercher pourquoi.

Pendant qu'Orphée se brosse les dents, Zanhfee lui parle d'elle. Il suspend alors son mouvement en entendant un nom de ville : Hamelin. Puis continue son brossage de dents, s'appliquant consciencieusement afin de ne pas décevoir son hôte. Il ne peut pas se permettre de jouer cette pièce selon ses propres règles. Il est contraint d'accepter celle de Zanhfee à cause des problèmes qu'il rencontre avec ses pouvoirs... Les jointures de sa main libre, posées sur sa flûte serre jusqu'à devenir blanches.

Prêt à cracher la pâte à dentifrice afin de se rincer la bouche, il est stoppé dans son mouvement et s'étrangle rapidement en avalant par mégarde. La jeune femme n'a aucune pudeur. Elle se déshabille devant lui sans manifester la moindre honte. Sans tenter de cacher son corps. Orphée bute devant un nouveau problème. Cette jeune femme à l'apparence si virginale possède des attitudes de putains.

Une seule chambre. Un seul lit. Visiblement, Zanhfee est contrarié. Elle ne s'est pas quoi faire devant cette situation. Farce du Destin ? La serviette qui tenait autour des hanches du flûtiste se dénoue. Trop fatigué, se rendant compte qu'il n'aura pas le temps de la rattraper. Il la laisse tomber à terre.

Orphée a envie de discuter. Il a envie d'en savoir plus sur son hôte. Mais la fatigue est la plus forte.

« Il ne faut pas vous inquiéter pour un si menu problème jeune dame. Je suis convaincu que, collé l'un contre l'autre, nous trouverons facilement le sommeil dans ce lit. »

Il s'avance de quelques pas. Et poursuis jusqu'à s'allonger en-dessous les draps. Il la regarde encore une fois et ajoute :

« Vous n'avez rien à craindre de ma personne. Voyez, venez vous collez contre mon dos. De cette façon, nous éviterons tout attouchement gênant. De plus, mon corps crie depuis si longtemps de fatigue que je ne tiendrais pas bien longtemps encore mes yeux grands ouverts. »

Effectivement, les yeux d'Orphée papillotent. Son visage est décontracté, la nourriture lui a fait du bien. Il affiche un beau sourire, une des armes de son arsenal pour charmer les gens et les demoiselles sans l'aide de ses pouvoirs. Mais les cernes en-dessous de ces yeux et ces derniers à demi-clos ne trompent pas.

D'ailleurs, il ne faut pas plus d'une minute pour qu'Orphée plonge dans un profond sommeil...

HRP:
 
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mar 30 Juil - 0:34
-Ah...

C'est ma seule réaction à la vue de mon invité dans toute la splendeur de sa nudité dépourvue de serviette éponge. Je me baisse pour la ramasser et l'instrument de musique attiré au sol dans la chute avec.

- Vous l'avez faite tomber.

Je compte lui enrouler autours de la taille de manière bien serrée afin que ça ne se reproduise plus. Mais il se vautre déjà dans mon lit pour finalement s'y endormir comme une souche.
Je m'assoie sur le rebord du matelas et prends quelques minutes pour l'observer. Je soulève son bras androïde par le poignet et ce dernier retombe mollement sur l'écrin de la couette. Mes jambes se mettent à battre une mesure imaginaire sur l'armature de bois et ma tête penche sur le coté tout en réfléchissant.
Mon invité a sombré dans une sorte de coma de bienheureux. Je pourrais l'assassiner dans son sommeil sans mal, il ne serait pas en mesure de m’opposer résistance.

Drôle de bonhomme, quand même.
Quelle manque d'instinct de survie que de m'accorder toute sa confiance...

Pourtant aussi curieux que cela puisse paraitre, sa proximité ne m’insupporte pas. C'est la magie de sa fabuleuse mâchoire sans doute. Je pose la flute et son étuis sur la table de chevet de manière à ce que l'ensemble soit parallèle aux objets de décoration déjà exposés.
Je pousse un soupir en pensant au fauteuil qui m'attend en lieu et place de mon oreiller. Mais, l'enjeu en vaut la taie.

**************************************************

Réglée comme du papier à musique, je m'éveille à cinq heure du matin, bien avant mon étrange invité. Je fais ma toilette, troque ma chemise de nuit de flanelle blanche contre une robe de lin en imprimé Vichy lilas et crème, brosse soigneusement mes cheveux et les orne d'un petit ruban pivoine.
Aujourd'hui c'est dimanche et donc jour de repos. Point de tablier ni de sucreries, mais la préparation d'un petit déjeuner solide pour que cet "Orphée" ne s'évanouisse pas tout de suite pendant le "paiement".

Et pendant que je m'affaire en cuisine au sous sol,  que l'odeur de pain aux fruits embaume l'édifice, je fredonne un air de mon enfance, une chanson que mère me bafouillait avant d'aller me coucher, un morceau de mon pays, d'Hamelin et de son flutiste.

-"Un étranger est arrivé un beau soir.
De son pipeau il tirait des sons bizarres.
Ses cheveux longs lui donnaient l'air d'un vagabond.

En ce temps-là, la ville était envahie
Par tous les rats venus du fonds du pays.
Privés de pain, les habitants mouraient de faim.

Le musicien leur dit : "Si vous le voulez,
Je peux sur l'heure du fléau vous délivrer."
Pour mille écus le marché fut bientôt conclu.

Devant l'église il joua de son pipeau
Comme un berger pour rassembler le troupeau,
Et de partout les rats sortirent de leurs trous.

On vit les rats qui le suivaient dans les rues.
Chemin faisant, ils étaient cent mille et plus.
Il les mena à la rivière Weser et les noya.


Les œufs se mettent à frire gaiment avec le beurre.

"C'est un sorcier!", s'écrièrent les bourgeois.
Tout le village déjà le désignait du doigt.
A coups de pierre et sans argent, ils le chassèrent.

Tout le village dormait paisiblement,
Lorsque soudain on entendit dans le vent
Un doux refrain que les jeunes filles connaissaient bien.

Les demoiselles dans leurs chemises de nuit
Virginales, se levèrent sans un bruit.
Et par le flutiaux guidées disparurent comme un rien.

Une d'entre elle, une seule, pourtant revint,
D'enfant, l'Amour en avait fait une femme
et laisser dans ses entrailles la graine du Malin.

Lalalalalalala, du Malin..."


Je remonte le plateau jusque dans ma chambre pour y réveiller la Reine-Ronce de mon lit.


HRP:
 
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mar 30 Juil - 12:01
Orphée est assis sur le lit. Le drap lui cachant les parties intimes. Il respire tranquillement, regardant sa flûte traversière juste devant lui. Posé avec beaucoup de soin et de parallélisme. Il respire tranquillement et prend conscience du renouveau de son corps.

Il entend alors la voix de Zanhfee. Elle chantonne des vers qui ne lui disent rien. La jeune femme est joyeuse et, il ne sait pas pourquoi, cela l'agace. Expiration ! Inspiration... Les marches craquent sous le poids de son corps. Elle se rapproche de lui.

Il tourne la tête vers elle et la regarde. Des yeux gris agressifs. Ses lèvres fines sont closes et tendues. Son esprit est toujours concentré sur sa respiration. Il se demande pourquoi il se donne tant d'efforts pour la contenir. Pourquoi ne pas la relâcher ? D'où vient-elle ? Qu'est-ce qui l'a provoquée ?

« ... »

Sa tête se tourne vers sa flûte et il réfléchir. Il a diablement envie de s'en servir. Cela fait si souvent. Et maintenant, il se souvient. Il se rappelle pourquoi il est si énervé. Ce n'est pas à cause de cette psychopathe de la dentition. C'est à cause de ce maudit bras !

Il lève la main au niveau de son visage et la fait pivoter. Il ne peut pas dire que c'est un ouvrage de bas étage. C'est une merveille de machineries. Elle répond parfaitement à son cerveau et ses commandes. Pourtant, il le déteste ce bras. Encore plus qu'il ne détestait son précédent !

Depuis tout ce temps qu'il vagabonde sur les routes... depuis tout ce temps qu'il cherche des réponses à la perte de contrôle de sa magie... depuis tout ce temps qu'il se sèvre...

Il n'en peut plus ! Il avait oublié. Son abrutissement lui avait fait oublier à quel point il aimait utiliser sa magie ! C'était une drogue !

A cet instant, l'index et son majeur gauche, collés, parcourent les plaques et les rouages de son bras androïde. Ils glissent dessus. Ils butent. Ils s'engouffrent dedans. Orphée sait qu'il va faire une connerie. Il le sait bien mais il ne peut pas s'en empêcher.

Ses doigts, tel un serpent venimeux et colérique, plonge dedans et arrache des câbles. Brise des morceaux de mécanismes. Déloge de leur emplacement des engrenages.

Orphée se lève d'un seul coup et crie comme un homme désespéré. Comme un animal emprisonné.

Il n'est plus que l'ombre de lui-même maintenant qu'il n'a plus ses pouvoirs...
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mar 30 Juil - 17:12
Déconcertant.
Déconcertant et illogique.

Si chaque être humain s'auto-mutilait à chaque réveil difficile, nous n'aurions plus qu'un monde de manchots et d'unijambistes hystériques. J'enjambe les débris mécaniques sans un mots et pause le plateau du petit déjeuner sur la table de chevet : plusieurs tranches de pain aux fruits secs, des oeufs brouillées au lard, du thé aux épices, un pichet de citronnade. Je m'évertue, toujours en silence et à genoux, de recueillir les composants éparses qui souille mon tapis,  dans les plis de ma robe.

- Vous n'êtes pas du matin, fais-je tranquillement en posant le tout soigneusement sur la commode.

Je bats des cils devant son air hagard.

- Herr Orphée, si je puis me permettre, si ce bras vous pèse tant pourquoi ne pas simplement le couper ?

Mon regard tombe sur la flûte.

- Ce sera certes plus compliqué de pratiquer votre instrument, mais  qui sait ? Si des hommes-tronc savent peindre avec leur bouche, un simple manchot musicien saura palier à son handicap.

J'attrape le flutiaux et le sors de son fourreau. L'instrument est beau, finement travaillé, trop élaboré et soigné pour un simple vagabond. Machinalement, je porte le fifre à ma bouche et souffle dedans pour tenter d'en tirer quelque notes. Chose qu'en temps normal j'aurais abhorré : vous n'imaginez pas tous les dépôts de salive séchée et son lot de microbes que ce genre d'appareillage conserve dans ses boyaux.

Alors que mes doigts glissent de trou en trou, arrachant une plainte essoufflée au pauvre pipeau, ce dernier émet soudain une drôle de lumière et sa silhouette semble se distordre.
J'étouffe un hoquet.
Je lâche la flûte d'effroi et recule de trois pas.
Mes mains dans le dos, réceptionnent l'arrête de la commode et bouscule le pauvre meuble. Je fixe l'objet d'un air incrédule -qui semble parfaitement normal, là comme ça, sur les lames de mon parquet- avant de lever la tête vers le musicien.

Dans son regard gris je crois déceler la même surprise effrayée.
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mar 30 Juil - 21:45
Il se sent idiot. Pourquoi a-t-il cédé à cette stupide pulsion ? Maintenant, en plus d'avoir un problème à manipuler sa flûte qui lui permet de charmer quiconque. Il a désormais un problème avec le bras lui-même.

Orphée regarde Zanhfee poser le plateau repas sur le petit meuble. Il l'écoute parler d'une oreille distraite tandis qu'il essayer de faire fonctionner son bras droit. Ce dernier parvient difficilement à effectuer ce qu'il est censé faire. De temps en temps, les rouages bloquent, les métaux crient puis le mouvement se fait... jusqu'au mouvement de trop qui casse définitivement le bras. Désormais, Orphée est nanti d'un bras androïde complet... aussi efficace qu'une branche de bois sèche.

Son attention se porte alors sur les tristes notes qu'essaye de sortir la jeune femme. Une complainte. Un chuintement. Même pas une mélodie... Ridicule.

« Mais !... »

Ses yeux s'écarquillent.

Orphée se relève et attrape la flûte de sa main droite... jusqu'au moment où il se rend compte que sa main ne peut plus bouger. Il l'attrape alors de la gauche. Il regarde, interloqué, l'instrument. Pusi Zanhfee. Puis l'instrument encore.

« Quel est ce prodige ? Que viens-tu de faire ? »

Le bec de la flûte se rapproche de ses lèvres fines. Puis s'arrête à quelques centimètres.

*Que puis-je faire avec un seul bras et des pouvoirs défaillants... *

Il repose la flûte sur le lit et regarde Zanhfee. Attendant des réponses. Mais sait-elle au moins ce qu'elle vient de faire ?

Bizarrement, quelques vers de la comptine qu'elle chantait plus tôt le matin lui revienne en mémoire. Possédant un sens théâtral et un sens de la rythmique, Orphée partage ces quelques vers avec son hôte :

« Une d'entre elle, une seule, pourtant revint,
D'enfant, l'Amour en avait une femme
et laisser dans ses entrailles la graine du Malin. »


Finissant sur l'improvisation antérieure de Zanhfee, d'une voix plus basse :

« Lalalalalalala, du Malin... »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Ven 2 Aoû - 22:31
...Tadoum Tadoum Tadoum Tadoum Tadoum Tadoum Tadoum Tadoum Tadoum....

C'est mon cœur qui bat comme ça ?
Je ne l’ai jamais connu si affolé, comme si il essayait de fuir hors de ma poitrine, emportant mes os, mes muscles et mes organes avec.


- Une d'entre elle, une seule, pourtant revint,
D'enfant, l'Amour en avait une femme
et laisser dans ses entrailles la graine du Malin.
Lalalalalalala, du Malin...


- Arrêtez ça ! ça n’est qu'une stupide chanson inventée par ma non moins stupide mère,
fais-je avec humeur. C'est se donner un bien meilleur rôle que d'admettre avoir été enlevée, violée et engrossée jusqu’au yeux à quatorze ans !

Mon rire sarcastique découpe l’atmosphère tendue au couteau.
Comme à chaque fois qu'une situation échappe à mon contrôle, ma véritable nature s'expose à lumière crue du jour. Je ne le réalise malheureusement que trop tard.
Mais la machine est déjà lancée.
Cette chose, quoi qu'elle soit, vient de raviver des blessures profondes et douloureuses.

"Nous sommes des fées ma chérie, leur magie coule dans nos veines."

Ta gueule, maman.

"Tu es si jolie, ma petite Zahn, ma petite fée... Mais ne t'inquiète pas, je te protégerais les vilains sorciers et personne ne viendra t'enlever la nuit au son du fifrelin"


Ferme ta grande gueule sirupeuse et cariée. Regarde à quel point tu l'as gâtée ta si précieuse fée ! Elle est si hideuse et imparfaite.
Elle n'a jamais eu aussi peur de toute sa vie.

- Quoi que vous soyez, je m'en contrefous. Mangez, lavez-vous les dents, et payez votre du. Il est temps de passer à la caisse.

Je sors précipitamment de la chambre et de la vue de l'instrument de musique, une vague nausée dans le fond de la gorge. Les mots franchissent mes lèvres dans un murmure une fois à l'abri du couloir.

- Comme si le joueur de flûte d'Hamelin pouvait exister...
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Dim 18 Aoû - 23:07
Pourquoi chasser ce rictus de son visage ? Effectivement, Orphée réagit étrangement alors que la demoiselle pète complètement un plomb. Ce rire effrayant qui sort de ce corps de poupée le ravit. Zanhfee n'a que plus de valeurs à ses yeux.

*Je ne partirais pas maintenant chère demoiselle. Non, non, non. Pas encore... *

Orphée se rend soudain compte qu'il est toujours nu. Ses affaires sont probablement en train de sécher quelque part dans cette demeure. Vu la température infernale qui règne au dehors, déjà si tôt le matin, nul doute que ses vêtements seront bientôt secs. En attendant, possédant un seul bras valide tandis que l'autre se balance dans le vide comme un pendu, il s'habille du drap dans lequel il a dormi et le noue comme il le peut.

Il descend les marches et retrouve Zanhfee.

« ... »

Il ne sait pas quoi dire. Car il y en a tellement. Quel est le prix à payer pour avoir été hébergé et nourri ? Pourquoi cette comptine électrocute les nerfs de cette si innocente demoiselle, la transformant en horrible mais néanmoins attachante harpie ? Ou encore : quelle a été ce phénomène lorsque ses délicates lèvres rosées ont soufflées dans sa flûte ?

Sa main décide de parler par des gestes, précédemment cette légion de paroles n'arrivant pas à sortir de cette trachée si petite.

Dans ce bras gauche tendu se trouve la flûte traversière. Un instrument magnifique. Des reflets d'un bleu si sombre qu'il en paraît noir. Semblant aspirer la lumière autour de sa peau froide.

« Joue. Encore une fois. »

Orphée va même jusqu'à rajouter ce mot :

« S'il te plaît. »

Une demande polie. Trop polie dans cette bouche à l'image de la faucheuse. Des mots qui sonnent... faux ? Etranges ? Effrayantes ? Comme un ordre ? Ou encore une supplique ?

Cet homme qui n'a plus le contrôle sur ses pouvoirs, sur le contrôle de son bras droit. Cet homme veut entendre cette demoiselle jouer.

Cet homme est prêt à chanter une nouvelle fois les vers de cette comptine qui passe en boucle dans le fond de sa tête...
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Lun 19 Aoû - 0:16
Nous sommes au sous-sol, dans les cuisines du Topino. Au milieux des cuves et des chaudrons maculés de sucre, de cacao et de confitures, la chaleur est deux fois plus intense. Une préparation à base de mélasse et de nougatine fait des bulles dans une marmite de taille imposante à feu très doux et dégage une odeur de caramel qui vous agrippe la gorge jusqu’à la gerbe. Je remue le mélange avec un coup de poignet sur et parfaitement ajusté. A raison d'une louche par moule, j'étale la pâte dans les petits creux ciselés en forme de souris.

J'entends le pas lourd et si masculin de mon invité dans l'escalier.

Un frisson d'excitation me parcoure l'échine. Mais je me contente de ne rien en montrer. A place je nettoie les incrustations de sucre résiduelles sur la plaque de sucreries en court de façonnage. J'aime que la chose soit impeccable pour respecter au mieux les contours des silhouettes dessinées. Au dernier moment, j'appliquerais un sirop de chocolat blanc pour rehausser les volumes.
Mais ce sera "après".

-Joue. Encore une fois. S'il te plaît.

Je lève les yeux vers Orphée, ce vagabond au dents si bien alignées, en silence. J'attrape un torchon pour m'essuyer méthodiquement les mains, mes yeux gris rivés sur lui. Lentement mes pupilles suivent le prolongement de sa main et se pose sur l'instrument du Diable.
Mon regard revient à nouveau à lui et à cette parodie de squelette tatoué à même le visage.

J'attrape la flute brusquement et telle une baguette je la pointe sous son menton que je lui oblige à lever.

- Très bien, mais ce sera plus cher.

Je me détourne brusquement sans lui rendre son bien et m'éloigne vers le fond de l'atelier. Il y'a là une porte blindée à triple verrous. Je me penche vers mes bottines et retire le jeu de trois petites clés coincées entre mon bas et le cuir de la chaussure, sur la cheville. Les verrous s'ébrouent avec un cliquetis sinistre.

- Après vous.

Je le laisse pénétrer mon antre. Mon vrai chez moi.
La pièce est petite et rectangulaire, éclairée par un plafonnier à la mode moderne, pourvu d’électricité qui donne une atmosphère blafarde à l'ensemble. C’est le seule endroit qui en est pourvu. Au milieu trône un fauteuil de forme particulière dont la position est entre la chaise et la banquette, muni d'accoudoirs, d'un repose-tête et d'un cale-pied. Le fauteuil semble lui aussi muni d'une lampe au bout d'un "bras" articulé en fer blanc. Il y'a une petite table à roulette du même métal, munie de différentes tablettes où sont rangés des ustensiles qui ont tout de médical, ainsi que plusieurs flacons de liquide étiquetées. Les murs comme le sol sont nus et laissent la pierre apparente. Seules les multiples étagères qui font le tour de la pièce l'habillent. Et des plus beaux atours je vous prie : plusieurs rangées de bocaux impeccablement allignés contenant l'ensemble de ma collection personnelle.

Des dents.
Des dents de toutes formes, de toutes sortes, de toutes provenances.
Des dents à perte de vue.

Je referme la porte dans son dos. Les verrou chantent à nouveau leur partition plaintive. Il est désormais à moi. Rien qu'à moi. Je crois que je ne me rend même pas compte du sourire à la fois indécent et effrayant qui anime mes lèvres, alors que je sers sa flute contre ma poitrine qui se gonfle de fébrilité. Ma mère aurait surement découvert que je pouvais être concupiscente et désirable à cet instant.
C'est pourtant d'une voix douce et calme -presqu'un filet de voix enfantine- que j'invite mon petit musicien manchot à prendre ses aises.

- Asseyez-vous , Orphée. Je vais jouer. Je vais jouer pour vous... Et après je vous prendrais quelques unes de vos magnifiques dents.


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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Lun 19 Aoû - 10:09
Il ne sait toujours pas ce qui sera plus cher. Depuis le début, elle lui parle de prix sans en expliciter les détails. Elle joue avec le suspens. Comme lui pourrait le faire...

Elle l'emmène alors dans une petite pièce derrière une porte blindée par pas moins de verrous à déverrouiller. Dans un premier temps, Orphée imagine qu'il y a là des richesses incommensurables pour la jeune femme. Que derrière cette porte se trouve le contenu d'un coffre-fort.

Il n'a pas tort. Il n'avait seulement pas imaginé que ce serait des dents. Bien qu'en y pensant maintenant, il trouve cela logique. Elle et ses remarques sur la beauté de ses canines par exemple.

Il s'avance dans la pièce tandis qu'elle referme la porte derrière lui. De son longiligne index, il caresse les bocaux, observant les petits contenus bien protégés dans leur nouvelle prison.

Il se retourne lorsqu'elle lui parle de prélever ses dents. A ce moment, son regard n'exprime pas de peur. Ses yeux sont perdus. Songeurs. Il tourne le dos à Zanhfee et observe à nouveau toutes ces dents. Il y en a tellement. Et de toutes sortes par dessus tout. Orphée, pour avoir connu la compagnie de certains criminels, associe ses dents à une récompense après un larcin.

Il la regarde à nouveau. Quelques secondes. Puis retourne à l'observation de toutes ses dents.

« Ma chère, vous pourrez prendre toutes les dents que vous le désirerez. »

Une image reste profondément ancrée dans sa tête depuis qu'elle lui a parlé de prendre ses dents.

Des dents de requin.

Orphée prend finalement place dans le siège. Il s'y installe du mieux qu'il peut tout en gardant cette domination dans son être. Assis, d'une taille maintenant inférieure à Zanhfee, il n'en reste pas moins comme un roi dans son château.

« Si tel est votre désir, vous pourrez me prendre toutes mes dents. Je n'aurais que deux conditions. La première, vous jouerez pour moi. Si j'entends ce qui me plaît, je resterais et je vous ouvrirais bien grand ma bouche. La deuxième, vous m'implanterez ses dents de prédateur dans ce bocal tout là-haut. Je n'aime pas mon corps. Ses dents dans ma bouche n'ont aucune espèce d'importance pour moi. Mais je n'accepterais pas de me retrouver diminué. »

Ses yeux se baissent sur son bras androïde. Il est toujours entier. La main pend toujours au bras. Mais une quantité impressionnante de petits mécanismes git dans la chambre où il y a passé la nuit.

« Pas plus que cela. »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Lun 19 Aoû - 19:24
Quelque chose d'imperceptible se fissure quelque part dans ma poitrine. Un tressaut involontaire de fibre musculaire, à n'en pas douter, mais qui la résonance d'un bouchon de champagne qui se déloge de son goulot.
Allons, Zahnfee ça n’est qu'un inconnu.
Aussi téméraire et impressionnant soit-il c'est ça mâchoire qui t’intéresse pas le reste.

Je m'approche sans trop me presser. Il n'a visiblement pas l'intention de s’échapper.

- Vous m'offrez là la possibilité de me perfectionner d'avantage. C'est un challenge que de remplacer une dent définitive par une morte, mais je saurais honorer votre requête.

Je lui caresse la joue, geste aussi inhabituel que spontané de ma part. Je crois que je l'aime bien, en fait, ce drôle de personnage.

- Moi je vous trouve très bien comme ça. Mais mon avis n'a que peu d'importance, j'imagine.

Je marque une pause.

- Ce sera douloureux. Pas l'opération, mais l'adaptation de ces nouvelles canines à votre bouche. Vous devrez réapprendre à manger, à parler,... à jouer de la flûte... d'une autre manière...

Quel sentimentalisme!
Je m'exaspère moi même. Après-tout, il est adulte et consentant !
Je regarde l'instrument de musique toujours accroché à mes doigts. Je déglutis. Un drôle de malaise m'envahit, mais je le sache d'un revers d'esprit : mon spécimen est bien trop beau pour le laisser échapper.
Je n'ai aucune affinité avec la musique. en vérité je n'y ai jamais été confrontée. Ma mère avait horreur de ça. Pas un chant, pas même une berceuse, à part son insupportable ritournelle sur le joueur de flûte d'Hamelin. Je me souviens une fois avoir ramené un tambourin de l'école. J'étais petite, une enfant, je dansais gaiment en reproduisant la musique de la comptine qu'elle fredonnait dans ses moment de solitude. Elle était sortie en trombe de la maison, m'avait arraché l'instrument des mains pour le briser en milles morceaux. je ne l'avais jamais vu le visage si contracté de rage et de dégout.

"JAMAIS PLUS !" avait-elle grondé d'une voix sourde.
Et jamais plus je n'avais touché à une mélodie quelconque.

- Je crains que vous ne soyez déçu... Mais j'honore toujours mes engagements.

Je porte l'instrument à mes lèvres.
Que dois-je faire ?
Souffler ? Inspirer ? Chanter ?
Je ferme les yeux pour ne pas me laisser cueillir par un sentiment d'angoisse lancinant, pour oublier que cet instrument a brillé tout seul comme si il avait sa propre vie. Je ne suis pas du genre superstitieux , vraiment !
Mais quand même... Je ferme les yeux.
Et mes doigts se mettent à courir.

Ils s'animent, dansent, maladroitement -me dis-je au départ-, pourtant quand le souffle se repend dans ses conduits et s'échappe dans l'air, la mélodie qui nous parvient est terriblement juste.
Familière aussi.
Triste, indubitablement.



Lentement, mes phalanges prennent de l'assurance, elles vont chercher des notes plus délicates, plus perchées, plus complexes. Je ne comprends pas par quel prodige je sais jouer de la flûte, mais mon esprit est délicieusement vaporeux, comme si je flottais dans du coton. Je sens le flutiaux chauffer, irradier d'une chaleur étrange, sa forme gondole-t-elle sous les vibrations de ma respiration ?
Mais je ne veux pas voir, j'ai trop peur d'interrompre ce moment de grâce par le constat d'une réalité qui m’effraie ou m'échappe.

Je ne vois donc pas , derrière mes paupières closes, les réactions du musicien manchot.

Je n'y pense pour ainsi dire même plus....
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Lun 19 Aoû - 23:01
Six minutes qui remettent tout en question.

Six minutes où Orphée connaît la clairvoyance. Que fait-il à accepter toutes les expériences de tous les hommes et femmes qu'il rencontre ? Est-il déséquilibré dans sa tête ? Pourquoi cette recherche de la douleur ?

Six minutes où Orphée se souvient. Un village perdu dans le pays d'Allemagne : Hamelin. Il avait joué de sa flûte et charmé une femme. Quelqu'un avait remarqué ses dons. Il avait joué pour que des rats se noient. Puis il avait fait pire...

Six minutes où Orphée se souvient vraiment. Cette femme qu'il avait charmé. Belle. Jeune. Riche. Souriante. Rayonnante. Il avait été à son tour charmé le temps d'une nuit. Une nuit où il avait aimé comme une personne lambda.

Six minutes où ce fut lui qui fut charmé.

Six minutes où il fit le lien entre tout ce qui avait dit, tout ce qui avait fait depuis qu'il était entré dans cette confiserie.

A la fin de ses six minutes, il se réveilla. Il réintégra son corps et se sentit différent. A cet instant, il y avait un conflit dans sa psyché. Une bataille entre l'ancien homme qu'il avait été. Avant qu'il ne s'appelle Orphée. Entre l'homme qui avait arpenté les rues, les asiles, les manoirs et les pays. Jouant de la flûte. Manipulant. Allant même jusqu'à tuer si cela était nécessaire ou plaisant.

Et entre un homme qui se découvrait père.

Père.

Il était complètement chamboulé. Il se sentait humain. Fragile. Ses yeux produisirent des larmes. Non. En fait, un seul de ses yeux pleura. L'autre resta sec et alerte.

Les paroles de Zanhfee revinrent dans sa tête. Elle lui disait qu'il devrait s'habituer à ses nouvelles canines. Réapprendre à jouer de la flûte. Comment cela était-il possible ? De sa mémoire consciente, il avait toujours su en jouer naturellement. S'il perdait cette faculté. S'il devait réapprendre à en jouer. Alors : qui était-il ? Qui était-il vraiment ?...

« ... »

Les doigts de sa main gauche, humaine, faites de chairs et uniquement de chairs viennent caresser ses dents. Ses propres dents. Ses dents à lui. Y tient-il ? Il ne sait pas. Il ne sait plus...

Il va pour se relever et finalement reste assis. Juste sur le rebord du siège. Une position entre assis confortablement et totalement debout. Une position qui exprime parfaitement l'état dans lequel il se trouve. Entre des choses...

Ses yeux glissent sur le drap blanc du lit. Il dévale sur sa poitrine battant anormalement vite. Il s'est toujours enorgueilli d'avoir un rythme cardiaque très lent. Si lent. Prenant exemple sur cet animal fabuleux, -le paresseux- qui passait dix-huit heures à dormir sur sa branche. La tête en bas.

Ses yeux passent d'un pli à un autre et arrive irrémédiablement là où tous les plis se rejoignent. La région de son pénis. Il sait la vérité. Il la connait. Mais, il est attiré par ce petit bout de femme. Cette petite poupée si douce, si innocente, si blonde. Il sait que cela est de l'inceste. Mais n'a-t-il pas toujours été hors des règles des hommes ? Ne s'est-il pas toujours considéré comme un être à part ? Le tatouage du crâne humain. L'amour avec la Mort. Le bras androïde. Les canines du prédateur des prédateurs.

Qui est-il ? Vraiment !

Orphée plonge son regard confus dans les yeux ouverts de Zanhfee, parvenant seulement à prononcer :

« Ma fille... »
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mar 20 Aoû - 0:47
La plénitude que je ressens a une fin. C'est comme si cette irruption de talent m'abandonne soudain et fuit mon être par tous les pores. Il ne reste qu'un mince filet, une brume, qui nimbe le fond de ma tête. Je souris pour moi même, savourant encore un peu cet étrange moment.

J'ouvre les yeux.

La réalité est crue, agressive, comme la lumière du plafonnier. Je connais une soudaine descente de sensations, une sorte de chute de tension.
Orphée me regarde.
Il y'a une intensité dans cette paire de pupilles qui me fond soudain perdre pied. A-t-il pleuré ? Pourquoi me fixe-t-il comme ça ? Personne ne m'a jamais dévoré du regard de la sorte.

- Ma fille...

Une nuée de papillon voraces me dévore brusquement les entrailles.

- Je.. qu'avez-vous dit ?

Quelque chose s’est dérobé sous moi. Et comme à chaque fois que s’effrite le contrôle sur l'univers que j'ai patiemment façonné autours de moi, je le reconstruis quitte à oblitérer l'évidence.
Je m'efforce de sourire, mal à l'aise.
Je réalise que je tiens toujours l'instrument solidement contre ma poitrine.

- Je... Voilà... Je vais vous le rendre. C’est à vous après tout... ahah... Je n'aurais jamais cru si bien jouer de la flûte! Quelle surpri ... oh...


Je regarde interdite le gonflement anormal sous le drap qui sépare la nudité de mon specimen de ma propre vue. La chose semble lui même le rendre confus.

- C’est à cause de moi ?

La question est stupide, Mais ce que je ne suis pas habituée à susciter ce genre de .... "réaction". Ou à y être sensible, du reste. Je prend conscience avec un retard certain qu'il est fou de ma part de m'être enfermée dans une pièce lointaine et insonorisée, avec un homme qui fait deux fois ma taille et pourrait facilement me dominer.

La chaleur embrase mes joues sans que je ne l'ai invitée.

Je fuis brusquement son regard pour commencer à lui sangler le poignet droit. Mes doigts sont anormalement gourds.

- Des dents de Requin blanc ? n'est-ce pas ?.. hum ?
fais-je nerveusement -ce qui ne me ressemble guère- la proximité du musicien ne favorisant pas vraiment la concentration. Je pensais vous prélever seulement vos dents de sagesses, pour m'exercer... mais ce que vous me proposez est bien... bien plus excitant !

Ma voix s'éraille sur le dernier mot, franchement mal choisi. La panique grimpe d'un cran le long de mon épine dorsale. Au moins quand je l'aurais attaché, je serais peut-être un peu moins déstabilisée ? Encore faut-il que mes mains y mettent un peu plus d'entrain.....

"Ma fille"

Je frissonne involontairement.
Je suis au bord d'un précipice abominable. C'est sombre et inconnu. J'ai peur, je ne veux pas m'y jeter... mais l'appel du vide est si envoutant.
Mes gestes finissent pas stopper net. Mes prunelles grises viennent se planter dans les siennes. Et la question fatidique franchit mes lèvres :

- Le Joueur de flûte d'Hamelin, celui de la chanson... Il n'existe pas vraiment dans la réalité, hein ?

J'ai l'impression d'avoir six ans et de demander à Maman de chasser les monstres sous mon lit.






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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mar 20 Aoû - 12:29
Orphée reprend sa flûte, autant bouleversé que Zanhfee. Il remarque trop bien les signes de désir, de gêne, d'incompréhension de « sa fille ». D'ailleurs, c'est pour cela qu'il se laisse guider par le corps de la jeune femme, l'emmenant dans le fond de son siège. Son bras droit androïde, sur la voie d'être ligoté.

L'animal primitif en tout homme prend d'assaut son propre corps lorsqu'il entend le mot excitant dans le petite bouche sucrée. Il se relève brusquement, abimant encore un peu plus son bras en tirant sur les liens encore non serrés correctement. De petites pièces tombent et rebondissent sur le sol. Provoquant une sorte de cacophonie dans cette environnement isolé et étroit.

Orphée se retrouve en position de force. Il est au-dessus de Zanhfee qui se trouve allongé sur le sol. La grosseur sous le drap ne s'est pas évaporé. Le souffle du musicien est haletant. Il y a même une goutte de sueur coulant de sont front.

« Toi... »

Il la regarde avec des yeux fous. Dedans brûle le désir physique et la folie mentale.

« Es-tu l'incarnation de la Mort ? Es-tu celle que j'aime et que je recherche désespérément ? Je te reconnais bien là à prendre le corps d'une si jolie demoiselle. C'est vrai qu'elle est magnifique. Mais fallait-il que ce soit celle de ma fille ? »

Orphée regarde Zanhfee dans les yeux mais semble s'adresser à une toute autre personne.

Il revoyait dans les traits de la confiseuse, les traits de la femme qui l'avait charmé le temps d'une nuit à Hamelin.

« Tu ressembles tellement à cette femme d'Hamelin. Dis-moi la Mort, m'avais-tu jeté un sort ? Avais-tu dépêché l'aide des vils sorcières ou des malicieuses fées pour charmer le charmeur ? Pour préparer ta venue dans ce corps de rêve ? »

Plus il parle, plus sa respiration est forte. Son visage est si proche du sien. Il transpire tellement. Le drap qu'il a noué autour de son corps est si proche de lâcher.

« ... »

Son bras se tend vers la flûte qu'elle tient toujours. Il lui prend et regarde l'instrument avec interrogation. Il est assis sur son corps, le dos droit. Le visage loin du sien. Un instant de répit pour les émotions de la jeune femme.

« Serais-tu habité par un esprit malin ? La flûte aurait-elle charmée le charmeur ? »

Il va pour se pencher de nouveau, s'approcher au plus près. Il prend appui sur son bras droit... Le mauvais bras. Inévitablement, il chût. Sa tête cogne le sol juste à côté. Violemment.

Il gît ainsi. A moitié sur le corps de Zanhfee, le désir éveillé. A moitié sur le sol froid, la conscience refroidie...
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mer 21 Aoû - 15:14
Le monde vacille.
Il tombe à la renverse.

Mon coccys et mes coudes amortissent ma chute douloureusement. Mais je n'ai pas le temps de me redresser qu'Orphée m'écrase de tout son poids. J'en ai le souffle coupé quelques seconds. Lorsque ma respiration semble vouloir à mes pauvres poumons, je sens son sexe gorgé frotter contre mon ventre malgré les couches de tissus du drap et de la robe. J'ai mal. J'ai chaud.
Je me débats, instinctivement prise de panique.
La sensation de moiteur entre mes cuisses s'accentue à mesure qu'il éructe son discours à quelques centimètre de mon visage. Je ne pipe mots à la moitié de son discours. Je le vois à peine : le plafonnier forme un contre-jour qui laisse son expression dans l'ombre. Il n'y a que ses mots, la fièvre de son souffle, le roulis de ses muscles qui emplissent ma tête de brumes opaques.

-...vrai qu'elle est magnifique. Mais fallait-il que ce soit celle de ma fille ?

Encore "ça".
Cette affirmation à deux fois répétée me plonge définitivement dans l’abime. Le jouer de flûte d'Hamelin est réel ? Mon père est vivant ? Est-ce vraiment lui ?

Il se redresse soudain, à califourchon sur mes hanches. Voilà qu'il converse avec sa flûte. Les larmes mes montent aux yeux malgré moi, l'espace d'un instant j'ai eu peur qu'il s'en aille et m'abandonne là. Que cette brute sadique en rûte "s'en aille et m'abandonne".
La fissure dans ma poitrine se craquèle et s'accentue d’avantage. Je ferme les yeux.
Mère avait raison, elle a toujours eu raison. Durant tout ce temps elle a fait en sorte de m'isoler de toute proximité masculine, elle m'a interdit d'aimer, de chanter, de faire la musique. Elle a patiemment forgé la coquille de pierre qui serait mon armure. Durant tout ce temps elle a simplement craint qu'un jour mon père revienne et que son désir et sa flûte m'emportent, car elle savait alors que jamais, jamais je ne serais en mesure de repousser son invitation. Je ne vaux pas mieux que les vierges de la chanson : je suis stupide, faible et sans volonté...
Le flutiste d'Hamelin va me posséder.

*BLAM*

Incrédule, j'ouvre les yeux. La lumière aveuglante des ampoules m’agresse. Je sens toujours son poids sur moi mais je ne le vois pas. Je tourne la tête sur le coté : il est là, assommé. Son front suant en contact avec la pierre commence à se violacer. Il ne se réveille pas.
Hagarde, pétrifiée, nous demeurons comme ça quelques instants.

Le bon sens, la raison, auraient exigé que je rue pour m'extirper de la prison de sa carcasse et qu'ensuite je m'assure d'une manière ou d'une autre que jamais plus il ne serait en mesure de me faire du mal. C'est sans compter sur la brusque irruption d'un cœur dans ma poitrine aride.
Celui-ci est spontané, inconséquent et profondément illogique.

Je tend mes bras vers lui, sa tête glisse délicatement contre mon sein. Je le sers doucement contre moi tout en caressant ses cheveux blonds. J'entends les pulsation de son rythme cardiaque qui irrigue tout son corps -et qui ne semble pas prête à calmer les émois de son entre-jambe. Sans en prendre conscience , je réalise que je suis en train de fredonner une berceuse que je n'ai pourtant jamais apprise.

- Will ich in mein Gärtchen gehn
Will mein' Blumen gießen,
Steht ein bucklig' Männlein da,
Fängt gleich an zu niesen.

Will ich in mein Küchel gehn,
Will mein Süpplein kochen,
Steht ein bucklig' Männlein da,
Hat mein Töplein brochen.

Will ich in mein Stüblein gehn,
Will mein Müslein essen,
Steht ein bucklig' Männlein da,
Hat's schon halb gegessen.

Will ich auf den Boden gehn,
Will mein Hölzlein holen,
Steht ein bucklig' Männlein da,
Hat's schon halb gestohlen.

Will ich in mein Keller gehn,
Will mein Weinlein zapfen;
Steht ein bucklicht Männlein da,
Tut mir'n Krug wegschnappen.

Setz ich mich ans Rädlein hin,
Will mein Fädlein drehen;
Steht ein bucklicht Männlein da,
Läßt mir's Rad nicht gehen.

Geh ich in mein Kämmerlein,
Will mein Bettlein machen;
Steht ein bucklicht Männlein da,
Fängt als an zu lachen.

Wenn ich an mein Bänklein knie,
Will ein bißchen beten,
Steht das bucklig' Männlein da,
Fängt gleich an zu reden:

Liebes Kindlein ach, ich bitt':
Bet fürs bucklig' Männlein mit.


Je me sens étrangement calme. Apaisée.
Le temps peut bien défiler, je m'en moque. Je ne me suis jamais sentie aussi bien.

La berceuse du petit homme bossu:
 
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Orphée

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mer 21 Aoû - 18:15
Orphée se sent bien. Ses yeux sont fermés. Ses pensées se sont arrêtés. Il sent sa peau blanche et froide contre une autre chaude et douce. Il se croit finalement dans les bras de la Mort. Enfin il s'est débarrassé de sa carcasse de chairs. Enfin...

« Je t'ai attendu si longtemps... »

Il sert alors le corps encore plus près de lui. Il se sent bien et voudrais profiter de ce moment pour l'éternité. Mais, n'est-ce pas le cas ? N'est-il pas une âme libérée de l'emprise du temps ? Oui. Bien sur que oui. Il sourit alors de toutes ses dents. Un sourire enfantin et victorieux.

« Et désormais nous ne nous séparerons plus jamais. »

Les yeux toujours fermés, l'image bien présente des traits indescriptibles de la Mort dans sa tête, il recule sa tête... pour mieux embrasser avec passion. Un baiser long et langoureux.

Il cherche à serrer encore plus fort ce corps féminin. Pour se réfugier encore plus loin dans les plis de sa chair mortuaire. Mais quelque chose ne va pas. Son œil tique tandis que bouche esquisse un rictus rapide. Il réessaie alors de serrer et ressent la lourdeur du métal.

Ouvrant grands les yeux, il se réveille ! Il s'éloigne du corps de Zanhfee en la projetant sans délicatesse. Il se relève et affronte la réalité. Cette fois, sa tête est claire et ses sentiments se sont tus. Il observe avec froideur son état, tel un scientifique devant son cobaye : son bras pendant et incapable de magie.

D'un index brandi et menaçant, il s'éructe :

« Le numéro est terminé. Il est temps pour moi de quitter la scène. »

Il se rend compte qu'il n'est même plus vêtu de son drap. Le vêtement qui ne pourrait même plus cacher un désir mou et retombé.

« Va me cherche mes vêtements et prépare-moi un paquetage de voyage. »

Ses yeux dérivent sur le sol à toute vitesse. Il remarque toutes les petites pièces qui sont tombés ici et là. Il se baisse et les ramasse déjà. Faisant un petit tas dans le drap blanc. Sans se retourner, il ajoute :

« Et ne compte pas sur ma coopération pour récolter quelque souvenirs de mon corps. Tu n'auras pas accès à mes dents psychopathe. »

Sa voix est froide. Glaciale. Atteignant les nerfs et les gelant, privant d'émotion son interlocutrice. Elle ne peut qu'être interloquée devant tant d'indifférence à son égard. Elle qui se sentait alors si bien il n'y avait pas cinq minutes... Quelle chienne cette vie !

Orphée continue à ramasser les pièces, se souvenant qu'une quantité non négligeable se trouve dans la chambre de Zanhfee. Aussitôt les pièces ramassées, il se relève, son baluchon dans la main. Si la jeune demoiselle se trouve sur son passage, Orphée n'hésite pas à lui rentrer dedans, quitte à la faire tomber. Il est redevenu cet homme froid, haïssant les hommes pour leur bêtise, leur manque d'élégance et de puissance.

HRP:
 
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Zahnfee V. Edelstein

MessageSujet: Re: [Année 0003] Caries (Orphée)   Mer 21 Aoû - 19:54
C'est mon premier baiser.
J'ai du mal à décrire la sensation étrange d'un corps étranger dans ma bouche. J'aime ma bouche. Elle est un sanctuaire sacrée qui, il y a quelques minutes encore, était inviolée. La salive, l'empressement, la suffocation...

Mon instant de grâce s'en est allé.
ça me fâche un peu.

Comme le vent, le musicien manchot change soudain de comportement. Cette expression sur son visage m'est si familière qu'elle suscite un véritable choc, bien plus que tous le reste : il y'a dans ce rictus, cette froideur, le gris de ses yeux d'acier une parenté qui assoie soudain toutes présomptions.

Tel père, telle fille.

Il me bouscule ce sagouin, tout en m'invectivant ses ordres comme un nabab. Mais c'est parce que je suis trop occupée à manipuler un sentiment nouveau, une sensation nouvelle...
Le visage enfoui dans mes mains, mes épaules tressautent comme sous l'effet de sanglot répétés. Les petit couinement qui s'échappe à travers mes phalanges font penser d'abord à des plaintes. Je retire soudain mes paumes pour me tenir les côtes. Mon rire, irrépressible, claque sur les murs de pierres, se répercute sur les bocaux, résonne dans toute la pièce. Il lui fouette son visage tatoué.

L'hilarité... c'est quelque chose !

Je mets un certain temps pour me calmer tout en m'asseyant sur mon propre fauteuil. Exit les faux semblants, les masques, la peur, les sentiments : mon esprit est clair et sans nuage.

-Oh, voyons, tu sais bien que c'est toujours moi qui ais les clés, "Papa".

Je m'accoude en croisant les jambes, mon menton dans le creux de ma main. Je les lui montre avant de les ranger dans mon corsage. Mon sourire s'efface soudain. Mon regard est aussi dur que le sien.

- Tu ne m'as pas rétribuée.

Je me lève et consciencieusement je range mes ustensiles de dentisterie dans un bagage en cuir qui ressemble en tout point à celle d'un médecin.

- ... Mais tu le feras un jour.

Je boucle le paquetage de mes précieux instruments. Puis je fais le tour des rayonnages.

- Peut importe le temps que cela prendra.

Un premier bocal tombe au sol, rependant une multitude de molaires de lait et de morceaux de verre en se brisant.

- Un jour...

Un autre s'écrase violemment au sol.

- Un mois...

Tout une rangée bien alignée se vautre sur la pierre.

- Un an...

C'est ma collection entière qui disparait avec fracas à mes pieds et que j’écrase sans ménagement.

- Une vie entière.

Je lui souris. Je n'ai plus rien ni de charmant, ni de poli : je suis ce que je suis.
Un monstre.
Une hérésie.
Une femme libre.

- Mais j'aurais tout ton râtelier jusqu'à racler la dernière gencive avec mes ongles.

Je bats des cils, enjambe le foutoir absolu que je viens de commettre et me porte jusqu'à lui.

- Pousse-toi, je dois ouvrir la porte.

Je jette un regard dédaigneux sur son corps nu.

- Il va falloir te trouver de quoi t'habiller. Quelle plaie ! Et réparer sans doute ton machin, là. Et ne fais pas cette tête, je ne vois pas ce que tu pourrais faire sans moi dans ton état. Tu n'arrives même pas à faire tenir un simple drap autour de ton pénis.


Je déverrouille la porte et passe son pas et regarde la cuisine en silence. Il faudra que je brule cet endroit. Certain tue le père, moi je tuerais "la Mère".

Quelques minutes plus tard j'ai réuni mes valises. Il n'y en qu'une en plus de ma trousse de dentiste : quelques vêtements de rechange, mon nécessaire de toilette et surtout d'entretien dentaire, un manteau de laine, mes livres d'illustrations médicales, mes économies, un peu de pain et de fromage pour la route.
Rien de plus.
J'aide Orphée à revêtir sa bure en silence.

- Hé bien, "Papa", quelle sera notre destination ?


HRP:
 
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[Année 0003] Caries (Orphée)

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