[Année 03] "Elle filait comme le vent malgré ses beaux pieds nus"

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Peter Davies
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Peter Davies
Sam 17 Aoû - 17:08




"Et aujourd'hui encor cette fille de lune
Traverse bien des rues escalade bien des dunes
Pour aller visiter ceux qui ont besoin d'elle
Et répandre au monde sa douceur éternelle."






– Qu’est-ce que vous faites ?

Peter venait de s’enfuir par la fenêtre d’un foyer qu’il avait déserté quelques minutes plus tôt. Il avait entendu la maitresse de maison en conversation de miroir magique, s’exprimer à propos d’une possibilité d’adoption. Au début, la discussion se montrait distrayante, puisque la femme était incapable de donner un âge au « jeune garçon recueilli » – c’est-à-dire lui – dont, citons, « les traits délicats ne pouvaient que témoigner d’une ascendance noble ». A défaut de pouvoir le connaitre avec certitude, Peter riait beaucoup de son âge aussi lunatique que lui. Ainsi bloqué dans l’enfance, il donnait pourtant l’impression de vieillir ou rajeunir au gré des situations. A certains moments, on faisait face à un garçon fort et charmant d’une douzaine d’années, d’autres fois à un garnement espiègle de pas plus de dix ans, et d’autres fois encore il paraissait si fragile et si frêle qu’il ne semblait pas excéder sept années. Personne ne pouvait le dire, et lui encore moins.

Pour revenir à notre histoire, cette conversation prit un tout autre sens lorsqu’il fut sérieusement question d’adoption. Le mot seul faisait peur à Peter, à la manière du nom d’un monstre qui provoquerait des frissons rien qu’à l’entendre. Adoption, grandir, toucher, ces mots sonnaient aux oreilles de Peter comme sonnait « croque-mitaine » pour vous, lorsque vous étiez enfants. C’est ainsi que, le cœur un peu plus lourd qu’à l’ordinaire, il ouvrit la fenêtre de la nursery et s’évada sans même un regard derrière lui. Peter n’empruntait guère les portes. A quoi bon ?

Il ne tarda pas à retrouver la bande de Garçons Perdus qu’il avait quitté trois semaines plus tôt. Ceux-ci, sans sa présence, étaient bien incapables de prendre des décisions, encore moins de s’organiser ou de se déplacer. Ils s’étaient contentés de l’attendre. Certains étaient peut-être morts, mais Peter ne remarquait pas ce genre de détail. Le fait qu’il remarqua, toutefois, fut cette quasi indifférence lorsqu’il apparut à l’angle de la ruelle. D’habitude, les enfants levaient les yeux avec un soulagement non dissimulé, s’attroupant fébrilement autour de leur chef. Oui, Peter était accoutumé à ces effusions qui témoignaient de la dépendance bizarre qu’il parvenait à instaurer entre sa bande et lui. Pourtant, c’était souvent lui le plus petit.

Aussi, Peter Davies fut particulièrement troublé de voir que, cette fois, aucun de ses soldats ne venait à sa rencontre, alors même qu’il avait soigné son entrée comme lui seul savait le faire. Ce qui expliquait son « Qu’est-ce que vous faites ? » mi-vexé mi-intrigué, et qui aurait pu se compléter par un : « Qu’est-ce que vous faites de plus intéressant que ma divine présence ? »

– Oh Peter ! On regardait un tract sur Emerald. Tu veux voir ?

– La cité volante ?

Peter prit le prospectus délavé que lui tendait le garçon et observa les couleurs pastel peintes sur le papier. Le lieu avait quelque chose de puissamment attractif, lui-même n’aurait pu le nier. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise en contemplant la ville flottant dans les airs, comme si quelque chose menaçait secrètement de s’effondrer. C’était bizarre.

– On n’a pas besoin de cela nous, on a l’île !

– Ce n’est pas pareil.

Le ton employé déplut fortement à Peter, car il évoquait celui qu’on utiliserait pour comparer, par exemple, un chaton réel avec un chaton en peluche.

– Ah oui ? He bien, je vais y aller, à Emerald. On verra si c’est si épatant.

Les garçons présents se regardèrent d’un drôle d’air, l’expression vaguement embarrassée. Cela n’échappa pas à Peter.

– Quoi ?

– Rien…

– Dites-moi où je vous coupe la langue !

– C’est juste que… les gens comme toi… ils n’ont pas le droit d’aller à Emerald.

– Tu veux dire les gens extraordinaires ?

– Non, je veux dire… les Androïdes.

– Les Androïdes ne peuvent pas se rendre là-bas ?

– C’est interdit.

C’était tout à fait le genre de choses qu’il fallait dire à Peter pour l’inciter à aller quelque part. Il pouvait s’agir d’un pays merveilleux, inexploré, mystérieux, tant qu’il ne lui était pas inaccessible, il manquait quelque chose. Le fait que les portes d’Emerald lui soient fermées ne le vexa pas. Cela le stimula. Il éprouva instantanément un désir puissant et inébranlable de se rendre en ce lieu interdit, de la même façon qu’Eve avait succombé à la tentation du fruit d’Eden… Peter pouvait désirer quelque chose, mais dès lors qu’on lui interdisait de l’avoir, il ne le désirait plus, il le voulait, il en avait besoin, et la chose en question devenait son unique obsession. C’est ce qui se produisit à propos la cité volante d’Emerald.


♠ ♠ ♠


Peter plia bagage – il n’en avait pas, ceci n’est qu’une façon de parler – le lendemain même. Il était plus chanceux que les autres Androïdes, car ses prothèses à lui, lorsqu’elles n’étaient pas déployées, demeuraient invisibles. Il fallait simplement qu’il évitât de dévoiler son dos, mais il n’y avait aucune raison, après tout, qu’il en fût contraint. Il garda donc les vêtements que lui avait offert la dame qu’il venait de délaisser, un simple habit marin comme en portaient tous les petits garçons de bonne condition. Comme à chaque fois, lors de sa fuite il avait tâché d’emmener avec lui un certain nombre de choses précieuses, qui se révélaient souvent être des bijoux – les pauvres femmes lui auraient donné leurs plus purs joyaux – et au lieu de s’en servir pour entretenir ses Garçons, il utilisa la majeure partie pour payer son voyage.

Les plus naïfs d’entre nous se demanderont pourquoi Peter n’utilisa pas ses ailes. Le fait est que Peter n’était pas une machine, contrairement à ce que ce cher Duca voulut nous faire croire. C’était avant tout un enfant-oiseau, et les oiseaux sont bien incapables de parcourir de si longues distances ! Peter se serait épuisé et aurait chuté comme une pierre jusque dans les abysses de l’Océan Atlantique, et c’est là un destin qui ne devrait être imposé à personne. Par ailleurs, Peter était bien conscient du fait que ses prothèses devaient rester parfaitement cachées et ce dès le commencement du voyage, de crainte qu’elles ne trahissent sa condition d’indésirable. Il prenait son rôle très au sérieux. A partir de ce jour, Peter « Pan » ne savait plus voler !

Le voyage à bord du bateau volant fut fascinant. Beaucoup de gens avaient le vertige et tâchaient de se maintenir à quelque chose. C’était très amusant de voir comme les hommes les plus dignes se retrouvaient à claquer des dents lorsqu’ils étaient dans les airs. Ah, décidément, les grandes personnes étaient des créatures bien instables…

Au cours du trajet, Peter put observer le ciel d’un autre œil, puisqu’il ne faisait pas partie de ses composants comme à l’accoutumé. Il était spectateur. Mais ce qui l’intéressa le plus fut la manière dont se comportaient les autres passagers. En dehors de ceux qui étaient malades ou terrifiés, il y avait les curieux, les enjoués, les captivés. Peter les scrutait du coin de l’œil pour guetter leurs réactions. Comme ils étaient gais lorsque le navire se mettait à frôler un nuage et qu’ils passaient leur main dedans, tout surpris de constater qu’elle était mouillée ! Comme les enfants riaient ! Comme ils étaient excités de voir qu’ils volaient à la hauteur des oiseaux ! Et comme il était dur pour Peter de ne pas leur confier qu’il faisait ce genre de prouesse presque tous les jours, avec une adresse défiant les plus agiles rapaces…  Il se contint cependant. Il devait s’en tenir à son plan. Il feignit d’être normal avec un peu trop d’exagération – il se donnait une allure particulièrement morne et molle – mais comme personne ne faisait attention à lui du fait que personne n’était de sa famille, il ne reçut aucun regard suspicieux.

Au terme d’un long périple, ils débarquèrent enfin au port aérien d’Emerald, au grand soulagement des passagers les plus enclins au mal de l’air. Peter, lui, respira un bon coup et se mit en marche tout gaiement. Un nouveau monde s’offrait à lui !

… Un nouveau monde qu’il ne connaissait absolument pas. Passé le ravissement de l’arrivée, Peter se trouva vite complètement submergé. La place grouillait de monde, des visiteurs ou des passants, des petits et des grands. Perdu et désorienté, il tâcha de demander son chemin mais, dans l’agitation, personne ne prit le temps de lui répondre. Tandis qu’il tentait d’échapper à cette foule, il se fit soudainement bousculer et se sentit propulsé sur le côté, s’étalant de tout son long sur les pavés.

Se relevant tant bien que mal, il remarqua qu’un filet de sang s’échappait de son nez. Affolé et confus, il se mit à pleurer doucement en tâchant d’arrêter le flux sanguinolent qui se déversait sur son visage.

Un petit garçon – c’était un de ces moments où Peter avait l’air vraiment petit – meurtri et larmoyant se tenait sur la place, aux yeux de tous, mais toujours personne ne venait à lui. Personne, personne, personne…



Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Sam 17 Aoû - 23:38
Jamais le monde ne lui avait semblé aussi grand. Seule au milieu d'une foule de gens, Selene serrait contre elle la petite besace que lui avait faite l'épouse de son maître. Jamais il y avait de cela quelques jours la jeune fille n'aurait pensé qu'elle se retrouverait ainsi, en pleine cité volante, à des lieues de la France et de la petite chambre sous les toits qui représentait son foyer, et pourtant...

L'histoire commençait il y avait une semaine. Alors que Selene et son maître achevaient leur tournée à travers les rues de la ville, une conversation attira les oreilles de l'apprentie : on y parlait d'une mystérieuse cité volante, lieu utopique où ne seraient pas acceptés les androïdes. Le vieil allumeur de réverbères continua son chemin, indifférent, alors que Selene ne pût s'empêcher d'approcher les deux badauds discutant à la terrasse d'un café.

- Excusez-moi... savez-vous comment peut-on se rendre à Emerald ?

Les deux hommes la fixèrent comme si elle était un insecte venant d'apparaître au milieu de leur conversation. Voyant qu'elle ne bougeait pas, l'un des deux finit par répondre d'un ton dédaigneux  :

- Il y a des bateaux pour ça.

- Oh. D'accord. Merci !

Elle s'éloigna. Immobile, le vieil allumeur de réverbères l'attendait.

- Alors comme ça, tu t'intéresses à cette cité volante ?

Selene jeta un œil à la lune qui brillait dans le ciel. Comme en écho, son propre corps luminait avec elle.

-... oui. Je crois que j'aimerais bien m'y rendre.

En rentrant, l'homme en parla à son épouse et Selene fut surprise de voir que les deux étaient prêts à lui accorder une semaine de vacances. D'abord hésitante, Selene finit par accepter avec joie. Elle réserva alors sa place sur un bateau à destination de la cité volante, place qui lui coûta beaucoup de ses économies. Peu importait, plus la date du vol avançait et plus Selene était persuadée que se retrouver dans le ciel lui ferait le plus grand bien.

Le voyage fut merveilleux. Installée à l'arrière du bateau, Selene vit les bâtiments s'éloigner avant de disparaître dans les nuages. Lorsque la cité apparut dans le ciel, un vif espoir emplit son cœur : peut-être était-ce là sa vraie maison ? L'endroit où elle se sentirait enfin chez elle...

Après avoir été examinée par un garde au visage suspicieux, elle débarqua avec les autres voyageurs sur une place immense. Très vite perdue au milieu de la foule des arrivants, Selene marcha au hasard, évitant de se faire marcher sur les pieds. Alors qu'elle semblait sortir enfin de la masse humaine, un bruit attira son attention : au sol, un enfant au visage barbouillé de sang pleurait.

D'abord paralysée devant cette vision, Selene finit par se précipiter vers le garçon et s'agenouiller devant lui.

- Oh mon Dieu... est-ce que ça va ?

Fouillant frénétiquement dans son sac, elle finit par trouver un carré de tissu qu'elle tendit à l'enfant.

- Tiens... prends ça pour te boucher le nez. Garde la tête en avant surtout... qui t'a fait ça ?

Sa main voulut esquisser un geste de réconfort mais s'arrêta. Finalement, Selene se contenta de fixer l'enfant en attendant une réponse.
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Dim 1 Sep - 18:01


Peter la sentit avant de la voir. Une aura étrange entourait cette personne, pourtant si frêle, si pâle. Levant les yeux vers son visage, il resta un moment immobile, comme figé par cette vision. Nul ne peut dire d’où venait l’intuition quasi magique de Peter, qui ressentait les choses avant même de les comprendre, à la manière d’un sixième sens venu compenser sa sempiternelle inconscience.

L’espace d’un instant, il se demanda si la jeune ville qui lui faisait face était une fée, mais il renonça à cette idée car il était certain de n’avoir jamais connu de telle aura. Or, il ne connaissait les fées que trop bien. Un peu perplexe, il jeta un œil à Clochette, sa fée-grelot attaché à sa ceinture, mais elle semblait aussi dubitative que lui. Au moins, cette apparition eut le mérite de lui faire oublier son tourment.

Il finit tout de même par reprendre contenance, clignant des yeux plusieurs fois avant de se souvenir qu’un filet carmin s’échappait toujours de son nez. Comment un si petit nez pouvait-il produire tant de sang ?? Peter se saisit du linge tendu par la jeune fille et le plaqua sur son visage pour tâcher d’arrêter l’hémorragie. Il fut assez surpris lorsqu’elle lui conseilla de garder la tête en avant, car il avait pensé devoir, à l’inverse, la rejeter en arrière. Ce fait témoignait bien du manque de mère dont souffrait Peter, car ce sont bien elles qui sont censées enseigner ce genre de chose. N’osant pas relever son doute de crainte de passer pour un ignorant, Peter fit comme s’il savait tout de cette pratique et s’employa à garder la tête baissée.

S’extrayant de la foule compacte qui grouillait sur le port, comme autant de mouches attirées par un frais crottin – il faut excuser cette comparaison quelque peu vulgaire, mais Peter venait tout de même d’être labouré sans ménagement, et il me semble que c’est là une liberté que nous lui devons – le garçon clopina vers un banc ouvragé un peu à l’écart. L’étrange fille le suivait.

Il s’assit sagement sur son banc, en écartant prudemment le mouchoir de ses narines afin de vérifier que le flot avait minci. Pendant un moment il ne dit rien, uniquement obnubilé par ses saignements. Il n’avait même pas pris la peine de remercier la jeune fille, qui était pourtant la seule personne en ce lieu à avoir posé son regard sur lui. Et quel regard. On aurait dit… On aurait dit qu’il venait d’ailleurs.

Enfin, le flot s’arrêta. Peter retira le mouchoir dans un petit soupir de soulagement. Du sang séché parsemait les contours de son nez et tout le bas de son visage, et… Oh non !!

– Mon chemisier ! Mon beau chemisier !

Il se leva prestement en observant avec panique son habit entaché. Son joli chemisier marin, offert par sa dernière « conquête », était à présent tout souillé… Des larmes de rage perlèrent à nouveau à ses yeux. Il eut la furieuse envie de tuer toutes les grandes personnes qui s’agitaient stupidement devant lui. Comme d’habitude, elles étaient responsables de sa misère ! Maudites, maudites !

De colère, il jeta le mouchoir taché de rouge au sol. Puis, s’apercevant de son geste, sa rage s’estompa soudainement, et après l’avoir observé avec embarras, le garçon attrapa le tissu. Toujours lent et hésitant, comme s’il ne savait pas bien comment se comporter, Peter tendit le mouchoir à la jeune femme en prenant soin de ne pas la regarder dans les yeux.

– Il est sale, dit-il un peu sèchement. C’est grave ? Je peux en payer un autre. J’ai de l’argent. Il faut juste trouver…

Il se tourna vers la foule dense et les infrastructures ouvragées qui composaient le paysage. Il cherchait une boutique, mais il fallait bien avouer qu’il n’y engageait pas tout son effort…

– Je ne vois pas d’endroit où en acheter. En fait, je ne connais rien ici. Tu habites à Emerald ?

A la suite de cette question, Peter dévisagea à nouveau la fille brune. Il s’était plus ou moins accoutumé à son visage, ce qui n’expliquait pas pourquoi il se trouvait si ébranlé à chaque fois qu’il l’observait. D’une voix de confidence, il se pencha un peu vers elle et souffla :

– J’espère que tu n’es pas inhumaine, car ils sont interdits ici. Je veux dire, surtout les Androïdes. Et peut-être d’autres choses.

Beaucoup d’entre vous demeureront dubitatifs quant à l’intuition aiguisée de Peter. Certains se mettront même à siffler d’un air un peu goguenard, l’air de dire « Ben tiens ! ». Certes, il est vrai, Peter Davies avait cet instinct singulier, presque surnaturel ; lui dont la condition d’humain était si précaire, c’est comme si chaque être « différent » était révélé à lui. Oh, bien sûr, lui-même n’y comprenait pas grand-chose. Tout n’était qu’une vague de ressentis bruts sans queue ni tête. Par ailleurs, cette conscience normalement tout à fait éteinte – et impossible – chez les gens communs était pondérée par le fait qu’en dehors de cela, Peter était un être tout à fait naïf et dénué de conscience. Ainsi, il était capable de sentir qu’un individu était extraordinaire, mais il aurait été incapable de se rendre compte qu’il avait besoin d’un câlin – ou, plus gravement, qu’il était en train de mourir.

Cela étant, pour l’heure, il avait avant tout besoin de compagnie. D’habitude peu inquiété des convenances, Peter trouva dans la souillure du mouchoir le prétexte idéal pour garder sa nouvelle amie auprès d’elle.

– J’en oublie les usages. Je ne me suis pas présenté. S’inclinant gracieusement, il ajouta d’un ton un peu précieux : Peter Davies, Clochette – ma fée-grelot – m’appelle Pan, et certains autres aussi, comme Tinky – j’oublie facilement les gens. Tu n’es pas obligée de me dire ton nom, je peux t’en trouver un, je fais ça tout le temps. En somme, c’est comme tu veux. Mais je tiens vraiment à acheter un nouveau mouchoir pour toi, alors si tu veux des initiales brodées dessus… Il serait peut-être judiciaire de les dire !

Vous serez satisfaits, en constatant comme l’intuitivité de ce garçon était un don tout à fait équilibré par les failles dont nous sommes à présent témoins. Sa maladresse pour connaitre l’identité de sa compagne n’avait d’égal que celle de ses mots, dont l’emploi lui échappait parfois. Allons, Peter n’était qu’un enfant ! Un très jeune et un très vieil enfant. Ni plus ni moins.


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Lun 2 Sep - 2:55
Comme devant une apparition spirituelle, le garçon négligea son état pour mieux observer celle qui s'était agenouillée face à lui. La tête penchée sur le côté, Selene lui rendait son regard tout en tentant soigneusement d'ignorer le sang qui s'écoulait de ses narines (en temps normal, la jeune femme évitait tout ce qui lui rappelait la violence de ses visions). Au bout d'un certains temps, le garçon se leva et se dirigea vers un banc pour s'y asseoir. Le suivant sans un mot, Selene s'assit à ses côtés. Alors que l'étrange garçon se concentrait enfin sur le flot maudit, Selene préféra accorda un regard à la foule qui semblait ne jamais avoir de fin s'écoulant sur la place. Cette foule l'angoissait, elle qui vivait aux heures où les rues se vidaient. A vrai dire, Emerald était loin de la cité évanescente à laquelle Selene s'attendait...

Un cri de rage la détourna de ses pensées : découvrant les ravages que le sang avait fait sur son chemisier, l'enfant qu'elle avait rencontré laissait éclater sa colère. D'un geste, il jeta au sol le mouchoir que Selene lui avait donné. Cette dernière le regarda prendre conscience de son geste en silence avant de ramasser le carré de tissu et de le lui tendre.

- Il est sale. C'est grave ?

La jeune fille ne sut que répondre. Son interlocuteur se mît ensuite à chercher sans grande conviction un commerce alentours dans lequel ils pourraient trouver un mouchoir pareil à celui qu'elle ne pouvait plus utiliser. Sans vraiment réfléchir, Selene récupéra le mouchoir tâché de sang et le fourra dans son sac ; certes, il était inutilisable mais son instinct de préservation était trop fort pour qu'elle puisse le jeter.

- ... je ne connais rien ici. Tu habites à Emerald ?

Selene fit non de la tête : décidément, cette cité n'était pas faite pour elle. Les paroles suivantes confirmèrent cette pensée :

– J’espère que tu n’es pas inhumaine, car ils sont interdits ici. Je veux dire, surtout les Androïdes. Et peut-être d’autres choses.

La jeune fille eut un mouvement de recul avant de porter la main à son cœur : elle comprit en voyant le regard du garçon qu'elle devrait parler, mais pour dire quoi ?

- Je...

Le sujet de sa véritable nature était sensible pour Selene. Fallait-il vraiment lui dire la vérité ? Elle était sûre qu'il allait se moquer d'elle. Après tout, comment pouvait-on ignorer l'essence même de son être ?

- Je... je ne viens pas d'ici, fut tout ce qu'elle parvint à dire. A travers cette phrase, la jeune fille ne parlait seulement d'Emerald, mais elle doutait que le garçon ne le comprenne. A coup sûr, il allait la prendre pour une demeurée. Heureusement, il ne fit aucune remarque et préféra sa présenter, la tirant de ses sombres pensées. Ravie par la révérence qu'il lui fit, la fille aux pieds nus se remit à sourire.

- Enchantée, Peter... et Clochette. Je m'appelle Selene. Selene Maeleth.

Sentant que c'était à son tour de parler, elle se leva et fit un tour sur elle-même, à la recherche d'une rue commerçante. Après en avoir repérée une, elle se leva à s'adressa au dénommé Peter :

- J'accepterai volontiers que tu me rembourses mon mouchoir mais tout d'abord, il faut que nous trouvions quelque chose pour remplacer ce chemisier.

Elle jeta un œil à la foule sans visage qui déferlait à quelques mètres d'eux et un long frisson parcourut son échine.

- Après tout, tout ce sang risque d'attirer l'attention, et... je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

Comme avant, Selene était incapable de lui avouer qu'elle ne connaissait pas sa propre nature. Comme pour détourner l'attention du jeune Pan, elle posa la main sur son épaule et désigna la rue commerçante. C'est à ce moment précis que Selene aperçut à quelques mètres d'eux un groupe de miliciens qui les fixaient d'un air soupçonneux. Selene les ignora du mieux qu'elle pouvait, préférant s'adresser à Peter.

- Viens, je suis sûre que nous trouverons ce que nous cherchons par là-bas.

Oui, quitter cette place étouffante et noire de monde... au plus vite... !!
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Dim 8 Sep - 18:25


La fille avait l’air nerveuse, mais son air était toujours si doux que même cela passait presque inaperçu. Peter, se laissant mener par elle en direction des rues commerçantes, répétait en lui-même : «  Selene, Selene, Selene… »

Le teint de Selene rappelait l’éclat nacré de certaines fées de son île. Celles que souvent lui seul voyait. Mais cet éclat était aussi réel pour Peter que l’était celui de Selene, et il lui semblait d’ailleurs si vif en cet instant qu’il s’étonnait de ne pas voir les gens plisser des yeux à son passage. N’étaient-ils pas éblouis ?

Clochette, elle, demeurait étrangement silencieuse tandis qu’une inconnue – une fille !! – accompagnait Peter dans ses déplacements. Trop intrigué par sa nouvelle compagne, Peter ne le remarquait pas. Il était par ailleurs plutôt satisfait du fait que Selene eût accepté son invitation, en plus de proposer de retrouver un autre chemisier. Ils quittèrent la place bondée, Peter s’adaptant à la cadence soutenue de la jeune fille. C’est qu’elle paraissait pressée !

Les rues d’Emerald étaient parfaitement propres et coquettes, d’une élégance rappelant les cités grecques d’antan. Cela contrastait avec les ruelles macabres que connaissait Peter, né et demeurant Londonien. Tout ici, en apparence, semblait parfait. C’est peut-être pour cette raison que beaucoup  passants fixaient son chemisier tâché avec tant d’insistance. Ce sentiment d’être épié et jugé déplut fortement à Peter, et chaque regard dardé en sa direction empourprait davantage ses joues. Sa détresse précédente ajoutée à ce brusque dédain, c’en était trop. Il ne le supportait pas.

S’infiltrant sans prévenir dans une petite ruelle, extrêmement étroite et plutôt sombre, Peter se tourna et attrapa la bourse accrochée à sa ceinture. Selene l’observait. Déversant quelques pincées de poussière dorée dans sa paume, il s’en saupoudra le visage en prenant de grandes inspirations.

Oui. Ainsi se révélait, finalement, l’usage de la poudre de fée si précieuse à Peter. Celle dont il aspergeait les enfants afin que leur imagination ne demeurât pas confinée dans leur esprit. Afin que leurs rêves prissent vie et devinssent le monde lui-même. Fut un temps où Peter, encore plus petit qu’aujourd’hui, découvrait lui aussi les félicités de cette poussière d’or et de mort. Lorsque la terrible fée désirant l’adopter l’en avait saupoudré avec tendresse et générosité. Avec sournoiserie, avec malice. Les effets de la poudre, la première fois, étaient euphoriques, absolument délicieux. Peter y avait goûté trop tôt, avec trop de dosage, trop de fréquence.

A présent Peter Davies ne savait plus se passer de sa poudre. Il l’utilisait sur les enfants qu’il séduisait et emmenait avec lui, mais bien plus encore sur lui-même. Oh certes, Peter savait voler sans poussière et sans contrainte. Il savait même imaginer, voir et rêver éveillé comme personne, car ladite poussière avait fini par envelopper son esprit d’un drap de fantaisie, où la réalité et l’imaginaire ne connaissaient plus de frontière. L’un se fondait dans l’autre et se changeait en une matière nouvelle, sa réalité à lui, ce qu’il appelait l’univers ou la magie.


Les yeux de nouveau pétillants et réjouis, Peter s’épousseta les mains et, se souvenant de la présence de Selene, il dit d’une voix plus aigüe – comme chaque fois – qu’à l’accoutumée :

– Tu en veux ?

Selene n’eut cependant pas le loisir de répondre, car un milicien fit son apparition. Peter, étourdi par la poussière qu’il venait d’inspirer, remarqua tout de même comme elle parut soudainement tendue. Réactif, il dissimula immédiatement la bourse dans son pantalon.

– S’il vous plait déclara le milicien avec un drôle d’accent. Etes-vous en difficulté ?

– Etes-vous en difficulté ? railla Peter en imitant l’accent bizarre du militaire.

Peter était grisé par sa poudre de fée et ne se rendait pas compte de la position périlleuse vers laquelle il tendait – sans parler de celle de sa récente amie. L’homme souleva un sourcil d’un air inquisiteur, puis se tourna vers Selene :

– C’est votre frère ? Qu’est-il arrivé à son vêtement ?

– C’est de la confiture… de fraise !

Peter éclata d’un rire sonore, un rire aussi puéril et dissipé que lui. Les passants commençaient à les regarder.

– Est-ce qu’il va bien ? s’enquit le milicien de plus en plus irrité, s’adressant toujours à Selene et refusant de s’attarder sur le petit démon qui se foutait littéralement de sa gueule.

Mais soudain, son visage changea. Il fixa Selene avec une intensité proche de l’indécence, ce qui calma Peter très vite.

– Excusez-moi, serait-il possible que nous nous soyons déjà croisés ? Je… Votre visage… me rappelle… Non ? Quelque part en Russie…

Puis il se plaqua la paume sur le front et ajouta précipitamment :

– Que suis-je bête, cela fait des années maintenant… Peut-être dix ans… Ce ne peut être vous. Pourtant la ressemblance est… vraiment… Auriez-vous… une sœur, une parente ? En Russie ?

L’homme paraissait vraiment troublé. Peter, lui, était redevenu silencieux et alerte, intrigué par cette curieuse conversation. Il attendait, il guettait même, la réaction de Selene. Elle avait l’air tellement mystérieuse…  Dans le même temps, il inspectait discrètement la ruelle minuscule qui s’étalait de l’autre côté. Si la situation dégénérait, ils devaient se tenir prêts. Peter était certes sauvage et égoïste, mais il ne laisserait certainement pas sa trouvaille aux mains de ces chacals en uniforme. Discrètement, il glissa sa main dans celle, fine et diaphane, de Selene.


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Lun 9 Sep - 17:56
L'homme qui venait de faire irruption dans la ruelle sortait tout droit de son passé. Bien sûr qu'elle le connaissait... c'était un ami de sa famille d'adoption. Il venait souvent rendre visite à Yohann lors de ses derniers jours...

Selene porta la main à son pendentif. Il lui fallait quelques secondes... quelques secondes pour élaborer un mensonge. D'où lui venait cette réflexion ? Dire la vérité ne la mènerait à rien... après tout cette vérité-là sortait de l'ordinaire.

Et la cité n'avait pas l'air d'apprécier ce qui sortait de l'ordinaire.

Adressant un sourire aimable au milicien, elle répondit d'un ton assuré bien loin de son ton habituel :

- J'avais une cousine en Russie. Hélas, je n'ai plus eu de ses nouvelles depuis quelques temps... mais peut-être en savez-vous quelque chose ?

- Oh... L'homme eut l'air désemparé. Hé bien... si vous avez un moment, nous pourrions en parler plus au calme...

- Cela ne sera pas nécessaire. Le coupa Selene avec empressement.

- C'est que... j'aurai préféré vous annoncer la nouvelle dans de meilleures circonstances...

- Comment ça ?

- Hé bien... je n'en ai jamais eu confirmation mais... les deux enfants sont morts et les parents se sont enfermés dans leur manoir... je pense qu'ils vivent toujours là-bas, mais... on raconte qu'ils sont devenus fous.

Il s'approcha de Selene et posa la main sur son épaule. Peu habituée aux contacts, la jeune fille resserra sa main autour de celle de Pan. Un instant, elle repensa à cette poudre qu'il avait utilisé et se sentit emplie d'une vague de compassion ; quel genre d'existence pouvait mener cet enfant ?

- ... je suis désolé.

- ... cela explique pourquoi je n'ai plus de nouvelles. Hé bien... merci. Je n'ai pas le temps de m'attarder, mais... merci.

Elle fit un pas en arrière et, entraînant Peter avec elle, se retourna. Néanmoins, la voix de l'homme résonna une fois encore derrière eux.

- Attendez ! Et pour le garçon ?

- Il s'est perdu, je vais le ramener chez lui ! Répondit-elle en hâte. Puis ils quittèrent la ruelle. Sans prendre le temps de regarder derrière eux, Selene poussa la porte d'une échoppe qui semblait vendre des habits. L'endroit était coquet, mais désert. Seule une vieille femme installée derrière un comptoir était présente. Sèche et d'une apparence stricte, elle souleva ses lunettes en les apercevant.

- Je peux faire quelque chose pour vous ?

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Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Sam 14 Sep - 16:39
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L’euphorie s’était estompée. Lorsque Peter, la main tenaillée par celle de Selene, pénétra dans la boutique, toute trace d’allégresse avait déserté son visage. Debout à côté d’elle, il lançait à la dérobée quelques regards furtifs en sa direction, tentant en vain de percer le mystère qui entourait cette jeune inconnue.

Le milicien avait été trop mou, trop lent. Si Peter avait été à sa place – il ne doutait pas, d’ailleurs, qu’il eût fait un excellent milicien – il aurait saisi le poignet de Selene en lui sommant de faire la lumière sur cette affaire. Oh certes, la jeune fille avait répondu avec logique et sans trop de réflexion, mais enfin, était-il le seul à trouver que la mélodie de ses explications manquait terriblement de justesse ?
Malgré cela, l’aura qui englobait Selene était telle que Peter se surprenait à vouloir la croire. Elle n’avait pas l’air d’une menteuse. Les alternatives alors se découlaient en trois possibilités : Selene était si habile qu’elle mentait en ayant l’air d’une non-menteuse. Selene ne mentait pas. Selene mentait sans en avoir le choix. A vous de pencher pour une option ou une autre. Peter lui réservait son jugement.
De toutes façons, l’heure n’était point à l’élaboration intérieure de quelque justification sur le comportement suspect de Selene. Ils devaient tous deux se mettre en quête d’un mouchoir et d’un chemisier, et malgré cet imprévu bizarre, c’était bien elle qui prenait les choses en main.

Le magasin était plutôt coquet, d’allure soignée et même un peu précieuse. Peter déglutit en se demandant s’il aurait de quoi s’offrir ne serait-ce qu’un morceau de tissu. Mais son orgueil exacerbé l’interdit de formuler une quelconque objection, et lorsque la vendeuse vint à eux, une pointe de soupçon dans le regard – on ne pouvait certes pas lui en tenir rigueur, elle se trouvait présentement devant une adolescente d’étrange allure accompagnée d’un enfant souillé de sang –, Peter répondit d’une voix assuré :

– Un malencontreux accident nous est arrivé. Je voudrais acheter un mouchoir brodé et… et un chemisier de coton bleu.

La vieille bique les toisa tous les deux un moment, qui était certainement trop long pour être poli – puis elle leur fit signe de la suivre en leur adressant un sourire grimaçant. Si ce sourire avait été un son, il aurait certainement été du genre de celui qui se produit lorsqu’une craie crisse sur un tableau noir.

– Je vous laisse à vos essayages, déclara la vendeuse en s’éclipsant, manifestement peu enjouée à l’idée de se trouver en leur compagnie.

Peter remarqua tout de même qu’elle prenait soin de les épier de loin, baissant la tête en dardant son regard de rapace par-dessus ses lunettes.

Selene était un peu raide, et Peter se demanda si c’était à cause de ce qui s’était passé juste avant. A moins que ce ne fût le fait de se retrouver dans un magasin en présence de la réincarnation d’un vautour des montagnes. N’osant pas l’interroger à ce sujet, le garçon se contenta de faire le tour des étalages où s’étendaient des piles de vêtements et des mannequins vêtus.
L’endroit de l’échoppe où ils se trouvaient était à part et disposé en cercle. Il y avait un grand miroir afin de pouvoir essayer aisément les tenues puis contempler son reflet.

– S’il y a un problème, n’hésitez pas à faire appel à moi. Chez les enfants, nous avons l’habitude de réajuster les vêtements !

Peter adressa un signe de tête approbatif en direction du vautour avant de se tourner vers Selene, levant les yeux au ciel.

– Ma parole, cette sorcière ne nous lâche pas. Il espérait dérider un peu sa nouvelle amie qui ne paraissait pas moins tendue. Des fois, je me dis que la vieillesse, ça ne doit pas être joyeux. Heureusement que moi…

Il se stoppa juste à temps, les yeux écarquillés. Le rouge lui monta aux joues aussi brusquement qu’un feu d’artifice lancé dans les airs. Imbécile ! Bafouillant, il se précipita vers une robe blanche agrémentée de nœuds bleu ciel, et lança d’une voix trop aigüe :

– Oh ! Tu as vu, tu as vu quelle belle robe ? Elle est belle, cette robe. Voudrais-tu l’essayer ? Bon, attends, je la mets de côté pour toute à l’heure. Moi, je vais essayer…

Il regarda autour de lui avec fébrilité, cherchant des yeux le moindre apparat qui pourrait lui convenir. Il fallait brouiller les pistes. Il aurait pu simplement ajouter un « moi je suis encore jeune » ou toute autre suite naturelle et logique, mais la panique s’était emparé de lui avec trop de brutalité et il en était encore tout saisi. Peter « Pan » n’était pas habile en tout.

Il finit cependant par dénicher un chemisier marin comme celui qu’il portait, le col noué et délicatement rayé de blanc. Otant sans pudeur l’habit tâché, il enfila le neuf prestement et s’avança vers le miroir.

– Qu’en penses-tu ? demanda-t-il sans cesser de s’admirer. Je trouve que j’ai belle allure. C’est une de mes mères qui me l’avait offert, l’autre, mais je crois que celui-ci est encore plus joli. Les princes portent ce genre de vêtements, même le petit prince de France en a. Alors, je le prends, oui ?

Se retournant vers la jeune fille, il la fixa d’un air interrogatif. Puis, se souvenant des propos qu’elle avait échangé avec le milicien, il ajouta innocemment :

– Est-ce que les petits garçons en portent aussi en Russie ? C’est bien de là que tu viens, n’est-ce pas ? C’est là-bas que ta cousine et ton cousin sont morts.

Peter ne faisait pas preuve d’une grande délicatesse, pourtant tout à fait de circonstance. Il ne savait pas bien faire ces choses-là. Il n’était pas vraiment dur, c’était simplement, à nouveau, de l’inconscience. Il ne réalisait pas que la mort pouvait déchirer le cœur, qu’elle ne s’apparentait pas à un chagrin de passage comme la perte d’un jouet aimé ou à un regret vite oublié. Il ne comprenait pas la mort. Après tout, elle ne pouvait réellement l’atteindre.


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Mer 18 Sep - 17:40
Selene était distraite. Debout au milieu des parures précieuses que semblaient tenir en affection les habitants d'Emerald, elle se demandait quel était le chemin qui avait conduit une vendeuse aussi sèche à tenir un endroit aussi délicat. Non pas que Selene aimait juger, mais l'attitude de la femme était clairement antipathique. Quelque part au fond d'elle, quelque chose de sombre s'agita ; elle n'aimait vraiment pas le comportement de cette vendeuse... n'y avait-il rien qu'elle ne puisse faire pour lui arracher ce sourire sans vie de son -

- Ma parole, cette sorcière ne nous lâche pas. Des fois, je me dis que la vieillesse, ça ne doit pas être joyeux. Heureusement que moi…

- Hmm ?

Trop tard. Soudainement excité comme une puce, Peter se mit à tenter de rediriger son attention vers les vêtements disposés avec soin ici et là. Silencieuse, soucieuse, Selene feignit un intérêt poli alors que les rouages de son cerveau s'activaient avec fureur : pourquoi cet étrange garçon s'était-il mis à paniquer ainsi ? Qu'avait-il bien failli échapper ?

Alors que le garçon lui montrait à quel point il avait fière allure dans son nouvel habit, la jeune fille aux pieds nus décida de ne pas le brusquer : ils avaient tous leurs secrets... et puis, s'il souhaitait se confier plus tard, elle serait là.

S'avançant près de lui, elle l'observa à travers son reflet et ajouta avec un sourire, passant volontairement sur l'emploi des mots "une de mes mères" ;

- Cela te va vraiment très bien, Peter.

Son sourire disparût lorsqu'elle entendit la question suivante :

– Est-ce que les petits garçons en portent aussi en Russie ? C’est bien de là que tu viens, n’est-ce pas ? C’est là-bas que ta cousine et ton cousin sont morts.

Immobile, elle resta quelques instants silencieuse. Le visage de Yohann s'était imposé à son esprit, et machinalement, elle serra son pendentif dans sa main pâle. Pourquoi se sentait-il obligé de le préciser ? La mort... ce garçon ne savait sans doute pas réellement ce que c'était. Avec hâte, Selene s'empara de la robe qu'il avait mise de côté pour elle et disparût dans une cabine d'essayage. Une fois à l'intérieur, elle prit un instant pour lutter contre la tristesse et se changea sans hâte. La robe tombait plutôt bien sur elle, mais elle savait qu'elle ne la porterait jamais : elle ne pouvait pas exercer son métier avec une si jolie robe... et puis, elle la faisait ressembler à une poupée de porcelaine.

Lorsqu'elle sortit, elle se présenta à Pan avec un léger sourire.

- ... je n'ai pas envie de parler de la Russie. Comment trouves-tu cette robe ?

Certes, c'était expéditif, mais Selene n'avait pas envie de mentir à son compagnon temporaire. Après tout, il était le seul qui lui donnait l'impression de s'intéresser à elle dans cette grande cité volante et froide.

S'observant dans le miroir, elle vit la femme s'approcher de l'espace où elle et Pan se tenaient. Adoptant un air faussement aimable, elle se glissa près d'elle sans la quitter des yeux, marmonnant comme pour elle-même :

– Hmm... il vous faudrait rajuster les épaules... et la taille... oui, ce serait parfait...

Affairée, elle commença à prendre des mesures sur la robe alors que Selene elle-même la portait. Raide, cette dernière finit par soulever une objection alors que la vieille vendeuse disparaissait l'espace d'une seconde pour revenir avec une pelote d'épingles qui rappelait vaguement un instrument de torture.

– Je ne pense pas que je vais l'acheter tout de suite... désolée. Il me faut encore du temps pour me décider.

Arrêtée dans son élan, la femme sèche comme un arbre mort lui jeta un regard assassin. Elle s'arrêta de sourire et s'éloigna d'un pas rapide :

- Très bien... vous viendrez me voir lorsque vous aurez pris une décision.

Sur ces paroles, elle disparût dans l'arrière-boutique. Soulagée par son départ temporaire, Selene se tourna vers Peter avec un sourire de soulagement. Machinalement, sa main remonta jusqu'à sa gorge...

Ses yeux s'agrandirent alors qu'une sainte horreur se peignait sur son visage. Le souffle court, elle murmura :

- Mon pendentif... on m'a volé mon pendentif !

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Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Sam 21 Sep - 20:39
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Selene aurait été une jolie fille aux yeux de tous si ce teint avait été un peu plus rosé, ce regard un peu moins absent, ce maintien un peu moins juvénile. Mais elle était jolie aux yeux de Peter. La robe était à son image, claire, légère, aérienne. Peter avait attendu sagement, silencieusement, que la jeune fille sortît de la cabine dans laquelle elle s’était réfugiée à la hâte. Sa curiosité piquée fut quelque peu engourdie par la vision de Selene ainsi vêtue de l’habit raffiné. Une vision imaginaire de la jeune fille en train de danser au clair de lune s’imposa à son esprit, et bien que cette apparition n’eût rien de désagréable, il dut secouer légèrement la tête pour s’en débarrasser. Que lui prenait donc de rêvasser de la sorte ? Ce n’était pas le moment.
En revanche, il prit une expression clairement fâchée lorsque la vendeuse-charognard vînt à eux sans qu’ils le lui en fissent la demande. Elle vint immédiatement troubler la beauté de ce tableau, entachant la grâce immaculée de Selene par sa silhouette raide et toute en piques. Berk !

Selene changea d’expression, ce fut très subtil mais Peter le remarqua. Elle n’aimait pas beaucoup la présence du rapace. Elle avait brisé leur instant, leur complicité naissante. Oui, Peter était fâché. Il savait d’instinct – toujours ! – que Selene pouvait à tout moment se refermer comme une huître, l’empêchant ainsi de voir la perle délicate qui vivait en elle. A votre avis, que ferait une huître à l’approche d’un barracuda ?
Peter fut aussi déçu – les mauvaises sensations s’enchainaient décidément – car la jeune fille déclina la proposition de la vendeuse. Elle n’achèterait pas la jolie robe. Elle lui plaisait pourtant – et d’après Peter c’était tout à fait réciproque – mais elle ne l’achèterait pas. Elle ne la porterait pas.

– Mon pendentif... on m'a volé mon pendentif !

Peter sursauta sous la violence qui jaillissait de ces mots. Une détresse intense semblait serrer le cœur de Selene tandis qu’elle le fixait dans un mélange de stupéfaction et de panique, la main désespérément agrippée à sa gorge nue. Peter regarda autour de lui, confus, dépassé, l’angoisse vibrante de Selene lui brouillant toute logique. Il regarda par terre, lança quelques draperies afin de vérifier que le bijou n’était pas enfoui quelque part. Après tout, ils étaient seuls, il n’y avait personne d’autre dans l’échoppe que…

– Tu… Tu crois que c’est… elle ?

Il désigna d’un mouvement du menton la vendeuse repartie dans l’ombre. Puis, vif et redoutable, il sortit un couteau de nulle part, un canif ancien mais toujours aiguisé, dont il n’hésiterait pas à se servir. La demoiselle était en détresse, et rien ne le ravissait davantage que d’endosser le rôle de son preux chevalier…

Avant même de laisser le temps à Selene d’approuver ou non sa supposition, il s’élança dans l’arrière-boutique, tirant les rideaux si fort qu’un vague bruit de déchirure se fit entendre.

– Vous ! s’écria-t-il, l’allure un tantinet théâtrale. Rendez son du à mon amie ! Nous savons que vous l’avez dérobé !

Il dardait son couteau sur elle. Il devait avoir une drôle de dégaine, un enfant si chétif, si inoffensif, menaçant sans vergogne une femme dans une boutique de tailleur. Mais son regard ne laissait aucun doute quant à ses intentions : ce couteau n’avait rien d’un jouet. Il n’hésiterait pas à l’utiliser.
Les pas précipités de Selene accouraient jusqu’à lui.


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Mar 24 Sep - 21:17
Selene aurait dû en toute logique courir après Peter, mais elle en était incapable. Son pendentif... elle l'avait encore avant que la femme ne vienne lui parler. Mais pourquoi, pourquoi le lui aurait-elle pris ? Elle vivait dans une cité sans pauvres, elle n'avait pas besoin d'un malheureux pendentif d'argent... toujours immobile, Selene finit cependant par se précipiter dans l'arrière-boutique en entendant Pan menacer la vendeuse :

- Vous ! Rendez son du à mon amie ! Nous savons que vous l’avez dérobé !

La vieille harpie le fixait sans peur, mais on pouvait sentir qu'elle était sur ses gardes. Selene s'interposa entre eux deux avant que l'un des deux ne soit blessé. Elle ne voulait surtout pas causer d'effusion de sang... s'ils se faisaient remarquer plus que nécessaire, ils se retrouveraient en fuite... sur une île volante, ils finiraient de toute façon par les retrouver. C'était une situation qu'elle voulait à tout prix éviter.

- Peter, je t'en supplie... range cette arme. Je ne veux pas que tu aies des ennuis.

Elle se tourna ensuite vers la vendeuse et joignit ses mains dans un geste de supplication qui semblait venir de loin.

- Je vous en supplie... vous n'auriez pas vu mon pendentif ? C'est mon bien le plus précieux, il est...

- Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez.

La femme avait retrouvé son assurance sinistre, croisant les bras tout en la toisant de son regard de rapace. Sans se laisser intimider, Selene insista :

- S'il vous plaît... je suis sûre de l'avoir perdu ici. Il est en argent et... il, il renferme quelque chose. Un billet. Vous ne sauriez pas où je pourrais l'avoir laissé ?

La femme sembla prendre un instant pour réfléchir avant de laisser tomber sa sentence définitive :

- ... non. Maintenant, puisque vous n'avez rien acheté, je vous sonne de sortir de ma boutique.

Mortifiée, Selene hocha la tête et fit quelques pas en arrière, entraînant Pan avec elle. Elle ne pouvait rien faire... elle n'était qu'une enfant, faible et seule dans une ville inconnue. Enfin... elle n'était pas seule, mais ne voulait pas attirer d'ennuis à son compagnon. Et puis... quelque part au fond d'elle, elle sentait que si elle commençait à faire preuve de violence, elle ne parviendrait plus à s'arrêter. C'était ce que ses visions lui rappelaient sans cesse lors des nuits où elle ne pouvait dormir.

Sans un bruit, elle saisit la main de Peter et l'entraîna hors de l'échoppe.

- Je suis désolée, Peter... je ne voulais pas t'attirer d'ennuis. Je... je pense qu'elle me l'a volé. Je... je reviendrai voir lorsque la nuit sera tombée.

Son expression se durcit alors qu'elle repensait à la vendeuse. Elle devait récupérer son pendentif... après tout, il contenait les derniers mots de Yohann, des mots qui n'étaient adressés qu'à elle... fixant le soleil trop haut dans le ciel, Selene comprit qu'elle ne pourrait pas la laisser s'en tirer. Il fallait qu'elle reprenne son dû... au moment où la lune pourrait veiller sur elle comme elle l'avait toujours fait.

- A ce moment-là... tu ne seras pas forcé de venir avec moi. Mais je dois récupérer mon pendentif.
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Lun 30 Sep - 18:49
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Au début, Peter ne dit absolument rien. Déconcerté, il se contentait à nouveau de suivre la jeune fille dans les méandres de cette ville, cette réalité inconnue. Des questions vagues écumaient aux parois de son esprit, s’éloignant et revenant, sans qu’il trouvât l’audace de les formuler.
Il sentait que l’entreprise de Selene avait un sens précis. Qu’il y avait une raison pour qu’elle tînt tellement à ce pendentif et une autre raison pour qu’elle voulût se rendre dans la boutique la nuit. Puis, trop étourdi par ces incertitudes, Peter décida que ce n’était que pure logique – oui, il décida vraiment cela – la nuit était un moment tout à fait propice à ce genre d’activités, bien plus que le jour, et son pendentif devait être un bien cédé par une personne chère à son cœur. Lui-même aurait aimé posséder un petit objet lui rappelant le souvenir de sa m… Quoi ? Mais qu’est-ce qu’il racontait ! Il se fichait bien de sa mère, et de toutes les autres !

Peter secoua la tête avec une expression de mauvaise humeur.

– A ce moment-là... tu ne seras pas forcé de venir avec moi. Mais je dois récupérer mon pendentif.

Peter se tourna vers Selene et lui adressa un petit sourire légèrement arrogant.

– Ne t’en fais pas, Selene. Je suis le roi des voleurs.

Et pour une fois, cette distinction – qu’il jugeait fort méritante – n’était pas le fait de sa prétention sans bornes. C’était un fait avéré et absolument exact.


♠ ♠ ♠


Bien que Peter Davies fût moins disposé que la jeune fille aux heures nocturnes de nature, il l’était par l’expérience. Le fait est que Peter adorait la nuit. Il aimait l’ombre et les éclats des bougies, il aimait le silence des chambres et ses victimes endormies…
Ce soir-là néanmoins, point de jeu. Le jeune démon devait garder tout son sérieux. Il y avait dans le timbre de Selene un ton si grave à présent qu’il n’osait même lui faire quelque plaisanterie, ce qu’il avait coutume de faire pourtant, en plaisante compagnie. Les deux enfants attendirent que la nuit fut totale, absolue, avant de se mettre en action. Ils avaient patienté assis sur un trottoir, ignorant les passants perplexes qui les observaient du coin de l’œil.
Peter n’avait cessé de demander : « Et maintenant, on y va ? ». Mais Selene répondait toujours la même chose : Pas encore. La Lune n’est pas encore levée.

Quelle importance, s’interrogeait Peter tout en frictionnant ses bras fluets et saisis par le froid. Lui vint à l’idée que, peut-être, Selene imaginait comme lui que la Lune fût une sorte de mère bienveillante, un astre-fée – Peter connaissait manifestement beaucoup d’espèces de fées – protégeant ses enfants de son aura céleste. Peter avait composé maintes mélopées et poèmes infantiles à la Lune. Il lui offrait les airs qu’il faisait à la flûte.
Il se souvenait, vaguement toujours, du temps où il s’était lié avec quelques oiseaux dans les Jardins. Un endroit apprécié des fées, où le petit garçon qu’il était avait séjourné bien des fois, apprenant à jouer de la flûte, à comprendre le langage de la Nature, à se détacher du monde réel pour connaitre celui qui se trouvait de l’autre côté. Quand il le pouvait, c’était dans les Jardins que Peter enterrait les Garçons Perdus qui avaient trépassés.
Et il se trouve que la Lune était toujours particulièrement éclatante dans les Jardins. Combien de fois Peter avait pleuré, et combien de fois cet éclat-là avait-il comblé son cœur, séché ses pleurs ? Sans même qu’il en comprît la raison, d’ailleurs. Combien de fois était-il resté assis en tailleur, contemplant l’astre lunaire comme on regarde une déesse-mère, baignant dans sa lueur, dans sa chaleur... Il est dit que la déesse Séléné fut séduite par le dieu des Forêts, et tous deux vécurent cet amour, dans la nuit jamais le jour, afin qu’il restât pour toujours,  un feu brûlant et sans retour.

Oh oui, il se souvenait de cette chanson ! Les fées grandes et les fées petites la chantonnaient souvent, d’une voix basse et résonnante, un peu hypnotique. Après, Peter recevait sa dose de poussière dorée, qui infiltrait ses narines et sa conscience, jusqu’à ce que le chant se muât en ritournelle endiablée, vibrant partout en lui…
Selene connaissait peut-être cette chanson ? Peter n’y voyait que peu de sens. Il l’aimait malgré tout. Et plus que tout, Peter aimait les liens, les connexions, les hasards qu’il changeait en signes du destin. Selene et Pan, deux entités pour deux enfants… Il était sur le point de lui demander si ce refrain lui évoquait quelque chose, lorsque Selene déclara que c’était l’heure.


♠ ♠ ♠


L’affaire fut délicate. D’une part parce que l’échoppe était agencée à d’autres boutiques mitoyennes, d’autre part car, en règle générale, Peter avait l’habitude de se servir de ses ailes. Il ne pouvait prendre le risque de révéler sa véritable nature. Malgré la confiance quasi immédiate qu’il éprouvait envers la jeune fille, il se devait d’être prudent, et ce jusqu’au bout. Trop de fois, on l’avait trahi.

La première chose que fit Peter fut de grimper contre la paroi de la maisonnée, qui par chance était soutenue de plusieurs poutres apparentes. Il manqua de glisser plusieurs fois, mais sa pratique était à l’égale de la fréquence de ses entrainements… Le cambriolage n’avait aucun secret pour Peter Davies. S’agrippant aux bordures de la fenêtre en glissant la pointe de ses pieds sur le bord de la poutre, il scruta en plissant les yeux l’intérieur de la pièce d’étage. Un lit. Bien. La harpie dormait au premier.
Il sourit avec satisfaction et se laissa retomber sur le sol, un peu plus brutalement qu’il ne l’avait prévu. Légèrement flageolant, il déclara :

– On passe par la cheminée.

Et pour cause, l’antre se situait très certainement dans l’arrière-boutique – à moins que ce ne fût l’arrière-arrière-boutique – et cela leur permettrait de ne pas utiliser des escaliers possiblement grinçants.

– Tu saurais grimper contre cette gouttière ?

Peter désigna le tuyau qui se dressait contre le mur jusqu’au toit. La clarté de la Lune posait sur eux une lumière bleutée. Tout était bleu.
Il savait qu’il serait en mesure d’escalader la gouttière sans difficulté, quant aux toits et aux conduits de cheminées, c’était là son affaire. Mais il n’avait aucune idée des prédispositions de Selene à ce sujet.

– De toutes façons, je t’aiderai. Je serai juste derrière toi. C’est moins difficile que ça n’y parait.

Non seulement l’entreprise ne serait pas si difficile, mais Peter avait aussi l’intention de profiter pleinement de son forfait. Le médaillon était la priorité, l’objet premier de leur « visite ». Rien n’empêchait qu’il se servît au passage…

– Alors ? Veux-tu essayer ?


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Mer 2 Oct - 20:10
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L'astre lunaire s'était levée, laissant couler ses rayons bienveillants sur la cité volante. Un sourire aux lèvres, Selene contempla la gouttière dont parlait Peter. Oui, elle n'aurait aucun problème... elle était frêle, mais cela ne voulait pas dire qu'elle manquait de forces. Avec détermination, elle s'apprêta à prendre appui... puis s'immobilisa. Ils... enfin, elle avait oublié un détail.

- Tu peux y aller, je te rejoins.

Sans attendre que son compagnon de fortune ne lui réponde, elle se retourna et marcha dans la rue que longeait la boutique et les autres échoppes. Elle attendit ensuite qu'il n'y aie plus personne en vue pour s'approcher des réverbères qui éclairaient les lieux de leur vilaine lumière artificielle. Il lui fallait faire vite : prenant appui sur la base stylisée du réverbère de metal froid, Selene se hissa à la hauteur de la lumière et, ouvrant le panneau qui abritait la source de lumière, posa sa main opalescente sur l'ampoule. C'est là qu'un phénomène curieux se produisit : tout doucement, comme une flamme qui se meurt, l'ampoule s'éteignit, transportant sa lumière vers la main de Selene, main qui se nimba alors d'un halo froid. Recommençant l'opération avec tous les réverbères qui se trouvaient à proximité, elle revint ensuite vers la boutique, son corps brillant d'une lumière douce et pourtant terriblement incisive. La rue baignait désormais dans une pénombre crue, hachée par la lueur spectrale de la lune.

Peter semblait être déjà sur le toit, d'où il avait certainement pu assister au spectacle. Avec lenteur, pour être sûre de ne pas tomber, Selene commença à escalader la gouttière. A deux reprises, elle manqua de tomber mais se rattrapa... sans laisser le temps à une peur enfantine de s'installer, elle se répétait qu'il suffisait qu'elle se concentre pour ne pas tomber. L'ascension était moins difficile que prévu. Depuis quand était-elle aussi agile ? Depuis quand savait-elle mentir ? Décidément, cette drôle de cité lui révélait une facette d'elle-même qu'elle n'était pas sûre d'apprécier...

Peu importait au final.

Selene sentit un frisson agréable parcourir sa colonne vertébrale alors qu'elle jetait un oeil vers le ciel. La vision de cet univers lumineux et obscur à la fois lui donna le courage de franchir la distance qu'il lui restait. En quelques secondes, elle fût sur le toit. Essoufflée, Selene laissa alors à sa respiration le temps de se réguler alors que son cerveau tournait à plein régime. Elle repensait à la femme qui lui avait pris son pendentif, à la ruelle plongée dans l'obscurité... et à l'enfant qui l'accompagnait. Ce dernier l'attendait. La jeune fille le fixa avec insistance : d'où venait-il ? Une chose était sûre... il avait l'habitude d'être seul. Selene n'aurait su dire d'où lui venait cette impression, mais à partir du moment où son esprit la formula, elle la trouva fort pertinente. L'aura solitaire du garçon n'était cependant pas la seule chose qui l'intriguait...

- Dis-moi, Peter...

La voix de l'enfant de la lune s'était réduite à un mince filet, à peine audible.

- Quand nous étions dans la boutique... tu a commencé une phrase sur la vieillesse de cette vendeuse... et tu ne l'as jamais terminée.

Elle imita la voix de Peter Pan d'une manière qui l'aurait sans doute fait rire si elle n'avait pas paru si sérieuse ;

- "Des fois, je me dis que la vieillesse, ça ne doit pas être joyeux. Heureusement que moi"... alors ? Quel était la suite ?

Pourtant elle ne laissa pas le temps à Pan de lui répondre. Le regard étrangement brillant, elle lui dit avec un sourire si triste qu'on ne savait dire s'il s'agissait réellement d'un sourire :

- Tu sais... je ne sais pas d'où je viens, mais je sais que, quand je vivais en Russie, avant, j'avais la même apparence que maintenant...

Elle ne savait pas pourquoi elle lui disait ça. Etait-ce l'étrange pouvoir que la lune avait sur elle qui la poussait ainsi aux confidences ? Elle ne savait rien de ce garçon... se détournant avec brutalité, elle marcha vers la cheminée et y jeta un oeil, espérant avec naïveté qu'il ne l'avait pas entendue.

- Nous allons devoir passer par là ?

Un instant, elle eût envie de se frapper. Certes, Pan pouvait paraître maladroit, mais elle l'était également... si cela avait été possible, Selene serait sans doute rouge tomate à l'heure qu'il est. Heureusement, la lumière qu'elle avait absorbé empêchait de voir les couleurs de ses joues.
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Jeu 17 Oct - 12:38


Spoiler:
 


Du haut des toitures, Peter observait la marche de Selene qu’il ne comprenait pas. Il ne savait pas ce qu’elle attendait, ce qu’elle cherchait. Jusqu’à ça.
En voyant l’éclat du réverbère littéralement aspiré par la paume de la jeune fille, Peter – qui se tenait présentement étendu sur le vendre contre la façade du toit – se redressa d’un seul coup. Sa première réflexion fut de songer qu’il avait été abusé par quelque illusion d’optique. Selene avait certainement juste éteint le réverbère. Et cette lueur miroitant dans sa main ne pouvait être qu’un… qu’un reflet, un truc comme ça. Oui, Peter en était convaincu.
Du moins en fut-il convaincu jusqu’à ce que Selene réutilisât le même procédé, et ce au moins quatre fois de suite. Quatre fois suffirent pour ébranler cette auto-persuasion déjà précaire, et Peter Davies n’eut que le choix de regarder silencieusement son amie revenir vers lui l’allure tranquille, tandis qu’il la toisait avec stupéfaction. Plus aucune lumière artificielle n’éclairait la ruelle. Selene, elle, irradiait d’une étrange lueur, union improbable de celle d’une veilleuse et de celle d’un phare.

Ce n’était pas la première fois que Peter voyait quelqu’un émettre une lumière via son propre corps. Tinky le faisait aussi. C’était d’ailleurs suite à son influence. Mais la radiation singulière qui émanait de Selene était très différente. Elle semblait la… la déshumaniser.

Lorsque la jeune fille la rejoignit, Peter ne dit absolument rien. Il était encore fort perturbé par le spectacle auquel il venait d’assister, et dont il essayer de trouver un sens malgré lui. Gêné, il lui rendit un sourire furtif avant d’examiner les alentours à la recherche de la cheminée. Mais avant même qu’il eût eu le temps de s’en approcher, Selene prit la parole.
Peter l’écouta sans la regarder, accroupi et perché tel un oiseau sur une branche. Il n’avait pas pensé que Selene pourrait revenir sur cette déclaration lâchée par ses lèvres trop imprudentes.  Il se retrouvait démuni, confus, le cœur battant un peu plus furieusement à chaque mot de Selene. Il eut soudain envie de la pousser, afin qu’elle perdît l’équilibre et se fracassât le crâne sur le sol pavé. Mais Selene poursuivit, ce qui retint son geste.

–  Tu sais... je ne sais pas d'où je viens, mais je sais que, quand je vivais en Russie, avant, j'avais la même apparence que maintenant...

Peter tourna brusquement la tête vers sa compagne, dont le sourire évoquait une fleur fanée. Son cœur n’était plus qu’un roulement de tambour de plus en plus sonore. Comment… Comment était-ce possible… ? Le garçon demeurait figé, raidi, dardant son regard luisant sur le visage opalin de son amie. Un tourbillon acharné faisait valser ses pensées avant même qu’il eût le temps de les définir.

– Nous allons devoir passer par là ?

Peter se tourna à nouveau vers la jeune fille dont il n’avait même pas remarqué le déplacement. A nouveau, il resta un moment incapable du moindre mouvement, de la moindre réaction. Il ne songeait même pas à gratter le bout de son nez qui le démangeait allègrement.
Une petite bourrasque vint agiter sa chevelure et cela le fit cligner des yeux. Émergeant de son apathie, Peter secoua faiblement la tête, releva les sourcils, et répondit d’une voix plus faible qu’il n’aurait cru :

– Oui.

Après un dernier court instant d’immobilité, il consentit à se lever et rejoindre Selene, empoignant de ses deux mains les rebords de l’embouchure. Il s’éclaircit la gorge afin de reprendre contenance et déclara :

– Je vais te montrer.

Ils n’avaient pas de corde. Ils n’avaient aucun matériel élémentaire à la descente de cheminées. Et Peter ne daignerait toujours pas sortir ses ailes. Ici, ce n’était pas son monde. La méfiance avait supplanté la puissance. Ce fut alors que lui vint cette idée. Ôtant son chemisier souillé – dont il comptait se séparer de toute façon – il en arracha des pans à l’aide de ses dents, avant d’en nouer une extrémité à la ceinture de tissu de Selene. L’autre bout se retrouva à son propre ceinturon.

– Toi la première.

Selene s’engouffra dans l’embout de cheminée avec réticence mais bravoure tout de même, Peter fut forcé de le remarquer. Il prit le soin de lui montrer précisément comment placer ses mains et ses pieds, à plat contre les parois pierreuses qu’il devinait couvertes de suie. L’avantage de Selene résidait, comme lui, dans sa taille svelte et son agilité juvénile. Mais il sentait l’angoisse lui étreindre le cœur lorsque la jeune fille glissait trop vite, trop brusquement, et qu’il craignait de la voir chuter comme une pierre – une sélénite donc – jusqu’en bas.
En outre, malgré que le moment fût tout à fait mal choisi, son esprit était encore engourdi par ses interrogations, ses pensées, ses tourments intérieurs qui ne tarissaient pas. Les paroles de Selene revenaient à lui sans arrêt, comme une chanson populaire que l’on commence à connaitre par cœur à force de l’entendre à chaque fête du village. Cet engourdissement lui valut de se déconcentrer trop longtemps, et il eut tout juste le temps de voir la main de Selene déraper fatalement. Dans un réflexe quasiment instinctif, Peter actionna ses ailes et soutint en grimaçant le poids de sa compagne dont il percevait le souffle affolé. Par chance, Selene n’eut pas la pensée de lever les yeux vers lui, trop focalisée sur sa propre détresse.  Peter battit des ailes aussi silencieusement que possible et au terme de quelques secondes – qui lui parurent fort longues – il finit par sentir le poids de la jeune fille d’estomper, lui indiquant qu’elle avait touché le sol.
Rétractant ses ailes aussitôt, il se plaqua contre les parois noircies et s’éclipsa du trou aussi habilement qu’un jeune macaque. Son adresse avait sauvé les apparences. Rien ne laissait penser qu’il avait pu utiliser autre chose que ses membres naturels. A moins que Selene ne développe quelques soupçons face à sa force herculéenne… Mais dans son orgueil exubérant, Peter ne concevait même pas une telle probabilité.


♣️     ♣️     ♣️


Ils se trouvaient dans une sorte de salon.
Il était certes coquet, mais d’un goût détestable qui provoqua un tirage de langue compulsif en la personne de Peter Davies. Selene s’était déjà activée à la recherche de son médaillon. Peter l’observait.

Trop de mystères entouraient cette fille. Trop. Il appréciait quand les mystères étaient énigmatiques, excitants, divertissants même. Mais dans le cas de Selene, ils semblaient se succéder, se multiplier, et bien vite ! Son mystère a elle devenait lourd, effrayant. Peter avait peur. Il ne le montrait pas.
Afin de ne pas laisser deviner son trouble, il imita son amie dont la fébrilité le mettait mal à l’aise. Que pouvait-elle bien chercher avec tant de hargne ? En quoi un médaillon, aussi précieux fût-il, pouvait-il devenir si précieux, si essentiel ? Il pensa à sa poudre de fée, qui était l’unique chose essentielle à son équilibre. Peut-être que pour Selene, c’était ce curieux pendentif qui faisait office de poussière de fée.

Le salon paraissait vide. Peter fit signe à Selene de le suivre et ils gagnèrent l’arrière-boutique minuscule qui séparait l’échoppe de sa partie habitable. Peter repéra aisément le coffre-fort en étain, sous une table agrémenté d’une nappe de velours – nous l’avons dit, il était plutôt expérimenté.
Sortant une longue aiguille de sa poche, il s’approcha du coffre et s’agenouilla en prenant un air concentré. L’obscurité était telle qu’il dut tout de même demander à Selene de venir à ses côtés afin de l’éclairer. La première aiguille se brisa dans la serrure, mais la seconde – vous ne pensiez tout de même pas que Peter ne prévoyait pas de recharge – eut un franc succès. Un bruit métallique victorieux se fit entendre, désactivant le verrou et ouvrant la porte sacrée.

Le médaillon trônait au centre de quelques liasses de billets. Peter voulut s’en emparer mais Selene le devança. Tandis qu’elle le contemplait avec une intensité bizarre, Peter s’éloigna pour rejoindre les entrepôts de vêtements. Il repéra vite le chemisier marin qu’il avait remarqué plus tôt dans la journée et, du fait qu’il était déjà torse nu, il s’autorisa à l’enfiler sans hésitation. Malheureusement, tandis qu’il passait son crâne échevelé dans l’encolure, un cri perçant se fit entendre.

La vieille bique était là, en robe de chambre molletonnée, une charlotte sur la tête et une lampe à huile dans la main. En vue de la densité de des ténèbres ambiantes, en d’autres circonstances jamais le voleur doué qu’il était ne se serait fait remarquer, lui qui savait se fondre dans l’ombre comme aucun être n’y était disposé. Mais la clarté surnaturelle de Selene les avait trahis. D’ailleurs, c’était bien elle que l’affreuse vendeuse – encore plus affreuse dans cette apparat – fixait avec horreur, à la fois tétanisée par sa peau luminescente et par son bien qu’elle venait de récupérer sans scrupule.

Peter ne bougea pas, incapable de savoir ce qu’il convenait de faire précisément. Mais il sentait bien une chose : le pouvoir étrange de Selene pétrifiait littéralement la vieille. Il s’écria alors :

– Fais quelque chose, Selene ! Assome-la ! Empêche-la de crier !

Mais qu’aurait pu faire une jeune fille si délicate, si frêle ? Qu’aurait-elle pu faire, en effet…


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Dim 20 Oct - 17:04
Comme deux alpinistes, ils descendirent le long du conduit. S'aidant des instructions de Peter, Selene descendait avec application, focalisée sur un seul but : retrouver son bien le plus précieux, le pendentif d'argent. Cette femme avait tout ce qu'elle voulait, pourquoi lui avait-elle volé l'objet auquel elle tenait le plus ? C'était à n'y rien comprendre et plus Selene y pensait, plus elle sentait la colère la gagner. Soudainement, elle perdit prise et dérapa, sans possibilité de se rattraper. Alors qu'une panique légitime la saisissait, elle sentit Peter l'attraper et l'aider à descendre doucement jusqu'à ce que ses pieds touchent le sol. Encore sous le coup de la peur, elle ne pensa pas à lui demander d'où lui venait une telle force... elle éclaircirait ce mystère plus tard. Pour l'instant, il fallait qu'elle retrouve ce qu'on lui avait dérobé.

Fébrile, elle fouillait partout, ouvrant les placards et les tiroirs, cherchant en vain. Le salon était richement décoré, ce qui confirmait sa théorie sur la chance de la vendeuse. Ah, si seulement elle pouvait lui arracher les raisons de son geste...

Elle ne le pouvait pas, pas dans l'immédiat. Une fois le salon fouillé, elle suivit Peter avec vivacité jusqu'à l'arrière-boutique où elle avait vu la vieille femme disparaître plus tôt dans la journée. Bien vite, le garçon repéra un coffre qu'il tenta de déverrouiller, pendant que Selene éclairait la scène sans avoir besoin de se forcer. Si la première tentative se solda d'un échec, la deuxième fût victorieuse : le coffre céda, s'ouvrant sur de l'argent sans importance... et le médaillon. Selene s'en empara et le serra contre elle, avec la sensation de retrouver un être cher. En voyant que Peter s'éloignait vers la pièce où était entreposés les habits, elle ouvrit avec hâte le pendentif et constata avec soulagement que son contenu était toujours là. Un cri cependant la fit refermer violemment l'objet.

Dans l'encadrement de la porte se tenait la vendeuse, vêtue d'une robe de chambre, une lanterne à la main. Son regard et celui de Selene se croisèrent, et la jeune fille à la robe autrefois blanche tachée de suie put voir la peur à travers les yeux de cette femme détestable qui avait cru pouvoir se jouer d'elle.

Une voix derrière elle résonna.

- Fais quelque chose, Selene ! Assome-la ! Empêche-la de crier !

L'assommer ? Oh oui, elle le pouvait...

Ou elle pouvait encore faire mieux. Toujours était-il que Peter avait raison, il fallait qu'elle fasse quelque chose... avant que cette vieille femme ne retrouve ses esprits.

Posant le médaillon sur la table, elle avança prestement jusqu'à se retrouver nez-à-nez avec la vendeuse. Cette dernière n'arrêtait pas de la dévisager de haut en bas, la bouche ouverte, fascinée et terrorisée, incapable de réagir. Posant la main sur sa lampe, Selene lui adressa un sourire doux alors qu'elle en absorbait la lumière très rapidement. Comme si ce geste l'avait débloquée, la vieille femme lâcha la lampe qui vint s'écraser contre la moquette. Elle fit alors  un pas en arrière.

- So... sortez d'ici ou je rameute toute la ville.

- Vous n'en ferez rien.

Le ton de Selene était chantant, presque heureux, et son expression était sereine. Il ne restait plus rien de la colère qu'elle avait ressenti auparavant, en voyant la vieille femme ainsi vulnérable face à elle, elle avait ressenti comme... un élan de compassion. Une forme d'amour qu'elle avait l'impression de connaître déjà auparavant.

C'est avec affection mais fermeté qu'elle plaça ses deux mains autour du cou de la vieille femme, pressant sur les côtés avec douceur mais assez fort pour que la prise agisse. Comprenant ce que la jeune fille tentait de faire, la vendeuse tenta de se débattre mais le regard de Selene la paralysa. Cette dernière tentait de ne pas laisser le flot de souvenirs venus d'une autre époque l'envahir, des souvenirs qui prenait la forme d'une chorale mortelle susurrant milles idées de torture à ses oreilles, milles façons de prendre sa revanche sur celle qui lui avait volé son bien.

Il ne fallait pas y céder. Il fallait... qu'elle soit magnanime. Cette vieille chouette était attendrissante, après tout... elle l'aimait tellement, il fallait qu'elle la protège de sa colère. Avec douceur, Selene déposa un baiser sur son front tout en murmurant :

- Si vous dites ne serait-ce qu'un seul mot... je reviendrai vous tuer.

Ces mots furent les derniers que la femme entendit avant que ses yeux ne se révulsent. Selene la lâcha, la laissant s'effondrer au sol comme un morceau de chiffon. Elle n'était pas morte... elle l'avait épargnée. Comme cadeau ultime, elle lui avait laissé la vie, elle l'avait protégé de ce qu'elle pouvait lui faire subir alors qu'elle était alors consciente.

Elle avait... gardé le contrôle.

Selene expira bruyamment. Sa respiration était saccadée, elle prit quelques secondes pour la régulariser. Une fois cela fait, elle revint vers la table, s'empara du médaillon et le passa autour de son cou. Voilà, elle avait eu ce qu'elle était venue chercher. Elle adressa un regard à Peter, mais ne souriait plus. Elle se sentait vidée de son énergie et déjà lasse de cet endroit. Le toit au-dessus de sa tête semblait l'étouffer, elle voulait sortir, retrouver le ciel et la lune qui y brillait.

- J'ai trouvé ce que je cherchais. Tu as encore besoin de quelque chose ?
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Mer 13 Nov - 18:19

Les deux enfants marchaient silencieusement dans les rues désertes, éclairées celles-là, d’Emerald. Le pas raide et saccadé de Peter martelait les pavés, tandis qu’il suivait l’allure à la fois tranquille et vive de Selene. Il n’avait pas dit un mot depuis qu’ils avaient quitté la boutique. En fait non. Depuis que Selene avait tué la femme.
Oui, Peter ne consentait plus à la nommer « harpie » ou « vieille peau ». A présent qu’il avait vu l’effroi absolu envahir les yeux de la vendeuse, il lui semblait qu’elle s’était humanisée. Là, sous ses yeux. Oh, Peter avait déjà vu la mort. Peter avait déjà provoqué la mort. Il l’avait frôlé, attiré, nargué, titillé, touché du doigt. Il connaissait la mort. Ce n’était pas ce fait qui le troublait le plus. C’était le fait qu’elle, qui s’était instantanément imposé à lui comme un symbole de pureté, de douceur, de paix… Elle, pût créer la mort.
Peter ne savait pas que la femme était encore en vie. Pour lui, un corps s’écroulant, inerte et flasque, était mort. Voilà pourquoi il était toujours un peu dangereux, toujours tacitement tragique, de le laisser s’occuper des sépultures des Garçons Perdus qui fermaient les yeux trop longtemps.

Ce ne fut qu’au terme d’un long moment, chargé de silence et de gravité, que Peter remarqua ce qu’il tenait dans la main. Il s’en était emparé avant que la vieille ne les surprît. Selene ne l’avait pas aperçu non plus. En examinant furtivement, presque craintivement, son regard, Peter avait pu voir comme il semblait voilé. Vide. Eteint. Comment était-ce possible, après avoir absorbé tant de lumière ? …
Mais même l’éclat de Selene avait disparu. Une sensation bizarre et affreuse remuait dans les entrailles de l’enfant volant. Il avait peur. Il était confus. Il avait même froid. Il était fatigué. Ses prunelles le brûlèrent, et il comprit qu’il avait envie de pleurer.

Brusquement, il cessa de marcher. Il se tint immobile, raide et crispé, au milieu de la rue. La tête vaguement baissée, tous les muscles rigides. Les poings serrés. Selene poursuivit son chemin un moment, avant de remarquer l’absence de Peter. Elle se retourna et le considéra sans un mot.

– Mets ça.

Peter lui tendit brutalement ce qu’il tenait dans sa main. C’était la robe blanche et légère qu’ils avaient repérée lors de leur première visite. Une brise vint secouer ses cheveux rougeâtres, et fit onduler le tissu délicat de l’habit.
La robe était jolie, raffinée, légèrement enfantine. Elle donnerait à Selene un air candide. Elle lui rendrait sa pureté. Elle serait comme la Lune. Sans feu dévorant dans les yeux.

Il s’avança vers elle et plaqua la robe contre son buste, l’air résolu. Ses lèvres tremblotantes étaient tordues à l’envers. Ses yeux, assombris par ses sourcils froncés, étaient embués de larmes.
La vision de Selene ainsi revêtue de la robe, avant même qu’elle l’eût passée, le perturba finalement. Rien ne se passait comme il le prévoyait, comme il l’attendait. Au lieu de lui donner un aspect angélique, elle la rendait fantomatique. Irréelle. Cela était peut-être dû, en vérité, à l’expression désincarnée qui occupait son visage. Il ne savait pas. Tout était confus, tout était anormal, bizarre. Tout était…

Peter s’écarta brusquement. Un ouragan miniature ravageait son cerveau.
Il plaqua ses mains contre son crâne, émettant une sorte de plainte coupée. Trop de choses bousculaient sa pensée.
Selene fit un pas vers lui mais il tendit le bras vers elle, la stoppant dans son élan.

– N’approche pas ! lança-t-il d’une voix brisée, éraillée.

Conservant une distance sécuritaire entre leurs deux corps, Peter fouilla dans la bourse accrochée à sa ceinture, les gestes fébriles et dissipés. Ses doigts tremblants empoignèrent une dose – généreuse – de poudre dorée, qu’il jeta à son visage sans ménagement. Inspirant profondément, il répéta son geste une autre fois, ce qu’il faisait rarement, puis attendit.

Peu à peu, sa respiration se fit plus apaisée, plus profonde, et plus lente. Ses muscles raides se détendirent et il laissa l’habituelle vision déformée envahir son regard. D’une voix un peu pâteuse, que lui-même entendait mal comme si elle était assourdie, lointaine, il reprit alors :

– Es-tu une sorte d’esprit ? Un esprit tueur d’humains ? C’est pour cela que tu ne changes pas ? Que tu voles la lumière des choses ? Tu ne voleras pas la lumière de Clochette ! Tu ne peux pas me tuer, moi ! Je ne suis même pas un humain ! J’ai été transformé ! Tu… Tu crois que tu peux me tuer ? Non ! Je ne meurs pas ! Je ne grandis pas ! J’ai eu… Il y a ce sortilège. Je ne peux pas grandir ! Je ne peux pas mourir ! Je ne peux pas vivre !

Sa vision devint floue. Selene perdit ses contours, elle n’était plus qu’une silhouette blême et indistincte. Il n’aurait su dire si c’était à cause de la poussière ou des larmes qui brouillaient sa vue.

– Je te déteste !! hurla-t-il.

Il voulut sortir son poignard et foncer sur la jeune fille, mais à peine eut-il fait quelques pas qu’il chuta de toute sa hauteur et s’effondra sur le sol pierreux. Il tentait de se relever mais n’y parvenait pas. Les pas graciles et aériens de Selene venaient vers lui.

– J’ai froid… gémit-il dans un souffle, se recroquevillant comme un fœtus.


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Jeu 14 Nov - 19:39
Moi, maintenant:
 


Cela faisait depuis des années qu'elle n'avait plus ressenti autant de peine.
Depuis que Yohann avait rendu son dernier souffle alors que, en larmes, elle l'avait suppliée de ne pas la laisser. Alors qu'elle se tenait là, raide et immobile dans la ruelle où Peter avait manqué l'attaquer, ce dernier s'était recroquevillé sur le sol après être tombé. Son discours résonnait encore dans sa tête, un discours qui lui avait fendu le coeur. Parce qu'elle s'y reconnaissait, parce qu'elle lui ressemblait.

Elle aussi vivait hors du temps.

- J’ai froid…

Oui, elle aussi avait froid. En silence, elle fit quelques pas vers l'enfant et s'agenouilla à ses côtés, les rubans qui ornaient sa nouvelle robe flottant derrière elle comme autant de spectres qui la suivraient. L'enfant à ses côtés n'avait plus rien du fanfaron qui l'avait guidée jusque dans la maison de la vendeuse. Pour la première fois, Selene voyait le vrai visage de Peter Pan, celui d'un enfant brisé, confus et seul.

Avec une douceur infinie, sa main vint frôler la joue du garçon. Il pouvait la tuer, mais peu importait. Elle mourrait en s'assurant qu'il sache qu'il n'était pas seul.

- J'ai été trouvée en Russie, il y a de cela des années par une famille qui m'a élevée comme si j'étais leur propre fille. J'ai quitté cette maison lorsque leur enfant et mort... cela doit faire dix ans maintenant. Telle que tu me vois, cela fait 25 ans que j'erre sur cette terre.

Un silence. La tête penchée, les yeux baissés, elle cherchait le regard de celui qui avait été son compagnon la journée durant. Jamais elle n'avait révélé son secret à quiconque, pourtant, en cet instant, cela ne la dérangeait pas de le faire. Elle désirait réellement obtenir l'absolution auprès de Peter, et si elle devait pour cela révéler le moindre détail de son passé, elle n'hésiterait pas à le faire.

- Je ne sais pas d'où je viens, ni qui je suis réellement. Mes seuls souvenirs d'avant la Russie sont flous et... terrifiants. Peut-être suis-je un esprit, peut-être suis-je un monstre, mais... si c'est le cas, je ne veux plus l'être.

Sa respiration s'était faite lourde dans sa poitrine, et elle sentait un noeud se former dans sa gorge. Le désespoir de Peter mêlé à sa propre peine l'emplissaient d'un sentiment de tristesse déchirant qui l'affaiblissait et lui faisait mal. Pourtant elle était déterminée à aller jusqu'au bout et tenter de réparer leurs âmes même si elle savait la tâche impossible. Cela lui était bien égal : elle désirait ardemment se racheter et lui prouver qu'elle n'était pas ce monstre qu'il voyait en elle.

Ainsi, avec une douceur infinie, elle saisit les épaules de l'enfant et le prit dans ses bras.

- Je ne suis pas un monstre, Peter. Et toi non plus. Peu importe que tu sois humain ou non, tu n'es pas seul. Je suis avec toi et jamais je ne te ferais de mal. Je te le promets.

Et elle le pensait vraiment, alors qu'elle tenait ce garçon brisé dans ses bras, tentant de lui transmettre toute la chaleur qu'elle pouvait lui transmettre.

- Je comprendrais si tu ne voulais plus jamais me parler, je comprendrais même si la peur te poussait à me faire du mal. Je sais ce que ça fait d'être perdue, de ne plus savoir quoi faire, d'aller jusqu'à faire du mal autour de soi parce qu'on ne sait pas faire "bien"... et je voulais te dire... ça m'est égal, que tu agisses bien ou non. Je sais juste que je suis heureuse de te connaître.

De grosses larmes se mirent à couler sur ses joues, surgissant alors qu'elle ne s'y attendait pas. Elle le serra plus fort contre elle, incapable d'en dire plus. La ruelle était déserte, ainsi personne ne put voir le drôle de tableau que les deux formaient : le garçon brisé et la fille éteinte, enlacés comme dans un tableau, éclairés par les réverbères...

… et la lune, toujours, qui veillait sur eux sans faillir.
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Jeu 19 Déc - 23:26

Peter pleurait tant qu'il était incapable de prononcer un mot, de faire un geste. Il se laissait soutenir par les bras de Selene, pourtant à peine moins frêle que lui, tandis que son visage ruisselant demeurait niché contre le corps de la jeune fille. Il avait mal, peur, encore, une partie de lui lui criait de se relever, de se battre, de rejeter cette silhouette dangereuse qui lui imposait son contact, sa proximité. Une partie de lui désirait se laisser porter, noyer par cette même silhouette.
La méfiance farouche de Peter subissait sa vulnérabilité autant que lui. Il n'avait pas la force.

Au bout d'un moment qui parut très long, il s'écarta de la poitrine de Selene, essuyant de ses paumes les larmes qui encombraient ses yeux.

– C'est vrai ? dit-il d'une voix tremblante, encore chargée de chagrin, et qui n'avait plus rien à voir avec son timbre habituel.

Comme à l'éveil d'un songe, l'enfant oiseau balaya de son regard mouillé les alentours. Il semblait avoir oublié où ils se trouvaient, et ce qu'ils y faisaient. Il était tout vide.
Se relevant péniblement, lentement, Peter souffla dans ses mains jointes pour se réchauffer. Il plongea ensuite ses yeux sombres deux ceux de Selene, sans vraiment savoir ce qu'il désirait y trouver. Après un instant de silence, il lâcha :

– Regarde... Moi aussi je suis spécial.

Il actionna ses ailes sans quitter des yeux la jeune fille. Il la fixait intensément, comme s'il tâchait de voir si une esquisse de répulsion, de frayeur, assombrissant ses iris. Mais rien. Selene dardait sur lui ce même regard profond, un peu vibrant mais empli de vérité. Timidement, Peter dit dans un souffle :

– Alors... On est un peu pareils ? Comme... Comme un frère et une sœur ?

La réponse à cette question aurait suffi à réchauffer suffisamment Peter pour qu'il retrouvât un peu de sa force. Il est malheureux que ce fût justement à cet instant que la milice locale intervint dans cette scène, qui malgré qu'elle se déroulât en pleine rue, était absolument intime. Même la Lune sembla contrariée par cette brusque interruption.


– Qu'est-ce que vous faites là ?

Aucun de deux enfants ne répondit à la question. Peut-être parce qu'il n'y avait rien à répondre.
Un des miliciens sembla remarquer quelque chose sur Peter, ses yeux s'agrandirent et son visage prit une expression très sévère.

– Qu'est-ce que... Qu'est-ce que c'est que ça !

Il se saisit sans ménagement de l'épaule de Peter et serra brutalement la base de son aile. Ce geste arracha un cri de douleur de la part de l'enfant oiseau qui se dégagea avec hargne.

– Ce gosse est un Androïde ! C'est un Androïde !!

Le mot sonnait comme une effroyable injure, la définition d'une chose affreuse et innommable. Un mot honni. La réalité frappa Peter comme une énorme gifle.

Des bras puissants et trop grands s'emparèrent de lui, comme s'il s'était agi d'un dangereux criminel. Il y avait quelque chose d'assez cynique, d'ailleurs, dans la vision de cet enfant malingre et indubitablement diminué ainsi tenaillé par un groupe de militaires. Quelque chose d'absurde. Mais non moins irréversible.

Affolé mais incapable d'opposer de résistance, Peter se mit à hurler le nom de Selene, tentant en vain d'attraper sa main blême à travers les silhouettes massives qui l'encerclaient, qui l'entrainaient. Mais l'un des gardes maintenait Selene en arrière. Loin de lui. Le bras grêle de l'enfant oiseau, aussi tendu et volontaire fût-il, était hors d'atteinte de son amie.

– SELENE ! SELENE !!!

Le monde se teinta de noir, le blanc limpide de Selene s'évanouit peu à peu pour laisser place à l'obscurité esseulée qu'on lui imposait. Même la Lune, en cet instant, se dissimula derrière une brassée de nuages...


Quelques temps plus tard, Peter Davies se retrouvait recroquevillé dans un coin d'une cellule noire et froide, loin de la lumière de Selene, loin de la chaleur de sa voix. La seule source de lumière dont il disposait - il n'avait pas la force d'imaginer celle de sa fée-grelot - était celle qui suintait de l'unique et maigre ouverture, semblable à celle d'un caniveau, qui trouait le sommet du mur. La lumière de la Lune. Si elle ne l'avait pas abandonné, son incarnation terrestre ne le ferait peut-être pas non plus.





Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Mar 24 Déc - 0:01
- Tout va bien mademoiselle ? Il ne vous a pas fait de mal ?

Le garde qui avait maintenu ses mains sur ses épaules pendant qu'ils emmenaient Peter la lâcha, s'enquérant de son état de santé. Selene le regarda d'un air perdu, encore sous le choc, avant de comprendre : l'homme croyait que l'enfant ailé l'avait menacée. Toujours à genoux sur le sol pavé, la jeune fille au teint diaphane laissa l'homme l'aider à se relever avant de lui adresser un sourire rassurant.

- Tout va bien, merci. Heureusement que vous êtes arrivés, j'ai eu peur que cette... chose ne s'en prenne à moi.

- Il est de notre devoir de veiller à la sécurité de nos citoyens.

Il jeta un regard perplexe aux lampadaires éteints autour d'eux. La lune cachée par les nuages ne reflétait plus son éclat sur la peau de la jeune fille.

- Excusez-moi, mais que faisiez-vous dehors à cette heure-ci ?

- Il y a eu une panne de courant. Mère m'a demandé de sortir pour voir mais je suis fatiguée... j'aimerais rentrer chez moi.

L'homme la lâcha, l'air soudain emprunté.

- Oui, oui, je vous comprends. Je vous laisse rentrer alors.

La jeune fille trotta alors vers la boutique qu'ils venaient de quitter, s'arrêtant cependant devant la porte d'entrée pour se retourner vers l'homme.

- Dites-moi, vous allez conduire ce monstre en prison, j'espère ?

- Oui, ne vous inquiétez pas. Vous êtes en sûreté désormais.

Un sourire rayonnant vint se peindre sur le visage de Selene. Devant une telle vision, le militaire ne put s'empêcher de frissonner. Quelque chose dans ce sourire le dérangeait, même s'il était bien incapable de définir quoi. Alors qu'il partait prestement rejoindre la prison, la réponse le frappa : ce sourire innocent était trop large, trop éclatant, trop plein de dents.

Le sourire d'un prédateur en quête de sang.
☾☾☾

L'arrière-boutique était silencieuse. Enjambant le corps toujours immobile de la vendeuse, Selene récupéra une grosse liasse de billets dans le coffre qu'elle glissa dans son sac. Puis elle commença à fouiller dans les tiroirs avant de trouver ce qu'elle cherchait : un poignard ouvragé, qui n'avait pas eu l'air de beaucoup servir. La jeune fille le glissa contre elle, le coinçant dans le noeud de ceinture de sa nouvelle robe. Une fois ceci fait, elle se hâta de sortir de la boutique, la démarche sautillante tout en sifflotant une mélodie de son invention.

Contre ses clavicules, le médaillon battait gentiment.
☾☾☾

Errant à travers les rues d'Emerald tel un fantôme, la jeune fille finit par trouver la fameuse prison. L'imposante bâtisse semblait aussi froide et sans âme que le coeur des habitants de la cité volante. Réconfortée par la lune à nouveau bien présente dans le ciel, Selene se mit à longer les murs, s'aidant de sa propre lumière pour observer les petites fenêtres qui, au ras du sol, semblaient donner sur la plupart des cellules. Si la plupart d'entre elles étaient vides, d'autres étaient remplies avec des prisonniers qui dormaient ou sursautaient en croisant son regard. Au bout d'un temps qui lui parut infini, la jeune fille finit par trouver la bonne cellule.

Ce qu'elle y vit lui fendit le coeur. Recroquevillé dans un coin, Peter ne bougeait pas. Vérifiant qu'elle était seule, Selene s'agenouilla près de la meurtrière.

- Peter ? Tu m'entends ?

Elle savait que oui. Rapidement, elle poursuivit.

- Je vais te sortir de là, Peter. Mais avant ça, j'aimerais que tu saches...

Elle commença à se tordre les mains, cherchant comment présenter la chose sous le meilleur aspect possible.

- Pour te sauver, je risque de faire... des choses horribles. Le même genre de choses que tu m'as vu faire à la vendeuse. Est-ce que ça te va quand même ?

La demande pouvait paraître superflue, pourtant Selene avait besoin de s'assurer de l'approbation de son compagnon d'(in)fortune. Elle avait encore en tête sa réaction face à son premier accès de cruauté. Elle savait qu'il ne dirait pas non - il en dépendait de sa survie - mais... elle voulait être sûre qu'elle avait son accord pour
laisser libre cours
à cette chose
qui lui rongeait les entrailles

Cette chose qui grondait d'impatience à l'idée du massacre à venir, voilant ses yeux et faisant battre son coeur plus vite. Les mains de Selene se mirent à trembler, sa voix se fit plus fiévreuse. L'impatience la gagnait elle aussi, elle avait hâte de délivrer celui qui était devenu son frère. Lorsqu'elle reprit, ce fût d'un ton solennel mais hâtif, comme celui d'un adepte qui prierait son dieu.

- Dis... je peux ?
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Mar 31 Déc - 14:04


Spoiler:
 



Peter, la joue posée contre ses genoux repliés, traçait des cercles invisibles sur le sol. Le mouvement faisait légèrement gratter son grelot contre la pierre, et le son résonnait sinistrement contre les parois de la prison.
Ce n'était pas la première fois que Peter Davies se retrouvait enfermé. Mais c'était la première fois qu'une telle mesure lui était imposée à cause de sa seule condition d'Androïde. En vérité, l'enfant oiseau n'était que partiellement conscient du danger que représentait sa nature, de la sévérité des regards qui se posaient sur son armature métallique et de la considération qu'avaient la plupart des gens envers les individus de son espèce. Il ne se rendait pas tout à fait compte de la discrimination tenace que subissaient les Androïdes, partout, tout le temps. Ou peut-être se croyait-il, simplement, au-dessus de tout cela...

Peter avait été traité comme un moins que rien par les responsables de la prison. On l'avait toisé dans un mélange de dégoût dédaigneux et de dureté hargneuse, un peu comme on aurait lorgné un rongeur nuisible pris au piège dans une cage. C'était ce qu'il était, un nuisible.
On ne lui demanda pas son nom, ni d'où il venait, ni où il allait, pas même s'il avait des parents ou des tuteurs. On ne lui servit pas à manger ou à boire, et s'il prenait l'envie à l'enfant oiseau de se rendre au petit coin, il n'aurait d'autre choix que d'en choisir un dans sa propre cellule. Peter n'était, déjà, plus rien d'humain.

Cela le blessa plus qu'il n'en avait conscience, et le choc était tel qu'il ne tenta aucune résistance. Il ne consentit même pas à cracher quelques injures dignes et fougueuses, enflées d'orgueil juvénile, à l'égard de ses geôliers. Il était apathique et sonné, assomé par le mépris suprême dont on le gratifiait et effondré par la vision dégoûtante qu'on lui donnait de lui même.


Du fait que son visage était tourné de l'autre côté de la lucarne, Peter ne voyait pas les rayons de lune qui trouaient la pénombre et s'étalaient sur le sol gris. Cela ne suffisait pas. Plus.
Jusqu'à ce que...

– Peter ? Tu m'entends ?

Il crut d'abord qu'il avait rêvé. Mais certains rayons blancs semblaient obstrués par quelque silhouette lorsqu'il observait leur réflection sur les dalles humides. Sans toutefois se redresser, Peter leva la tête vers l'ouverture et plissa les yeux en fixant la lumière opalescente.

– Je vais te sortir de là, Peter. Mais avant ça, j'aimerais que tu saches...

Peter se releva, lentement, silencieusement. Le corps de Selene semblait un peu irréel ainsi taché de faisceaux pâles. On aurait dit une ombre, un esprit. Encore. Mais Peter n'avait pas peur.

– Pour te sauver, je risque de faire... des choses horribles. Le même genre de choses que tu m'as vu faire à la vendeuse. Est-ce que ça te va quand même ?

Tout aussi doucement, sans un bruit, sans un mot, Peter s'approcha de Selene jusqu'à se trouver tout près de la lucarne. Il devait rejeter son crâne échevelé en arrière pour pouvoir la regarder, tandis que son petit corps sale demeurait fixe et stoïque. Il écoutait la voix de Selene qui paraissait accéder à sa pensée sans même qu'elle eût eu besoin de parler.

– Dis... je peux ?

Peter resta un moment ainsi, raide et immobile, son regard sombre dardé sur la jeune fille.
Non, il n'avait plus peur. Il ne craignait pas l'autre visage de Selene. Il ne redoutait pas le sang qu'elle ferait jaillir, l'effroi qu'elle ferait vibrer, la violence qu'elle ferait exploser. Il n'avait plus peur. Son pouls s'emporta légèrement, tandis qu'une excitation sourde vrombissait en son coeur. A présent, Peter voulait que Selene le sauvât. Qu'elle devînt son arme de vengeance, de revanche, de rage.

D'une toute petite voix, faible mais empli d'une fermeté sans équivoque, Peter souffla :

– Vas-y.

Un sourire étira ses lèvres blèmes.
Tandis que Selene disparaissait dans l'ombre, l'enfant oiseau ferma les yeux. Il attendait de percevoir, de plus en plus proches, les sons de l'orage qui s'apprêtait à s'abattre sur ceux qui l'avaient encagé.

Peter n'avait plus peur.



Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Mer 1 Jan - 22:20
Spoiler:
 

- Vas-y.

Deux mots. Un signal clair, le feu vert qu'elle attendait. Une lueur carnassière transperça les pupilles de Selene, un sourire se dessina sur ses lèvres.

C'était tout ce dont elle avait besoin.

Elle disparût dans la nuit.
☾☾☾

La porte s'était ouverte sans fracas. A croire que le fait de vivre dans une cité sélective rendait les gens moins méfiants. Selene avança dans la pénombre du rez-de-chaussé, observant la minuscule pièce d'entrée où s'étalaient chaussures, manteaux et jouets d'enfants. Elle se pencha, ramassa ce qui semblait être une poupée de chiffon au regard dénué d'âme. La fille lunaire la secoua un peu avant de la poser sur une étagère. Trois portes s'offraient à elle, elle se figea et tendit l'oreille.

Sur la droite, on entendait des ronflements, mais rien à gauche ni tout devant. Elle finit par ouvrir la porte qui lui faisait face et arriva dans une petite cuisine. La présence de plusieurs chaises confirma son impression : une famille vivait au rez.

Le journal du jour était posé dans un coin, sur une pile d'autres éditions datant sans doute des jours précédents. Selene en prit quelques uns, en arracha les pages qu'elle froissa dans ses mains jusqu'à former plusieurs boules de papier. Les fourrant dans son sac, elle passa par une porte ouverte dans un petit salon lui aussi encombré par les jouets. L'endroit était bien décoré, visiblement cette famille avait des moyens. La fille vêtue de blanc disposa ensuite les boules de papiers sur le sol, en-dessous des deux fenêtres. Elle prit également quelques livres et cahiers qu'elle rajouta par-dessus, s'empara également d'une marionnette ou d'un petit train en bois. Lorsque les piles sous les fenêtres furent suffisamment grandes, elle tira les rideaux et mis une main dans son sac jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait.

Une boîte d'allumettes.
☾☾☾

Ce fût les cris qui les poussèrent à sortir. Dans la rue qui menait à la prison, trois immeubles brûlaient d'un feu si lumineux qu'il était impossible de le contempler trop longtemps. Théoriquement entraînés pour réagir à genre de situation, les militaires descendirent dans la rue pour porter secours aux victimes de l'incendie. Dans le ciel, une fumée noire s'élevait.

Et avec elle...
... l'odeur des corps.

Le geôlier Esperanza fût le dernier à sortir. Il avait d'abord rechigné à quitter son poste mais l'urgence de la situation l'y avait forcé : si on ne trouvait pas un moyen de stopper les feux tout de suite, les autres immeubles risquaient d'être touchés... et personne ne voulait que la ville volante se change en enfer de flammes.

Alors qu'il faisait un pas hors de la prison, un mouvement sur sa gauche attira son attention. Alors qu'il tournait la tête, il sentit une lame se presser contre sa gorge. Immobile, il se crispa et demanda d'une voix qu'il espéra assez intimidante pour obtenir réponse :

- Qui est là ?

La voix qui lui répondit était douce, presque celle d'une enfant. Il remarqua néanmoins que, si l'assaillant semblait plus petit que lui, sa main ne tremblait pas. Pourquoi ne l'avait-il pas vu auparavant ? Il venait tout juste de sortir.

- Dites-moi où sont vos clés.

Le militaire tressauta. D'un ton qu'il voulût calme, il répliqua :

- Ecoutez, je ne sais pas qui vous êtes mais vous ne pouvez pas me retenir : quelqu'un a déclenché un incendie et si je ne vais pas les aider il risque d'y avoir des morts !

Silence. Sentant une sueur froide couler le long de son visage, Esperanza reprit, d'un ton où perçait l'agitation :

- Je vous en prie... les clés des cellules sont sur moi. Prenez-les mais laissez-moi partir. Il en va de la vie de femmes, d'enfants... faites preuve d'humanité.

Un silence, suivi d'un soupir. La lame se pressa un peu plus sur sa gorge.

- Vos affaires d'humains ne me concernent pas.

Le geste était précis, chirurgical même. Saisi d'un spasme, il porta ses mains à sa gorge fendue alors qu'il tombait sur les genoux, puis en avant, embrassant les pavés. Les yeux presque révulsés, il sentit qu'on le retournait, qu'on fouillait ses poches et les pans de son manteau. Le corps parcouru d'élan de douleurs, il tenta de garder en lui cette vie qui s'échappait à grands jets hors de lui, coulant sur son visage et tâchant sa chemise. Dans un dernier élan de volonté, il ouvrit ses paupières.

C'était une jeune fille tout de blanc vêtue, un ange de la mort au regard attentif, soucieux, concentré sur son but. Alors qu'il sombrait dans un dernier sommeil, Esperanza remarqua une dernière chose.

La peau de l'ange ne reflétait aucune lumière. D'un geste triomphante, l'apparition saisit son trousseau de clé qu'elle regarda avec un sourire ravi. Puis son regard se focalisa sur lui, l'agonisant. L'homme sentit alors deux mains froides se poser sur son visage et clore ses paupières. Sous la lueur de la lune, ces mains sans reflets semblaient se mouvoir hors du temps.

Comme si elles étaient faites d'ombre.
☾☾☾

Elle marchait avec précipitation, courant dans l'aile dont se chargeait l'Homme Ecarlate. Jetant un coup d'oeil rapide dans chaque cellule, elle finit par repérer celle de Peter, s'arrêta devant et tira les clés de son sac. Après plusieurs essais, elle trouva la clé correspondante et l'inséra dans la serrure. Ses mains tachées d'un sang qui n'était pas le sien étaient encore poisseuses, elles glissèrent sur la clé avant de parvenir à ouvrir la porte.

Sans se départir d'un sourire qui en disait long sur la transe extatique dans laquelle elle se trouvait, Selene entra dans la cellule et saisit la main de l'androïde. Il leur fallait retourner à l'aerodrôme, vite. Elle avait de quoi payer le plus illégal des trajets.

- Viens. Il faut qu'on quitte cet endroit.

Elle tremblait, un peu comme si la fièvre l'avait possédée. Ou était-ce la lumière de la lune qu'elle avait sacrifiée aux flammes qui lui manquait tant ?

Peu importait, il fallait qu'elle tire son frère de là.

L'emmenant hors de la cellule, elle commença à courir vers la sortie.
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Sam 4 Jan - 16:36

Cela mit du temps.
Après que Selene se fût éloigné, Peter se contenta de demeurer immobile dans sa position, tâchant de percevoir quelque son éloquent sur la nature des actions de sa sauveuse. Se contenterait-elle de menaces, de mise en scène, ou irait-elle jusqu'à les étrangler... Jusqu'à les tuer. Peter avait comme une sensation, une intuition, qui lui disait que les choses iraient encore plus loin que ce qui s'était passé dans la boutique. Que ce serait plus noir, plus grave. Plus fatal.

Le silence envahissait la cellule comme un gaz asphyxiant qui étreignait sa poitrine. Il tendait l'oreille de toute sa concentration, recevant chaque son avec une intensité ranimée. Mais seul le son de gouttelettes résonnantes, s'écoulant des tuyauteries effritées, parvenait jusqu'à lui. Peter attendait.


Tout arriva d'un seul coup.
Les flammes, les cris, les pas. L'effervescence succéda au calme froid en même temps qu'un brasier dévorant incendiait les façades lisses des rues d'Emerald, fendant la nuit de son éclat sanglant.
Le feu se reflétait dans les pupilles obscures de Peter alors qu'il contemplait ce spectacle terrible et magnifique. Il savait qui en était à l'origine. Il était presque ému.

L'enfant oiseau ne cessait de sautiller, de s'agiter, tentant de se tenir aux barreaux qui striaient la maigre ouverture de sa cellule. Il avait sorti ses ailes afin de pouvoir s'élever assez haut, et celles-ci frétillaient frénétiquement dans un bruit de crépitement. On aurait dit un insecte pris au piège. La comparaison devenait redondante et démoralisante. Peter avait trop soif de liberté. Il en avait la gorge aride.

Tous les sons qu'il percevait étaient flous et précipités, Peter ne parvenait à trouver aucun sens à l'agitation qui l'environnait. Ou plutôt, qui prenait place juste là, devant lui, sans qu'il pût l'atteindre puisqu'on l'en avait exclu avant même qu'elle se déclenchât. Il aurait même préféré être au cœur de l'incendie, tiens !
Le cliquetis distinctif de la clef dans la serrure lui fit quitter son perchoir et courir vers la porte. Il attrapa son chemisier marin qu'il se hâta de remettre sur le dos – il était toujours contraint de retirer les vêtements auxquels il tenait lorsqu'il déployait ses ailes, au risque qu'elles déchirassent l'habit en question – et laissa le visage irréel de Selene s'imposer à sa vision.
Son corps ne reflétait pas la lumière comme il l'avait vu faire quelques heures auparavant, pourtant Peter aurait juré qu'elle venait de dissoudre quelque peu les ténèbres qui l'avaient englouti.

La petite main sale de Peter se laissa entrainer, et tout son corps avec, par la poigne de Selene. Peter devinait, à son expression et à sa voix, qu'elle avait fait des choses graves. Elle avait un air à la fois malade et puissant. C'était bizarre.
Peter n'avait pas peur – pas trop – mais il sentait son cœur battre furieusement dans lui.

Il ne remarqua que lorsqu'ils se furent extraits de cette prison aux allures de bouche de monstre que les mains de Selene étaient couvertes de sang. L'arôme de la mort enveloppait sa silhouette pâle, et Peter se sentit à la fois fébrile et excité. Les émotions qu'il sentait venir à lui étaient si complexes et illogiques qu'il ne pouvait ni les comprendre ni les expliquer. Les deux enfants se trouvaient donc dans des états singuliers, intenses, et leurs corps vibraient à l'unisson sous l'effet de ces sensations extrêmes.

Peter se laissait guider par Selene à travers les rues. Tandis qu'elle se dirigeait vers l’aérodrome sans un regard vers ce qu'elle avait provoqué, Peter trainait légèrement des pieds, la tête tournée en direction des flammes avides qui léchaient les habitations. Il était fasciné. Le feu qu'il contemplait ressemblait à Selene : effroyable et beau. La seule différence, c'est qu'il était chaud.


Une fois débarqués sur les quais, Peter regarda autour de lui et demanda d'un ton un peu saccadé, certainement sous le coup de l'émotion fort vive qui palpitait en lui :

– Que fait-on ?

Il ne savait qu'une chose : ni Selene ni lui ne désiraient s'attarder davantage en ce lieu. Ne restait plus qu'à trouver un moyen de retourner sur la Terre. Jamais encore Peter n'avait souhaité si ardemment rejoindre le sol ferme.



Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Lun 6 Jan - 22:31
Elle marchait vite mais ne courrait pas. Il y avait dans son coeur un sentiment d'urgence, elle voyait le ciel roussi par les flammes et entendait les cris... mais elle ne courrait pas, et c'était tant mieux puisque Peter ne faisait pas mine de vouloir en faire autant. Il ne fallait pas qu'ils attirent l'attention, que des regards s'attardent sur leurs mains collées par le sang d'un autre. La fille de la lune se sentait aussi inconsistante qu'une plume et en même temps étonnement présente, comme si son être s'était étendu dans toute la cité volante, là où elle avait nourri les flammes de sa si précieuse lumière.

Ils arrivèrent à l'aérodrome presque désert à cette heure de la nuit. Les bâtiments dévorés par le feu étaient dans une autre rue, ils étaient momentanément à l'abri du brasier. Les cris s'étaient atténués, les hommes avaient-ils déjà détruit son oeuvre ? La prise de Selene se resserra sur la main de Peter. Tournant la tête à gauche, à droite, elle cherchait quelqu'un, n'importe qui pourvu qu'il ou elle puisse les ramener à terre.

- Que fait-on ?

Elle tourna la tête vers Peter, serrant plus fort sa main, secouée d'un rire soudain. Son sourire s'était crispé, elle se sentait voler en éclat. Dans sa poitrine, son coeur battait fort, si fort. Il allait la tuer avant qu'elle ne les sauve. Il fallait qu'elle se calme.

- Je ne sais... absolument pas !!

Elle cessa de rire, les éloignant légèrement des quais déserts. Il n'y avait vraiment pas de quoi rire. Les rares bateaux ou dirigeables présents semblaient être au repos et elle-même n'avait pas les compétences pour en manier un. Il le faudrait pourtant... elle ne les laisserait pas lui ravir son ami, pas encore une fois. Plutôt mourir. Plutôt les tuer tous les deux.

Un frisson inhumain secoua son échine. Non, elle n'en ferait rien, elle trouverait une solution qui les protégerait tous les deux. Lâchant la main de Peter comme pour le mettre à l'abri, elle l'essuya bêtement sur le bas de sa robe. N'y avait-il donc aucun vol de nuit prévu ? Un des bateaux semblait s'animer. Elle envisagea de s'en approcher lorsqu'un cri la figea sur place.

- Ce sont eux !

Elle se tourna brusquement vers la source de l'interjection : trois gardes qui semblaient être arrivés là comme par hasard. Selene se figea ; l'avaient-ils vue essuyer le sang du geôlier ? Ils étaient loin, ils se rapprochaient. Vite. Au milieu des trois, la fille au teint lunaire reconnût un des hommes qui avaient capturé Pan. Se plaçant brutalement devant l'enfant ailé, elle siffla d'un ton bien plus oppressant qu'à l'accoutumée :

- Va-t-en.

Et, sentant qu'il ne bougeait pas, elle glapit :

- Va-t-en je te dis !
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Jeu 9 Jan - 19:03

Le seul endroit de son corps qui bougeait encore, c'était ses paupières. Elles papillonnaient frénétiquement, lavant la brûlure qui heurtait les rétines. Peter avait mal aux yeux, mal à la tête, mal partout. Le ton qui portait la voix de Selene était trop sec, vibrant d'angoisse, contraire à sa fluidité céleste. Il lui râpait les oreilles.

Va-t-en.
C'était un ordre, même pas une supplication. C'était des mots-bras qui repoussaient son corps frêle avec brutalité. Peter restait cois, assommé et paralysé. Tout dans la posture de Selene semblait lui commander de s'en aller. Dans ses yeux aussi. Il regarda sa propre main. Elle lui paraissait effroyablement vide.

Les gardes se rapprochaient, leurs silhouettes s'allongeaient à mesure qu'ils gagnaient sur eux. Va-t-en, va-t-en, va-t-en. VA-T-EN !! Ses pieds ne l'écoutaient plus.
Sans réfléchir, l'enfant oiseau déploya ses ailes brusquement. Il décolla à quelques mètres du sol, suivit une ligne invisible des yeux en travers de la ruelle ombragée, puis vint se placer juste derrière Selene. Il agrippa ses poignets, serrant ses doigts sales contre le blanc souillé de rouge. Il pouvait le faire.
Concentrant toute sa force, Peter prit de l'altitude. A mesure que ses bras se tendaient, les pieds de Selene quittaient le sol. Elle était bien plus légère que ce que Peter n'avait prévu, mais il sentait son étreinte glisser lentement. Ce fut avec peine mais succès que l'enfant parvint à les mener jusqu'à la sécurité d'un toit.

– Je ne veux pas, je ne peux pas ! s'écria l'enfant volant d'une voix agitée, nerveuse, presque affolée. Il voyait son ombre grandir, grossir à mesure qu'éclatait son angoisse. Selene, Selene, non ! On ne peut pas se quitter comme ça ! Je... Je ne connais personne qui soit comme moi. Tu es la seule qui me ressemble. S'il te plait. Ne me laisse pas. Selene. Je suis tellement tout seul.

A cet instant, une détonation foudroya le silence.
Les pupilles de Peter Davies s'agrandirent.
Son souffle se coupa.
Il chuta du toit, lentement, gracieusement, comme un oiseau abattu en plein vol.
Son petit corps inerte s'étala sur le sol pavé, le sol froid.
Une flaque carmin s'évadait de son épaule, assombrissant les dalles grises.


Peter Davies
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Selene Maeleth
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Selene Maeleth
Sam 11 Jan - 21:35
You say they all left you behind.

Une détonation.
Un pas.
Puis soudainement, le silence. Peter n'était plus devant elle, elle se retrouvait seule sur le toit éclairé par la lune, les yeux écarquillés par la surprise. Sa main se tendit vainement devant elle, ne rencontrant que l'air. En contrebas, l'enfant ailé était étendu, blessé à l'épaule, peut-être mort, bientôt mort. Et il y avait ces trois gardes qui filaient vers lui, l'un d'entre eux avait une arme au poing. Ces trois hommes qui avaient tiré sur un enfant et s'en approchaient en courant.

Pas assez vite.

Il y eût un éclat, tout là haut. Une lumière si vive que les hommes durent s'arrêter, lever les bras à la hauteur des yeux pour ne pas devenir aveugle. Lorsque la lumière se résorba, les lampadaires étaient éteints, tous les lampadaires. Quelque chose fonçait sur eux.

Quelque chose de très lumineux.

Et très dangereux.

Le premier homme à tomber fut celui qui tenait son arme. Aveuglé par la lumière qui émanait de cette chose, il fut bousculé, tomba et hurla lorsque quelque chose de pointu s'enfonça dans son crâne, entre ses deux yeux, tout au fond de son âme. Les deux autres hommes reculèrent, baissant les yeux pour ne pas devenir aveugle au contact de ce soleil insoutenable, sauvage et décidé à en découdre. N'écoutant que son courage, le deuxième soldat se jeta sur ellei, tentant d'immobiliser la furie. Ce fût peine perdue, ladite furie retira son poignard du front du corps et frappa le soldat, lui crevant les yeux d'un geste ample et violent. L'homme tomba sur les genoux, poussant un cri de souffrance. La créature de lumière le contempla avec de grands yeux avant de lui enfoncer l'arme dans le coeur : il se tût, enfin.

Selene n'avait plus rien d'humain. Sa peau radiait une lumière tranchante, violente et si vive qu'elle en était insoutenable, mélange de toutes les lumières qu'elle avait appelé à elle dans la rue, plongeant les lieux dans une obscurité qu'elle et la lune étaient les seules à briser. Flottant ainsi dans sa robe blanche devenue rouge, si rouge, elle avait tout d'un ange rédempteur descendu sur terre.

Un démon de lumière.

Devant cette vision sortie tout droit d'un enfer céleste, le troisième militaire voulut prendre ses jambes à son cou. Ses forces décuplées par la rage, la créature le rattrapa et lui trancha la gorge comme elle l'avait fait avec Esperanza. Il tomba au sol comme les deux autres, l'aspergeant de son sang chaud, vivant et bientôt rouge et froid contre sa robe.

La messe était dite, ils étaient les trois morts. A bout de souffle, Selene resta immobile, contempla ses mains, lâcha l'arme qui tomba un bruit métallique. Peter était toujours étendu, elle courut vers lui. Elle brillait toujours, mais son éclat s'était quelque peu adouci. Elle était épuisée mais la panique la poussait à avancer.

L'enfant était étendu au milieu d'une flaque de sang, une balle s'était logée dans son épaule. Selene se pencha sur lui, illuminant la plaie. Elle passa sa main ensanglantée sur sa joue.

- Peter ? Peter, tu m'entends ?

Aucune réponse. Elle resta immobile, se rapprocha de lui : il respirait encore, si doucement qu'elle eut peur de se tromper.

Il fallait qu'elle l'emmène en lieu sûr, qu'elle le soigne, mais surtout qu'il puisse retourner sur la terre ferme. Cet endroit n'était pas un lieu pour lui... et elle ne supporterait plus qu'on lui fasse du mal. Rassemblant ses forces, elle passa ses bras dans son dos et sous ses genoux et le souleva, le portant dans ses bras du mieux qu'elle pouvait. Elle se sentait faible, elle avait mal partout. Elle avait pourtant encore quelque chose à accomplir. C'est ainsi que l'enfant de la lune fila vers l'autre extrémité de l'aérodrome, là où elle avait vu un avion solitaire atterrir alors qu'ils arrivaient.

Il fallait qu'elle sauve Peter, même si cela signifiait qu'ils ne se reverraient plus.
☾☾☾

James Eiderfalls n'avait rien vu. Occupé à tenter d'allumer une cigarette malgré le vent persistant, il ne remarqua la jeune fille lumineuse qu'au moment où cette dernière fut à un mètre de lui.

Quand il la vit enfin, il manqua d'avaler sa cigarette. La jeune fille était suivie d'une traînée de sang, sang qui semblait avoir giclé un peu partout sur sa robe. L'aviateur resta pétrifié, incapable de comprendre ce qui se produisait. Avait-elle tué le garçon qu'elle portait ? Il croisa son regard.

Un regard qui criait au secours.

- Excusez-moi... est-ce que cet avion est le vôtre ?

Elle désigna d'un geste de la tête le petit avion à deux places qu'il empruntait pour ses visites. James hocha la tête et finit par réussir à émettre un son :

- Oui.

A vrai dire, il s'apprêtait à rentrer chez lui : une femme l'avait payé une fortune pour qu'il amène un colis à son fils. Il était donc parti d'Espagne où il vivait avec sa femme pour se rendre à Emerald. Là, il avait remis le mystérieux paquet audit fils et avait passé une nuit dans un hôtel de passage avant de s'apprêter à retourner chez lui. La jeune fille aux grands yeux changeants fit un pas vers lui.

- Je vous en prie, il faut que vous ameniez mon ami à terre.

- Quoi ?

Il avait un peu de peine à comprendre. La jeune fille semblait paniquer.

- S'il vous plaît... des hommes lui ont tiré dessus, il est blessé.

- Mais... pourquoi ?

- Parce qu'il a des ailes.

Elle avait murmuré ce fait comme si cela avait été une très grande faute. Doucement, James lui fit signe d'allonger l'enfant. Le petit avait une balle logée dans l'épaule et... des ailes mécaniques qui semblait ne faire qu'un avec son dos.

Un Androïde.

- Je vous en prie... je vous donnerai tout mon argent, mais il faut que vous l'emmeniez. Il va mourir s'il reste ici, ils... ils vont le tuer !

Elle pleurait maintenant. Penchée sur le corps de ce garçon, elle pleurait et ses larmes semblaient lui déchirer l'âme.

Ces pleurs firent écho en James à un autre souvenir, bien plus ancien. Celui de sa femme au joues creusées par le sel, pâle alors qu'ils laissaient derrière eux le seul enfant qu'ils n'auraient jamais pu avoir. Sans répondre, il fila vers son avion, en sortit une trousse de premiers secours.

- Très bien, je vais l'empêcher de saigner.

Alors qu'il s'occupait de la plaie avec les moyens du bord, Selene se tordit les mains, incapable de savoir quoi faire.

- Je peux vous aider ?

- Non, c'est presque fini. Je vais l'amener à l'hôpital une fois sur terre, puis on retournera en Europe. C'est là d'où il vient, non ?

- Je... je ne sais pas.

Il leva les yeux, son regard croisa le sien : qu'est-ce qui pouvait pousser une fille aussi jeune qu'elle à protéger un garçon qu'elle ne connaissait pas ? Et surtout, que faisaient-ils seuls dans une ville volante ? Le temps pressait trop pour qu'il aie le temps de la questionner. Une fois le bandage fait, il souleva le garçon inconscient et le plaça dans le siège du copilote. Il fallait qu'il se dépêche, à partir du moment où il avait accepté de protéger cet Androïde, il devenait un criminel en ces lieux. Il prit place à son tour, la jeune fille à la peau translucide marcha vers lui.

- Ecoute, on n'a pas le temps de discuter, mais... voilà mon adresse. Si tu veux retrouver la trace de ton... ami, tu peux nous écrire ou nous rendre visite. Et garde ton argent pour toi.

Par nous, il entendait également Sayoko, sa charmante femme dont l'exotisme n'avait d'égal que la beauté. Il tendit une petite carte à Selene qui la glissa dans son sac sans rien dire. Elle recula et assista au départ de l'avion qui emmenait Peter en lieu sûr, loin de cette cité maudite.

Le long de ses joues, de larmes grosses comme des billes roulaient et roulaient sans cesse.

Le ciel comme l'océan semblait si vaste qu'ils disparurent bientôt dans l'étendue. Le coeur fendu, Selene tituba. Il fallait qu'elle se cache, elle savait déjà où. Pourtant elle ne partit pas tout de suite. S'agenouillant sur les pavés, elle sortit de son sac le mouchoir ensanglanté que Peter avait usé dès les premières secondes de leur rencontre, en déchira une petite partie et ouvrit son pendentif.

A l'intérieur, un petit mot, le dernier souvenir tangible qu'elle avait de Yohann. Elle le plia, ajouta le mouchoir et la carte et referma l'objet avant de le remettre autour de son cou. Elle resta encore quelques instants ainsi, les épaules secouées par les sanglots. C'était comme si un gouffre s'était ouvert en elle, un gouffre de solitude pour celle qui ne s'éprenait que de ceux qui disparaissaient.

Lorsqu'elle se remit debout, il faisait noir, si noir. Elle devait se cacher, pour tous ceux qui l'attendraient et dont le garçon roux ferait sans doute partie.

Du moins l'espérait-elle.

En silence, elle se fondit dans l'obscurité des ruelles d'Emerald.
Selene Maeleth
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Peter Davies
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Peter Davies
Mar 14 Jan - 23:56

Un plafond blanc, un drap blanc, un habit blanc.
Les yeux oblongues de Pan papillonnaient faiblement, ses rétines charbonneuses agressées par l'éclat lumineux qui traversait les vitres. Son corps pourtant si malingre lui paraissait aussi lourd qu'une enclume. Il tenta de se redresser, mais assailli de fatigue et envahi d'une douleur brusque et lancinante, il renonça.
Ses lèvres entrouvertes ressemblaient à des feuilles d'automne privées de couleur. Il respirait faiblement mais laborieusement, les yeux inlassablement fixés sur les lampes suspendues au-dessus de sa tête.

– Oh mon dieu, il est réveillé ! Appelez vite M. Eiderfalls ! Vite !

La voix lointaine avait attirée l'attention fébrile de Peter, sans qu'il pût réellement dire de quoi elle parlait du fait que c'était une langue fort étrangère à la sienne. Il était bien trop affaibli pour tourner la tête ou même tâcher d'y répondre, de réagir par quelque moyen que ce fût. D'ailleurs, cet ultime effort le replongea immédiatement dans l'inconscience, ses prunelles noires disparaissant sous ses paupières tandis qu'une effervescence brutale s'animait à son chevet.


Lorsqu'il émergea de son coma une nouvelle fois, un homme aux cheveux noirs se tenait assis à son côté. Il portait un genre de blouson de cuir vieilli et une cigarette au bec. Peter ne le connaissait pas, et cela lui fit peur. Il commença à s'agiter.

– Bonjour, petit.

L'homme avait parlé espagnol mais son accent était britannique.
A mesure que la conscience regagnait le crâne embrumé de l'enfant alité, son angoisse s'amplifiait en cadence. Peter tourna la tête mollement sur l'oreiller, fixant le visage à la fois brut et tendre de l'homme.

– Vous êtes qui ? souffla-t-il.

L'homme tira sur sa cigarette et rejeta une bouffée de fumée. Il plongea ses yeux bruns dans ceux de Peter et lui adressa un sourire sec.

– Anglais, hein ? Je m'appelle James.

Le coeur de Peter manqua un battement. Il ne connaissait qu'un James. Sa crainte ne dura qu'un instant toutefois, du fait que James Hook, lui, ne souriait pas. En tous cas, pas comme ça.

– Comment te sens-tu ? Tu étais très mal en point. On a cru que tu allais mourir. J'ai eu peur.

Peter finit par se hisser sur ses bras pour se caler sur ses oreillers, laissant un rictus de douleur tordre ses lèvres mais sans s'autoriser à extraire un son.

– Je n'ai pas peur de mourir. Je peux avoir une cigarette ?

Légèrement surpris, James haussa un sourcil avant de sortir de sa poche un paquet un peu cabossé. Il en ôta une cigarette et la tendit à Peter sans cesser de le fixer, puis l'alluma, observant sans jugement le visage juvénile de l'enfant s'adonner à ces gestes d'adulte.

– D'où viens-tu ? Tu habites quelque part ? C'est en Angleterre ?

– Et toi ? répliqua Peter de ce ton à la fois froid et effronté, celui qu'il réservait aux hommes.

L'homme parut à nouveau un peu surpris, vaguement amusé aussi, de l'attitude du garçon. Garçon si frêle et si imposant, si fragile et si digne. Il était un peu bizarre, quand même, ce gamin.

– Je suis aviateur. Je vis en Espagne mais comme tu l'as bien deviné, je suis anglais. J'étais à Emerald pour...

– SELENE !

Le cri avait jailli dans l'air, faisant fondre le silence, craquelant le calme ambiant. De léthargique, Peter était devenu quasi hystérique, affolé, consumé de nervosité. Ses yeux, clignant frénétiquement, cherchaient en vain la silhouette distinctive de la fille lunaire. Tout était blanc, blanc, blanc, blanc comme elle, mais pas assez blanc, pas assez elle. Selene ! Selene ! SELENE !
Les souvenirs rebranchés, reconnectés, les images, les sons, tout revenait comme une vague déferlante, comme un monstre tapi dans le noir avant de frapper sa proie assoupie.

– Calme-toi ! Petit. Petit, CALME-TOI ! Infirmière !!!

– Où est-ce qu'elle est ? OU EST-ELLE ???

Peter avait bondi sur son lit, ignorant la brûlure qui meurtrissait son omoplate. Égaré par sa panique, l'enfant oiseau attrapa son poignard qu'il avait vu choir sur son chevet et le darda contre la gorge de l'homme.

– Dites-moi où elle est.

Ses lèvres tremblaient, blêmes et fanées. Des larmes venaient s'échouer contre elles. Une expression brisée et furieuse crispait les traits de son visage.

– Petit. S'il te plait. Pose ça. Tu n'as pas envie de faire une bêtise.

Peter éclata d'un rire nerveux, secoué de sanglots contenus.

– Tu crois que je l'ai jamais fait ?

Sourire amer.

– Ecoute-moi. Ton amie... Selene. Elle va bien. Tu étais blessé. Tu as reçu une balle dans l'épaule, mon garçon. Une vraie balle, tu comprends ? C'est elle qui m'a demandé de te ramener. Je t'ai pris dans mon avion et t'ai fait interner ici, en Espagne. Cela fait trois jours que tu es inconscient. Tu ne pouvais pas rester là-bas. Tu es un Androïde. N'est-ce pas ?

Peter ne l'écoutait plus.
Il n'entendait qu'une chose. Selene n'était pas là. Elle n'était pas là. Elle était restée là-bas.
Seule.

L'enfant abaissa lentement son bras. Son regard était vide, absent. La douleur dans son dos faisait pâle figure face à celle de son coeur.

– Tu es en sécurité à présent. Reste là. Je vais appeler l'infirmière. Tu dois te reposer. Ne t'en fais pas.

Mais l'aviateur ne pouvait comprendre le tourment de Pan. Les grandes personnes oublient trop souvent que les enfants sont autant capables qu'eux, sinon plus, de connaitre les angoisses et les déchirures de l'âme. Le regard voilé de l'enfant n'était à ses yeux dû qu'à son état fragile, à sa fièvre, à son égarement. Non. Il ne pouvait comprendre.

– Attends moi ici. Ne t'inquiète pas. Nous allons retrouver ta famille. Tu as certainement une maman qui t'attend. Cette jeune fille n'était pas la seule à pouvoir prendre soin de toi.

Les mots de l'aviateur glissaient sur lui sans même atteindre son esprit, tant ils étaient loin, tellement loin de lui.
Peter, amorphe et éteint, aperçut vaguement sa silhouette se lever avant de disparaitre dans le couloir.


Lorsque ledit aviateur revint dans la chambre d'hôpital accompagné d'une infirmière qu'il assommait d'explications, lorsqu'il regagna le lit de l'enfant oiseau... L'enfant n'était plus là. La pièce était vide. La fenêtre était ouverte.



Fin






Petit mot:
 








Peter Davies
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