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 [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]

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Invité
Yama Albadune

MessageSujet: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Lun 2 Sep - 2:50
Sa première pensée fut que décidément, ce portrait ne lui ressemblait pas - après tout elle avait bien plus de charme dans la vraie vie que cette pâle imitation. Puis à l'incrédulité succéda la fierté : bien que son portrait ne paie pas de mine, il était accompagné d'un prix. Et ça, c'était le signe que le Blackbird Braille était entré dans la cour des grands et que bientôt son nom serait connu de tous.

- Capitaine !

- Je suis occupée.

Le coup que lui envoya le pirate la força à se tourner vers lui, prête à riposter.

- Espèce de petit -

- C'est pas l'moment... regardez !

L'homme désigna l'autre bout du port, où s'avançait ce qui ressemblait à un groupe de représentants de l'ordre. Poussant un juron, Yama - car oui, c'était elle - se mit à chercher des yeux un échappatoire. Les deux pirates qui l'accompagnaient - un homme et une femme faisant partie de son équipage - firent de même. Hélas, ils étaient parvenus au fond des quais et se retrouvaient devant deux solutions aussi peu engageantes l'une que l'autre : se jeter dans l'océan ou tenter de passer à côté de la milice comme si de rien n'était.

- Alors, on fait quoi ?

- On ferme sa gueule et on me suit, ok ?

Évidemment, le plan échoua. Le petit groupe n'avait pas parcouru trois mètres de quai avant qu'un homme ne fasse le lien entre le visage de la noiraude habillée en homme et les affiches fraîchement collées. Alertés par les cris, les représentants de l'ordre rappliquèrent aussitôt. Fauchant l'arme à feu de son collègue, Yama la plaqua sur la tempe d'une bourgeoise qui avait le malheur de tenter de passer derrière elle près d'elle.

- Ok, lança la Capitaine en espagnol et sans une once de peur dans la voix. Voilà le deal : vous nous laissez partir et j'éviterai de repeindre les planches avec sa cervelle.

La femme glapit. Autour d'eux, les hommes attendirent le mot d'ordre de leur chef. Se rapprochant de Yama, sa pirate, sabre dégainé, murmura :

- Et maintenant, c'est quoi le plan ?

- A mon signal, dispersez-vous. On se retrouvera sur le Blackbird.

- D'accord !

Un chemin commença à se frayer entre les hommes, mais Yama ne s'y engagea pas. Tous ses muscles étaient tendus alors que son esprit invoquait une force qui la dépassait. A nouveau la température de son corps baissa, gelant l'espace d'un instant le sang dans ses veines. Une voix résonna au loin, couverte par le bruit du mini-cataclysme à venir ;

- Attendez... quel signal ?

Un vent glacial jaillit sur le port, accompagné d'une rafale de neige si forte qu'on ne fut bientôt plus capable d'y voir à un mètre devant soi. Repoussant la bourgeoise, Yama fonça droit à travers le cercle de blizzard et courut vers les premières rues. Le lien qui l'unissait à la tempête fut rompu, cessant la neige et le vent qui lui avaient donné l'occasion de s'échapper. S'engouffrant dans un dédale de ruelles qui quittaient le port, Yama rangea l'arme à feu à sa ceinture : au bout de quelques minutes de courses dans des ruelles de plus en plus étroites, elle ralentit son pas. Cependant, au moment de sortir dans une rue plus animée, elle entendit les rumeurs sur sa présence et fit un pas en arrière. Elle avait laissé le Blackbird Braille sur une crique non loin de là, mais maintenant elle comprenait qu'elle ne pourrait pas le rejoindre avant que la rumeur ne se soit calmée. La respiration hachée, Yama prit une autre bifurcation, choisissant les ruelles les plus vides, veillant à ce que personne ne puisse l'identifier. Arrivée à l'arrière d'un bar, elle crut pouvoir s'arrêter mais un homme du détachement précèdent débarqua devant elle. Se jetant dans un cul-de-sac, Yama s'aplatit contre le mur, retint sa respiration et vit l'homme passer devant elle pour emprunter une autre ruelle. Immobile comme un chat, elle attendit quelques secondes avant respirer à nouveau, fatiguée par sa course et en même temps étrangement satisfaite par la facilité avec laquelle elle avait échappé aux représentants de l'ordre. Certes, elle n'avait pas d'autres options que d'attendre au fond du cul-de-sac que la ville se calme, mais cela lui donnerait l'occasion de reprendre des forces...

Se retournant, Yama fit un pas vers le fond de la ruelle... avant de rentrer dans quelqu'un qu'elle n'avait pas remarqué.

- C'est pas vrai...


Dernière édition par Yama Albadune le Sam 21 Sep - 13:53, édité 1 fois
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Invité
Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Mer 4 Sep - 0:00



Sa Majesté était folle.

"Vous là-bas, que faites-vous ici ?
- Ah, Monsieur le Conseiller ! Nous venons de recevoir cette missive concernant l'évaluation des gardes et sentinelles de la ville de la part du général...
-Je la prends.
-Mais elle doit être remise au roi en personne.
-Laissez, sa Majesté s'occupe de cette affaire en ce moment-même... votre courrier est arrivé trop tard."


L'intéressé ne sut s'il s'agissait au juste d'une bonne ou d'une mauvaise nouvelle ; avait-il mal fait son devoir ? pourtant il lui avait semblé avoir couru jusqu'ici à tire d'aile ! Le conseiller lut.

"Rien de nouveau donc, vous pouvez disposer, ne vous en faites pas trop pour cette histoire, vous n'êtes pas le principal fautif."

Non, le principal fautif était une certaine tête couronnée qui avait, les dieux seuls savent comment, connaissance de tout avant tout le monde depuis la fameuse affaire du congrès des androïdes de l'Opéra. Le problème ? Il prenait parfois des décisions inattendues, trop inattendues. Tout ce qu'il pouvait faire, lui, son conseiller, c'était de suivre ses ordres à la lettre, laissés scrupuleusement annotés sur un mémo dans son labo.
Tout de même, quelle folie cette fugue royale !

~~~

Allons bon, ce n'était pas comme si Felipe était quelqu'un de totalement irresponsable, la preuve ; il était méconnaissable dans son costume de garde. Faisant sa ronde, se mêlant à la foule et vérifiant les aptitudes des sentinelles à s'adapter aux situations problématiques des citadins et du peuple, il remplissait son rôle de médiateur en étant au centre de l'attention du jour ; la sécurité en ville et l'application de sa nouvelle réforme.
...
Autant dire que normalement, ce n'était pas à sa propre personne de s'en charger, mais en l'occurrence, il n'en avait pas laissé le choix à ses proches.
Casque à panache rouge, parfait uniforme noir à pantalon blanc et bottes de cuir, épée au flanc, sans lunettes, abandonnant sa démarche élancée pour adopter celle, rigide de l'organisme militaire. Aucun signe distinctif pouvant laisser entrevoir le monarque, à part ses yeux... éventuellement. Mais le public espagnol était tellement habitué à voir son roi pourvu de ses lunettes qu'il n'irait jamais le chercher dans ce parfait anonyme même s'il possédait des yeux doré comme lui.

Il avait peu de temps avant la mise en route des recherches de son conseiller, il s'était donc présenté à un groupe de garde avec lettre de recommandation signé du roi lui-même... de lui-même donc, et se contenta de suivre une simple mission de reconnaissance.
Ce fut simple et efficace ; les gardes ne s'attendant pas à une inspection, le roi eut droit à un débrieffing du "nouveau venu" pour bien se faire voir du supérieur, potentiellement bien faire son travail et se faire remarquer pour avoir les bons coins, ceux où la ronde n'était qu'une formalité et qu'il fallait qu'il vise s'il voulait avoir un boulot tranquille. Rien qui ne remette en question la conception que Felipe s'était faite de l'humanité. Même s'il fut un peu déçu, l'homme était ainsi et rares étaient les idéalistes. Il fut cependant réconforté par la rapidité de leur réaction lorsque, sur les quais, on signala une criminelle dont le portrait avait été fraichement placardé aux murs de la cité.

...
Rien de bien innovant pour les gardes, mais quelle aventure pour un roi déguisé en garde ! Le capitaine lança ses directives avec verve et efficacité :

"Deux à la poursuite des commis, le nouveau, après la capitaine, fais-nous voir ce que tu vaux ; j'envoie les autres en tenaille selon la quadrillage du quartier et la prendrai personnellement de face."

Felipe s'exécuta donc sans tarder... Il n'allait tout de même leur dire qu'il déclinait l'ordre sous prétexte qu'il était le roi alors qu'il s'apprêtait à arrêter lui-même cette criminelle ! Une curiosité sans borne et un sens aigu de l'aventure fit monter une adrénaline qui lui donna des ailes. Se perdant dans la foule, évitant les passants et empruntant des ruelles qu'ils connaissaient fort bien pour les avoir clandestinement sillonnées de nuit, il fouettait son esprit à chaque tournant de rue pour prendre de vitesse sa cible et tenter de la rattraper, devançant ses pensées... ou du moins essayant.
L'adversaire était de taille ; habituée à la fuite et au combat là où lui passait le plus clair de son temps dans une salle de bain, elle le sema à trois reprises, et à trois reprises il dut revenir sur ses pas.
Finalement, il la perdit, pour la quatrième fois.

Debout sur un trottoir, le souffle court, il calma tout d'abord les sursauts furieux de son coeur et de sa cage thoracique avant de porter sa main à son menton d'un air songeur. L'air de rien, il sillonna la rue, en répertoriant les différents itinéraires qu'elle aurait pu prendre quand il crut voir du mouvement à hauteur d'un cul de sac...
Imagination ?
Il continua son chemin.

Ce fut pour disparaître plus loin au coin de la rue, contourner le pâté de maisons, entrer dans une maison saluer les habitant l'air de rien, monter l'étage en rassurant des enfants et en gratifiant d'un ébouriffage de cheveux un gamin extasié devant l'uniforme, un clin d'oeil et un doigt sur ses lèvres suffit à lui intimer le silence. Une fois une fenêtre enjambée, il se laissa doucement tomber au sol tandis que la pirate jetait un coup d'oeil à la rue principale.
Oui "doucement" ; une vie de crapaud déployait certains muscles de flexion jusque là insoupçonnés. Sans doute était-ce pour cela qu'elle ne le remarqua qu'en lui rentrant dedans.

Il haussa les sourcils en considérant la capital beauté de la fugitive sous les allures garçonnes que lui intimait le présent déguisement, un mouvement de cette dernière vers l'endroit d'où elle avait sorti son arme un peu plus tôt en menaçant une passante obligea Felipe à passer à l'action ;

"Si vous permettez, je ne pointerai pas tout de suite mon épée vers vous, cela pourrait être mal perçu."

Diantre, que c'était tendancieux...
Il profita du léger temps de surprise, d'incompréhension ou de profond désespoir féminin devant la stupidité masculine pour attraper son bras et lui faire une clé la désarmant et l'immobilisant.

"Mademoiselle Albadune, au nom du pays d'Espagne et de sa Majesté, vous êtes en état d'arrestation pour acte de piraterie, vol, meurtre, et très récemment mise en danger d'innocents dont nous sommes à peu près sûr que ce n'étaient pas les premiers."

Cela lui faisait tout de même drôle de tenir ce discours.
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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Mer 4 Sep - 22:20
"Best of cruel intentions."

- Si vous permettez, je ne pointerai pas tout de suite mon épée vers vous, cela pourrait être mal perçu.

Il y avait sans doute beaucoup de réponses possibles à cette affirmation... et Yama choisit la plus inspirante :

- Hein ?

Le garde avait de très bons réflexes : sans que Yama ne puisse réagir, il bloqua son bras... et une bonne partie de ses muscles. La Capitaine laissa échapper un grognement de douleur alors que de son bras droit radiait une souffrance qu'elle ne connaissait que trop bien. Épuisée par sa course et l'utilisation de ses pouvoirs, elle n'avait pas su parer ce qui ressemblait à une clé articulaire parfaitement exécutée. L'incompréhension se miroita dans ses prunelles : depuis quand les gardes de ce pays étaient-ils aussi alertes ?

- Mademoiselle Albdune, au nom du pays d'Espagne et de sa Majesté, vous êtes en état d'arrestation pour acte de piraterie, vol, meurtre, et très récemment mise en danger d'innocents dont nous sommes à peu près sûr que ce n'étaient pas les premiers.

Furieuse contre elle-même et contre son adversaire, Yama ne se laissa pas distraire par l'épatante liste de ses méfaits, cherchant plutôt frénétiquement une solution pour s'échapper... solution qui vint sous une forme totalement inattendue.

Le bruit d'un coup de feu, suivi du sifflement d'une balle à quelques centimètres de son oreille. Un sourire naquit sur les lèvres de Yama : elle ne connaissait qu'une personne capable de manquer la tuer pour mieux la sauver...

Surpris par le coup de feu, le garde se laissa distraire un bref instant. Profitant de cette seconde cruciale, Yama prit du recul, se dégagea et lui envoya un coup de pied qui l'envoya quelques mètres en arrière. Aussitôt, ils furent quatre pirates à ses côtés, bloquant l'entrée du cul-de-sac.

- Tout va bien, Capitaine ?

Ledit Capitaine avait récupéré son arme à feu et visait désormais l'homme au fond de l'impasse. Le fixant sans ciller, elle s'adressa à lui, d'un ton presque aimable :

- Tu bouges et je te troue l'estomac.

Elle tourna la tête en direction de son navigateur, qui avait sorti sa propre arme et l'imitait pendant que les deux autres pirates du ciel vérifiaient que personne ne les avaient suivis.

- Tout va bien, merci. Les autres ont atteint le Blackbird ?

Le pirate avala sa salive. Prise d'un mauvais sentiment, Yama se reconcentra sur le garde qui l'avait immobilisée plus tôt : elle n'avait pas envie de connaître pareille humiliation une nouvelle fois.

- ... Un seulement.

- QUOI ?!

- Darla s'est fait prendre.

Un nouvel éclat de rage passa dans les yeux de Yama. Il ne lui fallut que très peu de temps pour prendre sa décision - une décision bien moins sanguinaire qu'à l'accoutumée.

- Très bien. Immobilisez ce type et prenez-lui son arme.

Les deux membres de l'équipage qui surveillaient les ruelles alentours se jetèrent sur le garde. Yama laissa échapper un soupir immense alors que son arme à feu tombait au sol dans un bruit métallique, laissant son bras blessé retomber mollement sur le côté. C'est que cet imbécile de garde lui avait fait mal, en plus.

- Vous comptez l'utiliser comme monnaie d'échange ?

Difficile à dire. Une chose était sûre, elle n'allait pas le laisser s'enfuir.

- Je veux juste m'assurer qu'ils ne feront rien à Darla.

... ça aussi, sans doute. Car si Yama était un être mauvais, il y avait une chose pour laquelle elle n'entrait peut-être pas dans cette catégorie : l'instinct qui la poussait à tout faire pour protéger son équipage.

- C'est bon, on le tient !

Yama décrocha un sourire aux pirates qui immobilisaient le garde.

- Très bien. C'est l'heure de rentrer. Ah, et pas besoin de passer par les petites rues, j'ai bien vu la réaction de ces imbéciles lorsque je tenais leur bourgeoise...

Elle s'approcha du garde, un sourire aux lèvres : à nouveau en position de force, elle avait retrouvé toute son assurance... cette même assurance qui suscitait crainte, admiration et bien plus chez les hommes qui croisaient son chemin.

-... ils ne nous feront rien tant que nous tiendrons une de leurs précieuses têtes.
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Invité
Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Jeu 5 Sep - 21:32



Il fallait se rendre à l'évidence, maintenant qu'il l'immobilisait deux préoccupation de plus ou moins grande importance chatouillait son esprit ; la première, devait-il nécessairement l'assommer ? La seconde ; était-ce lui ou cette simple clé lui faisait bien plus mal qu'elle ne le devrait. Un tiraillement de son muscle droit, près de coude lui donna une réponse claire. La jeune femme était particulièrement sensible de ce bras-ci, sans doute une vieille blessure. Alors qu'il s'accordait à desserrer son étreinte et à l'assommer proprement, la perspective de se retrouver avec un corps inerte ne l'enchantait finalement pas plus que cela...

Un sifflement des plus caractéristiques balaya ses quelques secondes d'indécision, il s'écarta de la source du bruit et releva instinctivement la tête pour en trouver la provenance. Grave erreur.
Rhaaa, si seulement il avait fait preuve d'un esprit plus pragmatique ! Un violent coup de pied de sa prisonnière, qui n'était plus si prise que cela, lui remit les idées en place en même temps que sa personne royale s'assommait à moitié contre le pavé. Autant dire qu'était assommé celui qui croyait assommer. Rien de bien réjouissant quand un esprit nébuleux et peu enclin à commander votre corps vous faisait cependant remarquer avec tact et virulence que vous étiez encerclé par des ennemis. Grandiose, en voilà une bien belle affair, et quelle mauvaise posture ! Il réussit cependant à se relever à demi, appuyé sur un coude et reprenant lentement ses esprit et la maîtrise de son corps.

"Tu bouges et je te troue l'estomac."

Magnifique sentence, mais il ne voulait pas finir en passoire, ne fit donc aucune remarque et se contenta d'obtemper, autant parce que le moindre mouvement faisait naître une une violence aiguë lui lancinant le crâne qu'à cause des hommes en supériorité numérique, et à la gâchette facile qui l'avaient désarmé. Grimaçant lorsqu'on le relava trop brusquement, un poignard de douleur s'enfonçant dans sa nuque jusqu'entre les yeux, il fit bonne contenance en titubant que légèrement, ramenant à lui le peu de fierté qui lui restait, mais surtout, toute sa lucidité.

Il était dans une galère indescriptible.

Attentif à la discussion, les pirates faisaient un rapport sur leur situation et il crut comprendre qu'il dût sa vie sauve et une parfaite inconnue -du moins c'est ce que le nom "Darla" laissait imaginer- criminelle de surcroit.
C'était une chance inespérée, au moins pour vivre un peu plus longtemps et réfléchir à un moyen d'évasion, en attendant, ils ne devaient surtout pas découvrir sa véritable identité. Il remercia sa bonne étoile de s'être déguisé même si... en soit... il n'en serait pas là s'il n'avait pas eu la lubie de se faire passer pour un garde !
Oui... d'accord, tout était de sa faute, et il en connaissait un qui allait le lui rappeler chaleureusement à son retour.

S'il revenait.

"Très bien. C'est l'heure de rentrer. Ah, et pas besoin de passer par les petites rues, j'ai bien vu la réaction de ces imbéciles lorsque je tenais leur bourgeoise..."

Son regard croisa celui de la capitaine à cet instant précis.

"... ils ne nous feront rien tant que nous tiendrons une de leurs précieuses têtes."

La mâchoire de Felipe se crispa légèrement. Si seulement elle savait...
Mais elle ne savait pas, pour l'instant, et c'était tant mieux, par contre l'idée de servir de bouclier humain ne l'enchantait guère. Tant pis, il n'avait pas le choix. Sa priorité à l'heure actuelle était de se tenir à carreaux et de les suivre.
ce n'était pas tous les jours que quelqu'un survivait assez longtemps pour être "invité" sur le Blackbird, et de toutes les conditions sociales dont pouvait être un tel invité, il était certain qu'il s'agisse d'une personne de la royauté était encore moins probable. Il fut poussé au devant du groupe, désarmé et malmené pour être ligoté, mains liées et canon entre les omoplates, il se mit au pas, comme un parfait petit soldat ou un condamné à mort, au choix.

Ah, ça... il s'en souviendrait.

Tous les pirates armés jusqu'aux dents et exhibant leur prise dans les rues, les plus tranquilles d'entre elles voyaient déserter les simples citoyens, horrifiés par le spectacle, pour les plus vivantes, on se plaquait contre le mur et quelques panaches rouges se dessinaient à l'horizon.
Finalement, ce fut une véritable haie d'honneur qui les attendit aux quais.

Felipe se demandait tout de même comment les pirates pouvaient espérer qu'ils les laissent partir à cause d'un simple garde pris en otage.
Pourtant c'est ce qu'ils firent...
Les pirate menaçant de lui exploser la cervelle à tout instant, ils rejoignirent un frêle esquif, taillé pour la vitesse amarré au port et qui semblait être de leur propriété... ou pas, après tout les pirates faisaient ce qu'ils voulaient avec la propriété d'autrui.
Les gardes s'effacèrent devant eux, sur le qui-vive, à l'affut de la moindre faille. La tension était palpable, mais l'impuissance de la garde était tout aussi évidente, réduite à l'attente. Le roi espéra un miracle, un de ceux qui avait sauvé la pirate un peu plus tôt... il n'y eut rien.

Il n'y avait qu'une explication à cette rapide et obtempérante exécution de l'armée ; le fait que l'otage n'était pas n'importe qui était connu et personne n'osait intervenir. Cependant, il doutait qu'ils sachent vraiment qui il était, sinon ils ne seraient pas aussi calmes et auraient peut-être tenté quelque chose de désespéré.
Néanmoins, cela marchait trop bien pour les pirates, et ceux-ci frémissaient à l'idée de tomber dans un piège, il ne remarquèrent sans doute rien et s'attelèrent simplement à la tâche. Sous la menace d'une myriade de fusils, ils firent la seule chose logique que toute personne se retrouvant dans leur situation aurait fait ; ils mirent les voiles avec leur prisonnier !

Le moyen employé fut néanmoins expéditif. À peine l'esquif prit-il un peu d'altitude que Felipe eut juste le temps de voir un pirate s'avancer avec un explosif en main et le jeter par-dessus bord.
Ce fut un réflexe, il ne comprit pas trop ce qu'il fit ; il percuta l'homme, le déséquilibra, la dynamite fit une pirouette dans les airs, il fut immédiatement plaqué au sol, mais tous les autres, et lui-même, suivirent le bâton de poudre des yeux, comme hypnotisés pendant quelque secondes... la mèche courte prévue pour exploser rapidement crépitait avec mutinerie.

Les pirates furent soulagés de la voir passer par dessus bord, mais elle explosa trop loin des quais pour faire le moindre dommage et suffisamment près de la coque de leur bateau pour être soufflée par l'explosion.

Ils firent un bond en avant.
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Invité
Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Ven 6 Sep - 13:39
Yama n'avait jamais aimé la chaleur. Née et élevée dans le froid, elle détestait tout ce qui était lié aux températures élevées... et le souffle des explosions en faisait partie. Alors que la combinaison d'un bâton de dynamite allumé et d'une trajectoire hasardeuse manquait de déséquilibrer totalement l'esquif sur lequel ils tentaient de fuir, elle sentit un élan de rage prendre possession d'elle. Et cette rage-là n'avait rien de froid, au contraire elle était brûlante comme une armée de petits soleils.

- JE PEUX SAVOIR CE QUE TU FOUS ??!

Le col qu'elle avait empoigné n'était pas celui du prisonnier. Alors que l'embarcation prenait péniblement un peu plus d'altitude, elle fixait de son regard brûlant le pirate qui avait lancé la bombe. Ce dernier était pâle comme un fantôme devant la colère de son Capitaine.

- Mais... je..

- On ne blesse personne, abruti !!

- M-Mais...

Cette fois, Yama le secoua violemment à chaque mots.

- ON ! NE ! BLESSE ! PERSONNE ! ... C'EST COMPRIS ??

L'homme hocha la tête. Yama le lâcha brutalement et se tourna vers le garde.

- Quant à toi... il ne t'est jamais venu à l'esprit que ce geste aurait aussi pu te couter la vie ? Imbécile.

Elle soupira brutalement, avant de se retourner vers le quai : elle avait d'autres choses à faire que de s'énerver en ce moment... il lui fallait faire diversion, et vite. Deux tempêtes en un jour, c'était trop, pourtant le Capitaine Albadune était loin d'avoir le choix ; en voyant la réaction des gardes espagnols, elle avait comprit que quelque chose n'allait pas avec ce garde. Et quoi que cette chose soit, il fallait qu'elle se montre prudente et qu'elle couvre leurs arrières au plus vite.

A ce moment-là du récit, je pense que certains se demanderont pourquoi diantre Yama s'est acharnée sur l'homme aux explosifs. Après tout, les pirates ne sont-ils tous pas sensés être sanguinaires et faire le plus de dégâts possible sur leur passage ?

Peut-être, mais Yama était loin d'être une pirate ordinaire. Pragmatique avant tout, elle avait appris la loi de la jungle à la dure et n'hésitait plus à tuer avant même d'avoir eut la confirmation d'un danger à venir. Elle abhorrait également toute forme de torture ou de souffrance inutile infligée à ses ennemis, car tout cela ne représentait à ses yeux qu'une perte de temps. Une dernière raison la poussait à préférer le meurtre rapide aux actes de cruauté : elle ne voulait pas être reconnue pour sa barbarie, mais bien pour les véritables exploits de son équipage. Tel était le Modus Operandi du Capitaine... Modus qui explique les raisons qui la poussèrent à crier sur son pauvre pirate.

Revenons à nos moutons (volants). Tendue comme un arc, Yama se demandait si elle serait capable de créer un blizzard capable de les camoufler aux yeux de tous. Avait-elle suffisamment de forces restantes pour ne pas s'écrouler durant l'invocation ? Hélas, l'heure n'était plus aux questions. Se remémorant les heures d'entraînement qu'elle avait subi dans son enfance, Yama appela à elle les éléments, les suppliant de l'aider une dernière fois à mettre les voiles et se tirer de ce nid de guêpes.

Et les éléments obéirent.

Le spectacle était irréel, surréaliste. La neige les entourèrent avant de recouvrir également les quais et la population qui s'y était amassée. Aussitôt le bateau entama un virage brutal, filant à travers les éléments en furie alors que Yama tentait désespérément de les garder sous contrôle. Même lorsqu'ils sortirent de la barrière de blizzard, elle continua à la maintenir du mieux qu'elle pouvait, malgré la distance qui croissait et réduisait son emprise. Lorsqu'elle fut sûre qu'ils étaient hors de vue, elle relâcha ses efforts et ses jambes se dérobèrent sous elle. La magie lui avait honteusement pompé son énergie, mais au moins ils étaient en sécurité.

Pour l'instant.

Quelques minutes plus tard, le Blackbird Braille fut en vue, vaisseau dont la blancheur tranchait sur le ciel du crépuscule. Couleur curieuse pour un navire... mais moins étrange lorsque l'on connaissait les pouvoirs de sa propriétaire.

Ils débarquèrent sur le vaisseau dans l'enthousiasme général. Sans laisser le temps à ses collègues de poser de questions, Yama grommela une série d'ordres visant à organiser le départ du Blackbird Braille. Pour où ? Elle ne savait pas, mais loin des côtés de l'Espagne.

On fit asseoir le prisonnier au milieu du pont. Épuisée, Yama s'appuya contre le mat du navire sans pour autant le quitter des yeux. Dans la lumière du crépuscule, les yeux du captif brillaient d'une étrange couleur...

- NOM DE DIEU !!

Elle se tourna vers la source du bruit : un gamin espagnol qu'elle avait engagé comme mousse et dont elle appréciait la franchise. Ce dernier observait le captif comme s'il assistait à la résurrection d'un messie. Toujours accrochée au mât, Yama finit par s'en détacher.

- ... quoi encore ?

- Ce type là, c'est pas un garde... c'est le Roi, Cap'taine !

- QUOI ?!?

Reculant de quelques pas, la pirate se heurta à la balustrade que ses deux mains serrèrent anormalement fort. Sur son visage défilèrent plusieurs expressions : l'incrédulité, la fierté, la méfiance...

Et la peur. La peur que ce soit vrai. La peur d'être la cause d'un incident diplomatique dont les conséquences risquaient bien de les dépasser tous. Déjà pâle à la base, le Capitaine était devenue livide comme un cadavre.

- J'espère que c'est une blague...
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Invité
Rey Felipe de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Ven 6 Sep - 20:12

Même s'il ne le portait pas dans son coeur, Felipe remercia intérieurement celui qui l'avait maintenu au sol, genou dans le dos, mains sur ses poignets, pendant la durée de l'explosion. Il crut un instant que le pire était passé.
Il se trompait.
Telle une furie, la capitaine, s'avança vers lui, pour finalement, et au grand soulagement du roi, attraper au vol un des pirates et le réprimander en des termes que Felipe ne pensait pas entendre de la bouche d'une criminelle récidiviste :

« ON ! NE ! BLESSE ! PERSONNE ! ... C'EST COMPRIS ?? »

Il haussa les sourcils ; c'était à n'y rien comprendre. Peut-être que toute l'importance de la phrase tournait autour du mot « blesser » qui ne signifiait pas forcément « tuer »... mais tout de même, il resta stupéfait pendant une bonne poignée de secondes, avant que la tempête ne se dirige vers lui et fasse faire un bond brutal à sa poitrine.

« Quant à toi... il ne t'est jamais venu à l'esprit que ce geste aurait aussi pu te couter la vie ? Imbécile. »

Tiens, il avait l'impression d'entendre quelques personnes de son entourage... « imbécile » est un mot qu'il voit souvent se dessiner sur leur visage, mais rare ont été ceux qui le lui ont dit en face.
Personne ne l'avait fait... en fait.
Mais, pour répondre à sa question, il y avait pensé ! Sisi ! Il avait bien compris qu'il s'était mis en danger... mais seulement après avoir poussé le pirate. Il faut dire qu'il était un tantinet sanguin lorsque l'on mettait la vie d'innocents en péril. « Imbécile » lui convenait donc peut-être, mais il ne regrettait pas. Il se tut cependant, la tempête ne s'attardant pas davantage sur lui et l'oubliant très vite pour s'occuper de leur principal problème : leur fuite.

Il l'observa attentivement ; il avait déjà vu plus tôt ce dont elle était capable et déjà vu cet incroyable pouvoir qui invoquait la neige sous la forme d'un impressionnant blizzard aussi inattendu qu'intense. Allait-il encore voir un tel prodige ?
Oui.
De nouveau les éléments se déchainèrent, son gardien dut l'abandonner pour aider à manoeuvrer le bateau, valdingué dans tous les sens selon la fureur des vents. Se plaquant contre la balustrade et se maintenant en poussant à l'aide de ses jambes, ses mains étant toujours liées dans le dos, Felipe jeta un oeil par dessus bord pour finalement renoncer à son idée de sauter. Il ne vit qu'un paysage immaculé au blanc impénétrable dés le premier mètre, des vents furieux et la totale impossibilité de juger au-dessus de quoi ils pouvaient bien se trouver le résignèrent à prolonger son séjour auprès des pirates. Finalement, ils sortirent de la zone de turbulences, la concentration qui crispait le visage d'Albadune était intense, sa douleur, visible. Cette femme se donnait corps et âme pour sa liberté. En soit, c'était compréhensible, mais si elle n'avait pas été pirate elle n'aurait pas à le faire.


Tout cela éveilla son intérêt.

Mais il semblerait que cette fois-ci la jeune femme était allée trop loin... s'il avait la certitude que c'était bien la deuxième fois qu'elle utilisait son pouvoir, il serait satisfait de sa découverte, en l'occurrence, il n'était sûr de rien. Cela ne l'empêcha pas d'être bluffé par un tel don. En voilà un au moins qui était pratique, certes, obligeant d'après ce qu'il voyait, mais diablement pratique, et exponentiellement dangereux. Il avait une autre raison d'être sur ses gardes désormais.

Avec toutes ces émotions, ses découvertes et ses pensées qui l'assaillaient, il avait quelque peu mis de côté son plan d'évasion, d'ailleurs... à moins de prendre le contrôle du navire, il n'arriverait à rien, et seul, il est plutôt difficile de commander même un petit vaisseau comme celui-là.
Il fut définitivement résigné sur son sort lorsque deux pirates l'encadrèrent à peine la descente fut-elle amorcée vers la terre ferme ; là, les attendait à tombée du jour le très récemment fameux BlackBird Braille. Il ne savait ce que le navire avait de « black » avec sa coque couleur neige, à part peut-être le sombre présage qu'il annonçait lorsqu'il se profilait à l'horizon.
C'était, comme beaucoup de navires de piraterie, un bâtiment taillé pour la vitesse, aux courbes élancées et fier là où les commerciaux optent pour une structure imposante et solide... et solidement armée.

Deux pendants de la navigation complémentaires.

Il fut donc « invité » et s’asseoir au milieu du pont et dut pour cela faire un léger tour sur lui-même pour se présenter face à la capitaine, adossée au mât, il en profita pour jeter des coups d'oeil sur les nouveaux lieux. Assis, il dut soutenir le regard de la capitaine du navire.
Il pourrait partir à la faveur de la nuit s'il restait sur la terre ferme, mais ils préparaient déjà le départ... profiter qu'ils soient tous affairés ? Pourquoi pas mais dans ce cas il fall....

« NOM DE DIEU !! »

Il haussa les sourcils au juron prononcé en espagnol.
Le regard du jeune garçon qui venait de « parler » fit clairement comprendre à Felipe que sa périlleuse mission, la plus cruciale qui soit ; « rester incognito », venait de prendre fin. Il chercha dans le regard de l'enfant quelque indice qui puisse le démentir, mais il dut se rendre à l'évidence ; ses yeux criaient haut et clair qu'il l'avait reconnu...


Madre de Dios.
Oui, il jura, intérieurement.
En même temps, quelle idée de se mettre en tailleur ! Tout le monde sait que ça donne une allure de crapaud, en plus, avec la nuit, ses yeux devaient luire de leur superbe éclat absolument pas habituel chez un être humain normal.

« ... quoi encore ?
- Ce type là, c'est pas un garde... c'est le Roi, Cap'taine !
- QUOI ?!? »


Et voilà, s'il espérait encore s'illusionner, cette fois c'était dit.
Calme, il profita cependant de la surprise et de l'incertitude générale pour réfléchir, et ses pensées filaient à toute vitesse.
Devait-il nier ? Avait-il réellement une chance de sensiblement améliorer sa situation en niant ?
Devait-il confirmer ? Le fait est que même dans ce cas le doute pouvait persister, mais qu'avec un peu de chance ils verraient en lui une monnaie d'échange plus intéressante qu'un simple garde... ou pas. Son esprit pédalant, il s'en remit à son instinct ; premièrement, la capitaine semblait être très attachée à ses hommes, il y avait peu de chance pour qu'elle croit davantage un parfait inconnu qu'un de son équipage. Deuxièmement, son visage actuel était une mosaïques d'émotions contradictoires, affirmer son statut de roi semblait lui ouvrir quelques ouvertures là où son simple statut de garde la rendait très... hermétique. Troisièmement, il y avait cette « Darla », en tant que roi, il pouvait faire quelque chose pour elle, et donc s'entendre avec la pirate.




Quatrièmement, son égo lui chuchota qu'il serait intéressant de voir ce qu'une bande de pirates pouvait penser de lui, déjà qu'il était sujet à débat à la Cour alors il n'osait imaginer ici.

« J'espère que c'est une blague... »

Cela faisait un petit moment qu'il essayait de se persuader que le fait qu'il se retrouve en compagnie de criminels était une vaste au blague, autant mettre tout le monde dans le même bateau ! (sans mauvais jeu de mots)
Très bonne question cependant, il marqua un temps en réfléchissant à sa réponse avant de finalement dire que...

« Il faut au moins être roi pour avoir l'idiotie de se déguiser en garde et de se faire prendre par des pirates le même jour, vous ne croyez pas ? »

Et avec le sourire, en plus. Ce sourire indescriptible, à la fois grandiose et condescendant, ironique envers lui-même et rieur. Il retrouva vite son sérieux, regarda le jeune garçon :

« On peut dire que tu as un sacré sens de l'observation, je pensais passer inaperçu sans mes lunettes. »

Puis il s'intéressa aux autres pirates. Ils étaient stupéfaits. A priori, c'était la première fois qu'une personne royale foulait le bois de ce navire, ce devait même être la première fois qu'ils voyaient une personne au sang bleu en chair et en os.
Bon...
Il supposa qu'il devait mener la danse pendant ce bref répit.

« Si vous voulez discuter de ce que nous pourrions faire pour permettre à chacun des deux partis de s'en sortir sans trop de dommages, je suis désarmé et prêt à écouter vos propositions... aux vues de mon statut, je crois vous être d'une meilleure utilité vivant que mort. »

Il s'agissait d'un simple constat et d'une invitation très courtoise.... et très humble, et vu sa situation, ce n'était pas très difficile de l'être. Pourtant il n'y avait là rien de calculé, lui-même ne pensait pas observer une telle réaction chez eux... il s'attendait à quelque chose de plus brutal.
Et lui qui se croyait immunisé contre les préjugés, il avait encore du travail à faire de ce côté-là.

Néanmoins, la phrase de la capitaine "on ne blesse pas", mais non "on ne tue pas", restait très présente dans son esprit.


Spoiler:
 


Dernière édition par Rey de Marisma le Jeu 19 Sep - 15:01, édité 2 fois
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Invité
Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Sam 7 Sep - 1:20
- Il faut au moins être roi pour avoir l'idiotie de se déguiser en garde et de se faire prendre par des pirates le même jour, vous ne croyez pas ?

Elle s'attendait à tout sauf ça. Était-ce alors la surprise ou le stress qui provoqua le rire au fond de sa gorge ? Sans doute un mélange des deux. Un instant, Yama s'en voulut de montrer une réaction positive... avant de se rappeler que la situation prêtait bien à rire. Rire jaune, certes, mais pour elle c'était déjà beaucoup.

Les pirates du navire s'étaient rassemblés autour d'eux, fixant avec des yeux ronds leur "invité". Ce dernier faisait preuve d'une désinvolture admirable, contrairement à Yama qui semblait particulièrement tendue, comme sous haute-tension.

- Si vous voulez discuter de ce que nous pourrions faire pour éviter à chacun des deux partis de s'en sortir sans trop de dommages, je suis désarmé et prêt à écouter vos propositions... aux vues de mon statut, je crois vous être d'une meilleure utilité vivant que mort.

Il y eut un silence. Suivi de la première question.

- Capitaine... on fait quoi ?

Des suggestions toutes plus délirantes les unes que les autres commencèrent à fuser de toutes parts. Yama n'en percevait que des bribes à chaque fois, mais ces bribes suffisaient à la conforter dans sa décision de ne pas faire appel à la démocratie. Et puis avec tout ce vacarme, elle n'arrivait même plus à s'entendre penser...

- SILENCE !

Ledit silence revint en quelques secondes. Épuisée, la Capitaine n'avait pas quitté la balustrade (en même temps, c'était ça où s'écrouler sur le pont). L'équipage reporta son attention sur elle, et elle se doutait bien que le Roi faisait de même. Elle inspira profondément ;

- Retournez à vos postes.

Il n'y eut aucun mouvement. Voyant que les pirates ne se contenteraient pas d'un simple ordre (quelle idée aussi de les avoir choisi pour leur esprit critique), Yama se fendit d'une explication :

- Je vais faire au mieux... pour que tout le monde soit content. Mais je ne peux pas négocier si vous restez là à me fixer comme des foutus poissons. Attendre ici serait contre-productif, je suis sûre qu'à l'heure qu'il est les espagnols ont déjà  envoyé l'intégralité de leur flotte à nos trousses. Si j'ai besoin de votre avis, je vous le demanderai. Mais en attendant... faites décoller ce foutu bateau.

L'équipage obtempéra, satisfait du vague discours de sa Capitaine. Cette dernière attendit que les pirates se dispersent pour se laisser glisser le long du bord, s'asseyant au sol comme leur prisonnier. Le mousse cependant n'était pas parti. Yama le fixa avec hargne :

- Alors ? Qu'est-ce que t'attends pour faire ton boulot ?

- Ah, vous savez, Cap'taine, difficile de nettoyer le pont avec vous et Sa Majesté dessus !

Une esquisse de sourire parcourut le visage de Yama.

- ... va te rendre utile en cuisine alors. Et tant que t'y es, tu vérifieras les réserves de rhum... je sens qu'on va en avoir besoin.

Le gamin lui adressa un regard malicieux et disparut. Une fois débarrassée de son équipage impeccable mais pas très utile dans ce genre de situation, le Capitaine pût réfléchir au calme. Tout d'abord, il lui fallait vérifier l'état de son bras.

Se débarrassant de son manteau d'homme, elle retroussa la manche droite de sa chemise, révélant la blessure qui ne la quittait plus depuis des années.

S'étendant de son épaule jusqu'à son coude, la plaie principale prenait la forme d'une coupure profonde au milieu de somptueuses taches formées par les hématomes. D'autres coupures plus négligeables quadrillaient le bras, s'arrêtant peu avant le poignet. Malgré la lumière rasante du crépuscule, on pouvait admirer les nuances de violet et de noir qui s'étendaient sur la peau blanche comme des fleurs d'encre mortelles. Examinant la cicatrice principale avec attention, Yama vit qu'elle ne saignait pas : rien n'était récemment ouvert, pourtant elle avait mal à en crever. Et il n'était pas question de chercher de la morphine, elle risquait de s'endormir et c'était tout sauf le moment idéal. Avec un sursaut de volonté, Yama se remit debout et rabattit prestement la manche sur les marques que Mistraldespair avait laissé sur son bras. Marchant vers le mât, elle jeta un regard au Roi, incapable de prendre une décision. Que faire ? Le tuer ne mènerait à rien à part à conduire un pays à sa perte et Yama ne voyait pas ce qu'elle pourrait en tirer. Retourner en Espagne pour procéder à un échange était impossible momentanément, la situation risquait de leur échapper. Quant à le libérer... elle serait la risée de tous les pirates.

Oh.

Elle était piégée. Et cette douleur qui lacerait son crâne...

- Raaaaah !!

Son poing gauche s'abattit avec une violence incroyable sur le mât, provoquant une série de jurons de la part du vigie, tout là-haut. Toute la douleur qu'elle ressentait se concentra sur son poing fermé, changeant le manque et la douleur en quelque chose de bien plus supportable.

Une autre douleur certes, mais qu'elle avait choisi de s'infliger. Cela faisait toute la différence.

Comme en réponse à son geste de violence, le navire commença à prendre de l'altitude. Un sourire serein vint se plaquer sur le visage de la Capitaine alors qu'elle sentait son cœur s'alléger quelque peu en voyant le ciel se rapprocher. Secouant sa main blessée (tiens, elle était sûre d'avoir entendu quelque chose craquer...), elle sentit un grand calme s'emparer de son esprit. Plus rien ne la distrayait, elle pouvait se focaliser sur la situation présente.

La première décision fut facile à prendre : comme l'avait souligné Felipe quelques instants plus tôt, il ne leur servirait à rien mort. Ainsi la pirate s'accroupit près de lui... et défit brutalement ses liens. Ceci fait, elle posa sa main sur son épaule et murmura d'un ton qui laissait deviner son sourire :

- Tu es sur un navire volant infesté de pirates.

... une piqûre de rappel ne faisait jamais de mal après tout.

Yama se releva, contourna la tête couronnée pour s'asseoir en tailleur en face de lui.

- Pour être honnête, je ne sais pas encore ce qu'on va faire de toi. Par contre, je sais déjà que tu quitteras ce vaisseau intact...

Elle passa doucement sa main intacte sur la garde de son sabre. L'autre main restait immobile, projetant parfois une goutte de sang sur le plancher.

- ... si tu restes tranquille, bien évidemment.

Un pirate chargé de l'éclairage du navire accrocha une lanterne non loin d'eux. Il était vrai qu'autour du Blackbird Braille, le ciel avait quitté son manteau orangé pour adopter les couleurs ultramarine des nuits étoilées. Rejetant la tête en arrière, Yama contempla le ciel avec satisfaction. Peu d'autres personnes pouvaient se vanter de connaître le ciel comme elle. En un sens, c'était comme si elle le possédait. A chacun son royaume...

Cette réflexion la ramena à son invité / otage (elle ne savait décidément pas quelle mention adopter). Elle ne pouvait s'empêcher d'être curieuse à son sujet :

- Je suis loin d'être experte en conversation mondaine, donc j'irais droit au but : pourquoi les habits de garde ? Et surtout... pourquoi avoir dévié la dynamite ?

Le Capitaine pensait connaître la réponse à cette dernière question. Hélas, s'il s'avérait que le Roi choisisse cette réponse, cela voudrait dire qu'ils se ressembleraient, ne serait-ce qu'un peu... et ça, Yama n'était pas sûre de l'apprécier.
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Invité
Rey Felipe de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Lun 9 Sep - 0:00


Son identité ne faisant plus aucun doute, Felipe put pleinement observer les réactions de ses « hôtes », et autant dire que certaines propositions d'avenir le concernant ne l'enchantaient guère jusqu'à ce que finalement la capitaine prenne possession du jeu et envoie ses hommes à leur poste. Intérieurement, Felipe savait qu'elle avait raison ; les espagnols étaient sans aucun doute à sa recherche et pour cause, ayant envisagé la possibilité qu'il lui arrive quelque chose, il avait laissé des directives dans son mémo... même s'il ne pensait pas que cela aurait pu être aussi grave, mais dans l'idéal, il aimerait qu'ils le retrouvent.
Il observa attentivement le langage corporel de chacun.
Il l'avait deviné en la voyant la première fois ; Yama Albadune n'était pas de ces femmes superficielles et dépendantes du « sexe fort » que l'époque avait engendrées. Non, elle était parfaitement capable de faire jeu égal avec un homme et, mine de rien, cela était rare. Hors de question donc d'essayer de la devancer, il devait en apparence lui parler d'égal à égal.
Car, à l'heure actuelle, il était chez elle.

C'est pourquoi il attendit, patiemment, même si ses liens le mettaient dans une position inconfortable qui lui tirait les muscles du dos. Il relativisa cependant sa propre douleur en voyant l'état du bras de la pirate. L'aspect de celle-ci, son origine.... et les courbes qu'il pouvait enfin voir une fois le manteau retiré, tout cela était du plus vif intérêt.
Mais, en tant que personne distinguée, il ne fit aucune remarque sur chacun de ces points.
Il éprouva cependant quelques remords concernant son bras, après tout, il l'avait violemment retourné.

La voyant pensive et incertaine, il détourna finalement le regard pour se concentrer sur l'état actuel de la situation. Inutile de se morfondre sur ce qu'il aurait dût faire et ses poignets douloureux ; il devait à présent se montrer coopératif, efficace et malin. Prenant autant de sérieux qu'il avait paru auparavant désinvolte, ses méninges s'imbriquèrent dans un cliquetis effréné sous son crâne. Il pouvait profiter de l'occasion pour se recentrer, mais être sur un bateau de pirates n'était certainement pas une sinécure, sauf s'il arrivait à se faire respecter d'eux, une option incertaine et sur laquelle il ne voulait pas trop se reposer. Proposer un échange serait le plus logique, mais s'ils demandaient une rançon exorbitante.... sa fierté en prendrait un coup. Car si l'Espagne était riche et pouvait se le permettre, le peuple et l'Histoire n'apprécieraient pas cet épisode du "roi enlevé par des pirates et ayant vidé une bonne part des caisses". Il devait à tout prix éviter le scandale. C'est pourquoi la simple idée d'être relâché lui allait très bien aussi.

Il fut sorti de ses pensées par un cri sortant droit du coeur, de quoi faire chanter la chamade au sien qui se cogna contre sa poitrine. Déboussolé, il regarda la pirate qui semblait décidément ne pas apprécier la situation.
Bien, ils étaient deux.
Mais elle lui permit tout de même de mieux la supporter en lui défaisant ses liens et lui posa une main sur l'épaule, geste auquel il était peu habitué, sans la regarder, il fut attentif à chacun de ses mots soufflés à son oreille.

« Tu es sur un navire volant infesté de pirates. »

Il se frotta les poignets avec délectation, et acquiesça doucement, lui signifiant qu'il était conscient de cela. Puis... sans plus tarder, il retira ce fichu casque. Déliant le lacet du menton, il déposa ensuite l'objet près de lui et passa sa main dans ses cheveux pour les ébouriffer, massant son cuir chevelu et pouvant enfin retirer cette désagréable impression que lui offrait ses cheveux plaqués et pleins de sueurs contre son crâne.

Plus libre de ses mouvements, il lui apparut que son esprit était plus clair. Il la regarda ; elle s'était assise en face de lui, d'égal à égal.

« Il n'est pas dans mon intérêt de finir la tête séparée du reste du corps, vous pouvez donc être tranquille sur ce point. Ma seule préoccupation pour l'instant se porte, tout comme vous, sur cette situation fort fâcheuse. Je ne suis pas de ces personnes ou de ces rois que vous imaginez capricieux même dans les pires situations, je saurai me montrer raisonnable. »

Oui, enfin.... tout était relatif. Disons qu'il était raisonnable quand cela était VRAIMENT nécessaire.
En fait, il avait encore pas mal de ressources et s'il le désirait il pourrait mettre la vie de cette femme en danger en seulement quelques secondes... mais cette simple idée le répugnait.
Il n'était tout de même pas habitué à ce qu'on lui touche l'épaule, qu'on le tutoie, et surtout à être ainsi acculé, ce qui lui donnait une désagréable impression de déjà vu. Cela lui rappelait tout le temps qu'avait duré sa malédiction, renouer avec cette époque n'était pas forcément quelque chose de plaisant, même si son esprit ne s'est jamais montré plus efficace qu'à ces moments-là et... cela se traduisait de drôles de façons chez lui.

Par exemple …

Il balaya de la main sa remarque sur les mondanités ; vu la situation, c'était le cadet de ses soucis. Enfin, au lieu de répondre tout de suite à ce qu'elle venait de dire, il croisa les mains devant lui et observa un temps son interlocutrice, ses idées étaient claires, mais il jaugeait la sincérité de son interlocutrice et lorsqu'il jugea que cette attitude put lui paraître étrange, il répondit à sa question par une autre question.

« Vous ne devinez pas ? »

Il ouvrit finalement les mains ;

« Je suis roi et ai par conséquent de nombreuses responsabilités ; je sers mon peuple et ai été voué à la naissance à le protéger et, chose étonnante, idéaliste, je ne suis jamais satisfait là où je devrais sans cesse proposer le meilleur mais où la condition humaine me rattrape, pourtant je prends cela très à coeur."

Il ne dit rien sur son caractère quelque peu impulsif, avec un peu de chance elle penserait que c'était prémédité.

« L'habit de garde était là pour m'aider lors d'une mission, qui n'aurait normalement rien eut à voir avec cette course poursuite, mais... porter un costume de garde et voir une criminelle menacer une citoyenne, cela m'a donné des ailes, je suppose, et je me suis pris au jeu. »

Il eut un petit rire, un rire jaune étrangement semblable à celui de Yama un peu plus tôt. Et pour en revenir à elle, il y avait des aspects chez elle qu'il ne comprenait pas ; sa blessure au bras, d'où venait-elle... comment était-elle devenue capitaine de pirate mais surtout...

« Deux questions pour vous, et j'aurais, si vous le permettez, deux questions à vous poser à mon tour ; pourquoi être devenue pirate ? »

Oui...
Il se préoccupait de cela. Il était prisonnier et captif de pirates dont il venait juste de rappeler le caractère sanguin et dangereux en parlant d'une otage un peu plus tôt, et il posait cette question.
Parce que ça le fascinait, parce qu'il voulait et DEVAIT connaître cette femme pour anticiper sur les jours à venir, la connaître, la comprendre, et construire ensemble une solution. Et ce n'était pas pour rien si elle aussi s'intéressait à lui, sans doute avait-elle le même mode de fonctionnement. Ou bien était-ce de la simple curiosité pour ce roi qu'elle avait sur son navire.

« Ah... et une question purement pragmatique ; avez-vous l'intention de me faire coucher dans la cale ? »
Ce n'était pas un caprice.
Il voulait seulement savoir, histoire de se préparer psychologiquement, déjà qu'il faisait une croix sur son bain alors... et puis, le ton employé pour la question était volontairement bon enfant. Pirates ou pas... il pouvait jouer justement sur les idées reçues sur les personnes royales, il avait suffisamment de recul par rapport à cela pour savoir quoi dire.
Et il s'attendait à la pire des réponses, juste au cas où.


Dernière édition par Rey de Marisma le Jeu 19 Sep - 15:12, édité 1 fois
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Invité
Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Lun 9 Sep - 15:50
- Je suis roi et j'ai de nombreuses responsabilités, je sers mon peuple et ai été voué à a naissance à le protéger et, chose étonnante. Idéaliste, je ne suis jamais satisfait là où je devrais sans cesse proposer le meilleur mais où la condition humaine me rattrape, pourtant je prends cela très à coeur.

Un sourire sans vie s'étira sur les lèvres du Capitaine Albadune. Elle aurait préféré que le Roi lui réponde autre chose, une réponse sèche et factuelle... et non pas quelque chose qu'elle était à même de comprendre. Certes, entre un peuple et un équipage, la différence était de taille, mais l'intention restait la même. Ainsi il existait bien un point commun entre eux...

Le Roi poursuivit, parlant des événements qui les avaient poussé à se rencontrer... au moment où il mentionna la femme qu'elle avait menacé, Yama se mit à rire. Toujours ce même rire qui n'en était pas un. Le ton qui suivait était du même acabit :

- Je n'aurai jamais tué cette femme. Ne te méprends pas, tuer ne me dérange pas mais... je n'aurai eu aucun intérêt à le faire. Je ne suis pas de ces pirates qui s'imposent par leur sauvagerie.

Elle étira ses bras, faisant craquer sa main blessée. Certes, elle venait de livrer une information intéressante sur sa façon d'opérer, mais elle doutait qu'elle revienne en terre espagnole après ça, donc... Un pirate qui passait par là croisa son regard et ne pût s'empêcher d'observer la scène plus attentivement.

- Tout va bien, Cap'taine ?

- Tout va bien.

L'homme hocha la tête et disparut à l'arrière du bateau. Il filaient désormais comme un oiseau à travers la nuit. Yama reconcentra son attention sur Felipe. Ce dernier lui posa deux questions à son tour. Sans détacher son regard du sien (décidément, ses yeux brillaient de manière vraiment trop étrange...), Yama répondit d'un ton las ;

- Tu ne croyais pas qu'on t'avait préparé une suite royale, quand même ?

Le Capitaine n'était pas cruelle, mais elle n'était pas une sainte non plus : elle pouvait protéger Felipe de son équipage, mais elle n'allait pas non plus le traiter avec les égards dû à son rang. Après tout, Roi ou non, il restait un prisonnier comme les autres.

Enfin, pas tout à fait. Après tout, les très rares otages à avoir marché sur le Blackbird Braille n'y restaient jamais assez longtemps pour poser l'autre question...

* Pourquoi la piraterie, hein...*

Étonnement, Yama mit longtemps à y répondre. Non pas que la réponse soit incertaine, mais... elle voulait être sûre de ce qu'elle pouvait... et voulait... lui dire.

Lorsque la réponse fut claire dans sa tête, elle inspira profondément ;

- ... il y a longtemps, je me suis promise de ne plus jamais dépendre de rien ni personne. Et je ne peux honorer cette promesse si je me plie au lois dictées par d'autres. Ainsi...

Elle jeta un œil au ciel qui les entourait de toutes parts, un ciel sans fin, un ciel immense.

- ... tant que je volerai, les lois n'auront pas d'emprise sur moi.

- C'est pour ça qu'on s'arrêtera jamais ! Hein Capitaine ?

Le mousse de tout à l'heure était revenu, une flasque de rhum à la main. Il jeta un coup d'œil à la scène avec un sourire et tendit la flasque à Yama. Cette dernière but une gorgée de rhum avec un sourire d'autant plus rare qu'il était sincère.

- Merci bien.

Le mousse lui rendit son sourire :

- De rien ! Au fait, vous avez décidé c'que vous allez faire de Sa Majesté ?

- Nan. De toutes façons, je suis trop fatiguée pour réfléchir maintenant.

Elle se leva péniblement, refusant la main que lui tendait le gamin.

- Accompagne notre invité jusqu'à la cale et arrange-toi pour qu'il puisse y être... relativement à l'aise. Ce soir, je veux qu'il y aie toujours une moitié d'équipage éveillée sur ce bateau... Il ne s'agirait pas de se faire surprendre.

- A vos ordres ! Au fait, le machiniste vous d'mande s'il peut déployer les ailes. Il dit qu'on ira plus vite comme ça.

Yama hocha la tête sans rien dire : bien que le bateau sache fonctionner sans ailes (il y avait certainement de la magie là-dessous), ces dernières lui permettaient de voler en silence... et vu la situation, elle ne voulait pas courir le risque d'attirer l'attention sur eux. Alors qu'elle s'apprêtait à regagner ses appartements, elle se retourna et adressa ce qui ressemblait à une révérence envers le Roi. D'un ton où perçait l'ironie, elle ajouta ensuite :

- Bonne nuit... Votre Majesté.

Puis elle se détourna d'eux. Elle avait confiance en son équipage... assez pour leur laisser s'occuper du Blackbird durant la nuit. Un peu moins pour traiter Felipe de façon correcte, mais après tout, il aurait pu tomber sur pire surveillant que ce gamin avec des étoiles dans les yeux...

Ce gamin qui lui ressemblait quand elle avait son âge.

Elle frissonna et marcha plus vite.

***

Arrivée dans sa cabine, elle marcha vers son bureau et tira hâtivement un des tiroirs. A l'intérieur, une seringue qu'elle avait préparé pour son retour semblait l'attendre sagement. Certes, elle aurait sans doute dû d'abord saluer son équipage et manger quelque chose, mais l'appel de la substance était trop forte. Une fois le liquide bienheureux injecté, elle s'écroula sur son lit et sombra dans un sommeil comateux.
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Invité
Rey Felipe de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Jeu 12 Sep - 13:42



Felipe entendit le panneau se refermer d'un bruit sec et contempla ses... nouveaux appartements. Bon, il est certain que l'on était très loin des appartements royaux, et la présence de compagnons de chambre appartenant à la famille des rongeurs, en l'occurrence des rats, ne l'enchantait que dans une moindre mesure. En fait, il s'en serait passé. L'obscurité des lieux était grillagée en son centre par des cicatrices bleutés laissées par le panneau de cale qui donnait sur le pont, filtrant la lumière lunaire et des étoiles. Les lieux ne possédaient ni lampes ni bougies, la cale d'un navire n'ayant pas un besoin imminent de lumière et les équipages, qu'ils soient constitués de pirates ou non, préférant faire des économies.
Les quelques marchandises, poudres et nourritures entreposées là étaient sous scellées et hors de son atteinte. La cale comportait en effet un espace séparé du reste par des barreaux, où étaient entreposés l'instant auparavant divers tonneaux qu'il avait fallu sortir pour loger Sa Majesté. Autant dire que cette cellule n'avait guère servi, ce qui correspondait assez à ce que la capitaine lui avait fait comprendre : pas de blessés, pas de prisonniers... ou rarement.
Il s'assit contre le mur et regarda de son oeil d'or incisif un rat un peu trop ambitieux à son goût. Le tuer aurait été absurde ; cela en aurait amener d'autres, avec son lot de maladie, la bestiole reçut donc simplement un avertissement musqué. Oui, musqué, les rats possédaient un très fort odorat et le rongeur sentit très vite que l'occupant des lieux n'était pas comestible.

Rassuré sur ce point, le roi se craqua l'épaule.
Diantre, c'est que ces pirates n'y allaient pas de main morte ! La journée avait été rude et cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été « bousculé » de la sorte. Il rejeta la tête en arrière et ferma les yeux. Un impressionnant calme régnait sur l'ensemble du bateau. Furtif, le bâtiment s'éloignait en glissant sur les courants, ses habitants guettant la moindre ombre suspecte ou bruit de mauvais augure. Au moins, il était tranquille, son destin étant temporairement lié à celui du bateau et des pirates, tant que ceux-ci assuraient leur sécurité, il pouvait espérer survivre, mais... jusqu'à quand ?
Après tout, Señorita Albadune lui avait bien fait comprendre qu'il ne devait pas trop se reposer sur ses lauriers.

Il rouvrit les yeux et devint songeur, croisant son bras droit sur son ventre et tenant son menton de sa main gauche, il fit le point sur sa situation.
On ne pouvait pas dire qu'il avait réussi à gagner des points auprès de la capitaine, même s'il se considérait chanceux qu'elle veuille bien l'épargner. Un autre pirate ne se serait pas montré si modéré. La situation la dérangeait autant que lui, manifestement... le mousse qui s'occupait de lui avait l'air de le tenir en haute estime, cela flattait son égo, mais il ne voyait pas vraiment ce qu'il pourrait en faire ; hors de question de l'utiliser, ce n'était pas son genre.

Ce qui l'amenait à penser qu'il pouvait à tout instant passer l'arme à gauche, rien de très réjouissant.
Il allait devoir profiter de la moindre ouverture, profiter de son temps passé dans cette cale pour étudier les habitudes des pirates ; il avait une assez bonne vue sur la nourriture et leurs aller-venus, et pouvait, le cas échéant, espionner ce qu'il se passait sur le pont en utilisant sa double-vue, utiliser son ouïe pour étudier ce qui se passait sur le pont, son assez bonne volonté et bonne endurance pour se mettre à faire des exercices physiques et s'entretenir pendant tout le temps où il resterait « inactif » dans sa cellule.
Rester dans l'obscurité froide ou chaude, humide et suintante ne faisait pas partie des choses qui l'effrayaient. Après tout, cela ne vaudra jamais un bon marais.

Fort de cette décision, il cultiva cette idée et la pratiqua les jours suivants. Le mousse venait lui rendre visite tous les jours, afin de lui apporter une ration de nourriture, et s'il se montrait expéditif et timide au début, il finit par discuter avec son ancien roi, situation qui ne manquait pas de le réjouir car, sans doute, n'avait-il jamais imaginé que cela puisse arriver durant toute sa longue vie de citoyen honnête en Espagne.
Le pire, c'est que Felipe aussi, le pensait.
Car, on pourra dire ce que l'on veut, le nombre de rencontres privées qu'il avait faites auprès des petites gens de son pays se comptaient sur les doigts d'une main (en tout cas, de celles où il s'était fait reconnaître comme leur roi). Ce n'était pourtant pas faute d'essayer de se rapprocher d'eux, mais entre les grandes décisions à prendre, les voyages diplomatiques, les réceptions diplomatico-mondaines, les réformes, la criminalité, l'économie et autres choses fort réjouissantes, il y avait de ces moments où il ne savait plus où donner la tête.
Et même s'il pouvait se décharger de certaines décisions en les confiant à des conseillers, encore fallait-il qu'il soit sûr d'eux ! C'est pourquoi il avait fait une véritable purge au moment de remonter sur le trône, sans oublier l'instauration de services personnels dont lui seul connaissait l'existence dans les hautes sphères espagnoles.

Autant de choses bien huilées...

Et il était ici, prisonnier.
Voilà pourquoi, qu'il s'en sorte seul, ou qu'il soit secouru, les conséquences seraient fort différentes... en tout cas, pour les pirates. Et voilà pourquoi il espérait faire revenir Yama Albadune à la raison ; elle devait le laisser partir, avant de se faire prendre.

~~~
Un jour, il y eut des cris sur le pont, et il entendit clairement « Nous sommes attaqués !! » avant qu'un impressionnant impact fasse faire un sursaut monstrueux au navire. Felipe, glorieusement à terre après avoir exécuté quelques roulades, crut un instant qu'ils avaient chaviré, ce qui aurait entrainé la chute mortelle de plusieurs pirates imprudents... mais non, le bateau retrouva un semblant d'équilibre avant que des détonations de canons résonnent avec fracas.

Il fut sûr d'une seule chose ; il ne s'agissait pas de canons espagnols.



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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Jeu 12 Sep - 17:21
"A shyness that is criminally vulgar."

Les jours passèrent sans que le Blackbird Braille ne voie la terre ferme. Volant au-dessus des nuages sans relâche, le vaisseau fendait les airs en silence. Un énième soir tombait sur la mer de nuages alors qu'on frappait à la porte de la cabine du Capitaine. Debout devant son miroir, cette dernière examinait ses propres pupilles, attentive aux signes dont lui avait parlé le médecin du navire. Elle n'avait engagé ce dernier que pour soigner les autres et pourtant elle était celle qui passait le plus de temps chez lui. Et les dernières nouvelles qu'il lui avait donné étaient inquiétantes.
Trop inquiétantes.

- Vos prises de morphine ont commencé à affecter vos réflexes. Il vous faut réduire les doses ou les conséquences pourraient être irréversibles.

Et elle avait essayé. Hélas, la tâche s'était révélée bien plus ardue que prévu et la douleur que Yama tentait d'éviter revenait hanter son sommeil. Incapable de déclencher les tempêtes hivernales qu'elle seule savait invoquer, elle s'était contentée d'ordonner aux pirates d'avancer, toujours plus vite et loin. Ces derniers la traitaient avec un respect doublé d'une certaine impatience : certes, ils avaient un otage prestigieux dans la cale, mais... et après ? Le Capitaine était incapable de leur répondre. Plus le temps passait et plus elle comprenait qu'un échange serait impossible. Mais l'idée de relâcher leur prisonnier était tout aussi insoutenable pour elle...

- Hé, Cap'taine !

Se détournant de ses pensées orageuses, Yama vint entrouvrir sa porte. Le mousse chargé de leur captif, venu faire son rapport, abordait son sourire habituel.

- Bonsoir gamin. On vient au rapport ?

- Ouaip.

Ouvrant plus grand la porte de sa cabine, elle l'invita d'un geste à venir s'asseoir et s'installa face à lui.

- Alors... est-ce qu'il va bien ?

- Vous vous inquiétez pour lui ?

- JE pose les questions.

Devant la tension évidente du Capitaine, n'importe quel homme sensé aurait mis les voiles, mais le gamin avait une mission... et puis, il savait très bien que jamais la Capitaine ne lui ferait de mal. Ainsi il adoucit son ton, tentant de rester le plus courtois possible.

- ... pourquoi ne pas aller le voir ? Sur le pont, vous aviez l'air de bien vous entendre...

Comme si Yama n'y avait pas pensé. Mais à chaque fois qu'elle pensait à aller vérifier elle-même l'état du prisonnier, elle n'arrivait jamais jusqu'à la cale. A quoi bon ? Elle savait très bien ce qu'il aurait à lui dire. Et puis, elle ne pouvait pas venir à lui sans avoir pris une décision le concernant...

- Ce serait... trivial.

- Vous comptez le relâcher ?

- Non. Je ne peux pas avoir la garantie qu'il fera quelque chose pour Darla une fois libéré. Et puis... que vont penser les autres de nous ? N'importe quel équipage se serait servi du Roi pour vider toutes les caisses du pays...

Le gamin la fixait sans répondre. Même lui pouvait sentir qu'il y avait quelque chose de plus profond que ça. Il avait entendu les rumeurs sur le passé de Yama et avait mainte fois vu à quel point elle plaçait la fierté de son vaisseau avant le reste. Mais là... cette fierté-là risquait de lui coûter la vie. Et personne sur le Blackbird Braille ne voulait ça.

- Déjà, on a tout l'argent qu'il nous faut, Cap'taine. Donc c'est normal qu'on aie pas besoin de réclamer. Et puis, rien qu'le fait d'avoir capturé le Roi d'Espagne... c'est déjà énorme ! Votre réputation sera faite avec ça... croyez-moi, le jour où j'aurais des p'tits-enfants, c'est cette histoire que je leur raconterais en premier !

Quelque chose passa dans les yeux du Capitaine Albadune alors qu'elle écoutait ce gamin décidément bien trop intelligent pour son âge. Ce dernier la vit crisper ses mains sur l'accoudoir de son fauteuil, comme celles d'une victime d'électrocution qui ne parviendrait plus à lâcher la source d'électricité qui la tuait. Elle se releva brusquement et le fit sortir.

- Je ne peux pas me permettre de montrer un signe de faiblesse. Au revoir.

Elle claqua la porte, la tête emplie de sentiments confus. Elle sentait qu'elle les menait tous à sa perte, pourtant elle était incapable d'arrêter le vaisseau. Comme une tempête qui lui aurait échappé, comme une catastrophe qu'elle sentait ramper sous sa peau sans pouvoir l'arrêter.

Ce soir-là, même la morphine n'arriva pas à l'endormir.


L'attaque se produisit à l'aube. Volant à la même attitude démentielle qu'eux, un autre bateau pirate les prit en chasse. Retrouvant l'énergie qui la poussait à se donner pour son équipage, Yama prit les commandes, préférant la fuite à l'attaque. Déployant ses dernières ailes, le Vaisseau se fondit dans les nuages alors que des esquifs pareils à celui qui les avaient ramené s'en détachaient. A bord de ses esquifs, les pirates les plus brutaux qu'elle envoyait tentaient de ralentir le vaisseau ennemi à l'aide d'explosifs. Hélas, les ennemis semblaient être au courant de leur stratégie, puisqu'ils n'hésitèrent pas à foncer dans le brouillard à leur poursuite. Alors qu'ils sortaient de la mer de nuages, le navire surgit devant eux. Avant même qu'ils ne puissent réagir, une première salve de canons était lancée. S'il leur restait des doutes, ils étaient maintenant éradiqués : ces gens-là voulaient les faire couler.

Et au vu de leur butin, il était hors de question que cela se produise.

Après une série d'acrobaties visant à éviter les salves, le Blackbird descendit sous les nuages une fois de plus. Luttant contre le manque de visibilité ambiant, le Capitaine distribua ses ordres et se dirigea vers la cale. Ouvrant sans ménagement le panneau qui donnait accès à la cellule de fortune de leur invité, elle s'y engouffra prestement. Habituée à garder son équilibre dans de telles situations, elle avisa le prisonnier et lui lança une arme à feu ainsi qu'une des précieuses lames qu'elle avait gardé de son prédécesseur. Le temps n'était plus aux politesses, elle se contenta d'expliquer le plus rapidement possible la situation ;

- C'est eux ou nous, et eux ne t'épargneront pas.

... pour être concis, c'était concis. Remontant en quatrième vitesse sur le pont, elle eût juste le temps de voir les deux vaisseaux remonter ainsi que les premiers ennemis passer à l'abordage. Sortant son sabre, une lueur de rage dans ses yeux, elle commença sa danse mortelle, défendant tout ce pour quoi elle se battait depuis des années. Sa vie, son équipage et leur liberté. Et alors qu'elle combattait, elle se surprit à penser qu'elle-même plus que tous les autres avait besoin d'un miracle.

Alors elle passa un pacte avec elle-même, un pacte qui lui donna la résolution de continuer.

Elle était Yama Albadune, et si rien n'avait pu l'arrêter jusque là, rien ne l'arrêterait maintenant.
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Rey Felipe de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Jeu 12 Sep - 20:29



Il ne fit pas dans la dentelle, ferma les yeux pendant quelques secondes et les rouvrit ; au milieu de la tempête de coups de feu et d'embardées fabuleuse du vaisseau qui ne finissaient pas d'entrainer ce petit univers fait de bois dans un cauchemar à l'odeur de poudre, un orage fait de tonnerres explosifs, il put voir à travers le bois du pont et de la coque, et le spectacle n'annonçait rien de bon. Le bateau ennemi, à ce qu'il en jugeait, appartenait à d'autres pirates. Ô joie !

Ce fut avec fracas que le panneau de la cale fut ouverte, surpris, il perdit l'effet de son deuxième don et sa double-vue se dissipa. regardant dans la direction du bruit, il aperçut une ligne féminine dont il se souvenait très bien se dessiner sur l'encadré de lumière au sol.
Felipe se releva et accueillit la capitaine avec un air qu'elle ne lui connaissait sans doute pas, il était cependant difficile de le voir dans la semi-pénombre, à part ses yeux qui luisaient étrangement, son étonnante froideur, elle, se perdait dans l'obscurité. Il n'était plus question de faire des manières... il attrapa les armes que lui confiait Albadune, et s'il lui avait été possible de tuer sur-le-champ son hôte de fortune après l'avoir vu tourner le dos, il n'en fit rien.
Cela aurait été faire preuve d'une grande stupidité, il se défausserait d'une précieuse alliés immédiate contre des ennemis qui ne feraient pas dans la dentelle, qu'il s'agisse de l'équipage loyal de la pirate que ceux abordant le navire.

Et puis... l'abattre dans le dos, quand même, il n'était pas encore tombé aussi bas ! Non non, c'était le sous-estimer qu'imaginer que cette idée lui avait traversé l'esprit, en fait, il vit plutôt cela comme une opportunité de faire ses preuves, de se rapprocher de ces pirates et de prouver qu'il n'était pas roi que de par son nom. Il pouvait aisément se défendre seul et représenter un véritable danger.
Il retira son manteau noir pour être plus à l'aise  en chemise et regagna donc le pont du navire en balançant sa lame de sa main gauche, jugeant de son poids et de son équilibre : une très bonne lame assurément, elle saura être d'une précision mortelle au bout de son bras. Préférant garder sa main forte pour l'art de l'escrime où il était déjà redoutable, il prit de sa main droite le revolver afin d'éclaircir rapidement son champ de vision, et potentiellement atteindre un tireur isolé qui l'aurait pris en joue.
La technique habituelle, en somme, celle des grandes nécessités, la plus efficace.

Il regretta simplement ses lunettes qui lui conférait une visée optimale au tir.

Il enjamba les dernières marches et fondit dans la bataille. La seule chose qu'il pouvait réellement faire était de contrer tout attaquant, faute de bien connaître les pirates du BlackBird. Rhaaa, quelle misère.
Et quel beau bordel, si vous m'excusez.
Il ne connaissait personne et tous ces pirates se ressemblaient... mais seuls les pirates adverses ne le connaissaient pas alors, autant être intraitable envers les quelques effrontés qui venaient se frotter à lui.
Et son instinct de survie était pour le moins radical.

Il releva la lame qui battait son mollet dés le premier pirate qui se présenta à lui et dans le même mouvement qu'il fit pour le saluer, taillada son torse, fit deux pas sur le côté et transperça sa cage thoracique depuis les côtes gauches jusqu'à l'épaule droite. Du coin de l'oeil, il vit un deuxième énergumène se rapprocher. Du même mouvement pour dégainer sa lame de son fourreau de chair, il trancha d'un geste circulaire la gorge de l'autre.
Un autre vint, et puis un autre, deux autres, trois... toujours plus et à la fin, il ne les compta plus.
Droit, il se fendait et feintait en jouant avec la lame de ses adversaires, celles-ci sifflaient au contact de la sienne tandis que son tranchant glissait jusqu'au manche. Mais les pirates se montraient fourbes ; c'étaient des pirates. En plus de ceux qui, comme lui, étaient pourvus de revolver en plus de leur épée, d'autres possédaient des couteaux qu'il valait mieux éviter, se liguaient à plusieurs contre lui et se souciait peu de savoir s'ils devaient ou non l'abattre dans le dos.
Et... les pirates, contrairement à lui, avait la gâchette facile, et lui, n'avait pas de réserve de balles.
C'est pourquoi, il basculait avec rapidité entre les lames, ne restant jamais immobile, il se gardait des coups pernicieux, mais pouvait toujours, à tout moment, recevoir une balle perdue. Les joies du champ de bataille.
Avec un impressionnant bond en avant, il frappa à la gorge un énième assaillant avant d'enfoncer la totalité du fer dans la bouche d'un autre. Le combat commençait à trainer en longueur... Felipe profita d'un temps de répit pour regarder autour de lui. C'est alors qu'il vit cette scène ; le mousse sur le point de se faire embrocher par un pirate. Pour la première fois, il utilisa son revolver et le pointa vers le pirate, appuya sur la gâchette.

… Il sentit une vive brûlure tandis que le revolver explosa entre ses doigts. Son gant l'empêcha de subir de trop gros dégâts mais une bonne partie de ceux qui se trouvaient à proximité se tournèrent vers lui. Magnifique ? Magnifique ! Il ramassa un couteau sur le sol et le lança entre les omoplates du pirate qui menaçait le jeune espagnol avant de parer une épée de sa main gauche et de frapper au plexus solaire un second sur sa droite.
Et cela lui fit autant mal à la main qu'à l'autre.



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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Ven 13 Sep - 13:12
Yama n'avait plus le temps d'évaluer la situation. Plusieurs pirates adverses l'avaient prise en cible, commettant le mauvais calcul de croire qu'étant femme, elle serait faible. Evoluant au milieu du massacre comme un poisson dans l'eau, la Capitaine se débarrassait des importuns tout en faisant au mieux pour garder un oeil sur tout le monde ; l'équipage ennemi avait envahi le pont, et pourtant une silhouette semblait s'évertuer à rester sur le bateau qui les avait coursé... avisant son allure et ses vêtements, Yama comprit qu'il devait s'agir du Capitaine adverse. Un élan de rage la parcourut : quel genre d'homme envoyait ses hommes à la mort sans combattre à leur côté ? Achevant d'un coup de lame un nouvel assaillant, elle commença à courir vers l'autre navire, bien décidée à en découdre. C'est alors qu'elle avisa une scène qui lui glaça les os : sur son chemin mais trop loin pour qu'elle puisse l'arrêter à temps, un pirate menaçait le gamin qui avait tenté de la ramener à la raison. Se précipitant vers eux malgré tout, elle entendit une détonation et vit un coutelas se ficher dans le dos du pirate. Ce dernier s'arrêta, geste qui lui fût fatal puisqu'elle le décapita d'un geste d'une précision chirurgicale tout en jetant un regard vers la personne qui avait sauvé son mousse. Le gamin s'empara des armes de son adversaire et continua de se battre sans rien dire - s'ils s'en sortaient, les remerciements seraient de mises...

S'ils s'en sortaient.

Franchissant d'un bon la distance qui reliait les deux navires, Yama tenta de donner un coup de sabre au Capitaine adverse. Ce dernier avait le temps de la voir venir et le para sans problèmes. S'engagea alors un combat sans merci entre les deux Capitaines.

A bord du Blackbird Braille, la situation s'améliorait imperceptiblement : expert dans l'art de porter des coups bas, tout l'équipage s'était lancé dans la bataille à corps perdu et leurs efforts commençaient à porter leur fruit. Oh, Yama ne l'avouera sans doute jamais, mais la présence de leur invité royal y était sans doute pour quelque chose. Après tout, il semblait avoir bien plus de ressources que la plupart des têtes couronnées qui la poursuivaient...

Une estocade plus violente que les autres la blessa au flanc. Ramenée brutalement à la réalité du combat par cette attaque, elle reprit ses esprits et redoubla de violence. A ce stade-là, Yama atteignait des degrés de sauvagerie effrayants, mouvant comme un animal blessé tentant de défendre sa progéniture. L'homme était doué mais dépassé par l'avalanche de coups. Bien vite il fût forcé de reculer. Acculé contre sa propre balustrade, il parait de son mieux la myriade de coups que lui lançaient la furie tout en tentant de ne pas passer par-dessus le bord. La chance lui sourit au moment où il parvint à la blesser au bras. Déstabilisée par la plaie dans la plaie, Yama perdit de son avance. Depuis le ciel, leur affrontement devait ressembler à une sorte de danse maudite qui se terminerait par la mort d'un des participants. Un présage... ?

Changeant son arme de main (elle n'était pas parfaitement ambidextre, mais elle savait se débrouiller), Yama reprit le dessus. Tout cela durait depuis trop longtemps, il fallait en finir. Prenant un peu de recul, elle s'apprêta à porter un coup mortel. L'autre homme fit de même et...

On entendit un cri de désespoir sur le pont du Blackbird.

- Ils ont eu le Capitaine !

Et c'était vrai, elle l'avait eu.

Le problème, c'était qu'il avait failli l'avoir elle aussi. Retirant sa lame de la poitrine de l'assaillant, elle le poussa et retira l'arme qui s'était enfoncé dans ses propres côtes. L'homme à terre respirait encore et la fixait avec des yeux terrifiés. Sans cérémonial, Yama s'approcha de lui.

- On ne touche pas à mon équipage.

Et elle l'acheva.

Presque simultanément, les pirates ennemis commencèrent à se rendre. Peu habitué à voir des ennemis capituler en même temps que leur chef, les pirates du Blackbird Braille attendirent que leur propre Capitaine revienne sur le pont. Sur la chemise de cette dernière s'épanouissait une fleur de sang, mais cela semblait être le cadet de ses soucis. Le champ de bataille s'était calmé, les quelques pirates qui avaient capitulé avaient été placés au centre du pont. Le Blackbird avait tenu le coup, mais c'était impossible d'ignorer qu'une bataille avait eu lieu à cet endroit. Le médecin de l'équipage ainsi que quelques marins encore intacts s'approchèrent d'elle.

- Alors ?

- On a eu beaucoup de chance sur ce coup-là : pas de morts, que des blessés et encore, rien de bien grave.

Un sourire triomphant s'étala sur les lèvres du Capitaine Albadune. Son premier sourire sincère depuis des jours.

- Parfait ! Je veux que tous ceux qui sont en état de marcher fouillent les corps et les jettent par dessus-bord. Une équipe ira inspecter le navire également ; s'il y a des prisonniers, libérez-les. S'il y a un butin intéressant, récupérez-le. Quant aux survivants...

Elle contempla un instant les pirates adverses.

- ... raccompagnez-les sur leur vaisseau et dites-leur de foutre le camp.

- On les achève pas, Cap'taine ?

- Ce serait trivial. Et puis... ils s'en souviendront.

Il y eût une série de hochements de tête et les pirates valides commencèrent à faire le ménage. A ses côtés, le docteur prit les commandes.

- Très bien. Les blessés viennent vers moi et la Capitaine, on va s'occuper de vous.

Sans rien dire d'autre, il posa la mallette contenant ses outils au sol. Yama s'agenouilla à ses côtés, prête à dispenser les premiers soins à son équipage.

- Et moi, j'fais quoi ?

Le cuisinier du Blackbird Braille se tenait non loin d'eux, une hache tachée de sang à la main. Yama lui jeta un regard amusé.

- Ben, tu prépares à bouffer, non ? On vient de survivre à une catastrophe, je vois pas de raisons de ne pas fêter ça... en passant, tu diras au machiniste de filer en-dessous des nuages... il faut qu'on trouve une terre. Et lave-moi cette hache !

C'était la première fois depuis des lustres que le Capitaine Albadune proposait une telle chose ; regonflé à bloc, l'équipage se mit à travailler d'autant plus dur. Installée dans un coin avec le médecin, Yama avait d'autres préoccupations : on lui avait amené le gamin, dans un sale état.

- C'est pas grave, j'vous dis...

- Bien sûr que c'est grave, imbécile.

Après tout, elle était sûre qu'un bras ne devait pas se plier dans ce sens. Devant l'étendue des dégâts, le médecin épongea une goutte de sueur qui coulait sur son front.

- Il va falloir le faire opérer quand on atterrira. En attendant... on peut pas laisser ça comme ça. Maintenez-le, je vais remettre ce truc en place.

Yama déglutit. Elle contemplait le visage de son mousse avec inquiétude : ça allait lui faire mal. Très mal.

- On peut rien lui donner pour le soulager ?

- Pas pour une seconde de souffrance. A trois...

- Attendez.

Se saisissant d'un rouleau de bandage, elle en entoura plusieurs fois son bras gauche et le présenta au mousse.

- Mords là-dedans.

- Vous allez souffrir, répondit-il avec un sourire pâle.

- Pas autant que toi, répliqua-t-elle sur le même ton. Sans s'émouvoir de la scène, le médecin reprit son compte à rebours.

- Un... deux...

...

Hé bien, voilà une morsure qui ne risquait pas de partir de si tôt. Le médecin contempla le mousse et son Capitaine avec une moue de désapprobation. C'est qu'ils leur faisaient perdre du temps, avec leur sentimentalisme... et en plus, le gamin s'était évanoui.

- Bon. Je vais lui préparer une attelle.

Yama hocha la tête, s'empara d'une trousse de premiers soins et commença à faire le tour des blessés, faisant ce qu'elle pouvait, c'est-à-dire pas grand chose mais mieux que rien. Au bout d'un moment, elle finit par arriver devant le Roi. Soulagée par leur victoire, l'attitude de la Capitaine fût presque amicale à son égard.

- Montre tes mains.

Alors qu'elle examinait les brûlures causées sans doute par l'explosion d'une arme qui avait mal supporté l'humidité et / ou les changements d'altitudes (elle ne comptait plus les fois où cela arrivait), le Capitaine dit quelque chose qu'elle n'aurait jamais pensé pouvoir dire quelques jours plus tôt :

- ... merci pour ton aide. Je ne pensais pas que tu te débrouillerais aussi bien.
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Rey Felipe de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Sam 14 Sep - 19:08



Oppressé de toutes parts par des assaillants, il repoussa de son épée le premier opposant, acheva celui qu'il venait de paralyser, roula sur le côté et ramassa de sa main tuméfiée une deuxième épée qui trainait par terre.
À cet instant précis, l'infernal crapaud qui sommeillait en lui se réveilla.
Si cette simple chose pouvait paraître ridicule au premier dire, elle se manifestait d'une façon prodigieuse au combat ; les yeux mi-clos, les sens en éveil, il se campa sur ses pieds et attendit sagement, là où il s'était auparavant montré vif comme un courant d'air, il tenait à présent fermement position. Un pirate le visa et tira, la balle siffla et se perdit dans le vide tandis que Felipe, d'un bond monstrueux détendit ses muscles en avant, et fracassa la cage thoracique de son ennemi d'un impressionnant coup de coude. Il se fendit alors et atteignit au coeur un quatrième larron, fit pivoter son torse et faucha les genoux du dernier survivant de son deuxième sabre avant de proprement enfoncer sa première fine lame entre ses deux yeux.
Toujours se méfier du crapaud indolent, ses frappes étaient précises et puissantes, et les tentatives des pirates pour le contrer étaient aussi désordonnées que la plus pathétique mouche.

« Ils ont eu le Capitaine ! »

Felipe, à ce cri, se retourna aussitôt et vit, effrayé, la jeune Albadune traversé d'une lame au niveau du flanc. Son sang ne fit qu'un tour, la perspective de se retrouver prisonnier par d'autres pirates ne lui plaisait guère, il est vrai, mais il devait également reconnaître qu'il s'était fait une certaine estime de la capitaine, une estime qui l'aurait donnée victorieuse lors de ce duel.
C'est en voyant qu'un coup fatal avait également atteint l'autre capitaine qu'il comprit qu'il ne s'était pas trompé. Le pirate passa par-dessus bord et sa mort signa la fin du combat. Tous les pirates ennemis laissèrent tomber leurs armes, ils furent poussés à se rassembler et à laisser leurs mains en évidence, on partait à la recherche des blessés et le roi espagnol mit un certain temps avant de réaliser qu'il était resté parfaitement immobile au milieu de ses victimes. Il regardait la capitaine rejoindre son navire, donner des ordres et s'inquiéter des siens avant de s'inquiéter de son propre cas. Vraiment, quelle curieuse pirate il avait là, devant lui. Il eut un léger sourire avant de regarder sa main droite. Celle-ci s'était désespérément accrochée à sa nouvelle arme, et il lui sembla impossible de desserrer ses doigts. Sa paume, à vif, et sa peau battant comme un tambour ne le faisaient que très moyennement souffrir à l'heure actuelle, mais la désagréable impression que sa main ne faisait plus qu'une avec le manche et que ce dernier s'incrustait dans sa chair ne l'enchantait guère.
Il rejoignit une série de marches conduisant à la poupe et s'y assit, posant a ses côtés sa première lame, il plaça devant lui sa main droite et commença à décoller ses doigts. Son visage se crispa légèrement, mais le résultat était plus moche que douloureux. La douleur traversait brièvement son bras avant que la brûlure, revenue à l'air libre fasse de nouveau battre sa peau avec frénésie, comme libérée de son étau.
Le sabre retomba avec bruit sur le plancher. Il soupira d'aise et scruta la blessure ; pas d'échardes, pas d'infection, a priori une brûlure superficielle, rendue possible grâce à son gant qui l'avait protégé même si à l'heure actuelle il n'en restait plus grand chose. Il déchira par ailleurs ce qu'il en restait et regarda alentours s'il pouvait trouver un peu d'eau...
C'est alors qu'il vit le mousse étendu à terre. L'angle de son bras n'était clairement pas naturel. Rhaa, si seulement il avait pu se débarrasser plus rapidement de ces fichus pirates !
Inutile de ressasser le passé, et c'est avec conviction que le jeune espagnol mordit dans le bâillon qui lui offrait sa capitaine.
Encore une fois, étonnement face à cette scène, mais un étonnement plus subtil ; il commençait à la connaître.

« Votre Majesté, je crois que cela vous fera le plus grand bien. »

Comme pour répondre à la demande qu'il n'avait pas formulé l'instant d'auparavant, un homme s'était présenté à lui avec une gourde qu'il supposa remplie d'eau, même si la possibilité qu'il s'agisse en fait d'alcool était envisageable.

« Merci... »

Il prit la gourde de sa main gauche, et se convainquit que la réputation des pirates devait légitimement l'amener à penser que ces derniers garderaient précieusement leur réserve d'alcool... avant de verser le contenu du récipient sur la blessure.

Les rumeurs, pour une fois, disaient juste, et ce fut un véritable soulagement pour Felipe de sentir la douce caresse de l'eau sur sa peau embrasée. Il renouvela plusieurs fois l'expérience jusqu'à ce que la blessure soit bien propre et qu'il put ainsi juger de sa gravité. À première vue, il ne devrait pas en garder de traces, même si à présent il serait un adepte inconsidéré des gants...

Il se figea un instant.

En fait... ne l'était-il pas déjà ? Quelles étaient les rares occasions où il ne portait pas de gants ? Dans son laboratoire, lors de son bain, et lorsqu'il dormait, parfois lors des bals furent les seules réponses qui vinrent à son esprit. Il regarda cette main qu'il n'avait finalement que très peu regardé, cet ustensile précieux qu'il avait négligé. C'était étrange... lorsqu'il était redevenu humain, il avait pleinement pris conscience de la sensibilité des mains humaines, leur utilité et leur force. Devenu même trop sensible, il avait adopté dans presque toutes les circonstances le port de gants, de la même façon qu'il portait des lunettes pour ses yeux que la lumière fatiguait rapidement.

Quelle était le nombre de personnes à avoir vu ses mains nues ?

« Montre tes mains. »

Leur nombre venait d'augmenter. Sans attendre sa permission, Yama Albadune lui prit la main. Felipe tressaillit ; il n'était vraiment plus habitué à ce contact. Il ne dit rien et les observa, elle et la tache rouge sur son habit.

« De nous deux, je suis, je crois, le moins à plaindre » lui répondit-il d'un air légèrement soucieux en montrant d'un hochement de tête sa blessure.

Elle l'ignora superbement.

« ... merci pour ton aide. Je ne pensais pas que tu te débrouillerais aussi bien. »

Il haussa les sourcils ; il ne s'attendait pas à un compliment. Ainsi, cette escarmouche avait quelque peu adouci le tempérament de l'impétueuse brune, même s'il préférait ne rien surinterprété.

« Pourtant, j'espérais vous avoir suffisamment montré que je savais me défendre », dit-il avec l'ombre d'un sourire, l'oeil malicieux et continua : « mais il est vrai que l'on sous-estime souvent le crapaud. »

Profitant de l'état d'esprit de la pirate, il voulait faire naître un peu de curiosité à son égard.

Pendant ce temps, les autres pirates regagnèrent le navire et tentèrent de se réorganiser sans leur capitaine ; ils repartaient dépourvus de la moitié de leur équipage, de leur butin, de leur honneur -s'ils en avaient un, Felipe en doutait-, et de leur réputation. Laisser repartir ses ennemis n'avait pas étonné le moins du monde Felipe : ils répandront la légende de la pirate et de son navire blanc. C'est pourquoi il ne montra aucun signe de désapprobation, mais ne tenta pas non plus de rapprocher cela à d'éventuelles manipulations politiques qui avaient cours lors des guerres ; il n'était pas sûr qu'elle apprécierait.
Au lieu de cela...

« Je crois que ceci vous appartient. »

Il lui tendit l'épée qu'elle lui avait prêtée. Inutile de tenter de la garder, que ce soit elle ou le sabre qu'avait embarqué un pirate un peu plus tôt ; il ne comptait pas fuir par la force. Trop d'opportunités pouvaient encore s'offrir à lui pour qu'il tente une telle folie. Mais cette attitude pouvait paraître surprenante de la part d'un roi.
Le fait était pourtant réel : sans cette lame, il aurait pu succomber à cette bataille...

« Je vous remercie de m'avoir fait confiance au point de me permettre de me défendre, Capitaine Albadune. »

Car même si cela était dû à une situation particulièrement critique, que ce soit pirates ou garde royale, on l'aurait normalement laissé croupir dans son coin, qu'il s'agisse d'une cellule ou de ses appartements royaux. Dans le second cas cependant, il aurait usé d'un sempiternel caprice pour participer au combat.
L'appeler "capitaine" avait de quoi surprendre, mais... il appelait ses capitaines ainsi des centaines de fois, et sa vie se trouvant actuellement entre les mains de la capitaine pirate, il n'y avait -si l'on faisait abstraction de tout protocole et conditions sociales- aucune raison de l'appeler autrement.
Une fois débarrassé de son arme, il jeta un coup d'oeil alentours avant de lui demander, l'air le plus sérieux du monde :

« Cela fait une semaine que je suis en votre compagnie. Et j'ai bien peur que le sort de celle qui est retenue captive ne soit lui aussi précipité avec le prolongement de ma disparition. Je sais que vous ne voulez pas l'entendre, mais vous devez prendre une décision et je suis le seul à pouvoir faire quelque chose pour vous en Espagne. »

Il savait que cela était risqué. Il savait que cela était présomptueux de croire qu'elle lui ferait de nouveau confiance, mais en l'occurrence, il s'agissait de sa seule monnaie d'échange, et le peu qu'il avait vu le poussait à croire que, malgré tout, le sort de cette Darla préoccupait la capitaine. De plus, il n'était pas sûr que quelqu'un d'autre sur ce navire aurait le cran de le lui dire, alors autant lui montrer la vérité en face et surtout... lui montrer qu'il était prêt à coopérer. Ce qui venait de se passer devait la mettre en confiance.... à tout prix !



Dernière édition par Rey de Marisma le Jeu 19 Sep - 15:39, édité 1 fois
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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Dim 15 Sep - 23:05
- ... il est vrai que l'on sous-estime souvent le crapaud.

- Le... crapaud ?

Un bref instant, le Capitaine Albadune se demanda si leur invité ne s'était pas servi dans ses réserves de morphine. Que venait faire un crapaud au milieu de tout cela ? Le Roi avait l'air on ne peut plus sérieux...

Bref. Quoi que puisse signifier cette phrase, Yama décida de la ranger dans un coin de sa tête et de s'en préoccuper plus tard. Elle rompit alors le contact entre elle et Felipe, ses mains allant palper ses propres côtes pour vérifier que rien n'était cassé. Certes, elle saignait beaucoup mais elle s'en remettrait. Son bras droit, lui, ne saignait pas, elle pouvait le sentir. Pourtant elle ne retroussa pas sa manche... sans doute par peur de ce qu'elle pourrait découvrir.

Mieux valait faire l'inventaire des dégâts plus tard, quand elle serait seule.

Elle récupéra sans rien dire le sabre que son interlocuteur lui tendait et en examina la lame ; à part le sang qui la maculait, elle était en parfait état. Hochant la tête d'un air satisfait, elle le glissa à sa ceinture en se promettant de le nettoyer plus tard. Elle aurait pu le remercier, elle n'en fit rien : après tout, il ne faisait que lui rendre ce qui lui appartenait.

Elle n'avait par contre pas prévu les mots qui suivirent :

- Je vous remercie de m'avoir fait confiance au point de me permettre de me défendre, Capitaine Albadune.

Un lent frisson rampa le long de ses vertèbres : alors comme ça, il s'imaginait qu'elle lui faisait confiance ? Son ton se durcit :

- Ne va pas t'imaginer que je t'ai accordé ma confiance. Je suis juste partie du principe que tu ne serais pas assez stupide pour...

Elle se tut : en fait, il n'avait pas tort. En lui confiant des armes et en le laissant combattre à leurs côtés, le Capitaine lui avait bel et bien fait confiance, malgré elle.

Et le Roi ne l'avait pas trahie.

Les poings de la jeune femme se crispèrent alors que Felipe abordait le sujet qu'elle avait tenté d'éviter ces derniers jours, sur un ton d'une amabilité parfaite. A nouveau elle se retrouvait dépendante de quelqu'un : elle avait beau le tenir en otage, il était le seul à pouvoir faire quelque chose pour Darla.

Voilà à quoi elle se trouvait réduite : accorder une nouvelle fois sa confiance à un parfait inconnu.

Et Yama Albadune se souvenait très bien de quand datait la dernière fois qu'elle l'avait fait.

Il lui fallut un instant pour reprendre ses esprits, une seconde infime pour reprendre le contrôle de sa respiration : lors de la bataille qui venait d'avoir lieu, elle s'était promise de mettre un terme à tout ce cirque une fois les ennemis massacrés. Il fallait qu'elle tienne cette promesse.

Elle inspira profondément et sentit une grande sérénité l'envahir. Une sérénité glaciale comme un champ de fleurs hivernales, gelées sous le pauvre soleil de décembre. Lorsqu'elle vrilla son regard dans celui de son interlocuteur, on pouvait y lire une riche palette d'émotions filant comme des carpes dans un étang noir d'encre.

-... je vais te raconter une histoire.

Et voilà. Maintenant, plus personne ne pourrait l'arrêter.

- Un jour, le seul homme qui aie bafoué ma confiance m'a dit que je ne serais jamais assez grande pour le contrer, que je ne pourrais jamais l'arrêter.

Absorbée dans son récit, elle ne se rendit pas compte que sa main gauche s'était apposée sur son bras blessé et le serrait avec force, ravivant sans s'en rendre compte de vieilles douleurs. Le ton infiniment neutre, les yeux dans le vague, elle continua :

- Cet homme, je l'ai assassiné mais je ne me suis pas seulement arrêtée là. J'ai également repris son vaisseau, ses précieuses lames et son équipage avant de les remanier jusqu'à ce qu'ils soient entièrement miens. Je ne me suis pas seulement vengée : je me suis accaparé ses biens pour réussir là où il n'avait jamais réussi.

A nouveau son ton se fit plus dur, plus tranchant.

- Tu as sans doute remarqué que j'accorde une confiance totale aux membres de mon équipage... ce que tu ne sais pas, c'est ce que cette confiance leur a coûté. Ces hommes et ces femmes ont vécu l'enfer pour me satisfaire et rejoindre mon vaisseau. Je ne les ai pas seulement testé physiquement, je leur ai également demandé une fidélité absolue. La plupart d'entre eux ont manqué de devenir fous devant les situations dans lesquelles je les mettais, juste pour vérifier qu'ils avaient les nerfs et l'esprit assez solides... tout chez eux me garantis qu'ils ne me trahiront jamais. Oh, certains m'ont haïe au départ, comme ce mousse qui t'aime tant...

Jetant un œil vers l'endroit où se reposait l'enfant en question, elle continua sans le quitter des yeux :

-... jusqu'à ce qu'il se rende compte que je le protégerai envers et contre tout, même au péril de ma vie. J'ai confiance en lui, j'ai confiance en mon équipage. Mais...

Quittant le mousse des yeux, elle tourna la tête vers le roi. Sa main gauche était remontée jusqu'à son visage, griffant la peau fine du cou en un geste vénéneux. Une minuscule goutte de sang glissa le long de sa gorge, goutte qu'elle recueillit d'un geste du pouce.

- ... cela fait des années que ma confiance n'est plus gratuite. Alors maintenant, je vais te poser une seule question, Felipe de Marisma : peux-tu me garantir qu'une fois de retour en Espagne, tu libéreras mon amie ? Car je ne te relâcherai pas si je ne peux avoir cette garantie.

Incapable de se sortir de l'état dans laquelle ses émotions la mettaient, elle fixait le Roi avec intensité, incapable de se détendre avant qu'elle ne puisse avoir sa réponse. Tout dans son attitude suggérait l'attente. Certains y verront de la fierté, d'autres de la détresse, mais comment savoir ?

Comment pourrait-il comprendre à quel point ce discours lui coûtait ?

"My dearest
Scatterheart
There is comfort
Right in the eye
Of the hurricane."

Spoiler:
 
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Rey Felipe de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Mer 18 Sep - 23:18



Felipe haussa les sourcils.

Il était stupéfait, tout bonnement stupéfait. À quelle sorte de métamorphose assistait-il ?

Penser qu'il avait tout compris de cette femme pirate aurait été présomptueux de sa part, et jamais il ne se serait risqué à penser une telle chose. Pourtant, voilà qu'elle montrait une facette plutôt noire de sa personnalité là où l'instant d'avant elle était très avenante, presque amicale.
Elle n'en devenait que plus dangereuse, et Felipe renforça ses défenses. Écoutant ses paroles, pesant chaque mot, il ne l'interrompit pas une fois. Voilà qu'elle se confiait à lui, maintenant.
Diantre, qu'est-ce que cela sera la prochaine fois ?

Un muscle de sa mâchoire se crispa légèrement à la fin de son récit. Pour être honnête, il dut faire un effort sur lui-même pour garder tout son calme. Il s'agissait d'une situation surprenante, d'une attitude inattendue. Alors, évidemment qu'il était légitime pour elle, une pirate, de se méfier de lui, le roi d'Espagne. Sauf que lui, fichu roitelet d'un Empire qui avait dû se passer de ses services pendant près d'une semaine était à sa merci et devait a-tten-dre qu'elle veuille bien lui faire confiance.
Alors oui, il a les nerfs en pelote.
...
Et ça faisait une semaine qu'il était dans une cale à ressasser tout ça.
S'il n'y avait pas eu cette attaque, il avait envisagé de volontairement se blesser pour qu'au moins on le sorte, d'utiliser son pouvoir et d'empoisonner tout l'équipage, y compris la capitaine, à l'exception de quelques hommes qu'il aurait jugé "malléables" pour manier le bateau.


Quoi ?
À situation extrême, remède extrême.

Donc, encore une fois, il avait les nerfs en pelote.

Il ferma les yeux. Elle s'était tue, attendait sa réponse. Lui ? Il l'avait déjà très clairement formulée en tête, mais tentait de se calmer. Lentement, sûrement, il ravala son amertume.
Quand il jugea son état stable, il se leva, lentement.
Le moindre geste brusque de sa part aurait eu l'effet d'un déclencheur, une montée d'adrénaline qui lui aurait fait perdre un très précieux contrôle.
Dans son attitude extérieure, il n'y avait pas le moindre signe de menace, mais sa voix fut un sifflement continu, et ses yeux s'étaient teints d'une lueur sombre dans son visage de marbre. Il lui attrapa le bras, celui qui n'était pas blessé et lui dit à l'oreille ;

"Concernant la confiance, croyez-moi, vous n'avez rien à m'apprendre."

Son coeur battait beaucoup trop fort dans sa poitrine à son goût, mais toujours calme, il continua :

"Si je vous propose mon aide, vous pouvez être sûre..."

Il fit un pas en avant.

"... d'avoir ma parole."

Et s'éloigna sans lui laisser le temps de répliquer ou même de répondre. Il n'eut même pas le temps de s'étonner qu'elle le laisse se rapprocher ainsi. Tout ce qui comptait, c'était de s'éloigner. Devait-il regagner la cale ? C'était le dernier de ses soucis. Il alla sur le bord, y posa ses mains et respira un grand coup.
Il ne s'en était pas rendu compte mais... cette situation l'avait stressé, et l'adrénaline du combat d'un peu plus tôt n'avait pas fait qu'améliorer son état.
De plus... une partie de son esprit retournait dans tous les sens l'étonnante... et cruelle confidence de la pirate.

Ce que cette femme avait traversé, pourquoi se l'était-elle infligée ? Car, elle pourra dire ce qu'elle veut, c'est elle qui a décidé de vivre cette vie. Elle n'était pas née... dans un drapeau de pirate, le sabre à la main et les mains pleines de sang.

Lui, était né avec la couronne.

Il enviait une partie d'elle, mais rejetait l'autre.
Car décidément, il ne la comprenait pas.
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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Jeu 19 Sep - 23:42
Très peu de personnes pouvaient se vanter d'avoir surpris Yama Albadune. En effet, cette dernière ne fréquentait guère que les pirates et avec le temps, le comportement de ces derniers se faisait de plus en plus répétitif et prévisible. C'est pour cela que lorsque le Roi lui saisit le bras, elle ne réagit pas tout de suite. Les mots furent sifflants, et un très bref instant la pirate se surprit à craindre cet homme qu'elle-même avait réussi à pousser à bout. Les yeux écarquillés, elle fût incapable de réagir jusqu'à ce que Felipe la lâche pour s'éloigner et ainsi reprendre ses esprits. Une fois le contact rompu, le Capitaine Albadune serra les poings et fit un pas vers lui, une lueur de colère dans les yeux... jusqu'à ce qu'elle ne se rende compte que - malgré tout - il n'avait pas tout à fait tort.

Après tout, elle l'avait kidnappé et l'avait laissé une semaine sans réponse dans la cale de son navire. A sa place, elle n'aurait certainement pas été aussi... diplomatique.

Le bruit strident d'un triangle de mauvaise qualité la tira de ses réflexions. Laissant le Roi à ses réflexions, elle disparût dans les entrailles du bateau, jusqu'à l'espace qui leur servait de cantine... et accessoirement de salle de poker. L'endroit s'était rempli de pirates aussi affamés que braillards, n'attendant que le le signal de leur capitaine pour entamer le début des festivités. Récupérant le repas destiné au navigateur tout en prenant soin de les ignorer froidement, elle sortit et - toujours indifférente aux gestes de Felipe - l'amena à l'homme qui, installé à l'avant de l'atypique vaisseau - ne pouvait se permettre de quitter son poste sous peine que le Braille ne dérive.

- Ah, merci Cap'taine. J'imagine que j'ai pas le droit à un peu de rhum avec ça ?

- Pas tant que tu nous auras pas posé au sol.

- Ça tombe bien, l'vigie a repéré une côte près de laquelle on pourra poser Sa Majesté. On vient d'emprunter un bon courant, si tout se passe bien on y sera dans moins de deux heures.

- Très bien. Bon appétit.

- Et vous, vous mangez pas ?

Elle s'était déjà éloignée. Parcourant les quelques mètres qui la séparaient de l'endroit où se tenait leur otage - décidément plongé dans de bien profondes réflexions - elle s'appuya contre la balustrade à son tour, se plaçant par la même occasion à ses côtés. Devant eux, l'horizon semblait fondre ciel et mer en une seule et même entité. Revigorée par ce spectacle, elle tourna la tête vers le Roi d'Espagne.

- Nous serons sur terre dans deux heures environ. Estime-toi heureux de quitter le Blackbird Braille vivant.

Un très léger sourire se peignit sur ses lèvres. Certes, son sentiment de rage face à la situation n'avait pas disparu, mais... c'était comme si la soudaine colère du Roi l'avait calmée.

Un très léger tressaillement parcourut ses épaules, signe quasi-imperceptible d'un rire silencieux. Décidément... jamais elle ne pourrait s'entendre avec lui, jamais elle ne pourrait lui faire entièrement confiance. Ils étaient comme deux bâtons de dynamites qu'on aurait allumé puis jetés l'un sur l'autre. Plus que des étincelles, la rencontre de leur deux esprits ne donnait lieu qu'aux explosions, et ces explosions mettaient en danger l'être de glace qu'elle était.

Se détachant du bord, elle s'étira et lança à l'homme qui avait été leur compagnon de voyage bien malgré lui :

- Je vais descendre, mon équipage m'attend pour fêter la victoire. Tu y as participé, donc... si tu veux venir, tu es le bienvenu.

Elle ricana, retrouvant son attitude arrogante.

- ... si tu ne veux pas venir, libre à toi. Je te fais confiance pour ne rien faire de stupide pour ce qui te reste de trajet parmi nous.

Oh, il pourrait faire tout ce qu'il voudrait une fois débarqué. Après tout, ce ne serait alors plus les affaires du Capitaine. Et cette dernière comptait bien ne plus avoir à revoir de tête couronnée sur son navire.

...

On a souvent tendance à croire que le pire instant de la tempête est le moment où elle s'abat sur nous. C'est faux : le pire est l'oeil du cyclone, cet endroit où - bercé par le chaos et la destruction - on se croit à l'abri de ces derniers. Jusqu'à ce que le monstre nous rejette dans les vents en furie, nous condamnant à vivre les mêmes événements jusqu'à la mort libératrice. L'oeil du cyclone est ainsi fait : un instant de sérénité mortel, délicieusement fourbe, annonciateur de la fin.

Cet instant-là, le Blackbird Braille venait de le vivre.

Alors que la Capitaine Albadune se dirigeait vers l'intérieur de son navire, le vigie installé au sommet du mât poussa un cri qui n'avait rien de réjouissant. S'aidant des cordages pour se hisser à sa hauteur, Yama se saisit de sa longue-vue et put admirer, les coursant, trois navires aux couleurs de l'Espagne. Serrant les dents si fort qu'elle crut qu'elle se briseraient, le Capitaine aboya une série d'ordres aux marins qui - après avoir abandonné leurs précieuses victuailles - s'étaient rués à leurs postes. Ceci fait, elle glissa en bas du mât où l'attendait un mousse tout juste réveillé.

- C'est la merde, ça, non, Capitaine ?

Elle le tapa à l'arrière de la tête.

- Tout d'abord, je suis la seule à pouvoir jurer sur ce navire. Ensuite, ils ne sont que trois... on peut encore les semer.

Oui, ils pouvaient les distancier.

... en fait, ils ne le pouvaient pas. Ils le devaient.

La course-poursuite s'engagea. Transformé pour les besoins de la cause, le Blackbird Braille avait actionné tout son matériel de course, ressemblant à un navire bardé d'ailes et d'hélices, aux voiles repliées. Passant d'un poste à un autre, faisant mille et une fois l'allée-retour entre la salle des machines et le pont, le Capitaine supervisait les opérations tout en jurant dans une langue qu'elle semblait être la seule à connaître. Hélas, les navires espagnols étaient à la pointe de la technologie, les rattrapant chaque seconde un peu plus. S'approchant d'une chaîne de montagne hérissée qui semblait avoir jailli de l'océan avec les siècles, le navire amorça un virage...

- On a pas le temps pour ça !

- Vous voulez quand même pas qu'on passe entre ??!

Yama jeta un oeil aux navires espagnols, des navires performants... mais bien plus massifs que le leur. Prenant la place du navigateur, elle modifia brusquement la trajectoire du Blackbird, le faisant s'enfoncer au milieu du paysage déchiqueté. Secoué de toutes parts par les virages brusques que Yama faisait faire au navire pour éviter les sommets meurtriers, l'équipage s'accrochait fermement à tout ce qui leur tombait sous la main - ce n'était pas le moment de perdre des hommes, après tout.

- Bon sang, Cap'taine ! Vous voulez tous nous tuer ou quoi ??!

- C'est eux ou nous, imbécile.

Heurtant un flanc de montagne, le navire manqua de verser sur le côté et se redressa à la dernière minute.

- Ils sont toujours après nous, Cap'taine !!

... tant pis. Au moins, ils avaient regagné un peu de distance.

Le coeur battant, Yama laissa le navigateur la remplacer. Que faire ? Tenter de les bombarder d'explosifs ? Elle se doutait bien que les espagnols sauraient comment répliquer. Prenant sa tête à deux mains, le Capitaine cherchait désespérément une idée alors qu'ils quittaient le passage infernal.

Une idée, vite... ils ne pouvaient pas avoir fait tout ce trajet pour rien, il y avait forcément un moyen de les semer... la tempête ? Elle ne pourrait jamais en déclencher une assez puissante. Les canons ? Ils étaient trop nombreux. Et ils ne pourraient pas les fuir indéfiniment, ils risquaient de manquer de carburant... pourquoi ne trouvait-elle pas une idée ? Elle ne pouvait pas les laisser lui couper les ailes, elle ne l'accepterait jamais...

Soudainement, un choc immobilisa le Blackbird Braille. Projetée vers l'avant, le Capitaine manqua d'effectuer une chute mortelle.

Puis ce fût le silence. Lorsqu'elle reprit ses esprits, la Capitaine put contempler un spectacle qui provoqua en elle un frisson d'horreur.

Immobilisés, ils étaient encerclés par non pas trois mais six navires ennemis. D'où sortaient-ils ? L'attendaient-ils à la sortie des montagnes ? Comment avaient-ils pu prévoir leurs déplacements `Et surtout... comment avait-elle pu tomber dans un piège aussi évident ? Yama porta la main à sa joue, un sourire d'une toute nouvelle sorte fendant son visage creusé par le présage de la sentence à venir

Hé bien, elle avait perdu.

D'un geste, elle dissuada les pirates de sortir leurs armes. Dans peu de temps, une petite armée risquait d'envahir leur navire et elle ne voulait pas causer d'effusions de sang. Se débarrassant de ses armes en prévision de ce qu'elle devrait de toute façon faire, elle attendit dans le silence le plus total l'arrivée des espagnols. Le mousse brisa le silence d'une voix tremblante.

- Capitaine...

- Chut.

Elle inspira. Douloureusement.

- ... je suis la seule qu'ils recherchent... avec leur Roi, bien sûr. Alors soyez gentils, et ne leur donnez pas de raisons de vous arrêter aussi.

- Mais...

Elle se retourna vers le mousse, le fusillant du regard. Ravalant sa salive, ce dernier ne put que lui rendre son regard.

- Ils croient que vous ne savez rien faire sans moi, alors ne les décevez pas. Et puis... j'ai juré de vous protéger et c'est ce que je vais faire.

Une rumeur provenant des navires ennemis commença à se faire entendre. Ignorant le bruit du pire à venir, Yama marcha sans se départir de son sourire vers le Roi. Vrillant son regard sombre dans celui du monarque, elle prononça la dernière phrase avant que les espagnols ne déferlent sur eux :

- Et toi... je suis heureuse pour toi, mais sache que je te hais... plus encore que je n'ai haï Mistraldespair.

Le nom de l'homme sonnait comme un blasphème, pourtant elle n'eût pas le temps d'apprécier le goût metallique qu'il lui laissait en bouche.

Après tout, ils avaient des invités.
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Rey Felipe de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Ven 20 Sep - 12:12



L'air des altitudes et le vent des larges étendues nuageuses lui avaient manqué.
Les muscles de son dos se détendirent lorsqu'il entendit les bottes de la capitaine s'éloigner de lui. Peut-être s'était-il un peu trop emporté, mais étrangement, cela lui avait fait du bien. Il restait toujours en lui cette lueur rageuse d'avoir été ainsi immobilisé, utilisé avant d'être suspecté.
Il laissa ses émotions confuses être balayées par le vent.
Combien de temps resta-t-il ainsi ? Il n'en avait pas la moindre idée lui-même. Il rouvrit finalement les yeux. Bien, ce n'était pas tout ça mais... elle ne lui avait toujours pas répondu.


Il se demanda si, par hasard, il n'y avait pas un canot qu'il pourrait substituer... ou bien s'il allait vraiment devoir la menacer, ou le cas échant et prenant en compte son caractère sulfureux, s'il devait directement passer à l'acte.
Le retour des bottes le tira de ses pensées.
Il n'aurait su dire mais, captivé par la sérénité du moment, il ne fit pas le moindre geste, ne prononça pas le moindre mot et attendit calmement, comme enfermé dans un nuage ou libéré de ses chaines, il attendait, comme on attend la parole d'un égal. Il éprouve un besoin de profiter un peu de ce calme et de cette attente. Un besoin de la laisser venir et apprendre d'elle ce qu'elle lui voulait, encore. Une petite pointe de fierté lui interdisait d'engager la conversation qu'il avait brutalement terminé auparavant. Il lui sembla qu'ils restèrent un moment comme cela, l'un à côté de l'autre sans qu'aucun ne choisisse de prendre la parole en premier.
Jusqu'à ce que...

« Nous serons sur terre dans deux heures environ. Estime-toi heureux de quitter le Blackbird Braille vivant. »


Cette annonce eut l'effet d'une douche froide sur lui. Balayées ses mauvaises pensées, balayée son amertume, balayé son violent dessein d'évasion. Il la regarda sans se soucier de cacher sa surprise qui se traduisit par un sempiternel haussement de sourcils.
Cette pirate avait donc sérieusement songé à son sort (en bien) ?
Elle lui proposa de venir rejoindre la petite fête de l'équipage, il déclina l'offre ;

« Si vous le permettez... je suis resté suffisamment enfermé dans l'une des salles de votre navire pour le reste de mon séjour ici. »


Tu parles d'un séjour...
Mais en même temps... Il regarda Yama. Il le savait bien... la chance qu'il avait eu était simplement monstrueuse ! Quel pirate, quel criminel l'aurait relâché comme elle comptait le faire ?
Mais aussi... à quel genre de pirate... ou de criminelle pouvait-il avoir ainsi laissé le choix de son traitement ?

Madre de Dios, il espérait que ce n'était pas parce qu'elle était une femme. D'un autre côté, il lui avait semblé qu'elle faisait parti de ces « cas particuliers » de criminels recherchant avant tout un idéal de liberté. Et, malheureusement pour lui, il comprenait une telle aspiration.

« Si je vous remercie, vous me direz de nouveau que ce n'est pas une preuve de bienveillance de votre part, ou vous me laisserez tout de même exprimer mon soulagement ? »


Non mais c'est vrai, à croire qu'elle ne pouvait pas recevoir la moindre gratification, la moindre marque d'attention sans se sentir attaquer ou agresser ! Enfin, maintenant il en comprenait l'origine, aussi avait-il dit cela avec une pointe d'ironie. Mais l'atmosphère semblait s'être détendue et ils acceptaient dans la mesure du possible la présence de l'autre à leur côté. Il lui sembla même qu'il était quelque peu monté dans son estime, suffisamment en tout cas pour qu'elle ne lui tienne pas rigueur de ce qu'il avait fait plus tôt.

La capitaine disparut sans rien ajouter ni lui répondre. Il devrait se contenter de cela.

Le cri que poussa la vigie lui fit faire volte-face. Avait-il... bien entendu ?
Les espagnols l'avaient retrouvé.

~~~

Ce fut la débandade sur le pont, l'effervescence, la tempête, les ordres donnés par la capitaine étaient suivis dans la seconde et tous étaient trop occupés pour se soucier de lui. Il se trouvaient tout de même dans une drôle de situation : intrus sur ce navire, les hommes qui l'avaient protégé malgré eux se battaient contre ceux qui venaient le récupérer. S'il avait pu à ce moment-là éprouver un profond déchirement, il l'aurait fait. En l'occurrence, il n'en fit rien : cela aurait été stérile, il aurait été incapable de prendre une décision objectif et ça... ce n'était pas le genre de Felipe. La main sur le menton, songeur, il était très calme. Sur ce bateau, deux têtes pensantes se creusaient les méninges, mais leur attitude était radicalement différente. Et pour cause, l'un était sûr de s'en sortir et devait simplement envisager ce qu'il ferait de Yama et de son équipage si jamais les espagnols les rattrapaient tandis que l'autre se battait tout simplement pour sa survie.

Il laissa retomber son bras. Bien, c'était décidé.

Il regarda vers l'horizon, cette chaîne de montagne qu'emprunta la capitaine sans la moindre peur, jouant sur la surprise, et espérant gagner un peu de temps. Pour une fois, Felipe pouvait dire que les améliorations apportées aux navires de l'armée espagnole n'avait pas été faites en vain et qu'il s'agissait d'une « chance » de pouvoir faire ce constat en étant de l'autre côté du conflit.
Mais, ce n'était pas cela dont devait se soucier la capitaine.

Il le pensa avant même de voir les trois navires : un piège, elle allait droit vers un piège. Ainsi, la belle capitaine brune avait perdu.

Il y eut sur le navire comme un nuage de déception et de crainte, un silence palpable et menaçant tandis que les ombres de six impressionnants navires espagnoles englobaient le Blackbird Braille.

Dans leur ombre, il avait retrouvé toute sa majesté, retrouvé ses esprits et se tint sur ses gardes, attendant une éventuelle tentative désespérée des pirates. Il n'en fut rien. Des cordes pourvues de grappins filèrent dans les airs et lièrent le navire pirate. Le mécanisme des grappins fit s'enfoncer profondément leurs griffes dans le bois, empêchant toute tentative de l'en déloger, les cordes, si l'on y regardait de plus près, étaient en fait des câbles pourvus d'une surface protectrice et cachant sans doute, ce qui actionnait les griffes aux ouvrages dorés.

Le navire fut forcé de se retrouver au niveau de deux impressionnants navires. Amarré à eux, coque contre coques, une myriade de fusils étincelants lançait des éclairs sous la lueur d'un soleil rouge. Il n'y avait plus la moindre échappatoire.

Elle en était consciente... et venait vers lui avec un sourire indescriptible. Il savait ce qu'elle allait lui dire.

« … toi... je suis heureuse pour toi, mais sache que je te hais... plus encore que je n'ai haï Mistraldespair. »

Ça.... c'était une belle insulte.
Surtout qu'il comprenait parfaitement que ce « gentleman » devait être celui pour lequel elle vouait une haine sans borne et dont elle venait tout juste de lui parler.
Il n'était pas sûr que lorsqu'elle lui disait qu'elle était heureuse pour lui, elle parlait de son nouveau statut "d'homme le plus haï".

Fort bien.

Deux groupes s'étaient déversés sur le pont du navire tandis que l'on tenait toujours l'équipage pirate sous la menace. Le plus petit des deux se dirigea vers leur roi, toujours posté à la poupe pour s'enquérir de son état et éloigna vivement la pirate de lui. Si la bonne santé de leur monarque et le fait qu'il ne soit visiblement pas retenu prisonnier avait de quoi rendre confus les soldats, la parole de ce dernier les rassura bien vite :

« Yama Albdune, je vous rappelle que vous êtes dés à présent entre les mains de plus d'une centaine de soldats espagnols entrainés. »

Le regard qu'il lui lança laissa bien entendre la suite « … et sous mes ordres. ». Après tout, une "piqure de rappel" ne faisait jamais de mal.

« Que devons-nous faire d'eux Votre Majesté ? »


Ce dernier regarda Yama.
Ce qu'il allait faire d'eux ? Il y avait déjà réfléchi et arrêté son choix.

« Emmenez le Capitaine Albadune en cellule, elle ira purger sa peine en prison avant de connaître sa sentence. »


Il marqua un temps, comme s'il réfléchissait. Il n'en était rien, tout était simplement calculé, et conclut.

« Faites échouer le navire avec l'équipage. »


Cette sentence avait l'air de satisfaire l'ensemble des soldats. Alors qu'ils pensaient récupérer, au mieux, un monarque devenu fou ou lessivé par les épreuves, celui-ci les avait encore une fois surpris. Non seulement il avait réussi à survivre et à garder une certaine contenance à bord d'un bateau de pirates, mais ils retrouvaient l'homme terrifiant qu'il pouvait être, capable de prendre rapidement des décisions radicales quand cela était nécessaire.

Des décisions... grâce auxquelles on avait l'impression que l'armée, l'Espagne et le roi, prenait sa vengeance.

Ses ordres furent exécutés avec diligence. On remorqua le navire, enferma les pirates à l'intérieur, enferma la capitaine dans une des cellules espagnoles et, à la vitesse des puissants moteurs, ils firent demi-tour vers l'Espagne, abandonnant leur lourd fardeau en chemin, sur une île, confisquant trésor, poudre et armes.
Felipe avait cependant insisté pour qu'on leur laisse de quoi subsister : ces hommes avaient été enguirlandés par la capitaine. S'ils avaient un minimum de bon sens et de bonté, ils oublieraient leur passé de pirates et recommenceraient leur vie.

Lorsque toutes ces « formalités » furent dûment remplies... un amiral lui proposa de bénéficier de sa chambre pour se remettre de ses émotions.
Encore une fois, il répondit :

« Cela est fort aimable de votre part, Amiral, mais j'aurais besoin d'avoir un compte-rendu de votre part. Comment se présente le pays, ma disparition s'est-elle ébruitée ?
- Votre Majesté, vous êtes officiellement malade et agonisant depuis une semaine. Il n'existe pas un jour sans que l'on reçoive des lettres de voeux pour votre prompt rétablissement.
- Je crois savoir d'où vient cette initiative... et l'explication pour le déploiement des navires de guerre ?
- Pour cela, nous avons suivi vos directives, Señor : affermir nos frontières dans nos colonies, ce qui, soit dit en passant, faisait également partie de vos projets militaires prochains.
- Bien, je vous remercie d'avoir suivi cette partie de mes directives. Comme ces expéditions étaient prévues depuis des mois, même la personne la plus renseignée ne pourrait rien trouver à redire. »


Bien sûr il y avait toujours le risque que l'un des hommes présents sur le navire parle, mais... sa parole contre la sienne ou celle de l'ensemble des autres soldats de ne valait rien.
La rumeur ne sortirait pas des hautes sphères.
Il demanda d'autres précisions avant d'être pleinement satisfait, après quoi, il préféra rester à l'air libre, imaginant bien que dans les jours prochains, ils serait enfermé dans une salle, enseveli sous des papiers et qu'il ne reverrait pas le ciel de sitôt. Il demanda seulement du papier et un crayon.

~~~

On avait ligoté et assommé Yama avant de la placer sur une barque discrète. Le roi fut placé dans une seconde et ils descendirent au couvert de la nuit, la coque de leur embarcation aussi noire que le ciel étoilé jusqu'au palais. De là, on envoya directement la criminelle en cellule et Felipe dut subir l'assaut de son conseiller qui lui fit une liste exhaustive de tout ce qui s'était passé et de tout ce qu'il avait à faire, il voulait le taquiner en faisant comme s'il ne s'intéressait pas à santé, ayant entendu dire qu'il se portait bien.

En guise de réponse, Felipe lui tendit ce qu'il avait griffonné sur le chemin du retour, soit la résolution de 35% des problèmes énoncés par son ami. Ce dernier eut des yeux ronds et le regarda sans cacher sa surprise ; il venait d'ignorer sa moquerie.

« Je me suis tenu au courant, voilà pour commencer. Je vais prendre un bain et dormir. À demain pour de plus amples aventures administratives. »

Ce qu'il fit sans plus tarder, les traits tirés par la fatigue, plantant là l'autre qui fit battre les feuilles entre ses doigts, stupéfait. Il les feuilleta, et ses yeux s'agrandirent. Bien qu'il n'était pas du genre de son roi de bâcler son travail, il avait eu comme un doute en voyant tout ce qu'il avait réussi à faire en si peu de temps.
Mais voilà, les solutions trouvées étaient innovantes et seraient d'une remarquable efficacité.
On aurait dit que son esprit avait atteint un niveau supérieur pendant cette brève absence.

Il était médusé, statufié sur place.
Felipe, lui, se coula un bain qu'il jugea bien mérité et se perdit dans ses pensées.
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Invité
Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Sam 21 Sep - 13:53

Plus aucune émotion ne se laissait voir sur le visage du Capitaine Albadune. Ainsi lorsqu'on l'assomma, il fût difficile de savoir si elle était réellement inconsciente... ou toujours dans la splendide apathie qui était devenue son état normal depuis que les espagnols avaient marché sur son navire.

Comme toujours, les apparences étaient trompeuses : malgré son regard éteint et la facilité avec laquelle elle se laissait manipuler, le Capitaine était en alerte. Même dépouillée de ses biens les plus précieux, même après avoir vu son équipage abandonné au milieu de l'océan, elle continuait de chercher une issue, masquant son inquiétude par une apathie spectaculaire. Inquiétude pour elle, mais aussi pour son équipage... allaient-ils survivre ? Elle espérait que ses efforts ne seraient pas vain. Elle espérait qu'elle avait eu raison de leur faire confiance...

Tout en se promettant que si elle parvenait à remettre la main sur le Roi, elle lui ferait regretter jusqu'au jour de sa naissance.

***

Lorsqu'elle se réveilla, elle était dans une cellule et la nuit était tombée. Se relevant comme elle put, elle fût prise d'un frisson des plus désagréables. Comme si quelque chose rampait sous sa peau, quelque chose qui réclamait quelque chose d'autre. Ignorant le spasme annonciateur d'une nouvelle catastrophe à venir, elle examina les moindres recoins de sa cellule, cherchant désespérément mais sans un bruit un moyen de s'en sortir vivante. Certes, elle pouvait toujours tenter de déclencher une minuscule tempête mais...

Mais...

Un nouveau frisson rampa le long de son échine. Puis un autre. Ses dents commencèrent à claquer, un froid d'un tout nouveau type la saisit, un froid auquel même elle était sensible.

Le froid provoqué par le manque.

L'horreur la saisit, écarquillant ses yeux aux pupilles dilatées. Une simple question s'imposa à son esprit, une question qui risquait de changer radicalement les conditions de son séjour en prison. Il se pourrait même qu'elle meure avant qu'on ne se décide à la condamner...

A quand remontait sa dernière prise de morphine, déjà ?

... 24 heures. 24 heures séparaient l'instant présent de sa dernière injection. Se laissant tomber sur la banquette de sa cellule, le visage entre les mains, Yama Albadune comprit que son véritable calvaire ne venait de commencer que maintenant.

Les spectres de la solitude et du manque dansaient autour d'elle, l'attirant dans les abîmes de ses plus grandes faiblesses. Plantant ses ongles dans son crâne, elle pria pour que la mort vienne l'emporter avant qu'elle ne vive les instants les plus atroces de son existence. La solitude, la rancune, la rage, l'enfermement, la peur et le manque...

Un enfer personnel, comme fait sur mesure pour elle.

Elle pouvait déjà sentir les flammes.

~ RP clos ~
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MessageSujet: Re: [Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]   Aujourd'hui à 7:23
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[Année 0003] No one's gonna take me alive [Terminé]

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