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 [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]

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Yama Albadune

MessageSujet: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Sam 21 Sep - 15:20
Ce rp est la suite directe de celui-ci et vous pouvez le lire en écoutant cette chanson.

...

Les premiers jours avaient été horribles, mais ce n'avait été que l'avant-goût des souffrances qui l'attendaient.

Retenue entre quatre murs, elle avait erré jusqu'à ce que le manque soit trop fort et l'empêche même de se mouvoir. Pliée en quatre sur la banquette qui lui servait de lit, elle avait cru mourir plusieurs fois alors que son corps hurlait le manque et la haine de cette substance qui l'avait consommée. Refusant de dévoiler sa faiblesse aux gardes qui surveillaient les cellules, elle s'était mordu violemment les bras pour ne pas hurler, se contentant de vivre les affres du manque en silence, se persuadant qu'elle avait encore une raison de ne pas mourir maintenant.

Elle n'en avait pas.

Mourir plusieurs fois était sa seule distraction.

La créature blessée qui se tenait derrière les barreaux n'avait plus rien à voir avec le Capitaine Albadune. Incapable d'absorber une quelconque nourriture durant le sevrage, ses joues s'étaient creusées et une lueur dans son regard s'était éteinte, donnant l'impression que son âme était aussi vide et obscure que le néant qui habitait ses prunelles. Lorsqu'elle fût délivrée des tourments du sevrage, elle s'était retrouvée seule avec ses pensées, incapable d'échapper aux images qui se projetaient inlassablement dans son esprit.

Elle revoyait l'instant précis de sa défaite et sa rencontre avec l'homme qui l'avait jetée derrière les barreaux.
Elle revoyait les erreurs qui l'avaient conduites jusqu'ici, encore et encore.

Et surtout...

"Faites échouer le navire avec l'équipage."

Si elle le pouvait, elle le tuerait.

A plusieurs reprises, la rage l'avait possédée, rage qu'à défaut de pouvoir déverser sur le roi, elle avait retourné sur elle-même et les murs de sa cellule. La veille de son procès, on envoya un homme d'église récolter ses confessions... elle lui arracha la moitié du visage à travers les barreaux.

Et puis était venu le procès, procès qui s'était déroulé en toute discrétion. Oui... elle se souvenait très bien du procès.

"Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?"
"Rien. Pendez-moi haut et court, qu'on en finisse."

Hé bien quoi ? Même humiliée, blessée et plus faible qu'elle ne l'avait jamais été, elle n'aimait toujours pas les trivialités.

La sentence avait été délivrée sans hésitation, comme prévu. On avait raccompagné la créature dans sa cellule avant de la laisser à nouveau seule avec elle-même. Les heures innombrables s'étaient déroulées jusqu'à la veille de son exécution.

Le givre s'était déposé partout, sur les murs de la cellule comme sur la peau de la condamnée. Assise contre le mur, la tête relevée vers le plafond, elle chantonnait pour faire passer les secondes. Oh, un garde avait bien tenté de l'en empêcher, mais... tous gardaient en tête le visage du prêtre et personne n'osait vraiment l'approcher. La mélopée, grave et d'une tristesse absolue, résonnait dans le couloir et s'infiltrait dans les autres cellules. Les autres prisonniers avaient fini par être transférés ailleurs, incapables de supporter le son de ce requiem glacé. C'est ainsi que les lieux avaient été désertés, seule demeurait la créature et sa  plainte emplissait tous les espaces.

C'est pour cela que - lorsqu'un bruit de pas résonna au loin, se rapprochant des lieux - elle se tût.

Qui pouvait bien avoir envie de lui rendre visite à une heure aussi tardive ?


Dernière édition par Yama Albadune le Mar 1 Oct - 20:30, édité 1 fois
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Invité
Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Sam 21 Sep - 17:45





Dans un coin de sa bibliothèque, le roi d'Espagne était avachi dans un fauteuil et lisait. Il s'agissait de son livre de prédilection : Le Comte de Monte-Cristo qui racontait l'histoire d'un homme que le destin mit sur la route d'un trésor incommensurable et qu'il utilisa pour se venger de ceux qui l'avait injustement mis en prison. Usant de ses connaissances de la nature humaine, mais aussi de ses connaissances littéraires que son excellent voisin de cellule lui avait inculquées, il s'était fait passer pour un noble venant de l'Orient, entouré d'un nuage de mystère des plus charismatiques.
Il aurait pu aussi bien être un vampire assoiffé de vengeance, la ressemblance aurait été tout aussi saisissante.
Rétablissant la justice selon son bon vouloir, il brave les moeurs et déforme la réalité pour la faire sienne. Sa réapparition sème le trouble chez ses ennemis et les terrasse après qu'ils aient subi mille tourments, faisant du cauchemar dont ses bourreaux avaient rêvé leur présent... un présent qui abattait ses griffes sans le moindre scrupule.

Toujours masqué, jamais lui-même, il devenait ce qu'il avait besoin d'être pour mener à bien sa vengeance : médecin, prêtre, noble anglais ou bien encore noble excentrique et mystérieux que les Grands de la Cour s'arrachaient dans leurs Salons, n'importe, pourvu qu'à la fin ces êtres infâmes choient*.

En tournant la page 321, Felipe découvrit un mot entre les deux fines lamelles de papier et qu'il déplia. Ses yeux parcoururent les quelques lignes griffonnées à la va-vite. Les quelques gens qui lisaient autour de lui ne virent rien. Car oui, il "recevait" ou, pour être très exact, n'avait pas un temps à lui depuis qu'il était soi-disant rétabli de sa maladie. Il ne se passait en effet pas un jour sans que l'on réclame qu'on le voit, sans qu'il soit obligé de se montrer et de recevoir. Aujourd'hui, Salon de lecture ; activité calme pour se remettre des émotions et être tranquilles. Parfois, les assistants pouvaient s'échanger dans un murmure leurs impressions sur un passage, mais, depuis la mise en place de la "lecture silencieuse" tous s'adonnaient à cette étrange pratique, faisait travailler leur cerveau à ce nouvel exercice.
Il tourna la page 322, en glissant le mot sous le bracelet de cuir qui enserrait son poignet gauche, lequel tenait le livre.

Officiellement, il avait frôlé la mort -enfin tout était relatif- durant trois jours, en avait mis quatre autres pour s'en remettre, et avait recommencé ses activités le huitième, ne recevant que le neuvième, après avoir repris les rênes de son pays d'une main ferme.

...
Tout ça pour ça...
Il tourna la page 323 en songeant aux quelques mots du message laissé par ses espions à son attention. Ceux-ci dansaient dans sa boîte crânienne.
Moins que des mots, il s'agissait en fait de lettres, de chiffres et de symboles divers.

~~~

Entre ses occupations mondaines et ses pratiques plus "secrètes" pour remettre d'aplomb son pays, il pensait à la promesse qu'il avait faite à la pirate. Il s'imaginait une scène où il demandait à une assistance si une promesse faite par un homme d'honneur à un criminel devait être tenu ou non... et était presque sûr que les nobles de l'assistance lui aurait répondu, en songeant à son statut de roi et au combat qu'il menait contre la criminalité, que la réponse la plus évidente était "non".
Même si cela revenait à remettre en question l'appellation d' "homme d'honneur"...

D'ailleurs, aucun "homme d'honneur" ne s'aventurerait à donner une promesse à cette "espèce". Il préférerait mourir plutôt que de s'abaisser à cela.
Et ce serait une belle parole.
Lui... l'avait fait. Non seulement parce qu'une fois mort, le pays et ses colonies se seraient déchirés dans une guerre, et qu'il laissait le champ livre à une armée de requins assoiffés de pouvoir qu'il ne connaissait que trop bien, mais en plus... parce que sa situation n'avait laissé pour seul choix que la négociation, ou le massacre pur et simple d'un équipage entier en les empoisonnant.

Yama Albadune avait été trompée par sa belle parole, voilà tout. Et son procès approchait à grand pas. Felipe comptait les jours comme on attend un supplice, ou une délivrance.
Être délivré de cette faute qu'il avait commise : lui donner sa parole, voilà tout ce qui comptait à présent.

Le jour du procès, il ne put y assister : celui-ci se déroulait dans le plus grand secret et il devait se trouver ailleurs pour qu'on le voit. À ce moment-là, il ouvrait une chaîne d'aide alimentaire pour que les plus basses classes puissent bénéficier du minimum nécessaire à leur survie. La nourriture venait de ce que le commerce n'avait pu vendre ou du surplus de production de leur agriculture. Au lieu de finir à la benne, elle nourrissait encore des bouches affamées.

Cette aide augmenta sensiblement la qualité de vie des citoyens les plus modestes, lesquels se montraient plus productifs au travail, bientôt, cela augmenterait les bénéfices du pays et leur salaire pourrait augmenter en conséquence. Une police spéciale devait du moins y veiller.

Voilà donc comment le roi s'éloigna le plus possible de la vie qu'il vécut en une semaine sur ce bateau de pirates...

~~~

Et puis, la veille de l'exécution, il sortit, empruntant des passages connus de lui seul dans les secrets les mieux gardés de la famille royale.
Une fois la longue journée terminée, il ne restait plus que la nuit, les quelques paperasses qu'il devait encore remplir pour rattraper son retard (bien qu'il diminuait à vue d'oeil) et une insomnie ponctuée par quelques moments de somnolence.
Il avait l'habitude de dormir fort peu, mais depuis qu'il attendait ce fameux jour, ses nuits s'étaient encore raccourcies.

La criminelle Albadune faisait partie de ces pensionnaires dont on ne connaissait pas toutes les raisons de leur emprisonnement, mais son passé de pirate suffisait à expliquer sa présence en ces lieux, qu'importe que toutes les causes soient connues ou non. Il entra donc dans la prison tel un courant d'air. Les gardes lui lançaient un léger coup d'oeil avant de demander qu'il décline son identité et ne le laisse passer.
Tout simplement.

Dans ces murs de désolation ne s'élevait aucun bruit, aucune plainte, si ce n'est celle qui, tel un murmure glacé, s'élevait entre les couloirs de pierre, lesquels faisaient ricocher les notes en un son dénué de vie, aussi froid que la pierre elle-même.
Felipe frissonna et ralentit le pas le temps de reprendre contenance.
Il avait très bien reconnu cette voix et son étrange pouvoir. Mais rien ne le détournerait de son objectif : regarder en face cette criminelle et lui dire ce qu'il avait sur le coeur.
Lorsqu'il se présenta devant la grille de la pirate, celle-ci s'était arrêtée de chanter et put constater que c'était un garde qui se tenait devant elle, ou du moins une personne dans l'habit de garde.
Felipe garda son casque dont l'ombre cachait ses yeux, mais sa voix, elle, même réduite à un murmure pour qu'elle seule puisse l'entendre, était reconnaissable.

"Bonsoir... Yama."

Il ignora superbement tout ce qu'elle put lui dire et continua ;

"Le temps n'est pas aux excuses, je crois. Vous-même avez décidé de ne pas vous repentir pour vos crimes, pourtant, ils sont nombreux."

Il s'aventurait sur un terrain dangereux, vu ce qu'il lui avait fait, mais... qu'importe. Une idée fixe l'obsédait, et il était venu uniquement pour cela.



Spoiler:
 
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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Dim 22 Sep - 0:38
- Bonsoir... Yama.

Relevant la tête vers le nouvel arrivant, Yama le contempla de son regard vide. Certes, elle avait reconnu sa voix, mais elle n'arrivait pas à croire qu'il osât encore se montrer devant elle... et en plus de ça, de nouveau déguisé en garde.

*C'est une manie ?*

Ce roi n'avait-il donc aucune limite ?

- Le temps n'est pas aux excuses, je crois. Vous-même avez décidé de ne pas vous repentir pour vos crimes, pourtant, ils sont nombreux.

... visiblement non. S'aidant du mur sur lequel elle était adossée, Yama se releva, faisant craquer la couche de givre qui s'était déposée sur sa peau et ses vêtements. Sans hâte, elle s'étira, s'approcha des barreaux qui la séparaient du roi...

Et - d'un geste d'une surprenante célérité - le saisit par le col et l'attira vers elle, le plaquant contre les barreaux glacés. Elle approcha son visage du sien : n'importe qui aurait pu voir en cet instant une nouvelle lueur de rage brûler dans les yeux. Sa voix n'était guère qu'un murmure, mais il n'était pas difficile d'y déceler de la haine.

- Espèce de...

Elle n'eut guère le loisir de continuer : un éclair de souffrance parcourut son bras, la forçant à le lâcher. Reculant d'un pas, elle porta sa main à son bras droit sans cesser de fusiller son interlocuteur du regard. Elle n'avait pas besoin de lui répondre, elle n'avait rien à lui dire et pourtant...

Pourtant, elle se sentait seule. Sa dernière interaction humaine remontait au procès et - pour être tout à fait honnête - le fait de parler à quelqu'un lui manquait terriblement. Après tout, aussi solitaire qu'elle puisse être, Yama restait un être humain ayant cohabité des années durant avec d'autres êtres humains. Croisant les bras, elle poussa un soupir d'exaspération et fixa le roi d'un air légèrement moins agressif.

- Je ne vois pas pourquoi je devrais me repentir. J'ai vécu ma vie sans regrets, tentant de survivre par tous les moyens mis à ma disposition. Et si cela voulait dire tuer des inconnus... peu m'importait. Je n'ai fait que poursuivre mon idéal.

Elle frissonna.

-... il n'y a pas si longtemps que ça, j'étais un être libre, plus libre que la plupart des hommes ne le seront jamais. Mais bon, j'imagine que les temps ont changé...

Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle se mit à rire... avant de tousser. Bon sang, il faisait quand même froid dans cette cellule. Malgré son état désastreux, Yama parvenait à garder un semblant de lucidité : cette situation était tellement absurde qu'elle en devenait comique. Il y avait sans doute un moyen de la rendre plus comique encore...

Elle se figea, prise d'une idée. Une idée ridicule, et pourtant terriblement... intéressante. Elle la chassa rapidement de son esprit ; après tout, elle avait un discours à finir.

- Je ne crois pas aux règles édictées par les hommes. Hélas, me voilà jugée et condamnée par cette société que j'ai tant évité, selon des principes que je n'ai jamais suivi. C'est sans doute avec ce genre de situations que l'on pourrait faire rire Dieu...

Elle ricana en repensant à l'homme qu'elle avait défiguré. Le pauvre avait juste commis l'erreur de l'approcher de trop près... au moins, elle n'avait plus été dérangée par la suite. S'appuyant d'une épaule contre un mur pour éviter de devoir se rasseoir trop vite, elle repensa également à l'idée qu'elle avait eu quelques temps plus tôt... elle ne parvenait pas à s'en débarrasser, mais devait-elle vraiment y céder pour autant ?

Oh, et puis de toutes façons, ce n'était pas comme s'il y avait une seule chance que son idée soit réalisée... non ?

Se détachant du mur gelé, elle se rapprocha des barreaux, y accrocha ses mains blanches et planta son regard sombre dans celui de Felipe.

- Il paraît que les condamnés à mort ont droit à une dernière volonté... ?

La question était rhétorique : elle savait que c'était le cas. Un sourire narquois vint se peindre sur son visage alors qu'elle énonçait la requête suivante :

- ... accorde-moi une danse. Une valse, de préférence.

Elle se mit à rire. Oui, c'était démentiel. Mais en même temps, elle avait frôlé la folie entre ces murs, alors elle pouvait se permettre d'avoir des idées de ce genre.

Et puis... quand elle était enfant... elle se souvenait des salles de bal et des valses qu'on y dansait. Quand elle se tenait dans le froid et qu'elle escaladait les façades pour atteindre les fenêtres et récolter un peu de chaleur, parfois. Elle se souvenait des femmes si belles et raffinées, aux robes de toutes les couleurs. Oh, jamais Yama ne l'aurait avoué mais... elle avait maintes fois rêvé de ce monde qui lui était fermé, à jamais inaccessible. Et c'était ce qui le rendait si attractif, ce qui avait amené du rêve dans son existence d'enfant vagabonde en quête d'un toit.

Alors... puisqu'elle allait mourir à l'aube...

Elle secoua la tête. Mieux valait ne pas y penser. Les mains toujours accrochées aux barreaux, elle fixait le roi sans se départir de son air narquois, presque provocateur.

...

Non, définitivement, il n'y avait aucune chance qu'il accepte. Pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'attendre la confirmation de son refus.

Ce n'était pas comme si elle avait autre chose à faire...
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Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Dim 22 Sep - 12:19


La vision qui s'offrait à lui semblait tout droit sortir d'un enfer de glace. La brûlure du froid omniprésent dans cette cellule mordait la chaire des deux occupants dans un claquement de mâchoire féroce ; les craquements du givre tandis que Yama se dirigeait vers lui, son regard vide, sa démarche incertaine mais oscillant entre celui du cadavre et du vivant... tout cela fit naître un frisson qui parcourut sa colonne vertébrale. Un frisson désagréable. Il n'avait jamais pensé qu'elle serait dans un tel état. Quel était le facteur qu'il n'avait pas pris en compte ? Pourquoi semblait-elle avoir frôlé la mort avant même son exécution ?

Son esprit embrouillé par cette vision, c'est à peine s'il eu le temps de réagir lorsqu'elle se jeta sur lui. Sa rapidité d'exécution semblait irréelle, où en avait-elle trouvé la force ? L'étincelle de rage qui habitait ses prunelles lui donna un élément de réponse.
Elle le haïssait encore davantage... il s'y attendait, mais pas à ce point.

"Espèce de..."

Une apparente douleur au bras la contraignit à s'éloigner vivement... et se reposer contre le mur. Sa peine et sa douleur prenaient, sous les yeux du roi, la forme d'un nuage environnant la jeune femme. Le spectacle était atroce. Il resta de marbre.

Il fallait qu'il parte... mais elle avait encore des choses à lui dire.
Des choses auxquelles elle tenait avant de mourir. Il resta.

Elle se voyait comme un modèle de liberté, elle réalisait ses rêves et ne semblait pas vouloir considérer les "dommages collatéraux" causés par l'objectif qu'elle cherchait à atteindre. Satisfaite de sa vie, elle contemplait la mort et regardait celui qui l'avait condamné droit dans les yeux.
Décidément, ce spectacle lui était insupportable.
Il n'avait aucune emprise sur elle, sur son état, sur l'étincelle qui la faisait briller en ce moment, il avait l'impression que de eux deux, il était celui qui se trouvait dans l'ombre. Une ombre de laquelle il ne pouvait s'extirper.
Demain... demain tout prendra fin.

Silencieux, il reprenait progressivement le contrôle sur lui-même, se préparant à cacher d'éventuels tressaillements qui menaçaient de le prendre, il restait parfaitement immobile, et finalement lorsqu'il s'apprêta à répliquer, elle lui lança sa dernière une pique.
Une attaque à laquelle il ne s'attendait pas... une attaque contre laquelle mille heures de préparation n'aurait pas suffi à lui faire envisager la possibilité qu'elle lui demande une telle chose.

"Il paraît que les condamnés à mort ont droit à une dernière volonté... ?  ... accorde-moi une danse. Une valse, de préférence."

Perturbé, il s'appuya à son tour au barreau à l'aide de sa main, baissa les yeux, réfléchissant, tentant de comprendre la folie qui la poussait à dire une telle chose. Lorsqu'il releva les yeux, il le vit ; le regard sombre, avec ce fol espoir de réponse, un regard de condamnée s'était fiché en lui plus sûrement que deux flèches. Il serra son poing contre le barreau. Ses propres yeux s'affermirent devant leurs assaillants.
Cette demande était une fanfaronnade, une folie, ou la clé de quelque chose qu'il ne connaissait pas... mais dans tous les cas... cela eut le don de le sortir de sa torpeur. Soudain rappelé à la vie dans cet enfer de mort, il défia la condamnée.

"Vraiment ? C'est là une dernière volonté que vous jugez raisonnable ?"

Il aurait préféré lui demander "Pourquoi", mais elle n'aurait jamais daigné lui répondre à moins qu'elle n'en soit tout bonnement incapable.
Son regard s'adoucit.

"Vous êtes une femme comme on en rencontre rarement... Yama. Demander une telle chose... Mon seul regret est que vous ayez un lourd passé... "

... de criminelle, allait-il dire.
Mais... "il pensait cela, il pensait cela", pourtant lui-même avait tué un nombre incommensurable de personnes. Répandre la justice pour garantir la liberté des autres et leur protection, cela... il le faisait tous les jours. Mais lui... était roi, et elle, n'avait en rien accès à un tel pouvoir, c'est ce qui faisait d'elle une criminelle.

Et lui... un roi.

Reprenant contenance, il fit un pas en arrière pour la quitter et lui lança en partant ;

"Voyons si un miracle vous exaucera."

Et Felipe quitta ces lieux funestes. Traçant droit devant lui, il mit le plus de distance possible avec cet endroit infernal par de longues enjambées qui le portaient au loin. Il disparut dans les ruelles.
Sans doute avait-il de la chance car... quelques instants plus tard une troupe sans visage, masquée et lugubre, se glissait entre les ombres, s'apprêtant à prendre d'assaut la forteresse. Tout se passa rapidement ; les gardes furent dûment assommés et allongés par terre. La relève eut une bien mauvaise surprise en arrivant...

Le lendemain, au moment de l'exécution, son principal acteur brilla de son absence ; Yama Albadune s'était évadée, et l'on remua ciel et terre pour la retrouver... une semaine durant, sans succès.

Où était-elle durant tout ce temps ?

~~~
Tout ce qu'elle put voir en ouvrant les yeux, ce fut une chambre confortable, mais très simple. Il stagnait dans l'air une douce odeur d'herbes séchées qui réchauffait le coeur et l'âme. Les fenêtres étaient pourvues de jalousie et empêchaient à quiconque de voir qui occupait les lieux à l'intérieur. À son chevet, une femme entre la quarantaine et la cinquantaine, vêtue de noir, au regard de feu sombre, le port fier, changeait ses compresses pour son front afin de faire tomber la fièvre.

Quand elle vit que sa patiente ouvrait un oeil incertain, elle secoua la tête tout en gratifiant ses propos d'un regard réprobateur.

"Ah ça... ils ne t'ont pas loupé ma belle ! Heureusement que ta Dania était là, sinon ton petit corps s'en serait pas remis ! Tiens bois ça, c'est épicé, attention, mais ça va te donner un peu de baume au coeur. Ah non ! Finis-moi le bol sinon ta Dania va se fâcher, et tu ne veux pas que Dania se fâche. Voilà, j'aime mieux ça. Ah ! Je devine à tes beaux yeux que tu te demandes où t'es ? Ah ça... c'est un secret ! Mais on t'a sorti et maintenant tu vas prendre le temps de guérir, hein, ma belle fille ? Parce que sinon, ta Dania va se fâcher et tu ne veux pas voir Dania se...etc."

Dania Espinosa, tel était son nom, si par hasard vous vouliez le savoir.

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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Dim 22 Sep - 22:56
Au départ, Yama refusa de parler.

Non pas qu'elle n'en mourrait pas d'envie, mais... elle n'aurait pas su quoi dire. Et puis, Dania parlait pour deux. Cette dernière s'occupait d'elle comme aurait pu le faire sa grand-mère, et - pour être sincère - Yama ne pouvait s'empêcher de trouver sa présence réconfortante. Certes, cela n'empêchait pas la criminelle de se poser énormément de questions, mais... elle n'était pas pressée. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle était sensée être morte et que cela n'avait pas été le cas. Elle se pinçait toutes les heures pour être sûre que c'était bien le cas... geste qui avait fini par énerver la femme qui s'occupait d'elle. Il fallait dire que les bras de Yama étaient loin d'être dans un excellent état : même son bras gauche était parsemé de marques de morsures se mariant délicatement aux points violacés affadis rappelant ses dernières injections... et le sevrage qui avait suivi.

Ces marques rappelaient sans cesse à Yama l'enfer qu'elle avait vécu lorsqu'elle était sous les barreaux. Certes, elle était retenue entre quatre murs ici aussi mais... on prenait soin d'elle. Elle était faible, plus faible qu'elle ne l'avait jamais été, et Dania semblait en avoir parfaitement conscience. Ainsi lorsqu'elle décida de reparler, ses premiers mots furent des questions que son interlocutrice déviait machinalement ; la raison de leur présence ici resterait secrète... pour le moment. Yama avait alors haussé les épaules ; elle était saine et sauve, c'était tout ce qui comptait dans l'immédiat. Elle avait alors interrogé la femme sur ses activités, ne récoltant qu'une réponse évasive : elle n'était qu'une femme chargée de la garder à l'intérieur jusqu'à ce que l'extérieur se calme, Yama conclût qu'elle se trouvait donc toujours en Espagne... et que quelqu'un tenait à la garder en vie.

Mais qui ? Aux dernières nouvelles, plus personne n'était de son côté. Elle doutait que son équipage n'aie réussi à rallier les côtes de l'Espagne en si peu de temps et... vraiment, elle ne voyait pas qui d'autre aurait voulu la sauver.

Elle était seule.

Enfin... il y avait Dania. Et comme Dania était la seule personne à qui elle pouvait parler, Yama finit, le plus naturellement du monde, par se confier à elle. C'est ainsi qu'elle passait le temps, entre guérison et confession. Oh, ces confessions étaient souvent très factuelles et dénuées d'émotions, mais c'était déjà beaucoup lorsqu'on connaissait le coeur de glace qui les gardait. Lorsqu'elle retrouva son énergie, elle explora la suite dans laquelle elle était retenue, tentant de deviner l'endroit où elle se trouvait d'après ce qu'elle voyait à travers les fenêtres. Hélas, ses minces connaissances de la géographie terrestre ne lui furent d'aucune utilité : elle ne savait toujours pas où elle se trouvait. Incapable de prévoir ce que serait son futur, Yama Albadune se retrouva à errer dans un présent incertain, ponctué de souvenirs qu'elle chassait parfois... quand elle en avait la force.

Lorsque cela ne marchait pas, elle en parlait, trouvant en Dania une oreille attentive et conciliante. A plusieurs reprises Yama avait bien failli fondre en larmes mais... elle ne le pouvait pas. Même en de telles circonstances, même devant la femme qui l'avait soignée comme une mère, elle ne parvenait pas à se montrer faible. Elle était Yama Albadune, elle ne pouvait pas se permettre de montrer un signe de faiblesse. La loi de la jungle était ainsi faite, prouvez que vous êtes faibles et vous finirez mangés mais...

Bienheureux ceux qui parvenaient à pleurer sans retenue, leur vie devait être tellement plus facile que la sienne.

Une semaine passa dans cette routine étrange. Et alors que Yama Albadune commençait à se demander si elle n'était pas simplement dans l'antichambre des enfers, il y eût du nouveau.
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Invité
Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Mar 24 Sep - 7:55


Quel marathon !
Après le périple pour redresser le pays, voilà que vint le temps de redresser la prison, la réformer, et la rendre plus performante. Car, il fallait bien l'avouer, si l'évasion de Yama Albadune avait aidé en quelque chose, c'était bien à cela.
On avait vu un garde rentrer dans la prison et rendre visite à la condamnée avant que celle-ci ne disparaisse littéralement dans les minutes qui suivirent. On avait bien tenté de remettre la main sur ledit garde, mais cela fut tout bonnement impossible ; il n'existait pas. Felipe n'hésita guère à dire la vérité concernant l'identité de cet homme-mystère ou non, et préféra de loin laisser tomber cet avis :

"Il paraît assez clair que ce prétendu garde était un complice."

Il pouvait ainsi réformer la prison tout en empêchant à certains d'essayer de faire un rapprochement avec lui.
La semaine passant, les espoirs de les retrouver s'amincissaient. En se débrouillant bien, à l'heure qu'il était, ils pouvaient déjà se trouver hors des frontières.
Felipe resta un moment à la fenêtre donnant sur la cour, pensif.
Il regardait le ciel.

~~~
Dania... était quelqu'un d'efficace. Attelée à son rôle de garde-malade, elle mettait un point d'honneur à ragaillardir la jeune femme. Elle parlait beaucoup, certes, mais à son sens chacune de ses paroles était importante, même sa phrase fétiche "tu ne veux pas voir Dania se fâcher" était une phrase de la plus haute importance. Franche et fière, elle avançait droit et invitait toujours les âmes les plus endurcie à s'adoucir un peu, même si cela se traduisait toujours de manière différente.
Lorsqu'elle ne parlait pas, elle chantait. De sa voix aux odeurs du sud de l'Espagne -car oui ! le sud de l'Espagne, son Andalousie à elle, a sa propre odeur, ma fille !- elle chantait de ses mélopées à la fois douces, mélancoliques et aussi chaudes que le feu.

Ah, ça... elle en écoutait aussi des choses ! Et elle était ravie de ces confessions, mais diantre, la pauvre fille avait bien du mal à se laisser aller. À croire qu'elle ne croyait pas à ce qu'elle vivait.
Et on la comprenait... ou plutôt Dania la comprenait.

Un jour, elles eurent de la visite. Un homme tout de noir vêtu entra dans l'antichambre de la suite à l'aide d'une clé. Dania, à cet instant, sut tout de suite de qui il s'agissait ; il n'existait que deux clés.

"Ah ça... ma fille je crois qu'il est temps pour toi de savoir ce que tu fais là et de partir."

Elle lui prit la main en lui adressant un très doux sourire et l'emmena dans l'antichambre de leur suite. Comme tout le reste de la suite, c'était une pièce sommaire, quelques meubles, un fauteuil, une table et une petite bibliothèque. Un homme se défaisait à l'instant-même de sa cape de voyage détrempée ; il pleuvait à verse dehors et il en serait ainsi jusqu'au petit matin.
Parfait pour effacer d'éventuelles traces de fuite.
C'était pour cela qu'il avait choisi aujourd'hui... cela, mais aussi pour l'étonnante efficacité de sa nourrice qu'il savait qu'elle aurait vite fait de permettre à Yama de reprendre le large.

Lorsqu'il les entendit entrer, Felipe ne se retourna qu'après s'être préparé à recevoir une tempête. Au premier coup d'oeil, l''état de santé de Yama le rassura, elle semblait avoir repris des forces, suffisamment pour le départ de ce soir.
Bien que son attitude était hésitante, sa voix était ferme et d'une étonnante sincérité :

"Ravi de vous revoir, Yama."

À sa question muette, il lui répondit :

"Vous vous trouvez dans l'un de mes pavillons privés, sans doute l'un des derniers endroits au monde où l'on viendrait vous chercher."

Prendrait-elle le temps de comprendre ce qu'impliquait sa venue et cette situation ou bien tenterait-elle de le tuer avec une fourchette ?
Car c'était lui... et lui seul qui avait prévu son évasion de puis son début jusqu'à sa fin, qui aurait lieu aujourd'hui. Le déguisement du faux garde ? Prévu. Son évasion juste après sa visite ? Prévue. Sa retraite ici ? Prévue. La situation de son équipage ? Surveillée et suivie !
Tout cela était mis en place et rapporté sur des messages destinés à ses espions. Chaque espion avait son propre code, sa propre manière de faire parvenir son rapport. Il ne se passait pas un jour sans qu'il n'ait de leurs nouvelles.
Tout cela, il l'avait fait pour tenir sa promesse.
Il était tout de noir vêtu, tenue discrète de voyage... et de nouveau, les rôles étaient inversée : cette fois, c'était lui qui attendait sa sentence. Mais il l'attendait bien campé sur ses pieds, ne montrant aucune faiblesse.



Dernière édition par Rey de Marisma le Mar 24 Sep - 22:21, édité 1 fois
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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Mar 24 Sep - 21:18
- Ah ça... ma fille je crois qu'il est temps pour toi de savoir ce que tu fais là et de partir.

Partir, elle avait bien dit partir ? Yama fût debout en moins de deux. En plus de se poser les milles et une questions habituelles qui parsemaient son quotidien depuis une semaine, son esprit s'emballait à l'idée de quitter les lieux... enfin, si c'était bien ça que Dania entendait par "partir". En tous cas, Yama l'espérait fortement : elle serait prête à tout pour partir retrouver son équipage et oublier toute cette histoire... au plus vite. Ainsi lorsqu'elle se retrouva dans l'antichambre, à quelques mètres de l'homme qu'elle avait le moins envie de voir, son enthousiasme quasi-enfantin retomba. Serrant les poings, elle commença à chercher du regard quel objet elle pouvait bien utiliser dans cette foutue pièce pour le tuer.

- Ravi de vous revoir, Yama.

N'allait-il donc pas arrêter de dire son prénom à tout bout de champ ? Elle préférait quand il l'appelait "Capitaine Albadune"... ce qu'elle n'était plus actuellement, d'ailleurs. Par sa faute. Arrêtant son regard sur un chandelier qui semblait tout à fait convenable, Yama répondit d'un ton absent :

- De même, de même.

Alors qu'elle s'apprêtait à s'emparer d'un geste vif de son arme de fortune, elle fût interrompue par les paroles qui suivirent :

- Vous vous trouvez dans l'un de mes pavillons privés, sans doute l'un des derniers endroits au monde où l'on viendrait vous chercher.

Elle s'arrêta net et tourna lentement la tête vers le Roi.

- ... quoi ?

Sur le moment, elle n'avait rien trouvé de mieux à dire. Il fallait dire que ces derniers mots l'avaient plongé dans la confusion la plus totale. En silence, elle prit appui sur un meuble et commença à rassembler le peu de choses qu'elle savait de sa situation pour tenter de la comprendre. Cela ne mena à rien... sauf à une possibilité, une possibilité qui pouvait briser toute la haine qu'elle avait ressassé ces derniers jours... une possibilité qui créa une guerre en son âme.

Et si...

Et si le Roi avait vraiment tenu sa promesse ? Et si c'était lui qui avait arrangé son évasion et mandaté Dania pour la remettre sur pieds ? Non, ce n'était pas possible... ou alors il était fou, fou à lier. Fou d'avoir accordé sa parole à une femme sans coeur, fou d'avoir cru qu'elle lui ferait confiance, fou de lui avoir en quelque sorte fait confiance à son tour...

Et finalement, fou d'avoir tenu parole.

Elle pencha la tête sur le côté en fixant Felipe. Oui, il était sans doute fou... mais si tout cela s'avérait vrai, il lui aurait prouvé qu'elle pouvait encore accorder sa confiance à quelqu'un sans se retrouver brisée à nouveau.

Un rire profond secoua ses épaules, rire qu'elle ne chercha pas à cacher. Ainsi, elle avait été bernée tout ce temps... par cet homme-là.

Hé bien, elle n'imaginait pas quel calvaire ça devait être de faire partie de son entourage.

Yama reprit le contrôle d'elle même et s'approcha de l'homme en noir, d'un pas d'abord hésitant puis plus assuré. Elle s'arrêta au moment où elle lui faisait face et vrilla son regard dans le sien. Avec un sourire irrévérencieux, elle lui dit d'un ton où on pouvait entre-autre deviner le mépris et l'admiration :

- Je dois dire que j'ai rarement rencontré des hommes de ta trempe...

Elle laissa quelques secondes passer, cherchant à comprendre quel genre d'esprit pouvait bien se cacher derrière ses yeux dorés. Après un temps infime de réflexion ne donnant sur rien, elle reprit, d'un ton beaucoup moins amical :

-... maintenant dis-moi où est mon équipage.

Une telle transition pouvait paraître abrupte, mais elle était justifiée, du moins aux yeux de Yama. En effet, elle ne pourrait le croire et encore moins lui pardonner si elle apprenait qu'il avait laissé son équipage à l'abandon. C'est pour ça qu'elle le fixait avec insistance, de son regard brûlant et glacé à la fois, avec toute l'attention qu'elle pouvait lui accorder...
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Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Mer 25 Sep - 9:52


Si l'on exceptait le mouvement qu'il avait cru percevoir chez la jeune pirate pour prendre un chandelier, cette nouvelle rencontre s'était plutôt bien passée. Notons que c'était la première de ce genre ; entre celle de la course poursuite, le combat sur le navire et la "discussion" de la prison, on ne pouvait pas dire que cela avait été d'un calme absolu.
La stupeur qu'il suscita chez elle le ravit intérieurement... non pas qu'elle lui confèrait un sentiment d'auto-satisfaction, mais plutôt parce que son attitude vis-à-vis de lui changea de façon radicale.

Jamais il n'aurait cru entendre un jour le rire de Yama, à croire qu'elle n'arrivait définitivement pas à se dire que tout cela était réel. Dommage qu'elle ne riait pas plus.

"Je dois dire que j'ai rarement rencontré des hommes de ta trempe...

- Ce n'est pas comme si les rois couraient les rues... enfin... quand ils les courent, ils finissent entre les mains de pirate alors, vous comprendrez pourquoi ce n'est pas devenu une habitude." répondit-il dans un sourire complice.

"... maintenant dis-moi où est mon équipage."

Ah, il s'y attendait.
Le retour du regard froid de la jeune femme eut vite fait de ramener Felipe à ses obligations "d'hôte", sisi. Puisqu'elle le prenait comme ça...

"Je doute que vous vouliez le savoir avant d'être entièrement redevenue la "Capitaine Albadune", n'est-ce pas ? Je vous rappelle qu'il y a de cela une semaine, vous étiez sur le point de mourir, vous me haïssiez et..."

Il se rapprocha encore d'un pas, défiant son sombre regard, et, avec son sourire le plus énigmatique lui dit dans un murmure :

"...vous savez maintenant que si je me permets le caprice de ne rien vous dire tout de suite c'est que je suis un homme de parole : plus tard, vous apprendrez ce qu'il faut connaître du sort de votre équipage, mais maintenant je me dois de vous accorder une dernière faveur."

Et il pourra ainsi dire qu'il a tenu ses promesses, toutes ses promesses.
Il s'éloigna cependant, profitant d'un vague répit avant le retour de la tempête qu'il jugeait imminente et sortit, laissant le soin de s'occuper de Yama à Dania.
Celle-ci mit court à toute tentative de poursuite qu'aurait pu envisager la jeune femme. Plus âgée qu'elle, mais aussi actuellement plus forte et d'une trempe taillée dans les terres chaudes de l'Andalousie, Dania la conduisit dans la salle d'eau...
... tout en tentant d'expliquer le "pourquoi du comment du quoi."

"Tu as entendu ma fille ? Mon Felipe s'occupe de toi, et donc ta Dania aussi ! Tu ne peux pas danser comme ça, tu ferais honte à ta Dania ! Allons, pressons. Quoi ? Tu es fâchée ? Mais... tu sais mon Felipe n'est pas un mauvais bougre. Si la moitié de la terre était comme lui, on se porterait mieux ! Il est parfois un peu idiot -surtout avec les femmes-, il se permet des caprices, mais tu sais, il a raison ! On ne doit pas tout mélanger. Aujourd'hui, tu es ma Yama, la fille que l'on doit laver, que l'on doit rendre forte et qui ne doit plus avoir de regrets, rien qui ne la fasse regarder vers l'arrière ! Demain... Enfin, voyons ma fille, ne me regarde pas comme un poisson fris ! J'ai déjà vu mon Felipe nu comme un ver quand il était gosse, tu ne crois quand même pas qu'une fille dans ton genre me fait peur ! Allez hop, presto, sinon je vais me fâcher et tu ne veux ... ne m'interrompt pas ! Oui, donc tu ne veux pas voir ta Dania fâchée ! Qu'est-ce que je disais avant ... ah oui ! Tiens, savonne-toi avec ça. Oui, c'est ça : Demain ! Demain, tu seras une autre femme, pas celle d'aujourd'hui, pas celle de la prison non plus et pas celle d'encore avant. Et alors, tu pourras en savoir plus... mais avant, on doit te choisir une robe.
T'es maigre comme un clou ma pauvre ! Mais tu devrais pouvoir rentrer dans l'une de ces vieilles robes. Ah... je sens que Felipe va m'en vouloir si je te donne celle-là mais bon, on n'y peut rien si elle te va bien et si toutes les robes d'ici sont celles de sa petite femme.
"

Bien entendu, les seules robes disponibles dans le pavillon privé du roi étaient celles de sa défunte femme. Dania en avait rafraichi une et la sortait à ce moment-même de la large garde-robe. Sans doute Yama commença à comprendre, si cela n'était pas déjà fait, que le roi voulait qu'elle quitte ses vieux vêtements pour la dernière faveur qu'il avait à lui accorder ; une valse.

Il l'attendait dans la grande salle de réception, qui servait également de salle de bal. Frais, sortant du bain et ayant fait sa toilette, il portait un de ses habits de bal ; chemise à jabot, gilet bordeaux, veste d'un vert sombre sur les revers de laquelle étaient cousues des fleurs de nénuphars blanches soulignait sa taille par-dessus un pantalon noir et des bottes de cuir à boucle d'or. Il avait momentanément abandonné ses lunettes ainsi que ses gants.
C'était la première fois qu'elle le verrait ressemblant à un roi. Ils n'avaient pas d'orchestre -pas assez discret- mais il finissait juste de lancer une valse sur un étrange appareil de musique de son cru lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir derrière lui.
Il se retourna lentement, mais même ainsi, sa vue se troubla. À moins que ce ne soit la vision elle-même qui le troubla... n'importe ! Il venait de voir une apparition. Son regard se teinta d'une profonde tristesse pendant quelques instants sans qu'il puisse le contrôler, comme une blessure que l'on avait rouverte.
Puis, la vision de sa femme s'estompa et il ne vit enfin que la réalité ; la douce réalité de Yama dans cette robe revenue du passé. S'il avait encore des doutes, il en fut persuadé à cet instant ; son deuil ne prenait fin que maintenant.

Ses yeux, toujours un peu mélancoliques s'étaient aussi beaucoup adoucis, il resta un temps silencieux, la musique donnait à cette scène une atmosphère très solennelle. Puis, ne sachant quoi dire, il dit la vérité, s'avançant majestueusement vers elle :

"Yama Albadune... Vous êtes magnifique."

Il lui prit la main et l'effleura de ses lèvres.

"M'accordez-vous cette valse ?" dit-il en se relevant doucement et en présentant sa main.

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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Mer 25 Sep - 18:56

Yama ne comprenait strictement rien à ce que Dania lui racontait : alors comme ça, elle serait une femme nouvelle dans peu de temps ? La nourrice devait avoir un sérieux problème pour penser qu'une danse suffirait à la transformer... et en quoi, d'ailleurs ? Tout cela n'avait aucun sens...

... du moins c'était ce qu'elle pensait jusqu'à ce qu'elle ne se voie dans le miroir.

La femme qui la fixait avec des yeux ronds était une mascarade. Certes, elle était vêtue et apprêtée comme une dame du monde, mais... son teint livide, son regard sombre et les cicatrices qui marbraient la peau blanche de ses bras prouvaient qu'elle n'en était - et n'en serait jamais une. Cette parure n'était que poudre aux yeux : la robe portait le parfum d'une défunte et celle qui la portait n'avait rien de noble. Où s'était donc cachée le Capitaine Albadune ? Avait-elle disparu ?

Incapable de répondre, Yama vint poser sa main contre celle de son reflet. Sous ses doigts, la glace était froide.

Peut-être que Dania avait raison : peut-être qu'elle était plusieurs et changeait sans cesse, peut-être qu'elle n'était déjà plus la même. Que disait-elle ? Ah oui... "Demain, tu seras une autre femme, pas celle d'aujourd'hui, pas celle de la prison non plus et pas celle d'encore avant."

... qui donc était-elle en train de devenir ?

Secouant la tête, elle ravala la boule qui s'était formée dans sa gorge et grogna lorsque Dania fit mine de vouloir nouer ses cheveux : oh, elle avait été docile pour le reste mais elle voulait les laisser détachés. Malgré la perplexité dans laquelle cette requête semblait l'avoir plongée (et le manque d'argument de sa protégée), Dania finit par accepter. Elles vérifièrent ensuite que Yama était prête avant de se déplacer vers la salle de bal. Alors que Yama tentait de comprendre comment certaines femmes pouvaient bien passer des jours dans ce genre de tenue, elles arrivèrent et son accompagnatrice la laissa entrer seule.

Le regard que posa Felipe sur elle répondit à sa question, lui renvoyant une image d'elle-même qu'elle n'aurait jamais pu imaginer. Mais il n'y avait pas que de la douceur dans ce regard, même la criminelle pouvait y déceler de brefs éclats de tristesse. Elle frissonna malgré elle en se rappelant à qui appartenait cette étrange robe d'un pourpre si profond qu'elle en paraissait noire.

La salle était immense et ressemblait à celles qu'elle adorait espionner il y avait de cela des années. Le bruit de la pluie au loin se mêlait délicatement au son de la valse. C'était comme si tout concordait pour faire de ce moment un moment à l'ambiance absolument unique.

Et puis, soyons honnêtes, il est rare de voir un roi accorder une valse à une criminelle.

- Yama Albadune... Vous êtes magnifique.

Elle lui adressa un sourire sincère : le tableau lui semblait fragile, elle ne voulait pas le briser. Pourtant, elle ne put s'empêcher de frissonner lorsqu'il lui fit un baise-main.

- M'accordez-vous cette valse ?

Yama hocha la tête en silence et glissa sa main glacée dans la sienne, résolue à lutter pour accepter, une fois, d'être celle que l'on mène.

C'est ainsi qu'ils commencèrent à danser.

Une semaine auparavant, alors qu'elle était à l'article de la mort, il lui avait dit "Voyons si un miracle vous exaucera"...

Et il l'avait fait. Il avait tenu parole, il avait accompli un miracle. En fait, il n'avait pas fait que ça, se dit-elle en pensant aux marques de piqûres qui stagnaient encore sur ses bras. Il l'avait sauvée de son addiction sans même le faire exprès. Quel genre d'homme pouvait vous aider dans une bataille, vous jeter en prison et vous aider à vous évader, tout en exauçant un de vos voeux les plus absurdes... ?

Elle le fixa en silence de son regard où se mêlaient incompréhension, admiration... et d'autres choses qu'elle-même n'aurait pu nommer. Quel genre de folie pouvait bien pousser cet homme à danser ainsi avec une pirate qui portait les atours de son ancienne épouse...

- Je ne m'attendais pas à ce que... même ça...

Et voilà qu'elle ne parvenait plus à parler. Ah, ça, elle était bien contente que son équipage ne puisse la voir ainsi. Peut-être qu'elle le leur dirait en rentrant...

Un instant... depuis quand partait-elle du principe qu'il s'était occupé d'eux également ? La réponse la bouleversa bien plus qu'elle ne voulut le montrer...

*Peut-être parce que je lui fais confiance.*

Il y a quelques temps, elle aurait trouvé ça stupide. Pourtant, en ce moment... elle ne pensait pas avoir tort.

- Alors comme ça, tu avais tout prévu ?

Sa voix s'était réduite à un murmure. Après tout, elle ne voulait pas couvrir la musique...
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Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Ven 27 Sep - 10:02
Spoiler:
 




Entrainés par la valse, le temps sembla perdre son cours.
Le rythme en trois temps faisait défiler autour d'eux les couleurs chaudes de la salle, les miroirs et les fenêtres sur lesquelles battait la pluie à l'extérieur.
Une magnifique berceuse.
Un magnifique danse... improbable.
La main de Yama était froide dans la sienne. Cette dernière lui semblait si frêle sous son bras autour de sa taille qu'il avait l'impression qu'elle allait se casser. Son séjour en prison lui avait laissé des séquelles... de trop lourdes séquelles à son goût.
Comment une telle situation avait-elle pu voir le jour ? Il avait dû falloir deux esprits fous, sans doute, les leurs, pour qu'un roi danse ainsi avec une pirate, en toute connaissance de cause.

"Je ne m'attendais pas à ce que... même ça..."

Il chercha son regard, sans forcément attendre une suite. Elle semblait troublée, cela le toucha.

"Je ne m'attendais pas à ce que vous me demandiez une telle chose non plus lorsque je suis venu... venu pour vous parler de mon plan. Pourquoi une telle demande ?"

Mais il ne l'avait pas révélé... il n'avait pas pu. Il avait trouvé devant lui une femme qui le haïssait au plus haut point, une femme condamnée et cette vision l'avait bouleversé et il avait simplement décidé qu'il serait le seul à prendre toutes les responsabilités. Cela pouvait paraître égoïste, après tout il n'avait fait que la laisser dans le doute durant tout ce temps mais... il n'avait jamais peur d'endosser le mauvais rôle, jamais.

"Alors comme ça, tu avais tout prévu ?"

Felipe ne lui répondit pas tout de suite, son regard glissa sur son bras meurtri par des morsures.

"Malheureusement, non."

Ses yeux s'arrêtèrent sur les marques de piqûre. Il n'avait pas passé un seul jour sans planifier chaque seconde de l'évasion, et pourtant, d'infimes éléments lui avaient échappé. Il eut un pincement au coeur, serra un peu plus sa main comme pour garder cette petite manifestation de vie dans ce corps marqué par l'isolement avec lui.

"Il semblerait que je n'avais pas prévu tous les détails. Mais au moins maintenant... vous êtes libérée de cette chose." dit-il en regardant toujours les marques.

Tu parles d'une parole réconfortante.

Pourquoi avait-il fait tout cela... ? Il ne s'était pas remis en question, ni lui ni ses actions, jamais. Il avait simplement écouté une impulsion dés qu'elle avait été embarquée. Mais pourquoi ? Le savait-il lui-même ? Et pourtant, même maintenant, la seule chose qu'il regrettait, ce n'était pas de ne pas s'être remis en question ou de ne pas avoir agi en roi vis-à-vis d'une criminelle, non... ce qu'il regrettait c'était de ne pas avoir été plus efficace, d'avoir laissé une telle situation s'instaurer.

Sa fierté royale avait disparu, piétinée par cette femme et par cette danse, par ses deux semaines où il avait dû jouer un rôle double, sans cesse, que ce soit sur le navire ou à son palais. Mais sa fierté personnelle, elle, était satisfaite. En quoi cette action pouvait à ce point le soulager... il n'en savait trop rien. Une phrase seulement continuait de passer devant ses yeux ; Tout avait commencé avec son caprice, son enlèvement et cette fameuse promesse.

Donc, au final, il se sentait responsable, responsable de cette situation, mais aussi responsable d'elle et de son sort. Il et se fit donc silence, laissant le musique le porter. Son regard se perdit dans la chevelure brune de la jeune femme. Finalement, il lui dit dans un murmure ;

"Sachez Yama, que même maintenant je reste un dangereux criminel. Car ceux qui possèdent le pouvoir sont les plus dangereux de tous ; on leur pardonne leurs crimes dans une certaine mesure... parce qu'ils sont rois... ou reines. Même si cela est pour le bien de mon pays, le nombre de mes victimes dépasse sans doute le vôtre. Mais... alors que vous m'avez épargné sur votre navire, j'aurais été le dernier des hommes de ne pas vous sauver en retour. J'ai dû choisir entre le roi... et l'homme. Le roi aurait tué, encore, mais l'homme... vous épargne."

Un petit temps.

"Me pardonnerez-vous un jour pour ces cachoteries et pour... toute la souffrance que vous avez subi à cause de moi ?"

Il plongea ses yeux dans les siens, prêt à tout entendre de sa part.
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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Sam 28 Sep - 0:44
Yama ne pût s'empêcher de se mordre les lèvres lorsque le regard de Felipe glissa sur les marques qui ornaient son bras. Les traces de son calvaire exposées ainsi lui rappelèrent quelle imposture elle avait été lorsqu'elle était Capitaine : même à la tête du Blackbird Braille, elle n'avait jamais été libre. Même sous les traits du Capitaine Albadune, elle restait une vaste plaisanterie... une illusion. Et maintenant... maintenant, elle n'était plus rien de cela. Elle n'était qu'une femme dont le masque venait de tomber. Et il n'était pas le seul...

- Sachez Yama, que même maintenant je reste un dangereux criminel...

Oh, elle le savait, elle n'avait juste pas eu l'occasion de le lui rappeler. Mais quelque part, cela la rassurait de voir que Felipe en avait conscience... après tout, il n'était qu'un homme comme les autres en cet instant. Un homme qui avait commis l'erreur d'exaucer le vœu d'une femme comme elle.

Car oui, tout cela était une erreur, ou du moins le résultat d'une succession de décisions qui dépassaient l'entendement. Dans le monde ordinaire, les rois ne dansent pas avec les pirates. Et pourtant... voilà qu'ils dansaient, à la faveur de la nuit. Voilà qu'ils brisaient les règles du monde ordinaire en toute impunité.

Et comme toute transgression, leur danse était délicieuse.

Lorsqu'elle sentit que Felipe attendait des réponses de sa part, elle attendit encore quelques instants avant de parler à son tour.

- J'ai toujours voulu l'impossible. La liberté absolue, la renommée, le respect, le contrôle... tout cela, je l'ai désiré ardemment... et je l'ai obtenu. J'ai eu le ciel, un équipage qui se pliait à mes ordres, la crainte de mes pairs... et j'ai voulu plus encore. Et comme je ne pouvais pas tout avoir, l'univers s'est chargé de faire fondre mes ailes : je ne suis devenue pirate qu'au prix d'une souffrance qui ne disparaîtra jamais. Ces marques que je porte sur mes bras sont les symboles de mes déchéances ; je voulais voler, je suis devenue une ennemie publique. Je voulais protéger ma famille, on m'a poursuivie et condamnée... alors, quand plus rien ne m'était permis, je ne voulais plus vivre. Je voulais seulement... quelque chose d'impossible, à nouveau.

Quelque chose d'unique...

Elle ferma les yeux, comme pour apprécier la sensation d'horreur sucrée que son discours lui avait laissé en bouche. Elle savait qu'elle n'avait pas dit tout ce qu'elle avait à dire mais... elle préférait peser ses mots, pour une fois prendre le temps d'y penser. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, son regard s'était teinté d'une lueur indéfinissable. Ainsi, Felipe demandait son pardon...

Il avait déjà sa confiance, ne pouvait-il donc pas s'en contenter...

- Ce qui est fait est fait... Felipe. Comme tu as pu le constater, je ne suis toujours pas morte. Tes actions étaient logiques, et si je devais revenir sur une erreur... ce serait la mienne. J'aurais dû te relâcher avant que ton pays ne te retrouve...

Oh oui, elle aurait dû. Cela lui aurait épargné les heures sombres où elle avait prié pour que la souffrance s'arrête, pour que la mort vienne l'emporter. Le souvenir de sa défaite lui revint en tête également, faisant resserrer l'étreinte de sa main dans celle de son interlocuteur.

- ... mais cela est la seule erreur sur laquelle je reviendrai. Maintenant... je vais devoir aller de l'avant, comme je l'ai toujours fait. Et toi aussi.

Prononcer de telles paroles lui fit mal : l'idée de délaisser ce présent étrangement réconfortant pour un avenir incertain où les choses ne seraient plus jamais les même la plongeait dans un état proche du désespoir. Depuis quand ressentait-elle de telles émotions, et surtout avec tant de force ?

Elle reporta son regard devenu absent et le crocha à celui de Felipe. La musique ne s'était toujours pas arrêtée, il leur restait encore un peu de temps.

Incapable de savoir quoi dire de plus et par crainte d'avoir brisé quelque chose, elle se contenta de ne plus le lâcher, de continuer de noyer son regard de plomb dans les yeux d'or de son partenaire, en quête d'une réponse à cette folie, d'une explication rationnelle.

Car oui, il restait son partenaire pour quelques instants encore, et c'était cette certitude qui lui permettait de supporter l'idée de la fin à venir.
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Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Sam 28 Sep - 20:57


"J'ai toujours voulu l'impossible."

Une femme en quête d'idéalisme.

"La liberté absolue, la renommée, le respect, le contrôle..."

Un idéal de liberté.

"...tout cela, je l'ai désiré ardemment... et je l'ai obtenu."

Un idéal Atteint, assouvi...

"J'ai eu le ciel, un équipage qui se pliait à mes ordres, la crainte de mes pairs..."

... et développé.

"Ces marques que je porte sur mes bras sont les symboles de mes déchéances"

Une femme décidément trop torturée...

"...je voulais voler, je suis devenue une ennemie publique."

... lot que sa condition de criminelle avait amené avec elle.

"Je voulais protéger ma famille, on m'a poursuivie et condamnée..."

Une condition qu'elle s'était forgée dans la société actuelle, comme beaucoup y sont parfois obligés.

"...alors, quand plus rien ne m'était permis, je ne voulais plus vivre. Je voulais seulement... quelque chose d'impossible, à nouveau."

Et comme beaucoup... non... comme tout le commun des mortels, l'être humain a le droit à une parcelle de rêve. Qu'il soit criminel ou non. Il était étrange cependant que cela prenne une telle forme chez une femme aussi dangereuse que Yama Albadune. L'ombre d'un sourire passa sur le visage du roi. Elle venait de se révéler plus qu'elle n'en avait l'habitude, plus qu'il ne l'aurait cru de sa part... et pourtant, ce n'était pas de l'auto-satisfaction de recevoir ainsi, dans un moment de faiblesse, de telles confessions, mais plutôt un certain... soulagement.
Très léger, infime.
Ils se ressemblaient.
Cette ressemblance était à peine croyable, mais il l'avait entendue dans chacune des notes de sa voix, là, à cet instant précis. Un instant dont l'absence de musique finirait par faire sonner le glas, un glas funeste, celui d'un retour à la réalité où les promesses entre roi et criminels ne prévaudraient plus.
L'avait-elle compris ?
Le voulait-elle ?
Sans doute qu'ils ne voulurent plus bafouer la musique. Là où la parole entrainait des espoirs dans les abysses, rappelait par son existence précaire et sonore, rationnelle et ordonnée, la fin prochaine de ce cocon sonore, seule la danse était l'expression du "possible" dans cette illusion. Elle dépassait les mots et les sens. Mais le temps, malgré tout, avançait, inexorable, à travers ce même rythme, ce même tourbillon de couleurs. Si la danse était l'expression du possible, si le temps demeurait un maître inébranlable, ils cherchaient un point d'ancrage dans le regard de l'autre.
Avait-elle compris ?
Le voulait-elle ?
Ces questions semblaient dérisoires. Ce n'en était que deux parmi tant d'autres qui se bousculaient sous le crâne de Felipe et son sens lui manquait pour lui permettre d'y remettre bon ordre. Regarder ce visage qui s'offrait à lui avec des palettes de couleur qu'il ne lui connaissait pas auparavant... par contre... lui semblait des plus intéressants.
À tel point que leur étreinte se resserra, la musique sembla se fondre avec ses pensées, son pas ralentit et, défiant l'illusion, s'arrêtant avant les dernières notes de la valse, il approcha ses lèvres des siennes, aussi doucement que lorsque l'on éprouve un rêve que l'on a peur d'effrayer... ou de ne pas trouver.

Ce fut un baiser étrange, très doux, mais salé comme celui des larmes ; avant même de goûter à un fruit qui leur était défendu, il avait le goût de leurs adieux.

Un acte irréfléchi... un acte qui n'avait pas besoin d'être réfléchi par le commun des mortels.
La pluie seule les surprit ainsi, enlacés.

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Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Dim 29 Sep - 16:22
Plus fort que tous les autres sentiments, la crainte la saisit. Ce contact... n'était-ce donc pas ça, ce qu'elle voulait ? Ce qu'elle avait cherché à travers cette danse, à travers les mots qu'elle avait déroulé, tentant de l'atteindre, de le comprendre... et maintenant qu'il avait posé ses lèvres sur les siennes, le souvenir de l'Autre avait tout envahi, la ramenant des années en arrière... il fallait qu'elle le repousse avant qu'il ne la blesse. Il fallait qu'elle brise ce rêve qui allait la tuer. Il fallait qu'elle...

Qu'elle s'accroche. Plus fort, quitte à lacérer sa peau à lui. Elle n'était plus celle qu'elle avait été, cette femme meurtrie qui souffrait en silence. Il fallait qu'elle avance, comme elle n'avait jamais cessé de le faire. Il fallait qu'elle trouve en elle le courage de céder... car elle l'avait dit, elle lui faisait confiance. Il avait vu ses blessures et à travers ses paroles, elle lui avait offert en toute conscience une part de son âme.
Elle l'avait compris.
Elle le voulait.
C'est ainsi que, ignorant son coeur brisé sous l'assaut des sentiments, elle s'abandonna à leur étreinte, savourant enfin le goût du désastre vers lequel ce baiser les amenait. La musique s'arrêta, mais elle ne le lâcha pas, tentant de conserver un instant encore la douce chaleur du moment. Malade, elle était malade d'avoir demandé une telle chose... mais elle n'était pas la seule : cette folie, elle avait pu l'apercevoir dans les yeux de son partenaire.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, ils se ressemblaient.

Lorsque Yama finit par se détacher de Felipe, son regard s'était troublé. Allons bon, elle n'allait pas se mettre à pleurer maintenant... si ?

Le problème était simple : maintenant qu'elle ne voulait pas partir, elle le devait. Ensemble, ils représentaient deux mondes qui ne seraient jamais, au grand jamais compatibles. Et pourtant... si l'on faisait abstraction de leurs milieux...

... si l'on oubliait un instant leur condition...

Elle ne parvenait pas à l'oublier. Même ainsi, criminelle elle était, criminelle elle resterait... et il en allait de même pour la condition du roi qui lui faisait face. Un goût d'amertume vint s'installer en elle, chassant la douceur de l'instant précédent. Lentement, elle reprit le contrôle de sa respiration, tentant de ralentir les battements douloureux de son coeur. Elle plongea son regard humide dans celui de Felipe, incapable de lui dire ce qu'elle avait à lui dire. Le feu qui s'était allumé en son âme blessait la glace qui formait son essence même : elle n'aurait su dire si elle préférait cette nouvelle forme de souffrance à celle de la femme qu'elle avait été avant cette valse.

Maintenant elle comprenait mieux ce que Dania voulait dire...

... mais elle était incapable de dire ce qu'elle était devenue. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle avait eu ce qu'elle voulait.

Une danse improbable... un instant impossible.

La gorge toujours nouée, elle ne put que tenter de faire passer sa reconnaissance à travers son regard, tout en sachant que ladite reconnaissance serait teintée de désespoir.
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Invité
Rey de Marisma

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Lun 30 Sep - 22:24


La tenant contre lui, ne voulant pas la lâcher, la sentant répondre à son baiser, sentant la brûlure qu'il lui conférait, il voulut bien se perdre encore un peu... pendant quelques secondes, juste quelques secondes. Des secondes qui prirent fin, laissant une étreinte vide. Le roi fanfaron, el Rey de Marisma, était très loin de là à cet instant. Troublé, sonné, il lui était difficile de faire bonne contenance. Déjà cet instant, ce très infime instant, lui paraissait être les restes d'une folie monstrueuse... alors qu'il aurait bien recommencé. Soutenant le regard de Yama, il tenta de dire quelque chose de concluant... de construit... mais surtout de constructif, rassurant. N'importe !
D'un crapaud bruyant et fanfaron, il devint aussi muet qu'une carpe.

Il ne voulut pas voir les larmes de Yama... sa supplique, par contre, il ne la vit que trop. Il ferma les yeux, rassembla quelques brides de pensées encore cohérentes, sa poitrine se souleva dans un soupir :

"Dania... Dania va vous rendre vos affaires et vous pourrez retrouver votre équipage, Yama. Vous... serez à nouveau libre."

Et lui redeviendrait roi... lorsqu'elle passerait cette porte, définitivement.
Face à son interrogation muette, il ne put cependant s'empêcher de sourire. Un sourire à peine visible, mais qui adoucit son expression peinée, même si un poids de plomb continuait de peser sur sa poitrine.

"Échouer un bateau ne signe pas sa fin. C'est un peu comme... le mettre en dépôt sur une île déserte, le temps de se faire oublier."

Il suffisait ensuite d'avoir quelques hommes très discrets...
Derrière elle, la porte de l'antichambre s'ouvrit sur Dania. L'andalouse posa sur eux un regard lourd... très lourd. Oh, il le connaissait très bien ce regard, il devait se préparer à une importante discussion avec elle. Son arrivée cloua le bec de Felipe au moment où il s'apprêtait à ajouter quelque chose. Il ne voulut pas la laisser partir, il avait quelque chose d'important à lui dire, de très important. Et le coeur lui manquait. Il eut cependant un sursaut tandis qu'elle se dirigeait vers la porte

"Yama."

Il lui demanda, faisant appel à toute la force qui résidait encore en lui... à toute la responsabilité qu'il devait prendre, lui.

"La prochaine fois que vous reviendrez en Espagne... je ne pourrai plus rien pour vous."

Il chercha les prunelles de la jeune femme, voulut que ces mots s'imprègnent dans son être, définitivement. Que cela cesse avant que cela ait vraiment commencé, cela pouvait paraître idiot, espérait-il vraiment se faire obéir d'elle ? Non, mais sa sentence était tombée. Il devait arracher la blessure en même temps que le bandage s'il voulait avoir l'impression de pouvoir assurer son rôle. Si elle revenait... il ne savait pas s'il la garderait d'un instant de folie de sa part, il était prêt à se blesser pour la prémunir du rôle qu'il avait à jouer :

"Ne revenez plus."

Si lui-même s'était vu, il ne se serait pas soupçonné capable de pouvoir rendre ses yeux aussi glacés qu'à cet instant. C'était fini. L'illusion était brisée et il valait mieux que chacun d'eux se fasse à cette idée. Et lui le premier. L'homme était parti, le roi était de retour. Du moins, il essayait de se le persuader.

~~~

Les habits de pirate de Yama avait été lavés, repassés, préparés et attendaient sagement qu'on les récupère sur le valet de pieds en bois sculpté à côté de la grosse armoire. Dania défroissa la robe avant de la laisser retomber sur un mannequin : elle s'en occuperait plus tard.
Elle conduisit sa jeune protégée en dehors de la demeure après l'avoir forcée à mettre une cape. C'était une cape simple, noir, à doublure pourpre, neuve, que Felipe avait ramené, la taille du paquet n'éveillant aucun soupçon et n'étant lui-même pas certain qu'il avait encore dans cette bâtisse de quoi prévenir de la pluie.
Un groupe d'hommes, habillés de noir, une fleur de nénuphar blanche cousue sur le col les attendaient près d'un véhicule. Dania abandonna sa petite en remontant les bretelles des gardes... sans avoir réellement de raisons à part celle, évidente et sentimentale, qu'elle voyait partir sa jeune patiente qu'elle avait appris à chérir comme sa petite fille.


~~~


Le cliquetis du loquet derrière lui fit naître un léger un frisson dans son dos. Il se borna cependant à regarder la fenêtre, sans se retourner vers Dania. Le véhicule trembla pour le démarrage et disparut. Il avait confiance en ses hommes, aussi confiance que Yama en son équipage, sans doute. Une élite dont lui seul avait connaissance... des espions pour ne pas dire des amis puisque ce terme n'était pas réservé à un roi.
Il continua d'ignorer les pas qui se dirigeaient vers lui, inlassablement.

Il ne l'avait pas tuée... il avait tenu sa promesse. Il devrait être heureux, content.... satisfait. Le goût de leur baiser survolait encore ses lèvres. Mais elle tuerait à sa place, et quant à la chance pour qu'elle écoute sa dernière mise en garde, il avait un très faible espoir.
Il avait relâché une criminelle, c'était la seule vérité.

"Mon petit Felipe... pourquoi ne lui as-tu pas dit de devenir mercenaire espagnole si c'est pour finir dans cet état ?"

Il est vrai qu'il avait un visage qui semblait venir d'outre-tombe. il soupira, mais ne se sentit pas capable de soutenir les deux fléchettes sombres qui transperçaient son être à cet instant. Il resta les yeux fixés sur la chose la plus immatérielle de son environnement ; le pluie, désespérant de pouvoir y trouver une alliée.

"Loin des yeux, loin du coeur."

Que tout ceci disparaisse.
La semaine passée sur le bateau, la prison... la valse, le baiser, tout ! Que tout disparaisse.

Un soupir d'exaspération, un orage de mouvements insolites éclata sur sa droite.

"Si tu crois pouvoir tromper ton monde comme ça... moi tu ne m'auras pas mon petit Felipe !"

Surpris, l'intéressé la regarda enfin : mains sur les hanches, campée sur ses pieds, Dania, une tête de moins que lui, le dominait de tout le feu que possédait ses yeux. Après l'avoir ainsi regardé en silence, elle hocha la tête, satisfaite de son effet, et partit, sans autres explications. Felipe la suivit du regard... sans comprendre.
...

...
Non mais... vraiment, il n'avait pas compris.

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Invité
Yama Albadune

MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Mar 1 Oct - 20:30
Elle s'était figée, ne parvenant pas à quitter la pièce. Ses mains tremblaient encore, sa gorge s'était asséchée. Ne pouvaient-ils donc pas...

- La prochaine fois que vous reviendrez en Espagne... je ne pourrai plus rien pour vous.

Ah oui, c'était vrai. Le rideau était tombé, le temps des mascarades était rétabli. Immobile, sur le pas de la porte, elle lui tournait encore le dos. Elle tourna la tête vers lui, croisant son regard une dernière fois. Elle avait ravalé les larmes qui avaient menacé de couler sur ses joues, rendant ainsi le dernier visage qu'elle lui présenta le plus neutre possible.

- Ne revenez plus.

Un dernier instant avant de balayer le souvenir de la chaleur de leur étreinte, et soudainement la Capitaine Albadune était de retour. D'un mouvement de tête, elle rejeta ses cheveux en arrière tout en lui adressant un sourire grinçant :

- Vos désirs sont des ordres... Votre Majesté.

Et c'était tout.
Elle était partie.

***

Après avoir fait ses adieux à Dania, Yama laissa les hommes de main du roi l'escorter jusqu'à l'endroit où attendait son navire. Le visage de la Capitaine s'était fermé depuis son départ, et c'est à peine si l'on vit l'ombre d'un sourire naître sur ses lèvres lorsqu'elle aperçut le Blackbird Braille. Elle ne changea pas non plus d'expression en remettant les pieds sur son vaisseau et frémit à peine devant l'accueil chaleureux des pirates qui l'avaient attendue avec impatience. Elle avait simplement marché vers ses appartements et s'y était enfermée après avoir marmonné une série d'instructions visant à les éloigner des côtes d'Espagne au plus vite.

Une fois seule, elle se débarrassa de sa cape et se dirigea vers son bureau. Sans hâte, elle fouilla méthodiquement les tiroirs jusqu'à retrouver la seringue qu'elle s'était préparée pour le soir où elle avait été capturée.

Contemplant l'objet d'un air pensif, elle s'assit mais ne releva pas ses manches. Son esprit revenait sans cesse vers les événements de la nuit. Oui, elle avait eu l'impossible... la situation la plus absurde qui aurait pu se produire en ce bas-monde, et cela ne suffisait plus. Elle se mordit les lèvres en repensant à leur baiser, à l'effort qu'elle avait dû faire pour y céder...
Et aux sensations qui avaient suivi le moment où elle avait brisé ses propres barrières. N'auraient-ils pas pu recommencer... ?
Tout cela n'était pas bon, pas bon du tout. A nouveau, elle se retrouvait à vouloir trop. Plus encore que le ciel qu'elle connaissait par coeur, plus encore que l'ivresse d'un combat palpitant, elle voulait retrouver cette ivresse qu'elle avait éprouvé au contact de l'autre.
Elle ne le pouvait pas. Quant au seul paradis qui s'offrait à elle encore, il était mortel, délicieux... et à portée de main.

Elle réfléchissait, tout en faisant glisser la seringue entre ses doigts.

***

La journée avait passé. Suivant les instructions de sa Capitaine, le Blackbird Braille s'était élevé au-dessus des nuages et voguait sans heurts jusqu'à ce que la nuit tombe.
Debout devant la porte de la cabine, un jeune mousse nommé Hawkins Devola tentait de combattre la peur que sa chef lui inspirait pour oser la déranger.

La journée avait été tranquille, mais lui-même ne l'était pas. Si les autres avaient réussi à se convaincre que la Capitaine était dans un état normal, lui n'en croyait pas un mot et avait décidé, au bout d'une journée de discussion avec Darla, à harceler la Capitaine jusqu'à ce qu'elle lui prouve qu'elle n'avait rien fait de stupide.

Il inspira profondément, fit ses prières et commença à frapper.
Toc toc toc.
- Capitaine... je sais que vous êtes là.
Pas de réponse. Sans se démonter, le mousse continua.
- Allez... s'il vous plaît, répondez...
Toujours rien. Saisi d'une peur qu'il ne parvenait pas à s'expliquer, le mousse commença à marteler la porte des deux mains. Il était seul dehors, les autres étaient descendus. Peut-être qu'eux commenceraient à s'inquiéter demain, mais Hawkins ne voulait pas attendre 24 heures. Lors de la semaine qui avait précédé leur défaite, il avait vu Yama Albadune dans un état de stress incroyable... et il était certain que le séjour en cellule n'avait rien arrangé. Oh, il se doutait que le roi avait prit soin d'elle mais...
Il le maudissait. Il la maudissait également. S'ils ne s'étaient pas rencontrés, jamais la Capitaine n'aurait souffert à ce point...
- S'il vous plaît...
Il voulait juste la rappeler qu'elle n'était pas seule...
Voir si elle allait bien.

Il ne savait pas depuis combien de temps il frappait. Il sût simplement que, lorsqu'il s'arrêta, découragé, une voix lui parvint de l'autre côté de la cloison.
- Je suis là. Tu peux entrer.
La porte n'était pas verrouillée. Hawkins la poussa avec crainte pour entrer dans une pièce plongée dans la pénombre.

Assise en équilibre sur sa chaise, les pieds posés sur son bureau, Yama lui tournait le dos. Lorsque sa vision s'habitua à l'obscurité, le mousse put voir qu'elle tenait dans sa main gauche un verre d'une substance sombre - du vin rouge... ou du sang. Son autre bras pendait vers le sol et tenait ce qui ressemblait à une cigarette dont la fumée bleuâtre survolait paresseusement le sol. Hawkins s'approcha de sa Capitaine et put constater que - parmi les nombreuses blessures qui les ornaient, ses bras ne portaient pas de traces de piqûres récentes.
Son visage, par contre, le choqua pour une toute autre raison.

Un sourire aux lèvres, la tête renversée vers le plafond Yama Albadune pleurait comme une enfant.

~ RP clos ~
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MessageSujet: Re: [Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]   Aujourd'hui à 6:03
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[Année 0003] Valse à trois temps et fugue majeure [Terminé]

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