[Année 003] Les Brumes de Tortuga

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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Mar 24 Sep - 10:05
*Sproutch*

Ma délicieuse bottine s'enfonce dans la gadoue avec un bruit de succion infect. Je la retire péniblement et contemple le cuir souillé par l'humidité et la fange. Ma chaussure est foutue.
Je serais bien en peine d'en acheter une autre.

- Dreck!

Voilà trois semaines que nous avons quitté Montréal, Alice, "Papa" et moi. Il s’est très vite avéré que notre nouvelle compagne de route n'était pas d' une ressource financière ébouriffante. Nous vîmes rapidement les limites de notre stratégie de vagabondage. Non seulement nous n’avions plus un sous -et plutôt vendre mes augustes miches plutôt que de me séparer de mon précieux outillage d'ontologie- mais frayer avec deux  androïdes relevait de la gageure. Le Nouveau monde semblait vivre  avec l'ombre lancinante de la Cité volante d'Emérald au dessus de sa tête. Si Alice se révélait plutôt accommodante dans ma volonté de la rendre présentable et sympathique - le velours bleu poivré lui va à ravir- il en allait autrement de mon cher "Papa". Sa bref illumination au quartier générale de la féerie s'était complétement envolée, écrasée par un retour progressif à la torpeur qui avait endeuillé nos déplacements du Vieux Continent jusqu'au Canada. Et "Papa" étant "Papa" il attirait par nature toute l'attention sur lui. J'avais bien essayé de le déshabiller de force pour lui faire porter autre chose que sa bure mais mon échec avait été cuisant.

Et tout ceci n'avait fait que se compliquer quand un avis de recherche figurant nos descriptions avait commencé à circuler au delà de l'Acadie. Les fées sont vraiment toutes des putains.

Étrangement c'est cette brusque plongée dans l'illégalité qui nous offrit un ticket de sortie providentiel. Rare étaient les bateaux  naviguant en toute légitimité qui osaient s'aventurer dans les eaux caribéennes et c'est grâce à notre statut tout neuf -au moins pour moi- de repris de justice que nous pûmes embarquer à bord d'un navire de contrebande trafiquant un fatras de fourrures, d'huile de baleine et de viande de phoque à destination de Caracas. Après avoir soigné la rage de dents carabinée du capitaine - On a toujours besoin d'un excellent dentiste- nous avions pu monnayer une escale à Tortuga qui figurait sur sa route. La seule contrainte était qu'il ne comptait nullement faire escale dans ce repaire de pirates et nous débarquerait sur une plage discrète et abandonnée de l'île.

Charge à nous de rejoindre les lumières de la ville.
Charge à nous de ne pas nous perdre.
Charge visiblement  trop difficile sur ces terres moite, collantes et sales .

Alors que je prononce mon juron, un moustique s'infiltre dans ma bouche et je me mets soudain à tousser et à cracher cet immondice de ma gorge.

*KOF! KOF!*
- Par.. Par toutes les saintes Dents de Sagesses ! Cet ile n’est qu'un étron géant ! Cette ville n'existe pas ! On nous a menti !

Je m'essuie la bouche avec le mouchoir en dentelle qui ne m'a pas quitté depuis notre arrivé et je fronce le nez.

- Rendons-nous à l'évidence, nous sommes perdus....
Zahnfee V. Edelstein
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Alice Liddell
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Ven 27 Sep - 19:54
*Sproutch, sproutch*

Les pas d'Alice étaient aussi gracieux que ceux d'un éléphant. Même si elle portait des bottes qui la couvraient presque jusqu'aux genoux, cela ne l'empêchait pas d'avancer lentement. L'Androïde devait lever les genoux pour sortir son pied de la gangue de boue, sans quoi elle serait tombée de tout son long. Elle espérait surtout que ses bottes allaient tenir. Pas sûr que sa jambe de métal apprécie les bains de boue; et là il aurait fallu recourir à une ablation en règle pour lui permettre de reprendre sa route.

Les imprécations de Zahnfee stoppèrent Alice qui demeura là, les deux pieds dans la fange, sa main retenant un des pans de sa robe. Jusqu'à présent celle-ci n'avait subi aucun accroc, Alice prenait soin du cadeau de Zahnfee, mais pas sûr qu'elle résiste à un tel voyage.

— Je pense bien qu'une carte ne nous serait pas utile. Mais n'auriez-vous pas au moins une boussole ? En nous dirigeant toujours dans le même sens, nous finirons bien par tomber sur quelqu'un. Ou quelque chose.

C'est sûr qu'avancer à l'aveuglette n'allait pas les aider à trouver cette fameuse Tortuga, ville emplie de pirates et d'hors-la-loi. Puis cette jungle était inextricable, bien différente des bois européens. Ici l'humidité et la chaleur régnaient en maître; Alice avait la désagréable impression de sentir aussi bon qu'un ouvrier revenant de son chantier après avoir travaillé toute la journée au soleil.

Fronçant le nez, l'Androïde sortit ses deux pieds de la flaque de boue, trouvant un îlot herbeux où se poser. Elle embrasa du regard les alentours cherchant, qui sait, une lumière, une présence...

Elle vit des feuillages s'agiter à quelques pas d'eux. Probablement la cause d'un animal. D'un gros animal. Loin de paniquer, la jeune femme stoppa tout geste, son corps tendu tel la corde d'un arc prêt à se détendre.

— Restez silencieux, quelque chose approche...


Alice n'avait aucune idée des créatures qui pouvaient peupler cette jungle. Mais au vu de l'environnement, ce devait être gros, affamé, et dangereux.

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Orphée
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Orphée
Sam 28 Sep - 10:49
*Sproutch. Sproutch.. Sproutch... *

Depuis le départ du quartier général des fées, les ombres n'ont jamais quittés le visage d'Orphée. Il n'a pas enlevé une seule fois sa capuche. Sa gaieté, son sens de la théâtralité est vite redescendu au point zéro. Il n'a trouvé aucune nouvelle scène sur laquelle il pourrait jouer et conduire ses acteurs. Il n'y a eu que l'ennui et la torpeur.

Depuis qu'il est parti du Canada, il a avancé dans une brume intemporelle. Ne se rendant compte ni d'où il allait, ni du temps qui était passé.

Dans une espèce d'état entre le rêve et la réalité, entendant les jurons de sa « fille » et les conseils de sa « fée » derrière un mur de ouate, il continua à avancer. Avançant, guidé inconsciemment par le danger qui avait mis Alice en alerte.



Orphée s'arrêta. Il venait de percuter quelque chose. Il mit d'abord quelques instants à comprendre ce qu'il venait de se passer puis il émergea tranquillement.

« … mai-... -spce- … avor'ton ... de … merde !!! »

Il releva lentement la tête et découvrit une espèce de géant barbu qui braillait, qui envoyait des litres de postillons. Un colosse musclé et ventripotent. Une barbe épaisse, humide et grasse. Des petits yeux qui semblaient avoir le pouvoir de lancer des éclairs. Des pupilles super claires et entourés par d'innombrables petites veines rouge.

« Oh, le moine ! Dégage de mon chemin ! Oh !!! »

Un tricorne était posé sur sa tête. Un vieux tee-shirt blanc dégueulassé par la sueur des Caraïbes. Un pantalon ample dont la braguette n'était pas encore remonté. Un pirate en somme. Mais un pirate défroqué qui avait encore ses deux yeux et ses deux jambes. Sa main énorme et poilu poussa la frêle musicien et l'envoya nager dans la boue.

« Non mais j'le crois pas ! Comment t'as pu tomber comme ça toi ?! »

Dans la chute, la capuche quitta la tête d'Orphée pour la première fois depuis le Canada. Le pirate fronça durement les sourcils et se tut. Le visage mortuaire de sa victime semblait le déranger. Un silence gênant s'installa dans la jungle. Un silence qui semblait lourd à porter sur les épaules, doublé du poids invisible de l'humidité.

« ... »

Le pirate remit le musicien sur ses pieds et le fixa encore quelques instants avant de dire.

« Je cherchais cette traînée de putain qui est parti avec toute ma bourse... »

Il se frotta durement la barbe. Il était visiblement gêné. Comme s'il avait commis une faute impardonnable. Ce qui était encore plus étrange chez un pirate qui vivait constamment dans l'illégalité suivant les lois de la plus grande masse.

« V'nez avec moi. La ville n'est pas si loin... »

HRP:
 
Orphée
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Sam 2 Nov - 12:38
Je m'extirpe de la fange avec un bruit humide et peu ragoutant. Ma robe n'est plus bonne à faire des torchons. Récurer chaque fibre de tissus ternira juste la couleur et fera boulocher le coton.

-Scheißdreck !

- Restez silencieux, quelque chose approche...

Les sens en arrêt, le menton encore crotteux, je regarde Alice et mon cher Papounet se figer dans les hautes herbes comme deux lièvres. Qu'est-ce donc ? Une bête sauvage ? Un monstre ? Une horde d'autochtones cannibales ?

Non.

La chose pue.
La chose est flatulente.
La chose est broussailleuse.

Mais la chose est humaine.

C’est un pirate obèse qui balaie mon musicien manchot d'un revers de paluche énorme. Il éructe des mots aussi suintants que ses aisselles. Difficile de faire plus écœurant. Papa se redresse avec son apathie coutumière - comme j’aimerais que d'une poignée de notes il explose la face bouffie de ce marin gouaillard et bedonnant dont la seule vue me rend plus propre qu'un sous neuf. Mais les réflexes d’Orphée sont flasques comme de la gadoue.


-... Je cherchais cette traînée de putain qui est parti avec toute ma bourse... V'nez avec moi. La ville n'est pas si loin...

J'hausse un sourcil.
L'apparition vient de brutalement changer de comportement. Sa déférence affichée, son empressement à remettre Papa debout... Quelque chose lui a subtilement fait changer de point de vue. Quelque chose qu'Alice et moi n'avons pas vue -ou ne voyons plus. Peu importe, sautons sur l'occasion !

Je m'approche aussi dignement que possible et effectue une courbette, un pas en arrière de mon cher Papa. Je jette un œil à Alice pour l'enjoindre à faire de même. Je me racle quelque peu la gorge afin de retrouver ma voix douce et obséquieuse.

- Père a en effet besoin d'être conduit à la ville pour d'urgentes affaires qui requièrent toute son attention. Merci de lui servir de guide à lui et sa....

Je nous regarde.

- ... Sa caravane.

Le terme n'est pas le plus adapté. M'enfin voyons si ce petit baratin fait mouche. Et n’oublions pas de sourire, bien évidemment.







Zahnfee V. Edelstein
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Alice Liddell
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Ven 8 Nov - 1:42
Spoiler:
 

L'homme lui faisait penser à un de ces hommes qui vivaient dans les rues des grandes villes d'Europe. Trop fatigués par la vie pour se battre, ils se contentaient de trouver de quoi survivre. De préférence de l'alcool pour se réchauffer et voir la vie sous un meilleur angle. Alice s'était attendu à ce que l'homme leur quémande une pièce. L'homme respirait la puanteur, l'alcool et la crasse. Un bon plongeon dans une rivière ne lui aurait pas fait de mal.

Mais loin de faire la quête, il s'était presque incliné devant Orphée. Il y avait dans le regard de l'ivrogne un reflet de peur teinté de respect. Un reflet qui intriguait Alice. Orphée ne portait aucun bijou, pas même une arme. Rien ne justifiait donc ce brusque changement de comportement. Pas même l'alcool. Un comportement que Zahnfee usa à leur avantage. Après tout ils cherchaient la ville et la destinée leur offrait un guide, pourquoi s'en priver ?

Vu le regard que posa le pirate sur les deux femmes, il n'avait pas prévu qu'elles le suivraient. Se tournant vers Orphée comme pour quêter son approbation, il finit par hocher la tête.

— Devez être ses servantes, un truc d'genre. Bah, pourquoi pas. Juste touchez pas à ma bourse comme l'autre !

Alice n'avait, de toute façon, pas envie de lui toucher quoi que ce soit, ni même de l'approcher de moins de cinq mètres. L'homme dégageait une odeur insupportable. Fronçant le nez, l'Androïde suivit la petite troupe. Au bout de quelques minutes à se baisser pour éviter des branches, à enjamber des racines et des serpents, ils finirent par tomber sur Tortuga. Ville de débauche et de liberté, les deux allant souvent de pair quand aucune puissance n'est là pour dicter ses règles.

Les pirates occupaient toutes les ruelles, tous les pas de portes buvant, se battant, dilapidant le peu d'argent obtenu lors du dernier raid en haute mer. Les seules femmes visibles ne cachaient pas leurs métiers : regard fier, corsage effronté, jupe lâchement nouée entre deux clients. Tout cela fleurait la prostituée bon marché qui montrait son corsage à sa fenêtre, haranguait le client comme un pêcheur à la criée, et buvait comme un homme.

Mais tous, hommes comme femmes, posaient un regard intrigué sur Orphée. Tous le dévisageaient, observaient son visage et surtout ce funèbre crâne blanc qui tranchait sur sa peau sombre. Leur guide poussait les curieux qui tentaient de les approcher mais il ne pouvait faire taire les paroles qui s'échangeaient entre les spectateurs.

— T'as vu comme moi, hein ? J'ai pas bu... Je l'ai bien vu, l'crâne sur sa tronche !
— Il ressemble au mec dont parlent les sorcières d'ici. L'mec qui peut ressusciter les morts, là... Le Baron Samedi.


Alice comprenait de moins en moins. Qui était ce Baron Samedi dont tous prononçaient le nom avec respect et peur ? Tous chuchotaient son nom en regardant Orphée comme si, soudainement, il allait sauter sur eux. Une femme eut le courage, ou plus probablement la folie, de se jeter devant la procession, ouvrant grand les bras pour stopper la marche du guide. Sa robe rapiécée pendait mollement, les manches n'existaient plus, le haut des seins se dévoilait aux yeux de tous. Malgré sa mauvaise mise, il demeurait quelque chose de noble chez cette femme. Peut-être son teint de mulâtre, comme ils disaient par ici, un relent de soleil exotique, de saveurs d'un pays lointain.

— Pourquoi que t'es là, le Baron ? T'as une âme à venir chercher ? T'as pas assez avec les gosses que nous laissent ces pirates ? T'en veux plus ? Retourne dans ton cimetière avec les esprits, tu m'as déjà pris le petit, tu prendras personne aujourd'hui !

Alice voyait dans le regard de cette femme une folie attisée par le désespoir et l'alcool. La perte d'une mère. Un enfant enterré trop tôt. Mais ses bras ne faiblissaient pas, ne tremblaient pas, et quand leur guide voulut la repousser, elle mordit farouchement la main qui voulait se débarrasser d'elle. Devant cette violence personne ne pipa mot. Pas même Alice qui préféra reculer, soudainement prudente, et invita Zahnfee à faire de même. Penchant la tête vers la confiseuse, l'Androïde lui glissa tout bas :

— Votre père a toujours le sens du spectacle. Il sait faire une entrée remarquée sur scène.

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Orphée
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Orphée
Sam 9 Nov - 9:48
Orphée regarda longuement cette femme qui l'injuriait. Il ferma les yeux et respira profondément en levant aussi bien la tête vers le ciel que ses bras. Il exultait déjà de cette situation. D'ailleurs, un sourire effrayant étirait les traits mortuaires de son faciès.

« Qu'est-ce que j'ai dit qui te fais sourire Baron ?! Arrête ça ! Moi, j'en ai pas peur de toi !!! »

Sa bouche était rougie du sang de la main de son nouveau « serviteur ». La femme, bien qu'effrayée, avait du courage de s'opposer à ce qui semblait être une divinité locale.

*Qu'il est bon de se faire caresser l'égo par les ploucs locaux ! *

Il rit. Il rit fort et longtemps.

Le nouveau Baron Samedi ne daigne même pas jeter un regard aux deux femmes dans son dos. Son esprit est ailleurs. Il réfléchit à toutes ses nouvelles possibilités s'offrant à lui. Enfin, depuis qu'il a quitté le triste Canada et le quartier général des fées administratives, enfin il trouve une scène de spectacle qui lui correspond.

*Bien. J'ai deux buts à accomplir. Faire réparer ce foutu bras mécanique, et récupérer ma magie. Travaillons donc dans la joie noire des bourbes de ce pays ! *

Baron Samedi tourna la tête d'un geste sec vers le pirate volé et alcoolique. Automatiquement, les regards de la foule convergèrent vers lui. C'est ainsi qu'il déglutit péniblement et tourna lentement la tête vers Orphée.

« A quatre pattes. J'ai longtemps marché et je suis fatigué. »

Le pirate n'hésita pas longtemps. Il se jeta presque dans la rue boueuse. Orphée s'assit donc, le dos droit et le regard fier. Hautain, il avait la prestance d'un roi dans des vêtements de vagabond. Il croisa une jambe par-dessus l'autre.

« Femme, sache que je ne me suis pas déplacé sans raison. Et je ne repartirais pas avant... »

Les mains jointes par le bout des doigts, Orphée jouait de mimiques pour asseoir son pouvoir. Par ce silence, il cherchait à attirer l'attention des derniers. Maintenant, tous ceux qui étaient en état de lui parler l'écoutaient très attentivement.

« Amenez-moi votre plus talentueux mécanicien et votre plus puissante sorcière. J'attendrais dans cette baraque là-bas. »

De son doigt, il désignait ce qui semblait être la maison de n'importe-qui et tout-le-monde. Son choix avait seulement été porté par la présence d'un rocking-chair sur la terrasse.

Enfin, il regarda ses deux « servantes », sa « caravane » personnelle.

*Ne soyons pas égoïste. Ces dames ont bien le droit de se réjouir de mon petit voyage. *

« Chère et douce Zanhfee, approches-toi donc. Je sais que cette ville n'est pas connue pour ses manières et sa propreté, mais j'imagine que ramener un petit souvenir « t'excitera »... N'est-ce pas monsieur le ventripotent pirate ? »

Ce dernier était affolé, il ne comprenait pas où il voulait en venir. Mais la fée des dents oui, elle avait apporté son matériel depuis l'Espagne. Elle en avait pris plus soin qu'elle-même ou son cher et aimé « père ».

« Tu ne bougeras pas n'est-ce pas ? Ah ah ah !!! »

A ce moment, un petit garçon muet apporta un chapeau haut-de-forme au Baron Samedi.
Orphée
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Dim 24 Nov - 18:50
Quel fantasque petit théatre que voilà !
Que de personnages bigarrés et loufoques !
Toute cette sueur moite et salée qui parfume cette piquante petite mise en scène. Je ne suis pas chez moi, non, je ne suis pas à ma place, mais comment ne pas succomber à la drôlerie de la situation. La superstition colle à la peau de ces crasseux comme leurs putains de poux.
Père, lui, nage pleinement et sans difficulté dans cette atmosphère de boulevard grotesque. Une vraie sirène, si il en est ! Il impose sa partition, assoie ses rimes au propre comme au figuré.
Alice est plus dubitative, elle ne succombe pas vraiment à cette ambiance de folie douce, suave et épicée.

Nous sommes là pour jouer ?
Et bien jouons, alors !

-Chère et douce Zanhfee, approches-toi donc. Je sais que cette ville n'est pas connue pour ses manières et sa propreté, mais j'imagine que ramener un petit souvenir t'excitera ? N'est-ce pas monsieur le ventripotent pirate ?

Trois pas chassés et voilà mes petites mains blanches qui effleurent les épaules de mon Papa. Qu'il est majestueux sur son trône de chair boursouflée ! Mes bras s'enroulent autour de sa nuque tandis que j'enfouis mon menton dans le creux de son cou.

- Oh mon délicieux petit Papa ! Tu me fais un cadeau ?

Je dépose un chaste baiser sur sa joue en gloussant. Puis j'attrape le chapeau du petit garçon et le pose d'un geste expert sur la tête de mon tendre géniteur.

-Tu ne bougeras pas n'est-ce pas ?  dit-il au pirate en s'esclaffant.

Je m'échappe alors d'une pirouette, la moue boudeuse.

- Je ne veux pas de ces chicots noircis, non merci !

Je fais mine de danser sur une musique imaginaire. Mes pas sont légers, souples. Je suis si jolie, si gracieuse, même couverte de boue. Mon ballet me porte jusqu’à la mère éplorée. Celle-ci se fige. Si Papa la terrifie au point de la rendre bravache, je la désappointe : je suis aussi blonde et pâle, qu'elle est brune et noiraude. Mon sourire polie, la légère courbette que je lui adresse avant d'attraper sa main pour la forcer à danser avec moi, produise d'avantage d'effroi que toutes les menaces. Quel Loa suis-je donc ?

- Moi ce que je veux ce sont les mâchoires d'une lionne, une lionne épuisée d'avoir combattu pour protéger ses petits et qui...

Alors que nous dansons un pas de deux, l'entrainant malgré elle dans la cadence, je lui administre un pernicieux croche-patte qui la fait chuter au sol avec une violence brusque.

- N'a pu en sauver aucun !

Je ne la retiens que d'un bras, son poignet salement tordu, tandis que ma bottine s'enfonce entre ses deux omoplates la clouant au sol. Elle gémit, la pauvresse : Mais contre moi, nulle bravade ! Je redresse alors la tête vers Alice, le regard fou, exorbité -je ne sais même plus si je continue de feindre avec application où si je me délecte franchement de mon propre rôle.

- ALICE ! Apporte moi mes affaires ! Le Baron aura une offrande ce soir !

Je me tourne vers l'assemblée avec un sourire de petite fille modèle à leur faire dresser les cheveux sur la tête :

- Il faut bien le faire patienter pendant que ces messieurs se démènent pour trouver ce qu'il a exigé....

Je bats des cils, la foule bruisse d'un murmure. Le public est acquis ce soir et je le vois déjà se déliter pour partir en quête de ce que leur a demander leur "Baron".
Zahnfee V. Edelstein
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Alice Liddell
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Jeu 28 Nov - 18:15
Alice auras-tu pitié de cette femme, de cette inconnue qui hésite à ruer, à se défaire de la botte de la fille du Baron ? Elle qui s'était avancé vers Orphée, se soumettait à la fille. La lionne avait-elle déjà perdu ses dents ?

Alice regardait le spectacle, intriguée. Quand elle s'avança vers la femme ce ne fut pas pour lui tendre une main secourable mais donner à Zahnfee son fidèle trousseau. Non pas un trousseau de mariage mais une valise emplie d'objets de torture, d'outils de dentiste.

— Vous savez
, ajouta-t-elle en direction de la femme toujours allongée dans la poussière, elle sait ce qu'elle fait. Je l'ai vu s'exercer sur quelques personnes durant notre voyage. Ne vous débattez pas et...

Alice plia ses genoux pour mieux voir le visage de la femme.

— Vous aurez une récompense. Un don de fée !


Ce pouvoir qu'elle avait ignoré pendant des années elle était bien décidé à en user. Il pouvait se montrer si amusant. Au final ce duo de fous commençait à l'influencer. Elle allait finir par devenir comme eux !

Se relevant, Alice pointa du doigt la demeure désignée plus tôt par Orphée.

— Ce rocking-chair fera une belle chaise de dentiste, qu'en dites-vous Zahnfee ? Le Baron trouvera sûrement trône plus prestigieux et douillet que celui qu'il possède actuellement.

Et peut-être trouveraient-ils aussi de quoi se décrasser le temps que ces badauds trouvent mécanicien et sorcière?

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Orphée
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Orphée
Sam 30 Nov - 10:38
« Ah ah ah !!! »

Voir la femme plongée après le petit croc-en-jambe de sa fille fit rire Orphée. C'était comme voir un clown dans une tenue de ballet, tournoyé autour de sa victime, pour finalement la faire tomber stupidement sur une peau de banane. Il aimait cela ! Il aimait cet espèce d'humour noir !

* Une offrande pour le Baron ? J'aime comment cela sonne doux aigre à mes oreilles. Mais ce que j'aime plus que tout, ce que j'adore, c'est la corruption et la méchanceté gratuite dans ce corps d'ange à la peau blanche ! Oh ouiii ! *

Tout le temps durant, le Baron avait conservé un sourire de tyran. Mais son visage avait perdu de sa superbe lorsqu'Alice avait parlé. Lorsqu'elle avait promis à la « lionne » de lui offrir : un don.

Orphée se releva donc de son trône de chairs. Il fit un pas vers Alice puis s'arrêta. Ne disant toujours rien, il fit le tour de soi-même, observant tous ces bouseux apeurés. Tous ces regards le suivant lui, et rien que lui. L'émotion qu'il y avait dans cet atmosphère l'emmenait vers un paroxysme de plaisir !

« Très chère Alice, douce enfant perdu dans le puits, mon petit lapin retardée, ma mécanique nantie d'un cœur humain. Ô très chère Alice, ma fée, que tu aies de bons conseils !!! »

Orphée était un maître d'orchestre. Il bougeait, occupant toute la scène. La boue humide n'était en rien un frein à son déplacement. Il semblait même glisser au dedans ! Ses bras s'élevaient, fouettaient l'air, montraient du doigt, imploraient, ordonnaient. Ses bras étaient ceux d'un maître d'orchestre, d'un maître de conférence.

« Tu as probablement raison chère Alice, je mérite mieux que ce dos de ce soulaud pour m'asseoir. Mais je puis t'assurer que cette chaise là-bas est ce que j'aime. Tu sais, je suis une faucheuse excentrique après tout ! Ah ah ah !!! »

Il s'approcha encore d'Alice et vint lui placer son bras derrière son cou. Il la tira avec lui pour la rapprocher du centre de la scène, pour la placer au centre des projecteurs.

« J'ai eu une idée. Une grande idée ! »

Sa voix était enfiévrée. Plusieurs fois dans ses gestes théâtrales, il manque de faire choir son couvre-chef : son chapeau haut-de-forme.

« Monte donc sur ce pirate qui n'est bon qu'en carpette. Il est tellement loin de ses eaux, dépossédé de son navire, qu'il n'a plus que pirate comme titre mélancolique. Montes donc sur son dos et commences à distribuer tes dons ! »

A ce moment, Alice devint probablement interdite. Mais Orphée ne prit pas le temps de la regarder ou de lui laisser quoi lui répondre. Il continuait déjà sa diatribe :

« Tu vas donner un peu de pouvoir à chacun de ses bouseux. Et, si à terme, si la ville ne m'offre pas deux génies de la mécanique et de la sorcellerie... »

Son sourire disparut instantanément. Les ombres de son chapeau dévorèrent ses yeux, ne laissant qu'un éclat de lumière sadique. Le crâne finit son monologue par ses quelques mots :

« Alors nous vous tuerons tous... »

Spoiler:
 
Orphée
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Dim 22 Déc - 22:45
+Musique+

Savez-vous qu'il n'y a pas plus dangereux qu'une aiguille à tricoter ? Cet objet anodin est aussi pointu qu'un croc de requin. Il semble si inoffensif enroulé de ses laines qu'on ne s'en méfie pas, mais plongé dans la viande tendre , il est plus dangereux qu'un couteau et plus sournois qu'un boucher.
C'est cette sensation qui m'étreint brusquement la poitrine, qui gratte les fibres de mon palpitant et qui libère tous ces papillons qui se tuent violemment contre les barreaux d'os de ma cage thoracique. Je sens ma mâchoire se comprimer. Mes dents se presser les unes contres les autres jusqu’à faire blanchir mes gencives.

C'est moi.
C’est moi seule que tu devrais gratifier, Papa.
Pas cette poupée désarticulée...

La sensation s'envole pourtant, elle est balayée par la puissance de la scène. Quel fantastique foutoir que voilà : tout est désordre, chaos, démence! L'excitation remue alors mes entrailles. J'exulte ! J'entends l'orchestre déglingué comme si j'y étais ! Les violons de guingois, les plaintes des timbales ! et "Papa" au milieu qui les domine tous !
J'attrape la gueuse à mes pieds par la crinière, puis la porte jusqu’à notre "fée". Puisqu'elle seule a droit aux feux des projecteurs, j'attraperais seule ma propre lumière !

- Commence par elle, "Marraine" ! Offre lui une sucrerie ! Offre lui un don ... et après je prendrais son râtelier car...

Je me penche vers la femme au visage maculé par la fange de nos bottes. Une forte odeur d'urine monte en effluves régulières de ses jupons miteux. Elle chiale à n'en plus pouvoir.
Mes mots glissent comme des caresses sur sa terreur.

- C'est bien connu : "Le sucre gâte les dents"....


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Alice Liddell
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Ven 27 Déc - 23:35
Alice, elle revenait ta folie. Cette douce folie qui te faisait chanter des comptines dans les couloirs de l'asile. Cette folie amplifiée par celle du Chapelier, qui t'avait rendu aveugle transformant ses sarcasmes en paroles d'amour. Folle parmi les fous, fée déglinguée dans un théâtre boiteux. Tu virevoltais dans les bras d'Orphée comme une danseuse dans une boite de musique puis tu faisais quelques pas jusqu'à la fille qui te jeta ta première proie. De la lionne il ne restait que les dents et la crinière devenue crasseuse.

Alice s'agenouilla devant la femme, plissant le nez devant l'odeur qu'elle dégageait. Doucement, du bout du doigt, elle lui releva le menton.

— Dites clairement je souhaite et formulez votre souhait.


Le savoir et les paroles consacrées vieux comme le monde revenaient, comme ancrés depuis toujours dans ce corps. La femme pleurait, chouinait comme une gamine. Ses paroles étaient entrecoupées par les larmes, les sanglots, la peur.

— Laissez-moi en paix... Cessez... Je souhaite... que tout s'arrête, ne plus... souffrir...

Et le don fut accordé. Alice le sentit, picotement qui traversa sa main pour se répandre dans le corps de la femme qui écarquilla les yeux. Sans prévenir Alice donna une gifle à la femme qui ne broncha pas. Pas un cri, pas une larme. Il n'y eut qu'une rougeur qui se répandit sur la joue, lentement.

— Vous ne souffrirez plus car, la souffrance, vous ne pouvez plus la sentir. Vous aurez beau tomber, vous cogner, vous ne sentirez rien, énonça Alice.

Se relevant elle laissa la femme reprendre ses esprits. Assise, elle se pinçait, éprouvant ce don, voulant confirmer les mots de la fée. Sans un mot de remerciement à Alice (était-ce vraiment un don ? Ou une malédiction ?) elle recula auprès des habitants. Certains, intrigués, se mirent à pincer à leur tour la femme, voulant voir ses réactions. Trouver une faille dans le don. Mais il n'y en avait pas.

— Qui sera donc le prochain ? demanda Alice, curieuse d'éprouver ses limites.

Un des habitants partit chercher une sorcière revint à ce moment-là. Posant un regard curieux sur l'assemblée, il tenta de faire entendre sa voix. Une voix tendue par la peur, la crainte de recevoir des coups. Ou pire.

— 'suis allée chercher la sorcière, mais elle veut pas bouger d'son trou ! Shane Aïda qu'elle s'nomme !

Alice haussa simplement un sourcil, attendant la décision d'Orphée et de Zahnfee. N'était-ce pas une piste qui se présentait à eux ?

Spoiler:
 



©Didi Farl pour Never-Utopia




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Shane Aïda
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Shane Aïda
Ven 3 Jan - 14:36
" M'dame, pardon, s'cusez. M'dame ! On vous d'mande au village ! Ya un... Un... Un visiteur qui veut vous voir. "

" Allons bon. Tu sais bien que la sorcière ne se déplace pas sans une bonne raison. Qu'est ce que tu veux ? Quel visiteur ? "

L'homme, visiblement très anxieux, déglutit et lança des coups d'oeil affolés derrière lui, comme s'il craignait d'être attaqué.

" ... Le Baron Samedi. Il est en ville m'dame, avec ses démons. Il dit qu'y veut voir une sorcière. "

" Le baron.... HAHAHA ! " Shane dû s'arrêter de parler, le temps de rire à son aise. Tapant ses mains l'une contre l'autre, elle renversa sa tête en arrière. " Tu veux dire qu'un petit voyou s'est amusé à peindre son visage pour vous effrayer ! Je ne crois pas que le Baron ait grand chose à faire des talents d'une sorcière... Pas plus que de te faire mouiller tes chausses pour son bon plaisir. Allons. Rentre chez toi, la nuit tombe, la jungle de nuit peut être dangereuse, tu le sais. Si cet imposteur veut me voir, qu'il vienne. Je l'attend de pied ferme. "

Alors que son ton s'était fait doux, un énorme boa blanc s'était enroulé silencieusement entre les pieds du pauvre malheureux. Celui-ci trébucha dans un hoquet de stupeur, et tomba de tout son long sur le sol humide en face de la cabane. Bien vite, il s'était relevé en glapissant pour rejoindre au pas de course la forêt dense.

Debout, maintenant appuyée contre le cadre de sa porte, Shane dardait un regard perplexe sur le fuyard tandis que l'imposant serpent reprenait sa place autour de ses épaules. Tant d'effroi pour une simple farce de mauvais goût ! Et pourtant, elle n'y croyait pas à son histoire de Baron Samedi. Celui-ci préférait les cimetière aux centres villes. Quel était l'intérêt, sinon, de profaner un lieu déjà tant vicié ?

Finalement, la versatile sorcière prit la décision de se rendre en ville. Voir de ses yeux le fieffé menteur. Relevant ses jupons dépareillés, ses pieds nus prirent appuis sur le sol trempé alors qu'elle s'engageait dans une toute autre direction que celle choisie par le pirate. Elle connaissait la jungle mieux que quiconque, c'est donc tout naturellement qu'elle parvint en bordure de la ville peu avant l'homme. Habituée aux visites nocturnes, sous une forme ou une autre, son pas se fit léger et discret alors qu'elle longeait les constructions bancales pour finalement s'arrêter en bordure d'une place, à demi cachée dans les ombres.

Là, elle fut le témoin d'un bien étrange spectacle.
Elle comprit le désarroi de son visiteur. L'endroit respirait la magie. La magie et la discorde.

Rien, absolument rien de semblable à l'aura macabre du Baron, cela dit. Mais la malignité dont faisait preuve, devant elle, deux jeunes femmes envers une prostituée, avait de quoi glacer le sang de plus d'un marin aguerrit.

Elle gardait le silence tandis que devant elle, leur pauvre victime perdait une partie de son humanité. Maintenant bête de foire, elle se faisait pincer, manipuler par ceux qui l'entouraient. Dans la foule, une voix familière avait prit la parole.

" 'suis allée chercher la sorcière, mais elle veut pas bouger d'son trou ! Shane Aïda qu'elle s'nomme ! "

Sans esquisser un geste, Shane observait la réaction des uns et des autres. Jusqu'à ce qu'un autre villageois pointe un doigt tremblant, droit dans sa direction.

" Raconte pas d'bêtises, tu veux ! Elle est là la sorcière ! Elle nous r'garde depuis l'début ! Ils vont détruire la ville tous ensemble ! J'vous l'dis ! Ils vont détruire la ville et manger nos âmes ! "

Laissant l'ignorant à sa panique - manger une âme ? Vraiment ? - la sorcière n'avait d'yeux que pour l'étrange trio. Une blondinette diaphane telle qu'elle n'en avait jamais vu, et deux... Créatures métalliques, leurs doigts reflétant joliment les lumières de la ville. Intriguée, Shane fit quelques pas dans le cercle de curieux qui s'écarta aussitôt, intimidés par cette nouvelle apparition macabre et son serpent. Elle se tint, bien droite, devant les étranges visiteurs, toisant curieusement le fameux "Baron". Son "maquillage" faisait écho au sien, au crâne qu'elle arborait elle aussi ce jour là. D'une voix tranquille, presque candide, elle parla enfin.

" Vrai, vous lui ressemblez... Mais vous êtes pas le Baron Samedi... Le Baron aime pas beaucoup les vivants. Qu'est ce que vous êtes, alors ? "

Elle ne coula pas même un regard au "public" attroupé autours d'eux. Elle n'était pas inquiète, l'allure du trio avait de quoi glacer le sang du moins ivre d'entre eux. Sa réputation, à elle, la préservait du reste. Mais elle aimait que les choses soient claires : on ne se moquait pas impunément des croyances de ses ancêtres...

HRP:
 
Shane Aïda
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Orphée
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Orphée
Ven 3 Jan - 21:06
D'abord, il y eut de l'agacement. La symphonie avait pourtant commencé ! Un premier don avait été accordé, certes, inutile quant à sa situation... Mais il fallait bien un commencement à toute chose. Et toute chose commençait misérablement. Se relevant donc de son rocking-chair, il rejoignit sa « troupe » puis la dépassa, et s'arrêta enfin en face de cette « prétendue sorcière ».

*Comment ?! Y va-t-elle au bluff ou est-elle certaine d'elle ? Absurde ! Cela signifierait qu'elle est déjà rencontrée ce « dieu ». Et tout le monde sait, du moins ceux qui ont assez de matière grise dans le crâne, toute le monde sait que les déités ne sont qu'invention humaine. Mais alors... *

Orphée regarda la femme de haut. Son expression était hautaine avec un petit soupçon d'incompréhension et de peur, naturellement dissimulée derrière un rictus effrayant. Qui était-elle pour donner une telle impression au Grand Orphée ?

« Je n'aime pas beaucoup les vivants, il est vrai. En fait, je n'aime que la Mort. Je suis promise par les liens sacrés du mariage à Elle. »

Orphée se retourna et observa cette pauvre femme qui se prenait maintenant quelques coups de pieds et de poings. Les habitants de ce patelin n'avaient-ils donc aucuns tabous ? Détestaient-ils cette femme ? Ou était-ce seulement un moyen de défense, une façon de vider leur colère et leur peur ? Peu importait... Orphée se rapprocha de la-dite sorcière. Il se rapprocha de telle façon à ce qu'elle ne voit que lui. Ensuite, il parla d'une façon à ce qu'elle seule entende :

« Je ne te connais pas sorcière Aïda, je ne connais pas l'étendue de tes pouvoirs mais je sais que tu es importante. Tu as cette « essence », celle que les rois possèdent. Tu as ce charisme que ces bouseux n'ont pas. Tu as raison sorcière Aïda, je ne suis pas ce « Baron Samedi ». Je ne connais d'ailleurs pas de « Baron Samedi » mais ces crétins y ont crus là est le principal. »

Il fit quelques pas en arrière et se retourna. Il s'adressa alors à sa « troupe » :

« La sorcière et moi allons aller converser là où les oreilles indiscrètes ou trop aventureuses ne pourront pas nous entendre. Pendant ce temps-là, faites en sorte que la symphonie se relève de nouveau. Faites-en sorte qu'à mon retour, certains de ces... « privilégiés » aient les pouvoirs qui me soient utiles. »

Orphée enjoignit la sorcière à le devancer. Il lui indiqua la direction. Lorsqu'ils furent tous deux entrés dans la bicoque, Orphée exposa son problème :

« Je ne parlerais pas avec des formulations alambiquées et des demandes indirectes. »

Orphée se rapprocha de la sorcière et continua :

« Je suis un charmeur. Littéralement. Ma magie me permet, me permettait de manipuler les faibles d'esprit en utilisant une flûte comme intermédiaire entre mon pouvoir et autrui. »

De sa main gauche valide, Orphée présenta son bras droit mécanique.

« Comme tu le vois, j'ai subi une expérimentation. Les conséquences de celle-ci m'ont été néfastes car j'en ai perdu le contrôle. Ma magie semble circuler dans ces composants inertes et froids, mais il semble le faire d'une mauvaise façon. Ceci est mon premier problème, le deuxième étant l'état déplorable de ce bras temporairement inutile. »

Beaucoup de composants mécaniques étaient manquants, créant ainsi des trous aberrants dans la structure du bras. Il y avait également des éléments pliés, d'autres fissurés et d'autres encore carrément pétés.

« Ce deuxième problème requiert un mécanicien. Et ce mécanicien, je l'aurais d'une façon ou d'une autre ici. Ce que je cherche, ce que je veux de toi, c'est que tu rétablisses le flux magique dans mon corps. Que tu le soignes afin qu'il circule comme il circulait. »

Orphée alla à la fenêtre et observa momentanément l'évolution de la situation extérieure. Puis très vite, il déclara :

« Je veux retrouver le contrôle. »
Orphée
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Dim 12 Jan - 15:24
Alors que la musique bat son plein, le temps s'arrête.
Il y'a une femme.
Cette femme.
Point de mire de tous les regards. Attrapant la lumière comme un miroir.

Et soudain mon chef d'orchestre n'a plus d'yeux que pour l'apparition. Nous ne sommes plus que des fillettes reléguées à leurs poupées. Congédiées, oubliées, par deux adultes trop pressés de se trouver en toute intimité.
Ma mâchoire se contracte. Je sens mes belles dents blanches grincer d'irritation à mesure que Père s'éloigne avec sa jumelle tatouée. L’aiguille à tricoter est toujours là, fichée entre mes côtes. L'organe gras et juteux dont elle nourrit sa pointe gigote. Et brusquement il y'a trop de monde dans ma tête, pas assez de place dans mon espace.

- Place... J'AI DIT PLACE !

Avec une rage froide j'attrape la graciée insensible à la douleur par la tignasse. Je la traine jusqu’à Alice à qui j'écarte derechef les genoux.

- Coince lui la tête, fais-je simplement et sans hausser le ton. Mais ma hargne se lit dans mon regard. Il est temps de payer la Petite Souris Grise.

Étrange comme ces vieux surnoms, pétris de malveillance enfantine se rappellent à vous quand vous perdez le contrôle. Il sera temps d'y repenser plus calmement plus tard. Mécaniquement, le geste assuré, j'attrape une de mes pinces odontologiques et commence à arracher les dents de ma patiente.
Avec méthodologie d'abord.

- Je ne suis pas une fée.

Une incisive, puis deux se délogent des gencives non sans saigner abondamment. La pauvresse n'éprouve rien, mais je lis la terreur sauvage dans ses yeux. J'en éprouve une étrange ivresse indigne de ma maitrise de moi.

- Je ne suis pas une sorcière.
Je ne suis pas un mécanicien.


Canines, prémolaires, aucune ne m'échappe. Mes gestes perdent en précision et martèle la chair sans répits.

- Je ne suis pas un androïde.

Une gerbe de sang éclabousse le visage d'Alice alors que j'arrache la dernière molaire encore vaillante.

- Je ne suis simplement pas ! Fais-je sourdement et pleine de colère.

Je m’arrête enfin, contemplant la boucherie dont je suis l'auteur. Mon beau visage contracturé par la contrariété prend une expression dépitée.

- C'est ni fait, ni à faire. Du travail bâclé...

Je pousse d'un coup de pied, la malheureuse édentée dont la bouche poisseuse de sang glougloute de bulles rouges à chaque fois qu'elle essaie de respirer. Je constate que ma petite Alice est toute souillée et j'attrape un mouchoir en dentelle dans une des poches de mon tablier. Je m'applique soigneusement et tout en délicatesse à la débarbouiller.

- Ma pauvre chérie...

Ce n'est pas sa faute si je suis fâchée. Il faut qu'elle le comprenne. Je lui caresse la joue du pouce avec un doux sourire.

- Le rouge ne te va pas si mal, je tâcherais de te trouver un ruban pour aller avec tes beaux cheveux noir. D'accord ?

Je dépose un baiser sur son front. Avant de faire le tour de son trône et de passer mes deux bras autours de ses épaules. Je susurre à son oreille.

- A qui vas-tu accorder un nouveau don ?Choisis-le et j'irais le chercher pour toi.

Papa peut bien faire ce qu'il veut, nous nous amuserons sans lui. Car nous aussi savons jouer de la musique !
Zahnfee V. Edelstein
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Alice Liddell
Alice au pays des merveilles
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✦ Libre pour RP ? : Complète.

✦ Double-compte : Reine Ronce, Sigmund Rammsteiner, Hildegarde Müller, Shísān Wǔ, Ragnar Mjöllnir, Orendi

Lun 13 Jan - 0:56



Ce n'était pas sa faute à Zahnfee si elle était en colère. Puis Alice préférait de loin que la fée des dents fasse éclater sa colère sur une pure inconnue plutôt que sur elle. Transformée en chaise de dentiste macabre, serrant le crâne de la femme entre ses genoux, Alice regarda, fascinée, le travail de Zahnfee. A chaque torsion du poignet une dent sautait sur les jupes. Blanches, point trop cariées (alors que la mise de la patiente semblait prouver le contraire), elles auraient pu ressembler à de jolies billes de nacre sans le sang qui en maculait les racines.

Du sang qui éclatait en bulles sur les lèvres de l'infortunée. Qui gicla sur le visage de Alice.

Du sang sur son visage. L'image vint, comme un flash, se superposer sur sa rétine. Alice ne voyait plus Zahnfee. Elle percevait sa voix comme lointaine. Car son esprit était ailleurs. Un retour brusque dans le passé. Un retour sur un évènement que son cerveau avait crié d'oublier, de reléguer dans un tiroir.

Elle se souvenait maintenant. Par le passé elle avait eu une femme ensanglantée à ses pieds. Le visage martelé par les pierres. Une main qui avait tenté, dans un ultime soubresaut, de s'accrocher à la cheville d'Alice.

Dans une tentative de se souvenir, de comprendre cette image, le cerveau d'Alice effaça les blessures. Rendit au visage figure humaine.

— Maman.

Le mot avait été prononcé dans un souffle, la voix encombrée par des larmes qui ne voulaient pas couler. Les yeux trop secs pour pleurer, Alice tentait de se dégager de cet horrible souvenir. Ceux qu'elle avait voulu tant servir, ce peuple de Roumanie avait tué sa mère. Parce qu'elle était une fée.

Elle serra une des mains de Zhanfee avec sa main de chair, cherchant du réconfort. Elle aurait voulu la prendre dans ses bras, s'y cacher comme une petite soeur voulant se blottir auprès de son ainée.

— Zhan', ma maman... Je m'en souviens... Les gens l'ont tué quand j'étais petite. J'ai tout vu... C'était horrible. (Un sanglot la secoua) Il y avait du sang partout. Sur les marches de la maison. Sur sa robe. Sur moi. Je me suis accrochée à elle jusqu'à ce que Papa revienne.

Il lui fallait de l'air. Respirer une autre odeur que celle du sang qui lui rappelait trop de souvenirs. Trop de mauvais souvenirs. Elle aurait voulu ne jamais se rappeler cette mort. Garder plutôt l'espoir fou que sa mère était encore vivante, ou était morte paisiblement dans son lit.

D'un bond Alice se leva. Prit Zhanfee par le bras et l'amena loin de la boue, de la crasse, du sang. La jungle était bien trop dangereuse. Les demeures bancales trop lugubres. Il ne restait que le quai avec ses quelques bateaux, certains miteux, d'autres avec quelques dorures passées, délavées.

Mais Alice n'eut aucun regard pour les fiers bâtiments. Lâchant Zhanfee, elle se jeta, sans même ôter le moindre jupon, dans l'eau. Le sel lui piqua les yeux, le palais. Crachotant, les cheveux alourdis pendant sur ses épaules, elle ressortit la tête, baignant à mi-buste.

— Il faut pas que je pleure, c'est du passé. Mais ça fait mal. Je veux partir d'ici plus vite, je déteste cet endroit ! Zhanfee, je suis désolée. Dis, la prochaine fois on part dans un beau pays. On s'achètera des rubans et des belles robes et où pourra marcher dans les rues sans que tu te salisses. J'aime pas te voir ici, tu es bien trop belle pour eux.

Et elle était franche Alice, elle pensait vraiment tout ce qu'elle venait de dire. Elle admirait Zhanfee sa blondeur, sa douce folie, ses manières de grande dame. Et puis se focaliser sur cette "grande soeur" lui permettait d'oublier sa mère. D'enfouir à nouveau le souvenir au fond, tout au fond de sa mémoire.


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Shane Aïda
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Shane Aïda
Jeu 16 Jan - 22:05
Shane n'avait pipé mot du discours d'Orphée. Hypnotisée par la voix suave du flûtiste, elle ne put s'empêcher d'éprouver une certaine répulsion dans ses propos qu'elle sentait chargés de haine et de mépris pour tout ce qui ne portait aucun intérêt à ses yeux. Dans une convulsion, le serpent qu'elle portait se resserra autours d'elle et c'est tout aussi silencieuse qu'elle suivit Orphée hors du groupe. Reléguant le tumulte de la foule dans un coin de son esprit, elle se concentrait sur le fameux Baron Samedi uniquement. Par dessus tout, elle était envahie d'une curiosité dévorante. Qu'était venu faire ce trio fantasque sur le sable de Tortuga ?

" Formules ta demande, j'écoute. "

Puisqu'il y allait avec le tutoiement...

Shane l'écoutait avec attention, écarquillant les yeux devant la merveille qu'il exposait ! Un bras... Un bras ouvragé en métal. Le même que portait la jeune fille de tout à l'heure. Et il fonctionnait, là, devant elle ! Elle avait certes pu en avoir un aperçu plus tôt... Le voir fonctionner, devant elle, était une tout autre chose.

Sans même demander la permission, elle s'approcha et posa une main sur celui-ci. Aussitôt, elle se mit à le parcourir, étudier chacune des fissures, des rouages exposés.

" Splendide... " Murmura-t-elle. " Je ne pensais pas qu'une telle chose était possible. C'est comme s'il était.. Vivant. "

Le bras fut retiré de son attention alors que le charmeur continuait son discours. Shane, plongée dans une profonde réflexion, pensait aux choix qui s'offraient à elle. Rétablir des flux vitaux, ça, elle savait le faire. En était-il de même pour la magie ? En était-il de même pour la magie dans du métal ? Pour être francs... C'était bien la première fois qu'elle avait affaire à un cas similaire.

Était-ce suffisant pour refuser ? Certainement pas. Sans compter les histoires qu'elle entendrait certainement de la bouche de tels voyageurs... Et sans compter les villageois qui seraient certainement soulagés de les voir déguerpir... Non pas qu'elle ait de profondes affinités avec aucun d'entre eux, tous la craignaient au point de mouiller leurs chausses si elle leur adressait la parole ! On faisait de plus fiers amis...

" Je veux retrouver le contrôle. "

Il avait un air... écrasant, en disant cela. S'il produisait un tel effet sans sa magie... Qu'est ce que cela pouvait donner lorsqu'elle circulait librement dans ses doigts musiciens ? Cela, elle était curieuse de le découvrir.

" Pour le... "mécanicien", je ne sais pas mais... Soit. Toi et les tiens viendrez à ma cabane. Je préfère être honnête : tu es le premier homme-métal que je rencontre. Je ne sais pas si ma magie opérera sur la tienne... Mais cela vaut la peine d'être tenté. Je dois aussi te prévenir que mes services n'ont rien de gratuits. Je vous offre couvert et magie vaudou, vous devez, en échange, m'aider à quelques travaux, me payer avec quelque chose de valeur ou... Me raconter une histoire qui en vaille la peine. "

Shane étira un sourire franc, exhibant ses canines pointues puis elle jeta un regard vague vers la fenêtre... Surprise par le calme soudain - seul restait cette pauvre prostituée, prostrée et entourée d'un petit cercle de curieux - elle scruta l'endroit avec plus d'attention. Point de belle chevelure blonde, ni d'éclats métallisés.

" Ha... Je crois bien que ta "troupe" est partie sans toi... "

Elle haussa un sourcil en direction d'Orphée. Curieux, ne devaient-elles pas toutes deux rester dans les environs ?
Shane Aïda
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Orphée
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Orphée
Ven 17 Jan - 14:25
Cette femme, cette sorcière que ces ploucs bouseux semblaient craindre était belle et bien une fantastique personne. Elle transpirait la magie. Elle suait la puissance. Orphée pouvait lui faire confiance. Dans la même mesure où il avait pu faire confiance à l'inventeur lunatique qu'était Vasile.

Après avoir miré le magnifique sourire carnassier de la sorcière vaudou, Orphée s'en alla voir ce qui se passait à travers les vitres sales de la fenêtre. C'était vrai que la place était trop calme. Surtout en sachant le programme qu'il avait laissé dans les mains de sa... « troupe ».

Il se retourna et reprit alors la parole :

« Elles ne sont pas parties bien loin. Ces femmes ont beau être d'excellents atouts, elles ne sont rien sans moi. »

L'égo d'Orphée ne semblait pas avoir de limite.

« De toute manière, elles n'ont pu aller bien loin. Elles ne connaissent pas la région et ne trouveront certainement pas un guide parmi toutes ces mornes personnes que l'on vient d'effrayer gratuitement. »

Il se dirigea alors ensuite vers la porte. Cette conversation était maintenant terminée. Pour être honnête, il pensait que cela durerait plus de temps. Sa main ouvrit la porte et chercha alors des signes de la destination de sa « troupe ». Il n'y avait qu'à suivre les pas hésitants des habitants et regarder là où eux regardaient.

« J'accepte bien entendu ton marché. Je ne peux faire autrement étant donné que mes pouvoirs ne sont plus qu'une masse chaotique gouvernée par le hasard et des conséquences que l'on ne peut prévoir. Par contre, je ne travaillerais pas à de vils tâches pour toi. Je ne te paierais pas puisque je ne suis pauvre de richesses. Enfin, je ne te raconterais aucune histoire car, le genre d'histoire que je connais, je ne peux les transmettre que par l'intermédiaire de ma longue et belle flûte traversière que ma fille possède. »

Se rapprochant de l'endroit où se trouvait « ses filles », il ajouta enfin à la sorcière vaudou :

« Je ne ferais rien mais elles le feront. »

Encore quelques pas et Orphée put parler en sachant que sa fille, sa fée androïde et sa sorcière vaudou pouvait toutes l'écouter :

« Très chère Zanhfee, je t'offre une occasion faite d'or afin de me plaire. Et toi, très chère Alice, je t'offre la possibilité de faire usage de ton don, de l'expérimenter. Votre seule contrainte sera la parole, et dons les ordres, de cette sorcière toute-puissante. »

Il présenta cette dernière d'un salut théâtrale, d'un geste de majordome.

« Sorcière ô toute-puissante, nous te suivons. Montres-nous le chemin de ta cabane et fais-nous part des termes du contrat. »
Orphée
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Zahnfee V. Edelstein
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Zahnfee V. Edelstein
Ven 31 Jan - 12:31
La main d'Alice s'agrippe à moi, tel un oisillon terrorisé.

— Maman.

Le mot, jeté, résonne en moi avec une terreur presque religieuse.
Je la revois, ma mère.
Je la revois cette femme à la tignasse rousse improbable, à la stature imposante. Je me rappelle ses hanches larges, sa poitrine bombée, ses bras épais et puissants. Je me souviens de ses taches de sons et de son regard immense. Un regard qui ne souffrait pas qu'on lui mente.
Jamais.

" L'as-tu fait Zahn' ? Réponds-moi. L'as-tu vraiment souhaité ?"

Je sursaute.
Étrange et mystérieux organe que le cerveau. En proie à ses propres souvenirs, Alice semble réveiller les vieux fantômes cachés dans mes propres tiroirs.

— Zhan', ma maman... Je m'en souviens... Les gens l'ont tué quand j'étais petite. J'ai tout vu... C'était horrible. Il y avait du sang partout. Sur les marches de la maison. Sur sa robe. Sur moi. Je me suis accrochée à elle jusqu'à ce que Papa revienne.

Les gens.
Ils étaient là aussi, les gens. Avec leurs flambeaux et leurs fourches, leurs chicots barrant à peine la route à leur haine. Mais, ils n'étaient pas là pour ma mère. Non...
Pourtant, valeureux remparts de chair, elle leur barrait la route de toute sa morgue, écrasant cette foule de sa seule voix. Jamais elle ne les auraient laissé me toucher.
Ma mère.
Ma mère à qui je n'ai jamais pu mentir.
Ma mère à qui je n'ai jamais su cacher ma noirceur.

" Réponds-moi, Zahn. As-tu souhaité sa mort ?"

- Werden sterben, werden alle sterben. Ersticken Sie mit ihren Zähnen!

Le silence.

Je n'ai pas reconnu la voix sourde et grondante qui a prononcé ces paroles.
Je n'ai pas reconnu ma propre voix.
Je me rend compte que le bistouri au bout de mon bras tendu accuse la foule. Ils nous regardent tous, interdits, inquiets, ne sachant pas sur quel pied danser.

Je n'ai pas le temps de m'interroger, Alice me tire par le bras. Tout juste celui d’attraper ma valise. La petite court à perdre haleine, et je n'arrive pas à me soustraire à sa poigne.

- Alice, attends ! Alice !

*PLOUF*


Elle vient de sauter dans la flotte tout habillée. Je la regarde faire abasourdie par son audace et sa stupidité. Peut-être que j'admire sa spontanéité quelque part.

— Il faut pas que je pleure, c'est du passé. Mais ça fait mal. Je veux partir d'ici plus vite, je déteste cet endroit ! Zhanfee, je suis désolée. Dis, la prochaine fois on part dans un beau pays. On s'achètera des rubans et des belles robes et où pourra marcher dans les rues sans que tu te salisses. J'aime pas te voir ici, tu es bien trop belle pour eux.

- Viens là ma chérie, ma douce, ma petite poupée...

Je lui tends la main pour l'extirper des eaux sales du port. Essayer de la sortir de là sans me tâcher d'avantage est une gageure. Mais j'y parviens néanmoins. Calmement, comme ma mère l'eut fait avec moi, j'essore la chevelure sombre d'Alice puis les pans de sa robe lourde d'humidité. Je la fais assoir sur une bite d’amarrage avec douceur mais autorité et entreprend de sécher et nettoyer son bras de ferraille afin d'en chasser le sel et tout risque de rouille.
Tatillonne et soigneuse, l'opération prend un certain temps.
Un temps silencieux de prime abord.
Un silence que je finis par briser.

- Papa a sa sorcière,
fais-je dans un murmure. Il va s'amuser avec puis la jeter. Nous quitterons alors ce vilain pays. Et quand viendra le choix de la destination, je lui ferais savoir qu'on ne souille pas une jeune fille bien élevée dans la fange de pirate. Je lui ferais compre...

-Très chère Zanhfee...

Mon palpitant écorché fait un bon. Je me retourne. Il est là, et il emplit brusquement toute ma vision, tout mon espace... tout mon univers.

-...je t'offre une occasion faite d'or afin de me plaire. Et toi, très chère Alice, je t'offre la possibilité de faire usage de ton don, de l'expérimenter. Votre seule contrainte sera la parole, et dons les ordres, de cette sorcière toute-puissante.

Je me crispe.
Foutue sorcière, tu ne me prendras pas mon père.
Je me redresse sèchement, lisse les plis de ma robe de petit gestes secs comme pour chasser la poussière. Calmement je fais un pas puis deux vers mon père.

- Papa, mon chère Papa... je vais suivre ta consigne...

Je lui attrape brusquement le menton, le tenant ironiquement par la barbiche, l’obligeant à me faire face, à plonger à ma hauteur, ses lèvres à quelques centimètres des miennes.

-... Mais sache une chose : ce que je fais, je le fais avant tout pour me plaire, A MOI.

Je lui colle un baiser à mi-chemin entre la commissure de ses lèvres et sa joue, puis je le libère.

- Viens, Alice, puis qu'il faut y aller.

Je prends la main de ma petite sœur de coeur et nous nous enfonçons tous dans les profondeurs de la jungle.

****

Bien des heures après que l'étrange équipée ait quitté les brumes de Tortuga pour disparaitre dans la moiteur de la jungle, une étrange malédiction frappa la ville. Ceux qui accostaient à peine furent le témoin d'un spectacle qui entacherait pour longtemps l'histoire de Tortuga : errant, en pleurs, sur la place, une poignée d'âmes au désespoir, gémissaient la bouche en sang. Ils avaient les mains pleines de ce que chacun prit d'abord pour des perles... avant de comprendre qu'il s'agissait de dents.

On dit désormais à quiconque perd une quenotte avant l'heure, qu'il a vu le Lwa blond du Baron Samedi.
Zahnfee V. Edelstein
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