Année 0003 (fin décembre) : El camino de la muerte.

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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Sam 2 Nov - 16:16


Il gratifia un dernier regard à son miroir. Hmmm... compte tenu des quelques heures de sommeil qu'il arrivait tout juste à s'accorder, il s'en tirait avec un mine acceptable.
Il devait remercier ses années passées dans le monde animal pour cela. Son endurance avait après tout été mise à rude épreuve dés son plus jeune âge. Il trouva cependant un bien maigre réconfort dans son reflet et rangea l'ustensile sans autre forme de procès. Son rôle de roi lui pesait ces derniers temps. La menace d'attentat était toujours présente et si cela n'avait tenu qu'à lui, il ne serait pas ici, à découvert, dans la foule de ses citoyens. Mais ces derniers voulaient le voir en cette fin d'année, une recherche de réconfort après l'année difficile qui était passée. Alors... il allait répondre à leur demande et, mettant en place un plan en béton armé, il mit tout en oeuvre pour décourager les terroristes. Et au fond... c'était le but ; après cet événement, Felipe fera mine de relâcher sa vigilance pour les attirer dans un piège.
Et s'ils avaient la stupidité de tout de même venir aujourd'hui... il ne sera délivré de ce fardeau que plus rapidement.

Ironie du sort, à l'approche de Noël il comptait honorer l'endroit le plus inapproprié mais aussi le plus traditionnel et donc apprécié des espagnols : une corrida, une des plus fameuses de Madrid soit dit en passant. Et si lui-même avait une opinion mitigée sur la mise à mort de ces valeureuses bêtes, il avait appris à comprendre l'opinion du peuple et la fierté qu'il en tirait. Aussi, il n'y avait pas touché.
Et le peuple lui en était reconnaissant.

"Llegamos, su majestad.
- Muy bien... llego."


Felipe prit ses lunettes, les plaqua contre ses oreilles et les releva sur le haut de son crâne, histoire de parfaire son portrait, ruinant par la même occasion le travail appliqué et assidu de son cher et dévoué barbier.
Allons bon, ses cheveux en bataille étaient un élément tout aussi distinctif que ses yeux dorés ou ses lunettes, son barbier était donc voué à ne jamais voir son oeuvre montré au grand jour, malheureusement.
Inutile de le garder, dites-vous ? Mais on lui avait chaudement recommandé ce barbier de Séville, voyez-vous. Et puis, il le soupçonnait de s'en être fait une raison et même d'imaginer LA coiffure parfaite qui saurait s'allier avec la "couronne" fétiche de son roi.

Prenant sa canne de sa main droite et son épée d'apparat claquant sur son côté gauche, il fit de nouveau preuve de cette impeccable capacité de rétablissement et, balayant dans un coin sombres pensées et inquiétudes, il redevint le roi superbe, élancé, au regard inquisiteur et à la charmante figure. Rassemblant la mosaïque paradoxale et dérangeante de sa personne.

Il salua la foule tout en trouvant dans leurs applaudissements, leurs cris et l'annonce du crieur la même phrase : "¡ Bien, vayamos a ver a la muerte !"
Bon sang, il ne voulait pas être le taureau sacrifié aujourd'hui et ce, selon le bon vouloir de sa personne royale qui avait expressément rouvert la corrida en ce jour.

~~~
Felipe resta un moment à songer au combat acharné auquel il venait d'assister entre l'homme et la bête. Comme à chaque fois, cela eu le don de le toucher au plus haut point. Il ne savait au juste jusqu'où son passé de grenouille l'avait rendu sensible au monde animal, mais il le ressentait vivement à cet instant. Voilà pourquoi on ne le voyait que rarement dans ce genre de festivités.
Voilà aussi pourquoi aujourd'hui, il venait de considérablement gagner des points auprès des espagnols.

Sinon, tout s'était "bien" passé.
Une corrida habituelle, à part le taureau mis à mal par le matador et un enfant perdu, il ne s'était pour ainsi dire rien passé d'inconvenant. Même les vols à l'arraché avaient été tout simplement inexistants, chose rare et qui fut fortement appréciée. Il fallait dire que la sécurité était exemplaire...
La mise à mort n'aurait pas lieu publiquement et, en soit, cela arrangeait Felipe. Mine de rien, ces petites choses pouvaient changer l'image que l'on avait de vous quand vous étiez roi. Et, comme il était de coutume, le roi devait être le premier à se lever avant que les spectateurs ne le suivent.
Il se leva et s'apprêta à sortir de sa loge privée lorsque, s'arrêtant, il se tourna vers un homme aux traits durs et aux yeux droits, dévoués :

"Dites-moi Afredo, serait-il possible de voir le taureau ?
- Comptez-vous le gracier, votre Majesté ?
- À vrai dire, si cela dépendait de mon seul pouvoir, je le ferai, mais... c'est une possibilité.
"

L'autre haussa les sourcils, Felipe, les épaules :

"Eh bien quoi ? Se prendre pour Dieu de temps en temps ne fait pas de mal"

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas lancé l'une de ses piques, et son efficacité n'en fut que plus grande. Heureux, peut-être, de retrouver là le souverain dont, au fond, on ignorait la pensée ou le but final de ses caprices, on s'exécuta sans poser davantage de questions.
C'est ainsi que lui et sa garde rejoignirent la dernière demeure du taureau, au grand désarroi du gérant qui n'avait certainement pas prévu de donner à son étable des allures plus "princières".
Oh, l'odeur des bêtes et du sang ne le répugnait plus depuis longtemps. Quand il arriva à hauteur de la sombre bête, il vit une jeune fille rousse, replète, s'affairer avec dévouement auprès de lui, ce dernier ayant perdu les ornements éphémères qui devaient le conduire à sa mort. Felipe ne se fit pas d'illusion, son état était critique.
Au fond, ne voulait-il tout simplement pas assister à ces derniers instants ?
Son regard se posa sur l'infirmière de mort, il cru ressentir du respect pour cette jeune femme à ainsi se dévouer pour ces victimes de la cruauté humaine, mais ce ne fut pas cela qui l'empêcha de détacher ses yeux d'elle pendant quelques secondes.

...
Il fut in-ca-pa-ble de comprendre ce qui le titillait en la regardant. Bon sang, pourquoi avait-il cette furieuse impression de la connaître alors qu'il n'avait jamais vu de sa vie cette demoiselle ?
Finalement, il attendit religieusement que le taureau rende l'âme avant de demander, simplement :

"Puis-je connaître votre nom, Señorita ?"

Faute de pouvoir trouver la raison de son malaise, connaître le nom de celle qui avait si gentiment accompagné "sa" victime lui paraissait comme un baume, mais aussi... un élément décisif pour élucider son état actuel.
Après tout, il l'avait sans doute simplement oubliée, peut-être que son nom lui dirait davantage quelque chose...
Rey de Marisma
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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Sam 2 Nov - 18:35
On l'avait rappelée en urgence. " une Corrida ! Ranita ! Une Corrida en décembre pour fêter la mort de cette année et honorer la nouvelle ! Une corrida ROYALE !". Elle avait hoché la tête avec lenteur. Elle ne voyait pas vraiment pourquoi ce serait différent des autres jours de l'année. Mais ne voulant  pas paraitre trop bête, elle s'était contentée d’acquiescer et de sourire.

Le taureau qui avait été choisi s’appelait Chuleta. Elle l'avait baptisé ainsi parce qu'il avait le poitrail large et les côtes saillantes sous le cuir de sa robe. Il finirait effectivement en côtelettes juteuses, elle n'en doutait point, mais ce ne fut pas ce qu'elle lui conta comme histoire pour s'endormir. Elle lui parla de Vassilissa la très sage, La Reine-Grenouille, sorcière parmi les sorcières qui avait su gagner le cœur d'un prince en ensorcelant une de ses flèches. Elle lui dit de sa petite voix douce, comme un murmure, que toutes les puyas qui avait percé ses flancs aujourd'hui étaient autant de flèches de sorcière, et qu'il avait conquis le cœur de bien des princes.
Lorsque Chuleta ferma les yeux et poussa enfin son dernier soupir, elle déposa un baiser sur son front large encore suant. Elle se redressa : sa robe et ses mains étaient maculées de sang noirâtre. Elle resta là, un moment, pendant que les peones retiraient le cadavre de la bête. Un cycle éternel. Une fin pour un début.

Elle se rendit compte qu'elle avait faim.

- Puis-je connaître votre nom, Señorita ?


Elle sursauta brusquement en se tenant le ventre. Sans réfléchir elle brandit sa main souillée de rouge sous le nez du senõr.

- Ranita... Ranita Sapo.

Elle loucha sur sa main d'un air surpris.

- Oh !

Elle s'essuya la paume comme elle pu sur son tablier déjà bien taché. Le résultat fut d'avantage désastreux, mais elle tendit néanmoins résolument sa petite mimine potelée vers l’inconnu.

- Et vous, vous êtes qui ? Fit-elle le plus innocemment du monde.
Ranita Sapo
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Dim 3 Nov - 0:23



Plus il l'observait, plus la sensation que c'était sa façon d'être, plutôt que son physique, qui lui chatouillait la mémoire s'installa dans son esprit. Elle n'avait même pas fait attention à lui, toute absorbée et dévouée dans son travail qu'elle était. Alors... lorsqu'elle se tourna brusquement vers lui et après que lui-même se soit écarté pour laisser passer la carcasse, il eut un mouvement de surprise plutôt marqué en la voyant lui tendre ses mains pleines de sang.

Est-ce que par hasard elle...

"Ranita... Ranita Sapo."

Cette fois, il se tétanisa sur place.
Alors ça ! Alors ça !
Il ne s'y attendait pas. Il n'y croyait pas !
Oubliant purement et simplement ses bonnes manières, il la regarda de bas en haut, de haut en bas, la transperçant du regard sans vraiment la voir, défiant ses yeux de le tromper ou ses oreilles de ne pas fonctionner.
Elle s'essuya sans grande réussite sur son tablier couvert de sang, sans l'avoir reconnu.  
Mais... c'était tellement... elle.
Il ne put retenir un sourire et même un petit rire.
Rhaa bon sang... c'est fou comme cet esprit simple lui avait manqué.

Calant sa canne contre le mur, il s'avança et sortit de sa poche son mouchoir et, prenant la main de la jeune femme avec d'infinies douceurs, il se mit à délicatement pomper le sang.

"Oh... je crois que nous nous connaissons bien. Votre charmante histoire de tout à l'heure ressemble un peu à la mienne : un prince devenu grenouille à cause d'une sorcière. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?"

Il tourna sa main, débarrassée de son sang, et la gratifiant d'un sourire qui fit pétiller ses yeux dorés, il lui fit un baise-main et lui dit :

"Allons bon, vous souvenez-vous de ce cher Felipe qui a côtoyé votre enfance ?"

...
Il préparait toujours son effet.
Et le fait qu'il se retrouvait seul avec elle, des gardes de l'autre côté de la porte, lui permettait de faire fi des convenances.
Et puis... même dans le cas contraire, il s'agissait de Ranita, bon sang ! L'une des rares... pour ne pas dire la seule grenouille à avoir bien voulu l'écouter palabrer à longueur de journée à propos d'une "pseudo" ancienne vie de prince.
Mine de rien, passer pour fou parmi les grenouilles, cela avait de quoi blesser votre ego et vous donner un peu d'humilité.
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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Lun 4 Nov - 11:02
La rouquine regarda le beau mouchoir en dentelle fine caresser sa main souillée. Ses grand cils clairs battirent l'air d'étonnement.

- Votre beau mouchoir va être tout sale...
Fit-elle avec une pointe de tristesse dans son petit filet de voix. Pour enlever le sang il faut frotter frotter frotter avec du savon de marseille et après le tissus est tout rêche. Alors que là c'est tout doux !

Elle hocha la tête comme pour appuyer ses propres paroles, puis elle se souvint qu'on lui avait possiblement posé une question.

-Felipe.. Felipe... j'ai eu un ami qui s’appelait comme ça !

Elle réfléchit. Ses sourcils se froncèrent faisant danser ses tâches de son.

- Je crois que c'était mon seul ami, en fait. Mais il est parti pour devenir r...

Elle s'interrompit soudain pour fixer de Marisma avec de grand yeux ronds.

- Oh...

Son regard circula de sa main jusqu’au visage du jeune homme. On pouvait presque palper les morceaux de cubes s'imbriquant les uns avec les autres dans l'espace clos de sa petite tête.

- Oh !

Spontanément, elle se hissa sur la pointe des pieds et pris le visage de son ancien fiancé entre ses doigts potelés et sales.

- "Feliz" Felipe ? C'est bien toi ?!
Ranita Sapo
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Jeu 7 Nov - 12:26


Felipe suivit le cheminement de sa pensée des yeux, semblant voir une page de réflexion se tourner à chaque exclamation qu'elle poussait. Un sourire étira ses lèvres lorsqu'enfin elle le reconnut. C'était un sourire agréablement surpris de la voir ainsi lui prendre la tête entre ses mains même si l'une d'entre elle était encore pleine de sang. Bigre, ces derniers temps beaucoup de personnes s'adonnaient à des familiarités avec lui... mais... il s'agissait de Ranita, cette fois. Mais aussi un sourire nostalgique en entendant son surnom vieux de plusieurs années et qui le renvoyait aux abords d'une mare infestée de poissons, grenouilles et mouches.
Et enfin, un sourire tranquille, de ceux que lui avait toujours inspiré cette personne simple et sans préjugés qui se tenait devant lui.

Son regard s'adoucissant considérablement après cette scène de reconnaissance, il lui prit les poignets et les lui baissa avec d'infinies douceurs.

"Oui Ranita, c'est bien moi... je suis touché d'apprendre que je suis toujours pour toi un ami précieux après toutes ces années et ma disparition. Je ne pensais cependant pas que je serais le seul."

Un gargouillement pour le moins explicite mit fin à la scène d'émotion -et accessoirement à la totale incompréhension dont était actuellement sujet Felipe-. Ce dernier regarda Ranita en ne pouvant s'empêcher de penser qu'il y avait de ces choses qui ne changeraient jamais.

"... Je crois que ton estomac te mande, ma Ranita. Que dirais-tu d'un goûter chez moi ? Ta venue ici m'interpèle au plus haut point, et je suis curieux de savoir comment tu as pu devenir une "chevelue"."

Le vouvoiement n'était plus de mise. On reprenait les anciennes habitudes et pour rien au monde il ne se serait senti inconvenant.
Il savait par exemple que "chevelus" était sa façon de parler des humains, et force était de constater qu'elle avait maintenant une sacrée tignasse rousse ! Se redressant, il alla reprendre sa canne en essuyant sa joue pour en retirer le gros du sang, conscient que cela n'allait de toute façon pas partir aussi facilement. Bon, au moins il avait un miroir dans sa voiture qui allait enfin servir à quelque chose.

Au fond, ce n'était pas une invitation... il savait qu'elle accepterait.

"Je crois que les cuisines royales sauront satisfaire tes envies."

Sans doute cela la décida-t-elle.
Balançant devant lui sa canne de sa main droite, il prit l'épaule de son amie d'enfance de sa main gauche, la conduisant vers la sortie.
Oh, si le fait qu'il se présente ainsi, protecteur, envers une parfaite inconnue eut le mérite de surprendre les gardes... ce fut davantage leur allure qui les scia. Absolument pas assortis, lui plutôt grand, élancé et aux traits harmonieux, charmeurs, elle plutôt petite, replète et aux traits discordants et couverte de sang, ils offraient un tableau pour le moins étrange.
Finalement, seules leurs couleurs, lui tout de brun-vert vêtu, et elle tout de rouge, donnait un semblant d'accord à la scène.

Encore choqués, les gardes répondirent à leur souverain que par pur mécanisme lorsqu'il leur fit savoir que la señorita allait les accompagner au palais... qu'elle serait reçue pour prendre un bain et recevoir de nouveaux vêtements, les plus simples possible.

~~~

Au palais,
"Mais enfin Majesté, vous devez bien savoir qu'agir de la sorte pourrait faire naître quelques ragots pour le moins malvenus ?!"

Alfredo parlait ainsi en connaissance de son métier et de son roi, sachant pertinemment que celui-ci ne rebutait pas devant les paroles franches de ses conseillers pourvu qu'elles soient justifiées.

"Qui est-ce ?
- Une vieille connaissance, la plus inoffensive et dénuée d'arrivisme qui soit.
- Une... ? Veuillez me pardonner pour mon indiscrétion, votre Majesté, mais comme une personne du statut de votre Majesté a-t-il put faire le connaissance de cette señorita s'occupant des taureaux des corridas de Madrid ?"


Felipe n'eut aucun mal à imaginer son conseiller songer à ses escapades nocturnes dans les rues de la capitale. Peut-être s'imaginait-il même qu'il y prenait du bon temps... beaucoup de bon temps et avec beaucoup de monde venant de beaucoup d'horizons différents.

"Allons donc, Alfredo, je vous trouve bien suspicieux", lui fit-il sur un ton de fausse réprimande,"vous n'avez rien à craindre : pas de coups fumeux de ma part cette fois-ci, rien ! Cette jeune femme est l'innocence-même et fut autrefois une amie très chère que j'ai perdue de vue, rien de plus. Nous avons pas mal de temps à rattraper en palabres, aussi, je vous serai grès de simplement vous occuper de ce goûter. Cela n'a qu'à rester entre nous, ne m'a-t-elle pas rejoint ici après mon arrivée, et non en même temps ? N'y voyez-vous d'infinies précautions de ma part ?Comprenez-moi : je la connais suffisamment pour savoir qu'elle tient tout autant que vous à ce que sa venue ici soit inconnue.
Aussi, point de faste, point de fanfare.
"


Juste un goûter et un tête-à-tête pour parler du bon vieux temps et de ce qui s'est passé ensuite.
Il se rendit donc à la véranda où aurait lieu de goûter, donnant sur une cour privée, où nul regard indiscret ne viendrait les déranger. Il y retrouva la jeune grenouille qui avait partagé ses années de calvaire... et les avait allégées. Là, trônait un pyramide de confiseries, un saladier de sucreries et un château de pâtisseries sur un buffet à côté d'une table ronde autour de laquelle étaient disposées deux chaises rembourrées. Bref... quand le roi disait "simple", il n'était jamais satisfait.
Enfin, adviendra ce qu'il adviendra, même si la nappe blanche lui semblait condamnée. Après tout, il connaissait très bien la maladresse de sa camarade.
Ayant abandonné son imposant manteau d'extérieur, il était venu en tenue décontractée : simple veston d'un bordeaux sombre, chemise blanche, pantalon noir et botte de cuir, ses lunettes trônant joyeusement au sommet de son front.

"Alors, Ranita, j'espère que l'on t'a bien traitée ?" songeant qu'il avait tout de même fait pas mal d'acrobatie pour la faire atterrir ici, il s'excusa : "Ma position n'est pas facile, tu sais, un simple goûter avec une inconnue peut prendre une telle importance que je me dois de prendre des précautions et je préfère t'éviter ce genre de désagréments. Mais qu'importe, il est temps pour moi de tenir parole."

Il s'avança vers elle en lui proposant une assiette.
Après tout, c'était l'objectif du goûter.


Spoiler:
 
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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Lun 18 Nov - 11:46
Ranita n'avait pas réfléchi, Ranita ne réfléchissait jamais.
La joie de retrouver Felipe avait éclipsé les conséquences de ces retrouvailles. Ce ne fut que lorsqu'elle se trouva fasse à ses affaires à réunir qu'elle fut frappé par l'évidence. Ces évidences prenaient la forme de deux vieilles grenouilles la regardant d'un œil vitreux plein d'expectative. La panique la saisit au plus profond d'elle même avec la fulgurance d'un rejón. Elle attrapa une boite à gâteau qu'elle cachait sous son lit et jeta les bocaux contenant les deux amphibiens dedans. Elle pensa les laisser là. Dissimulés. Oubliés.
Après tout ce qu'on ne voit pas n'existe pas , non ?
Mais l’instinct filiale avait été plus puissant. Elle était revenue sur ses pas, l'air contrite et avait enfourné la grosse boite à gâteau dans son baluchon informe.

Elle avait ensuite rejoint le Roi. Son Roi-Grenouille. Et ses parents n'étaient devenus que deux petits points lointains et falot au fond de sa mémoire.

***********************************************

Elle avait pris un bain.
Voilà quelques mois maintenant -peut-être une année ?- qu'elle était dans ce corps rose et plein de plis et jamais elle n'avait pu replongé tout entière dans de l'eau. Elle eut l'impression d'être à nouveau une grenouille. Cela lui procura un étrange sentiment d'anxiété et lorsque la femme de chambre lui renversa le premier baquet d'eau chaude sur la tête elle manqua de s'étouffer.
Le savon s'était nouveau en revanche.
Quelle drôle de chose luisante, collante, soluble, laiteuse, parfumée... Elle ne trouvait pas les mots mais semblait fascinée par la quantité de bulles légère et éthérée qu'elle pouvait produire au contact de ce "savon". Elle essaya de le mettre à la bouche mais regretta un peu son geste : le gout était spéciale et la texture peu agréable. Elle su d'ailleurs qu'elle avait fait une bêtise quand la personne préposée à la frotter poussa de grands cris d'orfraie en la voyant mâchonner un morceau de pavé de Marseille à la lavande. Elle essaya de lui retirer de la bouche et manqua de perdre deux phalanges.
La mousse était  plus traitre que les bulles. Elle piquait les yeux et bouchait les oreilles. Ranita se fit la promesse de ne plus se laisser avoir par une baignoire avant longtemps. Ceci étant lorsqu' on commença à frictionner sa carcasse pour la sécher et à l'oindre avec de l'huile d'amande douce et des parfums floraux -sans doute pour chasser l'horrible odeur ferrugineuse du sang- elle se mit à glousser. Sa peau  était fragile, diaphane poinçonnée de minuscules tâches oranges de forme et de nuances différentes. Une vraie constellation ! Elle ne s'était jamais vue de cette manière. Finalement être propre n'était pas si déplaisant !

Le personnel royal éprouva néanmoins plus de difficultés à lui trouver des vêtements à sa taille. Ranita avait un gabarit inhabituel pour la plupart des espagnols : elle était incroyablement petite et exceptionnellement rebondie. Lui faire enfiler des sous-vêtement décents fut toute une aventure. La jeune fille ne comprenait pas vraiment pourquoi on cherchait à la saucissonner de toute part avec des instruments de torture.  Sa poitrine opulente ne tenait dans aucun corsage comme ses hanches trop larges . Elle fit craquer deux robes avant qu'on opte finalement pour  un chemisier tout simple et une jupe verte  assorti de jupons en dentelles. On essaya de domestiquer l'incroyable tignasse de la jeune femme : il fallut une patience infinie à la camériste  de feu la reine pour arriver à  lui faire une natte grossière et accrocher un ruban autour. Mais la femme d'expérience ne se faisait pas d'illusion, au moindre mouvement les cheveux exploseraient hors de leur carcan.

On la fit ensuite pénétrer dans un petit salon où tous les sens de la petite grenouille furent mis à contribution. Tout n'était que luxe, raffinement et curiosité. Elle voulu coller son bec un peu partout pour avoir le loisir d'apprécier chaque détail du lieu mais on la fit assoir derechef sur une chaise avec comme consigne de ne pas bouger d'un cil.  Elle se contenta de sourire, perplexe et un peu désorientée. Mais ce fut avant que son odorat -oui, avoir un nez fut la seconde chose qu'elle apprécia en tant qu'être humain après avoir eu des cheveux- ne détecta la fragrance du sucre et de la crème au beurre. Son estomac se mit alors à chanter de manière inopportune alors que ses yeux ne pouvaient se détacher de la montagne de choux et de macarons aux couleurs chatoyantes.

Felipe entra alors dans la pièce.

-Alors, Ranita, j'espère que l'on t'a bien traitée ? Ma position n'est pas facile, tu sais, un simple goûter avec une inconnue peut prendre une telle importance que je me dois de prendre des précautions et je préfère t'éviter ce genre de désagréments. Mais qu'importe, il est temps pour moi de tenir parole.

Ranita se dandina sur sa chaise, son auguste fessier pourvu de dentelle dépassant de part et d'autre de son fauteuil. Elle se mordilla la lèvre inférieure.

- Est-ce que je peux bouger maintenant ? On m'a dit que je devais pas bouger, Felipe, mais c'est vraiment difficile, j'ai des fourmis partout partout....
Ranita Sapo
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Lun 2 Déc - 23:23


"Est-ce que je peux bouger maintenant ? On m'a dit que je devais pas bouger, Felipe, mais c'est vraiment difficile, j'ai des fourmis partout partout...."

Voir ainsi cet esprit buter sur un "ordre d'étiquette" aussi stérile et austère que le très connu : "ne bougez plus" ou "attendez" le renvoyait à son quotidien de jeune roi. Il ne put donc empêcher un sourire authentique fleurir sur ses lèvres devant la charmante et innocente demande de la jeune femme. Aujourd'hui il ne pouvait plus faire les choses simplement…

"Bien sûr ! Je serais un bien mauvais hôte si je ne te laissais pas profiter de ce festin. Vois-tu, Ranita, tu es mon invitée, une invitée de marque."

Il se fit rassurant, que ce soit au timbre de sa voix, il imaginait bien que tout ceci était bien loin de leur petite mare de quand ils étaient enfants. L'image de son ancienne vie avec une grenouille pendue à ses lèvre de jeune… batracien bavard et ayant un goût poussé pour la mise en scène le fit presque rire : à part son apparence et sa condition, finalement, il ne se sentait pas bien différent à l'heure actuelle.
Il se servit lui-même en petites pâtisseries et s'attabla tranquillement avec ses trois morceaux concentrés en sucre, pâte à chou et crème qui se battaient en duel. Felipe n'était pas vraiment connu pour son goût prononcé pour tout ce qui était sucré, il préférait les épices et autres éléments destinés à éveiller plus ou moins brutalement ses papilles, lui donnant la maigre et déroutante sensation de secouer ses neurones par la même occasion alors que les pâtisseries l'endormaient plutôt.
Rien de mieux donc pour un instant de détente, même si on ne surchargera pas ses joues de ce brouillard onctueux et sucré au risque de voir le roi dans un état proche du plus fervent drogué.
Tandis qu'il se servait un onctueux chocolat chaud dont on importait les fèves depuis l'Amérique du Sud et qu'il en buvait une première gorgée, ses yeux tombèrent avec une légère lueur de curiosité sur l'étrange boîte brièvement laissée à l'abandon par sa détentrice alors toute occupée par le banquet saccharotique. Mais enfin, avant d'être totalement indécent et poser une question déplacée sur son contenu, Felipe préféra plutôt s'attarder sur LE mystère irrésolu que lui posait l'apparition, ou plutôt la réapparition récente de son amie d'enfance :

"Mais vraiment, Ranita, je ne comprends pas comment tu as pu si soudainement venir me rejoindre dans le monde des hommes,"
un monde tout aussi sans pitié que celui de leur petite mare, ne put-il s'empêcher de penser en secouant la tête. "Tu n'as besoin de rien ? Tu t'es adaptée facilement ? Veux-tu que je te parle de moi ?"

Il se dit que c'était de bonne guerre : après tout, on ne demandait pas une chose à quelqu'un sans montrer l'exemple au préalable, même si... en ce qui le concernait, il n'y avait aucun mystère.

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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Dim 22 Déc - 19:59
Ranita s'était levée d'un bon en se tortillant dans son fatras de dentelles. Elle tira sur les pans de sa robe d'un air comique. Tout ceci la grattait horriblement. Néanmoins, elle fit honneur à la table : elle prit soin de se servir un peu dans chaque plat. Si bien qu'au final son assiette croulait sous un tas de choux, de crème au beurre, de pâte de fruits et de chocolats pralinés.
Elle vint s'assoir en face de Felipe, la mine gourmande, définitivement plus détendue.

Elle laissa fuir la poignée de questions, son esprit concentré à retenir la forme, la couleur et le gout de chaque chose.

-...daptée facilement ?

Elle redressa la tête.
Et comme à chaque fois qu'elle était prise en faute inattention, elle adopta un regard vide et un sourire silencieux. Une expression que le Roi avait vu tant de fois sur les traits batraciens de son acolyte -avec les autres habitants de l'étang, avec ses propres parents- pour que l'écho en soit douloureux. La voir opter de ce réflexe défensif avec lui avait de quoi rendre tout ce sucre amère.
Ranita qu'elle soit peau verte ou peau blanche, n'était toujours pas à sa place en ce monde.

- Veux-tu que je te parle de moi ?

- Oui ! dit-elle d'une petite voix.

Elle reposa doucement la pâtisserie qu'elle allait mettre à la bouche.

- Es-tu triste, parfois, Felipe ?

Ses doigts potelés jouèrent une mélodie sourde sur le rebord de son assiette. Sa voix se fit murmure.

-On dit que la femme que tu as tant aimée est morte en couche. Et que tu portes toujours son deuil. Que tu es tout seul.

Elle se mordit la lèvre inférieure sans trop oser le regarder.

- Tu es heureux un peu quand même d'être un vrai-homme avec des cheveux ? Hein ?
Ranita Sapo
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Jeu 2 Jan - 1:25


Felipe venait de se rappeler pourquoi il avait ce souvenir d'une enfance passée à parler, parler, parler… oui, enfin, à coasser aux bords d'une mare ; Ranita avait une capacité à écouter et une autre similaire à ne pas écouter ses interlocuteurs toutes deux très expansives. Ce qui fait qu'en règle général, Felipe parlait tout le temps, soit pour se répéter soit pour répondre à des questions et curiosités de sa jeune amie. Au moins, ça lui avait fait travailler son art oratoire…
Surtout que Ranita avait cette autre incroyable capacité -pour ne pas dire pouvoir- de poser les questions les plus simples et déroutantes à la fois :

- Es-tu triste, parfois, Felipe ?

Il aurait pu répondre "Moi ? Avec tout ce qui s'offre autour de moi ?" de façon tout-à-fait ironnique pour lui-même, mais il n'avait jamais menti à Ranita, et elle ne comprendrait pas l'ironie, il voulut donc dire "Oui, bien sûr, comme tout le monde" mais la suite lui coupa l'herbe sous le pied.

- On dit que la femme que tu as tant aimée est morte en couche. Et que tu portes toujours son deuil. Que tu es tout seul.

Touché.
Lui qui précédemment pensait qu'il n'avait aucun mystère à cacher, rien d'incroyable à raconter ou confesser, voilà qu'elle venait -encore une fois- de mettre le doigt sur le détail de sa vie qui révoquait cette certitude.
Le roi du Marais, d'habitude si prompt à répondre, à partager sa science ou même à montrer toute l'étendue de son art à détourner la discussion de façon tout à fait charmante s'autorisa un petit instant de réflexion et posa sa tasse de chocolat chaud dans un tintement de porcelaine. Ramenant les coudes sur les accoudoirs de son siège, il croisa les mains et perdit son regard vers la véranda, scrutant l'extérieur.
Et puis il y avait ce "Que tu es tout seul." qui fit naître une étrange sensation en lui. Il savait qu'il n'était pas clair avec lui-même, qu'il avait des sentiments à combattre ou à remettre à leur place, des invariables incertitudes qui se mêlaient orageusement avec ses préoccupations de roi.
Oui, il y avait cette femme pour qui il avait développé des sentiments, malgré lui, de façon incontrôlée… mais ce n'était pas raisonnable.
Il l'avait éloignée de lui, cela lui avait semblé raisonnable.
Ils avaient échangé des lettres. Ce n'était pas raisonnable.
Et maintenant les rumeurs d'un attentat prochains de criminels étrangers se levaient, et tout se mélangeait.

Cette attitude sembla quelque peu alarmer la petite grenouille qui s'en voulut sans doute d'avoir abordé un tel sujet.

- Tu es heureux un peu quand même d'être un vrai-homme avec des cheveux ? Hein ?

Toujours aussi attentionnée.

"Oui, Ranita, j'aime ma vie d'humain, mais c'est une vie difficile, avec beaucoup de… règles que je dois respecter là où une vie de grenouille était finalement bien plus simple."

En tant que roi, il se sentait utile, il aimait son peuple et, d'une certaine manière, aimait remplir ses fonctions. Il n'abandonnerait pour rien au monde les siens sous peine de ressentir sur lui-même la trahison que sa désertion représenterait…
Mais que c'était difficile…
Cette année avait été difficile.
Même s'il avait remporté de grandes victoires et que d'autres allaient certainement suivre, s'il se tenait à ce qu'il avait prévu.
Yama avait été un élément imprévu.

Il y eut un silence un peu gênant. Felipe le rompit par un léger soupir d'exaspération, envers lui-même.

"Je t'ennuie avec tout ça. Un roi a toujours des problèmes, ce n'est pas nouveau. Mais… merci de t'en inquiéter, peu peuvent le faire, ou se le permettre dans mon entourage. Je dois juste faire face à une situation un peu particulière cette fois-ci."

Il lui fit un clin d'oeil complice qui devait la rassurer en se tournant vers elle, ses yeux aux reflets d'or se teintant d'une remarquable sympathie à son égard.

"Mais toi, ma petite Ranita, comment vas-tu ? Tu sais que tu ne m'as toujours pas dit comment tu vivais ta vie d'humaine ? As-tu besoin de quelque chose ?"
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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Ven 17 Jan - 10:56
Ranita observa Felipe de ses grands yeux ronds. Si impénétrable étaient leurs expression, ces prunelles là avaient le don de vous mettre à nu sans pouvoir vous défendre. Quoi que la rouquine puisse penser-il était impossible de le savoir- l'impression d'avoir été découvert dans toute sa crudité ne cessait pas de vous empoigner le cœur.
Le malaise demeurait malgré tout vos efforts pour vous en défaire.

- La vie n'est jamais simple, Felipe, finit-elle par dire simplement. Et elle n'est jamais ennuyeuse.

Elle croqua dans un chou et la crème pâtissière qu'il contenait s'étala à moitié dans sa bouche, à moitié sur son nez. Elle ne sembla pas s'en apercevoir et continua la "conversation".

- Avoir des cheveux est une étrange chose. Lorsque le sang des taureaux se colle dessus ils deviennent tout poisseux et puis tout durs. Il faut beaucoup frotter pour que ça parte. Beaucoup, beaucoup.

Elle goba la fin de son choux avec une expression gourmande. Elle se lécha ensuite les doigts soigneusement.

- Je ne sais pas si j'ai besoin de quelque chose, je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je vais le faire maintenant !

Et comme si elle se prenait au mot, elle fronça les sourcils, louchant sur le petit monticule crémeux au bout de son nez.

- Je suis allée des les airs une fois ! J'ai beaucoup aimé. J'aimerais recommencer, je crois. C’est grâce à mon amie que j'ai pu !


Et soudain son visage s'égaya, ses taches de rousseurs semblèrent danser sur son visage rubicond, ses yeux pétillèrent. Les mots se déversèrent de sa bouche en un flot tumultueux :

- Je me suis fait une amie ! Toute seule ! Tout par moi même ! Tu aurais été fier de moi ! On a mangé le pain et le fromage ensemble et elle m'a laissé faire un tour dans son poisson-volant ! Même qu'elle est jolie ! Même qu'elle est pirate et qu'elle va dans les nuages et dans l'eau ! Et ses cheveux sont tout noirs comme le fond des marais mais que sa peau est comme le lait ! Elle est gentille ! elle sait lacer les chaussures ! Et elle a des seins moelleux !


Ranita était tout agitée, frétillant sur sa chaise comme une puce, faisant de grand geste avec ses petites mains dodues.

- Un jour, elle reviendra me voir et j'irais dans sa maison volante, et on sera pourchassées par pleins d'autorités !

Elle gloussa de bonheur et regarda Felipe avec la plus grande félicité du monde.
Ranita Sapo
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Ven 17 Jan - 22:01
Spoiler:
 




Felipe fut saisi par ses propos. Même s'était habitué à certaines sorties de sa jeune compagne qui frisaient les pensées philosophiques, il avait fini par ne plus y penser, sous l'effet du temps et la teinte qu'avait pris ses souvenirs, pourtant très vivaces.
Et c'était parce qu'ils étaient très vivace que cela eut autant d'effet sur lui.
Il eut l'impression de revoir la jeune grenouille totalement entière devant lui.

Elle était là. C'était le cas, bien sûr. Il le savait.
Mais c'était comme si jusque là, la jeune grenouille était "déguisée". Mais maintenant il la voyait parfaitement telle qu'elle était malgré son apparence.

"Vraiment, rien qui ne te manque ?"

Il écouta avec plaisir son amie qui, fidèle à elle-même, heureuse et papillonnant dans l'évocation d'un souvenir qui semblait merveilleux -et récent- à bord d'un avion, ne faisait même pas attention à la crème qu'elle s'était mise sur le nez.

- Je me suis fait une amie ! Toute seule ! Tout par moi même ! Tu aurais été fier de moi !

Il sourit presque immédiatement, d'un sourire sincère et sans limite. C'est vrai qu'il était fier. Il avait toujours éprouvé un profond sentiment fraternel, et le fait qu'il était à l'origine humain et elle une grenouille ne l'encombrait pas outre mesure pour continuer à le penser. Ranita se faisant une amie dans le monde des hommes ? Il aurait bien aimé être là pour voir ça.

- ... Même qu'elle est jolie !

Soit.

- ... Même qu'elle est pirate et qu'elle va dans les nuages et dans l'eau !


Bon... soit. Il n'allait pas lui faire la morale, lui-même avait quelques connaissances dans la piraterie dont il ne savait que faire... ou plutôt, il savait trop bien ce qu'il en était. D'ailleurs, ce n'était même pas sûr que Ranita sache ce que sont les pirates. Elle serait juste en train de répéter ce que lui a dit la femme en question que cela ne l'étonnerait même pas.

- ... Et ses cheveux sont tout noirs comme le fond des marais mais que sa peau est comme le lait !

... Non.
C'était une simple association d'idée parce qu'il venait de penser à Yama au moment où Ranita décrivait son inconnue. Juste une association d'idée. Cela ne pouvait pas être Yama !

- Elle est gentille !

Non, définitivement pas.

- (paroles perdues dans les méandres des pensées confuses de Felipe)... Et elle a des seins moelleux !

Qu-que ?

"T-tu... as quoi ?"

Le roi fut d'abord sonné qu'une telle phrase arrive juste après le laçage de chaussures, avouez que cela n'avait pas lieu dans la même zone anatomique, l'homme ensuite se demanda dans quelles conditions exactement une telle affirmation pouvait prendre corps ? Qu'est-ce que... Ranita est allé faire dans le décolleté d'une pirate, qu'il s'agisse effectivement de Yama ou non ?
Et si c'était effectivement Yama, la question comptait pour double !
Non pas qu'il avait un quelconque intérêt à savoir comment... mais enfin... elle avait de très beaux seins quand même, de ce qu'il avait pu en deviner.

Felipe toussota légèrement, comme pour lui permettre de balayer la certaine gêne occasionnée par la sortie de Ranita -et accessoirement aussi le coup de chaud qu'il venait d'avoir- en faisant passer ça par une soudaine prise de conscience qu'il formula :

"D-Dis-moi... Ranita... cette femme... s'appelait-elle Yama ? Yama Albadune ?"

Mais c'était impossible que ce soit elle, n'est-ce pas ? elle n'est pas censée se trouver en Espagne...
Qu'elle dise que ce n'était pas elle ! Sans quoi il penserait qu'il avait tout bonnement embrassé une lesbienne. Enfin... disons que c'était une possibilité.

"Si c'est elle... elle a dû parler de moi, enfin peut-être ?"

Les yeux de Felipe, qui était redevenu étonnamment calme après que son esprit ait fini de vadrouiller dans toutes les directions en répétant des "possibles", et "impossibles" à tout-va, étaient devenus indéchiffrables, un peu perdus, mais on ne savait trop si c'était qu'ils étaient perdus dans tout ça, ou perdus dans la contemplation des tâches de rousseur de la jeune femme, en attente de la réponse fatidique.
Si c'était elle... pensait-elle à lui ?

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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Mar 28 Jan - 12:00
Ranita s'interrompit.

- Comment tu sais ? C'est ton amie aussi ? ou... elle est peut-être connue comme un roi ?

-Si c'est elle... elle a dû parler de moi, enfin peut-être ?

La rouquine regarda Felipe avec un air étrange, comme si elle décortiquait la carcasse de son royal ami avec ses rétines. Elle fronça les sourcils : elle venait de voir quelque chose de passablement inhabituel. Elle se leva, fit le tour de la table, et se pencha tout doucement vers le roi d'Espagne, le surplombant malgré sa petite taille, lui bouchant la vue de son indisciplinée tignasse rousse. On avait beau avoir récuré chaque parcelle de la peau tachetée de la petite grenouille, parfumé tout son épiderme, l'odeur ferrugineuse du sang restait décelable pour toute personne ayant un odorat raffiné. Elle resta là quelques secondes comme si elle tentait de décrypter quelques langages secrets peints à même le visage de son interlocuteur.

Finalement elle leva un index et l'enfonça au milieu de la poitrine de Felipe.

- Là. Ça a fait "plop", dit-elle tout doucement.

Ses grands cils roux battirent l'air le temps qu'un ange passe.

- Elle aussi. ça a fait "plop", ici... dit-elle en montrant sa propre cage thoracique et l'endroit théorique où se tenant l'organe le plus palpitant du corps.

Elle marqua une pause.

- Au moment où j'ai prononcé ton prénom.

Elle plongea son regard inquisiteur dans ceux de Felipe.
Pas de retraite possible.
Pas de mensonge, pas d'entourloupes.
Pas devant ces yeux là....
Ranita Sapo
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Ven 31 Jan - 23:57


Felipe fut étonné de voir que, pour la première fois depuis le début de cet entretien, il n'était pas frappé de stupeur à l'une des révélations de Ranita.
C'était soit trop gros pour que son esprit l'ingère, soit, captivé par les yeux de son amie, il prenait simplement lentement, très lentement, conscience de ce qu'elle venait de lui dire. Un espoir qu'il était jusque là inavoué venait de pleinement faire son apparition en lui.
Ce n'était clairement pas raisonnable, pas après ce qu'il lui avait fait, pas après ce qu'elle avait dû ressentir... car au fond, si elle pensait encore à lui "comme ça", alors...

Il eut un petit rire, mi amer en envisageait cette souffrance des derniers mois, mi amusé en repensant à l'expression de Ranita pour en parler. Et si cela avait fait "plop" c'est que Yama avait dû, elle aussi, traverser une longue période de doute.
Ranita attendait une explication.
C'était l'évidence même. Il regarda alentour, s'assurant qu'aucune oreille indiscrète ne trainait par là... bien content de pouvoir voir à travers les murs.
Enfin il lui fournit sa réponse en tapotant son menton d'un geste affectueux.

"Nous nous sommes rencontrés cette année, ma petite Ranita. Mais, tu vois, Yama fait des choses qui font du mal, cela fait d'elle une criminelle..."
il soupira "enfin c'est plus compliqué. Elle a décidé de vivre une vie qui ne répond aux "règles" et tue des gens."

Il croisa les mains, chaque coude à son accoudoir.

"Et mon rôle à moi est d'éliminer ce genre de personnes."

Il hésita à dire les mots qui fâchent.

"Alors même si..."

Vraiment, il hésitait. Mais il ne pouvait résister au regard de Ranita. Elle était toute l'innocence qu'il connaissait depuis son enfance. Lui mentir lui paraissait tout bonnement inconcevable. Et pourtant, il mentait tous les jours.
Mais pas à Ranita... il s'en voudrait.
Ce serait la pire des trahisons qu'il pourrait lui faire.

"...même si je l'aime, je n'ai pas voulu qu'elle revienne. Je pensais que c'était la meilleure façon de la protéger de moi."

Il ne s'attendait pas à ce qu'elle le comprenne, mais c'était dit. Il eut un étrange sourire. Son sourire indéfinissable qui semblait venir de quelques temps passés mêlant nostalgie et pensées révélatrices rendues visibles sur ses lèvres.

"Je sais maintenant que j'avais raison de les craindre, ces sentiments, mais que j'ai certainement eu tort d'agir ainsi."

Même s'il n'avait foutrement aucune idée de comment il aurait pu agir autrement !
Son sourire étrange de crapaud, grand, lumineux et torturé, répondait toujours aux yeux de grenouille de Ranita.

"Alors comme ça.... elle est quand même revenue en Espagne ?"

Il en avait fait du chemin depuis la taverne du Poulpe Borgne où il s'était noyé dans le Porto avec une parfaite inconnue. En fait, il était sur un petit nuage, aussi égoïste que pouvait être le bonheur que lui procure la simple idée que Yama puisse penser à lui... vu ce qu'elle devait souffrir et avait dû souffrir, et ce entièrement par sa faute. Il n'aurait jamais assez de toute sa vie pour se racheter.
Oui, tout cela était vrai.
Mais il venait de passer d'une incertitude dévorante à un faible espoir.
Cette maigre progression était un bond immense dans le moral de Felipe.
Cela ne voulait pas pour autant dire qu'il n'avait pas d'états-d'âme.
Il demanda, sur le ton de la conversation, tout en détournant légèrement le sujet :

"Et toi, ma petite Ranita, tu as eu quelques histoires de coeur, de ton côté ?"

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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Sam 8 Mar - 0:42
Ranita secoua la tête vivement. Son opulente chevelure rousse dansa dans les airs lui conférant , l'espace d'un instant, l'attitude d'une lionne.
La bestialité en moins.

- Je ne comprends pas fit-elle, confuse. Je ne comprends pas ce que tu dis.

Ses grand yeux ne cessaient de le scruter lui renvoyant en miroir toutes les couleurs de son âme. La perplexité et le trouble, comme le plus profond des marais.

- Yama est bonne. Son coeur est bon. Il vibre dans sa poitrine même si elle a les mains glacées. Et toi... Tu n'es pas dangereux. Comment le pourrais-tu ? Tu es Felipe.


Elle se rassit lentement, sans trop regarder. Elle manqua presque le cul de sa chaise.

- Les amoureux ne sont-il pas fait pour être ensembles ? N'est-ce pas comme ça que cela fonctionne ?

Elle marqua une pause dans ce flot de paroles qu'elle prononçait plus pour elle même que pour lui.

- A moins ? A moins que vous ne soyez comme le Soleil et la Lune ? Ils courent, ils courent mais jamais ne se rejoignent. Et ils sont tout seuls dans leur grand ciel.

Les larmes lui montèrent brusquement aux yeux. Sa voix fut rendue tremblante par les sanglots qu'elle contenait à grand peine.

- C'est triste. C'est si triste... personne ne doit être seul, Felipe. Personne ne le doit. C’est pour ça que je n'ai pas relâché Mamita et Papito dans le Marais. Parce que même si il m'ont tuée, je ne voulais pas être seule...


Elle renifla piteusement, rentrant la tête dans les épaules, baissant le visage vers ses souliers. Ses petits poings se serrèrent sur les plis de sa robe. Le tissus sur ses genoux s'imprégna de motifs mouchetés et humides, ressemblant au sol au tout début d'une pluie.

- Le cœur est un muscle mystérieux. Il n'est pas bon à manger. Il est plein de cartilage et de veines. Il est dur sous la dent. Je n'ai aucune histoire à raconter avec ça,
dit-elle finalement comme si le moment d'intense émotion qu'elle venait d'essuyer avait pris fin.
Nuages dissipés. Fin du grain.

Elle releva la tête. Son visage constellé de son avait pris une expression soucieuse. Elle posa une main sur sa poitrine.

- Je sens que ça bat en moi. Mais ça ne fait pas "plop". Ca n'a jamais fait "plop". Ni pour toi, ni pour qui que ce soit. Si ça ne fait pas "plop" ce qu'il est peut-être déglingué. Peut-être qu'on ne m'a pas réparée comme il...


Sa tirade fut brusquement interrompue par l'arriver impromptue d'une jeune servante poursuivant un cavalier encore en tenue de monte. Ce dernier avançait d'un pas décidé sans tenir compte des imprécations et des remontrances de l'employée de maison.

- Vous n'avez pas le droit ! Partez où j'appelle la garde ! Majesté ! Majesté !
S'indigna-t-elle.

Le cavalier se posta droit comme un piquet devant Felipe et le toisa sans prendre la peine de faire une courbette.

- J'ai des informations confidentielles pour vous.

Il lorgna d'un regard froid vers Ranita puis vers la bonne.

- Pouvons-nous parler en privé ?




Ranita Sapo
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Dim 9 Mar - 23:29


Felipe écouta de toutes ses oreilles son amie d'enfance essayer de comprendre ce qu'il venait de lui dire. Son innocence battait des records. La douce enfant était loin de connaître les dures lois auxquelles il était régi, lui, le roi.

- A moins ? A moins que vous ne soyez comme le Soleil et la Lune ? Ils courent, ils courent mais jamais ne se rejoignent. Et ils sont tout seuls dans leur grand ciel.

Un petit sourire s'épanouit sur les lèvres du monarque.

- C'est un peu ça, oui.

C'était là sous doute une excellente image qu'elle donnait. Lui le soleil, et Yama la lune. Lui au sommet d'un pays, étendant ses rayons sur un peuple, et elle s'épanouissant dans l'ombre et dans les cieux, une beauté blanche et glacée.
Oui, vraiment parfaite comme image.
Et le pays espagnol courait véritablement après Yama. Après, pour ce qu'il en était d'elle, ses lettres laissaient entendre qu'elle se fichait bien de ses mises en garde. Il détourna vite ses pensées, manqua de s'étouffer par le bref accès de rage - ou de ressentiment - qui habita sa gorge.
Des sanglots dans les paroles de son amie le ramena à la situation présente. Oh non, Oh non non, il ne savait pas comment il s'y était pris, mais il l'avait faite pleurer, il ne supportait pas voir Ranita pleurer ! Enfin, d'une manière générale, il ne supportait pas voir quelqu'un pleurer, mais cela était d'autant plus vrai avec les personnes qui lui étaient chères.
Elle parla de l'amour, de la solitude... elle parla aussi de ses parents — comment cela, elle les avait avec elle ? — le regard de Felipe glissa vers la boîte, était-ce possible ?
Parla aussi du fait d'avoir été... tuée... par eux ?

Le souverain, habitué au masque plus parfait fut incapable de cacher sa surprise, d'abord tétanisé, il esquissa un geste pour la rejoindre, mais son esprit tentait encore de comprendre et d'envisager l'idée qu'il faisait fausse route. Ranita était bien là, devant lui, comment pouvait-elle être morte ? C'était stupide voyons, complètement stupide ! À moins qu'il y ait quelque magie là-dessous, et dans ce cas il lui était impossible de deviner où s'arrêtaient les limites du réel.
Ranita n'était pas de ceux qui parlaient au second degré.
Quand elle disait "tuer", cela voulait dire "tuer".
Mais il lui arrivait de parler par métaphore...
Alors... alors...
Il était complètement perdu.


- Je sens que ça bat en moi. Mais ça ne fait pas "plop". Ca n'a jamais fait "plop". Ni pour toi, ni pour qui que ce soit. Si ça ne fait pas "plop" ce qu'il est peut-être déglingué. Peut-être qu'on ne m'a pas réparée comme il...

Felipe haussa plus haut encore ses sourcils, définitivement alarmé par la tournure que prenaient les propos de la petite grenouille. Entre solitude, délaissement, trahison et puis ça... il se demandait si la nature insouciante de Ranita n'était tout bonnement pas destinée à l'aider à supporter tout cela, et pourtant, il lui semblait qu'elle avait craqué à cet instant précis.

Des cris venant du couloir le firent sursauté et interrompirent Ranita.
cette fois, Felipe fronça les sourcils et montra un semblant d'agacement, s'il était un roi plutôt coulant, quand il donnait ses ordres, il était plutôt coutumier à ce qu'on les écoute.
La voix de la servante, d'ailleurs, montra toute la superbe de cet attachement domestique.
La porte s'ouvrit à la volée.

- Vous n'avez pas le droit ! Partez où j'appelle la garde ! Majesté ! Majesté !
- J'ai des informations confidentielles pour vous.


L'intéressé jaugea rapidement le messager qui n'avait pas pris le temps de se changer. Signe que c'était urgent et sans doute important.

- Pouvons-nous parler en privé ?

Il regarda le visage du cavalier d'un ton grave, puis, se décala un peu sur sa chaise et fit un signe de tête à la servante pour la convier à se retirer :

- Merci Rosa, vous pouvez disposer. Refermez derrière vous.

Le vif désappointement vis-à-vis du cavalier et l'air contrit qu'elle réservait pour son roi fondirent pour laisser place à une révérence, puis elle s'exécuta. Le nouveau larron s'était légèrement raidi au dernier ordre donné par le roi, ce dernier avait ignoré de façon royale la requête muette de congédier la rouquine replète.
Pour accentuer sur ce point, Felipe jugea bon de préciser, vu le silence qui s'était installé.

- Eh bien ? Vous pouvez parler, je vous écoute. Les oreilles présentes ici sont dignes de confiance.

Et cela fut la seule excuse dont le messager devait se contenter. Car il y en avait beaucoup d'autres : le fait que Ranita venait de pleurer et qu'il était hors de question qu'il la laisse partir dans de telles circonstances, qu'il n'avait pas non plus envie de faire perdre de ce temps précieux à ce messager en prenant des directives pour que l'on s'occupe bien d'elle... etc. Le cavalier se redressa bien droit pour s'adresser au roi et lui tendit des documents.

- Ce sont là des rapports complets envoyés par le Capitaine de Belmonte. Il dit devoir à tout prix vous mettre au courant d'un danger pouvant atteindre l'Espagne à tout moment. La vague de terrorisme qui semble affecter la France s'étend et pourrait bien avoir quelques liens avec des affaires en Espagne, il demande à sa Majesté d'ouvrir une enquête la plus discrète possible en ce sens.
Je n'en sais pas davantage. Les détails doivent se trouver dans les documents.

Bien qu'il ne se risqua pas à regarder Ranita en parlant de discrétion, le messager appuya bien sur le mot. Suffisamment pour que le message passe et que le roi lui accorde un regard d'avertissement au milieu de sa lecture. On eut un mouvement de recul en face de lui. Le roi reprit ses lignes où il s'en était arrêté.
Des terroristes, encore. En fait, l'Espagne était sujette à des phénomènes du même genre, et Felipe soupçonnait un lien, mais l'enquête piétinait. Et puis il y avait les "Enfants d'Emerald" dont il devait s'occuper. Le peuple était loin d'imaginer dans quels temps troublés il vivait.
Et puis il y avait ce croquis que ses yeux de technicien scrutèrent avec la plus vive attention, et sa légende en espagnol où brillait un nom, une adresse : l'Université de Madrid.

Si ses doigts refermèrent calmement les papiers, Felipe envisageait intérieurement un bien triste scénario. Pour que des croquis espagnols liés à du terrorisme industriel se retrouve en France... il y avait une forte possibilité pour que quelqu'un profite de l'alliance entre les deux pays et l'aide qu'apportait l'Espagne en terme de technologie à sa voisine.
Et cela ne lui plaisait pas du tout.

Il se leva.

- Je vais prendre en charge cette affaire et ouvrir une enquête.

Il lui tendit un billet déjà cacheté.

- Allez voir mon intendant et remettez-lui ceci, vous recevrez vos gages.

Le messager s'inclina et prit le document. Avant de sortir, il s'inclina une dernière fois et Felipe laissa s'échapper un soupir lorsque la porte se fut refermée.

- Le devoir m'appelle. Je crois Ranita que nos retrouvailles s'arrêtent ici pour aujourd'hui.


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Ranita Sapo
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Ranita Sapo
Ven 14 Mar - 13:27
Ranita avait pleuré.
Ranita n'était qu'une idiote, une idiote, une véritable idiote !

Confuse et honteuse, elle venait de prendre conscience de l'impression, qu'elle pouvait donner. Elle avait mis Felipe dans l'embarras. Peut-être même l'avait-elle inquiété ou bien peiné. Quelle égoïste elle était ! Oser importuner quelqu'un d'important et d'intelligent comme Felipe... Qui lui offrait à manger qui plus est ! Elle n'était personne. Il était le Roi. C'était fini la mare et les ronds d'eau. Elle avait embêté Felipe avec ses risibles petites émotions. C'était inconvenant et dérisoire. Qu'y pouvait-il à son angoisse du monde entier et à ses interrogations puériles ? Elle était minuscule, minuscule et devait le rester.
Sotte de grenouille !

Plantée sur sa chaise, droite comme un piquet, elle n'osait pas relever la tête pour regarder le messager s'exprimer. Elle était une nuisance et tentait de se faire oublier. Lorsque l'échange entre gens importants prit fin, que le messager prit congé, elle osa alors risquer un œil au dessus du niveau de l'horizon.

- Le devoir m'appelle. Je crois Ranita que nos retrouvailles s'arrêtent ici pour aujourd'hui.


Elle lui attrapa la manche de sa chemise par réflexe et s'en voulu presque aussitôt. Pourtant elle ne desserra pas sa poigne.

- Non. dit-elle tout doucement. Non! Répéta-t-elle avec plus de détermination. Je reste avec toi.

Ses doigts glissèrent sur le tissus, comme une caresse apaisante -C'est fou toutes ces petites broderies qu'on pouvait faire sur des chemises d'homme, comme c'est joli !- et reprit avec un silence.

- Je ne suis pas intelligente, je ne suis pas rapide, je ne sais pas me battre. Je ne pense pas être douée pour quoi que ce soit d'utile en ce monde. Mais je suis ton amie, et ça au moins je sais bien faire.

Elle le regarda droit dans les yeux.

-Tu veux bien ? ajouta-t-elle malgré tout d'une toute petite voix enfantine.

Ranita Sapo avait pris une décision pour la première fois de sa vie et elle comptait bien s'y tenir.
Jusqu’à ce que la mort les sépare.

HRP:
 
Ranita Sapo
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