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 Année 0002 : El Té Real

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Rey de Marisma
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MessageSujet: Année 0002 : El Té Real   Dim 10 Nov - 18:41


Tout se mettait en place, un peu brusquement... un peu trop rapidement à son goût, mais rien qu'il ne puisse pas gérer. Après tout, il était né pour cela, les responsabilités, il les avait "acceptées", les prenait entières et y faisait honneur sans broncher. C'est ce qui en avait fait un roi redoutable pour les quelques énergumènes qui faisaient un pas de travers à ses côtés.

Le Señor Bartolomeo, par exemple, qui avait autorisé cette foire aux androïdes dans SON opéra en SON absence avait été démis de ses fonctions pour finir secrétaire d'un de ses conseillers les plus fidèles.
Histoire que les "bonnes choses à faire" rentrent dans son crâne. Et compte-tenu de l'activité du conseiller en question, Felipe venait de lui donner la pire punition qui soit, pire encore qu'un séjour forcé en cellule.
Cela lui permettrait, qui plus est, de garder un oeil sur cet homme. Quand il serait assuré de son insurrection ou de sa fidélité, il aviserait d'un sort plus prononcé à son égard.

Par contre, quelques manifestations s'étaient levées après les événements de l'Opéra. C'est en cela que tout s'était un peu trop précipité à son goût, normalement, tout aurait dû arriver en douceur, le peuple aurait accueilli la nouvelle avec compréhension et bienveillance...
Mais il aurait fallu deux mois de plus.

Quel bordel.

En attendant, il avait donc fait un discours sur la place principale de Madrid et par voie de presse rappelant à tous ses citoyens que l'état politique des androïdes était simplement reconnu comme égal de celui des humains : ils pouvaient aspirer à la citoyenneté, et seraient jugés de leurs actes tout autant que tout un chacun. Seulement, toute maltraitance sur un androïde serait perçue comme un crime, et le responsable arrêté et jugé en conséquence.

C'est ainsi qu'une semaine plus tard, le roi rendit visite au principal intéressé de cette affaire. Inutile de laisser l'interrogatoire à ses hommes, il avait ses propres méthodes et quitte à ce que celui à l'origine de ces androïdes ce soit déplacé jusqu'à lui, autant en profiter personnellement.

S'étant accordé un temps pour cette visite en milieu d'après-midi, il se rendit à la prison. Pourvu de ses lunettes qu'il portait sur son nez, il longea les couloirs sombres, encadré de sa garde, un cliquetis cristallin suivant ses pas. Arrivé devant la cellule du détenu, il la fit ouvrir avant d'apparaître dans l'encadrement des grilles et en passer le seuil sous le regard prévenant de ses gardes.

Se faisant ainsi reconnaître, il releva ses lunettes pour laisser apparaître ses yeux d'or. Ceux-ci tombèrent sur le détenu avec une neutralité pour le moins déconcertante. Depuis les événements de l'Opéra, son assentiment avait eu le temps de retomber un peu et Felipe pouvait assurer sans se démonter d'avoir le ménage dans son esprit.
C'est pourquoi il dit, de la façon la plus mondaine qui soit :

"Señor Duca ? Je crois que nous n'avons pas eu l'occasion de nous rencontrer entre gentlemen... nous nous sommes juste entraperçus la dernière fois et... les circonstances m'ont obligé à vous arrêter et vous placer ici, le temps que vous ne partiez pas trop vite. J'espère que vous ne m'en voulez pas ?"

Il n'y croyait pas une seconde et de toute façon, en parlant ainsi, Felipe ne cherchait pas à se faire pardonner. Il énonçait des faits que l'homme en face de lui ne pourrait de toute façon pas contredire.
Ne s'attendant pas à ce que l'étranger se lève pour saluer sa personne royale, il s'assit sans autre forme de procès sur une chaise qui se tenait là et qu'il attabla.

"Mais on m'a fait savoir que vous aimiez le thé, et comme j'aimerais reconsidérer avec vous certains points importants et me comporter en parfait gentleman -du moins, autant que le permettent les circonstances-, j'ai pensé que ceci... pourrait vous plaire..."

On fit entrer le service à thé en porcelaine cliquetante dans la cellule, lequel fut servi sur la table avec nappe blanche, lait, sucre et biscuits en tout genre, puis les serviteurs se retirèrent en refermant la grille derrière eux, laissant leur roi à ses étranges manières. Ce dernier cala sa canne contre sa cuisse en invitant le détenu à s'assoir en face de lui d'un geste large du bras.

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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Lun 11 Nov - 17:12
Allongé sur sa maigre banquette, le dos bien droit, les doigts croisés sur son ventre, Vasile ne comptait plus les jours qu'il passait emprisonné ici. Son esprit voguait d'une idée à l'autre. D'abord, il s'imaginait ce De Caliaveri enfermé à triple tour dans une de ses cellules. Puis son laboratoire, bien aimé, qui devait sembler bien vide, si vide en son absence.

... Puis au thé. Haaa ! Que ne donnerait-il pas pour un vrai thé ! Un de ses thés noirs. Parfumés, corsés. Au simple souvenir des odeurs épicés, son ventre grognait, allant jusqu'à refuser les plats sans goûts que lui livrait le personnel de la prison.

D'autres fois, encore, lui arrivait-il de s'enrager, promettant les affres de mille douleurs à ses geôliers. Ou encore se mettait-il à rire inexplicablement. Son esprit, peu habitué à l'absence de stimulation, finissait par le rendre fou à lier !

Toutefois, il se tint calme cette journée là, au grand soulagement du soldat posté près de sa cellule. Presque paisible, le Chapelier se contentait de penser à ces projets, se raccrocher à ce qui restait de son avenir. Puis... Roscat allait-elle tolérer plus longtemps l'absence du savant ?

Il fut tiré de ses réflexions par un son raisonnant. Des pas indiquaient l'approche d'un visiteur. Peu enclin à se lever totalement, Vasile inclina la tête pour scruter le mur d'en face, curieux. Il ne s'attendait pas à revoir Magdalena de si tôt alors... Qui donc pouvait vouloir lui parler ? Bientôt, un homme se tenait, bien droit, devant sa cellule. Toujours sans se lever, le Chapelier l'observa de bas en haut. Il l'avait déjà vu, mais où ?

Tandis que l'homme mystérieux parlait, Vasile s'assit sur le rebord de sa banquette. Le Rey ! L'homme responsable de son enfermement ici. L'allié de ce fichu Caliaveri ! Plutôt que d'exploser, Vasile partit d'un grand rire.

" Le tortionnaire vient rendre visite à sa victime, hein ? Allons bon... Pensez-vous sincèrement que votre petit discours change quoi que ce soit à ma propre situation ? Je suis persuadé que vous ne regrettez pas cette prise du méchant Chapelier. "

Prudent, il s'éloigna de la grille tandis que le Rey entrait sans plus de cérémonie pour y prendre place. Autours d'eux, des servants s'activaient et bientôt se dressait entre eux deux une charmante table, rehaussée de biscuits, de tasses et d'une théière dont s'échappait une odeur des plus alléchantes pour l'instinct de l'homme chapeauté. Son sourire se figea quelque peu. Non vraiment, là, il n'avait d'yeux et de nez que pour le liquide parfumé.

" .... Je pense, oui, qu'un peu de thé me mettrait dans de meilleures dispositions pour... Discuter. "

Son regard clair sonda celui de l'étrange personnalité royale qui s'était invitée, d'elle même, dans la cellule du prisonnier. D'un geste nerveux, il tripotait le bord élimé de son chapeau, placé bien droit sur sa tête. Pourquoi se montrer si... Empathique ? Si peu méfiant envers sa personne ? Qu'était-il venu chercher, sinon se moquer de son prisonnier ? Tout à ses questionnements, son esprit largement embrouillé par l'odeur de thé, Vasile prit place de l'autre côté de la table.

" ... Qu'êtes-vous venu chercher ici ? "
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Rey de Marisma
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Lun 11 Nov - 21:58


Quel humour et quelle ironie dans les paroles du détenu ! Les yeux du roi sautèrent du visage tiré de Vasile, à son chapeau haut-de-forme, à ses mains pour revenir à ses yeux interrogateurs. Il avait, semblait-il, toute son attention. Eh bien, au moins, cela aurait été rapide.
Mais, il n'en attendait pas moins de cet homme qui avait eu le cran... enfin, la "folie" serait plus exact, de se prétendre le créateur des androïdes à l'Opéra. Et au fond, pour tenir un tel discours, il fallait bien que ce soit vrai.

" ... Qu'êtes-vous venu chercher ici ? "

Felipe attendit qu'il s'asseye puis il se servit en thé avant de reposer la théière en tournant l'anse vers le savant.

"Eh bien, rien qui n'attente à votre vie, si vous avez peur d'être empoisonné..."

Il prit un biscuit d'un air absent avant de distraitement verser un peu de lait dans son thé. Il fit tinter sa cuillère en argent sur le bord avant de porter la tasse à ses lèvres, en une parfaite démonstration de l'innocence du breuvage. La porcelaine fit entendre un son clair en rencontrant la soucoupe.

"Je conçois cependant que ma venue vous étonne. Mais permettez-moi ce petit plaisir après votre discours à l'Opéra qui a eu le mérite de me plonger dans le plus grand étonnement aussi. L'objet de ma venue ? Je vais être franc. Je veux instaurer une ambiance calme pour ce que j'ai à vous dire."

Il croisa les doigts, le regarda droit dans les yeux et dit :

"Ai-je la moindre preuve que vous êtes effectivement le génie à l'origine des androïdes."

Il croqua dans son sablé.

"Si on peut le qualifier de génie."

Oui, "instaurer une ambiance calme pour ce qu'il avait à lui dire" était... le strict minimum syndical si cela s'avérait vrai et vu ce qu'il avait pu entrapercevoir de son caractère quelque peu "enflammé" à l'Opéra. Mais, n'importe, Felipe était en position de force.

De la provocation ?

...
Oui.



Dernière édition par Rey de Marisma le Jeu 19 Déc - 10:37, édité 1 fois
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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Jeu 19 Déc - 0:32
" Ai-je la moindre preuve que vous êtes effectivement le génie à l'origine des androïdes... Si on peut le qualifier de génie. "

N'aurait été le thé qu'il portait ENFIN à ses lèvres, Vasile serait entré dans une colère noire. Comment pouvait-il ainsi remettre en question son génie ? Sa morale, à la rigueur... Les petites gens s'affolaient toujours que l'on touche de trop près à ce grand tabou qu'était le corps humain... Mais son intelligence !

Le Chapelier se contenta donc de toiser l'entité royale en face de lui, le regard froid, un sourcil haussé. Il posa finalement sa tasse sans lâcher du regard l'auguste Roi des Batraciens.

" Vous osez remettre mon génie en question, vous qui m'avez enfermé alors que vous portez des doutes sur mon identité ? Ha ! Elle est belle, la justice que vous vous targuez de maintenir dans votre Pays. " Il se pencha en avant, les bras croisés et serrés contre lui. " Vous ne pouvez mettre en doute le génie de mes créations, que vous y adhériez ou non. J'ai l'habitude des critiques. Pas que l'on remette en question mon génie... Voilà le genre d'absurdes pensées qui me font douter de votre aptitude à régner ! "

C'était, certes, de la bête provocation de la part de Felipe... Mais qui faisait horriblement mouche chez le Chapelier. Tel un enfant boudeur, il croisa les bras en se reculant dans son siège puis... soudainement, se mit à ricaner, puis à rire franchement, la tête légèrement rejetée en arrière. Non vraiment, les questions du Roi avaient de quoi surprendre. Tous l'avaient catalogué comme monstre notoire, étaient prêts à le lapider pour cette pauvre chose imparfaite apparue sur scène... Et le Roi lui-même doutait de lui ! Lorsque finalement il reprit son calme, il porta doucement sa tasse de thé à ses lèvres puis parla, posé.

" Toutefois, si vraiment vous voulez être certain de l'identité de votre pauvre enfermé, parlez donc à l'Androïde que vous avez exposé comme une bête de foire... Ou ce qu'il en reste. Lui aura su me reconnaître, j'en suis certain. "

Le regard brillant, un sourire qui mimait l'affabilité aux lèvres, le Chapelier s'était enfin tu. Oui, il savait marquer ses créations, et ne laissait aucun androïde indifférent. Même dans leur folie, ils ne pouvaient se résoudre à oublier le chapeau de Vasile, le visage du Chapelier.

Satisfait d'avoir pu décharger de sa frustration, il leva à hauteur de ses yeux sa tasse, de nouveau remplie de boisson chaude.

" Au moins suis-je forcé de reconnaître que vous avez bon goût en thé. Voilà qui rend mon injuste enfermement un peu moins pénible. Enfin... Étiez-vous simplement venu étaler votre ignorance au sujet de mon art, ou aviez-vous d'autres affaires à traiter avec moi ? Je suppose que vous ne me laisserez pas sortir si aisément, n'est-ce pas ? "

Vasile n'était pas inquiet. Qu'était un vulgaire Roi Grenouille lorsqu'une Reine Rouge Roumaine désirait récupérer son inventeur le plus doué ?
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Rey de Marisma
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Jeu 2 Jan - 1:32


L'insulte qu'il essuya du prisonnier mit à rude épreuve son self-control. Lui ? Ne rien savoir de son art ? Ignorant ? Pour ne pas dire stupide -il le pensait si fort qu'il pouvait le voir écrit sur son front- ?! Pire, il le dit lui-même : "absurdes pensées"… !
Fort bien, il était temps de remettre ses pendules à l'heure.
Le roi laissa donc passer l'orage et même le semblant de compliment que l'homme lui fit de sa "capacité à choisir du thé" -grandiose ! voilà qu'il était réduit à ça par un parfait inconnu- avant de parler d'une voix d'un calme profond mais légèrement vibrant, une tonalité sereine mais imposante, rasant les gueulantes propres à un gamin gâté que lui avait tenu ce crétin :

"Je crois que vous vous emportez bien vite, "cher" Monsieur Duca. Je ne remettais pas en question le génie qui a su envisager une possible fusion entre l'humain et la machine."

Bien que de son point de vue il fallait aussi être un peu fou pour que cette idée naisse, surtout en ayant aucun scrupule à se servir aussi impunément d'humains comme cobayes. Il haïssait les méthodes employées par l'homme pour servir ses ambitions, c'était là la seule certitude et la seule raison pour laquelle il n'avait pas laissé échappé le potentiel cerveau de cette opération… ou son larbin.
Il continua toujours, son calme descendant encore d'un cran comme pour peser sur l'atmosphère ambiante :

"Je voudrais mettre les choses au clair avec vous. J'ai arrêté et mis dans cette cellule un hérétique qui se targue d'être ce "génie". Je pourrais aisément vous laisser croupir ici sans chercher à en savoir plus ; cela me rendrait bien service et ne me ferait pas perdre de mon temps précieux. Mais c'est justement et uniquement par esprit de justice que je suis venu ici pour en avoir le coeur net.
Alors… à votre place, au lieu d'insulter sans considération le seul homme de ce pays qui veut bien connaître la vérité sur vous ou à vouloir reconnaître "votre génie" que vous revendiquez avec tant de verve, je me comporterais comme tout gentleman qui se respecte envers cet homme qui peut également vous décapiter sans plus de cérémonie pour calmer les foules, comme on le faisait dans l'Antiquité."


Car oui, ce serait un sacrifice qui calmerait le peuple, et s'il était un roi sans scrupules, il n'y serait pas allé par quatre chemins pour le faire et ainsi ramener un semblant d'équilibre dans les esprits troublés de ses citoyens.
Il but quelques gorgées de thé.

"Votre suggestion concernant la prise de témoignage de l'Androïde est intéressante mais impossible à réaliser. Il s'est muré dans un profond mutisme pour le moment, et l'on sait tous les deux que l'on peut faire dire n'importe quoi à une personne que l'on oblige à parler par la force. Et comme mon temps est précieux, je voulais voir si je pouvais en gagner à la source.
Je préfère des preuves tangibles, ou bien un discours me donnant des éléments concrets et vérifiables."

Mais… ce petit échange commençait à faire apparaître devant le roi une certitude ; l'homme avec qui il discutait -plus ou moins- tranquillement était certes quelque peu impulsif et à l'esprit incisif… mais, justement, cet esprit pouvait se permettre de telles piques parce qu'il était vif.
Il lui fit presque un sourire :

"C'était la moindre des choses de venir avec un thé décent. N'est-ce pas ?"

Puis, reprenant un ton plus amène et presque curieux :

"En effet, je ne compte pas vous faire sortir tant que je n'ai pas ces réponses. Pourquoi ? Vous avez des certitudes vous poussant à penser que votre séjour serait écourté ? Je suis le roi d'Espagne, pas le dernier des maires d'une petite bourgade, je doute qui que ce soit me fasse changer d'avis."

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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Jeu 16 Jan - 20:48
" Alors… à votre place, au lieu d'insulter sans considération le seul homme de ce pays qui veut bien connaître la vérité sur vous ou à vouloir reconnaître "votre génie" que vous revendiquez avec tant de verve, je me comporterais comme tout gentleman qui se respecte envers cet homme qui peut également vous décapiter sans plus de cérémonie pour calmer les foules, comme on le faisait dans l'Antiquité. "

La réplique n'eut pour d'autres effets que de faire rire aux éclats le Chapelier. Étouffant les restes de son hilarité dans une serviette immaculée - n'étions nous pas entre gens bien élevés, ici ? - il finit par reposer celle-ci sur la table, étirant un immense sourire à son interlocuteur.

" Mon "cher" Roi d'Espagne. Sachez que je viens d'un Pays où sur mon lieu de travail, on me menace quotidiennement de me décapiter. Que dis-je ! La décapitation tiens presque de la plus belle tradition Roumaine. Or, jusqu'à preuve du contraire, ma tête tient toujours fermement sur mes épaules. "

Comme pour prouver ses dires, il se pencha en avant et entrouvrit son col, comme pour écarter toutes traces possibles de coupures, avant de se rasseoir dignement dans le fond de son siège.

" Alors... Pensez-vous sincèrement que vos menaces m'effraient ? "

Téméraire, certainement mais... Il fallait l'avouer, le Chapelier prenait un malin plaisir à agacer son prochain. Surtout lorsque celui-ci déguisait un emprisonnement forcé derrière de bonnes intentions théinées... Et puis, avouons-le, plus longtemps il le retiendrait, plus longtemps il pourrait profiter du thé délicieux qu'il engloutissait, tasse après tasse.

" Et, soyons francs. Comment pouvez-vous savoir que je dis la vérité ? Je me suis déjà "vendu" à l'Opéra... Pourquoi me redemandez-vous, ici, la confirmation de mon identité ? Ma parole vaut-elle plus, maintenant que j'ai vécu quelques journées enfermé ? Vous vous targuez de vouloir gagner du temps, vous en perdez de précieuses minutes à me demander de répéter ce que j'ai déjà dit. Vous voulez que je sois honnête ? J'ai très envie de sortir d'ici. Je sais que vous voulez aussi que je sorte d'ici, sans grosse effusion de sang, si possible. Je ne pense donc pas que c'est un nom que vous attendez de moi. "

De précieuses minutes que le prisonnier comptait bien transformer en heures. Désormais penché en avant, il scrutait le Roi de son regard clair et fou. Après tout, il n'allait pas se plier si aisément aux caprices de son bourreau, n'est ce pas ?
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Rey de Marisma
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Ven 17 Jan - 17:02


Un très mince sourire s'étira sur les lèvres du roi tandis qu'il approchait sa tasse de ses lèvres. Finissant tranquillement cette dernière en écoutant les confidences de son tendre prisonnier, il la reposa au moment crucial où le savant remettait en question le véritable but de sa visite, à juste titre, d'ailleurs. Mais n'importe, Felipe n'avait pas forcément prévu de le lui cacher. Il aimait jouer carte sur table, mais on abattait toujours ses cartes au moment le plus opportun, c'était l'essence-même de la logique.
En tout cas, la logique du joueur.
Et Felipe se considérait comme un fin joueur.
L'adversaire du jour était redoutable.

Laissant planer un silence un peu théâtral après la superbe déclaration de ce Señor Duca, Felipe laissa juste tomber une parole comme on relève un détail apparemment sans importance :

"Ah ? Vous venez de Roumanie, mon "cher" ?"

Mais bien sûr, ce n'était pas sans importance, c'était la principale raison de sa venue.

"Je ne savais pas."

Histoire que le détail passe bien chez l'autre.
Et vu ce qu'il pouvait lire sur le visage de son prisonnier, il ne faisait aucun doute qu'il avait dit la vérité. Felipe continua donc tranquillement.

"Je ne suis pas stupide au point de vouloir encourir la colère de votre charmante reine",
il se resservit en thé laissant volontairement un temps s'installer sur ce simple constat qu'il aborda tranquillement, il était roi après tout, il était tout à fait à même de supporter une discussion avec la reine Roscat sans encourir le risque de finir la tête tranchée, "si tout du moins elle veut bien s'intéresser à votre cas, ce en quoi je peux encore avoir des doutes vu le peu d'intérêt que vous avez à me prouver votre implication dans tout ceci."

Il ramena à lui sa tasse.

"Après tout, si vous n'êtes qu'un criminel, elle vous ignorera. Par contre, si vous avez effectivement quelque utilité pour elle, je ne doute pas d'avoir de ses nouvelles."

Et au vu de l'intelligence dont le bonhomme faisait preuve, il était à peu près certain d'avoir de ses nouvelles, oui. Et non, il ne se mettrait pas en travers de sa route pour le laisser partir, il aurait, simplement, la certitude que les androïdes n'étaient pas seulement le fruit du rêve d'un seul illuminé, mais aussi d'un soutien politique qui aurait pu être inquiétant s'il était resté dans l'ombre.
...
Mais il n'était pas resté dans l'ombre.
Et ne le resterait plus, maintenant que la loi espagnole avait été promulguée.

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Vasile Duca
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Sam 1 Fév - 1:16
Le Roi piquait encore et encore, sans remord, l'orgueuil du Chapelier. Celui-ci, tassé dans son siège, le fixait d'un air sombre. Intérieurement, il bouillait. Il le voyait, le sentait passer en revue le moindre de ses mots pour en extirper le maximum d'informations. Et finalement, il n'en avait retenu que le moins important.

" Fort bien, vous avez deviné que j'étais Roumain. Chose qui n'était visiblement pas évidente en dépit du fait que les androïdes, que vous vous targuez d'accueillir chez vous, soient tous, ou presque tous originaires de la Roumanie. J'imagine aussi que mon Espagnol n'est pas tant rouillé pour que vous n'entendiez pas mon accent. Je vous le demande, vouliez-vous, de ce fait, me démontrer vos formidables compétences de détective ? C'est réussi. "

Vasile se tut, son regard toujours rivé dans celui de son interlocuteur. Oublié le titre de Roi, c'était un adversaire qu'il avait en face de lui. Et un adversaire redoutable, pour l'horripiler à ce point là. Une honte ! S'il n'avait été Espagnol, ou si ignare envers les androïdes, peut-être Vasile aurait pu apprécier l'esprit bien construit du Roi Felipe.

Cela, bien évidemment, il ne l'avouerait jamais.

Déjà, son geôlier le relançait. Le savant poussa un soupir et reposa sa tasse, doucement. Vraiment, être traité en simple... Criminel, voilà qui avait de quoi l'excéder au plus haut point. Pour qui le prenait-il ? Il n'avait pas l'étoffe d'un... D'un vulgaire cobaye !

" Là encore, je doute vous apprendre grand chose. Sachez simplement ceci... " Comme s'il s'apprêtait à se lancer dans de grandes confidences, il se pencha légèrement au dessus de la table " Je ne compte pas rester dans cette cellule très longtemps. Et je n'y resterais pas. Vous pouvez me croire là dessus. "

Il se redressa et reposa sa serviette, soigneusement pliée, sur la belle nappe blanche. Il baladait un regard emprunt d'un léger regret sur le thé mis à leur disposition. Nulle doute que le Roi ne partirait pas sans tout emporter avec lui !

" Mais je n'ai aucune envie de vous gâcher la surprise. Après tout, vous le dites vous-même... Si j'en vaut la peine, vous aurez des nouvelles de la Dame Rouge. "

De cela, Vasile n'en doutait pas une seconde. Il leva vers Felipe un regard ennuyé, son sourire disparu de son visage depuis bien longtemps. Désormais muré dans un profond mutisme, le Chapelier comptait bien décréter cet entretient comme achevé.
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Rey de Marisma
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MessageSujet: Re: Année 0002 : El Té Real   Sam 1 Fév - 22:06


Felipe tiqua légèrement.
Il n'appréciait que fort peu que cet énergumène le traite, même à demi mots, d'imbécile heureux devant sa "brillante" déduction. N'importe, plus qu'un indice sur la nationalité, la réponse qu'il était venu chercher et qu'il avait eu était d'une importance capitale : le phénomène des androïdes était peut-être à la base isolé, avait sans doute des projets de grandes envergures... mais en avait également les moyens. Et ça, c'était bien plus inquiétant.
Très bien, on se calme, on garde le contrôle.
Parfaitement immobile et maître de lui-même face à la pique à peine masqué de l'inventeur, comme insensible à de tels attaques, il se consolait en se disant que cet homme n'avait rien compris.
Ou presque rien.
Après tout, son aplomb relevait soit d'une profonde inconscience soit du génie...
Ou les deux.
Peut-être l'aurait-il salué pour son audace, mais ils n'étaient pas des gamins à s'extasier devant les belles pirouettes de l'autre. Non, il en étaient encore à se lancer des caillasses.

Ah oui ? Il ne comptait pas rester ? La réponse était trop parfait pour ne pas laisser entendre que la Reine Roscat...

"Après tout, vous le dites vous-même... Si j'en vaut la peine, vous aurez des nouvelles de la Dame Rouge. "

Bien, il finissait sa pensée. La suite des événements lui donnerait raison ou tort, et le futur dépendrait encore de cela.
Quels moyens allait employer cette fameuse reine ? Il était curieux de le savoir. Mais pas encore curieux de la mettre en colère. Il avait agit dans ses fonctions, elle n'avait rien à lui reprocher et la moindre bravache qu'elle lancerait contre lui serait une insulte entre deux membres de la royauté. Son inventeur venait juste de la mettre dans la panade et Felipe le plaindrait presque. Presque. Serait-elle assez fière pour le laisser crever ici ou bien montrerait-elle toute son importance en réclamant sa présence auprès d'elle ?
Oui, il était curieux. Un sourire s'étendit sur ses lèvres, insondable.
Il aviserait et agirait selon les armes de ses ennemis.

Il était plus que conscient que cette affaire des androïdes était loin d'être terminée. Il se battait contre l'Humanité et sa crainte du changement en plus d'un ennemi qui s'était préparé dans l'ombre. Et, faute d'être un tyran, il savait que c'était sa propre personne qui allait devoir en subir les répercussions à chacune de ses décisions. Mais en soit, cela ne le changeait pas de son rôle qu'il remplissait habituellement.
Chacune de ses pensées était pesé par lui, puis par son peuple, puis par le monde quand elles l'atteignaient. Roi de la mare, il venait de devenir un gros poisson, plus gros encore qu'avant.
Son sourire ne quitta pas ses lèvres.
C'était son plan.

Il s'approcha pour que son visage se tienne tout près de celui de l'inventeur, balayant barrières sociales et le défiant personnellement. Oui, il le reconnaissait ainsi comme ennemi, mais c'était aussi une manière de le provoquer et de lui montrer qu'il ne l'intimidait pas le moins du monde en se donnant des faux-airs de prince qu'il n'était pas !

"Mais... Señor Duca, je n'attends que de voir cela."

Et l'entretien se termina là-dessus.
Bien sûr, on ne fit pas grâce du thé au prisonnier.
Il ne fallait pas oublier qu'il devait ce privilège qu'à la présence du roi, et à cela seulement.




~Punto Final~
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Année 0002 : El Té Real

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