The Calm Before...

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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Lun 11 Nov - 11:45
>> Dans l'épisode précédent...

C'était toujours la même chose. Cela faisait quelques années maintenant que Sofia menait ce navire par-delà les nuages, qu'elle volait avec un équipage qui n'avait pas beaucoup changé, mais chaque départ était toujours pareil.

- OUI, voilà, charge toute la nourriture en premier et fout le matos devant histoire que ce soit facile d'accès. Et toi, là, tu vas les ramasser quand, tes cordages ? Et toi !!



Elle détestait donner autant de la voix. C'était fatigant, de devoir tout le temps passer derrière eux, devoir leur donner ces instructions qui devraient pourtant être ancrées en aux depuis belle lurette. D'un autre côté, il fallait croire que c'était une coutume à bord, maintenant, et que sans son coup de gueule, le départ ne serait pas le même. Les caisses de bois étaient chargées, vérifiées, descendues en cale. André, son capitaine en second, lui apporta une tasse de thé, et Sofia s'empressa d'en avaler une gorgée.

- On a tout ? Dans les temps ?
- On a tout eu, dans les temps, capitaine. Mais vous le savez déjà, ça.
- Je ne voudrai pas être pris au dépourvu une fois là-haut. Donc on a tout ce qu'il faut ?
- On a tout ce qu'il faut, Sofia. Détends-toi. Et le départ est prévu demain matin, on a encore le temps.
- Non, on n'a pas "encore le temps". Si tout le monde traine, on finira par partir à midi.
- ... Tu as l'air stressée, Sofia. Je veux dire, plus que d'habitude. Tu as recompté et vérifié les stocks plus souvent que d'habitude...
- Je ne sais pas si tu as remarqué combien la situation espagnole est tendue, ces derniers temps. Je te rappelle que le Compass a déjà été affaibli par notre récente escapade sur une adorable petite île de l'Atlantique, et que les réparations actuelles ne sont que provisoires. Je ne veux pas qu'une personne mal intentionnée décide que c'est le bon moment pour réduire pour navire en pièces... Surtout qu'on va à Emerald : j'adore les airs, mais si nous pouvions arrêter la chute libre et les aterrissages ou amerrissages en catastrophe...



Et c'était bien ce qui la rendait nerveuse. Aller sur Emerald était une chose ; le faire pour trouver des techniciens imbus de leur personne pour leur baiser les pieds afin qu'ils fassent leur boulot en était une autre. Rajoutons par dessus qu'il était possible qu'elle ait affaire à des terroristes et qu'une guerre risquait d'éclater - et au passage, impliquait une fuite d'Emerald qui sous entendrait un atterrissage / amerissage forcé... Elle soupira. Ca lui faisait penser à une chose :

- Oh. J'ai engagé un gars pour aider Lucca en salle des machines. Une vieille connaissance qui m'a aidée quand j'ai débarqué ici et que j'étais paumée. Rafael. Laisse le passer et envoie le moi quand il débarquera, ce soir. Je vais boire une autre thé.



Sofia vida sa tasse d'un trait et grimpa les quelques marches de bois, à l'arrière du navire, qui la conduisirent sur un espace surélevé, où l'on trouvait la barre et un immense bureau aux vitres spéciales et teintées de sorte qu'on ne voit pas à l'intérieur depuis l'extérieur - et qui, accessoirement, pouvait aveugler l'ennemi en cas de grand soleil... Sofia s'affala dans son siège, repensant quelques secondes à la lettre de menace que Felipe avait reçue et qu'elle avait lue la veille. Bien qu'anglaise de naissance, Sofia éprouvait un fort sentiment de patriorisme envers l'Espagne. Et savoir que des gens pouvaient attenter à la vie du roi et de la population la gênait énormément. Le peuple était innocent, et ce n'était pas parce qu'un souverain prenait une décision qui déplaisait à quelques péquenauds qu'il fallait le tuer.

Des boulets de canon. Des munitions...

Bien qu'elle connaisse exactement le nombre de ses fournitures, elle ne put s'empêcher de jeter un nouveau coup d'oeil à son livre de comptes - juste pour s'assurer qu'ils n'étaient pas complètement démunis en cas d'attaque. Puis finalement, elle se décida à servir le thé pour lequelle elle était venue ici, et étira ses bottes en observant le pont depuis le bureau. L'après midi touchait à sa fin. Et elle avait hâte de partir le lendemain matin...
Sofia de Belmonte
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Sam 30 Nov - 23:58





Il avait trois jours.
Trois jours pour tout préparer, dans le plus grand secret, avec la plus grand efficacité, dans trois jours et pas un de plus, il partirait pour le voyage le plus périlleux de sa vie, là où il n'aurait aucune attache, là où aucun titre royal ne l'aiderait et en compagnie de personnes qu'il ne connaîtrait ni d'Ève ni d'Adam.
Même pour lui, cette entreprise prenait une envergure de pure folie. Mais il savait... il savait au plus profond de lui, que c'était, paradoxalement, la plus raisonnable de toutes à cette heure. Il devait partir. Rester cloitrer dans son palais laisserait trop d'occasions à ses ennemis de mettre au point un plan. En se réfugiant en France chez la Reine Ronce, son alliée, il ne ferait qu'entrainer avec lui ses problèmes.
Non, jusqu'à ce fameux jour, il devait être inaccessible, disparaître, et il devait le faire pour que ses ennemis perdent leur temps.
Jusqu'à ce que tout soit en place.

Et le meilleur point de fuite était également le pire qui soit. C'était bien connu, et il ne faisait aucun doute qu'Emerald répondait parfaitement à ces critères.

Il dut réfléchir à la meilleur approche possible.
Pas question que l'on remarque que le roi disparaissait pour qu'un mécanicien apparaisse dans le même temps en ville... non. Il devait mettre en place un compte à rebours. Et cela commencerait dés le premier jour. Remplissant ses offices de roi, il se grimait le soir pour prendre possession de son personnage, Rafael, jeune mécanicien prometteur, espagnol, venu en ville des provinces pour faire profiter de ses talents... ça, ou bien, un éternel voyageur ayant déjà rempli certaines missions à bord de navires volants, les dernières merveilles de technologie. Il pouvait aisément falsifier des papiers, la deuxième histoire était tout aussi solide que la première, et donnait à son personnage plus de poids et de background... bien, il opta pour celle-ci. Enfin, au matin du troisième jour, il laissa derrière lui un programme chargé que devait accomplir sa personne royale durant les prochaines semaines.

La presse se donnera à coeur joie des bienfaits apportés à la population par son monarque qui restera cependant "enfermé chez lui", si les terroristes en profitaient pour venir dans ce laps de temps, ils tomberaient dans un piège vide... et s'ils sont assez perspicaces pour s'en rendre compte, il serait déjà bien assez loin, et aucune preuve tangible n'appuierait leurs propos : le pays était prêt à supporter son absence pour les deux mois à venir sans que l'on s'en rende compte. Le plus dur restait de gérer l'aristocratie mais ces derniers sentaient le danger, et préféraient de toute manière s'écarter de la tête couronnée en ces temps troublés.

Ce genre de choses étaient et devaient être l'unique problème du roi.

C'est ainsi que sur les quais destinés aux navires volants de Madrid se présenta au Compass ce personnage qu'il avait si minutieusement façonné.
Felipe était méconnaissable.
Il avait teint ses cheveux en noir à l'aide d'une réaction chimique, ce qui les laisserait ainsi pendant quelques semaines même s'il allait sans doute devoir réitérer l'expérience. Ses lunettes "royales" étaient devenues de simples lunettes d'aviateur, commune, aux verres sombres et épais presque opaques qui laissaient à peine deviner ses yeux et cachaient complètement leur couleur. Sa peau volontairement foncée dénotait avec le teint qui seyait à sa condition de roi. Plus de riches vêtements, à la place, il s'était paré de bottes en cuir marron, usées et ayant subi l'assaut de quelques tâches d'huile. Un vestige d'attention les avait presque rendue invisibles mais une personne à cheval sur la propreté ou sur les détails les aurait remarqué. Rafael le mécanicien portait, outre cela, une casquette marron et une salopette bleue par-dessus une chemise aux manches retroussées originellement blanche, et sans doute la plus blanche de celles qui constituaient son bagage. Enfin, un gilet sans manches gris, seul attirail neuf qui le rendait très présentable et avenant, lui tombait au ras des fesses.

Felipe avait radicalement changé ses couleurs, sans parler de ses accessoires. Désormais sans canne, il se contentait d'un simple sac lâche lestement accroché à son épaule, une main tranquille et gantée de peau de chèvre en sécurisant la bretelle. Pour ce qui était de ses armes potentielles... rien ne les laissait deviner extérieurement, mais son gilet lâche cachait un revolver de poche contre son flanc.

"Vous êtes ?" lui demanda un matelot au regard suspicieux.
"Rafael Casa Mayor, Señor, mais tout le monde m'appelle Rafael." répondit l'interpelé avec un léger accent andalous, pour avoir eu une nourrice cultivant cet accent, il ne lui était pas difficile de le reproduire naturellement, "si je ne me trompe pas de Compass, on me doit une place par-là comme mécanicien."

Un oreille perdue sembla l'entendre. Un homme de stature modeste se fraya un chemin jusqu'à lui, et son autorité apparente laissait supposer qu'il occupait une place d'importance, le tutoiement facile en était une autre preuve.

"Et... qui t'as convié ?
- De Belmonte."

Un instant, il le jaugea de bas en haut avant de se présenter :

"Capitaine en second du Compass... le capitaine t'attend, suis-moi."

Il obéit docilement et le suivit jusqu'à la cabine du principal intéressé. Bien, il était temps d'accorder nos violons. La porte s'ouvrit et le second le précéda pour le présenter :

"Capitaine, Rafael."

Il continuait de le regarder, attendant d'avoir la confirmation de Belmonte qu'il s'agissait du "bon Rafael". Ah ça, il fallait qu'il se fasse reconnaître. Il ôta sa casquette et répondit avec la familiarité espagnole qui était capable de raser les murailles d'étiquette sans jamais paraître impoli mais toujours agréable :

"Ah ! Belmonte..." ce début de phrase ressemblait terriblement à un autre "heureux que tu te sois souvenu de notre petite affaire de dettes il y a trois jours, tu me sors d'un sacré pétrin."

En espérant que ce soit assez clair et assez vague à son goût. Il préférait ne pas avoir à retirer ses lunettes en présence de quelqu'un d'autre.



Rey de Marisma
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Jeu 12 Déc - 22:38

Il ne fallut pas longtemps à Rafael pour arriver sur le Compass. Sofia réglait encore quelques détails, parfois troublée par la pensée fugace de ces derniers jours. Elle leva la tête quand André poussa la porte du bureau où elle travaillait, et voilà qu'on lui annonce Rafael. Elle eut une courte seconde d'hésitation, avant de se rappeler de "cette" histoire et elle hocha la tête, faisant signe à André qu'il fasse entrer le mécano par intérim du Compass.

Wendy avait mis de nombreuses années pour apprendre à se grimer correctement, pour passer pour un homme et être à la place où elle était aujourd'hui. Il lui suffisait d'un regard pour se rendre compte qu'une personne était déguisée. Avec tous les efforts du monde, à la recherche des traits de Felipe, Sofia ne vit rien. Son regard se plissa tandis qu'elle se demandait si quelqu'un n'avait, finalement pas pris la place du "bon" Rafael. Et sans doute que son silence, trop long, mit la puce à l'oreille du roi espagnol, puisqu'il crut bon de résumer leur conversation d'il y a trois jours en une phrase assez vague pour ne pas éveiller les soupçons de son second. Sans changer d'expression, Sofia haussa les épaules et hocha la tête.

- Pas de problème, ça me fait plaisir de te rendre la monnaie de ta pièce. André, laisse-nous, j'ai quelques détails à régler avec Rafael. On part dans quelques instants, ordonne aux hommes de se préparer à un départ imminent.



Le second salua son capitaine et referma la porte. Le regard de Sofia se fit plus ouvertement scrutateur, à la recherche du détail... En vain. Elle se renversa en arrière dans son siège et croisa les bras.

- Tu arrives juste à temps : à vrai dire, je n'attendais plus que toi pour lever l'ancre.



Sofia se leva. En s'approchant, elle chercha encore à discerner les traits de Felipe sous ce maquillage, derrière ces lunettes... Cette fascination pour ce visage aurait pu paraître étrange à n'importe quel témoin, s'il y en avait eu. Pourtant, elle choisit de ne rien dire qui pourrait compromettre la couverture du roi...

- Suis-moi Rafael, je te fais visiter les lieux.



Et elle commença par les choses qui lui seraient le moins utiles : façon de se repérer dans les couloirs, cabines dortoirs des autres marins, bibliothèque, réserves, cuisine... Sofia quitta ensuite le réfectoire pour aller directement à la salle des machines. Depuis une espèce de balcon, on pouvait surplomber toute la salle des machines en contrebas, et dans la posture de Sofia, on pouvait deviner une certaine fierté qu'elle éprouvait pour les tripes de son navire. Ici, inutile de parler, en temps normal étant donné le boucan des machines ; mais pour le moment, l'endroit était encore calme, même si tout le monde s'affairait à préparer le départ tout proche. Sofia montra le dortoir attenant réservé aux mécano avant de présenter Rafael à Lucca, responsable de la salle des machines. Italien de petite carrure, il observa Rafael de pied en cape, avant de jeter un regard blasé au Capitaine, et de se mettre à parler en italien d'une voix puissante :

- J'ai pas besoin de quelqu'un dans les pattes.
- C'est un gars de confiance, Lucca...
- Je prends pas d'étranger.
- Ce n'est pas un étranger. Je ne te laisse pas le choix, de toute façon. Sois gentil avec Rafael. Rafael, Lucca. On se sourit et on bosse : on part dans l'heure. Des questions, Rafael ?


Sofia de Belmonte
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Dim 15 Déc - 0:47






- Suis-moi Rafael, je te fais visiter les lieux.
Le roi… non, les yeux de Rafael derrière ses lunettes eurent un éclair de malice, voyant Belmonte le scruter avec autant de ferveur qu'un préposé de la douane. Allons bon, il le prit pour un compliment, et si même cette personne perspicace pouvait se laisser prendre par son déguisement, c'est que l'objectif était atteint.

"Je te suis."

Il fut sur ses pas, avec sa dégaine décontractée.
Diantre, même s'il avait régulièrement recours au tutoiement lorsqu'il s'autorisait une virée incognito en ville (sous des apparences diverses et variées), il n'avait cruellement pas l'habitude de le tutoyer, lui. Mais enfin, aujourd'hui, il se sentait pleinement Rafael.
En même temps, difficile de se sentir l'étoffe d'un roi en salopette et dans une chemise de seconde main. La visite des lieux fut rondement menée. Le visiteur prit un soin particulier de ne laisser aucun détail lui échapper, même si les parties du navire que le capitaine mit un point d'honneur à lui montrer en premier ne le concernait pas spécifiquement. Et alors ? On ne savait jamais… une expérience encore récente lui soufflait qu'ils pouvaient être attaqués et que tous les renseignements sur la configuration du navire étaient bons à prendre.
Sans parler du fait qu'en tant que mécano il allait peut-être devoir sortir de sa salle des machines pour vérifier les sorties et entrées de certains conduits, le bon fonctionnements des ailes et il en passait.
Bref, ce fut un élève attentif. Pas perturbateur pour un sou.
Tout le contraire du roi, en somme.

Enfin… ils arrivèrent à la salle des machines.
La caverne d'Ali Baba.

Et quand le roi la vit, il voulut bien se défaire de son titre royal pour être cet Ali Baba-là.
Extérieurement il avait l'allure d'un enfant, un sourire indécollable de ses lèvres, son regard se perdant dans les méandre de la machinerie qui s'étendait au-delà de la rembarde.

Il avait toujours aimé les machines, c'était un secret pour personne, mais il n'était pas assez fou pour perdre de vue ses responsabilité et se laisser dicter par sa passion. Il préférait que celle-ci serve accessoirement son pays.
Juste accessoirement.
Mais voilà que cette fois, pendant quelques semaines, il allait être mécano, il allait devoir travailler comme un bagnard au milieu de l'huile, de rouages, d'énergie éolienne et de vapeur… Que demander de plus ?
Un séjour à Emerald bien sûr, et un chef taciturne.

Rafael regarda le Lucce qui allait devoir le prendre en charge pendant la durée du voyage. Celui-ci se mit à parler italien, était-ce une façon détournée de dire qu'il ne voulait pas qu'il le comprenne ? Le roi garda sa remarque concernant la politesse : la bouille de l'italien était de ceux qui aimait leur boulot, trop, peut-être, mais se méfiait naturellement des nouveaux arrivants. Mais enfin… il ne lui en tiendrait pas rigueur, ses soupçons étaient des plus justifiés, après tout.
Rafel obéit donc à son capitaine… tiens, il se sentit incroyablement léger, d'un coup, de ne plus être le plus haut-gradé, et sourit à Lucce. Un sourire asymétrique mais accueillant, un sourire qui s'étendait davantage sur un côté comme si les mots qui voulaient s'en échapper commandait déjà cette partie de sa bouche. Un rictus, cordial, parlant italiens avec un accent espagnol :

"Padrone Lucce ? ou Lucce ? Signore ? Je serai utile quelle que soit la tâche que vous me donnerez…"

Il jeta de nouveau un coup d'oeil à la machinerie. Certes, il en avait vu de plus imposantes, de plus puissantes… mais celle-ci, si l'on s'attardait sur le squelette et sur ce qui n'avait vraisemblablement pas été endommagé, laissait deviner l'ingéniosité de son inventeur, et l'application de ses mécano : simple, pratique et économe, il ne doutait pas qu'il permettait des résultats flagrants et quasi immédiats à la hauteur des ordres du capitaine. Un vieux modèle amélioré, au fil du temps, rien de plus simple et de plus sûr.
Il se laissa aller à son penchant poétique -oui, il était poète avec les machines, cela vous étonne ?- et dit à voix haute ce qu'il pensait garder pour lui, dans un murmure rêveur.

"Cette machine a l'air d'avoir avait une sacrée histoire, et… pour être franc, il me tarde de la découvrir en l'auscultant."

Il fut brusquement ramené à la réalité en se souvenant de la question de Belmonte.
En fait… il venait de songer à un infime détail… qu'il aurait dû aborder plus tôt, lorsqu'ils étaient seuls. Qu'en était-il des bains ? Oh, bien sûr, il pouvait le demander maintenant, mais le roi était trop connu pour son "mauvais" penchant, et même s'il était fort peu probable que l'on fasse le rapprochement entre lui et Rafael à partir d'un si infime détail -surtout que le roi n'avait rien à faire ici en tant que mécano du Compass, n'est-ce pas ?-, cela le chagrinait de devoir affecter son rôle par une lubie de son autre vie…
On était acteur ou on ne l'était pas…

Mais tout de même.

Il le demanderait à l'équipage, à l'occasion, il observerait tout ça comme un prédateur observant l'arrivée d'une proie juteuse.

"Rien du tout Cap'taine. C'est parfait pour moi."



Rey de Marisma
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 29 Déc - 17:25

Lucce haussa les épaules avant de se détourner, ignorant superbement le petit nouveau. Nul doute qu'il attendait de voir Rafael à l'oeuvre pour lui faire l'insigne honneur de lui adresser la parole - et lui aboyer des ordres, évidemment. C'était quelque chose que Sofia appréciait chez cet homme, son sérieux et sa maniaquerie vis à vis de la salle des machines. C'était d'ailleurs son domaine, et quand Bianchi avait décidé d'acquérir un second navire et de mettre Sofia à sa tête, la jeune capitaine avait tout de suite proposé le poste à Lucce, et l'avait laissé choisir les pièces - et d'ailleurs, leur voyage vers Emerald allait permettre à l'italien de voir ce qui se faisait de mieux pour améliorer toujours plus les performances du Compass.

- Ne te laisse pas décourager par son attitude aussi bourrue. Il n'est sociable qu'avec les machines. Ecoute et obéis à ses ordres, donne tout ce que t'as, et tu verras que tout se passera bien. A plus tard.



Sofia donna une brève tape sur le dos de Rafael et s'en alla. Et pendant qu'elle marchait, elle se disait qu'elle y allait peut-être un peu fort avec le roi - elle n'arrivait toujours pas à voir Felipe sous le maquillage de Rafael, mais décida d'arrêter de chercher. Sofia fit une dernière inspection de son navire, à la recherche d'intrus, de stocks manquants, avant de remonter sur le pont et de se mettre à la barre. On ramena la planche d'accès sur le pont, et De Belmonte aboya quelques ordres dans un tuyau, ordres qui résonnèrent dans la salle des machines malgré le bruit ambiant. Le Flyin Compass vogua quelques instants sur l'eau pour s'éloigner des autres vaisseaux, puis décolla lourdement. Les premières heures de voyage étaient les plus éprouvantes, en général, mais une fois le navire stabilisé au-dessus des nuages, il n'y avait plus à s'en faire. Sofia laissa sa place aux commandes à André, son capitaine en second, et retroussa ses manches pour aider ses hommes à nouer les cordes pour maintenir les voiles ouvertes pour la durée de leur voyage, avant de gagner son bureau, sur le pont et de faire ce que tout bon capitaine devait affronter trop régulièrement : la paperasse...

D'ailleurs, une fois les petites choses courantes expédiées, il était temps de retourner en salle des machines. Le Compass était dans sa vitesse de croisière, il n'y avait rien à signaler. Une odeur délicate envahissait les couloirs, annonçant une ratatouille pour le repas du soir. Mais très rapidement, l'odeur de la cuisine fit place à l'odeur d'huile et de carburant alors que Sofia entra. Elle fit signe à Lucce et partit s'installer avec ses papiers dans la mezzanine qui dominait toute la salle, et permettait de garder un oeil sur presque tout. Sofia attendit que son chef mécano n'arrive, et ils parlèrent affaire, budgets, pièces, main d'oeuvre, budget, changements et...

- Alors, le môme que je t'ai ramené ?



Il ne fallait pas que Felipe sache qu'elle l'ait traité de môme...
Lucce haussa les épaules.

- Il se débrouille.
- Tu y mets de la mauvaise foi, Lucce.
- Il est bon. Mais il s'extasie un peu trop sur tout ce qui l'entoure. Tu l'as sorti du trou, il n'a pas vu la lumière du jour depuis des années ou quoi ?
- ... On peut dire ça. *Sofia se permit un léger rire avant de reprendre son sérieux.* Il est clean, Lucce, je t'assure. Il aime bien les machines, c'est son truc. Et si je n'avais pas confiance en lui, je ne te l'aurai jamais refilé. Laisse lui une chance, il a rarement l'autorisation de faire joujou et de se salir dans l'huile et les vapeurs de carburant.



Oh. Le roi d'Espagne était connu pour son hygiène plus que parfaite. Sofia lança un coup d'oeil circulaire pour le repérer, mais se dit que si ça avait posé un quelconque problème, il le lui aurait dit. A tous les coups, son besoin de bains n'était qu'une de ces maniaqueries dont on affublait les nobles en général. D'un autre côté, elle avait oublié de lui signaler que la douche et le savon étaient obligatoires une fois par décade minimum - l'hygiène, ce n'était pas un truc pour les marins, le nez délicat de Sofia s'en souvenait... Mais c'était quelque chose qu'elle avait rendu obligatoire sur son navire.

... A force de penser bain, Sofia se dit que ce serait une bonne chose de prendre une douche, là tout de suite. Elle fronça le nez, puis plongea à nouveau dans les papiers étalés devant elle et son mécano, et ils reparlèrent affaire...

Sofia de Belmonte
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Sam 4 Jan - 23:36





Felipe dut se rendre compte par lui-même de la véracité des dires du Capitaine concernant le taux de paroles que voudrait bien lui accorder son… chef.
Un illustre inconnu… son chef.
Hmmm… situation cocasse.
Les seules pensées qui réussirent à modérer l'étrange sentiment qui montait en lui à cette idée furent, d'une part, que lui-même était un peu un étranger pour ses citoyens -pensée fort philosophique, entre nous-, même si ces derniers ne savaient pas qu'il se mêlait régulièrement à eux dans les villes, et, d'autre part, qu'il était entouré de machines !!!! Le décrire comme un enfant au milieu de ses jouets rêvés ou même inespérés était très loin de la vérité pour ne pas dire une piètre reproduction verbale de ce qui se jouait réellement et intérieurement en Felipe.
Pardon… Rafael.
Ce fut, pendant quelques minutes (celles suivant l'exacte fermeture de la porte sur les talons du capitaine) une tornade admirative de tout... et de rien. À ce moment-là seulement, le roi subit sa totale transformation, recalant les informations dérisoires telles que : "l'atelier se trouve, ici", lequel il avait de toute façon déjà remarqué quelques instant plus tôt en embrassant du regard l'agencement de la salle des machines du haut du promontoire, pour devenir un simple grand enfant en extase devant les pièces cuivrées, huilées, briquées, imbriquées, combinées, fusionnées, emboîtées, ajustées, poncées, polies, graveleuses, brunies, dorées, et tous les autres trésors que pouvait renfermer cette salle.
Il supposa qu'éventuellement son attitude s'apparenterait à celle d'un passionné très attentionné et attentif dans son travail… sauf que lorsqu'on poussait un cri d'extase devant une clé -édition limitée des ateliers de Cordwoods, fermés il y a de cela dix ans et rupture de stock absolument introuvable à part en dix exemplaires au point que lui-même n'en avait pas vu l'ombre d'une seule malgré sa condition de roi et entre autre parce qu'il y avait de cela dix ans, il était à l'état de grenouille- sa crédibilité venait de s'envoler.

Rhooo, et puis… de toute façon personne ne savait qu'il était le roi, ahah !

S'armant de sa clé à l'épreuve de tous les boulons et testant son incroyable ergonomie comme un épéiste le ferait d'une arme redoutable, une profonde satisfaction parcourut ses veines à la réponse de l'ustensile à chacun de ses gestes experts.
Oui, tout cela… pour une clé.
On l'avait définitivement perdu sur ce simple détail pour les quelques ouvriers encore présents dans son entourage le plus proche.

Mais l'un d'entre eux, plus qu'amusé, pour ne pas dire qu'il était aux prémices d'un fou-rire, lança, sans se présenter :

"Eh bien, l'nouveau ! Rafael ? È'te plait tant cette clé ? Va ! Je te l'offre si t'enfournes les 20 pelletés de carburant avant le décollage !"


"Rafael" lui fit son plus beau sourire.

"Parole de marin, gaillard ? On ne revient pas là-dessus ?!
- Sûr ! Mais essaie déjà d'y arriver…. avant moi !"

L'intéressé se retourna vers les grands fours qui n'attendaient que l'amalgame de matière à brûler pour lancer une chaleur d'enfer dans toute la salle. Bien… défi relevé.
Après tout, le roi avait encore de l'énergie à revendre. Toute cette adrénaline face à cette nouvelle aventure montait en lui depuis le premier pas qu'il avait fait sur le bois du navire. Il ne lui fallait plus grand chose pour qu'elle explose. Il pendit la clé à un crochet au-dessus de lui et… se défiant du regard, lui et l'autre prirent le manche d'une pelle.
Rafael se croyait dans un de ces duels qui avaient lieu dans sa Cour entre deux nobles et où ces derniers, les nerfs tendus au moment d'empoigner, de se retourner et d'appuyer sur la gâchette et de prier pour que le pistolet n'explose pas dans leur main plutôt que d'atteindre leur cible, se défiaient pour l'honneur.
Sauf que là… c'était avec des pelles et pour une clé à mollette.

Et le top-départ fut enfin délivré ! À grands cris dans le tuyau communicateur !
Le fer broya alors le combustible noir avec une grande ferveur avant de l'envoyer brûler dans les flammes infernales, devenant de plus en plus rougeoyantes et implacables à chaque pelleté, grandissant à la gloire de cette bataille acharnée entre les deux ouvriers.

Longue vie à la clé !

~~~
Il l'avait eue sa clé, finalement.

Maintenant, couché sur une planche à roulette et grimé de suie sur une bonne partie de son fasciés et de ses vêtements, il auscultait la bête de rouages.

"Alors ?
- Je ne vois rien… attends…"

Il retira discrètement la suie de ses lunettes, assuré de l'abri que lui offrait la machines pour cacher ses yeux dorés. Celle-ci le surplombait et l'entourait de toutes parts… lui-même réduit à être enfermé dans un conduit avec des tuyaux où circulait de la vapeur sous haute pression. Bigre, il y faisait chaud ! Il transpirait à grosses gouttes et remerciait la suie de remplacer ce qui avait pu disparaître de son maquillage. Enfin, ce n'était pas le principal problème mais plutôt le fait qu'il était au coeur de la bestiole et qu'il fallait éviter les mouvements brusques.

Un bruit étrange avait éveillé les inquiétudes des mécanos les plus chevronnés.. et habitués à cette machine.
Rafael étant le plus fin d'entre eux -il soupçonnait son camarade de jeu de l'avoir laissé gagner ou d'avoir manqué de motivation ou de s'être laissé surprendre par celle de Felipe qui s'était battu comme un diable pour une simple clé à molette- il avait été désigné d'office par les ouvriers tandis que le grand patron était occupé avec le Capitaine…. qu'il ne fallait pas déranger.
Au fond, cela donnait une occasion de voir ça de plus près, et il n'allait pas s'en plaindre. Et puis, qu'on les prévienne ou non, il était le seul capable de se hisser jusque là tout en ayant les connaissances requises pour apporter les modifications.

Il replaça ses lunettes.

Penser à ses "supérieurs", qui bavassaient paperasses -pour une fois que ce n'était pas lui, ahah !- en haut, lui rappela un léger détail, dont il allait s'occuper dans les plus brefs délais, mais pour cela… ses yeux s'arrêtèrent sur un élément particulier de la structure…
Bien…

"Je crois que j'ai trouvé…"

Quelques coups furent échangés avec l'aide de la clé à molette contre la machine récalcitrante quand soudain...
Un grand sifflement fit régner les aigus en écho et un règne de terreur dans toute la salle, recouvrant les autres sons et transperçant les tympans au passage, puis la machines suffoqua, le bateau eut comme un sursaut, un instant à vide, un moment où il ne fit que planer, sans énergie, un objet sans liens, sans équilibre, en proie au premier vent violent qui se serait présenté tandis que le moteur crachait ses poumons puis… ces quelques secondes de vertige basculèrent avec la remise en marche des pistons et l'éjection pure un simple d'un boulon par un des tuyau principaux.

"Rafael" écouta la machine, à l'affut… bien, plus rien d'inquiétant, a priori, à part qu'il venait de définitivement s'oindre d'une couche d'huile en se tortillant là-dedans. Au moins le son perturbant était parti et le moteur montrait même un regain d'énergie notable. Bien, très bien.

Ce ne fut pas l'avis des mains qui agrippèrent ses chevilles et le tirèrent sauvagement de là-dessous.
Oh, il aurait peut-être dû prévenir… avant ?
Rafael tenta un sourire aussi insondable que l'océan qui devait défiler sous eux… et qu'il allait peut-être rejoindre avec la phrase qui allait suivre :

"Bonjour ! Le moteur est parfaitement réparé ! Vous savez où je peux prendre un bain ?"

NON, il n'avait pas réparé le moteur de façon brutale dans l'unique but de savoir s'il allait survivre sur ce navire en fonction de la cadence des bains. Il avait juste l'opportunité, maintenant, de demander ce qu'il en était.
Voilà tout.



Rey de Marisma
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Dim 12 Jan - 10:47

- Un bain ?



Les autres hommes éclatèrent de rire. L'un d'eux aida Rafael à se relever en tirant sur sa main.

- On a des douches. Mais n'espère pas squatter la baignoire privée du Capitaine. Sinon il t'écorchera vif. Il est attaché à sa baignoire.
- Mais y'a des douches. Il t'a pas montré pendant la visite ?
- Allez, suis-moi.



Le troisième larron s'appelait Ivo. Il devait avoir entre quinze et vingt ans, et tentait de maintenir sa tignasse rebelle dans une courte queue de cheval, en vain. La salle d'eau n'était pas bien loin, profitant de la machinerie de la grande salle pour chauffer l'eau, la faire circuler, la purifier, la recycler... Quand on entrait, une dizaine de poires de douches s'alignaient sur les murs de droite et d'en face ; à gauche, le mur ne faisait que la moitié de la pièce, et refermait savons, serviette, et même des chemises et pantalons de rechange pour les têtes en l'air qui avaient oublié les leur. Et derrière ce mur, la fameuse baignoire du Capitaine, aménagée dans ce petit coin parfaitement intime et coupé du reste de la salle d'eau par une large baie vitrée.

- Quand le Capitaine se lave, n'espère même pas entrer - sauf si tu veux passer par dessus bord, bien entendu, ou finir en pièces détachées. Il est franchement pas commode dès qu'on touche à son intimité. D'ailleurs, le placard à balai sous les marches, là, c'est sa cabine privée ; idem que pour le bain, tu n'y entres pas sauf si tu cherches à mourir.



Ivo haussa les épaules. Ces manières étaient franchement bizarres, mais qui était-il pour juger son capitaine, hein ?

- Allez, je te laisse. Tu as de quoi empaqueter ton linge sale dans un des tiroirs. Gaffe à pas te salir tous les jours, hein, y'a pas autant de change, et la route jusqu'à Emerald va être longue !



Ivo salua Rafael et s'éclipsa.

* * *


En salle des machines, Sofia finit rapidement sa paperasse et remballa. Elle regarda les hommes s'affairer à faire tourner la machine.

- Ca te manque, Cap'taine ?
- De quoi tu parles ? De mettre les mains dans l'huile, de suer sang et eau pour empêcher le navire de chuter ? Évidemment. Même si je viens le faire de temps à autre, c'était la belle époque.
- Ne dis pas que tes nombreux surnoms te manquent, "fillette".
- Je préférais "gringalet". Allez, je te laisse. Toi, laisse une chance au nouveau. Regarde, il a trouvé d'où venait ce bruit qui vous cassait les oreilles depuis notre dernier voyage.



Rien de tel que de remettre un sujet fâcheux sur le tapis pour rendre à Lucce son air maussade - et d'ailleurs, il ne répondit rien. Sofia lui donne un coup de coude, lança "Allez, fais pas la tête, je te taquinais !" avant de remonter vers l'air frais et respirable du pont, la paperasse sous le bras.

* * *



Les premières heures, puis les premiers jours du voyage se passèrent étonnamment bien. La routine s'installait sur le Compass. Sofia dormait peu, comme toujours, soucieuse que son bâtiment soit toujours sur la bonne route. Les hommes vérifiaient avec nonchalance que les voiles et les cordages étaient à leur place tout en jouant aux dés à l'extérieur - aux cartes et autres échecs à l'intérieur. En salle des machines, le travail était un peu plus conséquent puisqu'il fallait maintenir le navire "à flots", mais somme toute, c'était calme. Jusqu'à ce cri.

- Bateau en vue !



Evidemment, tous les regards suivirent la direction indiquée par Oeil d'Etain, le vigie. Dans les cales, on se préparait à un assaut, juste au cas où, et sur le pont aussi. Pourtant, le bateau passa au loin, malgré son pavillon clairement hostile. Sofia ne comprit que trop tard la manoeuvre. Elle se précipita vers le tuyau de communication et décida de virer brusquement de bâbord tout en hurlant :

- Lucce, FAIS NOUS PRENDRE VITESSE ET ALTITUDE. IMMÉDIATEMENT. T'ES EN RETARD, FAITES NOUS MON...



Il y eut un bruit assourdissant venant de l'arrière du Compass, et vu sa position, Sofia fut arrosée de quelques débris de bois. Le choc avait été minimisé, mais pas assez. Il y avait sans doute un trou en salle des machines, mais pas assez grand pour qu'il y ait des dégâts irréparables. Des crochets sifflèrent tandis qu'on les abordait par derrière. Le second navire, repéré par le vigie, se dirigea à son tour vers le Flyin Compass, mais à vitesse réduite. Sofia ne prit pas le temps de penser que le capitaine des pirates était un lâche de rester à l'abri tandis que ses hommes faisaient le ménage à bord. Ils ne savaient pas à qui ils s'en prenaient... Sofia dégaina son sabre, parvint à couper deux cordes. Certains de ses hommes la rejoignirent, tandis que d'autres restaient à l'arrière - inutile de tous être au même endroit.

- Soyez sans pitié, messieurs. Il ne doit pas il y avoir de survivants. Pour la Gloire ! L'Honneur ! Et nos Mères Patries ! Dieu nous protège. Combattez jusqu'au bout !



Il n'était pas utile d'en dire davantage. Après tout, en général, tout le monde se fichait de son petit discours qu'ils connaissaient par coeur. Ils étaient déjà tous en formation de combat et prêts à trancher dans le vif du sujet. Et puis, qui disait pirate, disait trésor : et quand on savait que le butin était partagé, ça ne pouvait que motiver les troupes. Alors, les hurlements commencèrent à emplir l'air, sauvages et salvateurs. Et Sofia était la première à foncer dans le tas, le sourire aux lèvres.
Sofia de Belmonte
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Ven 17 Jan - 20:25






La porte se referma derrière lui, et lui, ferma le verrou après avoir été sûr que personne ne pouvait l'entendre et le trouver "trop prudent".
Bien, enfin seul.
Bon, dans l'ensemble tout ceci se présentait plutôt bien. Il s'était rapidement taillé une personnalité qui pouvait certes paraître étrange et original mais également très convaincante parce qu'à priori unique et entière. C'est ce qui avait fait qu'il s'était fait accepter par quelques uns alors qu'il se trouvait à bord depuis seulement quelques heures. Pour un équipage soudé qui pouvait être réticent à l'arrivée de nouveaux, c'était un assez bon exploit.
Et puis, son originalité, de ce qu'il avait vu, ne faisait pas vraiment tâche dans cet équipage où même le capitaine s'autorisait à avoir une part de mystère. Felipe porta un rapide regard vers la baignoire. Hors de question qu'il se l'approprie même s'il était connu qu'il aimait les bains.
Bain... douche... quelle importance ? Lui-même n'aurait pas apprécié que l'on vienne prendre un bain dans sa salle d'eau sous prétexte qu'on la préférait. Même si dans son cas c'était un peu différent. Enfin, toujours est-il qu'à partir du moment où il n'était pas recouvert de poison, les douches communes feraient l'affaire... et à partir du moment où il n'y avait personne avec lui, aussi, ce qui serait on ne peut plus dur à gérer sur la longueur. Tant pis, il irait aux heures extrêmes pour être sûr de ne pas être dérangé.

Si on faisait abstraction de toutes ces petites magouilles, le voyage s'annonçait bien en terme de socialisation. Tout reposait sur lui après tout, là-dessus. Quant au reste, il pensait pouvoir s'en remettre aux compétences de cet équipage en qui il avait totalement foi en la personne de leur capitaine. Il actionna l'eau qui se déversa avec délice sur lui, plaquant ses habits sales et couverts d'huile contre sa peau. Douche salvatrice, alourdissant ses vêtements, répandant sa fraicheur sur tout son corps. Il aimait cela, il aimait ce contact. Il était persuadé qu'il aimait encore plus depuis qu'elle avait été crapaud. Les gouttes dégoulinantes, la sanité de l'eau sur son corps brûlant et brûlé par l'effort et la chaudière. Réconforté, vivifié, il commença se défaire de ses habits qu'il comptait piétiner de ses pieds pour les laver.

Il laissa tomber salopette et gilet, puis déboutonna sa chemise trempée sous la déferlante glacée qui se réchauffait progressivement, très progressivement. Finalement la chemise alla rejoindre le reste et, fermant les yeux, il passa la main dans ses cheveux d'un brun sombre. Ceux-ci ne déteignirent pas, ils allaient garder pendant un certain temps la couleur que leur octroyait la réaction chimique. Sa main descendit jusqu'à sa nuque à la base de laquelle ses doigts, en un geste familier, caressèrent la naissance d'une longue et effilée cicatrice qui lui marquait le dos jusqu'à la dernière de ses côtes de gauche. Il en avait beaucoup d'autres, mais presque toutes effacées ou devenues peu visibles avec le temps. Celle-ci était un vieux souvenir que lui avait laissé prédateur quelque peu vindicatif lorsqu'il était encore un crapaud.
Et si cela pouvait paraître complètement burlesque de dire que vous aviez frôlé la mort, mais surtout survécu, à un putois en tant qu'humain, vous passiez au contraire pour un personnage digne des épopées de l'Antiquité en tant que simple crapaud !
Même si tout cela lui semblait bien loin avec tout ce qui s'était passé depuis dans sa vie, il gardait cependant un vif souvenir de cette époque.
Notamment d'une petite grenouille, la seule pour ne pas le prendre pour un fou, ou bien s'en accommodant.

Il poussa un profond soupir, comme à chaque fois ou presque quand il y repensait. De nostalgie ? Non, certainement pas, peut-être désabusé, il n'arrivait toujours pas à croire qu'il avait pu vivre tout ça, et pourtant, on pouvait dire sans crainte que cela lui avait énormément apporté.
Il coupa l'eau et envisagea de passer aux choses sérieuses dans cette étape "douche", mais pour cela il lui fallait un important équipier : du savon.

~~~

"Une attaque !
- Et l'nouveau ! Décampe ! Fais-nous de l'air et va les aider en haut !"

L'intéressé ouvrit la bouche pour protester.

"Et plus vite que ça ! Les escargots j'en fais des cartons et je les livre en France mais j'en veux pas dans mes basques !"

Rafael, ou plus exactement Felipe, roi d'Espagne venant de méchamment se faire rabrouer par le contre-maître de la salle des machines, attrapa ses armes et décampa derechef en grommelant vaguement quelque chose qui se perdit dans le vacarme de la salle des machines. Il est vrai que demander à ce que le contre-maître en question soit poli, aux vues des circonstances, était peut-être un peu ambitieux, mais franchement être traité comme la dernière des serpillères du placard à balais avait de quoi blesser son égo même s'ils n'étaient pas censés connaître son identité.
Montant les marches quatre à quatre, il s'engagea dans un couloir. Déjà la bataille faisait rage au-dessus, déjà se présentait devant lui des ombres pernicieuses à forme humaine. Il avait eu le temps de les voir alors qu'ils se cachaient pour cueillir ce simple machiniste trop occupé à engueuler son chef pour les remarquer.

Rafael portait des lunettes sombres, aux verres presque opaques vues de l'extérieur. Si elles ne l'étaient pas vraiment et permettaient à leur porteur de voir parfaitement, elles assombrissaient tout de même l'environnement...
Et après ?
Les yeux de Rafael devinrent totalement jaunes et d'un bond, délogea les pirates de leur cachette respective sans formalités, allant de l'empalage entre les tonneaux qui bordaient le mur au duel le plus courtois... enfin, dans la mesure où il les prenait finalement par surprise, c'était plutôt vite expédié. Ayant fini avec le menu fretin, Felipe regagna le pont en faisant attention de ne pas laisser s'échapper les quelques autres pirates qui se seraient infiltrés.
Là, le pouvoir de ses yeux se relâcha enfin, à son grand soulagement, car un vif tiraillement commençait à lui tourmenter le crâne.
Il avait l'impression de revivre une autre scène.
Une scène semblable.
Un autre navire.
Un autre équipage.
Un autre capitaine.
Une bataille navale au milieu de laquelle il arrivait depuis un pont inférieur, un sabre à la main.

Il n'eut pas le temps de se plonger dans ses souvenirs. À peine arrivé et pris dans un malaise qu'il préférait éviter pour le moment, il fondit au coeur de la bataille en répondant activement à l'invitation de quelques pirates de venir tester le fil de leurs épées.
Épée dans la main droite.
Revolver dans la main gauche.
Il balayait par des coups de feu les lignes assaillantes les plus éloignées ou celles n'ayant pas encore rejoint le feu de l'action. De son épée, il repoussait ses assaillants les plus proches.
Une vive émotion l'étreignait tandis qu'il sentait de nouveau cette soif de survie, un incroyable instinct pour la vie qu'il avait exponentiellement développé au cours de son expérience animale et qui se réveillait toujours dans les situations les plus extrêmes. Un pas sur le côté, il esquiva une estafilade, planta sa lame dans la clavicule gauche de son adversaire jusqu'au coeur et balaya une tête du revers en l'extirpant du corps encore fumant. Il y en eut plusieurs autres, mais toujours il tournait sur lui-même, bougeait constamment et regardait l'évolution du combat pour se rendre où cela était le plus critique et rétablir l'équilibre. C'était... une habitude, une habitude de meneur.

Deux navires contre eux... à part essuyer une bataille interminable, ils ne s'en sortiraient jamais ! Heureusement, le capitaine du navire principal était assez stupide... sa condition de pirate, voyez-vous, l'obligeait à piller, et donc à garder le Compass en assez bon état pour y parvenir, là où des navires de guerres n'auraient peut-être aucun scrupule à simplement couler un navire de pirates.
...
Sauf peut-être un navire en particulier, en ce qui le concernait.
Enfin, toujours est-il qu'ils auraient balayé leur équipage en envoyant les hommes des deux navires... mais au lieu de cela ils le divisaient.
Felipe chercha des yeux la tignasse argentée de Belmonte. Aussitôt aperçu, il le rejoignit, transperçant au passage un agresseur embusqué.

"Ne me remerciez pas."

La mine sérieuse et la voix d'un calme olympien, il le rejoignit en lui tournant le dos pour s'occuper de ses arrières.

"Dites-moi que vous avez un plan, ou bien je descends aux canons pour les obliger à aller s'inquiéter de leur vaisseau principal."

Ce dernier, s'il n'avait pas assez d'effectifs pour venir les chercher ensemble avec deux navires, ne devait contenir que le strict minimum pour le permettre de le maintenir en l'air, s'il devait lui arriver quoi que ce soit, ils auraient bien du mal à y faire face. Et même s'il faisait fausse route, si le capitaine à bord de ce vaisseau voyait le nombre de ses pertes grandir, il n'allait pas davantage s'embarrasser et ouvrir le feu très prochainement, condamnant leur butin, mais eux seraient bien en mal d'échapper à leurs tirs.

Ou alors il fallait trainer l'autre navire et les faire se rentrer dedans... mais ce serait dangereux pour le Compass.
Il bloqua une attaque haute de son sabre, le fit glisser jusqu'à son manche et dans un mouvement aussi incongru que retors, fit danser sa lame en tournant sur lui-même, la plantant dans l'estomac de son ennemi. De fait, il se retrouva face à de Belmonte qui le regardait brièvement d'un air sévère.

"Ah, et si vous vous demandez ce que je fais là, c'est Lucce qui m'a envoyé."



Rey de Marisma
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Sam 25 Jan - 19:14

La bataille était loin d'être gagnée d'avance. Sofia se battait comme un diable, esquivant, frappant, et tout en gardant un oeil sur le vaisseau amiral qui prenait tout son temps pour arriver après la bataille. La coque toute entière vibra tandis que trois boulets de canon furent tirés contre la coque ennemie. Une pratique courante, quoique dangereuse - touchez le moteur, et le bateau adverse tombe comme une masse, vous entraînant avec lui. Mais De Belmonte avait une confiance absolue en les compétences de ses tireurs : ils savaient ce qu'ils faisaient.

Une ombre noire passa à toute vitesse à côté d'elle, et l'éclat d'une courte lame brilla rapidement. Oeil d'Etain, le vigie, avait trop peu l'occasion de tuer, un comble pour l'assassin qu'il avait été. Sofia préférait le savoir là-haut, à son poste, mais ne pouvait l'empêcher de mettre ses compétences extraordinaires à l'épreuve. Toute aide était la bienvenue : il n'était pas question de perdre le Compass. Et tout le monde, ici à bord, le savait. Sofia poussa plusieurs assaillants par-dessus bord pour ménager ses forces et le nombre de cadavres sur son navire, mais ils étaient trop nombreux. Certains devaient être descendus dans les cales, déjà, prêts à saboter la salle des machines, ou tuer les canonniers.

La salle des machines.
Tuer.
Felipe !

Le roi d'Espagne ne mourrait pas ! Elle devait empêcher cet incident tragique de survenir. Prise d'un regain d'énergie soudain, motivé par une peur certaine, Sofia devint moins attentive à son environnement, même si son épée embrochait, tranchait, et que son pistolet tirait, une balle après l'autre quand elle pouvait recharger - ce qui arrivait trop rarement - ou frappait de sa crosse d'un coup souvent mortel à la tempe (mortel... mais sur du long terme...) Elle descendit quelques marches, vit une des portes menant aux entrailles du Compass largement ouverte. Elle tranche à gauche, mais n'aura pas le temps de frapper à droite : tant pis ! Elle prendra un coup et ripostera après ! La vie du roi est en danger.

Mais le coup d'épée ne viendra pas. Et Sofia constate avec effroi la présence du royal personnage là, au milieu de la bataille. Une balle dans la chambre du revolver, aussitôt tirée derrière Felipe, et pistolet aussitôt rechargé. Elle aimerait lui demander ce qu'il fait là (avec sans doute quelques jurons pour rendre sa question plus poétique et poignante niveau émotions) mais se contente de trancher dans les pirates autour d'eux tout en lui répondant :

- Un plan ? Bien sûr. Cette tactique est vieille comme le monde : le navire amiral arbore ouvertement un drapeau hostile tout en restant à distance, pendant qu'un second navire, avec les hommes assoiffés de sang, aborde sa cible. Ils affaiblissent l'équipage au maximum, font le capitaine prisonnier - et le premier navire n'a plus qu'à débarquer, la bouche en coeur, pour s'emparer du trésor, tuer le capitaine, et éventuellement couler le navire. Le plan ? Survivre ! Leur chef ne viendra pas tant que ceux-là ne leur donneront pas leur aval. Alors on les jette par-dessus bord, on les empêche de saboter la salle des machines et de tuer les personnages importants.



Une détonation résonna tout contre l'oreille de Felipe, une fois de plus - à croire que Sofia avait décidé de le rendre sourd.

- Tu vas en salle des machines. Je me FOUS de ce que t'a dit Lucce : tu vas te mettre à l'abri. Et pas de protestation, 'Rafael'.



Sofia leva un bras pour éviter un coup, et poussa Felipe pour qu'il s'en aille. Et elle attendit de le voir disparaître dans les sous-sols du Compass avant de se replonger entièrement dans la bataille.

Et bien entendu, par miracle - ou grâce à l'entraînement démoniaque que Sofia infligeait régulièrement aux membres de son équipage - le Compass finit vainqueur dès que le chef de la bande de malfrats finit par être tué. Et le navire amiral ne les aborda pas. Les survivants furent jetés par dessus bord, les corps ennemis les rejoignant rapidement. Tout le monde était épuisé à bord, et les pertes du côté de De Belmonte étaient trop nombreuses pour la laisser de marbre. Et comme pour ajouter à sa frustration et sa haine, il n'y avait rien à récupérer à bord du navire ennemi. Même pas du matériel, tellement c'était du bas de gamme. Lessivée, Sofia était appuyée contre le bastingage, regardant le bateau ennemi disparaître en contrebas. Oeil d'Etain, le vigie, s'approcha d'elle en boitillant.

- T'es blessé, Capitaine. Et ton regard noir m'impressionne pas : va te faire soigner. Cette fois, je veille sur le Compass. Je ne referai pas la même erreur.



Et il s'en alla, gagnant avec une vitesse impressionnante son poste, tout là-haut. Sofia essuya son front et partit inspecter les troupes. André, son second, était dans les vapes, le flanc gauche arborant une horrible tâche rouge. Dès qu'on le dégagea des décombres, Sofia prit la relève : après tout, recoudre des gens, elle savait faire. Et ce n'était pas seulement pour cacher qu'André était une femme, mais bien pour les compétences du Capitaine à soigner ce genre de blessures. Et d'ailleurs, une fois Louise probablement hors de danger, Sofia s'attaqua à d'autres blessés.

Et ce n'est que plusieurs heures plus tard qu'elle put - enfin - constater que Felipe n'était pas en pièces détachées ou grièvement blessé. Rassurée à ce propos - elle ne put s'empêcher de pousser un soupir - elle rejoignit Lucce : le Compass n'avait pas bougé d'un pouce depuis la fin de l'assaut.

- On repart quand ?
- On repart pas, Capitaine. On a réparé le plus gros de la machinerie, mais avec ce trou dans la coque...
- Il y a du bois...
- ... Il y avait du bois de maçonnerie. C'est dans l'océan, maintenant.



Sofia étouffa un juron.

- Et bien sers-toi dans les cloisons, ou n'importe quoi d'autre à bord. On doit gagner Emerald au plus vite. Ca devient urgent. Démerde-toi, Lucce.
- A vos ordres. Allez vous reposer, Capitaine. On viendra vous réveiller quand on repartira.



Sofia salua Lucce d'un geste par-dessus son épaule, avant de retourner sur le pont. Les morts étaient alignés et couverts d'une voile, les blessés les plus graves reposaient dans la cabine sur le pont : on déplorait beaucoup de membres cassés, de blessures par balles et lames... Ils étaient moins d'une trentaine à être valide et immédiatement opérationnels.

- Repos, tout le monde. Dnas une heure, nous repartons, et j'aurai besoin de vous pour mener le Compass à destination. Allez vous reposer.



Et elle suivit elle-même son conseil - enfin, celui de Lucce - et gagna le cagibi sous les marches qui lui servait de cabine personnelle. Elle retira les lambeaux qui avaient été des vêtements, accrocha son hamac et s'écroula dedans. Sofia n'eut même pas le temps de penser à quoi que ce soit qu'elle s'endormit profondément aussitôt.
Sofia de Belmonte
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Dim 2 Fév - 20:40






Oh, il pouvait lui dire ce qui lui chantait, lui envoyer un regard sombre et impérieux, le roi n'en penserait pas moins, et c'est avec un remarquable aplomb qui fit vibrer tous les sens que pouvait avoir de caché la phrase qu'il dit :

"À vos ordres... Capitaine."

Lui en vouloir ? Non, sauf peut-être pour les coups de pistolet assourdissants dont il l'avait gratifié, mais sa réaction était compréhensible.
En fait... si ! Il lui en voulait terriblement ! Il l'avait éprouvé, l'avait accepté à bord de son navire, leur destination était dangereuse et il s'y était préparé, il ne lui enseignait rien, et, lui, il refusait tout simplement de rester caché durant la bataille. Il venait d'aligner à terre nombres d'ennemis, et il comptait bien encore rendre un peu de ce qu'il devait à Belmonte en nature : de morts et de cadavres chez l'ennemi.
Parce que oui ! Il avait plus d'un tour dans son sac. Et l'adrénaline le mettait dans un état méconnaissable. D'un calme absolument imperturbable, il rejoignit les niveaux inférieurs en décochant un coup d'estoc à un adversaire et eut vite fait de rompre toute discussion sur un ton tranchant. Disparaissant dans les boyaux du navire, il atteignit la chambre des machines, méconnaissable, perforée et étendant un paysage apocalyptique. Le coeur du vaisseau, la machine, avait évité de justesse en grande partie le coup faramineux du canon. Par contre une partie de la coque avait été magistralement perforé à l'arrière du vaisseau, et les machinistes devaient encore s'occuper des assaillants. Felipe ne fit pas dans la dentelle, profitant de la cohue, il sauta dument et simplement depuis l'entrée surélevée pour retomber en contre-bas, repartant presque aussitôt d'un bond en avant qui embrocha le premier venu qui se trouva sur son chemin et ce, sans que ses jambes ne montrent le moindre effort lors de la réception.
Bon, finalement, il n'était mis de côté ici non plus, il déchargeait les machinistes d'une partie des ennemis, et quand ils eurent éclairci les rangs, personne ne prit le temps de respirer, et tous s'activèrent autour de la machine et de la reconstruction du navire.
Il y eut un tremblement qui ébranla l'ensemble du navire.
Felipe, se défaisant de son dernier adversaire qu'il laissa tomber, inerte, à ses pieds, rejoignit aussitôt la zone où la coque avait été trouée. Une main contre la parois rugueuse et mise à mal par le boulet de canon, les yeux d'or du roi se perdirent au loin.

"Hé ! le binoclard ne t'approche pas ! C'est dangereux !"

L'auteur de ces mots le rejoignit cependant, autant pour le ramener que pour voir également d'où pouvait provenir ce qu'ils venaient tous de sentir.
Le bateau ennemi venait d'être brutalement écarté du leur par un de leur propre canon, tout simplement, mais il restait encore accroché au leur, voletant faiblement, tel un pauvre parasite vaincu et contaminé tandis que le corps amiral s'en allait au loin. Ils avaient gagné. Il n'y eut pas de cris de victoire. Et Felipe regarda celui qui était venu le chercher et était à son tour resté songeur, puis il se tourna vers l'intérieur de la salle, vers les corps inertes.
Sans doute que son acolyte fit de même car il lâcha un profond soupir en plus de ces mots qui voulaient tout dire :

"Maudits pirates."

Oui, une pensée saine, claire, simple.
Felipe se détacha et se pencha sur un corps ennemi qu'il regarda de plus près, comme il n'avait pas pris le temps de le faire dans la tourmente du combat. Pirate, criminel, escroc, voleur, (violeur ?), avide de tout et peut-être moins de liberté que de richesse, -qui sait ?-, et qui venait de simplement perdre la vie sous le coup du roi espagnol, et il ne le saurait jamais. Non pas qu'il faisait du sentimentalisme : sa vie en danger, il tuait comme tout un chacun pour se défendre.
Simplement...
"Maudits pirates"...
Il ne savait plus quoi en passer.
Et peut-être devait-il se contenter de cela ; sans chercher à savoir qui était véritablement l'homme qu'il avait tué, sans se laisser embrouiller par une aventure précédente qui mettait à mal ses convictions, il devait simplement se rappeler qu'il avait mis fin à la vie de cet homme. C'était la seule vérité et la seule chose dont il pouvait être assuré.
Ça, et le fait que ce dernier venait d'entamer un dernier voyage pour la mer qu'il avait tant chéri aux détriments des lois de ce monde tandis que Felipe le laissait tomber dans le vide, comme tous les autres de son équipage.
On soigna les blessés. Lucce ne prit même pas la peine de faire de remontrance à Rafael, passa devant lui et alla sur le pont. Peut-être ne l'avait-il même pas vu revenir, ou bien quelque chose le gênait. Toujours est-il que le roi se tourna vers la seconde personne d'autorité dans ce cas précis.

"Dueño, si vous permettez : le bateau ennemi est toute à notre disposition, même sans trésor à son bord, le bois, lui, y est présent en abondance... et tant qu'à faire qu'il nous faudra nous défaire de ce fardeau, autant en profiter pour l'alléger, non ?"

Le vieux contremaître ne sembla pas apprécier qu'un jeunot lui fasse une remarque sur sa façon de gérer la situation, après tout "Rafael" n'était en rien son supérieur, officiellement.

"Eh bien si tu te sens d'aller sur cette épave volante qui risque de sombrer à tout moment et revenir en étant chargé comme une mule, vas-y avec d'autres gaillards, mais t'as une heure, pas une minute de plus."

C'est ainsi que, ne voulant pas perdre de temps, ils partirent depuis le trou de la coque à l'aide de cordes d'abordages sur le navire ennemi à travers un trou qu'ils avaient eux-même pratiqué chez eux, et qu'ils firent voyager à l'aide de poulies des planches de bois. Les faisant tomber dans le vide avant que ceux restés sur le Compass ne les fassent remonter, le temps pour eux de démembrer un peu plus le squelette du bateau pirate.

Essoufflé, en sueur et revenu dans la fournaise de la chambre et même plus exactement dans le coeur de la machine pour réguler une soudaine surchauffe dans les moteurs et l'amener à un régime plus calme, un rythme de croisière en attendant les ordres, Felipe n'aurait pas dit non à une bonne douche. Entre le sang, la sueur, les particules de la salle des machines, la sciure de bois et l'huile il était absolument trempé, souillé, des pieds à la tête.
Il n'était pas le seul.
Il se contenta donc de remplir donc son rôle pour permettre au voyage de continuer.
Après tout, il faisait partie des seuls indemnes, alors au diable la fatigue et l'inconfort de la situation.

Nouveau tremblement sur le navire, il entendit les machinistes dire qu'ils avaient enfin précipité l'autre navire en contrebas, il allait sombrer dans la mer. Une buée de sueur s'était formé sur les lunettes de Felipe, qu'il essuya maladroitement avec sa manche trempée.
Enfin, il sortit de son repère après avoir fini ses derniers réglages et annonça la régularisation de la machine qui pouvait dés à présent reprendre son régime habituel.

"Repos tout le monde ! On a une heure avant le départ. Roulement ! Ceux encore indemnes des équipes une et deux réparent la coque, qu'on en finisse le plus rapidement possible. Les autres, je vous veux frais et dispos pour le départ !"

La voix de Lucce sonna comme un glas pour la majorité des équipes des machines.
Pas pour les indemnes des deux équipes concernées.
Felipe en faisait partie. Sans même trouver la force de soupirer, il regarda ses coéquipiers de fortune. Ils étaient six à eux tous.

Il fut vite démontré que si "Rafael" était un bon machiniste, il était un piètre maçon, on le relégua donc à s'occuper de surveiller les régimes de ladite machine et à régulièrement la nourrir pour ne pas qu'elle sombre, éprouvant ses épaules qui lui tiraillaient le dos à chaque pelleté, mais aussi à passer les planches aux maçons. Eh beh, il avait eu l'occasion ces derniers jours d'exponentiellement améliorer sa forme physique, cela continuait. Et franchement... il était trop fatigué pour s'offusquer de la situation qui n'avait rien de celle d'un roi.
Il faisait le larbin.

Une heure plus tard il fut envoyé par Lucce, qui devait terminer en vitesse les dernières réparations avec les autres, pour aller réveiller le capitaine.
Arrivé devant la fameuse porte, il toqua avec une certaine lassitude contre le panneau de bois, incessamment, jusqu'à ce que ce dernier s'ouvre.

Rafael releva ses lunettes d'aviateur noircies par la suie et transperça le visage de son acolyte de ses yeux d'or qui avaient dépassé l'âge de la fatigue.

"Bateau et machine réparés, Capitaine."

Il fit un tour sur ses talons en remettant ses lunettes pour rejoindre les niveaux inférieurs, tel un automate. Voyons, voyons, machines, fourneaux ou inespérée douche l'attendaient-il en bas ?

Rey de Marisma
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Sofia de Belmonte
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Sofia de Belmonte
Sam 8 Fév - 23:10

Sofia sursauta au premier coup toqué contre sa porte. C'était rare qu'elle s'endorme aussi profondément, et aussi rapidement, à croire que les derniers événements l'avaient vraiment épuisée. Au troisième toc, elle était debout, et entrouvrit la porte. Quelques boutons de sa large chemise à jabot était ouverte mais ne laissait rien apparaître, même pas - ou à peine - le haut du bandage qui aplatissait sa poitrine. Elle appuya un coude sur l'encadrement de la porte, au-dessus de sa tête, et passa la main dans ses cheveux, résistant à l'envie de se frotter les yeux. Rafael lui annonça que le bateau était réparé - déjà ?! et elle se contenta de hocher la tête.

- Merci, Fe... Fael.



... On se rattrape comme on peut. Mais le roi fourbu de fatigue, s'éloigne déjà. Lui aussi doit avoir besoin de repos... Tout comme ceux qui ont travaillé en salle des machines. Sofia referme sa porte, ignore les courbatures mais à une légère grimace : elle a fait travailler ceux dont elle aurait peut-être besoin dès maintenant, pour le départ... Ce qui était fait est fait, tant pis, elle ne pouvait plus faire marche arrière. Elle sortit une bouteille d'eau, en mit dans un bol, avant de l'asperger sur son visage, pour se réveiller totalement, puis remit sa veste et son chapeau, se rendit présentable en moins de deux minutes et ressortit, gagnant la salle des machines.

- Lucce.
- Je peux gérer la salle des machines.
- Tu vas te reposer, vieil âne.
- C'est la brindille aux cheveux presque gris qui ose me dire ça ?
- J'ai dormi, moi. Je veux que tu te reposes. Qui prend en charge la machinerie ?
- Toi, Capitaine. Sinon je reste.



Sofia hocha la tête et regagna le pont. Tous ces morts... Elle respecta une minute de silence devant la grande toile qui couvrait tous les corps de ses hommes, avant de réfléchir à toute vitesse : qui pourrait manier le Compass pendant qu'elle serait en salle des machines ? Elle regarda autour d'elle et désigna Marco :

- Toi. Tu vas à la barre. Oeil d'Etain te guidera s'il le faut. ETAIN ! Tu guideras Marco !
- Mais Capitaine...
- Tu sais le faire. Je suis en salle des machines. Si je sens que tu fais une connerie, tu l'entendras...



Sofia lui adressa un sourire forcé et regagna les entrailles de son navire, après s'être étirée - et avoir baillé - trop souvent à son goût. Elle laissa son manteau à l'entrée de la salle, ouvrit les deux boutons du haut de sa chemise et attacha ses cheveux avec un catogan. Puis, solennellement, elle fit ses adieux à sa chemise, lui souhaitant de bien profiter des derniers moments où elle serait blanche, avant de donner des ordres aux mécaniciens encore là. Non qu'elle n'ait pas confiance en Lucce, mais Sofia se devait de faire des vérifications elle-même avant de se mettre en marche. Et au bout d'un quart d'heure, elle estima, donc, qu'ils pouvaient repartir vers Emerald. Ses yeux bleus, inquiets, se tournèrent vers l'ancien trou béant de la coque, et elle espéra que ces réparations temporaires tiendraient pour la dernière journée de voyage.

- C'est parti...



* * *


Emerald fut en vue dès le lendemain, en milieu d'après midi. Pour les membres d'équipage valides, les temps de repos avaient été courts - mais aucune perte ne fut à déplorer parmi les blessés. Quand elle le pouvait, Sofia prenait le temps de saluer tout le monde, de dire quelques mots de réconfort ou de remerciement, avant d'aller voir les blessés - et André en particulier. Aussi, son arrivée à Emerald ne fut pas aussi joyeuse qu'elle l'aurait voulu. Elle tenait la barre, et observait Felipe s'activer sur le pont, et son regard se perdre sur l'île qui se profilait, à peine chatouillée par les nuages. C'était époustouflant, et Sofia aurait aimé s'extasier. Pourtant, tout ce qui comptait, c'était de sauver ses hommes, et réparer son navire. L'espionnage qu'elle avait prévu, les renseignements qu'elle voulait, ce serait pour une autre fois.

Elle manoeuvra le pauvre Compass pour l'amarrer à un quai spécialement prévu pour, et elle se présenta à l'homme venu régler la paperasse. Sofia jeta un coup d'oeil à son équipage réduit - s'attardant peut-être un peu trop sur Felipe, bien malgré elle - comme pour les enjoindre à rester à bord, le temps qu'elle prenne la température... Ce serait sans doute rapide, étant donné que Sofia avait des lettres de crédit d'un résident d'Emerald - une personne qui avait même aidé à sa création. Et très rapidement, elle laissa quartier libre à ses hommes, estimant qu'ils avaient bien mérité cette longue pause... Ils ne seraient sans doute pas sollicités pendant les travaux d'amélioration, autant qu'ils en profitent...
Sofia de Belmonte
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Rey de Marisma
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Rey de Marisma
Ven 14 Fév - 15:01





Il n'avait pas relevé.
Son corps était de plomb, et il n'avait pas relevé, pas relevé du tout l'esquisse du capitaine à prononcer son véritable nom, ni relevé un indice caché sur sa poitrine. Rien relevé du tout.
Son corps ET son esprit étaient de plomb, et il salua l'opportunité de se reposer comme un met divin d'ambroisie qui ne mit guère longtemps à s'emparer de tout son être, gratifiant à Lucce un air transi qui le perturba sans doute quelque peu... ou pas, le chef de la salle des machines ne semblait pas plus en forme que lui. Rassurant, en un sens. Déjà, ses coéquipiers avaient pris une douche. Le dénommé Rafael ne s'attarda donc pas, laissa son corps languir brièvement sous une douche chaude qui engourdit davantage encore chacun de ses membres. Puis, lentement, attrapant une tenue de rechange laissée à disposition, il rejoignit son hamac dans lequel il se laissa tomber avec une profonde dévotion.
Puis se fit un remarquable trou noir.

Les jours suivants furent plaisants dans le sens où ils furent communs et sans incidents majeurs : plus aucun mort.
Il y en avait déjà tellement.
Mais chacun remplissait son rôle comme pour se détourner du sort qui les avait emportés et les avaient épargnés, eux. Ce qu'en pensait le roi d'Espagne ? Lui qui ne devait pas être habitué à ce genre de spectacle, lui qui voyait le nombre des morts dans son pays, ou dans ses rangs sur des rapports de papier...
En fait, il y avait quelque chose d'inhumain, ce roi. Il ne faisait pas attention aux morts, pourtant bien présents sur le pont et narguant les vivants. Le regard perdu vers l'avant et glissant sur eux, le roi d'Espagne était-il trop peu coutumier de la mort pour l'éviter alors même qu'elle l'entourait ? Endossant le double du travail, il avait, extérieurement, l'air de celui que le sujet de la mort rebutait, agissant comme un fuyard.
C'était cela ou tout l'inverse.
C'était cela ou bien il ne faisait plus qu'attention aux vivants et désirait plus que tout épargner d'autres victimes, ignorant les morts pour lesquels il ne pouvait pus rien faire et se montrer plus efficace à son travail, ses méninges, elles, suivaient une étonnante mécanique entre constats haineux contre le sort qui s'était abattu sur eux et une adrénaline qui le poussait à se battre sans jamais pouvoir se lamenter.
Il n'était jamais plus en dehors de lui-même que lorsque l'odeur de mort se plantait dans son environnement.
Cela avait été son quotidien pendant ces affreuses années à l'état sauvage. Redécouvrir cet état était autant de souffrance à revivre ce passé qu'un soulagement pour son être qui, sans cela, aurait pu tout simplement s'effondrer sur lui-même s'il n'avait pas été forgé dans la cruauté de la naturelle loi du plus fort.

C'est dans ces tons que furent teintés les derniers jours. Des jours se ressemblant, des jours inquiets où l'on portait les yeux vers la salle des machines en priant pour qu'elle tienne, des jours où leur sort dépendant des machinistes. Et donc de lui.
De nouvelles responsabilités, bien différentes de celles du roi, enrichissantes et presque épanouissantes. Ce poids sur ses épaules lui était familier, et il arriva même, enfin, c'est ce quil crut noter, à monter dans l'estime de l'italien.
Comme quoi, il pouvait arriver de bonnes choses dans les pires moments.

Il se réfréna lorsque l'on clama l'approche d'Emerald, mettant fin à la première partie de son aventure en ciels hostiles. Assigné à son poste, il jugea préférable de garder la presque incontrôlable montée d'adrénaline en une boule brûlante dans son torse. Non, plus tard.
Et il enfourna ce qui allait être la dernière pelletée de carburant.

Oui, plus tard.
Il aurait tout le temps de connaître la ville et la majorité de ses secrets, il l'espérait.


~~Punto Final~~

Rey de Marisma
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